SALUTATIONS ET AUTRES USAGES PARTI- CUUERS
Les insulaires avaient l'habitude de saluer ceux qui éternuaient , en leur
(*) Esprit des usages des difTérents peuples, t. II, png. aoi.
disant : Evaroua-e-Atùna. que le bon Àtoua te réveille, ou bien que le mauvais Atoita ne t'endorme pas.
Voilà des expressions et un usage d une origine commune avec les nations de l'ancien continent (*).
FABRICATION DES TÉTEMSNTS.
Ils fabriquaient et fabriquent encore leurs étoffes, en battant Técorce fibreuse du milrier. Ils employaient pour cela un morceau de bois carré qui a des sillons longitudinaux et parallèles, plus ou moins serrés suivant 4es dîtfé* rents côtés. Ils se servaient de maillet pour battre, et d'une poutre au lieu de table ; ils mettaient dans une gousse de noix ile coco une espèce d'eau glutineuse, dont ils frottaient de temps à autre les pièces de l'écorce pour les coller ensemble. La corde, qui vient de V hibiscus esculenhiSf est absolument essentielle dans la fabrique de ces immenses pièces d'étoffes , qui , ayant quelquefois trois ou quatre pieds de large et cinquante de long, sont composées de petits morceaux d'écorce d'arbres d'une très-petite épaisseur.
En examinant avec soin leurs plantations de mûriers, on n'en trouve jamais un seul de vieux ; dès qu'ils ont deux ans, on les abat, et de nouveaux s'élèvent de sa racine, car il n'y a pas d'arbre qui se multiplie davantage; et si on le laissait croître jusqu'à ce qu*il filt en fleur , et qu il pût porter des fruits , peut-être couvrirait-il bientôt le pays. Il faut toujours enlever l'écorce des jeunes arbres. On a soin que leurs tiçes deviennent longues sans aucunes branches , excepté seulement au sommet, de sorte que l'écorce est la plus entière possible. Autrefois les femmes occupées du travail qu'on vient de décrire , portaient de vieux vé* tements déguenillés et fort sales, et leurs mains, accoutumées à ces sortes de travaux assez pénibles pour un sexe faible, devenaient facilement très-duret et très-calleuses (**).
(*) Cook,I.I,pig. 3r9.
(**) Bougatnville , I. II , pif. Sl«
OCÉAI9I6.
Les TaîtienB faisaient usage jadis des arcs et des flèches, des piques, des dards, des massues, des casse -tête, des bfttons noueux, de la fronde et des pierres qu'ils lançaient avec la main ou avec le pied. Leur manière de tirer était singulière : ils s*agenouillaieot, et au moment ou la flèche partait, ils laissaient tomber Tare. Ils ne s*en servaient que pour tuer des oiseaux, et surtout des tourterelles assez grasses dont ils avaient une grande quantité.
SlGIfBS DB PAIX.
Leur manière de désigner la paix était d*agiter une large feuille verte au*ils tenaient en main, en poussant des acclamations réitérées de tayo-e.
La tige de bananier aulls jetaient à ceux avec lesquels ils cnerchaient à lier amitié était un symbole de paix; ils faisaient alors différents présents qui consistaient en diverses productions du pays (*).
aBCRUTBMBirr.
Lorsque les insulaires Toisins voulaient former une atta(]ue contre Ttle, chaque district de Taîti, sous le commandement d'un arii ou chef, était obligé de fournir son contingent de soldats pour la défense commune, et les forces réunies*de Ttle étaient cornmandées par Tarii Rahi ou roi {**).
POB-nLAlTS, CARACTÈRBS ET OCCUPATIONS.
Les peuples montagnards sont plus libres et se laissent plus difOcilement asservir que ceux des plaines, et les peuples insulaires ont moins d'obstacles à vaincre pour être heureux, que les peuples des continents , parce que les lies étant ordinairement d'une petite étendue, une partie des habitants ne peut pas être employée à opprimer rautre.L.a mer les séparant des grands
(*)Cook, t.I,p. 3oo.
(*')Kelation dt Cook; Banks et Solandcr,
II , pag. 5aa«
empires , la tyrannie ne peut y envoyer ses suppôts à raide de la tyrannie. Les conquérants affrontant moins facilement les dangers et les nécessités de la mer, pour aller chercher au loin des hommes à vaincre et à asservir, qu'ils ne le font sur les continents, les peuplades insulaires risquent moins de devenir tributaires d'autres peuplades, et conservent plus aisément leurs lois.
Sans doute, les heureux habitants de Taîti durent la douceur de leurs mœurs antiques à ces avantages politiques de la situation de leur patrie.
La vie de ces insulaires se passait dans un long repos et un léger travail. Ils se levaient avec le soleil; ils allaient se lavera la rivière ou à une fontaine; ils passaient le matin à travailler ou a se promener jusqu'à ce que la chaleur fût fatigante. Ils se retiraient alors dans leurs habitations , ou ils se reposaient à l'ombre d'un arbre : là ils s'amusaient à lisser leurs cheveux ou à les parfumer d'huile odorante, ou ils jouaient de la flûte et chantaient, ou enGn ils écoutaient le ramage des oiseaux. A midi ils dînaient; après leur repas, ils reprenaient leurs travaux ou leurs amusements domestiques, et l'on remarquait dans cet intervalle une affection mutuelle répandue dans tous les cœurs ; les voyageurs ont souvent joui de ce spectacle d'innocence et de bNonheur. Les saillies gaies sans mal ice, les contes simples, la danse joyeuse et un souper frugal amenaient la joie. On se lavait une seconde fois à la rivière , et on finissait ainsi la journée sans inquiétude et sans peine. Si l'on faisait un parallèle de cette vie sauvage avec celle des peuples civilisés, (^uel contraste! où trouveraiton ta vraie jouissance? C'est ce qui reste à penser. Voici à ce sujet ce que dit Montesquieu : « Ces Indiens croient que le repos et ic néant sont le fondement de toutes choses et la fin où elles aboutissent; ils regardent donc l'entière inaction comme l'état le plus parfait et l'objet de leurs désirs ; ils donnent au souverain être le surnom d'Immobile. Les Siamois croient que la félicité suprême consiste à n'être point obligé d'animer une machine et
fbire agir un corps. Pour un pays où ]a chaleur excessive énerve et accable, le repos est si délicieux et le mouvement si pénible, que ce système de métaphysique paraît naturel. Malgré cela , plus les causes physiques portent les hommes au repos , plus les causes morales les en doivent éloigner. »
La fabrique des étoffes est un passetemps très-agréable , et la construction des cabanes et des pirogues, ainsi que Jes manufactures des outils et des armes, sont des occupations amusantes , parce que les ouvriers jouissent du miit de leurs travaux. Les Taïtiens passaient donc la plupart de leurs jours dans un cercle de jouissances variées, et au milieu d'un pays où la nature a formé des paysages charmants , où la température de Tair est chaude, mais rafraîchie sans cesse pr une brise de mer, où enfin le ciel est presque toujours serein.