PIC ROMANTIQUE DE PARI
Au sortirde la vallée de Nouou-Anou, un chemin presque impraticable, de trois h quatre milles, a travers une suite de ravines, de défilés et de broussailles , conduit au fameux pic romantique de Pari , célèbre par sa situation et ses points de vue magnifiques, célèbre surtout par le souvenir de la dernière bataille qui assura la couronne à Tamea-Mea et à ses descendants. JDans ces gorges de niontagnes abrité» de tous côtés, l'air peut à peine pénétrer, et n'agite que faiblement le feuillage des arbres : aussi, les voyageurs seraient infailliblement victimes de leur sécurité , s'ils n'étaient prévenus du phénomène extraordinaire dont ils vont être témoins. A un détour du chemin, en tournant l'angle d'un rocher, un bruit afireux se fait entendre tout à coup; un soufiQe d'ouragan vient assaillir le voyageur avec une impétuosité telle, qu'ail serait infailliblement renversé, s'il n'avait la précaution de se tenir sur ses gardes, et de saisir un des blocs de pierre qui bornent la route.
Quelques pas de plus, et on arrive à ce belvédère aérien qu'on nomme le pic de Pari. A ce premier mouvement, succède bientôt un sentiment d'effroi dont on se rend difQcilement maître, quand l'œil , plongeant dans une profondeur de mille pieds, aperçoit le rond de l'abîme, bordé par un mur taillé à pic, et hérissé de rochers anguleux.
£n même temps que l'œil sonde avec effroi la distance séparant le pie de la vallée, qui s'étend , verdoyante et féconde, au pied des montagnes, le voyageur est distrait de ses premières impressions par les tourbillons de feuilles sèches, de poussière, et de
fUNIYER
pierres, qni s'élèvent de toutes parts, et vîMiRent l^as^îilir , emportés par la ▼ioienoe du vent, tandis que les pétceli^ les frégates et les pliaétons, ces pirates ailés (*), se jouent dans la tour* mente, en faisant entendre des cris eonfoset plaintifs, que semblent pous* ser les dieux des tempéti^s.
-Cette scène, si terrible d'abord, a xussî ses beautés , son luxe et ses richesses. A la terreur se joint bientôt Fadmiration , quand , de cette prodigieuse élévation, on peut admirer une S laine fertile, couverte de cocotiers et e plantations de toute espèce, avec des villages populeux semés <,;à et là, et plus loin la grève avec ses sables ,
Ïiuis le port d*Hono-Rourou, enfin les lots , les brisants et les récifs qu'en* taure TOcéan de sa verte ceinture.
€'est sur la crête escarpéedu Pari, sur cette aire de vautours, qu*a eu lieu Tun des traits décourage et de dévouement les plus extraordinaires dont l'histoire ait conservé le souvenir. Dans le terrible combat où l'armée de Tamea-Mea, après avoir défait celle du dernier roi « d Oahoa, se fut mise à sa poursuite, Taî-Ana, après avoir soutenu pendant long-temps le choc de l'armée victorieuse, n'ayant plus autour de lui que trois cents soldats , opéra sa retraite dans la direction du Pari , arriva sur la crête de la montagne, et n'avant plus aucun espoir de salut , il se précipita dans l'abime, suivi de ses trois cents Spartiates , plutôt que de se rendre au vainqueur. Cette défaite assura , comme nous l'avons dit, la possession de toutes les fies Haouaî à Tamea-Mea, qui depuis lors n'eut plus de rivaux.
THtoGONIB ET TRADmONS RBUGIEUSES.
Depuis 1820, la religion chrétienne est devenue la religion dominante, et sera, sans doute, bientôt la seule à Ihiouaî. Les premiers voyageurs qui
(*) Ces oiseaux, qui attaquent le poisson el qiiolqtiefiiis tMioniiue, et même l«'S mets de sa table, sembleul rettuicxter les liarpict dUPÉnéide.
visitèrent cet archipel, constatèrent la puissance des prêtres et les imnieasef privilèges dont jouissait cette caste; mah aucun , jusqu'à M. de Freyoinet, n'avait bien établi la théorie de cett« théogonie qui n'admet aucun dieu sup»* rieur parmi les divinités. Une espèce de polythéisme, qui n a d'analofrue ni dans les autres parties du monde, ni chez les Taîtieus où se révèle une tliéocratie, est en dehors de toutes les religions connues. Voici ce qu'en dit ce savant navigateur:
« Les attributs de la divinité forment autant de dieux différents oo d'esprits particuliers, aux(|uels a été accordé le pouvoir de dispenser le bien et le mal , suivant le mérite de chacun. Leur résidence habituelle est placée dans les idoles ou dans le corps de certains animaux. Une liiérarchia immuable soumet aux dieux les plus puissants ceux qui exercent uniaoiiidre pouvoir. Les âmes des rois , des héros, de certains prêtres, forment une légion de dieux inférieurs et tutélaires, subordonnés également entre eox, suivant le rang qu'ils occupent sur la terre. Des malins esprits qui ne cherchent qu'à nuire sont l'objet de conjurations et d'exorcismes. Des prêtres, des sorciers, des augures, desoffran»
des, des sacrifices humains, les honneurs rendus aux morts , les eérémo* nies expiatoires et quelques autres, enfin rétablissement des villes de re?
fuge, tel est l'ensemble du culte extérieur. » La métempsycose était aussi en vigueur dans l'archipel Haouaî, car te même voyageur ajoute : • Cerr tains insulaires, adorateurs des r^ quins, jettent à la mer le corps de certains enfants mort-nés, avec cer»
taints offrandes, dans l'espoir que Tame du défunt, passant dans celle du requin, deviendra un puissant pro»
tectenr pour toute la tamille, près de ces redoutables poissons.. Des prêtres veillent à toutes ces offrandes devant les temples du dieu, et annoncent avec de grands cris , aux parents , Tins* tant où (a transmigration a dil s^opérer. »
« Des divinités, continue M. Fref-
OCEANIi;
dnet^inrésidafent aax poenomènes astronomiques et physiques. Les unes commandaient aux saisons; d'autres aux plaies , aux vents, aux flots de la nier , et ceiles^i étaient Tobiet d^in cuHe spécial, culte inviolable, sous peine de mort, de la part des marins.
ijE! dîea Tiba était adoré à Mawi. Les pMiieurs de' Haoual faisaient leurs offrandes àRac-Apouaet Kane-Apoua, divîn/tés de la mer, tandis que les haletants de nie Morokaî avaient élevé sar chaque promontoire de leur lie des temples au dieu Moho-Arou (roi des lézards ), adoré sous Temblènie d'un requin. Bans THélau^à Tarrivée de certains poissons de passage , le même dieu avait droit aux prémices de la pèche. Deux divinités puissantes étaient Raono-Hiokaia et Roua-Paîro, dont la fonction était de recevoir Te^prit des rois à la sortie de leur corps , de les conduire dans certaines parties des cieux , d*oii ils les retiraient au besoin pour surveiller ou conseiller leurs descendants. Aussi les liaouaîens avaient- Us le plus grand respect pour les mâ« nés de leurs rois et de leurs chefs.
«L'un des dieux les plus hideux de Farchipel, A'aral-PoAoa, était Tobiet d*un culte spécial de la |)art des habitants de Ttle Morokaî. Cette idole, qui fut brisée à la mort de Tamea-Mea, et partagée entre les principaux chefs de nie, était faite d^un bois tellement vénéneux , que feau aue Ton y renfermait devenait bientôt mortelle. Une autre statue semblable à celle-ci restait à Morokaî, et était l'objet d'une étrange histoire :
« Sous le règne du grand Koma- Raoua, ancien roi de Morokaî, il y avait dans Ftle un certain Kanea- Kama, homme entièrement livré à la passion du jeu. Un jour, il fut si malheureux au jeu de MaTta, qu'il perdit toutes les parties qu1l avait engagées, et se trouva dépouillé de tout ce qu'il possédait. Il ne lui res* tait plus qu'un cochon qu'il avait consacre à son dieu favori, et qu'il n'osa mettre aii jeu. Dans la nuit qui suivit cette journée, son dieu lui apparut qa. IPW^ ^ ^Ut ordonna d'aller
le lendemain dans rn lieu qu'il lui
indiqua, et d'v jouer son cochoH« Kanea-Rama s y rendit en effet ; mats la chance oe la veille était eniMffo* ment changée, et il regagna non* seulement ce qu'il avait perdu la veille, mais encore tout l'argeul de ses adversaires. Aussi se hfia-t-il d'offrir une grande partie de ses tù chesses à son dieu protecteur.
« La nuit suivante, son dieu lui apparut comme la veille, et lui ordonna d'aller trouver le roi pour lui 4irt qu'en un certain lieu de la forêt st trouvait un massif d'arbres, et qna s'il voulait faire une statue avec le tronc de celui qui lui serait désigoé^ il consentirait à liabiter cette idole, et prendrait Ranea-Rama i>oup p^ tre. Le roi y consentit, oonna des bûcherons au messager, et lut ^ermil de faire couper l'arbre qui hii cotk viendrait. Arrivés aux enviroas dci Rarou-Akaï, ils aperçurent le groupa d'arbres où étaient iosés Tana et d'autres dieux qui inaïquèrent aux bilcherons le travail qu'ils avaient à faire. Mais à peine ceux-ci eurent** ils commencé a porter les premier^i coups , que des copeaux détachés du tronc en ayant touché quelque»* uns , les firent périr à l'instant. Cetta mort jeta l'épouvante parmi les au« très ouvriers, qui se sauvèrent en abandonnant leurs haches; mais R»»
nea-Rama parvint à les raniener, et les décida à continuer, en leur eou« vrant tout le corps de feuilles d« dracœna, et ne laissant qu'un oeil' Ubre. Ils se servirent aussi de pahoaa au lieu de haches ; d'où le dieu ivâi nommé Karal^Pcthoa^ fait avec le pahoa. »
A cliaque famille et à chac^e mem« bre de la famille était attachée une divinité particulière. Pélè, la déesse dea volcans, et Taïri , le dieu de la guen^ protégeaient Tamea-Mea; à Mawi , o»
adorait Reoro-Eva.
L'apparition des dieux volcaniques, dans Tarchinei, dutede Kai-AkakinarU (mer deRanii.arii ) ou déluge d'Haouaî;' La famille rovale fixa d'abord sa résir deoce à RkQ-'£a; mais elle fallait <ta
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fréquentes excursions dans Tîle, et son apparition sur les hautes montagnes était précédée de coups de tonnerre et de tremblements de terre. Ces éruptions arrivaient surtout à Toccasion de l'infraction des lois religieuses, et ^des offrandes de cochons étaient le seul moyen de conjurer le fléau. Quelquefois Pélè , dans une seule course , dé- Yorait deux r)ents cochons. L'île entière, tributaire de ces dieux, entretenait leurs hkaus ou temples, et nourrissait les prêtres chargés de les desservir.
Les offrandes étaient jetées dans le cratère pour prévenir Téruption : mais on les jetait dans les coulées de lave lorsqu'elles s'étaient fait jour.
La famille de ces dieux arriva de Taîti , terre lointaine. Elle se composait de : Kamo-ho-arU ( roi de la vapeur); Ta-^ha-irtahi-ora {explosion dans le lieu de la vie); Te-oua-te-po (pluie de la nuit); Tane-hetiri (tonnerre mâle ) ; Te-o-ahi- tama - tatva (fils de la guerre vomissant le feu), tous frères, et deux d'entre eux difformes comme Vulcain. Les sœurs venaient ensuite; c'étaient: Pélè y l'ainée et la plus redoutable; Ma-kore-waivoM-vxia (aux yeux étincelants, et brisant les pirogues) ; Hiat-a-^awahilard (déchirant le ciel et saisissant les nuages).Tuis, iavec l'attribution générique Hiata^ noho-lani (habitant le ciel et saisissant les nuages), venaient Toarava-Main ( aux yeux sans cesse en mouvement); Nul -t^- port -a-Pélé (baisant le sein de Pélè); Ta-bouena-ena (montagne enflammée); Tereiia (couronnée de suirlandes). Opio (la jeune) venait la dernière.
Pelé avait rendu plus d'un service à ses fidèles adorateurs. Tamea-Mea était en guerre contre Ke-Oua, qui avait sans doute violé un tabou. Pour l'en punir, la déesse choisit une nuit où ce chef avait fait camper sa troupe auprès de son palais. Un tremblement de terre ébranla tout à coup la montagne , et le volcan , vomissant d'énormes rochers , écrasa un grand nombre de guerriers, tandis que des rivières de lave atteignirent ceux qui voulaient fuir. Quatre-vingts des plus braves
guerriers de Ke-Oua perdirent la vie dans C4;tte éruption , et leur général , malgré sa bravoure , ne put tenir plus long-temps contre Tamea-Mea, pour lequel la déesse s'était déclarée d'une façon si éclatante.
Plusieurs tentatives avaient été faites à divers temps pour chasser de l'île ces terribles dîvmités ; mais toujours elles restèrent sans succès. Un jour, cependant, Pélè faillit être vaincue par Tama-Pouaa, monstre gigantesque, moitié homme, moitié cochon. Cette es|)èce de minolaure étant venu de Oahou à Haouaï, alla trouver Pélè dans son I palais , et lui proposa de le recevoir et d'en faire son amant ; mais la déesse lui répondît avec colère ^ et lui donna, entre autres épithètes injurieuses, relie de fils de cochon. Irrité de son refus, Tama-Pouaa se précipita sur la déesse, et ayant appelé a son secours les eaux de 1 Océan, il parvint à éteindre le volcan. Mais les frères et les sœurs de Pélè s'étant ligués avec elle, burent toute l'eau dont ils étaient inondés, et rassemblant tous leurs feux, sortirent en bouillonnant du cratère , et leur ennemi , forcé de fuir, fut écrasé sous les rochers et noyé dans la mer où il s'était réfugié.
LB TABOU on INTERDICTION RELIGIEUSE A HAOUAI.
L'institution religieuse la plus puissante et la plus étendue , institution commune aux autres parties de la Polynésie, c'est le Tabou y qui signifie:
interdiction complète, rigoureuse défense du contact et de la vue. Le tabou est la chose sacrée, appartenant à la divinité, tout à fait en dehors de l'homme; le tabou est la chose que l'on ne peut toucher sans encourir la peinedemort; le tabou est l'institution qu'on ne peut violer sans être mis à mort, si toutefois le coupable n'a parmi les prêtres et les chefs de puissants amis. Les coupables étaient offerts en sacrifice, étranglés ou assommés par les prêtres, ou orûlés dans l'enceiote du ncïau.
Le tabou était général ou relatif.
OCÉANIE
. permanent on temporaire : ainsi les dieux, les jirétres consacrés à toutes les divinités ou à une seule divinité^ les temples, la personne et même le nom du roi , ainsi que sa famîUe, tous les objets à Tusage de ces êtres privilégiés , ainsi que certains lieux , tels que ceux où se baignaient le roi et sa iâmille , étaient constamment tabou. Les animaux consacrés à la difinité étaient tabou pour les femmes , et il en était de même , à leur égard , de quelques aliments particuliers , et des aliments servis à la table des hommes. Elles mangeaient à part et loin d^eux. A peine sevré, le garçon prenait le nom de son père, mangeait avec lui, et la mère ne pouvait, sous aucun prétexta, toucher ses aliments, ni manger dans le même lieu. Certains indices convenus , nommés ounou ounon y avertissaient le peuple que certaines choses étaient tabouées. Ainsi , une tresse passée dans l'oreille d'un cochon signifiait qu'il était tabou ; un pieu enfoncé au bord de la mer et surmonté d'une touffe de feuilles ou d'un morceau d'étoffe blanche interdisait la pèche sur cette partie du rivage. Pour montrer qu'un fruit était tdbou^ on liait une feuille de cocotier autour de l'arbre. Quand un endroit était frappé du tabou, le peuple était averti d'à vance, et uu envoyé des prêtres faisait sa tournée le soir, pour ordonner au peuple d'éteindre tous les feux , et de laisser Tintérieur du pays libre pour les dienx , et le rivage libre pour le roi.
La durée du tabou, différente selon les circonstances et selon les épogues, était ordinairement de quarante lours avant Tamea-Mea; mais il la réduisit à dix, puis à cing; et Rio-Rio, son successeur, l'abolit entièrement. Un tabou de plusieurs mois pesait quelquefois sur certains animaux, dans des circonstances extraordinaires, telles que la mort d'un chef, une grande cérémonie, une entreprise de guerre.
Un détroit, une certaine étendue de la mer étaient taboues pendant un temps déterminé. T*a tradition rapporte que, du temps d*Ouroi , uu tabou de trente
ans fut mis sur les arbres, et plus tard un autre de cinq ans.
Quelques fêtes périodiques exigeaient de grands préparatifs et donnaient lieu à des pratiques bizarres , et souvent cruelles. La plus importante était celle qu'on célébrait à la nouvelle année. Alors un prêtre faisait le tour de l'île en portant à sa main droite l'idole Kekou-Aroa , tandis oue sa main gauche saisissait, au profit du Dieu, tout ce qui se trouvait a sa portée. La pêche des bonites était tabouée pendant six mois. Une fête de trois jours et deux nuits avait lieu à chaque nouvelle lune : elle n'était que de deux jours et une nuit pour les autres phases. Pendant ce temps , les hommes ne pouvaient se livrer a la pêche ni à aucun ouvrage manuel; les jeux leur étaient interdits, ainsi que la communication avec les femmes.
Dans certaines circonstances, le tabou était tellement rigoureux que, dans le pays qui y était soumis , \ci> habitants ne pouvaient sortir de leurs maisons , ni allumer aucun feu , et devaient méme.museler leurs cochons et couvrir les yeux des poules pour les empêcher de crier; car alors le tabou était violé', et il fallait du sang au dieu offensé. Les peuples étaient tenus de se prosterner devant les chefs, qui eux-mêmes étaient taboues au pomt de ne pouvoir toucher la nourriture de leurs mains , ni même se mettre à l'ombre pour se garantir du soleil :
cependant il suffisait aux hommes, dans les solennités ordinaires, de s'abstenir de tout travail et d'assister aux prières du héïau. Si , dans ces grandes circonstances^ les victimes venaient à manouer, les prêtres omettaient à dessein d'annoncer le tabou dans quelques endroits ; et les malheureux qui étaient pris en contravention aux fois qu'ils Ignoraient, tombaient sous le couteau sacré. Un autre moyen puissant pour les prêtres de se donner de l'influence , c'était la persuasion qu'ils avaient donnée au peuple que les maladies étaient l'effet dVnchantements. Pour les guérir, des enchantements contraires étaient indispensables, et ils so
L'UItlVERS
AlMiênl pasiar pour Borders. Par TefTet de leur science, il leur suf* V fliair d*avoîr entre les mains un objet •ppaitenant à la jiersonne dont on toulait sedéliarrasser, et guelqties pn« loles suffisaient pour la faire mourir sur-le-diamp. l^s cheveux et la salive étaient tes plus propres à ce genre dVxorcisme; aussi Tatnea-Mea était-il toujours suivi d'un ofiicier qui avait pour fonctions de recueillir dans un vase le crachat du roi qui , sans cette précaution, aurait pu tomber entre les mains d*un sorcier malveillant.
Voici des détails d*un grand intérêt tfue nous devons au capitaine Kotze* bue sur certaines applications du tabou à Haoual :
« Environ une semaine après notre arrivée, un clief, nommé Tereaoon, mourut subitement. On défendit aus- ' sitôt aux indigènes de quitter le ri« tage. Ils paraissaient tous en proie au plus violent chagrin; ils erraient çà et là dans un état de nudité complet, poussant des cris lamentables, se coupant les cheveux , se brisant les dents, et se faisant des brûlures sur le corps avec de Técorce d*arbre enflammée.
« Les prêtres s'assemblèrent dans la maison du défunt, et tracèrent à Tentour une vaste enceint^ , en fichant en terre des baguettes, à l'extrémité des-
Sielles étaient fixés de petits pavillons ancs. Quoiqu'il y eût autour de cette enceinte plusieurs milliers d*Indiens, aucun d'eux n'osa en franchir les h*mites. Les prêtres allumèrent un grand feu et y jetèrent le cœur du défunt, priant avec ferveur pendant qu'il brûlait : ils en réunirent ensuite les cendres dans une calebasse, qu'ils suspendirent à une perche, et la recouvrirent d'un magnifique tissu de plumes ; alors deux hikants (conseillers) prirent la perche sur leurs épaules, et coururent vers la mer, en criant de toutes leurs forces: Noho! nohoî ce gui veut dire.
Prosternez- vous! Les indigènes devant qui ils pissaient s'étendaient par terre et se dépouillaient de leurs vêtements. Les nikanis s'étant avancés dans la mer jusqu'à la ceinture, jetèrent tes Gendres contenues dans la ca-
lebasse. On répéta les mêmes cérémo»
nies pour le foie et pour les entrailles du défunt. Au coucher du soleil, tous les travaux fuient suspendus, et un homme parcourut le village, en criant que quiconque, après huit heures, sor* t rait de sa maison, y conserverait du feu ou de la lumière,* ou y fumerait la pipe, serait puni de nwrt. Cet ordre s'étendit non seulement aux blancs établis dans l'île, mais même aux bâtiments qui étaient dans le port. On alla jusqu'à défendre de laisser sortir ni chien, ni cochon, ni volaille, afin d'éviter toute espèce de bruit; et les bâtiments ne purent sonner leur cloche le lendemain matin.
«Toutefois, au lever du soleil, le tabou < interdiction) fut levé pour les bâtiments, mais il resta en vigueur à terre. Les prêtres livrèrent aux flammes le corps du chef décédé , après eu avoir ôté les os, et en firent jeter les cendres dans la mer. Ils nettoyèrent ensuite soigneusement les os, les rassemblèrent, et les mirent dans un grand canot qui fut expédié à Haouaî.
Six heures après le départ de ce canot, le tabou fut entièrement levé, et tout rentra dans Tordre accoutumé. Tels sont les bon neurs funèbres que Ton rend à toutes les personnes de distinctico.
Quant aux individus des autres classes , on les enterre tout simplement. Lorsque les chairs sont détruites par la putréfaction, le^ parents exhument les os, 1rs nettoient avec soin, les enveloppent d'une étoffe, et les mettent dans des calebasses ou gourdes qu'ils suspendent dans leurs maisons.
«• Dans une autre circonstance. Tamea-Mea vint à notre bord avec ses bakinis et ses femmes. Une multitude de canots couvrirent alors la mer; en peu de temps il y en eut plus de quatrevingts, portant depuis trois jusqu'à dix nommes, indépendamment de plusieurs centaines d'hommes, de femmes et d'enfants qui nageaient autour du bâtiment , sans s'inquiéter des requins.
Notre pont ne tarda pas h être couvert de monde. Le capitaine Robson, un peu effrayé d'en voir autant à bord , pria le roi de les renvoyer. Geiui-cU .*
prit alors ane pfqae, dît qaelqueê mots, et en un instant le bâtiment fut évacué. Le roi nous engagea ensuite à h'sser un pavillon blanc, ce qui, dans ce pays, est un signe d'intenliction, et ordonna à deux de ses liikafiis ou ofQcicrs de rester à bord pour empêcher les indigènes de nous voler. Taniea- Blca dîtiù à Tïotrc bord et y resta toute la journée, avec ses femmes et ses prin» dpaux officiers ; mais conune il leur ' est défendu de toucher à des provisions de mer, ils firent venir de terre tout ce dont ils eurent besoin. Nous remarquâmes avec surprise aue les dif^ férents vases ou ustensiles dont le roi s'était servi furent soigneusement renvoyés à terre par ses ordres.
« Un jour, enGn, un des principaux prêtres vînt à bord, et cet homme orgueilleux ne voulut jamais descendre dans ma chambre, pour que personne ne marchât au-dessus de sa tête. »
Avec de telles institutions religieuses, qui mettaient les prêtres si haut au-dessus du peuple; avec des pratiques de piété difficiles et minutieuses , qui atteignaient chaque action de sa vie privée, le pouvoir de ces charlatans sacrés devait être , et était, en effet, immense. Dans Torigine du tnbou , il est à présumer que cette institution fut bornée d*abord à quelques objets du culte; mais les prêtres sentirent bientôt tout le parti qu'ils pouvaient tirer d'un moyen aussi puissant sur des hommes i^orants et crédules : aussi Tinstitution dut-elle s'étendre rapidement; et les rois, s'assocîant à la perversité des ministres de leurs dieux, les protégèrent pour être protégés par eux. Ils s*unîrent donc; et là, conune dans un grand nombre de sociétés, prêtres et rois firent un pacte impie, pour tenir ce malheureux peuple sous le joug de l'ignorance, de la tyrannie et de la superstition.
ABOUTIOir ou TABOU ET OB L'mOLATRIB.
Tamea-Mea , ce roi philosophe dont n sera souvent question dans l'histoire moderne d'Haoual, donna un premier coup à la inoostrueuse institution du
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tabou j en se nommant lm*méRie chef de la religion, et en abolissant la barbare coutume de massacrer sur les autdf des dieux tous les prisonniers de guerre et les malheureux naturels qui^ pendant une éclipse de soleil ou de lune , avaient le malheur d'être surpris près d'un lieu taboue. A ces insftitu* tions sanguinaires, il en substitaa d'autres plus équitables, et créa un eode religieux et civil, juste et humain.. N prépara ainsi les esprits à Tabolition d'un culte barbare, et son fils, Rio* Rio, acheva une œuvre si bien oom<* mencée. Cependant Tamea-Mea résista toujours aux pressantes sollicitations que lui firent Kotzebuë et les mission^ naires pour abjurer sa religion. « Votre «reli^ron, répondait-il aux mission* « naires qui le pressaient de se faire « baptiser, peut être meilleure que la « mienne, mais avec elle je ne pourrais «t gouverner mes peuples. » Ce grand roi sentait bien qu'en heurtant de front tant de préjugés, en faveur depuis si long-temps, il soulèverait ccAitre lui les prêtres, les fanatiques et les ambi<tieux de tous les genres. Nul dou^ qu'il né désirât sincèrenlent changer un culte qu'il désapprouvait; mais il fallait, par des améliorations progrès* sives , préparer les esprits au coup dé* cisif.
L'abolition définitive de l'idolâtrie et du tabou fut, avons-nous déjà dit, l'œuvre de Rio-Rîo, fils et successeur du grand Taniea-^lea..Pour obtenir ce résultat, te prince assembla les prind^ paux chefs oe la nation, et, dans une espèce de congrès qut dura un mois, et donna lieu à de vives discussions, l'abolition fut décrétée, et les députés a lièrent en mission auprès de Keo-Pouo^ Lan:, mère du roi, et supérieure à lu! par la naissance, ()our obtenir la sanc* tion désirée. « Mais , dit la vieille reine» quel mal nous ont fait les dieux que vous voulez détruire? — Ils ne noul ont jamais fait de mal, répondirent lee chen»; mais quel bien nous ont-ils fait jamais? Les prêtres n'exigent-iis pai des sacrifices humains pour le ôultef n'avons-notis pas des pratiqufs miau* tieuses et embarrassantes? jD'ailleuif ,
L'UxMVEllS.
nos dieux nous ont-ils donné la victoire sur nos ennemis? » A cette harangue, la reine répondit qu'elle donnait son consentement; et, le même jour, le peuple apprit que les moraîs et les héîaus avaient cessé d*étre sacrés.
Les lieux où étaient déposés les ossements des chefs furent les seuls monuments religieux conservés, et quelques vieux prêtres en furent nommés les gardiens.
I/aholition du tabou, cet antique symbole d'inviolabilité , demanda à Rio- Rio encore plus d'adresse. Il s'adressa d'abord au grand-prétre, Kekoua-Oka- Lani, que Tamea-Mea avait préposé au culte, et il fut assez heureux pour le mettre dans son parti. Pour accomplir cette innovation, le tabou qui pesait sur les femmes fut frappé le premier. Le roi attendit un jour de grande fête, où les indigènes venaient en foule entourer le palais et assister au royal festin. Les nattes ayant été disposées, et les mets destinés aux hommes mis sur une natte, et ceux des femmes sur d'autres nattes , le roi arriva, choisit parmi ses aliments plusieurs mets interdits aux femmes, passa de leur côté, se mit à en manger et à leur en faire manger. Aussitôt le peuple de pousser des cris d'horreur et ae crier : « Tabou ! tabou ! » Mais Rio-Rio , ne tenant nul compte de leurs cris , continua à manger. Les prêtres , prévenus par la foule, accoururent du inoraî, et simulèrent d'abord une crande indignation. « Voilà, en effet, airent-ils, une violation n^ifeste au tabou; mais pourquoi les dieux offensés ne s'en vengent-ils pas eux-mêmes?
Avons-nous le droit de punir une action (|u'ils permettent? Ce sont donc des dieux impuissants ou de faux dieux.^ Venez, habitants d'Haouaî (s'écria le grand-prêtre), débarrassons-nous d'un culte incommode, absurde et barbare.»
£t, armé d'un flambeau, il mit luimême le feu au moraî principal. Les autres villes de l'tle et toutes celles de Fardiipel imitèrent cet exemple, et le culte ou tabou ne fbt plus qu'un soutenirt Ainsi fut aboli ce culte exécrable qui
avait pesé long-temps sur un peuple doux et humain. Depuis, les insulaires ont adopté généralem«it la religion nouvelle, apportée par les missionnaires protestants. Cette religion n'exige d'eux ni surveillance continuelle sur tous les actes de la vie , ni sacrifices humains, et, à un tabou barbare, elle a fait succéder un tabou plus doux : Finterdiction de la polygamie et celle du travail le dimanche.
En terminant ce qui nous restait à dire de cette terrible institution , nous ajouterons que ce mot nous parait dériver de l'arabe littéral taoubau ou tcumboun, expiation ou pénitence. On le trouve dans le chap. ix du kôran.
Nous avons déjà dit que le tabou existe en partie aux îles Carolines sous le nom de penanty aux fies Radak sous celui d*emo, à Ombaï sous celui de pamalé; il existe encore à Céièbes et ailleurs. Le tabou existe aussi, mais avec des différences, dans i'Hindoustan , en Chine et autres contrées asiatiques. Il peut avoir été apporté dans les îles de Sounda, et spécialement à Bornéo, par les Hindous qui ont colonisé ces grandes îles, et nous pensons que, de Bornéo , les Bouguis ont transporté et naturalisé le tabou à Céièbes , et de là dans les Carolines et dans les autres îles de la Polynésie , où il aura pris un caractère plus terrible par l'ignorance des sauvages. Il existe dans quelques parties de la Mélanésie. Les Arabes, les Chinois, les Ja^nais, et peut-être les Hindous, ont visité d'ailleurs une partie des fies comprises dans les différentes divisions de l'Océanie.
Six missionnaires américains se chargèrent d'enseigner la religion nouvelle.
Rio-Rio vanta l'efGcacite du pouié et dupala-pcUa: etKeo-Pouo-Lani , mère du roi, et kapeo-Lani, épouse de Naiké, chef de Kai-Roua, ayant abjuré publiquement leur ancienne religion et embrassé la nouvelle, leiu:
exemple entraîna une foule d'insulaires à demander le baptême, et la religion chrétienne devint ainsi la religion du pays.
Les missionnaires français catholiques ont été dernièrement renvoyés.
OCÉAINIE.
grâce à rinfluence des missionnaires protestants. Mais M. révéqae de INicopolis. Français, que nous avons vu récemment à Paris, se proposait de partir au plus tôt pour l'archipel de tiaouaî , avec le titre de vicaire général de POcéame, et il espérait faire de nombreux prosélytes dans cette cinquième partie du "globe. ^
Les missionnaires protestants , anglais ou américains , ont souvent imposé aux peuples de l'Orient, de l'Océaoie et de l'Amérique, le despotisme de la bigoterie et les mesquines croyances d'un puritanisme jaloux et taquin. Quant aux missionnaires catholiques, on les a attaqués avec autant d'injustice que d'acharnement.
Certes, ils ont commis des fautes, car ils n'étaient pas infaillibles; mais ils nous ont l^ué des documents historiques et des recherches scientifiques d'une plus grande valeur que les écrits fragmentaires des missionnaires protestants, et ils prêchaient le christianisme aux peuples de l'Orient d'une manière bien plus rationnelle et plus libérale gue ceux-ci.
La religion des missionnaires anglais et américains à Haouaî semble consister tout entière, comme en Angleterre et aux États-Unis , dans la stricte diservation du dimanche, poussée jus-
3u'à la plus rigoureuse absurdité. Ainsi, ans les tlesTaîti , et surtout dans Tarcfaipd de Haouaî, oii ces hommes se sont faits législateurs , tout amusement est défendu Te dimanche ; bien plus , tous les habitants sont obligés d'aller deux fois par jour à l'église ; bien plus encore, la promenade à pied ou à cheval leur est défendue , et cette interdiction a été étendue aux étrangers : ceux qui ont voulu s'y soustraire ont vu leurs chevaux confisqués, et ont été condamnés à des amendes pécuniaires considérables. Le ridicule de cette tyrannie religieuse est poussé si loin , que l'usase de tout aliment chaud est prohibé, prce que ce seçait travailler que d'allumer du feu. Le pauvre Haouaïen.
«iont les mets ne sont pas très-variés, trouve cette loi fort dure, parce qu'il Q'apas, comme les missionnaires qui
le gouvernent, des meetings où ils se eorgent de pâtés et de bonnes viandes froides, et s'abreuvent de bordeaux et de madère.
S'il faut en croireM. ledocteur Meyen, ces messieurs sont loin de pratiquer la doctrine de l'égalité et de rhumilité chrétienne. « En nous dirigeant , dit-il , vers la maison du chef des mission* naires, M. fiingham, pour qui nou^ avions des lettres de recommandation, nous fûmes témoins d'un spectacle qui, dès l'abord , refroidit grandement notre estime pour les missions. Nous vîmes deux des femmes des missionnaires qui prenaient l'air dans une voiture découverte, trahiée par des naturels du pays. »
Ces disciples de Jésus et de ses apôtres ne paraissent pas marcher à Haouaî sur les saintes traces de leurs maîtres , leurs maîtres si charitables et si indulgents. Ils en ont banni l'hospitalité, chassé la gaieté et la joie, pour mettre en place une religion austère et morose, que les naturels comprennent moins que le culte pompeux et imposant du catholicisme romain. Ils possèdent toute l'autorité temporelle et spirituelle de l'archipel haouaïen, et tiennent sous une complète dépendance le roi actuel. Leurs maisons sont magnifiques, et même la demeure de la iamille royale est misérable à côté de ces belles constructions en pierre de taille. L'intérieur répond à l'extérieur; on y voit de beaux tapis, de sqperbes pianos, et un ameuolement des plus riches. Pourtant les missionnaires étaient arrivés extrêmement pauvres dans ces îles, et ils se sont environnés de tout ce luxe avec l'argent des peuples auxquels ils venaient apporter la civilisation. IVous avons vu nous-méme la répétition de tels abus , de la part de ces messieurs, dans les différentes parties de l'Inde, àCeylan et dans la Malaisie, sauf le cas de la voiture traînée par des hommes, en guise de bêtes de somme. Mais ce fait, que nous apprend M. Meyen , nous été confirmé par des Haouaîens que nous avions vus a Wampou (près de Canton en Chine). Il
faat cependant Tavouer, ces missionnaires ont répnndu quel(iue instruction parmi le p^tipl *. li^s érales de finouaî comptent déjà plusde vingt mille élèves.
GOUVEllN£»fcirr.
Nous avons déjn indiqué les réformes importan es qui furent apportées dans la lépsislation par Tamea-Men et son fils Rio-Rio, surtout en ce qui avait trait à la religion. Il nous reste à examiner la forme du gouvernement.
A répoque de la découverte, la royauté était héréditaire; et il en était de* même des grandes dignités sacerdotales, civiles et mrlrtaîres qui, néanmoins, étaient sôujm'ses au contrôle du roi. La direction du gouvernement n'était pas le partage exclusif des hommes; car on cite plusieurs femmes qui gouvernèrent même avec éclat. Le pouvoir da monarque était absolu , et n'était tempéré que par un cons(*îl de ehefs soumis, par le fait, à la volonté monarchique. Il pouvait anoblir un sujet obscur ou dégrader un dignitaire, selon sa volonté. A la mort des chefs. de famille, la propriété rentrait dans le domaine du roi , qui en disposait à son
S ré, mais la laissait presque toujours ans la famille; et cette coutume, suivie presque constamment par Tamea- Mea, est aujourd'hui puissante et respectée comme une loi de l'état.
1:^ savant Ellis , un des plus estimables niissiounaires protestant^*» divise en quatre classes la population haouarenne, ainsi qu'il suit : !• le roi et les membres de la famille royale, auxquels il faut ajouter le premier ministre ou régent; 2» les gouvcrnears des diverses fies et des six grands districts d'Haouaî, ainsi que Quelques grands chefs, tous descendants d'anciens princes ou rois, de Taraï-Opou , de Tahi-Terî , de Tepori- Orio-Rant , et Ta-Eo ; 3«> les possesseurs à bail des cantons et des villages qu'ils font cultiver par des serviteurs, ou qu'ils sous-louent à des fr.incs-tenanciers, classe com|K>sée des anciens chefs et des petits prêtres; 4» le reste de la population, petits propriétaires, io-
dtistriels , ouvriers , pécheurs , etc.
Une division plus récente de la popul tion est la suivante : 1<* les ariU. ch ù d'îles ou de districts, dont le roi est lui-même le chef suprême, .sous le nom iVarU'tabou; 2« les rana-kiras, chefs inférieurs, dignitaires civils et militaires, prêtres, nroprietaires , etc.; 3» enfin les hanakae ou ianafas, ou prolétaires, c'est-à-dire tous ceux qui ne vivent que de leur travail. Jl est important de remarquer que cette division répond à celle des ariis« raatiras et taatas à Taîti ; des e^s , matahoulés et touas à Tonga-Tabou ; des artkis , ranga-tiras et tangatas de la Nouvelle-Zeeland.
Les ariis étaient chargés de rendre la justice et de faire exécuter les jugements. Le meurtre, la rébellion et les vols d'objets appartenant au roi étaient des cflmes punis de mort. La même punition était infligée pour la violation du tabou; mais, dans les derniers temps de l'existence de cette institution, le criminel pouvait racheter «a vie. L'adultère, surpris avec la femn:e d'un chef, était mis à la discrétion t'o répoux outragé, gui lui faisait crever les yeux et pouvait même le t^ier. Li* casse-tête et la corde étaient les instruments de supplice pour les grands criminels ; la bastonnade faisait justice des délits plus légers.
La perception des impôts se fait au moyen des chefs de districts. Ortaînes terres, dites ahia-kou-pono ^ en sent pourtant exemptes de temps immémorial; et les franchises ne périment jamais, alors même que le roi en oépouîHerait les détenteurs. Un impôt particulier à ce pnvs, c'est celui q«i oblige chague Insulaire, quand le roi ou un arii fait bâtir une maison, à payer un tribut particulier pour en obtenii* rentrée.
Avant rarrivéo des Européens dans cette île, les ccntributions se payaient en nature, c'est-à-dire en poules , cochons, chiens, filets, pirogues et autres objets; mais aujourd'hui les propriétaires doivent donner une certaitia quantité de piastres d'Espagne ou da bois de sandal.,
OCÉAME.
DCDUSniIB.
L*tndu5;trré primitive des habitants tn réduisait à un nombre de procédés tr«-borné. Le sol, d*unc grande fertilité dans plusieurs parafées de Tile, produisait abondamment letaio, la banane, Tigname et la patate. Le seul jfistniment agricole connu alors était Je HoàOy sorte de spatule en bois de six pieds de long qui remplaçait la bêche. Depuis, la civilisation ayant apporté avec elle de nouveaux besoins, a fournî les moyens d\v satisfaire, et nos instruments aratoires se sont natural'fsés à Haoual , ainsi nue plusieurs plantes et animaux de 1 Europe, de y Asie et de rAmérique.
L*ard)itect(]re se bornait h ta construction des habitations et des pirogues. Les cases, ordinairement groupées au nombre de cent à deux cents, et disposées irrégulièrement ou alignées, étaient, dans tous les cas, coupées de chemins parallèles. Une grande pièce dont les dimensions variaient depuis douze à soixante pieds de longueur sur huit à quarante pieds de largeui^ une porte à chaque extrémité, et une fenêtre su> les cotés, une toiture supportée par des solives et recouyerte en feuilles de pandanus, de canne à sucre ou de^ cocotier, avec un mur sans ciment du côté de la mer, et une plate-forme en cailloux dans les lieux numides , telles étaient les habitations ordinaires.
Les chefs, ainsi que les familles d*un certain rang, avaient trois cases , Tune servant de cuisine, la seconde de salle à manger, et la troisième, au fond , de chambre à coucher. Quelquefois une enceinte palissadée entourait ces cases, et, dans cette enceinte, les chefs faisaient pratiquer quelquefois des logements pour leurs serviteurs.
La pèche, la cuittire, la fabrication des armes se: sont perfectionnées surtout depuis Tarrivée des Européens.
I^s hommes seuls sont 'chargés de ces divers travaiu. Ceux des femmes sont la fabrication des nattes, qui sont unies oo couvertes de dessins, d'après la méthode adoptée pour le tissage. Les
nattes les plus grossières servent de voiles aux pirogues, d*autres servent de tapis, et enlin forment des manteaux , de^ b Kes rt des paniers. Les femmes fabriquent, en outre, avec les feuilles du drac^na, des corbeilles, d; s éventails, des casques du travail le plus exquis , et ces précieux nianteau:^ de plumes qui ornent les chefs dans les grandes têtes. La fabrication de$ étoffes est, de tous les travaux de femmes, le
S lus important, et exige divers procées , lu plupart très-compliqués. Le plus long consiste à réduire en filaments le liber du mûrier à papier. Pour exécuter ce travail , on enlève Técorce, qu'on doit macérer dans Teau pendant ua temps plus ou moins long; puis , Técorce intérieure , séparée en rubans , est étendue uniformément sur une planche formant un plan incliné, et battue avec des maillets arrondis ou prismatiques, selon le degré de ûnesse que Ton veut donner à Tétofife. Ainsi préparé, ce fil végétal est exposé au grand air sur des. claies, et acquiert une grande blanciieur, en y séchant. Pour le colorer, on le trempe dans les sucs exprimés de certains végétaux , et Ton en relève les nuances par un vernis du plus vif éclat. . Dans cet état, il sert à la fabrication des fines étoffes.
MARIIIB ET NAVIGATION.
Le roi possède une frégate et ua brick« construit, gréé, armé et équipé à Teuropéenne.
La marine locale est composée de
Sirogues de commerce et de pirogues e guerre.
Ces pirogues sont doubles ou simples, extrêmement allongées, et tellement étroites, pour la plupart, qu'il faut une certaine habitude pour s'y maintenir sans les faire chavirer. Aussi les habitants se tiennent-ils quelquefois entassés au nombre de vingt à trente dans telle embarcation que quatre Européens feraient infailliblement tourner. D'ailleurs, quand cet accident arrive, il est de peu d'importance, chacun nage de son côté, et 1 on relève la pirogue. Les plus simples ont, en
général , TÎnet-quatre pieds de longueur sur dix-huit a vingt pouces de largeur, et sont terminées en coin, à leurs extrémités, avec des balanciers fort bien adaptés. Un tronc d'arbre, creusé d'un à deux pouces d'épaisseur et de la longueur du bâtiment, compose le fond.
Les bords sont formés par trois planches d'un pouce d'épaisseur, très-artistement soudées. Les insulaires manoeuvrent, «oit avec une voile triangulaire ajustée çur un mâtereau, soit avec des rames; mais ils vont ordinairement à la pagaye, c'est-à-dire à la rame.
Ce n'est que par un vent très-favorable qu'ils emploient les voiles.
Les pirogues doubles ont de soixante à quatre-vmgts pieds de longueur, et une largeur assez considérable. Un espace est réservé dans le centre pour porter les passagers et les marchandises, et les bancs des rameurs ou pagayeurs sont établis en dehors.
Les habitants de l'archipel sont d'assez bons marins, braves, fidèles et de bonne humeur. Ils sont excellents nageurs; maison a quelquefois exagéré leur habileté en ce point; ils ne peuvent pas nager à plus de sept milles de distance de terre : on n'en a pas vu non plus qui plongeât à plus de onze brasses de
Ï profondeur ; quand ils y parviennent , e sang leur sort par le nez et par les 5 eux; du reste, ils sont très-adroits ans cet exercice. « Le cuivre de notre bâtiment s'était rongé sous la quille, dit Choris; un insulaire plongea, examina le dommage, en vint rendre compte, plongea de nouveau avec un marteau , un morceau de cuivre et des clous, et répara tout avec beaucoup d'exactitude. »
Souvent des insulaires s'embarquent sur des navires américains qui vont à Canton , ou à la côte nord-ouest d'Amérique. A leur retour, ils éprouvent beaucoup de plaisir à raconter leurs aventures à leurs compatriotes, et, comme cela arrive quelquefois aux hommes plus civilisés, ils exagèrent ce qu'ils ont vu dans leurs voyages.
Ils ont un certain nombre de petits bâtiments qui sont constamment en communication avec ceux des autres
lies. Dans l'année 1821, un vaisseau de cent quatre-vingts tonneaux mît à la voile, de Oahou pour Port- Jack son (Australie), avec une cargaison de bois de sandal , de bois rouge et de noix de coco, et revint heureusement, après avoir échangé toute sa cargaison contre des provisions salées, des armes à feu et de la coutellerie. L'é<iuipage était entièrement composé d'indigènes, et le commandement en avait été confié à M. Rives, Français de naissance, le même qui accompagna le feu roi en Angleterre, en qualité de secrétaire et d'interprète de S. M.
M. Rives avait déjà résidé dans Tlle depuis seize ans, ei parlait très-couramment la langue haouaïenne. Il est retourné chez eux, et il a assuré à
f)lusieurs capitaines français que tous es encouragements possibles serafent donnés à ceux de ses compatriotes qui voudraient se résoudre à venir visiter l'île, dans des vues commerciales ou autres.
Les habitants de l'archipel sont, en
{général , affables et communicatifs ; et orsqu'on considère que plus de cent mille lie ses habitants sont actuellement ou seront sous peu familiarisés avec les productions de l'Europe et avec les habitudes d'un monde plus civilisé, il est permis- de penser qp'ils nous demanderont bientôt un grand nombre de ses produits en échange des leurs, et qu'un assez beau champ pourrait s'ouvrir aux entreprises commerciales entre la France et Haouaî.
Les Haouaïens se livrent à la pèche :
celle des albicores, des bonites et des dauphins est très-ingénieuse. Ils se servent aussi d'une espèce de bruyère qui a la propriété de rendre le poisson malade et de le faire venir à la surface de l'eau , où on le prend alors très-facilemeut. Us réduisent cette plante en poudre, ditKotzebùe, et plongent au milieu des rochers pour en répandre dans le voisinage des poissons. Ceux que Ton pèche de cette manière sont ouverts et vidés sur-le-champ.
MOBimS ANaENlTBS ET CARACTÈRE MODERNE.
Le caractère de ces insulaires est natardleinent doux, généreux, hospitaKer, brave et affable. Plus communicatî& que les habitants de Tonga , ils sont plus graves c[ue ceux de Taïti.
ÀTant de communiquer avec les Européens, ils vivaient entre eux en bonne mteiJigence, et les hommes traitaient ies femmes avec douceur, signe assuré d*ane certaine civilisation.
Le père et la mère avaient sur leur famille le droit de vie et de mort, et en usaient assez souvent , surtout envers ceux de leurs enfants disgraciés de la nature : aussi, la population qui restait, était-elJe forte et robuste.
i2uand un enfant naissait, on le lavait dans l'eau de mer, puis on le laissait sur une natte, libre de tous ses mouvements. Le baptême et la circoncision étaient inconnus; et Gook cite, au contraire, une opération inverse ^e cette dernière, que l'on pratiquait sur les enfants nouveau-nés. L'éducation, bornée presque uniquement au développement des forces physiques, consistait toute en gymnastique et en exercices militaires.
La polygamie était généralement admise; mais elle n'était guère pratiquée que par les die£i, ainsi que dans le reste de la Polynésie. La cérémonie du mariage était très-simple. Quand les mariaees étaient arrêtés entre les parents. Te futur jetait une pièce d'étoffe sur sa fiancée, en présence des deux Êimilles; et après le repas, il conduisait ia fiancée dans la case qu'ils devaient occuper. Ceux qui avaient déjà une épouse se dispensaient même de cette simple formalité.
Les chefs choisissaient ordinairement loirs épouses dans leur famille.
Les fils succédaient à leur père, épousaient souvent leurs veuves, et rien n'était plus fréquent que de voir le frère épouser la soeur.
COUTUMES GUERRlàRES.
Les coutumes guerrières, dans la
ÔCIÈANIÊ/ 4&
Sûreté primitive de ceâ peuples, offirent es détails nombreux et du plus grand intérêt. Entourés d'ennemis, forcés de se tenir toujours jprêts à attaquer et à se défendre, élevés dans des babitutdes militaires , leurs histoires sont de longues narrations d'attaques , de surprises , de descentes et de combats. Quand un parti se trouvait assez fort de sa propre force ou de la faiblesse de ses voisins, il trouvait toujours des prétextes pour les attaquer.
On ne connaissait pas dans ces lies de troupes permanentes. Habitués dès l'enfance à manier la lance et ie javelot, les jeunes Haouaïens acquéraient dans ces exercices une adresse étonnante , et rarement les frondeurs manquaient le but à vingt-cinq toises. Leur vigueur égalait leur adresse, et leur force musculaire était prodigieuse.
Les armes offensives étaient le javelot, la fronde, le casse-tête et le poignard. Ils ne connaissaient pas le 1k)uciier : le javelot leur en tenait lieu, et, avec le manche, ils paraient avec une merveilleuse prestesse les coups de leurs adversaires et jusqu'aux pierres des frondes. Le vêtement des soldats se composait simpjement du maro , e^ pèce de ceinture. Les chefs portaient des casques et des manteaux couverts de plumes jaunes et rouges disposées en losanges et avec beaucoup d'art. Le roi seul avait droit de porter un manteau de plumes jaunes. Les casques étaient de forme grecque et surmontés de panaches de diverses couleurs. Les guerriers célèbres et les chefs de second ordre portaient seulement l'écharpe à plumes barriolées. Outre le manteau de plumes, une marque distinctive des cnefs consistait en un hausse^sol nommé paraway suspendu par une tresse de cheveux.
Les questions de suerre et de paix étaient traitées par rassemblée générale des chefs et des guerriers. Là étaient énumérés les motifs de vengeance, les avantages et les inconvénients des diverses expéditions , et ^ plus d'une fois, ces discussions donnèrent lieu à de chaleureuses harangues , remplies d'une éloquence âpre, mais en-
rUNÎVEBS.
traînante. Ellis cite ces paroles d*adîeux d^un guerrier partant pout- le camp, i la veilte d'une baiatlle : « Nos rangs , disait-il, sont comme des rocs dans rOcéan, immobiles contre l'effort des vagues; chaque guerrier est comme un hérisson auquel personne n'ose toueher. Que la troupe du roi s'avance, et elle s'élèvera devant ses ennemis comme un grand arbre à pain au-dessus de l'herbe la plus humble. Au combat, le guerrier tiendra ferme comme le palmier aux profondes racines, et pla* liera au-dessus des têtes ennemies, eoinme le cocotier élancé plane audessus des roseaux courbés. Dans nos attaques de nuit , l'éclat de nos torches les surprendra comme le feu des éclairs, et nos cris les terri Qeront comme les grondements du tonnerre. »
' Quand la guerre était résolue, les prêtres et les guerriers s'assemblaient dans le temple, et des victimes y étaient amenées. Dans les circonstances ordinaires, des poules, des codions sufUsaient; mais dans les dangers pressants, dans les guerres lointaines, le sang humain devait couler. Les prisonniers faits dans les dernières guerres, et, à leur défaut, les coupables retenus dans les prisons, étaient amenés aux sacrificateurs. Conduits dans le hèïau , et traînés au pied de l'autel , un coup de massue brisait leur crâne et faisait souvent jaillir la cervelle sur les bour- . reaux'et les assistants. Dix, vingt victimes humaines étaient quelciuetois sacrifiées, ei\ même temps qu^un grand nombre d'animaux; et les dépouilles ^ entassées étaient éventrées, pour que les prêtres pussent lire, dans leurs en* trailles palpitantes, la volonté des dieux et annoncer leurs oracles. D'après leurs réponses, la guerre était ajournée ou résolue.
Dans ce dernier cas, les prêtres et les guerriers réunis discutaient et réglaient entre eux le nombre de guerriers nécessaires, l'époque à laquelle ils devaient être appelés, et la marche h suivre. Chaque {guerrier devait ap|>orter ses armes, ses vivres, et même les noix nécessaires a l'éclairage.
Le commandement en chef de l'ar-
mée appartenait au roi on à un dief désigné par lui. Chaque chef comman* dait les guerriers ses vassaux. Dans les cas de levée en masse, des messagers, nommés réré, parcx)uraient toute rtic, et leur agilité était telle , qu'ils s'acquIV talent de leur mission en huit on neiÀ jours, malgré les haltes qu'ils devaient faire, et les détours que nécessitaient les es(Uirpemeiits de la c6te dans une multituded'endroits. La bravoure étant la vertu principale chez ces peup'es adolescents, peu d'insulaires valida; mançiuaieiit h l'appel. D'ailleurs, lu ol]Qcier,t)ommé Ourou oki , était chargé de surveiller les retardataires, et, s'il s'en rencontrait quelques-uns, il leur fendait ou même leur enlevait une oreille, et leur imprimait ainsi une flétrissure indélébile. Ensuite, on les amenait au camp avec une corde passée autour du corps.
On se hâtait de conduire dans un lieu escarpé et ^)resque inaccessible les vieillards, les temmes, les enfants et les' trou j)eaux, et quelques guerriers étaient préposés à leur garde. Arrivés au rendez-vous général , on établissait un camp volant dans un lieu facile à défendre , et l'on construisait des huttes de ti ou de cocotier.
Des prêtres portaient en tête de l'armée la statue du dieu de la guerre, da terrible Taïri. Les augures étaient de nouveau consultés et rendaient les réponses des dieux , après avoir inspecté les nuages et les entrailles des victimes. Le roi haranguait l'armée; puis chaque chef animait ses soldat^, et l'oa se préparait au combat.
AAHÉB.
L'armée était rangée en bataîHe, e| divisée en centre et en ailes, disposées de telle sorte que, lorsqu'elle s'était ébranlée, elle prenait la forme d'un croissant. Les frondeurs et les lanciers occtipaieiit la première ligne. Le combat commençait rarement par une action générale. A près s'être observés quelque temps, et s'être mutuellement tendu des embuscades, souvent un guerrier surtait de ses rançs, et venait dan^ la lice
ÔCÉANIE.
défioT nn idvfTsalre eu camp ennemi.
Un guenîer rè|ioiMlait à Pap|)d, et en préscnœ dct den années, qui diacune de Uur o6té fiiis9Îeni des vceux pour leur eoaibittaDt et ranimaient de (eurs cris , s^^eagafBft one lutte terrible , une lutte MàmroéÊ qui ne devait unir que par U mort de Tuo des deux champions. Lisedcployait font ce que la nature, aHéB d'une ciiucation toute g,vmnasCJque, s pu développer de vigueur et de soapksse chez ce» insulaires; les feiaUSt 1» sinoulacres de fuite, les atl^oes brusques et les coups parés aussitôt que portés. Chaque mouvement, chaque en d*uD guerrier portait dans son camp fespoir ou b terreur, faisait tres»illir et rugir tour à tour les deux armées; car de Tissue de la lutte dé«pendait souvent le sort du combat.
Assea souvent il commençait sur plusieurs points de la ligne par des eng^smeotM partiels, et quand, après plusieurs jours de ces luttes isolées, il nV avait d'avantage bien marqué de part ai d*autre , un envoyé, tenant à la main une brandie de palmier ou de ti, se préseotait porteur de paroles de paix. Alors les chefs se rassemblaient : si la fia de la guerre était résolue, on se rendait au temple, où Ton immolait uo cochon de lait dont le sang arrosait la terre; puis, en présence des deux années, les chefs tressaient une courooné de mairi, plante odoriférante ; la couronne était déposée dans le temple, et des danses, des festins et des iMes, où les deux camps assistaient ooiiCoadus, terminaient la cérémonie et icelUteat la réconciliation.
Quand , après te engagements partiels on au preoijer choc, l'action de* venait géoénle^ aJors uœ mêlée iurieuse s^eog^eait et s'étendait bientôt sur toute la ligne. La réserve, ménagée avec soin et composée de guerriers d'élite, paraissait ordinairement pour décider la victoire. Dans quelques circoQstaooes, les troupes se retiraient des deux côtés sans résultat d(^cisir; if autres fois, le succès restait indécis plusieurs jours de suite; mais, le plus ordinaireiii^t, Tun des partis restait oialu» du cliamp dé bataille, et les
vaincus, abandonnant leurs armes, fuyaient, les uns dans la direction du Pouho-Noua ou Heu d'asile, d*autres au Vart ou lieu retranché, d*autra enfin dans les montagnes; mais les vainqueurs, ardents à la poursuite, s*attachaient à leurs pas, et, s*ils parvenaient à les atteindre, les ramenaient au camp, prisonniers. Là, la vie et la liberté des captifs étaient entièrement h la discrétion des chefs et du roi.
Quand celui-ci était réputé clément, les prisonniers tâdiaient ae se trouver sur son passage et de se jeter à ses pieds. Un sif^ne, une parole, l'entrée du palais suffisait pour les sauver. Si le roi disait : « La face en Pair, * le captif avait la vie sauve; mais il devenait esclave et restait dans le temple, pour servir de victime au besoin , quandT, au contraire, il disait : « La face contre terre; • ou même s*ii se taisait, à Finstant même Tarrét de mort était exécuté.
A la suite d*une bataille, le parti vainqueur n'enterrait que les siens, abandonnant, sans sépulture, les cadavres qui avaient appartenu aux ennemis. Le partage du butin se faisait entre les guerriers vainqueurs, en proport ion de leur rang; et les prisonniers , les femmes et les enfants, devenus esclaves , étaient forcés de travailler pour leurs nouveaux maîtres.
Telles étaient les mœurs et les institutions guerrières des habitants d'ilaouaî, ^uand ils furent visites la première fois par les navigateurs euro* péens; mais, aujourd'hui, vainement irait-on, dans les îles de la Polynésie, chercher les sauvages de Cook. A peine trouverait-on dans l'intérieur des plus grandes et des moins fréquentées quel* ques types échap|)és à notre civilisation et aux besoins qu'elle entraîne à sa suite. Déjà Kau-Ike-Ouli, le roi actuel , s'est entouré d'une garde d*indî* gènes portant l'uniforme anglais, et les autres troupes, nues ou revêtues du maro , sont exercées à nos manœuvres, et ont remplacé la fronde et la lance par le fusil et la baïonnette. Les villes ont été fort idées et garnies de canons, et plusieurs goélettes de guerre par«
courent Tarchipel, manœuvrées par des indigènes, et commandées, la plupart, par des marins anglais ou américains.
CULTE DBS MORTS.
Nulle part le culte des morts n'est plus révéré qu'à Haouaï; nulle part les marques de douleur et de deuil ne sont plus bruyantes, plus exagérées. Mais c'est surtout à la mort d'un roi que la douleur publique se manifeste sous des formes incroyables pour les Européens. Les tatouages extraordinaires, les mutilations, les jeûnes, les prières, les sacrifices, rien n'est épargné. Quelquefois , à ces signes de douleur, se joignent des vers chantés en l'honneur du pa^s.
Voici la compjamte que M. Ellis, savant missionnaire anglais, nous a conservée, telle qu'elle fut chantée sur le tombeau de Kiai-Mokou, gouverneur de Mawi , par une de ses femmes :
BtorC est mon teigneiir et mon ami ; Mon ami dans la saison de la famine; Mon ami dans le temps de la sécheresse ; Mon ami dons ma paarreti ; Mon ami dans la pluie et dans le vent , Mon ami dans la chaleur et dans le soleil ; Mon ami dans le froid de la montagne ; Mon ami dans la tempête ; Mon ami dans le calme ; Mon ami dans les huit mers. ji^j^..i
Hélas I hélB4 1 il est parti mon ami , ^ £t U ne rcTiendra ]rias.
Les missionnaires nous ont transmis les cérémonies funèbres qui accompagnèrent la mort de Tamea-Mea, arrivée le 8 mai 1819. La nouvelle de cette mort, à laquelle on s'attendait pourtant depuis long-temps, se répandit comme un choc électrique, et couvrit les lies d'un voile lugubre. Sans qu'il fût nécessaire de régler le deuil, cliacun se mit en devoir d'apporter son tribut de douleur. Ce fut un unanime concert de pleurs et de gémissements, qui n'étaient interrompus gue pour raconter des traits de la vie du roi qu'ils avaient perdu. Hommes et femmes s'arrachaient les cheveux en se roulant à terre. Honteux de ne pas donner assez de marques d'affliction , plusieurs, en se rencontrant, se meurtrissaient le visage ; et tous , pour éter-
niser les marottes de leur douleur, voulurent se faire arracher quelques dents. Non contents de se faire tatouer la langue, comme il est d'usage en pareille circonstance, la plupart se firent graver sur le bras cette inscription en anglais : « Notre grand et bon roi , Tamea-Mea est mort le 8 mai 1819. »
Plusieurs insulaires poussèrent même le fanatisme de la douleur jusqu'à brûler leurs cases et leurs meuDles. De toutes les parties de i'ile, les habitants étaient accourus vers la capitale ; et, â Towaî-Haï et Kai-Koua, villages des environs , le peuple resta trois jours et trois nuits sur la place publique sans prendre aucun repos ni nourriture, uniquement occupe à donner des témoignages de sa profonde douleur.
Los témoignages de deuil qui avaient accompagné la tin de Tamea-Mea , dit M. Reybaud, se reproduisirent avec tous leurs accessoires quand mourut sa veuve, Keo-Pouo-Lani , mère de Rio-Rio et de Kau-Ike-Ouli , épouse de roi, mère de deux rois. Aucune expression humaine ne saurait rendre cette douleur publique, cette scène grecque à qui il a manqué un Homère.
Un récit de M. Stewart ne peut en donner qu'une idée approximative.
C'était à Mawi, résidence actuelle de Keo-Pouo-Lani. Les habitants de l'île, au nombre de plus de cinq mille, se portèrent vers la case de4a défunte, hurlant, eémissant, se tordant les bras de d&espoir, a^ectant les poses les plus bizarres et les plus expressives. £t ce n'était pas seulement le peuple qui manifestait ainsi ses regrets , mais les chefs , mais les seigneurs de la cour, mais Koua-Kini lui-même, l'un des plus puissants parmi eux. Ces doléances avaient chacune leur attitude et leur expression individuelle (voy.
pi, 131). Les femmes échevelées,lesbras tendus vers le ciel, la bouche ouverte et les jeux fermés , semblaient invo^er une catastrophe pour marquer le jour néfaste; les hommes croisaient leurs mains derrière la tête et smiblaicnt abîmés dans la douleur; ici on se jetait la face contre terre en se roulant dans le sable; ailleurs on tombait à genoux ,
OCÉAIflE.
oa Pon Bîimtliit des oonTuIsfoQS épi- )e|»tiqaes. Ceux-ci prenaient leurs cheveux a poignées, et semblaient vouloir s'éptler la tête. Tous multipliaient leurs gestes et leurs manifestations extratagantes, puis criaient lamentablement : Aawe! auwe! en accentuant cemot dTttne manière saccadée et lente , et appiivant sur la dernière syllaiie, ODiDine MXir la rendre plus expressive tt fios douloureuse. Groupés ou distincts, courant ou au repos, avec toutes leurs poses si diverses, si eff royales , si caractérisées , ces insulaires en deuil, ce peuple disant dans une pantomime générale l'oraison funèbre de sa reine (voy. p/. tst ), formaient le tableau le plus bizarre que Ton puisse Imasioer, ïoaîs aussi le plus touchant, le plus profond, le plus poétique. Interrogés SUT le motif qui les engageait à mam'fester leur cha^in d'une manière si exagérée, ils répondaient que c'était trop peu encore et qu'ils devraient garder des traces éternelles de cette douletir. »
Nulle part, dans aucun pavs, marques de douleur ne furent aussi sincères, aussi unanimes; c'est que, dans Tamea-Mea, les Haouaîens ne pleuraient pas seulement un roi Impose par la force des armes, la ruse ou le hasard de la naissance ; ils pleuraient un père, un protecteur, qui n'avait cessé de les dinger dans la voie des améliorations et de s'occuper de leur bienêtre, et dans la reine ils pleuraient celle qui avait mérité l'affection du père de Êi oatrie.
us sont rares les rois qui, dans DOS sociétés civilisées, jouissent à leur mort des marques du regret aussi sincère! SI l'on objecte les différences d'habitudes, de climat, de civilisation , nous répondrons que la cause en est dans nos institutions elles-mêmes.
Comme elles ne sont nullement harmonisées avec les besoins nouveaux, nés d'une civilisation toujours croissante, elles tendent toujours à refouler leiaistences vers le passé, sans tenir compte de la marclienrogressivede l'humanité; elles font liiomme individuel ceatrede tout , et , substituant l'égoïsme
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le plus absolu aux liens sympathiques qui tendent à réunir les hommes, font d'une société d'hommes autant d'exis« tences séparées , occupées uniquement à se soutenir, et à résumer en elles toutes les jouissances des individualitéf qui les entourent.