USAGE DES ÉCHASSES
Marchand a remarqué que les habitants de Nouka-Hiva se servent d'échasses , et il cherche rexpllcation de cet usage dans les inondations auxquelles ces Iles sont exposées lors de la saison des pluies; ce qui est d'autant plus croyable qu'un grand nombre d'habitations, dans les parties basses , sont construites sur des platesformes assez élevées. Porter ne fait que citer cet instrument sans donner aucun détail sur son usage, et Krusenstern n'en parle pas. Le marchepied de ces échasses est presque toujours sculpté avec soin. Sa hauteur varie suivant les lieux qu'on doit franchir. Les indigènes s'en servent avec beaucoup de dextérité.
GUKnniERs.
Le guerrier nouka-hivien , tel que nous Ta dépeint Porter, a d«nns son costume quelque chose de fantastique et d'extraordinnire. Son corps est rouvert de tatouages sans nombre et d'une éléiîance vraiment admirablt^. Il s'orne avec profu^on de plumes de coq et d'honnnes de guerre (espèce d'oiseau ), de Icmgues pennes de la queue de l'oiseau tropique, ainsi que de grands pendants d'oreilles , rondif ou ovales, en dent de baleine, en ivoire, ou en une sorte de bois léiier et n.ou blanchi avec de la chaux. D'épaisses touf les de cheveux pendent à sa ceinture, à ses chevilles et aux reins. Sur ses épaules se drape, avec une rare élégance, un manteau dVtoffe papirilique rouge, mais le plus ordinairement blanche.
A son cou sont suspendues des dents
L^UNIVEHS.
de baleines, de coquines da plus beau poli , et une pièce d'étoffe papirinque très-fort-5, dont l'une des extrémités tombe par-devant en forme de tnhiier, et serpente autour de ses reins. Il porte sur son épaule une lance de dcuxe pieds de longueur, ou un casse-téte richement sculpté (voy.p/. 132).
guerub. .
Pour les Nouka-Hi viens, l'art de la guerre ne consiste quVn de continuelles escarmouches. Les parties belligérantes se placent sur le penchant de deux collines opposées , laissant entre elles unt lice de quelque étendue. Un ou deux guerriers, coslujnés avec recherche , décorés tie coqulles, de touffes de d)eveux, de pendants d'oreilles, etc., s'ava .cent en d.insant vers le parti ennemi, au milieu d'une gr(!le dft lances et de pierres, en déîiaut leurs adversaires au combat. Ils sont aussitôt poursuivis |;ar un parti de guerriers rivaux, et SI, dans leur retraite, ils tombent frappés d'une pierre, on les achevé à coups de lance et de casse-léte , pour les porter ensuite en triomphe.
On emploie dans les cx)mbats deux sortes de lances, travaillées avec beaucoup de soin, et que les Nouka-Hiviens ne quittent jamais : Tune a environ
Quatorze pieds de longueur et est faite un l)ois noir et dur apiielé /oa, susceptible de recevoir le plus beau poli; l'autre, destinée à être jetée au loin (ce dont les msulairess'acquittent avec une grande dextérité), est beaucoup plus petite et d'un bois plus léger. A une certaine distance de l'extrémité, on les perce de trous ronds, alm qu'elles se brisent avec plus de facilité dans ta blessure par leur pro|)re poids, et qu'il soit ensuite plus diflicile de les extraire.
Les frondes , tressées avec les libres du brou de la noix de coco , sont confectionnées avec un soin et une habileté qu'il serait ditricile de surpasser. Les pierres que l'on y dépose sont d'une forme ovale, pesant environ une demi-livfe, et bien polies. Klles se portent dans un iitet suspeudu à la
ceinture. Le dep'é de Télocité et d^adresse avec lequel les Nouka-Hnieiis les projettent au loin, n'en rend l'effet guère moins meurtrier que celui de nos feux d-infanterie. Il n est que trop facile de s'en convaincre en voyant le nombre d'individus couverts de cicatrices , ou dont les jambes et les bras sont fracassé.s , quoique leur adresse à éviter ces projectiles soit trèsgrande (*).
(Chaque tribu parait avoir un m plusieurs villages fortlCiès, espèces de citadelles bdties sur les montagnes les plus inaccessibles , à peu près semblables aux pahs des ^ouveau\-Zee• landais , ou bien dans la plaine , à l'entrée des défilés les plue importants. Les fortifications sont formées de grands troncs d'arbre de quarante
fneds de lonu , plantés sur 1 gne de eurs extrémités, et assurés par d'autres piè<*es de bois qui v sont fortement attai^hées; le tout forme un parapet quelquefois d'une étendue considérable, souvent inabordable, et 'rue l'artillerie europienne peut seule détruire. Derrière ce nmr s'élève un échafaudage, sur lequel on dispose une plate-forme, où les guerriers j>ar\iennent au moyen d'échelles, et d'oii ils lancent une' quantité de lauces et de pierres sur leurs enuemis.
TOMBBAOf.
Les cercueils se creusent dans une pièce solide de bois blanc, en forme d'auge , et de la grandeur exacte du corps. Ils sont polis et travaillés avec le plus grand soin, ce qui est une preuve certiine du grand respect des AouAa- Hi viens pour les restes de leurs amis. Lorsqu'un individu meurt, son corps est déposé dans le cercueil, que Toa place sur up tertre élevé, soit dans une maison consacrée à cela, soit
(*) Les maxiiies el les ra«e-lèle90nl lonci d'eiivirun cinq pieds l'I fuils de boi^k ae rasiiarina; ils sont dVin Ircs-beau poli et tie.s-ma.s»ii's, car ils nepè^^iit pas qiuiiis de dix livres. A riine d<s exU'Cuiiics se trou^"* sculptée uue tête d'boiuiue.
OCftÀNlË.
devant une maffon taboaée ( eonsacrée), oà on lui élève un petit Milice d*une étendue suflisante pour le contenir.
La prf*mière de ces cérémonies se pratique surtout pour les femmes, et la seconda pour les hommes ; un gardien est ensuite charge^ de les veiller et de \es protéger. Lorsque la chair s'est éétamée des os, ceux-d sont nettoyés jrec soin ; on en garde une partie , qui sert de relique, et Tautre est déposée^ dans les moraîs (voy.p/. 138).
IHDUSmiB.
Les Vouka-Hivtèns sont fort industrieux, et comme ils ont peu de besoins, ils connaissent a fond tous les moyens de les satisfaire. I^urs occu-
Eations communes sont i'agrioutture, I pèche, la ronstnirtion des canots et des habitations, et In confection des élofles à vêtements. Ils ont différents métiers de profession , mais dont les procédés ne sont pas aussi perfectionnés que ceux du tatouaize et de la fabriration des ornements d'oreilles, inaufstries qu>\err«nt des hommes spéciaux, et qui donnent tous leurs soins a les perfectionner. Il ea est de m^me des kirbiers. Quant à la médecine, nous avons vu que rette science est entre les mains de celte classe de prêtres appelés icUiounau.
Les objets d'un usage ordinaire, et que Ton trouvedans toutes les habitations, sont des nattes d'un travail supérieur, des gourdes, des corbeilles, oes coupes à kava en noix de coco; des berceaux pour les enfants, creusés dans un tronc d'arbre avec beaucoup de soin; auekfues |»etits coffres, aussi creusés •ans une pèce de bois , avec leurs cou- Terdes; des jattes en liois, quelques
enches arrangées de manière .1 ce que rats ne puissent y parvenir. Les calebasses et les vases d'écales de coco sont ordinairement ornés d'os
Eovenant des bras et des doigts de jrs ennemis.
Le seul instrument aratoire dont se servent ces insulaires est un pieu aigu avec lequel ils remuent la terre.
Un bloc de bois rond el un battoir
est tout ee qui leur est néeessalre^wur In fabrication des étoffes dont ils se vêtissent, lesouelles ne consistent qu'en écorces d'arbre liattues. Ces deux instruments sont faits avec le même bois dont on confectionne les cassetête. Le battoir a environ dix-huit pouces de long ; la poignée en est arrondie, le reste est carré et évidé dans toute sa longueur. Il ne s'agit, pour confectionner l'étotTe , que de la battre sur la pièce de hois, tandis que de l'autre on entretient rhumidité et on rétend doucement. Cet emploi est ordinairement confié aux vieilles femmes, qui, dans une iournée, peuvent ordmairement fabriquer trois kalwusj nu vêtements extt^ripurs. Cette sorte dAtofte est fort propre et régulière , aussi forte qu'une toile de coton ou de lin; m.iis alors elle ne peut supporter le b!an hissa.s^e : on la prépare à ce a en la p:)rtnnt une semame, après quoi elle est blanchie et battue de nouveau pour lui donner du lustre el de la consistance. Ainsi une fennne peut se faire, par un travail modéré d'un jour, des vêtements pour six semaines. Si le vêtement a souffert quelque injure ,n il suffit de rapprocher les bords de la déchirure et de la battre pour les réunir. Celte manière si commode de réparer les ravages du temps ou les suites de l'étourderie, leur a rendu inutile le travail de Taiguille, qui, d'ailleurs, leur est inconnu, même dans la confection des habillements, ordinairement composés de quatre pièces carrées.
PÊCHB.
Les Nouka-Hiviens ont une manière de prendre le |K)isson qui leur est |iarticuiu're. Ils coujwoteji petits morceaux la racine d'une plante qui croît sur les rorhers, et qu'un plongeur va aussitôt répandre au fonu de la mer.
Son effet sur les poissons est tel àu'ils paraissejit en peu de temps a ciemimorts à la surface de l'eau , et qu'on les prend très -facilement. Cet usage existe à Taîti avec qufJques légères différences*
Ces insulaires ont ce|)endant des filets, mais il semble qu'îis s'en servent rarement.
La troisième manière de prendre le poisson est à Thameçon, lequi^l est en nacre de perle très-artistement façonnée. La ligne et tous les cordages dont ils se servent pour leurs pirogues sont fîûtsavec l'écorce du faou. Ils fabriquent aussi avec les fibres du brou de noix de coco une sorte de cordage bien tissu et très -fort. Au reste, la pêche est une occupation dédaignée par quiconque possède une portion de terrain suffisante à son entretien; de sorte qu'elle est abandonnée aux individus les plus pauvres.