REPAS. CONVERSATION ET CHANTS
Chez un peuple de mœurs aussi simples, vivant dans un climat doux et tempéré, l'alimentation était frugale.
Le truit à pain, le taro, les patates, les ignames, les bananes, quelquefois du poisson frais ou salé, telle était la base des repas qui se servaient trois fois par jour : l'un au matin . le second au milieu du iour, et le troisième au coucher du soleil. Quelques calebasses pour contenir l'eau , des vases de bois servant d'écuelles et de tasses, constituaient les ustensiles de ménage.
Chaque convive, s*accrotipissant autour de la natte oCk étaient servis ces' mets, mangeait, à sa convenance, avec les doigts. A ces aliments, les chefs ajoutaient un cochon ou un chien rôti, et buvaient, au commencement du repas, quelques gorgées de kava, sévèrement interdit au peuple, qui ne buvait uue de l'eau. Autrefois, comme nous 1 avons déjà dit, les femmes mangeaient à part; mais le tibou ne leur interdisait pas , comme à Taïti, la case des hommes.
Les femmes étaient chargées de la préparation des aliments. Avec la racine d'un arum nommé taro, pétrie et cuite au four, elles faisaient le jDoe, qui remplace notre pain. Si Ton se bornait a écraser cette racine sans eau et à la faire cuire, on obtenait une pâte consistante, qui , séchée au soleil, pouvait se conserver plusieurs mois; pétrie en bouillie et soumise à la fermentation douze à quinze heures, elle acquiert une saveur acidulée et devient très-appétissante. Ils mangeaient le poisson cru, trempé dans la saumure ou même dans Peau de mer. Les aliments cuits dans des fours de terre y acquérarent une excellente saveur; ce qui engagea l'équipage de Cook à adopter cette méthode , dont on se trouva bien.
LUWIVERS.
La coiiTmsation se fait, à Haouaî, entre les habitants couchés à plat ventre avtour d'une natte. L'usage veut que^ lorsqu'un parent ou un ami revient après un voyage ou une expiédition , on commence a crier et à gémir, puis que Ton se console et qu'on s'embrasse.
Quand une famille reçoit la visite d'un hôte de distinction i on célèbre son arrivée par une chanson improvisée.
Yoici la traduction d'une de ces poésies, d'après M. EUis:
Nom de Mawi, flU de Para,
Comment iouè célébrer T
O Mawll ftmme eéldbre dani WlvfmM,
Femme habile daae l'afrlailtare 1
Marions le pècbeor
A la femme qoi culllTe la tevre.
Heareaie la terré qal toai appartiendra I
SI le mari eet pècbear,
Bt si la femme cuttlTe la terre,
Lei TlTreA lont aseiiré» poar lee TteiUarda et les
Jenaee «eoi, ^^ -
Comme poar nos (ueniera cnèna.
Ob «once à la Tie de l'ami »
On cultiTe ponr Touî-te-Lanl.
Les vastes forêts de Tspa-Pela ont été brdiéee; U précipice même a été embrasé ; La terre de Toua-Eboa éuit soliUire.
L'olseao se pcrcbait sar les rocs d*Obara-Hara. Dnrant bait mois, dorant hait joors, . Cens qvi ealtlTent ftercnt emoofiée, Fatifués de planter des herbes.
Succombant soas le soleil ; Autour d'en, ils regardaient avee faïqnlétade. Far le Tcat, par la tempéu, chafféa de ptaOe , Le sable a été jeté sur Uoina ; Les yeox ea éuicnt tont roofes.
O Taoaai l é Taooal I soin chéftol Terra aa mllieo de la mer, Qoi raposes paisiblement an scia des ondée» Et toarnes ton tisage au Teats agréahlee. Le vent avait roofi lel yeux .
Om hommes dont la peao est tatoaée.
Le sable de Taon est à Poha*Toaoa; U tave à Ohla-OU-Unl.
La mer était la route poar arriver A la plaie saMoBaeaee de Taîmoa ; A l'intérieur, par la dme des monta»
Le sentier était caché i lira-Ka était caché par la tempêta.
FéU réside à Klro-Fa, OiM» le volcan etseaoairUtoajMndeflaBBMa.
iEUX GTmiASTlQUES BT DA5SB8.
La plupart des jeux de ces insulaires consistaient en exercices gymnastiques, où ils déployaient une force et «ne agilité surprenantes. Ils connaissaient l'escarpolette, le jeu des cinq tNilleSi jeu connu dans l'Inde et en Europe, et qui consiste à maintenir tou-
jours en mouvement cinq boules, re* eues et renvoyées tour à tour par le joueur, et formant ainsi une espèce de gerbe touiours mouvante au-dessus de sa tête. ïis avaient un autre jeu qui, semblable à celui des anciens ^ronas^ erecs, consistait à se maintenir, le plub long-temps possible, avec un seul pied , sur une pierre arrondie et pamitement lisse. Mais le jeu tîavori des jeunes gens , jeu auquel les Haouaîenues prennent part fréquemment , c'est la course , qui (Tonne lieu à de nombreux paris, et leur donne Toccasion de développer toute leur vigueur et leur agilité. L espace à parcourir est assez borné d'abord; mais la lice s*étend bientôt en raison du nombre des adversaires, qui , arrivés plus tard que les autres , se retirent; et enGn, dans une dernière épreuve, le vainqueur, baigné de sueur et bors d*haleine, est prodaaié j et gagne les enjeux.
La natation est un autre exercice dans lequel hommes et femmes excellent paiement. Dans les tempêtes, au milieu des ressacs les plus furieux, on les voit, poussant une planche devant ! eux, affronter, avec ce simple appui, la fureur des vagues, et s avancer à plusieurs milles en mer, disparaissant souvent des minutes entières sous le brisant des vagues, mais revenant de l'autre côté et continuant toujours à nager. Karaî-Mokou etTaî-Ana, chefe célèbres, aimaient à prouver leur habileté dans cet exercice. L*un des jeux habituels de ces insulaires avait beaucoup de rapport avee notre jeu de dames, et consistait en un damier avec deux cent trente-huit cases disposées sur dix-sept rangs, et sur lesqjuels on faisait manœuvrer de petits cailloux.
Mais les principaux amusements des fies Uaouai sont, sins contredit, les jeux scéniques, consistant en des espèces de pantomimes et des danses, ugurées principalement par des femmes , et auxquelles les dames des cheâ ne dédaignent pas de prendre part ( voy. pi, 1 19). Ces jeux sont exécutés en mesure et dirigés par des musiciens du pays, qui souvent ne sont pas les ac« leurs là moins intéressants de la pièce.
taiwniwimiiaircseUegvoyagftuw nous ml tranmis la dctcriptioa de pluiieun ieetsféte.
Les dansM oa Amtoi oommençaieBl ptr en posas moelleuses et des mouvemcals lents et gracieux qui s'aocélé^ nâenti^uelieineol, et les poses finissaient par deyenir si étranges > les oioorements si rapides-* j[ue le spectateur arait peine à les suivre de Tœil.
Le meilleur danseur était celui qui pouîait se maintenir le plus long- temps.
Cook parle d'un danseur qui avait un collier d*algMes autour du cou, et des braodcis garnis de dents de chien aux poiginetset aux jambes (vov.jd/. 12S}.De sa main droite, il tenait une grande oalefaaase pà étaient renfermés des cai^ loaXf et, de la gauche, Il frappait dessus arec un béton. Ce danseur exécutait des pas grotesques dans le genrf des bottflbns italiens. Ellis vit une fois un jeune homme qui exécuta seul une houra, accompagné psr le son d*une enkbasse qu'il afptait en l'air et par les cris des assistants, qui chantaient des vers du pays. Dans une autre ciroonstanea, il assista à «ne danse dont les aetema étaient deux enûints, garçon et fiUe, de nenf à dix ans, qui, aooompaenës par dnq musiciens frappant sur leurs taaB4ams, exécutaient aes passes très^ifBciles, en chantant les louanges des gnerriers d'Haouaî (voy. pi. 130).
Mais les plus beaux divertissem^ts sont ceux que Ton fit en l'honneur de Vancouver. Ce oél^e navigateur ra* conte longuement les combats simulés »
les danses et les ieux de toute espèce dont ji fut régalé dans son second voyage. Ce fiit, comme nous le vereous, en 1798, un an après l'assassinat de aou lieutenant Hergerst, que Vancouver mouiUa dans la oale de Ke-Ara- Kekoua, résidence du roi Tamea-Mea.
Ce fut sans doute pour rétablir la bonne tuteUigenoe entre les Européens et les ■alnrâs que ce monarque ne cessa de prodiguer les fêtes et tous les spectacles OD usage à Haouai. Vancouver adaûra aurtout le spectacle d'un combat " où il fut à même de juger nie vigueur et la prodigieuse dus fuarrievs de Farchipjpl
baouaisn. Tâchons de reproduire i notre manière ce rédt curieux :
IBUX MUTAIESS.
Deux corps de auerriers de cent dnquante bonunes chacun , armés de lances émoussées, se rangèrent, conduits par leurs chefs, en drare de bataille, sur la partie septentrionale de la plage ^ en dehors du moral. Celui de droite figurait l'armée de Tamea-Mea , et celui de sauche les troupes des rois de Tahi- Teri et Ta-Eo« ses ennemis. Dans un combat véritable, des frondeurs auraient dû garnir les ailés; l'imagination devait suppléer à leur absence.
A un signal convenu . les deux armées s'ébranlèrent spontanément; mais, a^ rivées à la portée du javelot, les ctiefi de chaque parti , se portant devant leuri auerriers, les haranguèrent avec diafeur, en accompagnant chague parole des gestes les plus significatifs; puis, de part et d'autre , furent échangées des provocations et des menaces, puis, ft un autre signal, une grêle de traitg partit de diaque côté, mais la plupart s'anK>rtirent sur les fers de lance avec un bruit éclatant. Ce prélude de combaty où les adversaires des deux partis firent pi^uve d'une étonnante adresse à lancer et k parer les coups, n'était cependant que le commencement de l'action. De chaque côté s'avancèrent , la provocation à la bouche, et rapides comme l'éclair, des guerriers , qui , aussitôt, devenaient le point de mire des traits de leurs adversaires; mais ils le$ paraient avec une telle dextérité, que, pour les atteindre, souvent ils saisissaient en l'air plusieurs des javelots qui leur étaient lancés, et les renvoyaient à l'ennemi , sans cesser de se garantir des nouveaux coups qui leur étaient portés.
Tamea-Meâ surtout excita, par son intrépidité, l'admiration des compagnons de Vancouver. Il s'était mêlé un mstant aux combattants. Dès que lef guerriers de Tahi-Teri l'aperçurent au premier rang, toutes les attaques furent dirigées contre le grand roi. En un instant, six dards volèrent, à li fbist sur sa tête et sur sa poitrine.
D*uii« main il en saisit trois qu'il renvoya aussitôt à Tennemi , évita un quatrième par un muuvemeut rapide, et brisa les deux autres avec le fer de sa lance. Cependant les ennemis ne cessaient de faire pleuvoir sur lui une Sréle de javelots, et, malgré des proiges d*adresse, il allait sans doute être atteint , quand , par une uiancnivre adroite, ses troupes lui firent un bouclier vivant: aussitôt cette masse compacte et hérissée de fer se porta sur le centre de Tennemi , Tentonca , le poursuivit et obtint la victoire. Tamea- Mea n*a?ait pas reçu une blessure.
Dans les derniers instants du combat, les Anglais avaient remarqué un point où se concentraient dMncroyables efTorts, un vrai duel à mort dans ce combat si acharné. Il s'agissait de disputer le corps du premier (guerrier terrassé. Ce guerrier se trouvait du parti de Tahi- Teri ; et la lutte se soutint long-temps sans avantage prononcé d'aucun côté.
Dans les combats de ces insulaires, le premier prisonnier est sacrifié au moral : aussi de part et d*autre redoublent les efforts; le plus souvent, ce point devient le centre de faction et le théâtre d*une mêlée furieuse. Enfin, vint Tinstant où Tarmée de Tahi-Teri et de Ta-Eo fut enfoncée; alors les blessés, ou plutôt les guerriers qui en jouaient le rôle , et qui , pendant l'action , avaient été foulés aux pieds, meurtris et couverts de coups, furent saisis par les vainqueurs, qui, les prenant par les talons, les traînèrent sur le sable, assez loin du champ de bataille. Déjà couverts de contusions , ces insulaires , pour achever leur rôle, se laissèrent traîner au milieu des herbes et des cailloux , sans proférer un mot ni sortir de leur immobilité. Enfin la comédie finit, et les acteurs de ce drame incroyable, couverts de poussière, de boue et de sang, se relevèrent joyeux et alertes, et, après s'être secoués, allèrent se débarbouiller dans la mer.
Ce combat si acharné , où tant de vigueur et d'adresse avalent été déployées, n'était pourtant que le prélude d'un combat plus vif, d^efforts mieux combinés , d'évohitions plus savantes.
Les chefs n'avaient (>as para : les guerriers ordinaires avaient seuls fifçuré. Jjes premiers, escortés de soldats armés de lauces pointues, pololou, longues de 16 à 20 pieds , s'avancèrent en ligne et en exécutant plusieurs évolutions sur le champ de bataille, où ceux qui les avaient précédés, assis à terre a la manière orientale, étaient occupés à parlementer.
Arrivées à 12 ou 1 S toises de distance l'une de 1 autre, les deux troupes s'arrêtèrent spontanément. Le chef qui représentait le roi Ta-Eo prit d'abord la parole et prononça une harangue à la manière des héros de l'Iliade; puis vint le tour des autres guerriers , qui donnèrent chacun leur avis ; souvent la discussion alla jusqu'à remportement, et pendant tout ce temps, les deux partis ne cessèrent de se surveiller, comme s*ils eussent craint quelque embûche ou une attacpie spontanée.
Aux propositions de paix , les gardes du camp inclinaient la pointe des lances; aux discours violents, ils les relevaient à une hauteur uniforme.
Les chefs qui s*étaient prononcés pour la guerre firent triompher leur' avis. De part et d^autre les guerriers , se levant, formèrent leurs phalanges.
Cette fois, des frondeurs et des arl^létriers, voltigeant sur les ailes, engagèrent le combat. Les troupes, pendant ce temps, effectuèrent des évolutions dans le but simulé de choisir des positions avantageuses et de dominer l^rmée ennemie. Enfin, après ces dispositions et quelques attaques simulées, les deux armées en vinrent aux mains. Dans cet archipel, les chefs constituent une classe distincte et sont supérieurs en force et en intelligence aux ^erriers de la classe du peuple. Plusieurs ont jusqu'à six pieds de haut et sont doués d'une grande force; d'ailleurs leur éducation gymnastique tend à développer encore cette force : aussi déplovèrent-ils de part et d'autre une agilité et une force dont les Anglais furent frappés, même après avoir assisté au combat précédent. Là , le terrain fut disputé pied à pied : chaque ligne de combattants seinblait un mur d'airain ,
OCÉAPCIE.
mais un mur d*oà Jaillissaient des coups iaoesants, (Toù partait sans cesse une gréie de traits qui allaient, impuissants, se briser contre le mur opposé.
La ridotre resta quelone temps douteuse; manie parti de Tamea-Mea derait être vainqueur; L*aile gauche doruTahi-Teri, un instant indécise, doQJu k temps à rarniée de Tamea- Mea de concentrer toutes ses forces surcefoint Alors, d*un bond, elle se précipite sur Taile ^uche, en poussant d'horribles cris. De ce moment, il n'j eot plus que des vainqueurs poursuirantdes vaincus. Plusieurs de ceuxci tombèrent sur la plage, entre autres les roisTahi-Teri et Ta-'Eo. Les autres, poursuirjs à outrance , gagnèrent Tintér'mr. Les rois vaincus furent amenés, malgré leur résistance, à Taineaifea, qoi ordonna de les conduire au moraî pour être immolés. Les guerriers, obéissant à leur chef, s'emparèrent des prisonniers; mais au lieu de les assommer , on les accompagna , avec les honneurs dus à leur rang, à on grand festin qui termina la fête , et où, vainoueurs et vaincus, oubliant leurs querelles et le combat qui venait de se livrer, s'abandonnèrent à une joie naïve, et se félicitèrent du spectacle qu'ils venaient de donner à leurs aooveaux hôtes.
Tels étaient las jeux de ces aimables enfants de la nature, alors qu'ils furent ^^és par les premiers Européens.
"^«1 il s'est opéré de grands changements. La civilisation apportée par wus a déjà profondément altéré la pnysiooomfe nationale des Haouaïens , des Taffiens, des Tongas et autres prétendus sauvages de Cook et de Bou- Wmvilte; bientôt les voyageurs, en Jsant les rédts des navigateurs du dernier sicde, croiront lire des fables.
GOSmifES BT ORinsMBifrs.
Le costume des habitants de Haouaî a subi, dans ces derniers temps, de nombreuses modifications, et pruici- P>toent l'uniforme de l'armée, ainsi
oue nous l'avons vu. A Tarrivée de Cook, le simple maroH était l'unique habit des hommes du peuple et des chefs subalternes. Celui d^ femmes consistait en une nièce d'étoffe drapée selon le goût ou la fentaisie de &r cune , tantôt recouvrant la tête et relevant les seins , d'autres fois entourant simplement le corps. Les che& supérieurs seuls avaient droit de porter un manteau ou une natte fabriqués avec l'étoffe du pnys et agrafés sur l'^uie.* Dans les grandes solennités et les jours de combat, ils se comTaient du man« teau à plumes. Les deux sexes allaient nu-pieds ordinairement. Dans leurs courses , s'ils devaient marcher long^ temps sur les coraux, ils avaient som de se garantir les pieds avec des san-' dales de bourre de coco. Les cliefs seuls portaient des casques de guerre. Partout ailleurs , ils n'avaient pour toute coiffure, ainsi que les habitants, que leurs cheveux, qu^ls arrangeaient diversement. Les uns les portaient longs et sans apprêt ; d'autres les faisaient tresser ou relever en nattes; d'autres, enfin, n'en conservaient qu'une bande de Quatre doigts de largeur , s'étendant du front à l'occiput^ et imitant la crinière d'un casque.
Le reste était rasé.
Telle était la coiffure des hommes; mais les femmes, ainsi que chez nous, s'appliquaient particulièrement à cette partie de leur costume. Les femmes des chefs portaient souvent des ornements en fleurs artistement disposées.
Plusieurs mêlaient aux tresses des plumes diversement coloriées en jaune, en rouge ou même en noir., et entremêlées des fruits de pandanus, ce qui produisait un assez bon effet. Un grand nombre teignaient en blanc une bande de deux doigts de largeur dans la circonférence qui avoisine le visage. D'autres , rasant la partie postérieure de la tête , relevaient les cheveux de la partie antérieure , comme les Taîtiennes.
Un grand nombre , enfin, relevant tous les cheveux sur le haut de la tête, les
(*) Jjn maro est une ceinture pour eacher la nudité. U rappelle le Uwgtnai daa i '
L'UTHYERS.
f&pWtétit 6iifllit6 so?/m«fAteMt , de iMnièré à y flgimr im boanet pbiy-
A Bâoutf . eomme dans IM aotrct fto de rarchi[teU hommes et femmes ■ortaîeiit des bracelets et des eolliers de direrses esdèces , en dents de eo« dboDtefi coquillages ou en fleurs. Au Kea de bagues , les femmes portaient à leurs doigtts de petites Ogurines en bois, représentant des tortues. Kina cite une parure composée de plumes, a fond rouge, marqueté de bandes jaunea et noires. Cet ornement, nommé roi dans la langue du pays , et qui se porte au cou et dans les cneteux, reprâente assez bien une espèce de fraise aplatie et dreulaire, tant les plumes sont serrées et parfaitement unies.
Le capitaine Cook cite une autre espèce a*omement représentant, chez ces peuples , nos masques de théâtre.
Cest une calebasse travaillée, tressée, Surmontée de petites branches vertes, et portant à la partie inférieure, figu* rant le menton , une bande d'étoffe noire pour imiter la barbe. Au milieu, ont été ménagés un trou pour correspondre au nez , et deux autres pour m yeux. 13 n Jour, plusieurs insulaires, montant une double pirogue, vinrent autour du bord, le visage couvert de ce masque et exécutant les mouvements les plus bizarres. Ces masques leur servaient vraisemblablement pendant leurs iotumalêt. Cet usage semble avoir disparu (voy./i/. 118).
' Aujourd'hui, lé peuple et les chefs aiment extraordlnairement les habillements européens; quelques chqfs s'en vêtent , mais seulement quand ils font visite aux bâtiments qui arrivent. Talmotou , frère de la reine Raboumanou, était presque toujours mis à l'anglaise. Les femmes aiment toujours les colliers de verre bleu, ainsi que toutes les Polynésiennes.
TàTOUAOB.
Le tatouage, si usité dans le reste de la Polynésie, ne Tétait guère, en temps oruinaire, à Haouai, que parmi lai guerriers, qui en faisaient un orne-
ment; mais la plupitrt des hdftairti portaient des signes nombreux et li plupart assez compliuués des tatouages qu'ils s'étaient faits a la mort des chefs ou des personnes de leur famille, ainsi gu'il arriva à la mort de Keo-Pouo- Lant , épouse de Tamea-Mea et mère des deux rois Rio-Rlo et Ko-Ike-Oulf .
Les nobles étant, sans exception, très -gras, boivent du kava ou ava, pour maigrir , en même temps qu'ils gardent une diète sévère; et etfecUvement leur embonpoint diminue sensiblement , la peau se ride , tombe par écailles, et se renouvelle. Beaucoup de vieux chefs boivent le kava, par plaisir; ils maigrissent, leurs yeux deviennent rouges; l'usage de cette boisson leur donne un air de gens à demi ivres. Les voyaees de Cook décrivent la manière dégoûtante dont on prépare cette boisson , qui est en vogue dans les prindpaux archipels du Grand-Océan, et dont l'abus produit partout des effets pernicieux. On a pensé qu'il faut lui attribuer en partie les nonibreuses maladies de la peau dont les insulaires sont attaqués. Void ce que dit Choris à ce sujet :
« J'ai vu à Vahoo un Anglais que la goutte avait rendu entièrement perclus : il ne pouvait ni s'asseoir, ni marclier. Un vieil insulaire s'y prit ainsi pour le guérir : il lui fit d'abord observer la diète la plus rigoureuse ; ensuite il le frottait constamment tous les jours, en appliquant les mains depuis la ceinture jusqu'au bout des pieds . et ne cessait que lorsque le malade s>ndormait. En six semaines celui-ci fîit entièrement guéri, comme il nous l'apprit lui-même lorsque nous revînmes à Vahou. » Le procédé employé par cet insulaire rappelle ceux que le magnétisme met en usage.
LAKGUE ET UTTÉRATURB.
La langue d'Haouai nous parait un dialecte de la langue générale dayapolynésienne, ainsi que nous croyons l'avoir déjà prouvé. Elle est oDtice et harmonieuse , et elle se rapproche du malayou pour les formes radi-
OCÉANIE
il due, iXNir la pronoAciation , die a le plus grand rapport avec l'italienne. Ayant avec les autres dialectes polynésiens une telle conformité de mots, de construction et de crammaire, qu'un système oommun d'écriture et d*ortho|raphe peut leur être appliqué , elle diffère pourtant du diakeus des TtJtiens, en ce qu*il est mieoi articulé, et de celui des Noureiiix-Zeelandais, en ce qu'il a moins dénotes gutturales. Toutes les syllabes, tous les mots . par conséquent , sont terminés par des voyelles. La plupart de œs mots sont dissyllabiques, quelques-uns seulement trissylfabiques, à rexception cependaut des mots composés.
Jusou'en 1822, récriture était inconooeà Haooaf , ainsi ^e dans les autres tfes de la Polynésie. Cependant, le missionnaire Eliis dte des caractères traeés sur la lave, et qui avaient le plus grand rapport avec les hiéroglyphe meiicains et péruviens. Ces signes semblent figurer quelque circonstance d'un voyage. Un demi-cercle avec un point au milieu pouvait indiquer qu'un bomme avait fait la mpitié du tour de rue; on cercle entier avec le point au «otre marquait qu'il l'avait fait en entier. Enfin , plusieura cerdes superposés indiquaient peut-être autant de voyageurs étrangen qu'il y avait de li^es ou de points.
Dans le système grammatical adopté par les missionnaires américains, aix- •ept lettres, cinq voyelles, a, e , i , o, u , et douze consonnes, b, d , h , k , 1, m , D, p, r,t, V, w, suffisent pour exprimer tous les sons de la langue d'Haouaî.
Les missionnaires pensent même que l'on pourrait « sans inconvénient pour la prononciatioh , retrancher les cinq lettres b, d, r,t, v.
Ce fîit , comme nous l'avons indiqué , en 1833 que fut imprimé le premier livre haouaîen. C'était un essai aegramroaire où l'on suivait les principes déjà adoptés pour les langues dé Taîti et de la Nouvelle-Zeeland. Depuis, les progrès de l'imprimerie ont pris une eitenston telle que, dix ans après, flnl833 166,000 exemplaires étaient
sortis des presses en six mois. Les plus répandus parmi œs ouvrages étaient :
r/iUtoire delà Bible , les Éléments iParUhmétique , le Pain quotidien , pli^ sieurs livres tirés de \\4ncien Testament et du Nowoeau^ un Traité sur U mariaçe^ des Questions de géographie.
tous tirés et répandus en très-grand nombre. Il est encore question d^ publier de nouveaux ouvrages sur l'histoire, la géographie, la gnuur maire, etc.; surtout de fonder un almanach. £n dfx ans, dans un pays neuf, où les missionnaires avaient ad tout former eux-mêmes , ce travail était immense.
Les anciens habitants employaient la numération décimale : ils comptaient par nuits , et non par joure, pour estimer les fractions d'un mois ; et chaque lune , ainsi que chaque nuit de lune , avait un nom spécial. Douze lunes foi^ maient l'année; mais les périodes véritables étaient dans les saisons.
Ignorant complètement Fart de fixer la pensée , la littérature des Uaouaïens, purement orale, se bornait à quelques histoires plus ou moins fabuleuses , h quelques pièces de vers , que le missionnaire Eliis a recueillies avec soin, et à des pièces de théâtre. Dans ce dernier genre de littérature , ces insalaires avaient atteint un point de perfection dont les Européens se feraient difficilement une idée. Le drame « grave et solennel d'abord, avait un enchaînement tel que Tintérêt allait toujours en croissant. Ils avaient devine et mis en œuvre notre ancienne poétique. Ils avaient senti que pour tenir l'auditeur attentif, il fâiait établir une progression d'intérêt, pour arriver au oemier résultat, à l'enthousiasme. Dans ces sortes de pièces , les acteurs secondaient merveilleusement le mérite du drame, et l'on pouvait reconnaître sur la scène des actrices consommées, qui n'avaient pu arriver à ce degré de perfection que par des études longes et sérieuses. Les premières artistes, surtout pour la prestesse de leurs gestes, la grâce de leurs mouvements et la merveilleuse harmonie établie dans toutes les Gon^i<
oaisons qui font le pins grand mérita de la représentation, excitaient aa plus haut point Tenthousiasme des S(>ectafeurs. Il est probable quMI existait des espèces de conservatoires où les acteurs se formaient aux gestes et à ia déclamation, et cette probabilité devint, rur les Anglais et les Français invités ces fêtes, une certitude, quand ils virent sur la scène de jeunes actrices qui faisaient ressortir toute la différence qui existait entre elles et les adtrices exercées depuis long-temps.
EBPaÉSERTATIOlfS THÉÂTRALES»
Dans le dernier vo3[age fait par Vancouver, pour Tinvestitured'Haouaî au nom de FAngleterre, en 1794 , Tamea-Mea donna aux Anglais plusieurs repr^entations héroïques. Nous allons en analyser les détails les plus intéressants, quelquefois en les traduisant, plus souvent en donnant une libre imitation du texte de Vancouver.
Le premier spectacle eut lieu en plein air. Une femme d*une physionomie gracieuse, nommée Poukouf était le seul acteur de la pièce. La tête et le cou de Tactrice étaient ombragés de plumes ondoyantes de couleurs variées.
Les épaules et les seins étaient nus et fortbeaux. Autourde la ceinture étaient roulées plusieurs pièces d*étofles qui tombaient avec gracejusqu'aux genoux.
Des espèces de brodequins serraient fortement le bas de la jambe, puis, libres au niveau du mollet, étaient attachés au-dessus du ^enou. Un réseau de mailles , auquel étaient suspendues des dents de chien, recouvrait cette partie de l'habillement. Elle portait autour des poignets des bracelets faits avec des dents de cochon, liées entre elles avec beaucoup d'art et disposées avec symétrie.
La foule de spectateurs, formant un demi -cercle, applaudit bruyamment l'arrivée de Tactrice, qui reçut ces acclamations en femme accoutumée à les entendre. L'orchestre se composait de deux musiciens qui , tenant chacun à la main droite une grande calebasse évidée, ouverte par te haut, et finissant
en pointe par le bas , frap|)aie»t alter* nati vement la terre de cet instrument^ et le relevaient pour le frapper avec leurs mains et leurs coudes à la manière des tambours de basque. De ces divers mouvements résultait un acoom* pagnement pour leurs chansons, et leurs gestes passionnés indiquaient aisément tout rintérét qu*ils prenaient au succès de la pièce. D'ailleurs, le bruit résultant de leurs instruments n'avait rien de sauvage et s^harmoni* sait avec les mouvements de l'actrice, qui s'avançait ou s'éloignait alternativement selon les exigences de son rôle.
Le récitatif fut grave d*abord et solennel ; puis, s*ammant par degrés et donnant de l'expression à sa voix, elle arriva bientôt au degré le plus élevé d'enthousiasme. Alors sa déclamation fortement accentuée, ses poses nobles , ses gestes énergiques et passionnés électrisèrent la foule, qui applaudit avec fureur au succès de ructrice. Quoique Vancouver et les siens ne comprissent rien aux paroles qu'elle prononçait , ils furent vivement émus du feu ne son action et de l'accent de sa voix : mais la foule, tour à tour calme et transportée, selon le sens du drame , s'était complètement identifiée au rôle de Poukou.
A cette pièce jouée par une seule actrice, en succéda une autre d'un genre plus relevé, et à laquelle prirent part les épouses des principaux chefs.
Le lieu de la scène était un espace carré, bordé de maisons. Quatre mille spectateurs, groupés, entassés les uns sur les autres , attendaient impatiemment le commencement de la pièce, qui avait été retardée d'une heure pour les apprêts nécessaires en pareille drconstance. L*orchestre, composé de cinq musiciens, tenant d*une main une pièce de bois poli en forme de lance , et armés , de Vautre , d'un bâton avec lequel ils frappaient la première, commença Touverture. Les airs variaient suivant le mouvement, la mesure et la d fférence des notes, qui dépendaient du point où l'on frappait rinstrument
L'ordiesti^ «Taît à peine terminé son ocnrertnre , oue les cris et les applaudissements de la foule annoncèrent l'arrivée des acteurs. Alors les musiciens se retirèrent au fond de Ténceinte. Le costume de la plupart des actrices ressemblait beaucoup à celui de Poukoa; mais chez la plupart d'entre elles, les étoffes étaioit plus riches et les ornements plus nombreux. Elles avaient autour du cou et des épaules des colliers de feuilles de dracxna, et autour des jambtô et au bas de leurs robes , elles portaient des guirlandes de lianes tressées, qui rem|)iaçaient le réseau et les dents de chien de la première actrice.
Là pièce, divisée en quatre actes, était un mélange de chants et de récitatif, et avait été faite en l'honneur d'une princesse nommée Raraî-Kouli- Mao, retenue captive à 60 milles du lieu de la scène. Pour mieux associer les spectateurs à l'intérêt que devaient inspirei; les malheurs de la princesse , ils étaient tenus, hommes et femmes, d'enlever momentanément les ornements qu'ils avaient sur la poitrine, chaque lois que le nom de rbéroïne était prononœ. Les actrices qui étaient en scène étaientseules exemptes de cette cérémonie^ probablement parce qu'elle aurait ralenti l'action.
Les actrices, au nombre de sept, se rangèrent, sur une seule ligne, en face de l'espace occupé par les dames de qualité et par les chefs. L'actrice principale , dont les traits gracieux étaient encore relevés par une guirlande artistement tressée autour de sa tête, était J^épouse d'une espèce de chambellan, et avait été la favorite de Taroea-Mea. Près d'elle était la flile captive du roi Tahi-Teri ; puis , au milieu , comme la plus élevée en rang et en naissance , se tenait Karaî-Manamou , sœur cadette de la reine. Autour d'elles ^ s'étaient groupées les autres actrices , dont le nom et la position étaient moins élevés.
Les trois premiers actes avaient été une suite de chants et de récitatifs, où les actrices a valent déployé le plus grand talent; mais au quatrième acte, de se-
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rfeux et mesuré quVtait le drame , il devint toutà coup tellement licencieux, que les Européens en furent scondali- Bés. Cependant, ce fut cette flnale qui attira les plus grands applaudissements.
Les Anglais n'avaient pu juger que les gestes ; mais, d'après ce qr ils en virent, ils purent deviner les paroles qui, sans doute, ne le cédaient pas à la pantomime.
Telle était la scène à Haouaî. Sans doute , pour arriver à ce point , elle devait avoir une origine passablement ancienne. Il est fâdieux que les traditions ne nous apprennent rien à cet égard.
Dans un spectacle que le régent Enemo donna à Vancouver, ce savant navigateur put constater la différence qui r^nait entre le théâtre de Tlle Haouaiet celui de Kaî-Koua. Le divertissement, en trois actes, était exécuté Îiar trois groupes , chacun de deux cents cmmes environ, qui, dans une position moitié assise , moitié coucnée , exécutaient, malgré leur position bizarre, une multitude de mouvements telle que l'œil avait peine à les suivre et à les démêler. Elles semblaient obéir, dans tous ces mouvements exécutés avec un ensemble merveilleux, à un homme placé quelques pas au-devant d'elles. Les contrastes étaient combinés de la manière la plus avantageuse pour produire de l'eftet. A des mouvements vifs et saccadés, succédait tout à coup une complète immobilité j puis, se laissant tomber comme si elles eussent été frappées de mort, ces actrices se roulaient à terre dans leurs vêtements, et y semblaient ensevelies.
Tous ces mouvements étaient accompagnés de chants mélodieux , et cette scène, à la fois étrange et effrayante^ laissa dans l'admiration Vancouver et ses officiers. La plus scrupuleuse décence fut observée d'un bout à l'autre de la pièce, qui dura deux heures.
BISTOmE OBS ILES HAOUAI.
L'origine de la race haouaTenne, consacrée, comme celle de tous les peuples, dans des annales purement
traditionnellet, en des souvenirs nationaux , perpétués par quelques cliants populaires, plus empreints de mer- ▼eilleux que de vraisemblance , est Tobjet de plusieurs versions plus ou moms contradictoires, qui ne peuvent fixer Tattention de robservateur Judicieux qu'en raison de Tintérét qui se rattache au peuple chez leauel elles ont cours, et aont elles lui révèlent le caractère et les mœurs. Sous ce rapport, les traditions haouaîennes nous semblent mériter d'être étudiées.
Selon une partie des prêtres, le pre> mier habitant de ces tles était d'origine céleste; il descendait d^IIaouméa^ divinité bienfeisante et du sexe fémmin.
Suivant une autre, jéhéay dieu mitoyen entre les dieux et les hommes, était le père de la population, et la souche directe de ses rois. Mais l'opinion la moins dénuée de vraisemblance, en la dégageant du merveilleux dont elle est entourée, c'est que les habitants primitifis arrivèrent, dans une piro^e, de TtOUy c'est-sHiire de foin. Voici ce qu'ajoute la tradition : Dans les temps les plus reculés, à l'époque où l'Océan couvrait tout l'espace, un oiseau énorme s'abattit sur tes eaux et y pondit un œuf, qui, sans doute, fécondé par le soleil, produisit Haouaî. Bientôt arrivèrent, dans une pirogue venant de Tamiy un homme, une femme, un cochon, des poules et un chien. D'un commun accord, ils s'établirent sur la côte orientale de 111e principale, et s'arrangèrent à l'amiable, dit-on , avec les dieux et le^esprits qui, seuls alors, peuplaient les sommités de rocliers et de montagnes, aj[>pelées tles Haouaî. Selon les traditions d*Oahou, un déluge submergea ce groupe d1les, à l'exception d'un piton demeuré à sec, qu*on appelle le Mouna-Kéa. Là purent se sauver quelques individus, et ce débris d'une population engloutie sous les eaux servit de noyau à la population actuelle. Un prêtre d'Haouaî, Kama-Pii-Kaî, colonisa Taîti. Sous le règne de Kahou- Kapou, le fameux temple de Makini fut bâU par un kaouna ou prêtre étranger, nommé Paao, qui y fonda
son culte. Ce prêtre était un bonum blanc, qui arriva des* contrées loiotaines avec deux dieux, l'un grand fll l'autre petit, qui furent aussitôt comptés parmi ceux de l'tle, et adorés dan le temple de Makini. Ce prêtre, »
tre autres faits merveilleux, guérit,|)f ses prières, un des enfants ae Raboo- Kapoui Opiri succéda à son père Paao, et servit d'interprète au roi, dam une seconde apparition des blancs sor
Près de ce temple, suivant les traditions, habitait le frère de Kana, géant qui voyaeeait d'tle en ne, a marchant dans la mer. Souvent il »
tenait debout, un pied sur Oahoa*»
l'autre sur Haouaî. Entreautrcs achoiu extraordinaires qu'on lui attribue, es insulaires répètent souvent la suivante:
Un jour, les Uaoùaîens ayant offense le roi de Taîti , celui-ci , pour les punir, les priva du soleil. Effrayés des ténèbres qui couvraient l'île, te habitanti invoquèrent le frère de Çana, et le supplièrent de se rendre a Jaii'; oo habitait Kohoa-Arii, le mattw du»leil. Le géant mit ses fortes botttf, alla trouver Kahoa-Arii, et obtint ae lui que le soleU serait rendu affl Haouaïens, et, pour éviter à laTflW un pareil malheur, il flxa cet astre dws le iici, d'où il n^a pas bon?* jK Au milieu de ces alignes ^^;Z pas démêler une histoire vént^ Cet homme qui traverse la rocr.j^ lumière fixée sur les îles, toute» c^ fables ne semblent^lles pas codswï une certaine civilisation, passaDicm^^ ancienne, et une connaissance ".
moriale dans l'art de la naviga^^
D'autres légendes vienn^-cii Sà l'appui de Slle-là, et établi^tj»^ rement qu'à diverses ^W".^; "vora- -feulaires d'Haouaî firent pi"?c«f^\j^ gesàNaou.HiraetTahou.Ato(c^^^^^^^ sontévidemment les mêmesquep' Kiva et Tao-Wati). Lu^Vi^^md»
dîtions, à laquelle on donne ic »
voyage de Kama-Pii-Kai i/app^^^ le dieu Kane-Nouî-Akea, dont cep ^^
desservait le temple, lui ap^^^J^^t lui ordonna de se rendre à {^^J^'j.pijîl lui révéla la situation, i^am
OGÉAIIIE.
Kaif povr obéir aux ordres de ioq fei, s*einborqua, avec un grand nom»
hre de eompagooi^, sur quatre doubla pirogues, et resta (fuinze ans absent. A son retour, Kama-Pii-Kaî fit i ses compatriotes un tableau ravissant du pm qu'il avait visité, et quMl nonimaituaupo-Kama. Il citait une plage, Mnuaée One-Rau-Ena, couverte de ooqoillues et de fruits, et peuplée d^unebale race dliommes; mais ce qui sttiraît te plus Tattention, c'était une Aotaioe appelée Wal-Ora-Roa (eau de kmgoe vie), ^i avait la faculté de rajcooir et de cicatriser toute espèce de Messures.
Rama-PU-Uî fit encore trois nouveaux voyages , accompagné chaque fois par un grand nombre de curieux, qui étaient attirés surtout par le désir de se liaigner dans les eaux merveilleuses de la Jouvence poI)rnésienne. Le prêtre entrant un quatrième voyage d*où II ne revint pas, et Ton en conclut qu'il avait péri en mer ou qu'il s'était fixé à TaîU.
De toutes ces traditions populaires on peut conclure qu'à une époque reculée des indigènes avaient fait le trajet de Haooal aux Qes Carolines orientataies, à Nouka-Hiva et à Taîti. Il est vraisemblable gue des communications hakntnelles existaient entre ces îles, qui, peut-être même, formaient non un continent, mais une chaîne d'îles, dont la continuité fut interrompue par quelque grand cataclysme. Quoi qu'il en soit, la grande conformité des OMenrs et des types , et même celle des idiomes, quoique plus altérés par l'isolement, Jlnterruption de communications et tant d'autres circonstances, donne un haut degré de probabilité à notre opinion.
Un certain nombre de ces Insulaires , reooonaissable à la teinte plus claire de sa peau, à ses cheveux bruns et boudés, au caractère de sa physionomie , se ait gloire d'être descendu de sept étrangers, arrivés d'Europe dans cette fie par la baie Ké-Ava-Kékoua , et qui, ayant reçu des naturels du pays 1 accueil le plus amical, et ayant épousé des femmes du pays, se fixèrent parmi
eux , et gouvernèrent quelque temps 1^ pays.
Les groupes des Nés HaonaT, les Sandwich de Cook, ne peuvent être autre chose oue les lies des Jmis et leî Ues des Jardins ^ découvertes en 1543 . par Gaétan, capitaine espagnol, ainsi que l'a avancé le célèbre Lapérouse, tant les traits par lesquels les relations de ces navij^ateurs caractérisent les fies gue désignent ces différentes dénominations, nous paraissent identiaues. Il est même probable que les sept étrangers, dont nous avons parlé dans le dernier paragraphe, étaient sept ma* rins de l'équipaee de Gaétan. La relation du voyage ou navigateur espagnol et la chronologie de Haouaî sont aaooord pour en fournir la preuve. 11 est vraisemblable, d'après le terme généralement convenu pour la dura du règne des monarques , que Rahou- Kapou vivait deux cents ans avant Taraî-Opou, dont il était le sixième ancêtre en ligne droite, et cette époque correspondrait parfaitement à celle qu'a fixée Gaétan.
Chaque île, à Tépoque de Parrivée de Cook, avait son arU-rahi ou chef suprême, et plusieurs cheft subalternes, appelés ariis ou princes de districts ; mais tous paraissaient être sons la juridiction de la race royale qui règne à Ilaoua!, et dont King, l'un des con»paenons de Cook, recueillit, sur les incfrcations verbales des prêtres, le tableau généalogique que nous allons reproduire ici :
Pourahou-Aou-Xa!-RaTa, roi de Haouaî, eut un fils nommé Pfirou- Akoua, lequel eut trois fils, dont Taîné, qui lui succéda, se nommait Rahavi. Kahavi ne laissa qu'un fils, Raîa-Mamao. Celui-ci eut deux fils, Taral-Opou et Rakoua; Taraî-Opou, ayant épousé la veuve de Mea-Mea , rot de Mawi, en eut un fils nommé Tiwaro , lequel , à son tour, épousa Roaho, sa soeur utérine. Les prétentions ambitieuses que cette double filiation fit naître dans l'esprit de Taraî- Opou, le portèrent à revendiquer, en faveur de son fils, la possession de Mawi et des îles adjacentes. Mais il
L*(Jr4 IVEES.
trouva une puissante opposition de la part de Tahi-Teri, frère du défunt roi . de Mawi , qui , soutenu d*un parti puissant, lui résista à force ouverte.
Les choses en étaient là quand Cook descendit dans la baie de Waî-Mea.
I<ïous désirons que notre style affaiblisse le moins possible l'intérêt qui s'attache aux principales circonstances du séjour de ce grand navigateur parmi les Haouaïens, les Haouaïens qui , après ravoir accueilli et honoré comme un dieu, finirent par le massacrer et le mutiler comme un chien.
Un chef, nommé Rono-Akoua , déifié par la superstition de ses compatriotes , avait, en s^exilant volontairement, an* Doncé d'un ton prophétique au'il reviendrait un jour sur une île flottante portant des coootiers, des cochons et des chiens; et chaque année, Rono, attendu comme un dieu protecteur, était Tobjet d'une fête générale , dont l'effet du moins était d'entretenir le souvenir de sa promesse, et dans laquelle on célébrait des jeux assez analogues à ceux de l'ancienne Grèce:
lutte, course, pugilat, combat au jave* lot, y étaient, comme autrefois àPiseet à Olympie, des exercices oublies, dans lesquels on décernait solennellement des prix aux vainqueurs. Ainsi se consacrait annuellement l'attente de Rono ; et cette préoccupation des esprits explique 1 accueil extraordinaire dont uook fut l'objet, dans son troisième voyage autour du monde. Lorsqu'il aborda dans l'archipel , ses vaisseaux furent pris pour des îles flottantes , et lui-même pour le dieu si long-tem|}s attendu. C'était le 20 janvier 1778 qu'il mouilla dans la baie Waî-Mea.
A la vue de ces vaisseaux énormes , les naturels, saisis d'une admiration mêlée d'efïroi, ne s'approchèrent, avec leurs
Sirogues, qu'avec une extrême pruence, et ne montèrent ^'un très-petit nombre sur le pont, où tout ce qu'ils virent les jeta dans une stupéfaction difficile à décrire. Cependant les démonstrations amicales du capitaine et de ses compagnons les rassurèrent peu à peu, et, de part et d'autre, s^établit une entière confiance^ des échanges
paisibles eurent lieu entre les Umlaires et les Anglais. Cook visita let lies Taouaî , Niihaou , recueil Tahoura , et reconnut, de loin et à la voile, ÏHe Oahou , e|; les comprit sous la dénomination d*lles Sandwich. Ensuite il appareilla pour la côte nord-ouest de l'Amériaue.
Mais l'année suivante Cook voulut compléter la reconnaissance de Tarchipel. Le 17 janvier 1779 il v reparut, et mouilla. dans la baie de Re-Ara- Kekoua, sur la côte occidentale de Haouaî. Ses habitants furent émerveillés à l'aspect des deux grands^vaisseaux européens, et à peine ce célèbre navigateur fut-il descendu sur la plage, qu'il devint l'objet de respects unanimes. Kaou, chef du collège des prêtres, et son fils, One-Ea, prêtre du dieu Rono, vinrent au-devant de lui« et , rappelant d*anciens oracles , n'hésitèrent pas à déclarer que c'était Rono lui-même, reparaissant au milieu des Hawiiens pour acquitter sa promesse.
Dès lors Cook fut reconnu dieu par toute la foule prosternée en terre de> vant lui , et par des acclamations incessantes , l'appelant le grand , le puissant Rono. Dans les temples on ne voyait que des sacrifices en son honneur. Lui seul, ignorant la légende fabuleuse de Rono, et n'entendant point Pidiome des insulaires, avait peine à deviner où tendaient ces démonstrations inouïes, et presque à son insu, mais de la meilleure grâce du monde, pour ne pas indisposer cette multitude, il se laissa déifier, se prêtant à des cérémonies bizarres , souvent Incommodes, dont il ne comprenait pas la signification. On le conduisit au temple appelé Nare no o Rono (maison de Rono), où on le fit placer sous l'effigie du dieu, idole monstrueuse et gigantesque, de Taspect le plus effrayant et le plus bizarre à la fois. Là, les prêtres lui enveloppèrent le bras d'une longue bande d^étoffe rouge, et chargèrent un des officiers de sa suite de lui soutenir ce bras en l'air. Alors Tun des pontifes, s'a vançmt au milieu de douze prêtres complètement nus, sauf la ceinture, prit des mains duo
de tel acolytes un petit cochon , sur lequel il adressa à Rono une longue et solennelle prière, puis étrangla ranimai, qu'on fit cuire immédiatement.
On présenta ce mets à Cook avec des noix de coco, et des coupes pleines de cette liqueur fermentée qu*affectionnentlcs habitants de la Polynésie, et quMls appellent kava, le tout accompagé d*un redoublement de prières et oedémonstrations cérémonielles. Quoique le pontife, par un dernier témoi-^ guaee de respect, prît la peine de porter de ses mains, jusqu^à la bouche du prétendu dieu, le mets du sacrifice, Cook fit la grimace, et rei)Oussa Foffrande avec obstination, mais toutefois avec douceur; car à une cérémonie préliminaire on Tavait forcé à avaler du cochon pourri. Tenant à honneur de vaincre la résistance du grand Rono par toutes sortes de bons procédés, le prêtre Koala s'avança , mâcha lui-même tes premiers morceaux et les lui offrit ensuite. A des moyens si engageants, Cook n*eut plus Isf force de résister.
Les dispositions bienveillantes des prêtres et des insulaires ne se bornaient pas à de stériles honneurs. Tout Téqulpage du navigateur fut comblé de provisions bien autrementconfortablesque la fumée d*un vain encens. Jusque-là les chaloup^ tardaient à paraître; les bons Hawaiiens envoyaient à bord des pirogues chargées de cochons , de noix de coco, de fruits et de légumes, offrandes toutes désintéressées de la part de ces derniers, trop heureux que le divin Rono daignât les accepter.
L'arii-rahi, du souverain de l'Ile, absent pour une expédition militaire au moment de l'arrivée de Cook, en fut à peine informé qu'il s'empressa de venir lui rendre hommage, et de lui offrir les présents que l'on offre aux dieux. A cet effet, le jour fixé pour la cérémonie, l'arii-rahi, dont le nom personnel était Tarii-Opou, s'embarqua vers midi dans une grande pirogue, suivie de deux autres chargées de provisions, et se dirigea vers le vaisieaa de l'Anglais. Les deux fils cadets de ce monarque, son neveu, devenu célèbre depuis sous ie nom de Tamea-
(DGÉANIE* 61
Mea, et les principaux officiers de l'arii-rahi , coiffés de leurs casques, les épaules couvertes de leurs plus riches manteaux, et armés de piques et de poignards , remplissaient I embarcation royale; celle qui suivait était ocaipée par les prêtres, portant leurs idoles pompeusement parées d^étoffes rouges comme aux plus pandes solennités.
Ces idoles consistaient en des sortes de mannequins d*osler, d'une taille gigantesque, garnis de plumes bariolées; leurs yeux étaient une noix foncée entourée de nacre de perle; leurs ma-»
cboires étaient garnies de deux rangs de d^nts de chien; tous leurs traits présentaient un aspect grotesque et sauva&e. A la tête des prêtres marchait le vénérable Kahou. Des provisions de légumes, de cochons, et autres productions de l'île, remplissaient la troisième pirogue à la suite du corps sacerdotal. Des chants nationaux et religieux accompagnèrent la marche, du rivage au bord des vaisseaux, et l'air retentit de Thymne qui consacrait la vie et les malheurs de Rono, et entretenait l'espoir de son retour. £n void la traduction :
0 ROXVO-AKOUA.
1. Rono-Akoua de Hawaii, dans les temps anciens, habitait avec sa femme à Ke-Ara-Kekoua.
2. Kaïki-Rani-Ari-Opouna était le nom de la déesse, son amour. Un rocher escarpé était leur demeure.
3. Un homme monta au sommet du rocher, et de là parla ainsi à l'épouse de Rono :
4. «O Kaîki-Rani-Ari-Opouna! ton «amant te salue; daigne le garder:
«éloigne l'époux, celui-d te restera « toujours. »
5. Rono, entendant ce discours artificieux , tua sa femme dans un mouvement de fureur.
6. Désespéré de cet acte cruel, il porta dans un moraî son corps inanimé, et pleura lonj;-temps sur elle.
7. Ensuite, attemt d'une folie frénétique, il parcourut Hawaii, se battant avec tous les hommes qu'il rencontrait;
UUNIYEES.
8. Et le peuple étonna disait : t Rono m est-il devenu fou? » Et Rono répondait : « Oui, je suis fou à cause d'elle, • à cause de mon çrand amour. »
9. Ayant institue des jeux pour célébrer la mort de sa bien-aimée, Rono s'embarqua sur une pirogue triangulaire, et vogua vers les terres lointaines.
10. Mais avant de partir Rono prophétisa ainsi : « Je reviendrai dans les «temps futurs sur une île flottante, «qui portera des cocotiers, des co- « oions et des chiens. »
Arrivées devant les vaisseaux , les pirogues en firent le tour; mais au heu de monter sur le pont , le roi , par hq signe intelligible, invita le capitaine anglais à venir conférer avec lui sur le rivage. Les Anglais y dressèrent à la hâte une vaste tente où chacun se rendit. Là, au milieu d'un profond silence , le roi se leva , et s'avançant vers Cook, assis à l'extrémité de la salle d'audience, il plaça son propre manteau sur les épaules de l'Anglais, le coiffa d'un casque complûmes, lui mit un éventail dans les mains, et étendit à ses pieds plusieurs manteaux d'un très-^rand prix. Pendant que le roi étalait ses riches présents , les officiers de sa suite déposèrent aux pieds du capitaine d'autres offrandes, consistant en cochons, cannes à sucre, noix de coco, et des fruits à pain. L'audience se termina par l'échange des nonM entre Gook et Taraî-Opou, formalité très-solennelle et très-importante dans ks lies de la Polynésie. Les prêtres à leur tour firent honmiage à Rono d'une
rntité considérable de cochons, et corbeilles pleines de bananes, de patates, de légumes et de fruits. Gook répondit à toutes ces prévenances par des cadeaux à peu près équivalents à eeux qu'il recevait.
La Donne harmonie ne fut pas un instant troublée pendant la station des Anglais dans l'île, et les Européens vivaient dans une parfaite intelligence avec les naturels.
Cependant le monarque haouaîen finit par montrer quelque inquiétude de la quantité de provision» que le
pays foumisttit aux valsséans de Yétranger.
« Ces gens-là, se disait Tarat^Opoii, viennent d'un pays où ils mouraient de faim; pour peu qu'ils séjournent, ib alTamerout mon royaume. » Axtam éprouva-t-il la joie, la plus vive en apprenant que leur départ était fixé m 4 février;ilredoubladeprévenaDoeSye( envoya pirogues sur piroeues, chargées de vivres. Mais les prêtres voulaient retenir Gook-Rono , ou au moins Ring, officier qu'ils croyaient son fils. C^eel avec un extrême regret qu'ils virent ia Découverte et la RésokOUm emporter ce dieu de nouvelle espèce.
Les Anglais avaient donc trouvé chez les Haouaîens une franche et généreuse hospitalité , quand , prêtée ter miner l'exploration du groupe , un coup de vent endommagea un de leurs vaisseaux. Pour réparer les avaries, ils reparurent .dans la rade de Ke^Ara- Rekoua, le 11 février 1779. Ile établirent des tentes, des ateliers, éet forges près du moraî, lieu d'adoration et de sépulture. Les dispositions des naturels ne paraissaient aacuoemeat changées; le roi fit même aœueil à Rono-Gook. Wais deux Jours étalent à peine écoulés , que la défiance et la froideur avaient succédé au respect et à l'empressement. Le penditnt au vol s'était réveillé chez ces saavaoes ; tout j objet en fer excitait leur cupidité. Dès le 13, une rixe s'éleva entre eux et les Européens; la présence de Cook fit cesser cette collision. Presque au même instant, les marins de la Déûotwertê firent malheureusement feu sur quelques imprudents maraudeurs. Ces pré> ludes tacheux et des malentendus amenèrent des actes de violences de la part des Anglais contre un chef nommé Paria, qui les avait comblés de bienfaits. Les indigènes furieux se jetèrent sur les agresseurs, et si Pana ne fût pas lui-même intervenu, tous les Anglais eussent été massacrés.
L'affaire fut assoupie; mais dès h soir quelques naturdÎB s'étant introduits auprès des tentes de l'étranger, on tira sur eux. Le 14 au matin ou
OCEANIE.
s^aperçut que la chaloupe de la Dicoïkverte ayait été yoiée.
A cette nouvelle, Cook, naturellement impérieux , dur et colère , et d'une extrême opiniâtreté, eut l'imprudence, nous dirons même l'injustice, de faire tirer à boulets sur deux pirogues qui voeoaient dans la rade. Audacieux et inflexible, il résolut d'aller enlever le roi ei les principaux ariis, et de les garder en otage jusqu'à ce que la cha- Joape eût été restituée. Cependant Cook aurait dû savoir que les sagvages ne cnirent commettre qu'une légère faute , surtout à l'égard des étrangers, en violant le droit de propriété. Cette conduite devait dessiller tes yeux des malheureux et crédules Haouaîens : elle était peu digne d'un dieu juste et bienfaisant Rono-Cook n'était plus que le dieu de la terreur et de la vengeance, ou plutôt un mortel téméraire, ingrat, passionné, au niveau d'un homme vulgaire. Le M, à huit heures du matin, après avoir donné ses ordres à bord, if s'embarqua dans un canot, monté de neuf soldats et marins , officier en tête , et alla prendre terre a Raava-Roa. Il marcha droit à la résidence du vieux roi qui dormait encore, à qui il signifia l'ordre de le suivre. Le faible monarque, loin de Caire résistance, envoya àierâher ses deux fils cadets, et se remit avec eux entre les mains de Cook.
Des marques de vénération accueillirent le capitaine anglais sur tout son pattage. Déjà les fuis de Taraî-Opou étaient embarqués, lorsque sa Caivorite Kanona s'élança sur le nvage, et supplia Je roi de ne pas suivre ces étrangers. La foule grossissait et regardait cette scène sans la comprendre. Pâle et consterné, le vieux monarque s'assit sur le sable, n'osant prendre un parti. « La guerre! la guerre! » cria un naturel accouru ; « les étrangers ont commencé le condiat; ils ont tué hier un des diefs de nos pirogues. » A ces mots une partie du peuple brandit le pahoa, fautre s'arma de pierres.
Le peloton anglais rangé en bataille se disposa à faire feu. Un naturel menaça Cook de sa lance; le capitaine, armé d'un fusil à deux coups, prévint
le Ilaouaîen, et retendit mort à ses pieds. Une décharge des Anglais ré-
Sondit à ce signal. Les Anglais témoins e cette déplorable catastrophe assurent que Cook voulut faire cesser le feu, et que son commandement ne fut pas entendu , et qu'il essaya en vain de haranguer les insulaires. Un coup de pahoa lui entra dans le dos, pendant qu'un fer de lance lui traversait le ventre, et il tomba dans l'eau roide mort. Ainsi périt misérablement ce grand navi^^teur, qui avait tant fait pour la science et qui pouvait lui rendre encore d'éminents services.
La mêlée devint générale; les insulaires se précipitèrent sur les mousquets avec une intrépidité et un acharnement admirable. Quatre soldats furent tués; trois, grièvement blessés, et l'officier, qui reçut un coup de pahoa, gagnèrent leur vaisseau, et les corps de Cook eî des quatre soldats restèrent au pouvoir des naturels. Une seconde bataille se livra au moraî, à côté duquel les Anglais avaient établi leurs tentes, et les msulaires furieux ne cessèrent lie combat qu'après avoir vu tomber leurs plus braves guerriers. Les Anglais prirent alors le oarti de se retirer à bord , et de la ils aemandèrent le corps de leur commandant. Deux prêtres appor* tarent un morceau de <mair humaine du poids de huit livres, enveloppé dans
?[uelques étofifes : c'était, disaient-ils, out ce qui restait du corps du divin Rono, qui, suivant la coutume, avait été brûlé, et dont les os avaient été distribués aux différents chefirr Les prêtres eurent plus de respect pour ce dieu de nouvelle fabrique que le peuple, et il est fort étrange que ces sauvages , tremblant à leur voix , aient osé verser le sang de l'illustre Européen qu'un pontue avait divinisé.
Les Anglais ne pouvaient plus aller à l'aiguade sans que des dbnibats partiels eussent lieu entre eux et les in« digènes. La mousqueterie dispersait ceux-ci un instant, mais ils revenaient presque aussitôt à la diarge. L'officiev anglais qui avait succédé a Cook dam le commandement des deux vaisseaux 9 résolut de brûler le village des pr^rci
gui avaient adoré son pr^ëoesseur, et lit massacrer les sauvages qui voulurent s'y opposer. Cet acte de vengeance amena la paix le 19 février. Le leademain, lecnef Yaopo , suivi de plusieurs milliers d'insulaires, apporta sur le rivage, avec les démonstrations de la vénération la plus profonde, les débris du corps de nllustre capitaine. Le 2t on obtmt les ds que les chefs avaient reçus en partage , le canon de son fusil , ses souliers et autres objets; le 22 on rendit avec solennité les derniers devoirs h la noble victime. Les échanges, les bons procédés, les visites se rétablirent, et la rade et les rivages de Ke-Ara-Kekàua reprirent leur première situation.
Malgré toute la bonne volonté des chefs» la chaloupe volée, qui avait été le principal grief, et avait occasionné la guerre , ne put être restituée. Les naturels l'avaient dépecée aussitôt qu'ils l'avaient eue en leur pouvoir, pour avoir les clous , dont ils faisaient des hameçons.
Les Hawaïens rendirent les honneurs divins aux dépouilles de l'illustre An-
§lais. La fable de Rono avait prîs créit parmi eux; les chdfs et les prêtres étaient profondément afDigés de la mort de Cook , dont la mémoire fut Immortalisée dans Tîle. Avant leur, conversion au christianisme, ces insulaires croyaient encore que le divin Rono, ressuscité, reparaîtrait pour tirer vengeance de ses impies meurtriers.
Le 22 février, la Découverte et la Résolution mirent a la voile, et le T' mars , elles mouillèrent sous le vent de l'île Niihaou , où les naturels leur parurent insolents et voleurs. La guerre civile désolait cette contrée , pour trois ou quatre chèvres laissées par les An-
âlais Tannée précédente , et que le chef eTaouaî disputait au chef de Niihaou.
Les hostilités avaient cessé dans les tles méridionales du groupe. Taraï- Opou avait conclu un traite avec Tahi- Teri, par lequel il lui cédait la souve-raineté viagère des trois îles Moro-K.aî, Rana! et Tahou-Rawe. A la mort de Tahi-Teri, elles devaient revenir à
l'héritier présomptif Kao-Ike-OulUffia aîné de Tarai-Opou. Si Thérititr pré* somptif mourait sans postérité, Tamea- Mea, fils de Keoua, frère cadet do Taraï-Opou, devait être substitué à tous ses droits. Taraï-Opou, selon Vancouver, mourut bientôt, de mort violente, dans une révolte , et sa royale veuve ne dut son salut qu'a l'interveotion du brave Tamea-Mea.
Kau-Ike-Ouli succéda à son pdre. Ce despote , insolent et cruel , souleva la haine de la population. Suivant le récit de la Blonde f il avait interdit à ses sujets des classes inférieures de jelcr un regard sur lui depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Toute infraction à cette consigne était punie de mort. Tamea-Mea, hardi, ambitieux, se posa le défenseur du peuple , et les prétextes ne lui manquèrent pas pour disputer letrône au tyran. U lui présenta la bataille à Moko-lioua, près du vil" lace de Kiï. Kau-Ike-Ouli y perdit le trône et la vie. Sa fille tomba entre les mains de Tamea-Mea , qui en fit son épouse , afin d'unir les droits de la naissance aux droits de la conquête.
Ke-Oua, un de ses plus jeunes ftèr^, espéra en vain maintenir son indépendance dans quelques cantons. I^e jeune Ç rince vint le trouver à Towal-Heî, où 'araea-Mea lui pardonnait, lorsque Kiompkou, son ennemi particulier, arrêta sa pirogue, y monta , et lui plongea son poignard dans la gorge.
Notre illustre et infortune Lapérouse mouilla à Haouaî , en 1786. U fut bien accueilli par les habitants, resta à Tancre devant l'île vingt-quatre heures au plus, et n'ajouta aucune notion nouvelle sur Tarchipel haouaïen. Portlok et Dixon visitèrent ces îles en 1786 et en 1787, et éprouvèrent toutes sortes d'égards de la part des naturels. A cette époque , Tahi-Teri était devenu dief de Ohaou. A cette même époque, le capitaine anglais Meares parcourut les îles Hawaii. Il conduisit à Macao( Chine) Taï-Ana , le plus célèbre des généraux de Tamea-Mea : c'était un fort bel homme, haut de cinq pieds dix pouces, bienfait, d*une figure agréable, d'un caractère doux et juste , doué de beau-
OCÉAr^IE.
coup d'intdligenoe, et sachant oonlerver, en toute occasion, les convenances et la modération.
Un jour Taf-Ana se trouvait à un erand Jlner que Meares donnait à bord a plusieurs capitaines : de malheureux C^nois mendiaient autour du navire qoéUnies miettes de leur festin ; les matâots les repoussaient sans pitié , et les cffiders d applaudir. Taî-Ana,5e toarnaift avec une émotion visible vers le capitaine et ses convives : « Vous avez plus qu'il ne vous faut, dit-il; donnez à ces malheureux qui meurent de faim ; c*est cruel de laisser ainsi souffrir des hommes. A Haouaî personne n'a faim, personne ne tnenciie :
la terre suffit à nourrir les naturels et Jes étrangers. » Admirables paroles , pleines (le vérité I En effet, nous, étrangei ;nous, fils de cette Europe si inhospitalière; nous, élevé à la source de la plus bautecivilisatlon, nous n'avonsfms même eu la peine de demander à satisfaire la faim , la soif et d'autres besoins, non |)as à Haouaî que nous n'avons pas visité, mais dans les principales terres de rOcéanie où nous avons abordé, et là où to tvrannie et le fanatisme n'ont pas dénaturé le cœur de ces hommes que tes Européens et les Américains nomment sauvages, et méprisent avec une hauteur vraiment inconcevable.
Uaoual devint bientôt un point de relâche pour les bâtiments qui naviguaient dans ces parages, et y trouvaient d'am-
Ces et excellentes provisions fraîches à >n compte, en échange de couteaux, de clous , de cercles de ter; mais des armes à feu ayant été échangées , les insulaires, surpris de l'immense supériorité Qu'elles donnaient sur ceux qui en étaient dépourvus , s'en montrèrent si avides , qu ils commirent plusieurs vols pour s'en procurer. Cela donna naissance à de déplorables collisions entre eux et les chrétiens.
Un capitaine américain, nommé Metcalf , avait armé deux bâtiments pour le commerce des fourrures : l'un , la Belle Américainey goélette commandée par son fils et le maître d'équipage isaac Davis, avec cinq matelots: le second bâtiment, qu'il commandait lui-
W JÀvraiêon. (OaLufU.) t. ii.
menus, était le brick PEléanare,ded\% canons , avec un équipage de dix Américains et de quarante Chinois, dirijcé Sar le maître John Young, qui avait éja hiverné dans l'archipel. En février 1790, les deux bâtiments allèrent mouiller devant Mawi. Ce fut pendant ce mouillage qu'eut lieu la catastro[>he dont nous allons parler.
Un matelot qui gardait la chaloupe amarrée sur l'arrière du brick, fut enlevé avec elle pendant la nuit, et l'on rapporta le lendemain à Metcalf les restes décharnés de l'infortuné matelot.
Le capitaine , oui avait besoin de vivres, dissimula et lit croire qu*il avait tout oublié; mais^ quand ses provisions furent faites, il voulut laisser aux insulaires de sanglants adieux. Un jour qu'ils étaient venus, sans défiance, vendre les provisions à bord, il fit ranger toutes leurs pirogues sur une ligne, et, pointant toute l'artillerie du bord* qu'il avait fait charger à mitraille, il commanda le feu, et plus de cent malheureux , entassés sans défiance dans leurs embarcations , furent victimes de cet Infâftie guet-apens : des hommes innocents du meurtre du matelot payèrent pour les coupables. Cest ainsi ^que l'on voulait civiliser ces peuples! c'est ainsi qu'on leur appreuait la justice! On les flattait quand on avait besoin d'eux, pour les égorger lâchement ! Heureusement, notre pavillon ne s'est pas souillé dans ces Iles de semblables atrocités!
Sur-le-champ Metcalf appareilla pour Haouaî, où il espérait que son crime n'avait pas été connu. Il fut encore confirmé dans cette croyance par l'accueil tout amical qu'il reçut des habitants. Mais, le 18 mars, un chef de district, nommé Tamea-Moutou , s'étant présenté le long de la goélette avec quelques-uns des siens , sous le prétexte de faire des présents au jeune capitaine, ne fut ps plutdt monté à bord que, se précipitant sur le jeune Metcalf, il le jeta a la mer, ainsi que le maître Davis. Le premier fut aussitôt englouti; mais le maître d'équipage, bon nageur, parvint à se réfugier a bord d*une pirogue. Le maître Young
était tn même temps gardé à terre par les ordres du roi Tamea-Mea.
Aussi lâche à Haouaî qu'il fîit cruel à Mawi , le commandant de ta Belle Américaine^ abandonnant précipitamment sa conserve, qu'on se disposait à lui rendre, fit son appareillage et ue reparut plus.
Les deux Américains, conduits à terre , s'attendaient à expier par leur mort le massacre de Mawi ; mais Tamea* Mea en avait jugé autrement. Sentant les immenses services qu'il j^uvait en tirer pour la civilisation naissante de ses états, il les déclara solennellement fies prisonniers ; mais pour adoucir leur captivité, il leur ut bâtir deux belles cases auprès de son palais , les combla de présents et leur donna la liberté de choisir les femmes qui leur conviendraient le mieux dans son royaume. Ainsi établis dans l'tle , et responsaMes solidairement l'un del'autre, les deux maîtres commencèrent à enseigner aux habitants la construction des navires, œ qu'ils savaient de menuiserie , et popiulaiîsèrent yne foule de procédés des arts entièrement inconnus dans l'archipel. Ils trouvèrent dans leurs élèves une sagacité étonnante , et le roi , voyant ses espérances de civilisation se réaliser au delà de son attente, craignit plus encore qu'auparavant de pérore deux hommes aussi précieux, et les combla de nouveaux Bienfaits. Dans les diverses relâches de bâtiments de commerce qui eurent lieu dans cette période , ils servirent tour à tour d'interprètes, et firent, dans l'intérêt de Haouaî, les acquisitions qu'ils jugèrent les plus convenables. Des déserteurs de bâtiments américains et anglais voulurent aussi se fixer dans l'île, et s'attachèrent au service des différents chefs.
A cette époque , il y avait à la cour d'Haouaî deux partis bien distincts. Le premier avait pour chef Taî-Ana, qui s'était fait une réputation de courage parmi les vaillants guerriers d'Haouaî.
Ambitieux, violent et emporté, mais brave, hardi et d'une activité prodigieuse, Taî-Ana véritable flibustier, ne voyait d'avenir, de civilisation pos-
sible que par la force et la guerre^ Éloquent et persuasif, il avait attaché à son parti ses deux frères I^oma-Taba et Tamea-Moutou. Geint même, sdoo toute apparence, d'après ses coDsdb que ce oernier s'était emparé de li Belle Américaine. Le roi Tamea-M»
avait exigé qu'on la rendit; et s'il avait retenu xoung prisonnier, c'était pour avoir un otage et obtenir satisfaction de l'attentat commis à Mawi. Ce chef ambitieux, qui depuis long-temps rêvait la conquàede rarchipelnevorai^ pour y parvenir, d'autre moyen que de se procurer des bâtiments de guerre et des armes à feu : aussi, dans lliiver; nage de l'Éléonore, avait-il propose de s'emparer de ce brick, et, depuis, u renouvela encore la même pï^P^Jlî??
au sujet de la Princesse royale , bâtiment pris aux Anglais par les Espagnols. L'autre parti avait à sa tête le roi lui-même et plusieurs dhefed^tin-
S lés, tels que Kiaou-Mokou, Karaaïro et Karaî-Mamahou. Ce roi, si g eu connu encore parmi nous, roaissj ien apprécié par les navigateurs qin curent des rapports avec lui, dcvan être , pour les îles d'Haouaî , ce ou a^aï été Pierre le Grand pour b R»^^^ Brave et éloquent comme Tai-Ana^ avait, de plus que ce chef, l«sq"f!?
éminentes qui distingticnt un \^^^^ teur. Juste et ferme, il avaitcomprisq^ c'était en substituant la bonté a [a^ lence ^ ses sujet!
?nno^tfenr,'irfetîaït sûlwtituffJJ vol et à la fraude, la justice et lajopj té. Aussi ne dériva-t-il ja"»»'* °!,^ principes, et s'opposa-t-il sans aux téméraires projets de la tac"
^^II^ partis étaient ainsi netteincn| dessinés, et la civilisation ailain^ jours croissant , quand , c" j.
l'Anglais Vancouver, q«»Sence< cer sur ces Iles une si grande influcn vint mouiller dans la baie de R^ Kekoua. Là , il reçut la visiM^ « ^^ généraux de Tamea-Mea, Ta»-A' ^ Kiaou-Mokou, et pe«d«J,^%>i, alla jeter l'ancre sur les côtes û v
OCÉAKtË.
oà 3 troilTaTabi*Teri, roi da pays, faisant les plus grands préparatifs pour repousser une aurtssion àes guerriers d*Houaî. Depuis long-temps, ce njonar- 'que voyait avec crainte s'accroître la puissance de Tamea-Mea , et avait enf^é dans son parti les fies de Mawi et de Moro-Kaî. Ce fut de cette ile que Vanoûover partit bientôt pour se rendre à Taooai, qui était alors gouvernée par Eneino « nommé récent pendant laminoritédeTaumou-Arii prince fort spirituel, âgé alors de douze ans. Mais avant de quitter Oahou, un épisode sanglant marqua le passage des navigateurs anglais. Le Dedaais, bâtiment chargé de vivres pour l'expédition, et coimnandé par le Lieutenant Uergest, étant venu mouiller à Waï-Mea , dans VUe d'Oahoa, un malentendu, dont on ne connaît pas exactement le motif, amena une rixe entre les matelots anglais et quelques insulaires. Des coups furent échangés de part et d'autre , et le lieutenant Uergest , ainsi que Tastronome Goodi , qui se trouvaient sur le lien dtt combat, furent égorgés. Quelques tours plus tard, ouand les officiers on Dédains réclamèrent les corps de leurs compatriotes , on leur répondit que les os avaient été partagés entre les cIm&, circonstance quhrappelie la mort de Cook.
Une observation pénible fTa(>pa surtout Vancouver et ceux qui avaient fait partie des premières expéditions dans oes ilcs : ce fut la stérilité et la désolation qui s'étaient répandues sur ce Says, qu'Os avaient trouvé alors si oriflsant. Là où s'élevaient jadis des bourgades florissantes, croissaient des ronces et des mousses qui s'échappaient à travers les débris des maisons. Les enclos, les diamps étaient restés sans culture; et là ou les navigateurs avaient trouvé dans leur premier Toyage des insulaires hospitaliers , ils ne troovèrent que terres en friche et solitudes. Cest que là s'étaient exercées des vengeances; là, la guerre avait sévi , acharnée et impitoyable. Aussi , de tous les cliefs que Vancouver avait connus dans son voya&e de 1779, un seul s'élevait sur tant de ruines et ce
chef commençait sa carrière de grand homme ; ce chef était Tamea-Mea.
Un an après, en 1793, Vancouver reparut dans ces parages. Il visita successivement To-Waï-Haï, puis Kaï- Roua, et enfin, le 23 janvier, il jeta l'ancre dans la baie de Ke-Ara-Kekoua.
Dans oes diverses relâches, il eut lieu de s'assurer de la bonne volonté des insulaires à son égard. Dans la dernière, Tamea-Mea donna le premier exemple d'une noble confiance. Franc, généreux, prudent et éclairé, il vînt, sans garde et seulement accompagné de son beau-père Karaï-Mahamou , de son fils, enfant de neuf ans, et de plusieurs officiers de sa cour, visiter le commandantanglais. De beaux présents furent échangés de part et d'autre, et la confiance remplaça dès lors la défiance et la crainte de surprise qui avaient présidé aux rapports des Européens et des insulaires. Tamea-Mea avait déjà compris tout l'avantage qui devait résulter pour ses sujets du frottement avec les Européens. En donnant aux Haouaîens rexemple de la confiance et de la générosité a l'égard des derniers, il savait qu'ils s'empresseraient de r imiter, et qu'initiés aux progrès de la civilisation, ces j)euple8, neufs et ingénieux , embrasseraient avec enthousiasme les idées européennes , et se trouveraient ainsi mûrs pour les réformes qu'il méditait déjà.
Après la visite du monarque civilisateur , Vancouver en reçut uiic autre : ce fut celle de Taï-Ana et de Tamea- Moutou. Principaux agents de la puissance du roi, ces deux frères, envieux du grand homme* regrettaient d'avoir mis tant de zèle a l'élever si haut. Ce
aui les offusquait le plus, c'était l'é îvation de l'Anglais loung, devenu confident intime du roi. Il exagérait, disaient-ils, aux Anglais la puissance de Tamea-Mea, qui, seul, recevait toutes les prévenances des Européens, tandis que les autres chefs , hommes de coeur et de bonne volonté, étaient tout à fait éclipsés. Vancouver, pour les consoler , leur fit (|uelques cadeaux de prix; mais il prédit dès lors ce qui arriva depuis, c'est-à-dire, la rume
des chefs et la toute-paissançe de Tameâ-Mea.
Pour que la réconciliation fût pleine et entière, le roi voulut donner à ses hôtes des spectacles et des fêtes, et les
J)rincipaux chefs s*enipressèrent de 'imiter. Vancouver, de son côté, ne voulant pas rester en arrière de bons
Srocédés, Gt tirer à bord un feu d'ariûoe. Un spectacle si nouveau, si extraordinaire, épouvanta d'abord ces naïfs insulaires, qui se hâtèrent d'abandonner la plage; mais bientôt la frayeur fit place à l'admiration, et les Anglais les entendirent saluer chaque fusée de cris de surprise et des plus vifs applaudissements.
Cependant la confiance de Tamea- Mea envers le navigateur anglais prenait chaque jour un caractère plus intime , et souvent il lui demanda des conseils sur les améliorations immédiates à établir dans ses états, et sur la meilleure direction à suivre. Vancouver, désirant fuire profiter cette confiance au progrès de la civilisation, essaya d'amener la paix entre le roi d'Huouaî et ceux de Tauaî et d'Oahou.
Le premier sembla goûter les discours, au moins il ne les désapprouva pas ; mais sa marche était tracée. Son ambition, hors de ligne, faisait servir à ses projets mille et mille ambitions secondaires : i'archifiel tout entier suffisait à peine a la satisfaire , et, il faut l'avouer, nul chef n'était aussi digne de commander que Tamea-Mea.
^ De Ke-Ara-Kekoua, Vancouver sedirîgea sur Mawi, et y mouilla le lendemain 12 mars, en rade de Lahaina.
Là. il trouva le roi Taï-Teri, vieillard cacochyme, usé par l'abus du kava, mais d'un caractère enjoué et d'une physionomie douce et bienveillante. Aux réclamations de Vancouver, pour obtenir justice des meurtriers du lieutenant iièrgest , il répondit que cet assassinat n^avait pas été commis par ses sujets de Maviri, mais par une bande d'aventuriers qui parcouraient la côte; qu'au reste le sang avait été payé par le sanç ; que trois assassins, dont on s'était emparé, avaient été exécutés par ses ordres, et que de
nouvelles perq[uisition8 seraient &ît6i pour s'emparer des autres. Après une telle justification, Vancouver n'avait plus rien à demander, et il fut force de s'en contenter; mais s* étant rendu quelques jours après h Oalioa, dans la baie de Waî-Titi , où le meurtre avait été commis, il exigea une nouvelle vengeance. Teri-Toubourat, gouverneur de cette fie , fils aîné de Taî- Teri , et qui , à trente-trois ans, prés«;ntait tons les caractères de la cadudté, et fut porté à bord comme Un enfant, ordonna de nouvelles perquisitions.
Elles aboutirent à la découvertede trois coupables , qui furent conduits dans une chaloupe le long' du bord . et fiisillés par leurs propres chefs, a la vue des équipages anglais.
Mais avant de quitter Mawf , Vancouver avait manifesté le désir de conférer avec les deux rois alliés sur leurs relations avec Tamea-Mea. Le lendemain de sa première entrevue avec Taï-Terl, il apprit l'arrivée de Ta- Eo , roi de Tauaî , qui avait été prévenu. Vancouver reconnut dans ce chef, âsé de cinqante ans, mais doué de la plus grande vigueur, un caractère aflàble et poli , et un grand désir de s'instruire. Quand les premières civilités eurent été échangées de part et d'autre, Vancouver leur fît part de sa conversation avec Tamea-Mea , des bases qu'il avait cru devoir poser , et qui n'avaient pas été repoussées; il ajouta qu*en sa qualité d étranger , et surtout d'hôte de rois dont il n*avait qu'à se louer, il avait cru devoir ofïnr son intervention , <]ui n'avait pour but que d'amener la uaix et la r^ncilialion des partis. Lesaeux rois, après Tavoir écouté attentivement, répondirent qu'à ces conditions ils seraient prêts à déposer les armes, mais qu^ils connaissaient les projets de Tamea-Mea, et qu'ils ne pouvaient se reposer sur la sincérité de ses paroles : « Car, disaient-ils, Tamea-Mea est ambitieux et ne peut supporter d*égaux ; et quand vous vous serez éloigné de ces cdtes, il y paraîtra bientôt à la tête de ses guerriers. Si, cependant, vous pouviez retourner pour revoir le roi et ternû-
OCÉANIE
Der tonte cette affaire, il se pourrait qu'il consentît à rester en repos; autrement, il ne se croira pas engagé par la parole qu'il vous a donnée. »
Les deux rois avaient deviné juste, et b mission de Vancouver ne retarda lanierre que de quelques jours.
Vaooaver avait ses instructions, et oe pouvait perdre son temps dans une croisière diplomatique. Il se récusa, et, à la suite de longues conférences, il /ut convenu qu'un chef, nommé Martier , qui jouissait de la confiance des deux rois , se rendrait à To-Waï-Haï avec une lettre du commandant anglais pour Tamea-Mea.
D'Oahou, Vancou?er mit à la voile
four Taouàî, où il reçut du régent oemo et du jeune prince Taumou- Arii l'accueil le plus généreux. Dans la traversée, iï avait rencontré une masnifique piro|zue construite avec un seul tronc ae jpfn, qui, après avoir été vraisemblablement jeté sur les côtes de r Amérique occidentale, avait échoué à Tauaî. L'envoyé d'Enemo, qui la montait, allait rendre compte au roi de Tauaî d'une grande conspiration étouffée avant sa naissance.
D*autres pirogues plus jpetitessui valent celle-là, et portaient les cadavres des chefs et quelques conspirateurs gar* rottés , qui devaient être exécutés en grande cérémonie.
Vancouver continua sa traversée pour la côte nord-ouest d'Amérique.
Après quelques mois de séjour, il reparut, au mois de janvier I794, dans la baie île 'Wài-Akea , située à Test de r/le. Navigateur habile et politique adroit, il voulaft faire reconnaître le patronage anglais sur cette fie, et y etiblir une propafjande commerciale.
Vancouver avait mis dans son parti les deux marins anglais conseillers de Taniea^Mea, auxquels il avait déjà fait quelques ouvertures pendant son dernier vovage : aussi ^ quand il arriva « tout était prêt pour l'investiture. Son intelligence rectuigne parcourait , comme un courrier, sa course entière. Le roi fut le trouver à son bord, et consentit è faire avec lui la traversée de Waî* Akea à Ke-Ara-Kekoua.
De là ils se rendirent à Kaava-Roua , où l'investiture eut lieu, le 25 février 1794. Le point principal, pour Vancouver^ C'était de contracter avec un monarque puissant et civilisateur une alliance qui pût tourner au profit de son pays. Il ne pouvait se dissimuler que Tamea-Mea était un prince d'une trop haute portée pour se croire engagé par un vain cérémonial , à moins qu'il n'eût l'intention secrète d'obtenir la-protection des Européens et des secours contre ses rivaux. Vancouver ne conçut probablement 'la pièce ridicule qui fut jouée que pour satisfaire l'or-
Sueil national et plaire à l'amirauté e Londres. De magnifiqi^ présents avaient aplani les derniers scrupules du roi, et, dans une audience d'apparat, en présence des cliefs haouaiens et des oHiciers anglais , et neut-étre sans comprendre la valeur clés mots employa par les interprètes , le roi Tamea-Mea se reconnut, lui et les sieus, sujets du roi d'Angleterre.
COLONIES ET ENThEPOTS aNGUIS.
BOmXVATlOV C9MMBBCIAI.B BVIVBMBUd »| «« rBOfLB.
Les Anglais exercent une grande influence dans les lies Haouaî. En attendant qu'ils en deviennent les maîtres, ils y établissent des entrepôts. C'est ainsi qu'ils se sont assurés de l'approvisionnement uni verseldu monde. Leurs nombreuses colonies et entrepôts ont été choisis de manière à leur permettre l'exploitation de contrées étendues. En effet , les Iles de Jersey et Guernesev, dans la Manche , servent à solder à la France , par la contrebande, la différence des importations. Dans la mer du Nord, vis-à-vis les embouchures de l'Elbe et duWeser, Ttle Helgoland, port militaire très-important par sa position et ses for« tifications , et entrepôt important pour la contrebande avec l'Allemagne; Malte et Corfou, rapprochent l'Angleterre du Levant, et assurent sa prépondérance dans le commerce méditerranéen , dont Gibraltar est la clrf, en attendant que la France sache tirer parti de la Corse et d'Alger; et elle verse par cette tor*
UCNIVERS.
teresse inexpugnable 668 produits en Espagne et en itarbarîe. Les fies d'Ormus et de Keschmi , et la résidence de Bouchir, lui donnent le commerce do Èolfe Persimie et des pays arrosés par m grands fleuves qui s ^jettent. Soeotora est une possession orécieuse
Four la cdte orientale de TAfrique , et entrée dans la mer Rouge et en Abyssfnie; Poulo-Pinang commande le détroit de Malakka; Singhapoura le passage de rinde en Chine et dans la Malaisie occidentale et septentrionale; les ties de Melvilie et de Bathurst lui seront un moyen de disputer les épiceries des Moluques aux Hollandais , et de oénétrer au centre de la Malaisie, pendant que le cap de Bonne-Espérance, l'Ile de France et les Séchelles lui assurent la suprématiexle Tocéan Indien, et Sainte-Hélène, ses traversées du Brésil et son passage aux Indes. Son invasion dans la Guinée et Fintérieur de PAfrique, la Jamaïque et une grande partie des Petites -Antilles, lui facilitent des relations politiques et commerciales avec diverses parties de l'Amérique. Enfin , si on veut connaître l'importance de T Angleterre, il faut ne pas oublier que la totalité des possessions britanniques, y compris ses dépendances politiques dans les cinq parties du ^lobe, offre unesurÊice de 4,470,000 milles carr^, et une population de cent cinquante millions d'ames, c'est-à-dire, la plus grande population do monde après celle de Tempire chinois; et cependant on cite toujours Fambitlon de la France 1
sums DB LnnsTomB db L'ARcmrEL
DR niOUAI.
L'alliance contractée avec Tamea- Mea donnait à Vancouver le droit d'intervenir dans les démêlés politiques.
Il s'informa du résultat de la négociation de Martier, envoyé de Taî-Teri, et il apprit que cet ambassadeur avait été pris pour un espion et renvoyé à coups de fusil. Vancouver dès lors ne
Sut plus douter des projets de Tameatea. Le pacificateur céda la place à rhomme politique, et il laissa le rot arranger ses projets d'agrandissement.
Car quel était le but de la Grande- Bretagne? d'acquérir une importance politique et commerciale dans ces fies; et cette dépossession des rois voisins au profit di> roi allié, réunissant toute la puissance dans une même main , devait accroître son influence : aussi Vancouver prêta les mains à l'envahissement en envoyant à terre les charpentiers de ses tidtinients, qui, aidés des maîtres Young et Davis, construisirent un joli bateau ponté, de tientesix pieds de quille, qui reçut le nom de Britannia. L'équipage fut formé des Européens qui avaient déserté leurs bords pendant les relâches, et qui étaient déjà à Haouaî au nombre de onze, tant Anglais que Français et Américains, non compris ceux qui s'étaient établis à Oahou et à Tauaï.
Parti de Haouaî le 13 mars 1794, Vancouver visita encore tour à rour Mawi-, Moro-Kaî et Tauaï. Il fut reçu dans cetU; dernière tle par le i^ent Enemo, qui, soutenu de quelques Européens, avait levé l'étendard de la révolte, et s'était déclaré ind^ndant pour traiter avec son souverain. Il ne voulut pas faire à Vancouver une réception moins brillante que celle de Tamea-Mea, et il ordonna aussitôt des danses et des fêtes pour célébrer l'arrivée de ses bdtes.
Après une courte relâche à Kiihau, Vancouver quitta ces parages le 14 mars 1794, et porta à l'amirauté un brevet de souveraineté sur Haouaî, la déclaration de vasselage de Tamea- Mea , et surtout de nombreuses découvertes et d'utiles observations scientifiques , qu'il recueillit pendant ses relâaies dans les tIes de cet archipel.
Dès que Vancouver eut quitté l'archipel, Tamea-Mea se hâta de recommencer les hostilités, et envova sur les îles son général Taï-Ana; mais celuid, au lieu d'agir contre les ennemis, joignit ses forces aux leurs, et Tamea- Mea eut un nouvel adversaire plus dangereux que les autres. Il ne se ralentit pas cependant, et, marchant à la tête d une nouvelle armée, il eut bien* tôt purgé d'ennemis toutes les fies toisincs et établi sa dooMnatloiit
Pendant son absence, une révolte avait été tentée par le frère de Taî- Aoa; mais le retour du roi sufBt pour rétouffer, et dès lors il fut résolu que tous les diefs suivraient Tannée à la guerre; et pour donner à cette ordonnance une application immédiate, Tamea-Mea conduisit toutes ses forces h Ostbou, et nomma pour son lieutenant ;éDérai le vaillant Karaî-Mokou. Dès es premiers jours de la descente, Tauea-Mea rencontra Tannée ennemie Jaos la plaine située entre Nono-Kourou et la rivière Eva. La bataille fiit funeste aux révoltés, et Ta-£o, roi de Tauai et de T>îiihau , resta sur le champ de bataille. Taï-Teri et Tai-Ana rallièrent les débris de leur armée dans Ja vaiiée Anou-Anou, près du pic de Pari. Tamea-Mea ne se Gt pas attendre, et bientôt une lutte nouvelle, lutte plus acharnée que la première , s^eiigagea sur tous les points. Le roi Taî-Teri fut tué dès le commencement de Taction, et Taî-Ana, entouré de trois cents braves, après avoir fait des prodiges de valeur, recula jusqu*au sommet du Pari , où Tamea-Mea Tavait cerné; là , le nouveau Léonidas ayant perdu tont espoir de résistance, dédaignant de survivre à sa défaite, se précipita du baut de ce pic célèbre , plutôt que de se rendre, et fut suivi de ses trow cents compagnons. Ces hommes indomptables, ces héros au cœur de bronze étaient dignes d'un meilleur sort.
Après cette dernière victoire, Tamea-Mea n'eut plus d'ennemis; car Taumou-Arii , chef des deux îles Tauaï et ^iihau, redoutant le sort des rois ses voisins, s'empressa de faire sa soumission; aussi, de ce moment, le rôle du grand homme changea; n'ayant plus de rivaux, il tourna toutes ses vues vers la civilisation. Comprenant la liaison qui s'établit par ks échanges, il s'appliqua à multiplier les transactions, et donna luimême Texemple de la bonne foi et de la sincérité qui devaient y présider.
Enchanté des premiers essais de la goélette ia Britanniay il fit construire et acheta de nouveaux bâtiments sur
OCÉAME. 7i.
le même gabarl. Les bâtiments 4i commerce lui apportèrent des canons , des fusils et des munitions de guerre , et les choses allèrent si bien, qu'un inventaire des forces de Haouaï, fait en 1804, portait à vin^ et un les bâ* timents armés de piemers, de la force de la BrUannia, presque tous com« mandés par des Européens. L'arsenal renfermait en outre six cents fiisils, huit canons de quatre, cinq de trois, un de six, six mortiers et quarante pierriers. De leur coté, les insulaires apprirent la valeur de l'argent et des marchandises , et pour avoir des armes et des verroteries, ils apportaient du . bois de sandal des montagnes de l'in* térieur, et se prêtèrent à des coupes régulières.
Doué d'un esprit juste et d'une erande perspicacité, Tamea-Mea pit lui-même Tinitiative du progrès. Il ne se contenta pas d'indiquer à ses sujets ce qu'il fallait fiiire, il leur donna Texemple : au Keu de les suivre dans la réforme, il les précéda. Jouissant d'un pouvoir sans contrôle, il pouvait commander; mais il fit mieux , il persuada , et, dans le cours de quelques années» ' il fit franchir à ses peuples un pas immense. Il fut bien secondé , sans doute, par les circonstances; mais il sut toujours en profiter, et souvent les faire nattre, comme il arriva pour le maître Younç , le premier et peut-être le plus utile instrument de civilisation pour ces tles. L'accueil généreux et la distinction dont jouirent les premiers Européens établis dans Haouai, en engagea d'autres à s*y fixer, et ses' peuples , se façonnant peu à peu aux allures d'une autre civilisation, sentirent de nouveaux besoins et travaillèrent sans relâche à les satisfaire.
Tons les voyageurs qui le visitèrent s'accordent à vanter sa^sage adniinittratipn et l'esprit de justice qui ne cessa de présider à toutes ses relations avec eux. Ceux qui purent l'observer dans la vie Intime, vantent Tégalité de sa rare intelligence, la fermeté de son caractère, sa aouceur et sa générosité.
Entre autres traits de sa vie . Tumbull cite le suivant, qui lait en même temps
rétoge de sa bonté envers les autres et de sa sévérité envers lui-même : Tanea-Mea s'était livré depuis (quelque teuips à l'usafçe immodéré des liqueurs fortes; et quand il en avait abusé, de bon et affectueux qu'il était d'habitude , il devenait colère et méchant. Plus d'une fois ses ministres Young et Davis avaient eu à s'en plaindre; et voulant donner une leçon au roi, ils allèrent le trouver, et lui déclarèrent que, s'il continuait à s'enivrer; leur mtention formelle était de quitter son tle. Surpris de cette déclaration et sentant qu il la méritait, Tamea-Mea leur demanda s'il avait jamais manqué aux égards qu'il leur devait, et s'il avait cessé de les regarder comme ses meilleurs amis et ses conseils intimes. Les deux ministres lui répondirent que.
Sans doute, ils avaient reçu de lui le meilleur accueil, mars que quand il avait bu des liqueurs il n*était plus le même homme, et que, pour éviter d*étre tués par lui quand il serait ivre, ils préféraient partir. Tamea-Mea leur
Sromit de devenir sobre , et , à compter e ce jour, il régla sa dose de rhum et ne la dépassa jamais.
Pour prouver tout l'attachement et le dévouement absolu de ses sujets, Turnbull cite encore le trait suivant, qui eut lieu les premières années de son règne, quand sa marine était encore naissante. Un capitaine de commerce étant venu mouiller dans la rade , il le pria de lui céder une de ses enclumes. Celui-ci en fit apporter une, et , la faisant jeter à la mer, par an fond de quinze brasses d'eau : « Si TOUS la faites prendre, dit-il, elle est à vous. » Tamea-Mea , au lieu de se lâcher, accepta l'offre, et fit appeler ses sujets. Le lendemain, plusieurs pirogues se rendirent au lieu désigné , et, au grand étonnement des marins, une quarantaine de plongeurs , descendant tour à tour au fond de la mer, Earvinrent, après des tfforts incroyales, à traîner jusqu'au rivage, distant de plus d'un mule , cette énorme masse de fer.
Jaloux de consolider ses relations et de les étendre encore, Tamea-Mea en-
voya au roi George ni , par la frégate la ComundiiSy un magnifique manteaa de guerre et beaucoup d'autres cadeaux précieux. Pour le remercier, Pamirauté lui vota un beau schooner, qui fîit construit à Port-Jackson, et qui, annoncé en 1816, n'arriva à Haoual
3 n'en 1823, long-temps après la mort e TamoMea. Par cet échange réd- {»roque d'égards et de bons prooédés, e roi conserva toute sa vie l'alliance de la Grande-Bretagne.
Ce ne fut qu'en 1816 quelegourernement russe fit paraître son pavllloo dans ces ties, avec quduue influence.
Le 24 novembre de cette année, îe brick le Rwicky commandé par Kotzebuë , vint mouiller en rade de Kaî- Roua, devant Ke-Ara-Kekoua, où sié^geait alors Tamea-Mea. La première id& du roi fut de se mettre sur la défensive; maisquand le commandant eut fait connaître sa mission de géographe et de savant, le roi changea de façons à son égard. Il le reçut en audience particulière, et lui offrit avec bienveillance tous les vivres frais dont il pourrait avoir besoin pour son équipage. Ensuite il se plaignit à lui d un complot qui avait été tramé à Tauas , en 1804 , par un nommé ScliefTer , aidé de quelques ofTiciers du navire colonial Petropaoulofski, Il lui demanda si c'était du consentement de l'empereur Alexandre que ces Russes, venus de l'établissement américain de Sitka, et comblés de politesse, avaient voulu révolutionner ses lies. Kotzebué blâma hautement la conduite du médecin Scheffer et des autres Russes qui s'étaient joints à lui.
Ces explications satisfirent pleine* ment le monarque, qui orienta le navigateur à la reine Kaanou-Manoui et à son fils Rio-Rio , qu'il venait d'associer à sa couronne, en lui donoani; le privilège du tabou. Ce jeune prinœ ^ qui continua l'œuvre civilisatrice «i^i son p^re, et donna le dernier coup a^&^i institutions religieuses de ces lies ^ ^ surtout au monstrueux tabou , viv^^n alors dans un état de torpeur qui n'.s%^i rait jpas permis de présumer ce qva.'^ devait être plus tard. Lourd et Kai«|
OCÉANIE
inteHi^enoe , il ne inrenaft uni sond des afl^ires du royaume, et donnait sou* ?cnt, étendu sur une natte, |>endant ks audiences quedoonait sou iUustre père.
Le roi fit préparer un festin aux officiers russes ; mais il n*y prit pas part. Ensuite, au sortir de table, il les conduisit dans son moraî de famiUe, qu'il affectionnait particulièrement, et où il faisait ses adorations.
U courut aussitôt vers l'idole principale, et, la serrant dans ses bras :
• Voilà les dieux deTamea-Mea , dit-il.
Les dieux des Européens sont-ils meilleurs? Je l'ignore ; mais, ce çueje sais , c^est que jamais notre religion ne nous ordonne de méchantes actions. > Après avoir prononcé ces paroles , il entra daus sa chapelle, où il accomplît certaines cérémonies, puis il se mit à table devant ses hôtes, en disant que, puisqu^il avait vu les Européens manger , il était juste qu'à leur tour ils le vissent prendre sou repas. Tamea-Mea n'avait pas adopté Fusage de la vaisselle européeime. Il mangeait avec les doigts, et il dit à ceux qui l'observaient, au'il ne voulait pas quitter la coutume de son pays. Il eut Dtentôt expédié son repas , qui consistait en ignames, en poisson bouilli et en un oiseau rôti très-rare, qui est réservé pour la table du roi.
Tamea- M ea oans sa jeunesse , avait les traits hardis et sauvages. Les jours de combat, il s'avançait coiffé d'un casque de plume et armé d'un sabre, "d'un fusil, et d'un javelot qu'il bpçait dès le commencement de l'afhire. On citait sa force prodisieuse et son adresse incroyable. Il arrêtait, en comtMittant , les javelots dirigés sur lui, et ses coups atteignaient presque toujours leur but. Mais alors il était déjà vieux. Sa tournure était re|)lète; ses traits ridés, son front couvert, ses petits yeux éraillés et ses grosses lèvres lui donnaient un air commun et peu prévenant. Dans cette visite, il était vêtu à l'européenne, avec un gilet boutonné et une cravate. Le dessinateur de r expédition, M. Choris, n'obtint io lui le coiisentement de poser quel-
ques instants , que sur raasnranoe qu'il reçut de Kotxebué, que œ pororait devait être remis à l'empereur de Russie, qui lui saurait gré de sa complaisance. Pendant le reste du séjour à Haouaî, M. Choris iiit assiégé d'une foule d'insulaires qui demandaieut à voir le portrait, et restaient émerveillés de la ressemblance parfaite qu'il avait avec le roi.
D'Haouaî, Rotzebuë relâdia à Oahou , où il trouva Karaî-Mokou , qui gouvernait au nom de Tamea-Mea, et qui fut effrayé d'abord à la vue du pavillon russe ; mais quand il connut la mission du conimandaiit, il s'em-
Kressa de fournir des vivres et toutes îs provisions nécessaires à l'escadre.
Tamea-Mea continua son œuvre i|| civilisation. De toutes les parties du monde atHuaient des aventuriers français, anglais , espagnols et américains, accourant comme a une curée, et tout surpris de trouver déjà des insulaires habitués aux affaires et rusés comme eux. La petite ville d'Hono-RouTou,
Î|ui était la plus fréquentée , à cause de a sûreté de sa rade, était pleine de boutiques, tenues surtout par des Anglais et des Américains. A la même époque, plusieurs platitationsdes zones méridionales, les légumes d'Europe et les arbres fruitiers d'Andalousie, apportés par TEspagiiol Marini , s'étaient naturalisés à Oahou, et des bestiaux, importés de l'Asie et de la Malaisie, se multipliaient et étaient employés au labourage. Des militaires européens avaient en même temps organisé la défense de l'Ile, construit des fortins armés de canons et d^obusiers, oui battaient les points les plus menaces, et discipliné les troupes. Les milices d'Haouaî et de Oahou exécutaient les manœuvres européennes. La marine avait aussi pris une certaine importauce. Des bâtiments chargés des productions du pays avaieut été expédiés sur les marchés de Chine, et en avaient rapporté des marchandises du céleste empire. Tous ces travaux, cette ébauclie de civilisation, étaient l'ouvrage de Tamea-Mea , et lui avaient coûté trente années de soins* Aucun peuple, saoi
donte, Ti*a marché aussi vite, aussi bien dans la voie du progrès que ie peuple d'Haouaî , qui , dans une |)eriode aussi courte, franchit un pas qui coâte ordinairement des siècles d*élforts et deis flots de sang.
Bientôt Tarchipel derait perdre son civilisateur. Le 8 mai 1819, Tamea- Mea mourut. Pendant un mois entier gue dura sa maladie, tous les yeux lurent flxés sur lui. A diaque fcieure du jour , des courriers expédiés dans toutes les directions allaient porter à ses sujets des nouvelles de sa santé.
Des prêtres, des devins accoururent de tous côtés pour conjurer les dieux; mais tout devait rester inutile. Dès le premier jour de sa maladie, Tamea- Mea sentit son état, fit appeler son fils auprès de lui : « Rio-Rio, lui ditil, je te laisse un pays qui doit suffire à ton ambition : tu le conserveras, si tu es sage ; tu le perdras si tu cherches à Tagrandir. Les chefs qui m'entourent te seront fidèles à la condition que tu seras juste. Mon fils , ne te presse jamais de punir une faute commise par les étrangers : souffre-s-en même une seconde; ne sévis qu'à la troisième.
Adieu ; porte mes vœux à ta mère et à mes femmes. » Ainsi mourut Tamea- Mea. Les obsèques eurent lieu avec la plus grande magnlGcence, et son tombeau est le monument le plus sacré de ces fies, celui de tous dont le tabou est le plus inviolable.
La main fermeet prudente de Tamea Mea avait contenu et dirigé toutes les ambitions ; mais l'Indolence et la faiblesse reconnue de Rio-Rio donnèrent des espérances aux envieux. A peine assis sur le trône et revêtu de la royauté , sous le nom de Tamea-Mea II, fi devina un rival et un adversaire dans Re-Koua-Oka-Lani, jeune chef ambitieux et actif, neveu de Tamea-Mea I*', qui lui avait accordé la grande prêtrise, réunie à son sceptre jusqu'à la fin de son règne. Les chefs ennemis du nouveau monarque ne tardèrent pas à lut contester ses droits à rhérédité.
Les choses en étaient là , quand la corvette française r^ranie, commandée par M. de Freycinct, le premier
bâtimeni de guerre «li parut sur ees côtes avec le pavillon français, mouilla dans la baie de To-Wai-Hai, le 8 août 1819. L'Anglais Young, alors octogénaire, alla à bord supplier le commandant d'interposer son autorité,, et de prêcher aux cliefs dissidents la concorde et la soumission. Le lendemain , une entrevue eut lieu. Le commandant, dans un discours plein de modération , rappela ce que Ton devait à la mémoire de Tamea Mea , dont la perte était encore toute récente ; il dit combien cette mémoire serait ouvragée par la guerre et par des dissensions civiles qui feraient retomber le pavs dans Fétat d^jgnorance d'où ses travaux l'avaient tiré. II parla de Tiotérét que le roi de France portait à la prospérité des états de Rio-Rio ; et pour rassurer la reine , qui avait paru manifester quelque étonnement, le commandant se hâta d'ajouter que le nom du roi de France n'avait été prononcé que comme moyen de pacification , et nullement pour revendiquer les droits de son ami, le roi d'Angleterre, suc ces tles; que son seul but était la pacification et la civilisation générales des états d'Haouaï. Cette harangue, qui fut longue et bien sentie, fut rendue aux princes par un aventurier français, né a Bordeaux, nommé Rives, qui, de simple mousse d'un bâtiment marchand , était devenu le premier médecin du pavs, et l'interprète de la cour. Le Bordelais fut tellement concis, que les Français crurent à une mystification : en ouelgues minutes , il eut traduit tout le discours, et il assura qu'il devait produire de l'effet. Les cnefs parurent enchantés.
Les officiers français et les passagers se firent bientôt accueillir à la cour ; et, par des invitations et des égards réciproques, ils se concilièrent "nonseulement la bienveillance du monarque, mois encore l'amitié des princU paux chefs de Tile, qu'ils purent parcourir à leur aise.
r^'ous allons faire une visite au harem de S. M. , sous la dictée de M. Jac- 3ues Arago, le dessinateur de Fexpéition commandée par M. deFreycinet.
OCÉAME.
«Un Gascon vînt me saluer , à mon arrivée à terre, avec des manières tout à fait gracieuses , et nie conduisit , ainsi que MM. Rec^uin et Dubout^dans Tap-
Srtement ou les veuves de Tanieaea consumaient leur vie dans une moUesse et une oisiveté qui feraient honte à nos chanoines. Là, pour nous donner une idée de sa faveur et de son credit, il s'approcha béni^nement de b favorite du défunt et lui donna de %ers coups du dos de la main sur la joue, ce qui ne semblait pas trop Tamuser. Mais comme, après ces caresses, il lui tâtait le pouls et faisait certaines {grimaces de charlatan, nous nous empressâmes de lui demander s'il exerçait aussi les fonctions de médecin de la cour; et dès qu*il nous eut répondu que c'était lui oui avait traité Tamea-Mea , nous ne ftfmes plus surpris d'une mort si fatale à ces îles. Le malheureux ne savait absolument rien :
anné de sa boite à médicaments, il donnait Tipécacuanha et la scille àceux qui avaient du rhume, et prodiguait le séné, la manne et la casse aux infortunés qui auraient dû vomir.
« La reine mère, Kaou-Manou,fa- ^rîte de Tamea-Mea , étendue sur des nattes très-flnes, était enveloppée dans une pièce d'étoffe de la plus grande beauté. Sa Ggure était intéressante, sa grosseur extrême. Quoique ses ^eux fussent abattus par une indisposition légère , en la considérant , on n'est pas surpris du vif attachement (pie Tamea- Mea avait pour elle. Ses jambes, la paume de sa main gauche, ainsi que sa langue, sont tatouées avec art, et Ton voit sur son corps un grand nombre de traces de brûlures et d'incisions qu'elle s'est faites à la mort de son mari. Elîe nous otlrit de la bière avec beaucoup d'obligeance , et , à son exemple, nous portâmes un toast à Tamea- Mea. Un jeune homme, fort propre et très-bien fait , agitait devant elle un éventail élégant de plumes de divers oiseaux, tandis qu'une fille, par intervalles, lui présentait un petit vase de caldusse, à moitié rempli de fleurs et recouvertd'un mouchoir noué, dans lequel elle crachait. Ce vase était
aussi offert aux autres princesses; mais on voyait que les soins et les plus grands égards étaient pour la fa« vorite.
« Les reines étaient au nombre de cing, et la favorite, qui pesait au moms quatre quintaux , était la moins massive. Les autres étaient plutôt des masses informes de chair que des figures humaines. Deux d'entre elles ressemblaient passablement à ces élè-
Ehants de mer qui se traînent si pénîlement sur le rivage. Toutes étaient couchées sur le ventre ; et j'avoue nue je n'ai nas vu une seule rem me ues Iles Sandwich qui, étendue sur des nattes, prît une autre position.
« L'appartement Qu'elles occupaient était petit et encombré de calebasses, de petits coffrets de Chine, d'étoffes anglaises et du pays , jetés comme par hasard dans tous les coins. La porte était obstruée par une foule nombreuse de peuple, et un corps-de-garde, établi auprès , veillait à la sûreté des princesses. Lorsque nous avons demandé quels étaient leurs divertissements, et comment elles passaient leur vie, on nous a fait entendre qu'elles s'occupaient de ne pas mourir : ce qui est assez difficile avec un médecin de la force de celui dont j'ai parlé.
« Nous allâmes chez le roi avec notre officieux interprète. S. M. était vêtue de l'uniforme d'un colonel de hussards et coififé d'un chapeau de maréchal de France : il portait cela d'un air si empesé, que nous jugeâmes sans peinç que son corps était habitué à plus de liberté.
« Je le dessinai avec sa femme, je| je joignis au tableau ses principaux offt* ciers qui étaient couches à ses pieds, ainsi que les gardes à manteaux d< plumes , qui , le sabre nu , semblaient prêts à le défendre. Nous fîmes cadeau a Leurs Majestés d'un châle de Madras et de belles boucles d'oreilles; mais nous eûmes regret de voir qu'ils rece»
valent nos présents sans affection et sans paraître y attacher le moindre prix. »
L'épouse de Rio-Rio était , dit-on , sa propre sœur, une gracieuse et jolie
penoone aux manières enfeotines et niaises. Le dessinateur nous apprend que ces manières auraient pu fmsser pour des avances. Sa taille, de cinq pieds si^ pouces , n'enlevait rien à ses formes de leur harmonie et de leur grâce. Des quatre épouses du roi, A.ou-Onou ( tel était son nom ) était la favorite.
Pendant cette relâche, le premier ministre du roi , Karaî-Mokou . surnommé PUtf ayant appris qu'a bord de la corvette se trouvait un aumônier, demanda à être baptisé. Ce ministre était un homme de haute stature , d'un regard pénétrant et rempli d*expression. Sa conversion au catholicisme romain semblait plutôt l'effet d*un calcul que de la conviction, et peu de jours après, son frère, le gouverneur fioki , jouit de cette même faveur.
M. Jacques Araeo raconte ainsi la cérémonie du baptême :
« Le baptême eut lieu sur rUrarUe; le roi voulut y assister, la reine mère l'y accompagna. Le canot du commandant; sous les ordres de M. Jeanneret, fut cliargé de transporter à bord tous les membres de la famille royale. J'étais à terre , et , désirant faire de cette scène le sujet d'un dessin , je préférai m'embar^uer sur une double pirogue que le roi avait fait préparer pour lui. •Le roi demanda quelque moment pour s'habiller, et, peu galant envers l^s dames, il se ût attendre |)lus d'une demi -heure. Les deux plus chères énour sesétaientdéja embarquées. Avant d'entrer dans le canot, il se Gt détabouerj pour pouvoir se mettre à l'ombre sous une tente ou sous un parasol. Sa mise n*était pas brillante : if portait une petite veste bleue galonnée, des pantalons verts collants et un cliapeau noir de paille : Il ménageait ses grands costumes. Il fut le dernier (jui s'embarqua ; et nous remarquâmes qu'en entrant dans le canot, il appuya rorteinent son nez contre celui ae la. reine mère, et
S'ils répandirent tous deux quelques mes.
« Son embarcation ouvrait la mardie; la nôtre suivait immédiatement i
et derrière nous étaient encore deux doubles pirogues et quatre pirogues simples portant des personnes de distinction.
« Le roi fut salué de onze coups de canon. Il descendit dans la batterie pour voir exécuter le feu. L'autel était
Srét. Le néophyte, M. Pitt, ou Karaîlokou, était a bord depuis plus de deux heures; M. l'abbé de Quélen, notre excellent aumônier (*), officia tout simplement, ne pouvant se faire comprendre de son auditoire. Notre commandant était le parrain; M. Gabert, son secrétaire, la marraine; leur domestique, le sacristain. On offrit des chaises aux princesses , dont la plupart se couchèrent par terre^ Plusieurs des officiers haouaïens présents nous demandèrent combien on faisait sauter de dents, et combien on arracherait de membres à leur nunistre; et nous eûmes beaucoup de |)eine à leur faire comprendre que c'était contraire à notre religion (voy. p/. 126).
a Pendant la cérémonie, le roi demanda une pipe et fuma. Les reines étaient étonnées du costume brillant du prêtre, et de la beauté de l'image de fa vierge qui se trouvait sur Tautel. Chacune d'elles demanda à la baiser.
De temps en temps, elles demandaient à boire , ce qu'on n'osa leur refuser ; puis elles visitèrent le navire et descendirent jusque dans nos cliambres , où elles nous firent compliment sur nos couchettes, qu'elles trouvaient fort élégantes et fort commodes. »
Peu de jours après cette cérémonie, la corvette alla mouiller à ftlawi, puis a Oahou , et partout les naturels se montrèrent justes et obligeants, à Texception d'un seul , nomme Kial, chargé par le roi des approvisionnements, et qui rançonna les Français.
Il était diUGcile de porter le sceptre laissé |)ar Tamea-Mea ; et cette tacite devenait encore plus difficile pour un prince tel que Rio-Rio , dont on connaissait l'apathie. Cependant, quand il fut chargé des importantes fonctioiis de la royauté , il se révéla un tout au-
(*) Cousin de r«rchevéque de Pttris.
ÔCÉAMIE.
tre homme, le premier acte de son r^ne accusa en lui une éneraie dont on ne l'aurait jamais cru capable. Toroou-Ajîi, d)dr de Taouaî, pensa que rheure de Taiïranchissement avait sonné pour lui à la mort de Tamea- Mea, et il refusa de reconnaître son successeur. Quand Rio-Rio apprit cette ooofelle, îJ ût aussitôt appâer deux OQ trois offiders dévoués, se jeta avec eux dans une chaloup<^, et, malgré TagitatioD des flots et une lempete qui s'était élevée, il aborda à Taouaî, alla droit à Tomou-Arii, qui, surpris de cette vbite, ne sut que dire pour sa justification, et promit hommage et obéissance à Tavenir. Cet acte fat décisif. On vit que le sang de Tamea- Mea coulait dans les veines de sou successeur.
Le père avait été réformateur politique et social d'Haouaî , le fils voulait en être le réformateur religieux. Le second acte de son pouvoir fut Fabolition complète du tabou. Déjà Tamea- Mea avait porté les premiers coups à cette monstrueuse institution; mais il ne se crut pas encore assez fort pour rabattre complètement. Il prépara ses sujets à ce cbangement, et kio-Rio frappa le coup décisif. Le seul obstacle sérieux qu'il rencontra, lui vint de la part de Kekoua-Oka-Lani, grand prêtre et gouverneur de Oah(Mi^ Ce prince artiucieux avait toujours refusé de prendre part aux contérences qui avaient eu lieu, et, quand la destruction des idoles eut été résolue , prenant en main Tidole de Taîri , le dieu de la guerre, il attira à lui quelaues fanatiques. D'Oahou il se rendit à Haouaî, iprossit son armée d'une foule de mécontents, et se trouva bientôt en état d'offrir le combat à l'armée du roi. La mêlée fut affreuse. Les révoltés , conduits par Kekoua-Oka-Lani et son ^ouse, qui ne cessa de combattre à ses . cotés, montrèrent toute la puissance du désespoir et du fanatisme ; mais leur rage devait rester impuissante contre la valeur et les savantes dispositions du ministre Karaî-Mokou, le digne ami deTamea-Mea. Le chef des rebelles périt dans Je combat , et son épouse
fidèle reçut la mort à ses côtés. En valu les soldaVs des idoles vouhirent se rai* lier ; en vain ils défendirent leur cause avec un courage indomptable, ils pé^^ rirent tous jusqu'au dernier. Decejoor, le culte des dieux altérés de sang humain fut détruit, et le cél^re Taîri, cette oriflamme de l'archipel d'Haouaï, tomba au pouvoir du vainqueur, qui la donna, quelques années après, au capitaine Byron. Les moraîs et les heiaus cessèrent d'être sacrés. On conserva seulement les lieux où les os des chefs étaient déposés, et on en confia la garde à quelques prêtres.
La religion chrétienne devait remplacer dans ces Iles le culte du tabou. La mère du roi, Keo-Pouo-I^m' , et Kapeo-Lani , femme du chef de Ka!- Roua , embrassèrent la religion chrétienne , et leur exemple fut suivi par une grande partie du peuple. Les missionnaires anglais^ qui étaient vei^us la prêcher, engagèrent le roi à faire un voyage à l^ndres. Rio-Rio s'embarqua le 27 novembre 1823 , laissant le royaume aux mains du vaillant ministre Karaî-Mokou. Le navire de commerce l* Aigle fut frété pour le transporter lui et sa suite , composée de son épouse Kamea-Marou, sa femme préférée, de Boki, gouverneur d'Oanou, de quelques olliciers et du Français Riveâ, oui devait servir de drogman.
Le bâtiment mouilla à Portsmouth le 31 mai 1824, et de là Rio-Rio se rendit à Londres, mais il v mourut peu de temps après, ainsi que son épouse, avant d'avoir pu être présenté au roi George IV. Les chefs furent reçus en audience particulière; ils reçurent un accueil flatteur et des cadeaux qui les comblèrent de joie, et la promesse d'un bâtiment pour les ra* mener à Haouaî avec les dépouilles mortelles du roi et de la reine.
La corvette la Blonde y commandée par le capitaine Byron , fut chargée de reconduire l'ambassade à sa destination , et le 4 mai suivant , elle mouil* lait en rade de Lahaina ; de là elle sa rendit à Mono-Rourou, devenue la résidence royale et le centre de toutes les opération» oonunerciales. Des ce*
rémotnes, qiii durèrent ptns de qninze jours, eurent lieu pour les funérailles du roi , ta réception des cliefs et celle du capitaiue Byroa : mais dans ces cérémonies, dans ces fêtes, le type indisène s'effaçait ; la civilisation européenne avait poussé déjà de profondes racines. Les restes du souverain furent portés dans Téglise réformée, et delà déposés dans un tombeau chrétien , au lieu de l'être dans le moraî de leurs ancêtres.
Le capitaine Kotzebuë reparut à Oabou dans le courant de décembre 1824. Karaî-Mokou, gouverneur de rile, le reçut comitie une ancienne connaissance, et lui accorda une audience particulière en présence de Ja reine Kaahou-Manou , et de Noma-Uana, Tune des veuves du grand Tamea-Mea. Haute de cinq {jieds et demi et d'une carrure d'atlilete, la royale veuve s'écrit soudainement de Kotzebuë, et des le lendemain elle écrivît la lettre suivante :
« Je te salue, Russe; je t'aime d« tout mon cœar« et plus que moi-même.
Aussi, en te vovant dans mon pays, le ressens une jjoie que mon pauvre langa^^e ne saurait t'exprimer. Tu trouveras ici tout bien changé. «Tandis que Tamea-Mea vivait , le pa]^ était riche et flortotnt; mais depuis sa mort, tout tombe en ruine. Le jeune roi est À Londres; Kaahou-Manou et Karai-Mokou sont absents pour quelques jours, et Chino, qui les remplace , a trop peu de crédit sur le peuple pour te recevoir comme il convient à ton rang. Il ne peut te procurer autant de cochons , dé patates et de taro qu'il t'en faudrait. Combien je reerette que mes propriétés soient sur Itle Mawi, si foin à travers la merl Si elles étaient plus près, tu serais chaque jour entouré de cochons.
Aussitôt que Karaî-iMokou et Kaahou-Manou reviendront , tous tes besoins seront satisfaits. Le fière du roi vient avec nous ; mais c'est encore un enfant sans expérience, qui ne sait distinguer le bien d'avec le mal.
« Je te prie d'embrasser ton empereur en mon nom. Dis-lui que je vou-
drais bien le faire moÎ4nême; mais la vaste mer nous sé^re. T9*oubIie pas de faire mes salutations à toute la nation. Puisque je suis chrétienne , et que tu l'es aussi, tu excuseras mon écriture. La faim m'oblige de tern^ner ma lettre. Je désire que tu puisses manger aussi la tête de ton ooclion avec plaisir et appétit. Je suis avec une constance rovale et un amour éternel , a l^a ifO]iA.-nANA. •
La nouvelle de la mort de Rio-Rio encourai^ea quelques ambitieux. Le successeur de Tamou-Arii leva Véteadard de la rébellion, et Karat-Mokou se vit forcé de le combattre. Le 6 juin 1835, Kau-Ike^Ouli , frère cadet de Kio-Rio, jeune, enfant de dix ans, élevé par le missionnaire américain Bingham, fut proclamé roi, et, pendant sa minorité, la régence fut confiée à Karaî-Mokou.
Le premier acte de la régence fut la connnnation des droits d'ancrage et de inouilla^eétablis par Tamea-Mea, à raison de dix sous par tonneau pour les bâtiments qui se bornaient à une simple relâche, et de trois francs pour ceux qui entraient en relations d'affaires. Peu de temps après, Raraî- Mokou mourut d*hydropisie à Tâge de 70 ans. C'était, après Tamea-Mea , k plus grand homme de l'archipel. Boki fut pommé à sa place. L'homme qui gouverne aujourd'hui de fait, c'est Koua-Kini, le frère de la reine Kaahou-Manou , dont la fille a été fiancée au nouveau roi en 1830.
Le jeune roi Kau-lke-OuH, âgé de 19 à 20 ans , élève du missionnaire Binffham , lui succéda. Sous son règne les Européens et les Américains établis à Haouaî et à Oahou ayant voulu se mettre au-dessus des lois , au sujet d'une vache qui avait été pahre un instant dans un enclos apparie^ nant à un étranger, le conseil de ré^ gence rendit une décision aussi fem)« que juste et modérée. Voici cette pièci
aui peut donner une idée à la foi^ e l'esprit de la population et du çoui vernement, ainsi que des formes nal ves et originales de la chancellerie bi blico-haouaïenne.
OGËAIKIK*
Kau-tke^fi, le roi ; KaahoQ-Manoa, r^ente (voy.p/. 114); Bokî, gouverneur Je Oahou; Adams Koua-Kîni, fouTemeur de Hawaii ; Manouia , Keoaa-Noa«Hinaou, Atka-Maka, Paki, lûnaou, John Li« James Kahouhou.
' Onliott, octobre 1839.
s Moi j voieî ma décision pour vous.
5oos consentons à la requête des résidents animais ; nous accordons la protection des lois : c*ést le but de votre pétition.
« G*est pourquoi voilà ma proclamation , que je vous fais connaître, ainsi qu'à tous les hommes des contrées étrangères. — Les lois de mon pays défendent te meurtre, le yol, l'adultère, les prostitutions, les débits des ligueurs fortes dans les distilleries, les amusements ie jour du sabbat, l'escro-
Suerie et les jeux de hasard les jours u sabbat et les autres jours.
« Si quelqu'un yiole ces lois , il est sujet au châtiment. 11 en est de même pour tout étran&er, que pour tous les iiommes de ces îles : quiconque violera ces lots sera puni.
« Le mariage chrétien est oonvena** ble aox hommes et aux femmes. Seulement, lorsqu'une femme regarde un homme comme son seul man , et que rhomme regarde la femme comme son unique é[y>use, ils sont également mariés: mais si les parties ne sont pas mariées, et ne se regardent pomt comme mari et jfemme , qu'elles soient séparées sur-le-champ.
« Voici encore notre décision , que Je vous dédare maintenant. Nous avons ▼a TOtre méchanceté jusqu'à oc moment Vous ne nous avertissiez point qoe vos vereers et vos enclos étoient iabom (sacres, inviolables), jusqu'au moment où nos animaux sont entrés dans vos plantations ; alors , sans hésiter, vous 1<^ avez tués. Mais nous vous avons avertis du tabou de nos cultures long-temps à l'avance, et nous vous avons avertis aussi de retenir vos bestiaux. Nous avons appris que vos bestiaux étaient entrés dans nos cultures , et les avaient ravagées ; pour ce motif, quelques-uns de vos bestiaux ontététuà.
« Voici quel était le môven d'obtenir justice. Si vous ju^ez rhomme coupable, vous ne deviez point le punir tout d'abord; il fallait attendre une consultation de notre part; puis, si nous l'avions trouvé coupable, nous vous aurions accoidé des dommages.
Mais non , vous l'avez cruellement et 8ur-leH2hamp maltraité. C'est un crime de deux d'entre vous. Cependant, nous vous représentons que la blessure d'un homme est un plus crand mal que celle d'un animal , attendu que l'homme est le chef de tous les animaux.
« C'est notre communication pour vous tous, pères des pays d'où viennent les vents ; ayez pitié d'une nation de petits enfants y. très-faibles et très -jeunes, qui sont encore dans les ténèbres de l'esprit ; aidez-nous à faire le bien , et observez avec nous ce qui doit faire le plus grand bien de notre pays.
« Quant à la mort de la vache , elle a pén pour avoir violé le tabou établi pour la protection de la plantation.
L'endroit était saranti par une palissade élevée par le propriétaire. Ayant ainsi clos sa propriété, ce qu'il restait à faire était du devoir des maîtres du bétail , qui étaient prévenus par le surveillant de la plantation de ramener chaque soir chez eux le bétail. Il leur parla ainsi; mais on n'y eut point égard, et on les laissa libres durant la nuit. Alors le propriétaire de l'habitation songea à obtenir des indemnités, car plusieurs animaux avaient déjà été surpris, et leurs maîtres n'avaient payé aucun dommage; c'est pourquoi le maître de la récolte lésolut de tuer l'un des animaux qui la dévastaient.
Car il avait été dit que, si quelque animal forçait un enclos et ravageait la récolte, il serait conGsqué et adjufzé au maître de la récolte. Plusieurs avaient, été saisis, puis réclamés, et enGn restitués; cela a été fait maintes fois.
Pourquoi alors étes-vous si prompts dans votre colère? C'est dans l'enclos même que la vache a été atteinte , puis elle en est sortie. Pourquoi donc votre déclaration mentionne-t-elle que la vadie a été méchamment tuée sur le ter*
rain commun? La vache D*aarait pad été tuée pour Tavoir fait paître seulemeot dans le pâturage commun : il est bien connu que c'était dans Tenrlos même qu'elle se trouvait, par tous ceux qui prenaient soin de la plan-
« Signé j KàU-iKB-ouLi.»
On reconnaît dans cette pièce la di* rection, et je dirai presque un acte flouvernemental des missiormalres. Ce jeune roi donne les plus belles espérances : grand, bien fait, d'une physionomie ouverte, Impartial, généreux, il rappelle heureusement son aïeul Tamea-Mea, et deviendra sans doute un grand roi, s'il est bien dirigé dans ses premiers pas (vov. /i/. 113).
Il a épousé Kini, nièce de la reine Kadou-Manou; sa sœur Nahi-Nahina est belle et spirituelle (voy. p/. 113).
GROUPE DB WASIIIIVGTON.
Nous proposons,de réunir sous cette dénomination , qui rappelle le nom à^ rtle principale et celui du erand fondateur des États-Unis de 1 Amérique septentrionale > les petites îles Washington , Palmyra , America , Noël (Christmas), Fanning. qui était autrefois habitée, Jarvis, les fies vues par le capitaine Walker en 1814, File Douteuse de Broke, et quelques autres.
Le chef-lieu de ces lies basses serait celleçuia reçu le nom de Washington, et qui occupe presque le centre de ce ^oupe.Noslecteursneconfondrontpas ce grouoe et cette tle Washington avec les îles Ouahonffa, ou Washington , qui font partie de rarcbipel de Noukahiva, nommé Marchand par les Français, du nom de ce capitaine, Mendana nar les Espagnols, H^asMngton par les Américains, et auquel nous donnerons, selon notre méthode, son véritable nom, celui que lui donnent les indigènes, le nom de Nouka-Hiva.
Notre groupe de Washington est situé au sud de l'archipel de Haouaî, à Test de celui des Carolines, et au nord de notre archipel de Rc«geween , que nous décrirons plus taraTll est borné à Test par une immense étendue de
mer : nous n'en parlons que parcei que nous avons à cœur de oomplétetl entièrement la description de toutes leri .parties de l'Océanie; mais nous ut; pouvons (^uère que nommer et classer ces lies, et donner leur position , car ce ne sont que des points insignifiants pour la piupart , déserts presque tous, et ne comportant qu'une sèche et courte nomenclature.
Les îles Smith ont été découvertes en 1807 par le capitaine Johnson de la frégate anglaise ComwaUUj êtrevues, en 1815, par lecapitaine français Dayot, commandant le HemandOj navire espagnol. C'est un groupe d'îlots inhabités, coralligènes et cbuvertsd'une végétation chétive. Elles ont environ neuf milles de circuit du nord-ouest au sud-est, et sont situées par 16** 53' de latitude nord et ITl^'S! de longitude ouest.
L'île Palmyra , reconnue pour la première fois par l'Américain Fanning , le \A juin 1798, fut retrouvée quelques années après par le capitaine Macka]^.
Cest une île basse de trois lieues d'étendue, avec deux petits lagons à Tintérieur, et des brisants extérieurs, dont celui à l'ouest s'étend juFqu\i trois lieues aii large. Un mouillage existe au nord par dix-huit brasses. Son nom lui fut donné par le capitaine Sawle de la Palmyra j qui la revit en 1802. Cette tle déserte art par ô*>50' de latitude nord et lei^'tô'de longitude ouest. A quatre ou cinq lieues au nord est situé un écueil dangereux, également découvert et reconnu par le capitaine Fanning.
Sa forme est celle d'un croissant; il occupe six lieuesd'étenduedu nord au sud.
L'île de Washington, la New-Yeai des cartes d*Arrowsinith, fut aussi découverte par Fanning. C'est une terre élevée et couverte de verdure, mais déserte et hérissée de brisants. Sa po* sition est par 4° 45' de îatitude nord e 162<> 28' de longitude ouest. Le group Fanning, près de l'équateur, est forni de trois îlots boisés etceints de brisant* au dedans desquels est un bon moui lage. Les deux flots du nord ont chacu neuf milles de long ; celui de Test en six. C'est vraisemblablement l'Ile Am*
rica dé quelques navigateurs. Quand Fanning débarqua, il trouva Ttle déserte et couverte d*oiseaux de mer si familiers qu'ils se laissaient prendre à la main. Mackay, qai y fut chercher du caret et du tripang , y trouva sur le soldes pierres r^lierement taillées, et, dans une fouille pratiquée à ceux pieds de profondeur, un caveau en ma« çonnerie rempli de cendres, de quelques os humains, dMnstruments en pierre, en coquilles et en os , de lances , de flèches et de différents ornements. A son tour, M. le Goerant, Français, y relâcha en 1828, et y rencontra vingtcinq bâtiments occupés à la pèche du trijMine. Sa position est par 3* 48' de latitude nord et 161* 2S de longitude ouest.
Lfle de Noël ou Christmas fut découverte par Cook en décembre 1777. Il passa plusieurs jours au mouillage, et
a procura des tortues et du poisson.
!$t une tie basse, boisée, déserte, d'environ quinze lieues de circuit, avec un assez bon mouillage. La bande occidentale est tellement échancrée que cette tle a la forme d'un croissant. On
L trouve du poisson et des tortues, le gît par le t* 59r latitude nord et le lS9«6(f longitude ouest.
Arrowsmith assure que 111e Jarvis a été découverte par un capitaine Brown, et revue en 1822 par un capitaine Lock. Il la place par ù^ SOT de latitude sud et 162<» 18' ae loùgitude ouest.
M. Dumont d*Urville pense que l'île Broke, placée sur la liste américaine à peu de distance au sud-est de l'tle Jarvis , n'est autre chose que l'Ile Jarvis elle-même.
GRAin» ARCHIPEL DES GAROLIITES.
Nous avons dit que l'Inde était la croix desgéographes chargés de décrire l'Asie, de même que l'Allemagne de ceux qui décrivent l'Europe. Nous pouvons à plus juste titre nommer le grand archipel des Orolines la croix des géographes de l'immense Océanie. Il se compose d'une cinquantaine de croupes , dont plusieurs ne sont pas uéterminés: la plupart de ses lies innom-
81* lÂoraUcn. (OcKAiin.) t. ii.
OCÉANIE. «I
braUes n'ont pas encore été visitées; il est, par conséquent, bien dlfQdle de faire pénétrer la lumière dans ce chaos d'incertitudes et de contradictions : hic opus. hic Uibor est
Le voyage d un savant navigateur russe, M" lecapitaiiieLutke, ajeté une grande clarté sur ces groupes, dont vingt-six ont été parcourus par lui.
Les expéditions des savants navigateurs Duperrey et d'Urville avaient déjà éclairé, en partie, l'obscurité qui les entoure; mais il reste encore bien des lacunes à remplir. Dans cet état de dioses , nous ferons tous nos efforts pour classer cette intéressante coutrée avec le plus d'exactitude qu'il nous sera possible.
Notre grand archipel des Carolines se composera , à l'ouest, du groupe des tles Péliou , des Dangereuses Matelotes , de rtle des Martvrs, deSaavedra»
de Sonsorol ou Saint- André, des tles Anna, Mariera, Lord -North, etc. , que nous considérons comme ses annexes , et des tles Freewill , ou Guedes, ou Saint-David , avec Ttle Nevil que nous considérons comme une annexe de l'atollon de Freewill. Les Carolines propres feront naturellement partie de cet immense archipel , et nous y corn-
firendrons, en outre, le groupe de Raik, et le groupe de Radak qui est identique avec l'archipel de Marshall et de Mulçravede la plupart de géographes.
Plusieurs motifs puissants nous ont empêché d']^ placer les tles Mariannes« malgré l'opiâion du savant M. de Chamisso.
En conséquence, cette immense ré-
§ion s'étendra depuis l'tle Bigar, la ernière tle septentrionale de la chaîne de Radak, par le 12* lat. nord, jusqu'aux tles liougounor, par le 8* lat.
sud, et depuis llle Sonsorol, par le 129o long, est, et llle la plus orientale des Mulgraves, près du 170* long, est; ce qui donnera aux Carolines,' (Taprès notre classification, 225 lieues du nord au midi, en traversant l'équateur, et 1025 lieues de l'ouest à Test.
Après avoir eroupé les terres de cet immense arcnipei , nous consacrerons une description étendue auxjprin*
SI
dpàlèi oit aitx pkis célèbres, ieUes ^wt Ctoror, doot Péliou, sa capitale « est devenue en quelque sorte d«s$i- -que par le séjour de Wilsoo ; Gouap , on plutôt Yep , Ijunours^ , Lougounor, Qulia, Satooual m Sataouan, Hogouleu, Uaiab , Aur, Otdia, Pouyotfet et quehpies autres. Quant aux Iles qui n'ont aucune importance, nous indiquerons seulement leur situation et les famîUès ethnographiques auxqudtes elles appartiennent.
CoounençoQS la description et Thistoin des Carolines par tes Iles ood:
eilOét>S DE PÉLIOU.
Le groupedes tles Péliou, ou Palaos, m F«Btog (que j^eusse nommé Péli, d'après ^ux de ses hobitants que j'ai entendu les nommer ainsi , si je n'avais à lutter contre Tusage toujours difficile à détruire, mais que je continuerai d'appeler Péliou), forme la partie occidentale de l'archipel des Carolines. Elles ood été découvertes par les Espagnols.
Ses fies les ptus oonsidérables sont :
BabeUJumtip. £Ue a neuf lieues du nord au sud; et une montagne assez élevée, de laquelle la vue plane sur toutes fes Iles dé ce groupe. Ses prineipaax districts sont Enmialagui , Artingall et £merings, JDommandés diacun par un mpak ûu ebef. Celui d'Artinf^ s'est rendu oéièhre par ses guerres avec le rupak de l'Ile qui suit.
Corror. Cette petite lie, qui n'a que eix milles <tb Test à l'ouest, se compose d'îlots fort rapprochés. Elle a pour cheflieu P^o», dont le brave ru|Kik Abba- Thoulé et son idmable fils Li-Bou occuperont ude place importante dans l'histoire de ee pays.
Ourouktkapeif Errokong, et OurouioM, oélâire par le naufrage de VAnmone^ ne sont gue des Ilots.
Péléaou^ qui a huit milles du nordnord-est aii sud -sud-ouest, est assez fertile et pr^èote un aspect charmant.
Elle est environnéje d'Ilots.
t* La petite lie A'Angour. En 1801 , Ibugoitia , capitaine espagnol , y resta — 'lues jours, et en trouva les habiibmks^ doux et généreux. .
Les îles Maiehk9 ou àeffe*, viicf
far Saavedra et Villalobos , sont régies par différents cfaefi. Leur approcbe est dangereuse.
Les deux petites tles Son^orel on Saint- André, furent déoouverl^ par Padilla» en 1710. Elles sont fréquentées par les habitants de Péliou. £elle du midi est la plus grande ; elle est séparée de l'autre , que les naturels nomment Kodokopoui , par un canal d'environ deux milles, latitude nord À^'ia, longitude est 1290M'.
Enfin i'ile IMortz, l'tle Kya^le «t celle de Lord-North, inconnues J4isqtt*è ee joer , et sur lesquelles nous donner rons, à k fin de la description des Iles Péltou, quelques détails eotièresient neufs.
Voici ee qu'on lit dans les lettres édtfiajUei, touchant une tentative faite par deux missiounaires tsfêginols qui montèrent le vaisseau la ten/a-rr> nidadj commandé par Padilla, pour aller prédier l'Évangile aux habitants de Sonsorol. l^ relation est de la main de Joseph Somera , l'un des officiers du Santa'TriMdad.
« Après quinze jours de navigation, depuis les Philippines» k SO noviemine 1710, nous découvrîmes la terre an nord-est : c'étaient deux Iles jque les PP. Dubaron et Cortii , que nous conduisions, nommèrent Saint- André, du nom de la fête du jour. L<H'sque nous en fdtnes proches , nous aperçâmes un bateau qui venait à nous, et dans lequel il y avait de ces insulaires qui nous criaient de loin : Miwia l mapial (bonnes gens 1) Un PauK>s (hsmitaot de Péliou), qui avait été baptisé à lianila, et que nous avions mené avec nous, se montra à eux , et leur parla. Aussit^ ils vinrent à bord et nous dirent que ces Iles s'appelaient Sonsorol {Sonrolsur la carte de Cantova, 5aro/ sur celle de Serrano), et qu'elles étaient du nombre des lies Palaos. Ils firent paraître beaucoup de joie d'être avec nous, et la témoignèrent en nous baisant les mains et en nous embrassant.
. « Ces peuples sont bien faits de corps et d'une complexion robuste; ils vont tout nus, ex<;epté qu'ils c<^uvrent leurs
OCÈAJSIE.
as
parties sexueHes d'un mùrcean de natte; leurs cheveux sont presque crépus; ils ont fort p^ de tiarbe. Pour se garantir de 1^ pluie , ils portent sur les épaules un petit manteau fait de fils de patates, et sur la tête, une espèce de chapeau de nattes, autour duquel ils attachent des plumes d*oiseaux toutes Ter^ Ils furent surpris de voir nos mariiuers fumer du tabac. Us paraissaient faire grand cas du fer; iU le regardaient avec des yeux avides, et oous en demandaient sans cesse. Après midi, deux autres barques vinrent à nous, chargées chacune de huit hommes. Dès qu'ils approdièrent de notrô hord, ils se mirent à ciianter, réglant la cadence en frappant des mains sur feurs cuisses. Qua^d ils eurent abordé, ils prirent la longueur de notre bûtiment, dans Tidée qu'il était fait d'une seule pièce de bois ; d'autres comptaient les hommes qui étaient sur notre bord.
Ils nous apportèrent Quelques cocos , du poisson sec et des nerbes. Ces îles sont toutes couvertes d'arbres jusque sur le bord de la mer. Les bateaux sont assez bien fults , ayant des voiles latines; un coté du bateau est soutenu par UB contre-poids qui Tempéche de tourner, r^ous leur demandâmes à Quelle aire de vent était la principale ae leurs fies, qui s'appelle Panlog : ils nous montrèrent le nord-nord-est ; ils aioutèrent aue vers le sud il y a encore deux Des; l'une s'appelle Mariera et Pautre PoulOy sur la carte de Serrano Mourîes etFalia.
« J'envoyai la cbabupe avec la sonde chercher un endroit où l'on pût mouilkf. A un quart de lieue de l'île, elle fut abordée par un bateau du pays rempli d'insulaires : l'un d'eux aperçut un sahre, le prit, le regarda attentivement, et se jeta à la mer, l'emportait avec lui. Mon aide-pilote ne put trouver aucun lieu propre à jeter l'ancre; le fond était de roche et grand fond partout. A son retour, j'envoyai encore un autre homme cliercher un mouillage : il alla tout près de la terre et trouva partout, comme le premier, grand fond de roche; ainsi nul endroit oà l'on pût jeter l'ancre. Je me soute-
nais à la Toile contre le courant qai portait avec vitesse au sud -est; mais le vent étant venu à manquer, nous dérivâmes au large. Alors les insulaires venus sur notre nord rentrèrent dans leurs bateaux pour s'en retourner. Les deux missionnaires voulurent engager l'un d'eux à rester, et ne purent l'y i'ésoudrè : ils s'entretinrent de religion , et lui firent prononcer les noms de Jésus et de Marie, ce qu'il fit d'une manière très-affectueuse. On l'interrogea sur la grandeur de l'île et le nombre des habitants; il répondit que nie avait bien deux lieues erdemie de tour, qu'il pouvait y avoir huit cents habitants qui vivaient de cocos, dé poissons et d'herbages.
a Je pris la hauteur du soleil à midi , et me trouvai par 5° 16' latitude nord, et la variation 5° nord-est; les courants nous emportaient au laiige avec vio* lence vers le sud-est. Je ne pus regagner la terre que le 4 décembre : nous nous trouvions à l'embouchure d'une passe entre deux tles. J'envoyai la cha* loupe pour cliercher un bon mouillages mais partout grand fond de rocher, et l'impossibilité de ieter l'ancre. Les PP. Dubaron et Cortil formèrent le dessein d'aller h terre planter une croix. Pa« dilla et moi leur représentâmes lei dangers auxquels ils s'exposaient, ce qu'ils avaient à craindre des insulaires, dont ils ne connaissaient pas la génie, et l'embarras où ils se trouva raient si les courants jetaient si bien le vaisseau {lu large qu'on ne pût sa rapprocher de terre pour les reprendre ou pour les secourir. Us ne furent pas touchés de ce raisonnement : ils entrèrent dans la chaloupe avec le contremaître, l'enseigne des troupes de dé- .
barquement, le Pilaos interprète, sa femme et ses enfants. Après leur dé« part, nous nous soutînmes à la voile toute la journée, à la faveur du vent; mais il manqua sur le soir, et le courant nous jeta au large. Jusqu'au 9 à midi , nous fîmes tous nos efforts pour approcher de terre, sans pouvoir rien gagner : au contraire, nous nous éloignions de plus en plus; je me trouvai par ê» W latitude nord. I^ous tlnnet
conseil sur ie parti quMI y avait à
{)rendre : Padillà^ un frère jésuite, 'aide-pilote et moi, fûmes tous d'avis de faire route pour découvrir l'île Panlog, principale de toutes, et éloignée de celle que nous quittions d'environ cinquante lieues. »
Dès que Padilla eut reconnu Panlog, il retourna aux fies Sonsorol, pour s'informer du sort des missionnaires. Après avoir passé trois jours en croisière autour du groupe, sans qu'aucune pirogue se montrât, un vent violent le força de s'éloigner. L'année suivante , le P. Serrano partît à son tour pour aller secourir les PP. Dubaron et Cortil; mais, au troisième jour de navigation , un effroyable ouragan brisa son navire; deux Indiens et un Espagnol échappèrent seuls à ce triste naufrage, et en portèrent la nouvelle à Manila. Plus tard, un bâtiment espagnol, passant près des Palaos, attaqua les insulaires, et emmena quelques-uns de ceux-ci captifs dans cette capitale des Philippines. « Là, dit ie P. Carier, qui donne ces derniers détails, on leur demanda par signes ce qu'étaient devenus les deux Pères qui étaient restés dans une de leurs )les : hs répondirent de même par signes , et firent entendre que leurs com|)a.riotes les avaient tués et ensuite mangés. »
Poulo-Anna fut découverte en 1761 par le vaisseau Camavon; Carteret et autres navigateurs la reconnurent plus tard. C'est une petite île basse et boisée. Position : 4o 38' latitude nord, 1290 44' longitude est. La petite île . Mariera f découverte par Padilla, fut retrouvée, en 1781 , par le Montrose.
Elle est habitée. Son étendue est de deux milles du nord au sud, et d'un mille de largeur. Dans la carte d'Arrowsrnith elle porte le nom de Has- Ungs; car les Anglais ont toujours eu l'injuste prétention d'imposer des noms anglais aux terres découvertes par d'autres peuples. Elle e^t située par le 4<'20' latitude nord et 130« 8' longitude est. L'île NevU fut découverte en 1781 par le navire Montrose y par qui son nom lui fut imposé. Elle reçut tour à tour les noms de I^orlh et de John-
ston. Nous la croyons iuV..t.4ue arec l'île Evening, vue par Carteret le 17 septembre 1767. Cette petite île, basse et entourée d'un récif à sa pointe orientale, est située par le 3"* 3' de latitude nord, et le 128° 44' de longitude est C'est une annexe des Iles suivantes :
Les îles Guedesy découvertes en 1537 par Grijaloa et Moaredo, furent retrouvées , en 1 767 , par Carteret , qui les nomma Freeunll, et vues par Meares, Macluer et le savant Horsburçh. Elles sont au nombre de dnq^ quoiqu'on n'en compte que trois dans presque tous les ouvrages de géographie. Ces îles ont reçu également le nom de Saint- David.
La principale est appelée Pégan par les naturels. Carteret les compare aux insulaires de Palaos. a Couleur de cuivre avec de beaux et longs cheveux noirs; mais peu de barbe, panx* qu'iJs répilent. Leurs traits sont beaux et leurs dents d*une blancheur et d'un poli singulier; ils sont de stature moyenne, mais extraordinai rement vigoureux et alertes; gais, conlîants et hospita!iers.
Leurs pirogues , leurs cordages , leurs nattes qui servent de voile à leurs canots, prouvent l'industrie et Tinteiligence. » Ces îles sont basses et petites; il paraît que les cocotiers, les arbres à pain, le bétel et autres végétaux de THe Péliou y fimt la substance df^ habitants. Ces peuples, ainsi que je l'ai déjà dit, sont de véritables Polynésiens, au jugement de Carteret fui -même, comme tous ceux (]u'on trouve depuis l'île Péiiou jusqu^à nie de Pâques.
C'est à tort que Malte-Brun a plao^ les Freewill parmi les îles des Papous.
HISTOIRE NATDRELLB.
Les terres de ce groupe sontcouvei^ tes d'arbres, parmi lesquels les. Anglais ne reconnurent que l'ebénier, l'arbre à
Cain sauvage, la canne à sucre, lebamou, le citronnier, Toranger et le bétel , le chou palmiste, Paréquier, lecarambolier, le bananier, Vengenia-jambos, le curcuma qui leur fournit la couleur jaune dont ils aiment à se teindre la
OCÉANIE
Kio, ainsi que l€S Carolfns propres, rmi les arbres qui paraissent particuliers à cette contrée, il en est dont la circonférence a plus de vingt-huit et trente pieds, et dont la moelle forme une nourriture saine et abondante.
On ne voit d*autres quadrupèdes dans les fies Péliou que des rats d*un gris foncé, et quelques chats, si peu nombreux et si maigres, qu'ils paraissent y avoir été yortés par quelque canot des fies voismes qui y aura lait naufrage.
Les oiseaux domestiques ou sauvages y sont très-communs; tes poules y vivent au milieu des bois , et , avant rarrivée des Anglais, jamais les insulaires n*avaient songé à s*en nourrir; dans le temps de la' couvée ils recherchaient leurs œufs, auxquels ils n'attadiaient de prix que lorsque le petit poulet y était déjà formé.
Les pigeons sont très -nombreux aussi dans les forêts de Péliou; mais les naturels ne connaissent point l'art de les tuer au yoI : ils enlèvent les petits dans le nid, les attachent par la patte à une corde au-devant de leurs maisons, et les nourrissent d'içnames.
Le cochon n'existait pas à Péliou au temps de Wilson. Kaaou , sauvage carolin, qui avait visité cette tic, dit à M. de kotzebuë qu*il avait vu des vaches, des dièvres et autres animaux domestiques que les Européens y avaient naturalisés.
Les côtes fourmillent de poissons de toute espèce : on y remarque surtout le narval ou unicorne.
Dans toute retendue de ces îles on ne Toit aucune rivière; mais il y a des ruisseaux, de belles fontaines et des étangs d*eau vive et douce, dans lesquels on pêche des moules d'une grosseur prodigieuse.
HOUBRITURS.
La nourriture des indigènes est trèssimple, et même, en général, peu agréable : ils font eriller leurs poissons sur le feu d'un Sois odoriférant, ce qui les^rend très-faciles à conserver, mais leur donne une odeur insuppor-
table; ils mangent les coquillages crus, excepté la chair de gros tridacnes ou bénitiers . qu'ils font cuire sur la braise. Ils font bouillir des tortues qu'ils aiment par-dessus tout, sauf le pigeon, qui est pour eux un mets rdyal, et lis foiit cuire au soleil les oiseaux qu'ils prennent très Jeunes, et qui sont, oooséqueminent fort tendres.
Avec le sirop de la canne à sucre et de palmier, et des amandes de noix de coco, ils font différentes conCtures.
Leur boisson hal^ituelle est l'eau douce mêlée avec un peu de sel , avec le sirop du palmier ou avec le jus de la canne à sucre; quelquefois ils mêlent ensemble le sel, le sucre et une espèce de poivre, pour en composer une liqueur enivrante qu'ils aimentpassionnément, et qui ressemble au seia ou kava.
niDUSTRIB.
Les habitations de ces insulaires sont ingénieusement construites , et annoncent beaucoup de goût pour les arts chez un peuple qui , n'ayant point de fer, a néressairement des instruments tnts-îiiiparfaits. Des piles de pierrest, tai!tées au sortir de la carrière avec des cailloux tranchants, élèvent leurs case& uu maisons de quatre pieds au-dessus du sol ; deux rangs de bambous, ranges sur ces piles, servent de plancher; d'autres bambous, chevillés sur les premiers, forment les côtés de la maison que couvre le toit en feuilles de palmier, deux fois aussi élevé que les murs latéraux. Dans l'un des bouts le plancher est percé, et le trou, rempli de pierres, sert de foyer pour cuire les aliments et entretenir le feu pendant toute la nuit; au bout opposé, une planche tournant sur une canne de bambou sert de porte et d& fenêtre. Les meubles qui garnissenf l'intérieur de ces cases sont fort sim* pies et cependant assez commodes.
Un petit panier, ouvrage des jeunes filles, est la possession la plus précieuse de clinque famille, et sert à transporter toutes les provisions; des petites écuelles de bois de toutes les formes composent toute leur vaisseliei
des moreatux d'ëcaflle de moule leur servent de couteaux , et ils fabriquent, avec un 09 de poisson , une fourchette dont la ressemblance avec les nôtres est frappante. Us ont de £rands peignes en |)oi8 d'oranger et d'un seul morceau. Leurs pirogues sont faîtes avec des troncs d'arbres creusés , peints en rou^e en dedans et en deliors, et incrustes de coquilles; mais elles sont inférieures à celles des Carolins propres.
Les armes des habitant^ de Péliou sont faibles et paraissent plutôt destinées à la chasse qu'à la guerre. Leurs lances ont quelques pieds de long, ter« minées par un os de poisson qut imite absolument )a forme d'un dard barbelé : ces lances, qu'ils dirigent aved beaucoup d'adresse, servent également dans les combats et à la péche'des gros poissons; mais le plus souvent ils ne se servent que de la fronde, qu'ils inanjent avec beaucoup de faciliié.