BÊTEMENT OB DEUIL FORT SINGUUEB
Les habits de deuil, composés des productions les plus rares ae Ttle et de la mer qui Venvironne, et travaillés avec un soin et une adresse extrêmes , étaient d'un prix considérable. Cet ajustement, remarquable par sa bizarrerie, consistait en une planche légère et demi-circulaire, d'environ deux pieds de long et de quatre à cinq pouces de large. Cette planche était garnie de cinq coquilles de nacre de perie choisies, attachées à des cordons de bourre de coco passés dans les bords des coquilles et dans plusieurs trous dont le bois était percé. Une autre coquille de la même espèce, mais plus grande , festonnée de plumes de prgeons gris-bleu, était placée à chaque extrémité de .cette planche, dont le bord concave était tourné en haut. Au milieu de la partie concave , on voyait deux coquilles qui formaient ensemble un cercle d'environ six pouces de diamètre, ^et, au sommet de ces coquilles, il y avait un très-grand morceau de nacre de perle oblon^, s'élargissant on peu vers l'extrénuté supérieure, et de neuf a dix pouces de hauteur. De longues plumes blanches de la queue des oiseaux du tropique formaient autour un centre rayonnant.
Du bord convexe de la planche pendait un tissu de petits morceaux de nacre de perle, qui, par l'étendue et la forme, ressemblait à un tablier; on y comptait dix ou quinze ranes de pièces d'environ un pouce et demi de long et un dixième de pouce de large; chacune était trouée aux deux extrémités, afin de pouvoir se poser sur d'autres rangs. Les rangées étaient parfaitement droites et parallèles entre elles ; les supérieures, coupées et extrêmement courtes à causedudeoii-cerclede la planche.
Les inférieures étaient aussi communément plus étroites, et aux extrémités de chacune était suspendu un cordon orné de coquillages et quelquefois de crains de verre d Europe. Du haut de la planche flottait un gland ou une queue ronde de plumes vertes et jaunes sur chaque côté du tablier; ce qui était la partie la plus brillante du vêtement. Toute cette parure tenait à une grosse corde attacnée autour de la tête du pleureur : par devant, elle tombait perpendiculairement; le tablier cachait sa poitrine et son estomac; la
filanche couvrait son cou et ses épaues, et les coquilles masquaient son visage. Une de ces coquilles était percée d'un petit trou à travers lequel celui
3ui la portait regardait pour se conuire. La coquille supérieure et les longues plumes dont elle était entourée s'étendaient au moins à deux pieds au delà de la hauteur naturelle de l'homme. Le reste de rhabiliement n'était pas moins bizarre. Le pleureur mettait, d'abord le vêtement ordinaire du pays, c'est-à-dire une natte ou une pièce d'étoffe trouée au milieu ; il plaçait dessus une seconde pièce de la même espèce, mais dont la partie de devant, oui retombait presque jusqu'aux pieds, était garnie de boutons de coques de coco. Une corde d'étoffe brune et blanche attachait ce vêtement autour de la ceinture; un large manteau de réseau , entouré de grandes plumes bleuâtres, couvrait tout le dos, et un turban d'étoffes brunes et jaunes, retenues par de petites cordes brunes et blanches, était placé sur la tête. Un ample chaperon (jrétoffes avec des rayures parallèles et alternativement brunes, jaunes et blanches, descendait du turban sur le cou et sur les épaules , afin qu'on n'aperçût presque rien de la figure humaine. Ordinairement ie plus proche parent du mort portait cet habillement bizarre (*). Il tenait dans une main d^ux grandes coquilles perlières, avec les-
3uelles il produisait un son continu, et ans l'autre un bâton armé de dents de goulu f dont il frappait tous les
(*) Cook , tom. I.
oaturels qui s'approchaient par hasard de lui (voyez pL 149 et 150).
Qn n'a jamais pu découvrir quelle est l'origine de cette singulière coutume: mais il semble qu'elle est destinée a inspirer de l'horreur, et l'ajustement bizarre qu'on vient de décrire, ayant cette forme effrayante et extraordmaire que les femmes attribuent aux esprits et aux fantômes, on est tenté de croire qu'il y a quelque superstition cachée sous cet usage funéraire.
Peut-être imaginaient-ils aue Tâme du mort exige un tribut d'atliiction et de larmes, et c'est pour cela qu'ils appliquaient à ceux qu'ils rencontraient des coups de dents de goulu : mais leur douleur n'allait pas jusqu'à se frapper euxmêmes.