MAISONS
Leurs maisons sont longues et étroites, construites avec des bambous et des troncs de l'arbre appelé /aou, entrelacés de feuilles de cocotier et de fougère. Le mur de derrière est plus
4i* livraison, (Océanie.) t. n.
élevé que celui de devant, de sorte que le toit ne tombe que d'un côté; il a un demi-pied d'épaisseur et est formé de feuilles sèches d'arbre h pain. L'intérieur de la maison est divisé par une poutre posée à terre dans toute la longueur du bâtiment : la partie antérieure est pavée ; l'autre est couverte de nattes qui servent de lit à la famille et aux domestiques sans distinction de sexe.
Une petite séparation, ménagée à l'une des extrémités, sert à serrer les meubles les plus précieux. Leurs calebasses, les haches, les armes, leurs tambours, etc. , sont suspendus aux murs et aux toits. Afin de mettre les plumes ; et autres objets auxquels ils attachent , du prix, à l'abri delà voracité des rats, ; on les place dans des corbeilles dont l'attache est telle que la vermine ne peut les couper. La porte, haute d'environ trois pieds, est placée au milieu du bâtiment': les familles ont coutume de s'asseoir en cercle à Tentour.
^ A une distance de vingt ou vingtcinq toises de cette maison, il s^n trouve ordinairement une autre dont la distribution intérieure est la même; seulement, elle est élevée d'un uied et demi à deux pieds au-dessus au sol.
A quelques pic^s de ce bâtiment règne une plate-forme de dix à douze pie^ds, formée de grandes pierres et qui en a la longueur : elle sert de salle à man-
§er. Cependant c'est une prérogative es chefs, de leurs parents, des prêtres et de quelques guerriers distingués., car elle supjjose une certaine richesse, le propriétaire étant tenu d'avoir toujours un grand nombre de convives.
Ceux-ci forment une société particulière qu'il doit nourrir même dans les temps de plus grande disette. Les membres de ce club se reconnaissent à certains signes tatoués. Les femmes n'assistent jamais h ces repas de société; la maison même où le banquet a lieu est toujours tabou pour elles.
A dix ou quinze pas des habitations, on voit toujours un ou plusieurs trous revêtus de pierres et recouverts de branchés et de feuillage; c'est ainsi que se conservent les provisions. L'une de celles-ci est une sorte de pouding ou
de pâte composée de fruits à pain et de racines de taro; elle se conserve plusieurs mois dans ces sortes de caveaux, La cuisine des Nouka-Hîviens est fort ^ simple. Indépendamment de la viande de porc» qu'ils aiment comme les Tàl* tiens» ils se nourrissent surtout d'une pâte composée de fruits à pain et de racines de taro, qui se conserve plusieurs mois dans les caveaux dont nous Tenons de oarler, et qui , selon Porter, a le goût drane tarte aux pommes trèssucrée. Us mangent aussi des ignameâ , du taro, des bananes et des cannes à sucre, et en eénéral leur nourriture est plutôt végétale qu'animale. Leurs mets sont cuits sur des feuilles de bananier, qui leur servent aussi de plats. Quant aux poissons, ils les mangent
Sénéralement crus, trempés seulement ans l'eau salée. Les femmes ont la £aculté de manger avec les hommes, mais il faut (jue ce soit dans leurs maisons. La viande de porc ne leur est pas non plus défendue; toutefois, on leur en donne rarement.
La boisson ordinaire des Nouka-Hi- Tiens est Teau de leurs cocos. Les indigènes de Santa-Cbristina boivent de l'eau de mer, sans en ressentir aucune incommodité. Le capitaine Marchand leur fit donner du vin, mais cela ne parut pas leur faire autant de plaisir que l'eau-de-vie qu'on leur offrit. Km- •enstern remarque qu'ils font un usage très-modéré de la boisson du kava.
Toutefois , Porter n'a pas confirmé cette observation.
MUSIQUB, CHANTS. DANSES.
Krusenstern, imbu d'idées défavorables à l'égard des Nouka-Hi viens, cherche à trouver de l'analogie entre leur musique et leur caractère. Mais il paraît qu'elle ne diffère pas de celle des autres peuples polynésiens. Leurs tambours sont d'une grandeur monstrueuse et rendent un son creux et sourd. Pour battre la mesure, ils appuient le bras gauche contre le corps et frappent violemment du creux de la main droite sur le creux de l'autre, ce lui produit un son retentissant dont te bruit leur plaît infmiment.
La danse consiste â sautiller continuellement à la même place en levant de temps en temps les mains en haut et remuant rapidement les doigts.
S^uant à leurs chants, ce sont plutôt es hurlements que toute autre chost.
mSTOIKE.
Quelques traditions, conservées dans la mémoire de tes insulaires et qui ont ainsi traversé les siècles , sont les seuls documents que nous ayons sur leur origine. Oataîa, leur père commun, et Oranova, sa femme, sont venus, disent-ils , d'une île appelée Vavao , quelque part au-dessous de Kouka-Uiva.
Ils apportèrent avec eux diverses espèces déplantes, dont leurs quarante enfants, excepté un (Po ou la nuit), reçurent les noms. Ce récit nous paraît ne pas manquer de vraisemblance. En effet, la plus grande des tles Ton^a porte le nom de Vavao et est située au-dessous de Nouka-Hiva, eu égard au parallèle passant par cette dernière, car sa direction est ouest-sud-ouest.
Ses productions ne diffèrent d'ailleurs pas sensiblement de celles de Tarcfaipel dont nous nous occupons.
En 1567, le vîce-roi du Pérou chargea Don Alvaro de Mendoza et Don Alvaro Mendana de Neyra d'exécuter un voyage de découvertes dans l'océan Pacifique. Après trois mois de navigation, on découvrit plusieurs eraades terres qui reçurent le nom d'îles Saiomofif sur la supposition que l'ophir de Salomon se trouvait ici, et que l'or devait y exister en abondance. A son retour,* Mendana rédigea à ce sujet plusieurs mémoires qu'il fit soumettre a la cour d'Espagne. Celle-d, reconnaissant toute l'importance de ces nouvelles contrées, ordonna, eu 1594, à Don Garcia de Mendoza, marquis de Caniente, gouverneur du Pérou, de faire équiper et de pourvoir abondamment le galion le Saint-Jérôme et trois autres navires , sur lesquels on embarqua en même temps tout ce que le Pérou avait d'hommes et de femmes inutiles, afin d'en former le noyau d'une colonie. Le commandement de cette flottille
OGÉÀNIE.
Ui
fat confié à Ifendana. A enyiron mille lieues àfouest de Lima, par 10* de fat. snd , on décourrit une tie, dont les habitants, après avoir fiait un fort mautais accueil aux Espagnols, parurent cependant désirer leur débarquement.
Ayant passé outre , ils aperçurent trois autres tles, auxauelles on ilonna les ooms de San-PearOy SçLuta-Magdakna et Santa- Dominica. Celleci était bien plus grande que les précédentes; un canal limpide et profond, large d'une lieue, la séparait d'une quatrième, que l'on appela SarUa- Christina. C^est ainsi du'eut lieu la découverte de rarchipel de Nouka- Hiva. Cependant ces cin<] îles n'en forment que la partie méridionale. Mendana leur donna le nom collectif de Marouetas de Mendoza (Marquises de Mendoza), en Tbonneur de Tépouse du ▼îce-roi. LVtat houleux de la mer l'ajant empêché de débarquer à la Dommique, ainsi qu'il le désirait, il envoya le lendemain , jour de la Saint- Jacques (25 juillet), un mestre de camp avec vingt soldats, afin de chercher un port et un endroit où Ton pût faire de J'eau. Celui-ci aborda sur la côte ocddentale, dans un beau port, oue l'on nomma Puerto de la Madré de Dios (Port de la Mère de Dieu)^ auiourd'hui la baie de Tao-Ouati. Le débarquement eut lieu au son du tambour, et les relations amicales qui s'établirent bientôt de part et a*autre n'auraient sans doute pas été troublées , sans la punition à coups de fusil que l'on fut obligé de tirer de quelques vols par trop iiardis. Ceci fut au reste bientôt oublié , et le 28 le commandant descendit à terre avec sa femme. Il y fit célébrer la messe, que les insulaires entendirent à genoux , paisiblement et en grand silence. Mais à peine Mendaoa (îit-il de retour à son bord , que la mauvaise conduite des Espagnols donna lieu à des querelles qui se ter-r minèrent par un combat, oii se montra toute riniériorité de leurs antagonistes. Ceux-ci traitèrent de nouveau de la paix, et l'on se quitta dans les meilleures dispositions. Le 5 août, les vaisseaux mirent à la voile , faisant toujours
route vers Pouest, pour continuer la recherche des tles vers lesqaeUei ils se djriçeaient.
L^sirchipel de Nonka-Hiva paraissait totalement oublié, lorsque Cook visita ces parages dans son second vovage, en 1774. Aux tles que Mendana 'avait découvertes, il ajouta celle de Hood, à laquelle les indigènes donnent le nom de Fatougou. Après avoir successivement reconnu San-Pedro , la Dominica et Santa-Christina, il rangea la côte sud-est de la seconde, et alla mouiller dans le port de la Madré de DioSy qu'il nomme Baie de la Révolution. Les rapports de l'équipage avec les naturels offrent peu de aiffêrence avec la manière dont ils reçurent le navigateur espagnol. Seulement, il fallut leur démontrer de nouveau, par la puissance des armes à feu , ce principe d*économie politique, que oans les échanges les oDJets doivent être à peu près de valeur équivalente; car fréquemment ils prenaient tout ce qu'on leur donnait sans aucune réciprocité. La description que nous possédons des découvertes de Mendana, quoique assez complète sous certains rapports, laissait beaucoup à désirer quant aux déterminations de position astronomique. Cette cfrcoustance engagea le capitaine Cook à séiourner plusieurs jours ici. afin de lever tous les doutes h cet éeard, en même temps que les naturalistes Forster et Sparzmann complétèrent la description géographique du pays. Le 9 avril, le capitaine étant descendu à terre, eut une entrevue avec un chef nommé Honouy qui, sous le titre de heakikiy se donnait pour roi de toute nie; mais son autonté auprès de ses prétendus sujets paraissait se réduire a fort peu de chose. Il était revêtu de son grand costume , composé d'un manteau d*étoffe papyrifique, de larges Sendants d'oreilles, d'un hausse-col et e nombreuses touffes de cheveux humains; sa téte<était surmontée d'une espèce de diadème. Deux jours après , comme on s'aperçut que ces tles n'offraient pas de rafraîchissements en assez grande quantité pour un équipage qui , depuis plus de cinq mois ,
ne vivait que de salaison, ia liéoolutUm $e dirigea vers Taïti.
Quinze ans après, en 1791 , le capitaine Ingrahara , de Boston , découvrit ce qui avait échappé aux investigations scrupuleuses de Cook , c'est-à-dire, les lies septentrionales de Tardiipel; mais il se lK)rn'a seulement à en donner la position. Au reste, il ne fit que précéder d'un mois notre compatjriote Marchand, qui y arriva le 12 jum de la même année, sur le navire le Solide y équipé par une maison de Marseille pour un voyage de commerce à la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale. À peine le bâtiment avaitil jeté Tancre, qu'il se trouva environné d'une multitude de canots remplis de naturels arrivés de l'Ile même et de la Dominica. Mais cette fois encore les relations de bonne amitié s'ouvrirent de la même manière qu'avec Mendana et Cook. Cependant, lorsque l'on se fut mis suffisamment en garde contre leur étonnante dextérité pour le vol, il leur fut permis de monter à bord, et les échanges commencèrent. On se procura par ce moyen une quantité considérable de noix de cocos, de bananes, de fruits de l'arbre à pain et de poissons^ ainsi que divers objets dont les indigènes font usage. Pendant que ce commerce occupait le capitaine et les officiers, il s'en faisait un d'un autre genre entre réquii)age et les jolies indigènes, dont nos jeunes marins avaient tout à fait captivé les bonnes grâces. Ceci fut poussé à un tel point, que l'on se vit bientôt obligé d'y mettre ordre.
Quelques dispositions ayant été prises afin de prévenir ^toute surprise de la part des naturels, les capitaines Marchand et Chanal descendirent à terre. Là, un vieillard, qu'ils présumèrent être l'un des chefs de district, vint les saluer à la manière polynésienne, c'est-à-dire, en frottant plusieurs fois son nez contre les leurs, le plus gravement du monde. Après cette réception, qui annonçait les plus bienveillantes dispositions , on les conduisit dans une enceinte fermée de nmrailles en pierre de quatre ù cinq pieds de
haut, et d'où lesfemmesfiirentœhies.
On invita lés étrangers à s'asseoir sous un grand arbre, dont le feuillage ombrageait l'enceinte et les mettait à l'abri des rayons du soleil. Les naturels leur présentèrent alors un homme d'une petite stature, très-avanoé en âge et auquel ils donnèrent le titre ffotoouh (atoua?), ce que l'on pensa devoir signifier r<Â ou chef; ca^r ils le donnèrent aussi au capita/ne Marchand, dès qu'ils eurent reconnu en lui le commandant du navire. Ce petit vieillard était d'un extérieur assez désagréable, et, loin d'avoir l'assurance gue donne l'autorité, il semblait même rrappé d'une sorte de crainte*, aussi nos navigateurs eurent-ils de la peine à croire qu'un être aussi piteui put être le chef d'un district. Cependant le capitaine Marchand lui offrit queloues présents qu'il accepta. Ceux qui 1 entouraient, peut-être ses ministres, le firent asseoir entre les deux ca|)itaines. Quatre porcs furent successivemcut apportés, et chacun de ceux qui les tenaient, après avoir débité une courte harangue, déposa son ofirande aux pieds des étrarigers. Les jours suivants se passèrent à prendre une idée générale du pays et à faire de l'eau ; le bâtiment resta sur les côtes de l'tle jusqu'au 21 , qu'il continua sa route strs le nord, sur certaines apparences de l'atmosphère qui indiquaient une terre à peu de distance des Marquises. En effet, on découvrit bientôt une terre élevée, à laquelle les officiers du Solide donnèrent, par acclamations, le nom di^Ile Marchand. On en prit |>ossession au nom de la nation mmçaise.
Puis on aperçut successivement Tlle Baux, les Ilots des Deux-Frères, Vile Masse et l'île Chanal. L'archipel entier fut baptisé du nom ^Iles de la AéDOhitiouy en l'honneur du grand événement qui venait de renouveler les destinées de la France. Le capitaine Marchand nous a donné de nombreax détails sur l'archipel de Nouka-Hiva, et il serait injuste de lui refuser l'honneur de la découverte de toutes les fies que nous venons de nommer, puisqu'il devait ignorer, comme il ignorait eo
OCÉANIE
effet 9 oelle^*lD^ahain, oui n'a d*autre avafitase sur lai que de ravoir précédé de quelques jours.
Le 30 mars 1793, le Heutenaot Hergest, chargé de porter à Vancouver les vivres nécessaires à la division que €câui-d commandait, revit les lies sep^ tcokiioiiales, les examina avec soin, en dressa des cartes, les décrivit plus mfmtieusement qu*aucun autre navipleur, et leur appliqua de nouveaux noms , ignorant encore que cette tâche edt déjà été remplie par ses deux prédécesseurs. Tout cela était facile à concilier dans la rédaction des textes, la découverte du navigateur américain n étant plus ignorée a Tépoque où ils furent rédiçÀ; mais Tamour-propre s'en méb de part et d*autre, et on kissa les choses dans l'état où elles se trouvaient. C'est ainsi que la science, au lieu de se simplifler, devenait de jour en jour plus compliquée.
Quelques mois après Hergest, le capitaine Brown, commandant le navire ie BuUertvorth. passa entre ces tles, sans cependant leur donner de noms, honneur qu'elles avaient déjà reçu quatre fois. Enfin, le demie): qui découvrit ce groupe fut Joseph Roberts, capitaine du navire américain le Je/ferson, et le nom de Washington, qu'Ingraham avait appliqué à la seule le d'Onahonga, fut donné par lui à tout le groupe.
En 1797, les missionnaires protestants ayant résolu de civiliser les différents archipels de la Polynésie, le navire le Du/fy capitaine Wilson, en fut chargé.
Krusenstem visita Tarchipel de Kouka-Hi va au commencement du mois de mai 1804. A peine les marins avaient jeté Tancre, qu ils se trouvèrent environnés de plusieurs centaines de canots. L'un d'eux était monté par un Anglais nommé Roberts, qu'au premier coup d'oeil il fut impossible de distinguer des indigènes, dont il avait entièrement le costume. Il annonça qu'un autre Européen, un Français, Joseph Cabri , se trouvait aussi à Nouka- Hiva. Ces deux personnages, qui avaient acquis une grande influence
dans cette partie de Ttle, étaient ennemis invétérés l'un de l'autre, et semblaient , à l'extrémité du globe, représenter la haine profonde qui divisait alors leur patrie : Krusenstern essaya vainement de les réconcilier. Tous deux se laissèrent tatouer. Cabri devint un grand guerrier; mais il ne put jamais se résoudre à manger de la chair humaine : il échangeait toujours un prisonnier contre un cochon. Cabri est retourné en Europe (*). Au reste, le secours de ces deux hommes fut pour lui de la plus grande importance; car, ignorant tout à fait la langue du pays , il n'aurait pu former sur Nouka-Hiva que des conjectures souvent erronées. Roberts avait épousé l'une des parentes du roi ; ce mariage lui donnait une grande considération , et le mit à même de rendre de grands services au navigateur russe.
Il y avait peu de temps que le navire était à l'ancre, lors(]ue le roi vint à bord avec toute sa suite. C'était un homme de quarante à quarante-cinq ans, bien fait, robuste, au cou épais et au teint brun , presque noir. Il était entièrement tatoué; mais rien ne le distinguait de ses sujets. Krusenstern lui fit quelques présents ainsi qu'à sa suite, et après deux ou trois visites du même genre, un malentendu de sa
S art ayant failli exciter une insurrecion, il crut devoir se rendre chez lui , afin de le convaincre de ses bonnes intentions à son égard. Nous allons laisser parler ce savant navigateur :
« Le capitaine Lisianskoï m'accompagnait ; nous partîmes à huit heures du matin , après avoir envoyé nos chaloupes, une heure auparavant, à Taiguade. ?ïous descendîmes à terre au nombre de quarante, y compris vingt hommes armés : nous étions nousmêmes munis de nos armes. En outre, les deux embarcations, destinées à diarger les barriques d'eau, portaient chacune deux petits canons d'une livre et dix-huit hommes d'équipage, commandés par deux lieutenants. Nous pouvions par conséquent défier l'île entière, si Ton eût eu envie de nous (*) 11 cinil né dans le midi de la France.
attaquer. Penonnit ne se troutait sur le ritaee à notre arrîTée. Nous avions TU pendant toute la nuit précédente des feux en divers endroits, et le matin aucun insulaire n'apporta des cocos comme à Tordinaire : fl paraissait donc que les esprits n^étaient pas encore tout a fait rassurés. Nous allâmes droit à la maison du roi , située dans une vallée k un mille dans les terres. Le chemin traversait un bocase de cocotiers, d'arbres à fruits et de mayo. L'herbe était si abondante et si haute qu'elle allait jusqu'à nos genoux et retardait notre marche; enfin, nous parvînmes à un sentier, dans lequel nous trouvâmes des traces d'une coutume de Taîti, oui ne donne pas une grande idée de la propreté des Nouka-Hi viens. Un ravin, rempli d'eau à un pied de profondeur, nous conduisit à un chemin très-bien entretenu. Nous entrâmes ensuite dans une magniûque forêt , qui paraissait s'étendre jusqu'à une chaîne de montagnes bordant liiorizon.
Les arbres de la forêt, hauts de soixante -dix à quatre-vingts pieds, étaient principalement des cocotiers et des arbres à pain , gu'on reconnaissait facilement aux fruits qu'ils portaient en abondance. Les ruisseaux, qui descendaient avec rapidité des montagnes, arrosaient les habitations de la vallée; des masses de rochers interrompant leur cours, y formaient des cascades bruyantes et pittoresques. On voyait près des maisons de grandes plantations de taro et de mûriers ranges dans le plus bel ordre, et entourés de jolies
Salissades de perches blanches, coifp 'oeil qui annonçait de grands progrâ dans la culture. Cette vue, vraiment ravissante, contribua beaucoup à faire trêve, pour quelques moments, à la sensation pénible que nous éprouvions de nous trouver au milieu d'un peuple de cannibales adonnés aux vices les plus révoltants.
« Le roi vint à notre rencontre à quelques centaines de pas de sa maisou : il nous fit l'accueil le plus cordial. Nous trouvâmes chez lui toute la famille rassemblée et très-contente.^ notre visite, car chacun de naus ap-
portait un présent. La reine fîit an comble de la joie de recevoir on pétil miroir. Je priai le roi de me dire raachement ce qui Favait engagé à répandre un bruit qui avait fanli rompre la bonne harmonie qui régnait si heureosement parmi nous, et aurait pu donner lieu à des seènes sanglantes, dont les suites n'auraient naa été a son avantage. Il me ceetifla qu'il n'avait jamais rien appréhendé de iùa part; mais le Français lui avait ditqaeje le ferais certainement mettre aux fers si le cochon n'était pas incontinent rapporté à bord. Je vis par là que mes soupçons sur Joseph Cabri n'étaient que trop bien fondés. Je fis de beanx présents au roi et à toute sa famille, et le priai d'être bien convaincu, qu'à moins d'y être forcé, je n'emploierais jamais la violence contre personne, encore moins contre lui que je regardais comme mon ami.
« Après nous être reposés et rafratchis avec du lait de coco, nous allfimes , sous la conduite de Roberts , voir un moraî; mais, avant de quitter la maison, on nous présenta la petite fille du roi , qui , comme tous les enfants et petits-enfants de la famille royale, est traitée &atoua ( être divin ). Elle avait sa maison particulière dans laqudle personne ne pouvait entrer, à l'exception de sa mère, de sa gratnd'màre et de ses plus proches parents. Cette habitation était talnm pour tout le reste des insulaires. Le plus jeune frère du roi portait sur ses bras cette petite divinité, enfant de huit à dix mois. Je demandai combien de temps les mères allaitaient leurs enfants. On me répondit qu'en général les en&nts ne tettent point. Aussitôt qu*un enfant vient au monde, une des plus proches parentes, parmi lesquelles il s'élève ordinairement des disputes à ce sujet, l'emporte chez elle, et le nourrit de fruits et de poissons crus. Ainsi ces insulaires ne sont point allaités , et cependant les hommes sont d'une stature colossale.
« Enfin, nous nous sommes mis en chemin pour le moral, et nous avons passé près d'une source minérale ; elles
sont très-pombrcuses dans cette tic.
Le'môràî est placé sur une montagne assez haute qde nous avions beaucoup de peine à eravir, ayant le soleil presque perpenaiculaire sur nos têtes. Au milieu d'un bois touffii, si entrelacé de lianes qu'il semble impénétrable, nous avons trouvé une espèce d'écha- £aiud au haut duquel était un cercueil , renfermant un cadavre dont on n'apercevait que la tête. Le moraî était orné , en ddiors, de piliers de bois, taillés pour représenter des figures humaines ; mais ce n'était que le travail d'un artiste maladroit. Près de ces statues s'élevaient des colonnes enveloppées de feuilles de cocotier et de toile de coton blanche. Ttous étions fort curieux de savoir ce que signifiaient ces enveloppes; mais tout ce que nous apprîmes à ce sujet, c*est que les colonues étaient tabou. A c^té oe ce moraî se trouvait la maison du prêtre; il était absent.
Chaque famille a son moraî particulier; celui que nous vîmes appartenait à celle du prêtre: et sans Roc^rts , qui est allié à cette famille aussi bien qu'à la &mille royale, nous n'eussions peutêtre pas pu le visiter, car les Nouka- Hiviens n'en accordent pas volontiers la permission. Les moraïs sont ordinairement sur des montages, au centre du pays : celui-ci &it exception, car il n est pas fort éloigné du rivage. Dès que M. Tilésius eut fini de dessiner la vue du moraî, nous retournâmes à nos canots (voy. pL 138). »
Pendant son séjour, Rrusenstern constata plusieurs coutumes qui avaient échappé à ses devanciers. Tel est ce nouveau sigisbéisme renouvelé, mis en pratique par les chefs , et qui consiste à laisser près de leurs épouses un lieutenant qui jouit de tous leurs droits, et que l'on nomme allumeur du feu du roi. On a vu plus haut l'incident singulier et les suites déplorables qu'il eut pour le missionnaire Harris.
Mais l'époœie la plus mémorable de rhistoire de Nouka-Hiva fut le séjour qu'y fit le capitaine américain Porter, en 1813. Il venait de quitter le groupe des îles Gallapagos , où il avait établi
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le dépdt de nombreuses prises de baleiniers anglais qu'il avait fiiites dans cette partie du grand Océan, pendant la dernière guerre entre l'Angleterre et les États-Unis de l'Amérique septentrionale.
Porter aborda à Nouka-Hiva le 36 octobre 1818. Il y trouva un Anglais nommé Wilson et un Américain nooi^ mé John Maury , laissé peu de temps avant son arrivée par un navire des États-Unis , pour lequel il devait pré-
Sarer une cargaison de bois de sanal. L'Anglais, qui vivait depuis plusieurs années dans différentes Iles de l'archipel, en parlait la langue aussi bien que la sienne, et seulement sa couleur blanche le distinguait des insulaires dont il avait tous les gestes et les manières. Porter, d'abord assez défavorablement prévenu à son égard , crut cependant trouver en lui un homme bon , honnête , prêt à rendre tous les services; mais if s'aperçut depuis qu'il n'avait eu affaire qu'a un n)rpocrite consommé. Au reste, sa parfaite connaissance des idiomes et des usages des indigènes fut du plus grand secours au capitaine américain dàjos toutes ses relatons avec eux.
Les montagnes qui environnent la vallée où avait eu lieu le débarquement, étaient couvertes de nonobreux groupes d'indigènes. Ils s'apprêtaient à repousser les attaques d'une tribu guerrière, nommée Happah, demeurant au delà des montagnes , et qui , depuis quelques semaines, était en guerre avec les habitants de la vallée, dans laquelle ils avaient fait plusieurs incursions, détruit des maisons, ravagé des plantations et enlevé beaucoup d'arbres à pain. Toutefois, il paraît que leur nouvelle incursion fut arrêtée par la vue des vaisseaux étrangers. Porter leur envoya l'un de ces derniers , et leur fit dire qu'il avait assez de forces pour les chasser de l'île; que s'ils pénétraient dans la vallée, il enverrait un corps de troupes pour les repousser; qu'ils eussent d'ailleurs à cesser toutes les hostilités, tant qu'il résiderait à Nouka- Hiva, et que s^ils pouvaient disposer de porcs et de fruits, toute sûreté
et facilité leur seraient données pour Tenir y trafiquer.
Après cet aTertissement préparatoire, un exprès fut envoyé a Gatta* néouai{KéatarNoui de Krusenstern), chef de la belle vallée de Tieuhoy, et dont les plus beaux champs étaient taboues; il se trouvait alors dans Tune de ses citadelles ; mais il ne tarda pas à arriver. Porter, afin de lui prouver toute son estime |)our sa personne , et ses intentions pacifiques , lui fit offrir une truie anglaise. Ces indij^ènes , se livrant particulièrement à l'éducation des porcs, c'était, à l'exception d'une dent de baleine, le présent le plus flatteur qu1i pût lui faire. Le chef vint rendre sa visite à bord, et avant de le quitter, il sollicita l'assistance des étrangers dans la guerre où il se trouvait engagé, assistance qu*on lui promit, mais dans le cas seulement où les Happahs mettraient le pied dans la vallée.
Ceux-ci , ayaut été sourds à toutes les injonctions , ayant repoussé toutes les propositions, et s'étant même livrés à des voies de fait, les hostilités commencèrent. Toutefois Porter en recula le moment autant que le lui pernfirent sa position et la sûreté de ses alliés. Une pièce de six fut bissée par les indigènes avec une 'adresse vraiment extraordinaire, sur le sommet d'une haute montagne , en même temps que le camp formé sur la plage re^ut des renforts et fut armé de deux pièces d'artilierie« Le 28 , au matin , le lieutenant Downes, à la tête d'un détachement, assisté d'indigènes, se dirigea vers les lieux menacés. Les Happalis, d'abord chassés de place en place, se réfugièrent dans un fort , qui tomba bientôt au pouvoir de leurs adversaires. On y trouva une grande quantité de tamtams , de nattes et d'autres ustensiles domestiques, de porcs, de noix de coco et autres fruits. La perte des ennemis fut de 5 hommes, et ils ne tardèrent pas à se soumettre au capitaine améric:iin, qui scella cet heureux événement par quelques présents.
L'exemple clos Hap()ahs fut bientôt suivi par les tribus environnantes, et,
à la requête des cfae6| Porter se décida à tracer le plan d'un village, qui s'éleva comme par enchantement sous les mains de 4 a 5000 iadigènés, accourus pour exécuter cet ouvrage. Dans cette occasion, on ne put trop admirer la régularité que les Nouka-Hiviens mettent dans tout ce
Î[u'ils entreprennent. Sans chefs pour es guider, ils exécutent ce qui leur est demandé avec ordre, ardeur, promptitude, et une grande intelligence. Le village étant aclievé, reçut lé nom de Madis(nwUle, et on éleVa , sur une colline qui le domine , un fort ( voy . pL 299) , où fut planté le drapeau des Etats-Unis.
C'est à la suite de cette expédition qu'il rédigea la pièce suivante, contenant la prise de possession de l'île entière de P^ouka-Hiva, au nom de l'Union , quoique deux tribus fussent encore insoumises.
« Les présentes ont pour but de faire connaître à l'univers que moi , David Porter , capitaine de navire, au service des Etats-Unis d'Amérique, et commandant la frégate CEssex, ai, au nom desdits États-Unis, pris possession de l'île nommée par les naturels Noubivah ( Nouka-Hiva ), généralement connue sous le nom dlle de sir Henr^ Martin, mais actueIl^ mept appelée fie Madison; qu'à la
Srière et avec l'assistance des habitants e la vallée de Tieulioy , ainsi que des tribus des montagnes , que nous avons domptés et rendus tributaires de notre pavillon , j'ai fait bâtir le village de Madisonville, consistant en six belles maisons, une corderie, une boulangerie et autres dépendances ; que pour la défense de ce village et pour la protection des naturels alliés , j'ai construit un fort susceptible de recevoir seize canons, où l'en ai placé quatre, et que j'ai nonune fort Madison.
« Nos droits sur ces îles, basés sur une priorité évidente de découverte, de conquête et d'occupation, ne sauraient être contestés. En outre, K?
insulaires , pour obtenir de notre part une protection qui leur était nécessaire, ont désiré être admis dans la
OCÉAr^IE.
grande famille américaue, dont le
gouTernement répubUcain a beaucoup 'analosie avec le leur. C'est pourquoi, désirant contrâxier à leur intérêt et à leur félicité , et rendre en même temps nos droits inoontestaUes touchant la propriété d'une fle fort importante sous une foule de rapports , j'ai pris sur mon compte de leur promettre
Îu'ils seraient adoptés par les États- Tms, et que notre caef serait leur chef. De leur côté, ils m\>nt afSrmé que, parmi leurs frères américains, ceux gui les visiteraient seraient à l'ayenir accueillis avec amitié et hospitalité;
âu'ils leur fourniraient avec abon* ance toutes les provisions qui se trouvent dans File; qu'ils leur prêteraient leur aide contre tous leurs ennemis, et qu'ils empêcheraient, autant que cela dénendrait d'eux, les sujets de la Granae-Bretagne d'aborder sur leurtle, jusqu'à ce que la paix eût été conclue entre les deux peuples.
«Durant notre séjour en cette tie, de riches présents nous ont été offerts par toutes les tribus ; void la liste de celles-ci :
« Six tribus dans la vallée de Tieuhoy , appelée» les Taîhs ; savoir : les Hoattas, les Maouhs, les Ouniahs, les Pakeuhs, les Hekouas, les Harrous.
« Trois tribus de Mamatouahs : les Hamatouahs, les Tioulis et les Kabalas.
« Deux tribus de Attatokalis : les Fakiabs, îesPaheutahs.
« Une tribu des Tïikis.
a Douze tribus de Tajpis : les Pobé-
Î;ouafas, les Naégouahs, les Attuéçéyas , es CabouQOukonas, les Tomarahmahs, les Tieheymaoucs , les Mouaikahs, les Atterfaaous, les Attestapouyhounahs , les Attehacoucs, les Attetomohoys et les Attaka-Kaha-Néouabs.
« Lesquelles ont témoigné pour la plupart le désir diêtre placées sous notre protection, et nous ont semblé disposée à obtenir, à quelque prix que ce fût, une alliance qui leur promet une si grande utilité.
c En conséquence de ces motifs, et aussi pour que la possession de cette
Ue ne puisse nous être disputée par la suite , dans une bouteille enterrée au pied du fort Madison , i'ai déposé une copie de la présente déclaration , et en outre plusieurs pièces de monnaie au coin des États-Unis.
« En témoignage de quoi j*ai apposé ma signature.
« DAVID POBTBll.
«19 novembre 1813»
La prise de possession s'étendait adroitement à Vue entière. Bien que les Taîpis et leurs alliés ne fossent pas sounris, Porter leur fît sommation de se reconnaître tributaires des États- Unis ; mais la négligence affectée que mettaient les Taîpis à faire cette reconnaissance ayant été suivie par cjuelques autres peuplades. Porter crut' devoir entrer en pourparler avec eux , et leur lit si^ifîcr qu'ils eussent à choisir ou la paix, en payant le tribut, ou la guerre, s'ils voulaient renoncera son amitié. Mais les propositions conciliantes qu'on leur fit a ce sujet furent suivies d'un déÛ insultnnt. « Les habitants de la vallée de Tieuhoy et leur roi Kéàta-Nouï sont des lûcnes , disaient-ils; les Happahs ont été battus parce que eux aussi sont des lâches.
Quant a Porter et à ses 'com[)agnons, ce sont des lézards blancs qui tomberont à la première fatigue, qui ne pourront ni gravir les montagnes , ni supporter le manque d'eau , ni même porter des armes. Et pourtant ce sont ces ennemis qui défîent les Taîpis, si souvent vainqueurs , et à qui leur dieu a promis toujours la victoire ! Qu'ils viennent, ces lézards blancs; nous les défions ; qu'ils viennent, nous ne craignons pas leurs bouhis (fusils), bons tout au plus pour efTrayer des lâches comme les Taîhs, les Happahs et les Choumènes. »
Porter, afin de reculer autant que possible le moment des hostilités , fit préparer, pour les intimider , un armement formidable; mais ce moyen, loin d'avoir quelque effet, fut suivi d'agressions de la part de la tribu rebelle contre celles des Happahs, des Taîhs et des Choumènes. Enfin , le 3 novembre, deux frégates et dix canots
de guerre parurent au débarcadère de Ta$Î8, on s'étaient déjà rendus les Taïns et les Happahs. Leurs forcer réunies pouYaient s'élcYcr à 60Q0 hom* mes. Engagés sur un terrain qu'ils ne connaissaieut qu'imparfaitement, ]es Américains se rembarquèrent, après avoir éprouvé un échec , d*autant plus fâcheux, qu'il jeta queloue défaveur à leur égard dans l'esprit ae leurs alliés. Toutefois , loin de se décourager , l'intrépide commandant se décida à porter à ses ennemis un coup qui donnerait une preuve évidente de sa supériorité.
Deux cents hommes furent tirés de l'Essex, de C£s$exJfmior et de ses prises, et l'attaque fut arrêtée pour le lendemain avantil'aurore. Après quelflues préparatifs , l'ordre du départ fut donne , et les troupes remontèrent la vallée. Une décharge de mousqueterie, partie des rangs américains, fut le signal de leur présence, et les Taïpis , aussitôt sur pied , firent retentir l'air du son de leurs tambours et des conques de guerre. Cet Incident fut suivi d'une halte au village des Happahs, et les troupes s'apprêtèrent à remonter la vallée le long des bords de la rivière qui l'arrose. Les Taïpis , après avoir tenté inutilement de s opposer à leur passage, se retirèrent dans un hippah. situé sur leurs derrières.
Toutefois ils en furent bientôt expulsés, et perdirent même leur chet, cç qui ne les empêcha pas de faire une vigoureuse résistance. Les Américains, quoique continuellement harcelés, continuèrent leur marche, et arrivèrent bientôt à la capitale' des Taïpis , si l'on peut donner ce nom à un beau village , orné , comme tous les autres, d'une grande place publique, et qui fut saccagé et livré aux flammes: Puis ils aperçurent le fort témoin de leur première défaite. « Quoique connaissant bien, dît Porter, toute l'adresse et toute l'habileté des insulaires, 1e ne les aurais jamais supposés capables de construire un ouvrage aussi fort et aussi bien calculé pour la défense. Il forme un segment de cercle de près de quarante-six mètres d'étendue , nâti en grandes pierres d'à peu près deux mè-
très d'épaisseur à la base, et se r^i^cis- 8antvefslehaut,dfindetui donoerp/os d'aplomb et de soh'dité. A gauche se trouve une entrée tout au plus assez large pour admettre un seul individa à la fois, et ^i servait d'issue pour faire les sorties. Mais pour yparreoir de. l'extérieur, on est obligé de passer immédiatement sous les murailles , un hallier épais en défendant les approches de tout autre côté. Les ailes et ies derrières sont également gardés, et !â droite est protégée par une fortification aussi solide quefecorpsprindpal.»
A l'arrivée du detadiement, des insignes de paix flottaient de toutes parts, et Timéa-Taïpi , chef des Taipis , s'avança au-devant du capitaine en portant un drapeau blanc. Il lui rappela leur ancienne amitié; il sollicita de nouveau son alliance, et la paix lui fîit accordée à condition qu'if payerait le tribut annuel, ainsi que les autres tribus, et de plus une rançon de 400 porcs en sa faveur. Par cette victoire , Vile entière reconnaissait désormais les lois du capitaine américain ; mais la soumission de ces peuplades de Plie Tïouka- Hiva, qui, réunies, peuvent mettre sur pied envirQn vingt mille guerriers, leur soumission, dis-je, devait cesser avec la crainte qu'inspirait la présence du vainqueur. Porter , ayant terminé ses opérations, était reparti de I^ouka- Hiva le 10 décembre avec ses navires de guerre, ne laissant dans cette île que trois de ses prises amarrées sous le fort , et au'il confia à la garde du lieutenant Gamble et de vingt-deux hommes placés sous ses ordres. La position n'était pas tenable. Les naturels , travaillés par l'Anglais Wilson, qui était naturalisé dans File , refusèrent bientôt le tribut convenu. Ils ne s'en tinrent pas là; ils piquiétèrent leurs hôtes et menao^nt leurs navires; d'un autre côté, l'insubordination éclata parmi les compagnons de Gamble, et plus d'une fois on méconnut son autorité. Enfin, au bout d'un mois de danger et d'inquiétude , la révolte éclata de la façon la plus sérieuse. Les mutins jetèrent leurs officiers chargés de fers à fond de cale,
hissèrent le pavillon andais et appardllèrent. Gamble, ré$té avec aeux navires et dix hommes (]ui lui étalent demenrés fldèles, battit d*abord les naturels ; mais bientôt , craignant qu'ils ne revinssent et l'accablassent sous le nombre, il brOla un de ses navires, s'embarqua sur Tautre avec ses dix hommes, et parvint à aborder aux îles Baouaï, où il fut pris par six bâtiments anglais. Aprèsson départ, les naturels, survant les conseils de Wilson, avaient égorgé les Américains qui avaient été abandonnés dans le fort Madison , à l'exception d*un seul homme qui parvint à s'échapper dans les montagnes , où il fut sauvé par un vieux chef du pays. Ainsi finit, d'une manière tragique, rexpédîtfon commencée par Porter de la manière la plus favorable. Il semble, au reste, gue l'unité du gouvernement de J'fle fondée par le marin américain lui a survécu. Le vieux Kéata-Nouî garda la souveraineté de T^ouka-Hiva , et son fîJs Maouana le titre nominal de cette autorité. ïl est vrai que les chefs des tribus continuent à vivre en guerre les uns contre les autres ; cependant tous reconnaissent une suprématie, quoiqu'ils la respectent peu.
L'histoire de lYouka-Hiva est à peu près insignifiante depuis les derniers événements qui signalèrent l'expédition de Porter. Le lieutenant américain Paulding, du navire le Doffirif avant mouille, en 1825, dans la baie (TOunri , n'eut qu'à se féliciter de ses rapports avec les naturels. Le missionnaire Stewart, ayant parcouru toute cette côte sur le vaisseau de guerre américain le Fincennes^ vers Tannée 1829, en traça à son retour un tableau aussi vrai qu'intéressant. Le capitaine du Fincennes avait aidé le jeune Haouanaà s'emparerde l'autorité suprême dont son père était investi , et coopéré par sa présence à l'intronisation de cet enfant, encore mineur.
Enfin , au mois de mars 1830 , Waldegrave, capitaine anglais, à bord du navire Serinaapatnam. fit une descente k Nouka-Hiva, et n'y recueillit aucun fait important.
OCÉANIE. 951
Depuis Waldegrave, l'histoire de Nouka-Hîva a cessé pour nous.
ARCniPEL M^MOTOU,
MOBlHâ COMMUNÉMENT iiaCHIPEL DANGB* BEUX.
GBOGRAPHIB GKNBEÀLX.
Ce vaste archipel , le plus grand de la Polynésie, après celui des ârolines, reçut de l'illustre Bougainville le nom d'archipel Dangereux. Les Taîtiens le désignent sous le nom de Pomotou.
Situé à l'est deTaîti, il s'étend dans un espace de 500 lieues de l'est sud-est à l'ouest bord-ouest , entre les 13*80' et les 23'» 50' de latitude sud, et les 125» 30* et 151» 80' de longitude occidentale, depuis nie Ducie jusqu'à llle Lazareff. Sa superficie est d^environ 370 lieues carrées..
Les îles ou plutôt les groupes dlles qui composent cet archipelsont au nombre de plus de soixante ; ce sont : Gambier, composée de cinq ou six îles médiocrement hautes, outre plusieurs îlots; niot de Crescent, Pitcairn, Oeno, Elisabeth et Ducic , qui en est éloignée, mais aue nous croyons ne pouvoir se rattacner qu'à cet archipel, parce qu'elle est la fin de la chaîne sousmarine qui sert de base aux îles coralligènes de Pomotou; Bird, Uood, Carysford , Whitsunday, Queen-Charlotte, Egmont, Touï-Touï, Hcïou ou de la Harpe, Doua-Hidi , chaîne d'îlots bas et boisés , Croker, Chaine ou Anaa , Cockburn , Osnabruck, le lagon de Bligh, Barrow, Clermont-Tonnerre, Séries, groupe d'îles basaes, San-Pablo , r^arcisse, Lanciers, Tehai , groupe d'îlots , Gloucester, San-Miguel , Marcaret, Turnbull, Britomart, Cumberland, Byam, William Henry, chaîne de petites îles , Marakau , groupe d'îles, Buyers, îles basses et rapprochées, Manou , Towere , Saint-Quentin, Hum* pbrev, Honden, Désappointement, Preapriatîe , Araktchieff , Wolkonsky, Barkiay, Good-Hope. Nigeri, Holt, Philips , Furneaux , Aclventure,Tchittchagof, Sacken ,Raraka, Wittgenstein, San-Diego, Greig,Garlshofif, Palliser,
renfermant quatre groupes distincte, Romanzoif, Oura, dialne d'îles basses , Houkéa, autre groupe dlles basses, WilsoB, Waterland Vliegen, Krusenstem, Lazarefif et Matia.
Toutes ces îles sont des terres basses et d'une nature madréporique , à l'exception de Pîtcairn et du groupe de Gambier, où Tintérieur des tles hautes, telles que Péard et quelques autres , est d'origine volcanique. Elles sont généralement fertiles en arbres fruitiers et en palmiers» On pêche des perles sur les côtes de quelques-unes de ces îles, dont plusieurs sont inhabitées.
On peut évaluer la population de l'archipel entier à 20,000 habitants.
Ces sauvages appartiennent à la race polynésienne; leurs moeurs sont cependant plus incultes que celles des indigènes de Taïti, leurs voisins, et une Sartie des habitants de l'He Tioukéa, ans les parages de laquelle on fait la pèche aes- perles, parait être encore anthropophage, quoique l'autre partie ait embrassé le christianisme.
GéOGRAPHlB DESCRIPTIVE.
L'île, ou plutôt le groupe Gambieh fut découvert, en 1797, par Wiison, qui n'y toucha point, et il ne paraît pas que d'autres aient exploré ce pays avant fieeche^r, qui v passa en 1826.
Il fut contraint dès les premiers iours de faire la guerre avec les naturels , et il employa son artillerie pour les réduire.
Le groupe entier se compose d'un récif à peu près circulaire de quarante milles oe tour, au milieu duquel surgissent cinq ou six îles médiocrement hautes, outre plusieurs îlots assez bas sur la chaîne intérieure. La plus grande des îles hautes, l'île Péard, a quatre milles de long , sur une largeur d'un mille à peine. Un double piton, nommé le mont Duff, s'y élève a onze cents pieds.
Toutes les îles basses et le rivage des tles hautes sont d'une nature madréporique, mais l'intérieur de ces dernières est d'oriçine volcanique. La roche est en général une Inve basaltique poreuse, et en quelques endroits
on aperçoit des cristaux assez réguliers de basalte compacte. Beechef v trouva des zéolithes, du carbonate (ie chaux , des calcédoines , des olivines et des jaspes de diverses couleurs. Mie part il ne remarqua de cratère; toutes tes îles étalaient la plus admirable Terdure. La terre v^étale r parait peu profonde, mais très-fertile. Ses produits comme ses habitants sont ceux de toute la Polynésie, miofgue dans un deçré moindre de cuJRire et de civilisation. Les mœurs, en revanche, semblent plus retenues que dans les autres groupes. Les femmes n'y paraissent pas disposées à s^offriràVètranger. Beechey estime la population de tout le groupe à 1500 âmes. H place le mont Duff, qui en est le centre, par 23*8' latitude sud et 187*15' longitude ouest.
Les naturels des îles Gambier sont bien faits, moins grands et moins robustes que ceux des îles de la Société; leur teint est beaucoup plus blanc Les femmes sont très-jolies et se couvrent avec une ceinture de natte. Les hommes vont entièrement nus. La manière de se saluer consiste à se frotter nez contre nez, en aspirant fortement l'haleine. Ils n'ont pas de |)irogues ni d'armes, excepté une espèce de pique. Le fruit à pain , le cocotier et le platane y sont abondants. Ils n'ont aucune espèce de quadrupèdes , à l'exception des rats, qui paraissent apprivoisés, et de quelques poules. Ce sont d'effifénés voleurs, et le fer est ce qu'ils convoitent par-dessus tout.
L'île HooD a été découverte, en 1791 , par Edwards , revue par Wilson en 1797, en 1826 par Beecney,quira placée par 21»3r latitude sud et 137*^54' longitude ouest (pointe ouest).
Découverte par Edwards, en 1791 , Garysfobd fbt revue, en 1826, par Beechey , qui envoya un canot pour la reconnaître. Le naturaliste de l'expédition faillit se noyer en débarquant.
On trouva sous les arbres trois puits, quelques huttes et une tombe en pierre abandonnée depuis longtemps. Beechey la place par 20«»45' latitude sud et 140^43' longitude ouest.
OGÉANIE.
Près de Carysford , les cartes signalaient une UeDuFF, que Wilson croyait avoir vue en 1797 ; plusieurs fois elle a été cherchée vainement, et nous croyons qu'elle est , comme tant d'autres , une île imaginaire.
L'Ile Whitsunday fut découverte, en 1767, par Wallis, qui envoya un canot à terre. On y trouva des huttes et des pirogues; mais point d'habitants; ils avaient fiii vers l'ouest. La Jatitude de Whitsunday est de 19^*24' sud, sa longitude de 140*57' (pointe nord-ouest). Elle a quatre milles de long sur trois de large.
Beechey a fixé la situation de Queen- Chàbloitb par 19»! 7' de latitude sud et 141»4' de longitude ouest. Elle a six milles de longueur sur un mille de largeur.
Au-dessus de Queen-Charlotte, nous vîmes Egmont, petite Ile habitée, basse et boisée. Elle a six milles de circuit, et est située par 10*24' de latitude sud et 141* 36' de longitude ouest Wallis la déamvrit en 1767.
On trouve à deux cents toises de distance l'île Touï-Touï, découverte, en 1767, par Carteret, qui la nomma Gloucbster , et reconnue , en 1826 , par Beechey , qui la place par 19* 8' de latitude sud et 143''0' ae longitude ouest.
L^le HÉîoii se compose de langues de coraux fort étroites, couvertes d'arbres du côté du vent, mais entièrement nues sous le vent. Elle a environ trente milles de long sur cinq milles de large. Bougainville la découvrit en 1768, et la nomma Ile de la Harpe à cause de sa forme. Cook l'aperçut l'année suivante, et la dési-
Sna, par le même motif, sous le nom 'île Bow. Le capitaine Duperrey la reconnut en 1823 ; enfin Beechey fixa sa position, en 1826, par 18o26' latîtuae sud et 142*59' longitude ouest (milieu).
Toutes les îles basses du groupe de LA Harpe {Bow ou Heyou), ainsi noidmées parce qu'elles ont à peu près la forme de cet instrument, sont composées d'un récif de corail, d'une hauteur qui excède rarement dix pieds
au-dessus du niveau de la mer, dans les endroits les plus élevés , et d'une largeur moyenne de cent cinquante à deux cents pas. Ce récif contient à l'intérieur un lagon, quelquefois sans issue , mais qui a plus souvent des communications avec la mer. Les habitants de ces îles n'ont d'aliments que le poisson, un fruit peu nourrissant, et les cocotiers dont beaucoup d'îles même sont dépourvues. On en trouve quelques-uns à l'île de la Harpe. Ordinairement les naturels ne donnent pas le temps aux noix de parvenir à maturité , et les abattent de bonne heure pour boire l'eau dont elles sont remplis. Il existe dans toutes les îles basses une espèce d'arbre dont la feuille sert à faire des nattes et à couvrir les maisons. Le fruit, de forme ovale et de huit pouces de long sur cinq de large, est composé d'un grand nombre de côtes, d'une forme conique, qui se détachent lorsque le fruit est parvenu à maturité. La partie adhérente est d'un beau jaune , d'une saveur Irèsdôuce, et le tout composé de filaments extrêmement déliés; à l'intérieur se trouve une ou deux petites amandes d'un bon goût. Les indigènes font une erande consommation de fruits, et les femmes sont souvent occupées à les briser avec de grosses pierres, pour en retirer les amandes après que l'on en a sucé la partie la moins filandreuse.
Pour conserver le poisson , les naturels le Aiment pendant douze à quinze heures, l'ouvrent ensuite pour en tirer les arêtes et les faire bien sécher au soleil ; par ce mo^en ils le conservent sain pendant plusieurs jours.
Les tortues sont très-abondantes dans l'île de la Harpe. Il paraît que c'est pour les insulaires une espèce de poisson sacré; ils n'en donnent jamais aux femmes que lorsqu'elles n'ont rien antre chose à manger.
Un capitaine du oommerœ se rendant de Valparaiso aux Mes Taîti »
aborda ces îles en novembre 1831.
Voici le portrait qu'il fait de leurs habitants^ nous l'empruntons aux Anna* les maritimes, 19^ année (1834) :
« Les naturels des îles du groi^
iU
de ia Harpe so0t très -vigoureux et agiles; ils vont ous, et n^ont qu'une ceinture de natte qui leur {)end depuis les hanches jusqu'au milieu des cuisses. Cependant us commencent à aimer leis etofîes. Us sont très-doux entre eux, vivant d'une manière patriarcale , se donnant réciproquement et partageant leur nourriture.
Ils paraissent aimer beaucoup leurs enfants. Leurs maisons ont l'aspect le
S lus misérable; elles sont toujours 'environ douze pieds de long, larges de cinq et hautes de quatre ; elles sont couvertes de nattes grossières, qui les mettent assez bien à l'abri de la pluie. Leur lit consiste en une natte, et leur oreiller en une espèce de petit banc de bois. Chaque ménage a une pirogue d'une petite dimension, avec un balancier et une voile de natte; cette pirogue est composée de plusieurs pièces ajoutées et amarrées ensemble avec des cordes ou tresses faites avec l'enveloppe de la noix de coco , qui forme un excellent cordage. Chaque homme a une lance longue de dix ou douze pi^s , avec laquelle il Doursuit le poisson et le transperce: u a aussi un filet et des hameçons de bois , de nacre ou de fer. Le roi. a plusieurs femmes, et est un [>eu plus à son aise que les autres : il a une grande pirogue double, longue de trente-six pieds. Tous les naturels sont remplis de poux, qu'ils se cherchent mutuellement et qu'ils mangent : malgré tous nos efforts , nous ne pûmes jamais échapper entièrement à cette maudite vermine. Ces sauvages sont très - gais et chantent assez souvent des heures entières. Ils ont quelques idées de religion ; le lieu où ils déposent les écailles des tortues ou'ils prennent, est sacré ; ils suspendent ces écailles à des arbres ainsi que les os. On ne sait pas s'ils ont un temple et des usages religieux. Ils faisaient grand cas d'un livre de navigation qu'ils nous avaient pris, et d'un petit miroir dans lequel ils se eontempiaient avec complaisance. »
DouA-HiDi est une chaîne d'ilôts te , boisés et peuplés, de huit à dix milles de largeur, découverte proba-
blement, en 17GI^, par Boaeainfflle, vue l'année suivante par Cool, et comprise dans ses Two-Gboups. Ce navigateur aperçut de loin les habitants, qui lui parurent bien faits, très-braves et armés de lances. Beechey, en 1826, la plaça par 18*12' latitude sud et 144*38' longitude ouest, milieu.
L'Ile BiRD (oiseau) est basse, inhabitée , ayant tout au phis quatre milles de circuit. Découverte, en 1 768 , par Bougainville, qu! ne daigna pas la nommer , elle f\jt vue Vannée suivante par Cook qui lui donna ce nom, et, en 1826, par Beecbey, qui la plaça par 17M8' latitude sud et 14S* longitude ouest (pointe sud).
L'île Cbo&eb est une petite tle basse de six ou sept milles de long sur un mille de large. Bougainville, en 1768, l'avait également laissée sans nom.
Beechey la nomma Croker. M. d'Urville (*)' pense que c'est la SanrQtàntin de l'Espagnol Bonechea , vue en 1772 et 1774. Sa position est par 17'» 26' de latitude sud et 145« 47' de longitude ouest.
L'Ile Anàa fut découverte par Cook en 1769, qui la nomma lie Chain; il la revit en 1773, mais sans la visiter. C'est la même sans doute que Bonechea nomma, en 1772, Ile deTODOs LOS Santos. Beecbey l'a vue aussi en 1826 , et l'a placée par 1 7o26' de latitude sud et 147''50' de longitude ouest ( milieu). Ce savant navigateur ne la visita point, mais il trouva sur une petite île au sud sud-est de TouT-Touî, et qu'il nomma Byam, une Quarantaine de naturels, originaires d Anaa et convertis au christianisme. Voici comment cette émigration avait eu lieu. Tributaire d# Taîti , dont elle est éloignée pourtant de deux cents milles , Anaa avait envoyé le chef Touwari et 150 naturels saluer dans cette île le jeune Pomare , qu'on venait d'y introniser. En vue de
(*) Nous aYODS emprunté à oe grand navigateur une partie ciu jétumé de ces petites ites, qu*il a lui-même extrait avec soin ,dei positions donnéei par les iiaTigateurs
que nous citons.
OGÉAKIE.
Taîti, tes vents d^ouest dispersèrent et chassèrent les fiirogues ; deux furent perdues ; la troisième , ayant abordé file Barrow , toucha sur Éyam, après avoir perdu une partie des indigènes.
Ce fut là que Beechev les retrouva :
sur leurs instances, if prit à son bord Touwari et le ramena dans sa j)atrie.
Cette île, dépendante de Taiti , est aujourd'hui toute chrétienne , et déjà elle fourmi des missionnaires aux autres points de Tarchipei de Pomotou.
Elle porte aussi le nom d*!le de la Chaîne. Le caractère entreprenant et maraudeur de ses habitants peut les faire regarder comme les flibustiers ùc cette partie de TOcéanie.
Ile CocKBUBN, petite île basse , inhabitée , avec un lagon à Tintérieur. £lle fut découverte^ en 1826, par Beechev; elle a quatre railles de long sur trois de large. Latitude sud , 22M2', longitude, 14r ouest (pointe nord-est).
Ile OsNAJBAUCK, groupe d'îlots bas, boisés et inhabités , entourant un vaste lagon intérieur. Découverte , en 1767, f)ar Carteret , elle fut témoin du naufrage du navire baleinier MatUda, en 1792, et Beeche]r,qui la visita en 1826, retrouva les débris de ce naufrage.
Elle ne paraissait pas avoir eu d'autres habitants que des oiseaux de mer , des lézards , des crabes et des tortues. Sa longueur est de quinze milles de Vesi à "ouest, sur sept milles du nord au sud. Latitude sud, 21° 50', longitude ouest, 141 <* 5' (pointe est).
Ile Lagon de Bligh, îlot bas, boisé et peuplé, renfermant un lagon. Elle fut découverte , en 1792, par Bligh , et vue parBeecheyen 1826. Les naturels sont presque nus et d'un teint très-foncé. Ils portent les cheveux rattachés en un nœud sur la tête. Quand Beechey parut, ils raocueillirent avec des lances, des casse-téte et des pierres. latitude sud , 21* 38' , longitude ouest, 142** 58' (pointe nord).
Ile Babbow , petit îlot bas et boisé , de quatre à cinq^ milles de circuit, avec un lagon intérieur. Beechey, qui la découvrit et la visita en 1820, y trouva des traces d'occupation récente. Le
cocotier, le pandanus, ie sœvola, le casuarina, le pemphis, le tournefortia , et plusieurs autres arbres couvrent rile entière. Latitude sud, 20* 45'. longitude ouest, 144*' 24'.
Ile Clbbmomt-Tonnebbe , basse, boisée , avec un lagon intérieur. Découverte, en 1822, par le capitaine Bell de la Minerve, elle fut revue Tannée suivante par le capitaine puperrey, dont le navire se trouva la* nuit fort près de ses brisants. Revue par Beechey en 1826. Les habitants étaient presque nus ; Tun d'eux avait la couleur d'un nègre d'Afrique. Ils se montraient défiants et toujours armés. Le groupe entier a douze milles du nord -ouest au sud-est, sur trois à quatre milles de large. Latitude sud , 18°28', longitude ouest, 138''47' (pointe nord).
Ile Sebles ; groupe d'îles basses , boisées , avec un lagon , découvertes , en 1767, par Wilson; on y aperçut un moral et quelques traces de population. En 1823, Duperrey la vit de loin ; Beechey la vit de près en 1826 , et il nous apprend que les naturels sont semblables à ceux de l'île Lagon de Bligh. Séries a sept milles et demi de long sur deux de large. Latitude sud, 18» 22', longitude ouest, 139° 17' (pointe sud-est).
Ile San-Pablo. On la trouve sur les anciennes cartes espagnoles; mais les navigateurs modernes ne l'ont pas retrouvée.
Ile Nàbgisse, basse, boisée, peuplée, avec un laçon intérieur, revue en 1822 par les capitaines Clarke et Humuhrey, en 1823 par Duperrey. Cette île a huit milles de long de l'est-nordest à l'ouest- sud-ouest, sur un ou deux de large. Sa latitude sud est de IT" 20', sa longitude ouest de 140« 48' (milieu).
Ile Lànciebs, basse, arrondie, et boisée. Découverte, en 1768 , par Bougainville, qui la nomma ainsi parce
Îiu'ily vit des habitants armes de ances; elle fut revue Tannée d'après par Cook, qui la nomma Thrumb- Cap; Beechey la trouva inhabitée en 1826. Elle a trois ou quatre milles de circuit; sa position est par 18« 30' la-
titude sud et 14 1« 30' longitude ouest (pointe nord-ouest).
Ile Tehai, groupe d'îlots bas, bol* ses, habités, avec un lagon intérieur.
Ce fut encore Bougainville qui le premier la vit de loin, et la nomma les Quatre Facardins; Tannée suivante, Gook changea cette désignation en celle d'île du Lagon. Beechey, en 1826 , communiqua avec les sauvages, qui lui parurent une race fort singulière. De taille athlétique, avec des dieveux ffises et touffus , et un teint plus clair que celui des habitants des fies voisines, ces naturels furent, au rebours des autres, honnêtes et bienveillants dans leurs rapports. L'un d'eux , pourvu de moustaches , avait la peau si blanche qu'on l'eût pris pour un Européen.
Du reste, pomt d^ornements ni de tatouage. Les hommes portaient le maro ; queiouefois aussi une natte sur les épaules et des plumes sur la tête. Les femmes avaient les reins enveloppés d'une natte : elles semblaient jouir sur ce point de plus de prérogatives que dans toute autre contrée polynésienne.
Quand les hommes retournaient à terre avec quelques obiets d'échange, les femmes les dépouillaient. Le groupe a de huit à dix milles de circuit; sa latitude sud est de 18<> 43', sa longitude ouest de 141<» 10' (touffe d'arbres à l'ouest).
Ile Gloucesteb , basse , sablonneuse et inhabitée. Réunie aux trois suivantes , cette île forme le groupe que Quiros nomme Quatro Caroruuios. Carteret la revit en 1767; le Margaret en 1803; Beechey en 1826. Un moraï en pierre existait alors sur la pointe sudest. Position : 20® 37' latitude sud , 146» 23' longitude ouest (milieu).
Ile San -Miguel, découverte par Quiros en 1606; revue par Carteret en 1767, qui en fit une des îles Gloucester. Position : 20» 33' latitude sud, 145» 41' longitude ouest.
Ile Mabgabet , petite île basse , boisée et peuplée, découverte en 1803 par le Margaret Turnbull commerça avec ses habitants. Leur teint est ibncé, leurs cheveux nattés et longs; ils se présentèrent armés de lances. Position :
20» 24' latitude sud, 14â« 34' longitodtf ouest.
Ile TuBNBULL, basse et peuplée, découverte par le Margaret en 1863; trois milles de long. Position : 20» tf latitude sud, 145<> 39' longitude ouest.
Ile Bbitouabt, découverte en 1822, quoiqu'on puisse la croire la même que leSan-Pablo de Quiros. Position : 19»
52' latitude sud, 147« 44' longftude ouest.
Ile Cuubebland, basse et bmsée, découverte par Wallis en 1767; revue en 1826 par Beechey; elle a huit milles de longueur de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, sur deux de large. Position : 19<> 11' latitude sud, 143« 3S' longitude ouest (milieu).
Ile Byam , basse , de douze railles de circuit, avec un lagon; elle fut décou" verte en 1826 par Beechey. Position :
19*48' latitude sud, 142^45' longitude ouest (pointe nord-ouest).
Ile WILLIAM Hbnby, chaîne de petites Iles basses, boisées, située sur un même récif de huit milles de Touestnord-ouest à l'est-sud-est; découverte par Wallis en 1767 ; revue par Duperrey en 1823, et par Beechey en 1826.
Position : 18» 45' latitude sud, 144« 11' longitude ouest (milieu).
Ile IVLABAKAu, l'un des Uioogroupsy découverte par Cook en 1769 , et revue par Beechey en 1826. Ce sont des Iles nasses, boisées et peuplées, de douze à treize milles d'étendue du nord-nordouest au sud-sud-est. Gook trouva sur ce groupe des naturels au teint brun , bien faits, marchant nus, avec b chevelure enfermée dans un réseau. Position : 18» 4' latitude sud, 144<> 36' longitude ouest (milieu).
Iles BuYEBS , basses et rapprochées , découvertes par le Margaridea tsoz.
M. d'Urville fixe sa position par 18» V latitude sud, 145<>24' longitude ouest (milieu); mais M. Morenhout aie leur existence.
Ile Manou, découverte en 1774 par Bonechea, qui la nomma Las Animas; revue en 1819 par Bellinghausen , qui la nomma MoUer; en 1623 par Duperrey; en 1826 par Beechey. C'est une chaîne d'îles boisées et peuplées, gt-
OCEA.ME.
saut sur un récif de dix-sept milles du nord-est au sud-ouest,sur septde large.
Position : 17» 50' latitude sud, 143» T longitude ouest (milieu).
Ile TowEBE , découverte en 1772 par Bonechea, qui la nomma Saint-Simon et Saint-Jiide; revue par Cook en 1773 , et nommée Ile Résolution; retrouvée en 1826 par Beechey. En 1774^ les naturels repoussèrent par les armes une* descente d'Espagnols. L*île, basse et boîsée, a cinq milles de long. Position : 17» 22^ latitude sud, US^" 47' longitude ouest ( pointe sud-est).
Ile Saint-Quenttn, découverte en 1772 par Bonechea; revue par lui en 1774 : elle fut probablement aussi Tile Doubt/ul de Cook ; enfin , Be€c\\ey la re\it en 1826. L'Ile est basse et bien boisée. Position : 17° 19' latitude sud, 144<> 58' longitude ouest (milieu).
Ile UcHPHBEY, découverte par le capitaine Humphrey du Good-flope, en 1822; Ile basse et peu connue. Position : 16* 48' latitude sud, 143<> 58' longitude ouest (milieu).*
Ile HoNDEN, découverte en 1616 par Schouten, qui la nomma ainsi parce qu'il y rencontra des chiens qui n'alioient point. Elle fut revue en 1816 seulement par Kotzebûe, qui la nomma Douteuse, voulant indiquer qu'il ne la croyait pas la même que la Honden de Sciiouten. Cest une he basse, inhabitée, boisée, avec un la^on; son circuit est de quinze à dix-huit milles. Position : 14» 50' latitude sud, 146» 6' lont^itude ouest.
Ile DÉSAPPonsTEMENT, découverte par Byron en 1765; deux groupes d'ilcs basses, boisées, peuplées, séparés Tun de Tautre par un canal de di]t milles de large. Agiles, actifs, armés de lances, les naturels s'opposèrent à la descente de Byron. Les lies sont couvertes de beaux cocotiers; la plus petite a cinq Ifeues de circuit. Position : 140 6' latitude sud, 143o 16' longitude ouest (pointe nord de la plus grande).
Ile Pbedpbiatie, découverte en 1824 par Kotzebiie, qui la trouva peuplée (Tuna race vigoureuse et olivâtre.
De jolies huttes en roseaux paraissaient
42* Livraison. (Océamf. > t. 11.
çà et là sous les arbres. La houle et l'attitude des naturels empéciièrent un débarquement. L'ile est basse et boisée, avec un lagon intérieur; elle a quatre milles de l'est-nord-est à l'ouestsud-ouest. Position : 15<» 58' latitude sud , 142<' 32' longitude ouest (milieu).
Ile Abaktcuibff, découverte en 1819 par Bellinghau&en , et revue en 1824 par Kotzebûe; basse, inhabitée, avec un lagon. Cette île a quatre milles et demi de long du nord-est. au sudouest. Position : 15° 49' latitude sud, 143*'' 12' longitude ouest (milieu).
Ile WoLKONSKY, découverte par Bellinghausen en 1819; revue par Kotzebiie en 1824; îles basses sur un récif de vingt et un milles de lonç du nord au sud. Position : 15» 46' latitude sud, 144° 29' longitude ouest.
Ile Bahklay, découverte par Bellinghausen en 1819; chaîne d'îles basses, situées sur le même récif, de onze milles et demi de long du nord-nordest au sud-sud-ouesi Position : 16'' 6' latitude nord , 144» 43' longitude ouest.
Ile G ooD-HoPE, découverte en 1822
Êar Humphrey du Cood-Hope; île lisse. Position : 16» 48' latitude sud, 143° 58' longitude ouest (milieu).
Ile NiGEBi, découverte en 1819 par Bellinghausen. Elle est basse; son étendue est de sept milles du nord au sud. Position : 16° 42 latitude sud, 145» S longitude ouest.
Ile HoLT, découverte en 1803 par le Margaret^ revue en 1819 par Bellinghausen, qui la nomma \ermolofj; groupe d'îles basses sur un même récii de quinze milles et demi du nord-nordouest au sud -sud-est. Position : 16« 22* latitude sud, 145» 28' longitude ouest (milieu).
Ile Philips, découverte par le MoT' garet en 1803. TurnbuU vit ses habitants ; il les dépeint farouches et intraitables. Ils étaient nus lusqu*à la ceinture qui est couverte au marc; le chef se distinguait seul par un collier d'huîtres perlières. Belimsiiausen revit ce croupe en 1819; il assigne trente -deux milles , de l'ouestnord-ouest au sud-sud-est, au récif qui lui sert de base. Sa position est du 16«
L'iJlNlVERS.
X au 16« 42' de latitude sud, et du 145» 48' au 146» 22' longitude ouest.
M. d*Urville pense que oetie-ci est Ttle Uoltdu Margarety et que la précédente est une découverte de Bellinghausen.
Ile FuBNEAUX, découverte en 1773 par Cook ; Iles basses et peuplées , renfermant un lagon , de soixante milles de circuit. Position : n» 6' de latitude sud, 145<> 24' longitude ouest (milieu).
Ile Adyentube; île basse, découverte par Cook en 1773; nul ne Ta revue depuis. Latitude sud 17« 4'; longitude ouest 146<> 38' (milieu).
Ile TcHiTTCHAGOFP , découverte par Bellinghausen en 1819; groupe dlles basses sur un récif de onze milles de Test-nord-est à Toncst-sud-ouest, sur trois et demi de large. Position : 16» oT de latitude sud, 147» I2' de longitude ouest. '
Ile Sagkbn groupe d'tles; découvert par Beflingnausen , sur un récif de treize milles et demi d'étendue du nord-ouest au sud-est. Position : 16» 29' de latitude sud, 146» 36' de longitude ouest.
Ile Rabaka, découverte en 1831 par le capitaine Ireiand; fie. basse de quinze à vingt milles d*étendue. Position : !6o 6' de latitude sud, 147» 16' loneitudc ouest (milieu).
Ile WiTTGENSTEiN, découvcrtc en 1819 par Bellinghausen; chaîne située sur un récif de trente-deux milles du nord-ouest au sud-est, sur neuf et demi de large. Position : du 16» 3' au 16o 32' latitude sud, du 147» 43' au 148»
3' longitude ouest.
Ile San Diego , île haute d*uue existence douteuse, que le capitaine de la conserve de Tespagnol Bonechca indique par environ 16» 50' latitude sud, et 149° 30' longitude ouest.
Ile Gbeig , découverte par Bellinghausen en 1819; groupe d'Iles basses et inhabitées gisant sur un récif de dix-sept milles de circuit. Position :
16» I V latitude sud , 1.48» 41' longitude ouest.
Ile Cablshoff, découverte en 1722 par Roggeween, revue en 1824 par KOtzebue; Ile basse avec un lagon, boisée et inhabitée, ayant dix milles
de Test à FoumI, sur quatre de tai«0.
Position : lô» Jl£ latitude sud, 147»
48' longitude ouest (milieu).
Iles Paluseb , découvertes en 1723 par Roggeween, qui les nomma /icv Pernicieuses, parce au'un de ses navires s'y perdit, et que les deux autres ne s*en tirèrent qu'avec les plus eraodes difQcultés.Les naturelsétaieoti^ haute taille; ils avaient les cheveux longs et le corps bariolé de toutes sortes de couleurs; leur pbvsîonoroie était rude et farouche. Cook revît ces fies en 1774 et les nomma Palhser ; \9 i\son les aperçut aussi en 1797; eHes furent plus récemment explorées en 1819 par Bellinghausen, et par Kotzebûe en 1824.
Ces îles renferment quatre groupes distincts : le premier, au nord , de soixante milles de circuit, par Id» 17* de latitude sud, et 148^ 63' de longitude ouest (milieu) ; ie second , au nora-est, de quatorze milles de long sur neuf de large, par 15» 28' de latitude sud, et 148» 29^ de longitude ouest (milieu); ie troisième, au sud-est, nommé Éiisabethy de dix-neuf milles de longueur deTouest-nord-ouestà Test-sud-est, sur six de larirc, par 16<> 56' de latitude sud , et 148» 20' de longitude ouest (milieu); enGn, le quatrième, au sudouest, de vinst milles environ d'étendue de Test-sua-est à Touest-nord-ouest, par 16» 46' de latitude sud, et U^^' de longitude ouest (milieu).
Ile RoMANZOFF, découverte et visitée en 1816 par Kotzebûe; fie basse, déserte, bien boisée, de huit à neuf milles de circuit. Position : 14*" hS de latitude sud, 146» 56' longitude ouest.
Iles OUBA et TioUKBA , découvertes en 1616 par Schouten, qui les ttomm Zonderçrondy pour exprimer quil n'avait point trouvé de fond auprès d'elles. Voleurs et perfldes, les insulaires attaquèrent avec leurs casse-tétc les Hollandais, qui furent obligés de faire feu. Hommes et femmes, tout se défendit, les premiers avec des lances armées d'arêtes et des frondes, les secondes avec leurs mains seulement, et en sautant à la gorge des étransers.
Ces naturels étaient grands, bien Éuts, avec le nez caraard et les oreilles per«
OCEANIE.
. Ih estliniiient beaucoup le fer et tâchaient d*entever tout celui quMIa voyaient à bord. Byron revit ce groupe en 1705 et le nomma Iles King-Geor^ ges. Il y descendît de vive force et s'y procura quelques cocos. Les pirogues des naturels portaient jusqu'à trente hommes, qui les manœuvraient avec adresse. Byron trouva sur cette fie un f oiivemafl de chaloupe et divers objets en cuivre et en fer, débris évidents d'un nau/rage. Cook parut à son tour sur ces fies en 1774. Les naturels n'osèrenl rîen faire d*bostile envers les Européens ; mais ils se montrèrent Indifférents et insolents à tel point que le capitaine se retira, craignant une surprise, et leur envoya pour adieux une volée de son artillerie.
Les naturels étaient plus noirs et plus robustes que ceux de Taîti; leur tatouage se oomait à des figures de poisson. Les hommes n^avaient.que le maro; mais les femmes allaient plus vêtues. Us connaissaient le salut du nez; ils avaient des chiens comme ceux de Taîti, mais avec un poil long et blanc. • Ils emplovaient, dit Forster, une sorte de cochléaria qu'ils nommaient inou, pour enivrer les poissons , en le broyant avec certains testacés. » Il paraît que leur sol se réduit à une couche fort mince sur un banc de coraux. La langue de ces sauvages ressemble à celle de Taîti, quoique plus gutturale. Les moraîs sont aussi les m^es. Ces lies ont été reconnues plus tard par Kotzebtie, au moins celle du sua , qu'il nomma Spiridofy pensant qu'elle o était pas connue. Il la revit en 1824, et paraît avoir persisté dans cette opinion.
Ttouké A est un groupe d'Iles basses , boisées et peuplées, d'environ trente milles de circuit, par 14*^ 27' latitude sud, et 147» 11' longitude ouest.
OuBÂ , qui est aussi une chaîne d'îles basses , boisées et peuplées , a dix ou douze milles d'étendue du nord-est au sud -est; elle gtt par U** 39^ latitude sud, et 147<» 27' longitude ouest (milieu).
Ile WiLsoN, découverte parWilson en 1797, qui la prit pour Tioukéa;
revue par Tumbull en t^9; groupe d'îles basses, situées sur un récif de vingt à trente milles de circuit. Posi^ tton : 14» 28' latitude sud , 148« 80' Ion» gitude ouest (milieu).
Ile ^^àtebljlNd «découverte en 1616
Sar Schouten, qui n'y trouva point 'habitants ; revue en 1797 par Wilson , qui la prit pour Oura, et en 1803 par TurnbuU. C^est un groupe d*jles bosses sur un récif de vingt ou trente milfes de circuit. Position : 14« 8($' latitude , Bud, 148* 45' longitude ouest (milieu). Ile Vliegbn, découverte en 1616 par le capitaine Schouten , et ainsi nommée à cause d'innombrables moustiques qu'il y trouva. Schouten y aperçut cinq ou six sauvages. Roggeween revit en 1722 ce groupe, au* guel il donna le nom de Labyrinthe, à cause des récifs qui l'entourent. On peut du moins attribuer à ces îles ce qu'il dit d'une terre de trente lieues de longueur qu'il trouva à vingt-cinq lieues des îles Pernicieuses. Quoi qu'il en soit , le capitaine Byron les revit en 1765; il les nomma Iles du prince de Galies^ et en prolongea la côte nord ; le Margaret les nomma en 1803 lies Dean; kotzpbiie y passa en 1816, et reconnut
Qu'elles formaient une chaîne d'îles oisées de plus de soixante dfx milles deTest-sud-est à l'oiiest-nord-ouest, sur vingt milles de largeur au moins, avec un lagon intérieur. Position : du 14*49' au 16<'21' latitude sud, et du 149<' 18' au ISO^^lt^ longitude ouest.
Ile Kbusenstebn, découverte par Kotzebue en 1816, et revue par Bd- Ilnghausen en 1819. C'est une chaîne d'Iles basses entourant un lagon, au milieu duquel s*élève une Ile boisée. Le groupe a quinze milles du nord-nordest au sud-sud -ouest. Position : lô» 00' latitude sud, 150« 34' longitude ouest (milieu).
IIcLazabeff, petite, privée d'habitants, et découverte en 1819 parBellinghausen , longue de cinq milles et demi de l'est à I ouest. Cette Ile est la plus occidentale de Tarchipel Pomotou.
Position : 14<»56' latitude sud, 161^ S' longitude ouest.
Ile Matia. Elle fut signalée i
9Êê
L'UîtIVERS.
Cook, en 1769, par le Taitien Tou* paîa, qui la plaça correctement sur la carte oes fies qû*il connaissait sous le nom de Matecniva ou Matea. Bonechea en eut connaissance en 1774 par un pilote de Taïti; mais TurnbuU est le premier qui Tait aperçue en 1803.
Il la dépeint comme un pl.iteau asseas éierë, visible à sept ou nuit lieues de distance, et couvert d*une riche végétation. Le Margaret mouilla dans une belle baie sous le vent, et ses rapports avec les naturels ne furent pas mêlés d'hostilités. Les mœurs, les usages , les costumes , les cases , les pirogues avaient beaucoup d'analogie avec ceux de Taïti; seulement, tout était plus grossier et moins rafGné.
On trouva sur Plie une pirogue arrivée de Taïti quelque temps auparavant pour percevoir le tribut. Un missionnaire pense ^u'il faudrait la rattacher plutôt a Taïti qu'à Pomotou. Bellinghausen , qui Ta reconnue en 1819, lui donne quatre milles de circuit. Sa position est par 1S« S3' latitude sud , et 1 50"* 39^ longitude ouest.
ILE DVCIS.
L'Espagnol Quiros , qui la vit le premier, en 1606, la nomma Incarnadon. En 1791, l'Anglais Edwards la retrouva et la nomma Dude. Le savant capitaine Reechey. la rangea de fort près, en 1826., la plaça par 24»4Q' latitude sud et 127V longitude ouest, et la reconnut d'une manière exacte.
C'est, d'après lui, un petit îlot bas, inhabité, couvertde broussailles hautes de douze à quinze pieds ; sa longueu r est de deux milles, sa largeur d'un mille.
Au centre se trouve un lagon ou netit bassin d'eai/de nier, qui parait profond, mais qui a un barrage presque impraticable. Les. poissons, les requins surtout , (ibohc^eut sur le banc de coraux qui fo* me la ceinture de nie. Ducicest probablement la fin de la chaîne sousmarine qui sert de base aux îles volcaniques de Taïti et aux lies coralligènes.
L'île Elisabeth a un mille de large , sur cinq de long ; ses cotes, minées par
la mer, sont hantes d'en virai doq pieds. Son sol est un calcaire inadrêfnrique, comme le banc sur lequel elle est assise. Elle doit vraiseniblablemeat son existence à un volcan sous-mario.
Jusqu'à la distance de cent brasses du rivage, on trouve le fond par vingtcinq brasses ; puis le olomb ne porte plus, même a une profondeur de deu cents brasses. Le ressac la rend près*
Sue inabordable. .EiJe est couverte 'un fourré assez bas, ma» si épais et si impénétrable , qu'il est fort dillicile de gravir jusqu'au sommet de ses collines; cependant les arbres les p\us élevés de cette Ile sont les ^ndanus; le reste se compose d*arbnsseaux, de buissons, de fougères et de plantes rampantes. Aucuu ne porte de fruits bons à manger.
L'Ile ÉUsabeth fut découverte, en 1606, par Quiros, qui la nomma San- Juan-Uaptista ; Rrusenstern la met sur le compte de l'Anglais H. Kins; Beechey , qui a le premier fixé sa pb sition par 24''2 1 ' latitude sud et 130»3S' longitude ouest, estime qu*elle devrait porter le nom d'Uenderson, quoiqu'il soit porté à croire que les premiers découvreurs sont les naufragés du navire YEssex, qui, dans l'a nuée 1820, fut démoli par une baleine. — Par uue baleine ! s'écriera le lecteur. — Oui, par une baleine. C'est ce que nous apprend M. Georges Pollard , marin brave et véridique.
N AVIRB DETRUIT PAR UITE BàLEINF.
Pollard , commandant le navire balei* nier VJCssex.se trouvait, le 20 novcnf> bre 1820, près de l'équateur et par le 120*" de longitude ouest. Sonéquipap avait pris aeux baleines qu'on tenait encore par le harpon , et que les canots suivaient et fatiguaient , lorsqu'au milieu du jour, un de ces animaux d*une taille moiiSirueuse, oomine s'il tùl voulu venger les cétacés capturés, vint fondre subitement contre le navire, et le heurta si violemment à l'arrièrei qu'il l'ébranla. Cependant le brick avait résisté; mais au bout d'une heure, la même haleine , revenant à la cliarge,
OCEAiNIE-
accourut contre lui 2^ec plus de fureur, et lui fit une si large ouverture, qu'en un instant la cale s'emplit. Pour échapoer au danger qui les menaçait, vite les vinçt hommes de Téqui- Sage pourvurent les trois chaloupes 'armes, d'instruments et de vivres, et s'abandonnèrent à la mer, à la merci du vent. L'une d'elles , chargée de sept nomtnes, n'a jamais été revue; les deux autres , après trois semaines d'une tiéniMe navigation , abordèrent sur File Elisabeth , où ils ne trouvèrent que ces nids d'alcyons tant recherchés des Chinois.
ECILOPÉENS AlfTHfiOPOPUAGES.
^ Le malheureux équipage de VEssex reprit le large, abandonnant dans cette fie trois hommes qui avaient demandé à y rester. Ceux-ci restèrent trois mois sur ce rocher, vivant des oiseaux qu'ils pouvaient prendre et de quelques tortues de passage. Ils n'avaient découvert d'autre abri qu'une grotte dans la(}uelle se trouvaient huit squelettes humains. Dénués d'eau douce, ces malheureux avaient souffert tous les tourments de la soif, et avaient été réduits à attendre la pluie pour se désaltérer. Ils furent recueillis par le Surrey^ capitaine Montgommery, qu'on avait envoyé dans ce buta l'Ile Elisabeth, après la rencontre des naufragés des chaloupes. Ces derniers n'avaient pas moins souffert que leurs compagnons. Ils subirent toutes les angoisses et les tortures fie la famine : ils mangèrent d'abord deux de leurs compagnons morts d'épuisement; ensuite, ayant tiré l'un d*eux au sort, et la chance étant tombée sur le mousse du capitaine, ils tuèrent ce malheureux et le dévorèrent.
Un autre homme étant mort, ils se aourrirent encore de son cadavre.
Quand on rencontra les deux canots, m étaient séparés l'un de l'autre, et ne contenaient plus que des spectres.
L'infortuné capitaine Pollard a encore perdu dernièrement un autre navire sur un écueil des Viics Haouaî.
HISTOIP.K DES MAULNS ÔKVOl.rES UU xNAVlRR LK BOVSTY.
Le gouvernement anglais conçut, en 1787 , le projet de procurer à quelques-unes de ses colonies d'Amérique
I arbre à pain, ainsi que d'autres fruits et productions utiles de la mer du Sud. Au mois d'aoïU de la même année, M. William Bligh, lieutenant de vaisseau , fut nommé au commandement du navire le Bountyy de 45 tonneaux , portant quatre canons de six , quatre pierriers et quarante-six hommes d'équipage, compris lé capitaine.
II partit d Angleterre au mois de décembre suivant , et arriva à Taïti le 26 octobre 1788.
Après avoir séjourné près de six mois dans cette île délicieuse , y avoir rassemblé et embarqué dans le meilleur état tous les plants d'arbre à pain et autres qu'il pouvait désirer, Bligh appareilla, le 4 avril, dans le plus grand ordre, son équipage en parfaite santé, bien pourvu et remplissant son , service avec cette exacte subordination dont nous avons été témoins sur les vaisseaux de guerre anglais.
Vingt-quatre jours après le départ de Taïti , la moitié de l'équipage se révolte contre son capitaine , soutenu, mais sans succès, par l'autre moitié.
Ce complot, trame *et mûri dans le secret le plus absolu , par des hommes qui mangeaient, dormaient et faisaient le service avec ceux dont ils iné<iitaif nt de se défaire, est mis à exécution le 28 avril 1789. Dix-huit hommes et le capitaine sont embarqués de force dans une chaloupe de vin^-deux pieds de. longueur qu'on lance a l'abandon, et en dérive dans cette vaste mer, avec cent cinquante livres de biscuit pour toute nourriture. Alors s'opère eu navigation un prodige de soumission de la part de l'équipage , de courage et de capacité de la part du chef, et de bonheur pour tous. Ils arrivent à Timor sans perdre un seul homme, après avoir, en quarante-huit jours , parcouru douze cent six lieues marines Pendant que la partie fidèle de l'équi* page dv Bauniy terminait sa miracu*
leuse traversée, et rentrait sur une terre à demî-civilisée , que devenaient les révoltés, et quelles devaient être les suites d'une si étrange et si criminelle résolution? C'est ce que nous apprendrons du récit du capitaine tfeechey , commandant le bâtiment de S. M. B., le Blossoniy pendant les années 1825. 1826, 1827 et 1828, Quarante ans après l'événement; Beechey, le seul homme qui ait survécu à ses compagnons du Bounty :
«L intérêt qu'excita l'annonce que l'on apercevait du haut des mâts du Biossont nie de Pitcairn , amena tout le inonde sur le pont, et donna lieu à une suite de réflexions qui accrurent l'envie que nous avions de communiquer le plus tôt possible avec ses habitants, de voir et de partager les plaisirs de leur petite société, et de connaître d'eux toutes les particularités relatives au sort du Bounty; mais l'approchç de la nuit nous força de remettre au lendemain l'accomplissement de nos désirs. Pious longeâmes alors le côté de l'tie, reconnu et sondé par le capitaine Carteret, avec l'espoir d> mouiller; dans cette position nous eûmes la satisfaction d'apercevoir un bateau à la voile, se dirigeant sur nous. Au premier abord, l'équipement complet de cette embarcation nous fit douter qu'elle iilt la propriété des insulaires, et nous en conclûmes qu'elle devait appartenir à l'un des bâtiments baleiniers de la côte opposée ; mais bientôt nous fûmes agréablement surpris par la singulière composition de son équipage. C'était le vieil Adams et tous les jeunes hommes de l'île.
«Les insulaires, avant de nous aborder, s'informèrents'ils pouvaient être admis. Cette permission aocordée , ils s'élancèrent a bord et serrèrent la main à chaque ofGcier avec des sentiments non déguisés de bonheur et de plaisir.
«Le vieil Adams, moins leste que ses compagnons , ne parvint, à bord que le dernier. C'était un homme de soiiante-cinq ans, d'une force et d'une activité rares à cet âge , malgré l'ioconvéuient d'une oorpiilenoe énorme.
Il portait une chemise de natetot, une culotte, un chapeau bas déforme, ^u'il tenait continuellement a la main jusqu'à ce qu'on désirât qu'il se mvrît. Il conservait, malgré tout, les inanières d'un marin, inclinant la tête légèrement, toutes les fuis qu'un ofiidet lui adressait la parole.
«C'était la première fois, depuis Tèpoque de la révolte, qu*ilsetrouvaitk bord d'un bâtiment de guerre, et c'est ce qui produisait chez lui une espèce d'embarras , qui était encore augmenté par le souvenir des scènes relatives à renlèvement du Bounty, et par Va fa* miliarité avec 4aquelle rentrelenaient des personnes auxquelles il avait été accoutumé d'obéir. Il n'était d'ailleurs troublé par aucune appréhension pour sa sûreté personnelle. 11 avait reçu trop d'assurances des bons seniimenui tant du gouvernement britannique, que de beaucoup d'autres personnes, pour entretenir la moindre crainte à ce sujet, et comme chacun tâcliaitde le calmer et de le mettre à son aise, il revint bientôt à son état naturel.
«Les jeunes insulaires, au nombre de dix , étaient de haute taille, robustes et de bonne santé, et Tapparence d'un bon naturel répandue sur toute leur personne leur aurait procuré partout une réception amicale; la simplicité de leurs manières et la crainte de faire quelque chose qui ne Mi pas oonvenanie auraient éloigné toute idée d'offense de leur part. Sans connaissance dumonde,iisadressèreiitdiversesquestions qui n'auraient dû être Élites qu'à des personnes qui aumient étédans feur intimité , ou qui ne les auraient ouittés
3ue depuis peu de temps, plutôt quh es étrangers. Ils nous demandèrent des nouvelles de bâtiments et de gens dont nous n'a vions jamais entendu pa^ 1er. Leurs costumes , qui provenaientde présents faits par des capitaines et dts équipages de nâtiments marchands, formaient une caricature complète* Quelques-uns d'eux n'avaient pour tout vêtement qu'un long habit noir et uns culotte, d'autres des chemises sans habits , d'autres enfin des gilets seulement; aucun d'eux n'avait ni souliers,
ni bas, et deux seulement possédaient des chapeaux , qui , d*dpres leur état, ne devaient pas leur durer longtemps.
Ails étaient aussi curieux de connaître de nous les détails du navire (jue nous VélioDs d'apprendre d*eux Tétat de la colonie et les particularités relatives an sort des révoltés qui s'étaient étMs sur nie , ce qui avait été raconté de diverses manières par les différents visiteurs. Mais ce que nous souhaitions avant tout, c'était d'obtenir la relation de ces circonstances d'Adams lui-même, et rien ne nous semblait plus intéressaot que de tenir ce récit d'un des acteurs qui se considérait maintenant comme exempt des peines encourues précédenunent par son crime.»
Pour rendre sa narration plus compfêCe, fieechey y a ajouté des faits qui sont venus à sa connaissance par Tintermédîaired'habitantsqui les tenaient de leurs parents^ et dont nous allons, donner le résume.
Pendant la durée du voyage du BouiUy d'Angleterre à Taîti, le lieutenant Bligh avait eu des mésintelligences répétées avec ses ofGciers, et Téquipage,en général, eut de justes raisons de se (ijaindre de lui. Cependant, quels qu'aient été les sentiments des officiers à son égard , il n^existait pourtant pas un réel mécontentement parmi Véquipage«et bien moins l'idée de se porter à aucune violence contre leur commandant. On doit pourtant ajouter que les officiers avaient plus de motifs de plaintes que les matelots, spécialement Je maâtre et M. Christian. Ce dernier était un protégé du lieutenant Bligh, et malheureusement lui avait quelques obligations pécuniaires. Toutes les fois que des difïerends avaient lieu entre eux , Bligh lui rappelait ces obligations. Christian, excessivement irrité du blâme continuel dont il était fobjet, ainsi que les autres ofliciers , ne pou- Tait endurer qu'avec beaucoup de peine ee surcroît de reproches , et, dans un moment d'irritation, il déclara h son commandant que tôt ou tard le jour 4€ rendre ses comptes arriverait.
La veille du jour de la révolte, Bligh avait eu avec ses ofliciers une querelle insigniflante dans ses motifs, mais devenue grave par l'irritation et la chaleur qu'on y avait apportée. Ce fut sur Christian que tomba tout le poids du mécontentement du lieutenant. Christian avait ressenti trop amèrement les injures qu'il avait reçues , pour les oublier. Le 28 avril 1789, pendant une nuit magnifique, entre les belles nuits que le navigateur contemple avec admiration sous le ciel des tropiques, (Hiristian se mit à repasser dans son cœur toutes les souflmnces morales dont il avait été abreuvé; puis il songea à ses amours de Taïti, et, entraîné par cette méditation silencieuse, exagérant peut-être encore sa position et les illusions de l'avenir qui pouvait lui être réservé, il perdit msensiblement le désir de retourner dans sa patrie, et songea, quels que fussent les dangers et l'extravagance d'un tel plan , à fuir sur un radeau, et à essayer de gagner Itle Tofoo , l'une des fies des Amis, au sud de laquelle naviguait alors le ISoundj, afin de regagner I Angleterre.
Il avait déjà pris toutes les mesures
{)our mettre son projet à exécution , orsqu'un jeune oflicier, qui depuis a péri sur la Pandore , et à qui il avait confié son secret , chercha a l'en dissuader, et lui fit entrevoir une révolte comme un moyen plus silr et plus facile. L'esprit hasardeux de Christian adopta ce plan ; résolu , s'il échouait, à se précipiter à la mer, et, pour s'oter toute enance de salut, il s'attacha au cou un plomb de sonde qu'il cacha dans ses vêtements. Après avoir préalablement disiK)sé Quintal en faveur d'une entreprise oui rendrait à celui-ci ses amours et le bonheur dont il avait joui à Taïti, diristian lui confia ses intentions; ce matelot refusa sa participation à une tentative dont les chanœs lui paraissaient trop dangereuses. (Christian avant insisté, en lui reprochant sa lâcheté et lui montrant le plomb suspendu à son cou pour preuve de sa résolution.
Quintal l'engagea à sonder d'autres
personnes deTéguipage , afin de savoir a quoi 8*en tenir sur les probabilités d'une réussite, et lui désigna d'abord Isaac Martin , qui se trouvait près de lui. Martin répondit qu'il était prêt, et que c'était la meilleure chose à faire. Le succès de ce début encouragea Christian ; il continua ses propositions à tous les hommes de quart , et avant le jour, la plus grande partie de l'équipage était à sa disposition.
Adaïus dormait dans son hamac, , lorsque Suinmer, un des matelots, vint lui confier à l'oreille que Christian allait s'emparer du navire et mettre le capita ne et le maître à terre. En entendant ceci , Adains se rendit sur le pont, où il trouva tout en confusion, ^e voulant pas participer à cette affaire, il retourna a son hamac, et resta couché; mais, apercevant Christian au coffre des' armes, en distribuer à tous ceux qui en demandaient, et aoprci'.endant de se trouver du parti le plus faible, il changea d*opinion , et demanda un coutelas.
Tous les partisans qu'avait réunis Christian étant prêts, il assigna à chacun sa tâihe. Lui et le capitaine d'armes saisirent Bligh, lui lièrent les niûins derrière le dos et l'attachèrent près de rhabitacle , malgré les reproches qu'il leur adressa sur leur conduite; ils lui répondirent même en l'insultant et en lui appliquant un coup de plat de sabre. Et comme il accusait Christian d'ini^ratitude, en lui rappelant les services qu'il lui avait rendus, et l'engageant à se souvenir qu'il avait une femme et des enfants, Christian lui répliqua sèchement qu'il eût dû les avoir plus tôt à sa |)ensée. D'un autre côté, Adams et d'autres révoltés s'étaient emparés des olliciers , et leur avaient rendu la liberté, aussitôt après qu'on se fdt rendu maître du lieutenant. Alors le maître, qui pourtant avait de graves griefs contre le despotisme de son' commandant, dont il avait eu le privilège de subir hi sévérité plus qu'aucun autre officier, avait essayé ae se rallier un parti pour ressaisir le navire; mais on Tavait prévenu vivement, et la force l'ayant
emporté, on l'avait fut deaoeadre comme prisonnier.
A peine la révolte consommée, ks révoltés devaient déjà se disputer en* tre eux. Ils étaient convenus d'abandonner les vaincus à la merci des flots; à cet effet, les uns voulaient qu'on leur donnât le cutter, d'autres penchaient pour la chaloupe. CelJe-d ayant réuni un plus grand assentiment allait être mise a la mer; mais Martin , craignant que cette embarcation ne donnât aux ofHciers le moyen de regagner leur patrie, et que,' par suite, on se mit à la recherdie des révoltés , manifesta une iive opposition contre cette imprudente concession. Ses camarades, se déliant de lui, lui retirèrent alors la garde du lieutenant et le remplacèrent par Adams , auquel Rligh ayant reproché de se trouver aussi parmi ses ennemis, il répondit qu'il n'avait fait qu'adr comme les autres.
Cependant la chaloupe avait été mht à l'eau, et tous les officiers qui étaient demeurés fidèles à leur commandant furent obligés de s'y embarquer; on leur accorda une petite pièce d'eau , cent cinquante livres de biscuit, un^ petite quantité de rhum et de vin^ un octant, un compas, quelques lignes de pêche, des cordes, du lil à voile, de la toile et divers objets qui pouvaient leur être indispensables 6'dn<i leur position. On y fit descendre ensuite le commandant. Celui-ci ayant demandé aux révoltés qu'outre les provisions accordées, on lui donnât quelques mousquets pour leur défense commune en cas de besoin , on reiusa en partie, et on se contenta de jeter quelques coutelas aux hommes de la chaloupe. Bientôt le navire se trouvant à deux lieues deTofoo, on coupa l'amarre de la ch^iloupe, et tous les révoltés s'écrièrent unanimement : A Taiti! à Taiti! Ainsi donc, dans la chaloupe étaient dix-neuf personnes :
le lieutenant, te maître, le chirurgien, le second maître , le botaniste , trois ofuciers brevetés , l'agent comptable et huit matelots; sur le Bounty se trouvait Téiite de Téquipage : Christictn, qui était diarge du commande*
OCÉANIE
tnent, les aspirants de marine Haywood, Young, Stewart, le capitaine d^armes , Tarmurier et le charpentier, qu'on avait forcés de rester malgré eux, parce qu*on pouvait avoir besoin de leurs services ; Tagent comptable, le jardinier et le reste des matelots : parmi ceux-ci Martin , qui avait voulu partir sur la chaloupe , et qui en fut empéc'hé |iar Quintal, le mousquet en joue. Ainsi qu'on le voit, si Ton tirait la conséquence de ia force numérique des révoltés et des vaincus, on s'étonnerait du succès de la conspiration ; mais le projet avait été trop bien ourdi par Christian; les hommes qu'il avait réunis étaient trop habilement choisis, pour qu'il échouât.
On sait quel fut le sort de Bligh et de ses compagnons. Le navire , après avoir gouverné pendant quelque temps à Vouest nord-ouest, afin de tromper l'équipage de la chaloupe sur la route qu*il voulait prendre, gouverna sur iulti aussitôt que le vent le permit.
Après avoir éprouvé pendant quelques jours des difllcultés pour s'y rendre, les révoltés se dirigèrent sur Tobouai , petite île éloignée d'à peu près trois cent milles dans le sud at l'endroit où ils se trouvaient. Ils tentèrent vainement de s'y établir, les naturels leur disputèrent le terrain pied à pied. Cependant, espérant d'y revenir fonder un établissetnent, en faisant comprendre aux indigènes leurs intentions paciGques, ils se dirigèrent sur Taïti pour y prendre des interprètes. Après huit jours de traversée, ils arrivèrent dans cette lie, où ils furent reçus avec une grande bonté par leurs anciens amis. Christian et ses compagnons leur contèrent une histoire pour dter tout soupçon de lehr révolte; ils leur dirent nue le Heutenant Bligh, ayant rencontré une Ile convenable pourïornier un établissement, y était débarqué avec les autres personnes de l'équipante, et les avait envoyés avec le navire pour se procurer dès animaux ▼ivants, ainsi que tout ce qui pourrait être utile à la nouvelle colonie, et pour amener aussi avec eux les insulaires de Taïii qui voudraient les y accompagner.
Leur conte eut un plein succès; on leur donna tout ce dont ils avaient besoin ; ils obtinrent même une vache et un taureau, les deux seuls animaux de cette espèce qui se trouvassent dans nie, et qui avaient été conGés aux soins des chefs de Taïti ; des hommes et des femmes indigènes consentirent à les accompagner vers le prétendu établissement aont ils avaient parlé.
Pleins d'espoir alors (]ue les explications de leurs interprètes pourraient enfin faciliter leur séjour dans Tobouai , et munis de tout ce qui leur était nécessaire, ils se dirigèrent vers cette île pour la seconde fois. Leur nouvelle tentative ne fut guère plus heureuse que la première; car les naturels, contre les attaques desquels ils avaient cru devoir se protéger à tout hasard, en élevant un rort entouré d'un fossé, s'imaginant que ce fossé était destiné à les enterrer, conçurent le projet' de tomber sur eux à l'improviste, et les révoltés eussent sans doute infailliblement péri, si un de leurs interprètes n'eut découvert ce terrible projet, et ne leur en eût donné avis. Ils prévinrent eux-mêmes les naturels en prenant l'offensive. Le lendemain , ils les attaquèrent, et, en ayant tué ou blessé quelques-uns , les répoussèrent dans l'intérieur de l'île.
De grands dissentiments s'élevèrent alors parmi l'équipage du Bountu, Les uns voulaient abandonner le fort et retourner à Taïti , d'autres se rendre aux Iles Nouka-Hiva ; mais la majorité fut d'avis pour le moment d'accomplir ce qu'ils avaient commencé, et par conséquent de rester à Tobouai. A la fin, continuellement harcelés par les naturels, et contre les intentions de Christian, qui leur démontrait toute la folie de cette résolution , et les malheurs qui pourraient s'ensuivre, ils se décidèrent à retourner à Tnïti , où ils furent reçus avec les mêmes preuves d'amitié qbe dans leur dernière visite.
La plupart voulurent rester dans cette Ile ; mais presque tous ceux qui prirent cette résolution furent enlevés plus tard par le bâtiment anglais la flore f qui avait été envojé pour cet
EU
objet, aussitôt après le retour du lieutenant Bligh en Angleterre , condamnés par une cour martiale, et exécutés.
Les autres, à savoir Young,Browns, Mills, Williams^ Quintal, Mao-Coy, Martin et Christian , n*étaient restés que vingt-quatre heures à Taïti. Après avoir partagé également les ustensiles , les provisions, etc., leurs compagnons leur avaient concédé le navire. Alors, aelon ravis de Christian , ils songèrent ï se dirker dans quelque île inhabitée, pour y former un établissement permanent, et éviter la peine due à leur rébellion. Ils invitèrent plusieurs femmes de Taïti à bord du navire, pour prendre congé d'elles; puis ils coupèrent les câbles et les emmenèrent avec eux et les Taïtiens qui avaient con* senti à les suivre.
ÉTABUSSBHEirr DBS RéVOLTÉS DANS L'ILB PITCAIRN.
Ayant choisi Pitcairn pour le lieu de leur exil éternel , Christian dirigea le BoiaUy vers cette île, où ils arrivèrent en quelques jours. Après avoir exploré les lieux , ils trouvèrent cette terre propice à leur projet, tant à cause de sa position avantageuse, en cas qu'ils fussent attaqués , qu'à cause du sol et des objets nécessaires à la vie qu'on pouvait s'y procurer. Ils amenèrent et mouillèrent le bâtiment au nord de l'île dans une petite baie, qui fut nommée Baunty-Baify débarquèrent tout ce qui pouvait leur être utile, et, le 23 janvier 1790, ils démolirent le navire et y mirent le feu , de crainte qu'on ne découvrit leur asile.
Cependant ils conçurent quelques oraîntes d'être attaques par les indigènes au moment où ils s'y attendraient le moins, en trouvant quelques imaees ffrossièrement sculptées non loin du lieu où avait été brdlé le Bounty.
Mais aucune autre trace d'habitants ne s'étant présentée de nouveau, ils •e rassurèrent peu à peu et continuèrent de s'occuper exclusivement de leur établissement à Pitcairn. Ils fondèrent un village dans un lieu de Tîle Aoigné du rivage , et masqué par une
masse de bois à la vue des navires goi viendraient à passer en vue; tout^ les précautions turent prises pour que rien ne découvrît leur retraite. Ils employèrent les voiles du Bounty pour la construction des tentes et la confection de leurs vêtements. Dans tous ces travaux, ils s'étaient fait aider par les indigènes, bien qu'à leur arrivée ils se fussent partagé le terrain par égales portions, à l'exclusion de œsfAauvres Taïtiens , leurs soi-disant amis, dont ils Grent leurs esclaves. Ceux-ci supportèrent même Vinjustice commise à leur égard, et le joug qu'on leur imposait, sans donner aucune marque de mécontentement.
La patience est souvent regardée comme lâcheté; aussi abusa-t-on de nouveau de celle des Taïtiens , et les poussa- 1 -on à la vengeance. Au moment où la colonie naissante semblait jouir d'une certaine prospérité , bien au - dessus même de ses espérances, Williams y .ayant eu le mallieur de perdre sa femme, tombée dans un précipice en chercliant des oiseaux, deux mois après l'arrivée dans l'ile , exigea qu'on lui rempla^t sa compagne , et menaça de quitter Iile sur une oes embarcations du Bounty^ si on le refusait. Les révoltés, qui sentaient l'importance des services que leur rendait un armurier , cédant à ses
firétentions obstinées aux dépens de eurs esclaves, forcèrent Talalou , l'un des Taïtiens , à lui abandonner sa femme. Indignésdecette nouvelle injustice, les Polynésiens firent cause commune, et se concertèrent pour massacrer leurs oppresseurs ; heureusement Içs Européens furent prévenus à temps par les lemmes qui avaient été imprudemment mises dans le secret du complot , et qui le leur firent soupçonner par une dianson dont les paroles étaient :
Povrqiioi homme noir aigmser sa hache f Pour tuer homme Ùanc, Les insulaires, se voyant découverts, demandèrent leur pardon, et l'achetèrent par la mort de leurs deux principaux complices.
Onou, qui, après avoir su que Christian était informé du terrible des*
OGÉANIË.
sein oonça oontre les Earopéens, n'avait pas craint d*y persister, Ait lâclieinent livré et assassiné par son neveu; et Taialou fut assassiné par sa propre femme dont il avait voulu venger Tinjure, après avoir inutilement cherdié à se faire périr par le poison.
Ce plan, ainsi tristement avorté, un autre lui succéda pourtant deux ans après ; et cette fois il ne fut que trop malheureusement niis à exécution. Poussés à bout par leurs injustes et tyranniques oppresseurs , et surtout par les mauvais traitements que leur taisaient subir Mac-Coy et Quintal, les insulaires projetèrent le massacre de tous les Européens. Il fut convenu qoedeui d'entre eux , Timoa et Nehou, se pourvoiraient d*armes à feu , abandonneraient leurs maîtres , se cacheraient ensuite dans les bois et maintiendraient de fréquentes communications avec leurs camarades Tetaheite et Menai i , et qu'à jour donné ils attaqueraient et mettraient h mort tous les Anglais , pendant que ceux-ci seraient occupes dans leurs plantations.
Tetaheite, pour fortifier son parti, emprunta ce jour-là à son maître un fusil et des munitions, sous prétexte de tuer des cochons qui , à cette époque, étaient devenus sauvages et trèsnombreux; mais, au lieu de cela, il alla rejoindre ses complices, et tous tombèrent sur Williams quMIstuèrent.
Christian travaillait dans son champ d'ignames; ils le surprirent aussi, et, aidés de Menali , Tesclave de Mills, ils Tassassinèrent. Ainsi mourut cet homme qui , avec de l'éducation et du mérite j ne devint coupable d*une action criminelle, autant que Test une révolte, que par Texcessive tyrannie de son commandant.
B1ST01RB OE t'éTABUSSEM£in' DBS RÉVOLris DEPUIS LA MOBT DE CHRISTIAN, LEUR CHEF.
LesTaltîens étant parvenus, sous un prétexte, à éloigner Mac-Coy de Mills, ils continuèrent Texécution de leur horrible projet de rengeance. Mills,
victime de sa confiance en son esclave , dont il avait fait son ami , ne fut pas épargné. Mac-Coy, avant échappé à leurs coups , rejoignit Quintal , qui déjà connaissait les résultats de la consj)iration , et avait envoyé sa femme avertir ses compagnons. Martin et Brown furent ensuite assassinés séparément par Menali et Tenina.
AdamS) que la femme de Quintal avait informé du danger qu'il courait, avait d'abord pu s'échapper dans les bois ; mais, au bout de trois ou quatre heures , croyant tout tranquille, il avait imprudemment regagné son champ d'ignames, pour y prendre des provisions. Il futdécouvert par les Taitiens.
Vivement assailli par eux , un.coup de mousquet lui passa par l'épaule droite et lui traversa la gorge, et il eut un doigt cassé en parant les coups de crosse de fusil que lui portaient les assassins. Quoique épuise par ses blessures, il avait ranimé assez de forces pour prendre la fuite, et même dépasser ses ennemis, lorsque ceux-ci , sdrs qu'il leur échapperait alors, lui offrirent de cesser leurs attaques s'il voulait revenir sur ses pas, et tinrent leur promesse. Adams fut porté dans la maison de Christian, ou il reçut les soins que demandait sa position.
Toung, que les femmes aimaient beaucoup, et qui l'avaient dérobé à la fu* reurde leurscompatriQtes,yfùtamené également. Quintal et Mac-Coy purent se réfugier d^ns les montagnes, où ils vécurent des produits de la terre. Ainsi s'était terminée cette fatale journée,
Sar le triomphe des Taitiens et la mort e cinq de leurs oppresseurs, sur neuf.
Le massacre des hommes blancs fut vengé bientôt par le meurtre des hommes jaunes. Ceux-ci se disputèrent les femmes dont les maris avaient péri.
Par suite de cette discussion, Menali, après avoir tué Timao, avait attaqué Tetaheite, qui consolait la femme d'Young de la mort de son fils favori; les femmes étaient intervenues et l'avaient empêchéde commettre ce nou* veau meurtre. Il rejoignit alors Mac* Coy et Quintal sur les montagnes.
Ces derniers , profitant de cette aug->
UUJNIVERS-
mentation de force , déCèrent le parti qui leur était opposé, en envoyant une volée de balles au-dessus du village.
Les habitants lui envoyèrent alors Adams pour les inviter à revenir, à condition qu'ils tueraient Menali. Menait tomba donc sous leurs coups ; cependant ils refusèrent d'accéder à l'invitation faite par Adams , tant qu'il resterait une peau jaune dans le village. Tetaheite et Kehou furent victimes de cette exigence des deux Anglais. Les femmes , qui , d'ailleurs , regrettaient la perte de leurs maris assassinés, avaient déjà comploté la vengeance, même avant le départ de Menali. En conséquence Susan frappa Tetaheite d*un coup de hache pendant qu'il dormait auprès de sa favorite, et Young tua IVehou d'un coup de fusil. Mac- Coy et Quintal ne consentirent encore à revenir qu'à la vue des têtes de ces malheureux. Cet événement eut lieu le 3 octobre 1793.
Ainsi périrent tous les indigènes.
Il restait donc maintenant sur l'île Adams , Young , Mac-Coy et Quintal , dix femmes et quelques enfants. Deux mois après cette éi)oque, Young commença un journal manuscrit, qui donne une idée précise de l'état de l'Ile et des ocx!upalions de ses habitants : on les voit vivre paisiblement ensemble , bâtissant leurs maisons, entourant de haies et cultivant leurs terres, allant à la pèche et attrapant des oiseaux; construisant des trappes pour la destruction des coohous saiivaces, qui, à ce moment, étaient nombreux et détruisaient les champs d'ignames. I^ seul mécontentement qui se montra fut parmi les femmes, qui vivaient péle-méle avec les hommes, et changeaient fréauemmcnt de demeure.
Young, aans son journal, raconte
gu'une discussion eût lieu entre les ommes et les femmes; celles-ci refusaient de rendre l3S crûnes des cinq Européens qiti avaient été massacrés par les Taïtiens , et s'opposaient à ce qu'on leur donnât la sépulture. Depuis la mort de ceux-ci , et depuis cette discussion , dans laquelle elles furent forcées de céder, elles désiraient vive-
ment quitter File. Leurs instances furent même si pressantes, que, le M avril 1794, il fallut leur construire un bateau. Comme on manquait de planches et de clous, Jenny, qui, plus tard, resta à Taîti, dans son ardeur , arracha les planches de sa maison, et encouragea, mais sans succès, ses compagnes à suivre son exemple.
Un grand désappointement devait de nouveau aigrir le mécontentement des femmes. Le jbateau avait été terminé le 13 août, et lancé le 15; mais, heureusement pour elles, il chavira , et prévint par là le sort funeste qui leur était sans doute réservé, si , malgré leur ignorance de la navigation, elles eussent osé s'abandonner seules à la merci des flots et des vents, sur cette frêle embarcation.
Le 16 août, on creusa une tombe pour les restes des morts; et, le 23 octobre 1794, on célébra dans la maison de Quintal l'anniversaire de la destruction des malheureux Taïtiens.
Les femmes n'avaient cessé de se plaindre de la rigueur que montraient a leur égard MacKJoy et surtout Quintal, qui avait même proposé de ne jamais jouer ni rire avec les filles, cl de ne leur rien donner ; elles avaient aussi gardé le souvenir amer de la perte du bateau, auquel s'était rattaché si vivement l'espoir de leur délivrance; elles Gnirent par comploter le massacre des hommes pendant leur sommeil. Leurs projets turent découverts; on s'empara d'elles, et on les força d'avouer leurs coupables intentions; cependant, cette lois, on leur accorda Tmipunité, à condition qu'elles se conduiraient mieux à l'avenir, et de telle sorte qu'elles ne feraient naître aucun soupçon contre elles. Malgré, leurs promesses, les hommes crurent devoir prendre les plus grandes précautions. Leurs tristes prévisions se réalisèrent; car, le 30 novembre, ils les virent se réunir contre eux et les attaquer. Oubliant encore cette fois une pareille tentative, oubliant même qu^ils étaient convenus entre eux , en pareille occasion , de faire périr successivement chaque femme dont la coa-
0CÉAI4IE.
daite laisserait entrevoir des intentions hostiles , ils pardonnèrent de nouveau, et se contentèrent de nouvelles menaces pour Vavenir, en c^s de récidive.
Les femmes , les voyant déjà inexécutées, n>n tinrent aucun compte, et quelques-unes se cachèrent dans les parties de Vie les moins fréquentées.
Les hommes, moins nombreux qu'elles, redouUmt quelque attaque subite , furent réduits h se tenir continuellement aur /a défensive.
Le 6 mai 1795, ayant terminé la construction d*un bateau commencé deux jours avant , ils se livrèrent à la pèche avec beaucoup de succès, surtout à celle du maquereau. Quelques années se pssèrent sans qu'il y ait eu rien de saillant dans l'histoire des habitants de Pitcairn. Les femmes s'étaient récondUées avec les hommes, qui les traitaient avec plus d'égards ; on se rentiai t des soins mutuels d'une habitation à l'autre ; tous menaient une vie vraiment patriarcale. Un accident seul troubla une fois la monotonie de ce calme heureux et tranquille. Mac-Coy, étant tombé du haut d'un cocotier, s'endommagea grièvement la cuisse, se foula le pied et se blessa au coté. Plusieurs tentatives culinaires et chimiques leur réussirent. Malheureusement l'une d'elles coûta la vie à Mac- . Gov. Ils avaient réussi à produire une bouteille d'eau-de-vie avec la racine du H {dracœna terminalis)\ de fréquentes ivresses en furent la suite. Mac- Co^ suitout , ploneé dans un affreux délire , se précipita a'un rocher escarpé et se tua. Ce tragique événement profita aux autres habitants : ils résolurent de ne plus toucher aux boissons fermentées.
En 1799, Quintal perdit sa femme, par suite d'une chute faite d'un rocher, en cherchant des œufs d'oiseaux. Il devînt de plus en plus mécontent, et (]uoigu'il eut à choisir parmi plusieurs femmes , rien ne pouvait le satisfaire que la possession de celle de l'un de ses compagnons, ne se rappelant plus les malheurs arrivés par suite d une ' dennande semblable.
L'outrecuidance d'une pareille pré-
tention et l'obstination qu'il a|)porta dans une demande semblable, lui coûtèrent la vie. Adams et Young avant ref[isé de céder, il avoit cherché a les assassiner , et même il les avait menacés de renouveler cette lâche tentative, après avoir échoué dans un premier essai. Ses compagnons ne pouvaient vivre avec l'inquiétude continuelle et les angoisses d'un guetapens; ils se crurent justifiés d'un meurtre par les menaces de Quintal , et le tuèrent à coups de hache.
Ainsi se termina le funeste destin de sept des instigateurs de la révolte du Bounty.
Christian et Young étaient de familles honorables, et avaient reçu une bonne éducation. Adams en a fait de grands éloges , et a rapporté qu'ils ne manifestèrent jamais le plus léger murmure sur la position dans laquelle ils étaient tombés. Christian feignaitd'étre heureux aux yeux de ses compagnons ; et malgré les' circonstances extraordinaires où il se trouva , il sut s'en faire respecter jusqu'à sa mort.
Adams et Young , restés seuls survivaiits de quinze hommes jaunes ou blancs, débarqués à Pitcairn, tous deux portés aux idées sérieuses , songèrent au repentir. Ils réglèrent le genre de vie de leurs familles dans la voie de la religion, arrêtèrent qu'elles assisteraient aux prières du matin et du soir tous les dimanches, et à un service dans l'après-midi , et, de cette manière, ils parvmrentà former leurs enfants et ceux de leurs compagnons à la piété et à la vertu. Young, dont l'éducation avait été très-soignée , était le plus propre à mettre à exécution le projet conçu par lui et Adams; malheureusement il mourut d'un astiime, un an après la mort de Quintal .
HISTOIRE DE LA COLONIE DiaiG^lE PAK ADAMS.
Cette perte augmenta la ferveur du repentir d'Adams, et le détermina à se dévouer au salut de tous, dans l'espoir d'expier par là toutes ses fautes.
Son projet réformateur ne pouvait