‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 53 sur 66 · FEMMES MARIÉES CÉDÉES AUX TOTAOBUBS · texte numérisé non relu

FEMMES MARIÉES CÉDÉES AUX TOTAOBUBS

Nous voyons quelques femmes cé-

(*) Nous regrrtfon» que le MTant M. Klaproth n'ait pas ache\é son édition de Marco Polo commentée, qui devait être suivie d'une carte analysée des pays qu'il avait visités, et que la Snricié de géographie de Paris devait publier à ses frais. Le manusrnt français para!) élre le premier qu^ait rédigé Marco Polo. Outre le français et le latin, il en existe k la Biblioiliêque royale cinq autres, dont un en italien , moins complet que le msnuscrit françaiset imprimé dans la collertion de Ramusio. Le savant père, aujourd'hui cardinal Ziirla , a éclairri dernièrement le lexle, Suivi df's not< sdu docte M. Bossi, de l'Iustitul de Milan.

(**) Voyez Annales des voyages, vol.

XVII, et la Dissertation de G. L. D. de Bienzi sur Marco Polo.

rUNIVERS.

dées aux yoyageurs dans que])|ues parties de la Polynésie, mais rarement à Taïti, et point aux Carolines. M. Marsden resarde encore Tintérét comme le motif de la généreuse hospitalité de gueiques Tatares qui cédaient leurs temmes et leurs maisons , pour un court espace de temps , à des étrangers qui passaient par une de leurs villes.

L'admirable Marco Polo s'exprime ainsi '(*) :

« Les habitants de Kamul (Hamil) rivaient dans les plaisirs et les amusements. Quand un étranger arrivait chez eux , ils le recevaient de la manière la plus gracieuse; ils ordonnaient à leurs femmes , filles et sœurs, de prévenir tous leurs vœux ; puis ils quitlaient la maison et se logeaient en ville, abandonnant à leurs hôtes la jouissance de tous leurs droits, et ils leur envoyaient aussi tout ce qui leur était nécessaire, mais contre payement.

Ils ne rentraient dans leurs maisons que lorsque les étrangers en étaient sortis. Cette manière d'abandonner leurs femmes aux étrangers , qui , après les périls du voyage, avaient besoin de récréation , passait pour être agréable à leurs (UvinitéSy et propre à leur assurer du bonheur dans toutes leurs entreprises , ainsi qu'à attirer sur leur famille l'abondance et la richesse. Les femmes, qui étaient fort jolies et très- .voluptueuses , obéissaient avec joie aux commandements de leurs maris. »

Voici ce qu'ajoute M. Polo :

« Les habitants de Kaindou avaient ]a honteuse coutume de ne pas regarder comme un outrage les liaisons que les étrangers, en passant chez eux, pouvaient avoir avec leurs femmes et filles. Au contraire, tous les maîtres de maison allaient au-devant des étrangers, les conduisaient chez eux, et leur abandonnaient toutes les personnes du sexe dans leur maison, où ils les laissaient entièrement les maîtres , et d'où euxmêmes s'éloignaient. Aussitôt la femme plaçait au-dessus de la porte un signal

3ui n'était enlevé qu'après le départ e l'étranger; alors le mari avait le

droit de rentrer. Ils faisaient cela en llionneur de leurs idoles, croyant par ces actes d'hospitalité obtenir les bénédictions du ciel et d'abondantes récoltes des biens de la terre. »

Cette étrange hospitalité ne seraitelle pas due à quelques superstitions inconnues, et non à l'intérêt, comme le prétend M. Marsden (*)? Telle est du moins notre opiaion.

SOCIÉTÉ UtFAWL

La plupart des Taîtiens des deux sexes formaient des sociétés extraordinaires où toutes les femmes étaient communes à tous les hommes. Cet arrangement mettait dans leurs plaisirs une variété continuelle, dont ils étaient tellement affamés , que le même homme et la même femme n'habitaient pas plus de deux ou trois jours ensemble. Si une des femmes de cette société devenait enceinte, ce qui arrivait rarement par raison physique, l'enfant était étouffé à sa naissance, afin qu'il n'embarrassât pas le père dans ses occupations journalières, et qu'il n'interrompît pas la mère dans les plaisirs de son abominable prostitution. Quelquefois la mère , par sensibilité, surmontait cette passion effrénée de la brutalité plutôt que de la nature; maïs on ne lui permettait pas de sauver la vie de son enfant , à moins qu'elle ne trouvât un homme qui rado];tât comme étant de lui. Dans ce cas, iis étaient tous deux exclus de la société, et perdaient \)Our toujours tout droit aux privilèges et aux plaisirs de l'arréoy, nom qu'ils donnaient à cette société infâme.

]La classe des arréo}'s avaitd'abomîna • blés privilèges : le vol, le pillage étaient permis à ses membres. Vagal)onds, licencieux , despotes, ils pouvaient fatiguer impunément le pays de leurs vexations et de leurs désordres. Ils formaient entre eux une ligue puissante , une association compacte, existant non-seulement à Taïti , mais dans presque toute la Polynésie , une secte qui avait à la fois ses traditions, sa généalogie

(♦•) Livre i , chap. 37.

(*) Aonales des voyages , ibid.

OCÉAIVIE.

ec ses privilèges. Ils descendaient de Oarou Tetefa et d*Oro Tetefa , fils de Taaroa et de Hina, et frères d*Oro.

Les arréoys se divisaient en sept drisses distinctes dont ctiacune avait son tatouage. La plus é4evée était celle des avae parai ^ jambe peinte; la seconde celle des M ore^ dont les deux bras étaient tatoués depuis les doigts jusjru*aux épaules : puis venaient la troisième^ celle des haroteasj tatoués depuis les aisselles jusqu'aux nanclies; la quatrième f celle des houas^ avec deux ou trois petites ng;ures seulement sur diaque épaule; la cinquième, celle des atoros , avec une simple marque sur le côté gauclie : la sixième, avec un petit cercle autour de chaque cheville ; enfin la septième , celle (les pousy espèce de candidats au tatouage, qui portaient également le nom de pou fa reareoy parce qu'à eux était dévolue, dans les grandes occasions, la partie la plus pénible et la plus fatigante des danses, pantomimes, etc.

F1IDBUB DES TAITIENNBS D'UN CERTAIN RANO.

Maiffré ce désordre, qui n'était pas

général chez ces insulaires , les femmes e Taîti n*étaient pas toutes portées à accorder les dernières faveurs à ceux qui voubtent les payer , comme l'ont assuré sans fondement guelaues voyageurs. Il était aussi difficile dans ce pays, comme dans tout autre, d'avoir des familiarités avec des femmes mariées et avec celles qui ne l'étaient pas, si Ton en excepte toutefois les filles du peuple, et même parmi ces dernières il y en avait beaucoup qui étaient chastes. Il est vrai qu'il y avait des prostituées comme en tout pays; le nombre en était peut-être encore plus grand, et telles étaient les femmes qui venaient à bord des vaisseaux. Il est naturel de penser qu'en les voyant fréquenter indifféremment les femmes chastes et les femmes du premier rang, l'étranger était dispose à penser gu elles avaient toutes la même conduite, et qu'il n'y avait entre elles d'autre différence que celle du prix. Il est vrai qu'une prosti-

46* Uorakon. (Ocbanie.) t. it.

tuée ne paraissait pas, aux yeux des femmes chastes, commettre un crime assez noir pour perdre l'estime et la société de ses compatriotes. Ces prostituées ne manquaient pas de vanité :

elles ne se donnaient jamais d'autre nom que celui de tsdoua (grande dame), titre de leurs femmes nobles, et qui s'applique surtout par excellence aux princesses de ces îles. Quand la sœur du roi venait à passer, tandis que les marins de Cook étaient assis dans une maison , les naturels qui les entouraient étaient avertis de découvrir leurs épaules, par des hommes qui, l'épiant de loin , disaient simplement ieaoua harremai ( la grande dame vient ici), ou bien arie; ce qui en pareille occasion dénote toujours quelqu'un de la famille royale. Les marins qui n'entendaient pas la langue, croyaient que leurs Dulcinées s^appelaient toutes du même nom, ee qui occasionna de plaisantes méprises. D'ailleurs, les femmes étaient toutes fort habiles dans l'art de la coquetterie; elles se permettaient par ce moyen toutes sortes de libertés dans leurs propos; il n'est donc pas étonnant qu'on les ait taxées de libertinage : mais, selon Cook, il était loin d'être général.

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