TROPHÉES
Les conquérants emportaient les mâchoires des ennemis qu'ils avaient vaincus , et les réunissaient dans un
O Cook, un, pag. 3oo.
asr
tùime lieo en tes suspendant dans une espèce d'enceinte , ainsi que les sauvages de rAinérique septentrionale portent en triomphe les chevelures des hommes qu'ils ont tués.
Les insulaires de Tlle deTaîti s'exerçaient à l'art de la guerre par des comnats qui se faisaient avec une sorte d'appareil : c'était ordinairement dans une grande place palissadée de bambous d'environ trois pieds de haut.
1 Le ehef s'asseyait dans la partie supérieure de Taniphithéâtre, et les pnncipales personnes de sa suite étaient rangées en demi-cercle à ses côtés.
C'étaient tes juses qui devaient applaudir au vainqueur. Quand tout était prêt, dit ou douze combattants, et qui n'avaient d'autres vêtements qu'une ceinture d'étoffe, entraient dans l'arène | lis en faisaient le tour lente* mentf et les regards baissés, la main gauehîe sur la poitrine : de la droite ^ qui était ouverte, ils frappaient sou* vent l'a vant-bras.de la première avec tant de roideor, que le coup produisait un son assez aigu ; c'était le signe d*un défi général. Ensuite venaient les défis particuliers, et chacun choisissait son adversaire. Cette cérémonie préliminaire consistait à joindre le bout des doigts ^ à les appuyei* sur la poitrine, en remuant en raéirie temps les coddes du haut en bas avec beaucoup de vitesse. Si rhomme à qUi le lutteur s'adressait acceptait le défit il répétait les mêmes signes; ils se mettaient tout auttitdt l'un et l'autre dans l'attitude de combattre, et à l'instant, ils eo venaient aux mains. Le grand |M>int était de saisir l'adversaire par la cuisse 4 ou par les bras , les cheveux ou la ceinture , et de le renverser. Lorsque le combat était fini , les vieillards applaudissaient an vainqueur par quelques roots que toute rassemblée répétait en chœur sur une espèce de diant , et la victoire était ordinairement célébrée par trois épouvantables cris de joie , auxquels des oreilles imropéennes auraient de la peine à s'accoutumer.
Pendant le combat on exécutait des danses et des chants. Il est à remarquer que le vainqueur ne montrait ^
son adversaire aucun signe d*orgueil, et que le vaincu ne murmurait point de la gloire de son rival ; pendant tout le combat, on n'observait que la bienveillance et la bonne humeur. Ces combats duraient environ deux heures, après lesquels il y avait un grand repas. Ces sortes de combats ressemelaient assez , mais d'une manière grotesque , aux combats des athlètes de l'antiquité.
CRAirrS ET lOANSBS.
Les chants et les danses , sf chers aux Taîtiens , s'exécutaient au son d'un orchestre, pauvre en harmonie. Les instruments étaient les tâmtams de diverses grandeurs, la trompette marine , Viharaf sorte de tambour formé par un bout de bambou , comprenant un entre-noeud tout entier* et percé d'un bout a l'autre. On iVappiit là-dessus avec un bâton. Le dernier instru* ment était une flilte ou viro^ le plus souvent faite avec un roseau d'un pied de long , pourvue de quatre trous , et sur laquelle on Jouait avec le souffle des narines. Ses sons, quoique un peu sourds, étaient assex agréables: habituellement cette Qûte servait à accom* paener les pehe ou ballades eonsa^ orêi» à chanter les dieux et les héros*
Leurs danses étaient aussi fort variées. Dans la heiva figuraient les hommes et les femmes, mais presque toujours séparément. Xics femmes étaient gracieusement costumées. Coiffées de tresses de tanum, ou de cheveux humains, ou de guirlandes de la Oeur blanche du teain , elles avaient les bras et le cou découverts « les seins ornés de coquilles ou de touffes de plumes , puis une robe presque toujours blanche , avec une bordure écarkte (vojr. />/. 151). Un autre costume non moins gracieux était celui d'une Jeune fille qui fut chargée de porter à €ook les présents des insulaires. Sa robe d'étone flottait sur un mannequrn d'osier, à peu près semblable aux paniers de nos aïeules {yoy.jd. 152). Les objets offerts étaient étales là-dessus avec un certain art.
Les mouvements de ces danseuses étaient en général lents et précis : les bras et les jambes allaient dans un parfait unisson avec le tam et la flûte.
Le plus souvent ces danses avaient lieu dans des maisons élégantes affectées spécialement à cette destination. Un toit soutenu par des pieux de bois, une palissade basse tapissée de mu* railles pour le dehors, au dedans une vaste salle tapissée de nattes, sur lesquelles dansaient les acteurs et s*asseyaient les spectateurs : voilà de quoi se composaient ces salles de théâtre.
Le paiau, ou mattre de ballet, 8*j installait auprès du tambour, et indiquait les figures. Ces danses avaient heu le soir, et se prolongeaient parfois durant toute la nuit.
JEUX DBS FBMMBS.
Bougainvilie nous dit qu'une douce oisiveté était le partage des femmes, que le soin de plaire devenait leur plus sérieuse occupation ; aussi ces sirènes cherchaient-elles tous les moyens de développer les charmes dont la nature les avait comblées. Tantôt , déployant à la fois la grâce et la force, elles se livraient au pugilat avec une ardeur extrême. Mais, par une suite touchante de la douceur de leurs mceurs, aussitôt
?ue rùne d'elles était tombée, Tautre embrassait tendrement ; elle semblait préférer l'amitié à la gloire (*).
DAKSBS THÉATHAUSS.
La danse , chez ces peuples, était une sorte de passion. Elle ne se bornait point à rexécution d» quelques pas, elle représentait presque tou|Ours des scènes d'amour ou des combats. Sous un climat délicieux , ces pantomimes devaient se répéter plus fréquemment que partout ailleurs. Un paysage à la lois noble et gracieux leur servait de théâtre; des hommes, accoutumé à ces espèces de pastorales, après avoir peint l'action par de simples mouvements, voulurent que des paroles ex-
(*} Tombull, Toyage autour du monde.
primassent les impressions que leur causaient la nature, l'amour, une religion plus poétique que celle des autres nations barbares. Les représentations théâtrales naissaient donc , dhez les peuples de cet arditpel, des jeux avec lesquels ils avaient une véritable analogie ; ces jeux eux-mêmes ne devenaient habituels que sous le plus beau climat, au milieu de l'abondance et du repos. N'avons-nous point en Europe une preuve de cette influence de la nature sur la poésie dramatique ? C'est sous le beau del de l'Indoustan qu'ont été élevés les premiers théâtres.
HSAVA.
Dans les ties de Taïti, les heava, toujours mêlés de danses et de chants, ressemblaient davantage à nos opéra qu'à la comédie ou au drame tragi-
aue(*).On choisissait les acteurs dans ifférents rangs de la sodété ; les soears mêmes du roi adoptaient un rôle dans ces compositions improvisées, dont le plan parait s'être conservé par tradition.
' DBSCBIPTIOH mm HBAVA. BSPÈGB DB DRAHB BUMIQUB.
Oréo fit représenter en présence de Gook , un heava dans lequel jouaient deux jeunes femmes très-jolies. Voici comment il l'a décrit :
« Le spectade se donna sur un terrain d'environ trente pieds de long et dix de lari^e, renfermé entre deux édifices parallèles l'un à l'autre. L'un était un bâtiment spadeux capable de contenir une grande multitude de spectateurs, et rautre une simple hutte étroite, soutenue sur une rangée de poteaux, ouverte du côté où 1 on jouait la pièce, mais parfaitement fermée d'ailleurs avec des nattes et des roseaux. L'un des coins était natté de toutes parts : c'est là que s'habillaient les actmirs. Toute la scène était revêtue de larges nattes du travail le plus
(*) Yaucouver, Toyage autour du monde, LUI, p. 4<$.
fin et rayées en noir sur les bords.
Bans la partie ouverte de la petite hutte, nous vîmes trois tambours de diverses grandeurs, c'est-à-dire, trois troncs de bois creusés, et couverts d*une peau de goulu : quatre ou cinq hommes qui jouaient sans cesse avec les doigts seulement, déployaient une dextérité étonnante. Le plus grand de ces tambours, élevé d*environ trois pieds j en avait un de diamètre. Mous s étions assis depuis quelque temps sous ramphitbéatre. parmi les plus belles femmes de Tue , quand les actrices parurent ; Tune était Poyadoua, fille du chef Oréo, et une seconde, grande et bien faite , qui avait des traits agréables et un beau teint pour une habitante de Tarchipel de Taïti. Leur habit, très-différent de celui qu'elles mettaient ordinairement, consistait en une pièce d'étoffe brune de la fabriaue du pavs, ou une pièce de drap bleu européen , serré avec soin autour de la gorge; une espèce de vertugadin de quatre bandes a étoffe alternativement rouges et blanches, portait sur leurs hanches, et de là pendait jusqu*aux pieds; une toile blanche, qui formait un ample jupon, tratnant par terre de tous cotés, semblait devoir les embarrasser dans leurs mouvements ; le cou , les épaules et les bras étaient découverts , mais la tête était ornée d'une espèce de turban , élevé d*en viron huit pouces, fait de plusieurs tresses de cheveux, qu'on appelle tamou , et placées les unes sur les autres en cercles qui 8*élargissent vers le sommet; elles avaient laissé au milieu un creux profond rempli d'une quantité prodigieuse de fleurs trèsKKlorantes de gar^ denUi^ ou de jasmin du Cap; mais tout le devant du turban était embelli de trois ou quatre ran^s de petites fleurs blanches qui formaient de petites étoiles, et qui produisaient sur leurs cheveux très -noirs, le même effet que des perles. Elles se mirent à danser au son des tambours, et, suivant toute ap[)arence, sous la direction d'un Yieillard qui dansait avec elles, et prononçait plusieurs mots, que, d'aprè^
OCÉÀNIE. 329
le son de sa Toix, les Anglais prirent pour une chanson. Leurs attitudes et leurs gestes, très-variés, allaient quelquefois jusqu'à l'obscénité; mais ils n'offraient point cette grossière indécence que les chastes yeux des Anglaises contemplent à l'Opéra. Le mouvement de leurs bras était très-gracieux, et Taction continuelle de leursdoigts avait quelque chose de très-élégant ; mais ce qui blessa nos idées de grâce et d'har* Bionie , c'est l'odieuse coutume de tordre la bouche ; elles la tordaient d'une si étrange manière, qu^il nous fut impossible de les imiter ; elles la retirèrent d'abord de travers, et ensuite elles ietèrcnt tout à coup leurs lèvres a vécues ondulations qui ressemblaient à des convulsions subites.
«Après avoir dansé environ dix minutes, elles se retirèrent dans la partie de la maison où elles s'étaient habillées, et cinq hommes, revêtus de nattes, prirent leurs places, et jouèrent une espèce de drame , composé d'une danse passablement lascive , et d'un dialogue qui avait de la cadence; quelquefois ils se mettaient à crier en prononçant tous ensemble les mêmes mots. Ce dialogue semblait lié à leurs actions.
L'un d'eux s'agenouilla , et un second le battit, lui arracha la barbe, et répéta la même cérémonie sur deux autres; mais enfin, le cinquième le saisit et le frappa d*iin bâton. Ensuite ils se retirèrent tous, et les tambours donnèrent le signal du second acte de la danse , que les deux femmes exécutèrent presque de la même manière que le premier.
«Les hommes reparurent de nouveau; les femmes les remplacèrent , et finirent le quatrième acte. Elles s'assirent pour se reposer : elles paraissaient très-lasses , car elles suaient beaucoup. L'une d'elles, avant de Fembonpoint et de la vivacité clans le teint, ses joues étaient couvertes d*un rouge charmant.
La seconde, fille d'Oréo, excita l'admiration par son jeu, quoiqu'elle se fdt fatiguée la veifie à jouer le matin et le soif, ^
UTJ HO! BT DE tiirVtertTÛKi HOYAtÈ n-
Voicî comtbent procédait la hîétâpcnle : le foi , la reine , les frères du roi « les collatéraiit par Tordre du sang. La royauté était héréditaire et les femmet n*en étaient pàS exclues. Le plus singulier usage de ces peuples était celui de Pabdication forcée du roi à la naissance de son premier enfant. Le père déclarait lui-même sa propre déchéance, et faisait promener sur Hle une bannière royale aux armes de son héritier. Partout où cette bannière passait intacte , cela signifiait la soumission et l'obéissance ; si on la déchirait , c'était ta révolte et la guerre. Après l'intronisation, on formait la cour du jeune prince. Comme on le pense, son autorité n'était que nominale. De fait , le père régnait toujours. Le roi et la reine ne marchaient Jamais. Ils dvaieut des porteurs qui leê voituraiént Sur leurs épaules, (^iiand ils voyageaient, ils faisaient ainsi près de debx lieues à l'heure, transportés
I)ar des hommes vigoureut qui se reayaient de distance en diiltance. Le changement s'opérait en un clin d'd^il.
Les deux porteurs s'abaissaient, l'un pour mettre à terre le fardeau royal, l'autre pour le recevoir, et le souverain sautait de dessus les épaules de l'un sur celles de l'autre; ce moyen de transport, interdit aux autres arUs (seigneurs), se nommait amo ou vaka. La plus grande marquede respect vIs-à-vis du roi et de la reine était de se dépouiller de ses véteiiients en leur présence : nobles ou peuple y étaient astreints. Quand on criait ie arii (voici le roi), il fallait se mettre dans un état de nudité complète , et rester ainsi jusqu'à ce que le monarque eflt passé. Si, par nonchalance ou par mauvaise volonté, on manquait à cette déférence, le vêtement devait être déchiré à l'instant même. En passant devant une résidence royale , indiquée par un tii, ou statue en bois, ie même cérémonial était exigé. L'investiture royale se célébrait avec Ria-
(*) Extrait de M. J. d'Urville.
gnificftnce. Variable dans «on époqoe, elle avait lieu assez babitueliement ^uand le prince atteignait sa dix-huittème année. On essayait d'? préluder par Quelque miracle, comme la pou^e inattendue et soudaine d'un arbre. Le grand signe distinctif de la dignité royale était le l«aro-o«ra, ceinture serrée, tissue dei fibnes battues de f'ava , tressées avec des auras ou plumes rouges, prises aux efTigies des dîvinîtéa. Ces plumes devaient transmettre au jeune roi dés attributions divines. Beê sacrifices humains s'accomplissaiettt pendant tout le temps employé à ta fabrication du maro sacré. Quand tout était prêt pour la cérémonie , le cortège se rendait processionnellement au moraî d'Oro. La statue de ce dieu était posée sur ane estrade, et son lit banituel, softe de banquette en bois ciselé, devait servir de trône au roi. A peine y était- il assis ^ que le grand prêtre ( tarimoua ) , suivi dee autres prêtres {miro-takowts)^ avee le erand tam-tam, des trompettes et divers instrumenta sonores, avee le tapaau au bras, sorte d'instromeot en reuilles de cocotier, enlevaient l'idole, qui sortait du temple entre deux haies de ses fidèles adorateurs.
La procession se rendait vers la plage, et Oro montait bientôt slir la pirogue sacrée , facile à reconnaître à ses f4ipaaus entrelacés. A un certain signal , le roi , resté jusqu'alors sur le lit du dieu, se levait, et prenant une branche de mero sacré coupée dans l'enceinte du moral, marcnait vers la mer, s'y baignait et s'y purifiait.
Cette ablution accomplie^ il montait la pirogue, où le graud prêtre Jecei-
fnait du maro-ouray en invoquant la ivinité piir ces mots : « Répands i'in* fluence du roi sur la mer vers l'Ue sacrée. » Cependant la foule rassem* blée sur le rivage saluait Tinvestiture du roi par les cris : MaevaarU! maeva arii! et ce vivat escortait la flottille de pirogues qui se promenait sur b mer.
Les monstres marins eux-mêmes ne manquaient pas de venir s'humilier devant le nouveau souverain des flots* Deux requins déifiés, Tanaumao et
OGÉANIE.
3St
Tntmhoni^ s*anprocliaient de sa majesté pendant quelle se baignait, et la félicitaient de son avènement ; mais il est probable qu'on n*admettait leurs hommages qu*a une distance respectueuse.
Après cette course nautique, le roi retournait Ters le rivage et allait s'étendre sur le Ht d*Oro , ra tête appuyée sur le coussin sacré de taféoUy bloc de bois ciselé. Quatre oorteurs, membres de ia fami'Jie royale, renieraient alors, et le conduisaient vers le temple national de Tabou-Tabou- Atéa. Les prêtres suivaient avec leurs instruments, et ensuite les chefs et le peuple vociféraient : Maeva arii ! Arrivés dans Tenceinte du morai, on plaçait Oroetson fils à o6té du roi sur une plate-forme éievée, et là, dieu et souverain recevaient les hommages du peuple. La cérémonie se terminait par une espèce de saturnale populaire.
Ce caractère divin que l'investiture attribuait au roi , se reproduisait dans tous les objets à son usage : habits, meubles, pirogues, iM)rteurs, cases de passage ou de résidence habituelle; la chose s'étendait même jusqu*à leurs qualiGcatiotis. Ainsi, les maisons s*appelaient oroof, nuages du ciel; sa pirogue, anoua-ruma^ aro-en-ciel; sa voix était le tonnerre; les lumières de son palais , des éclairs ; pour direqu*il voyageait , on se servait du mot mahoutay voler. Enfin, toutes les hyperboles orientales se retrouvaient dans la langue à l'usage de la cour.
1>I9rmCTI01IS SOCIALES.— OOtJVBBHEMSffT.
La distinction des rangs à Tatti, rendait le peuple moins malheureux qu'ailleurs. Outre VarU rahi{\e roi), la soriété se composait de trois classes , è peu près comme aux îles Haouaî; à savoir : celle des hout-arUs, comprenant la famille royale et la 4ioblesse; celle des hone^aatiraSy propriétaires ou principaux fermiers, et celle des mana-hounes y ou menu peuple. «Ces troisclasse8,ditM. d'Urville, se subdivisaient encore, et la dernière comprenait les Wi»^ ou esclaves, et les téoatéow , ou serviteurs. Les Wis étaient
des prlsonnien faits à la euerre ou det habitants des pays conquis; ils étaient rarement privés de la vie, et on les traitait a vecdoueeur; quelquefois même on leur rendait la liberté. Les téow^ téom se composaient des non-propriétaires qui étaient obligés de se mette au service des riches.
« La dépopulation des ties, ajoute M. d'Urville, a rendu cette classe peu nombreuse. Les artisans et les pêcheurs étaient quelquefois classés parmi les téoutéous, quelquefois parmi les niatiras. Les raatiras se composaient des individus qui pouvaient mener une existence indépendante, tels que les propriétaires du sol , et ceux qui exerçaient de nobles métiers. Il y avait une niérarchie dans les raatiras, les uns possédant beaucoup, les autres possédant peu ; les premiers rentiers , les seconds fermiers. Cette classe était la partie vitale de la population : plus sobres, plus industrieux, plus moraux que les nobles, ils fécondaient le pays par Tactivité et le travail. Dans leur langage figuré, ils disaient : « Taîti est un vaisseau, le roi est le mât, les raatiras sont les cordages. » Les raatiras étaient aussi ou guerriers ou prêtres. Au-dessus d*eux planaient les houT-ariis, ou membres de la famille royale, jouissant d*une immense considération et de nombreux privilèges. Jaloux de leurs prérogatives, ils les exploitaient judaïquement , et veillaient a ce qu'aucun intrus ne se
glissikt point dans leur caste. Tout fruit *uiie union entre un houl-arii et une personne d'un rang inférieur était impitoyablement massacré. »
Au reste, cette division sodale avait quelques rapports avec le gouvernement féodal; mais la simplicité de la manière de vivre de ces peuples devait tempérer ces distinctions et ramener régalité dans un pays où le climat et la coutume n'exigent pas un vêtement complet; où il est aisé de cueillir à chaque pas assez de plantée pour en formerune habitation décente, commode et pareille à toutes les autres; où, avec peu de travail, chaque individu se procure ce qui est néces«
saireà la vie. Desfaommes vivant dans un tel état connaissent plus rarement que nous Tambition et Tenvie. U est vrai que les premières familles possédaient presque exclusivement quelques articles de luxe, les cochons, le poisson , la volaille et les étoffes ; toutefois le désir de satisfaire la gourmandise et la parure peut tout au plus rendre malheureux quelques individus, et non pas une nation. La populace de quelques États policés est malheureuse, parce que les riches ne mettent aucun frein à leurs plaisirs; mais à Taîti, entre l'homme le plus élevé et l'homme le plus nul , il n*y avait pas cette distence qui subsiste dans Tes Étets policés entre un négociant et un laboureur.
L*affection des insulaires pour les ariis, qu*on remarque dans toutes les occasions, donne lieu de supposer qu'ils se regardaient comme une seule famille, et qu'ils respectaient leurs vieillards dans la personne de leurs chefs; d'où l'on peut conclure que dans l'origine la constitution de ce peuple était patriarcale, et que , bien aue modiGée par le temps , il est problaole qu'avant qu'elle prît la forme que lui a donnée récemment Pomare II, lorsqu'il a publié la nouvelle constitution , la constitution écrite sous l'influence des missionnaires; il est, dis-je, probable que c'éteit le vieillard le plus vertueux que les Taîtiens élevaient au rang de pasteur du peuple. La familiarite qui régnait naj^uère entre le monarque et le sujet, offrait encore des restes de la simplicité antique. Le dernier homme de la nati6n parlait aussi librement au roi qu'à son égal, et il avait le plaisir de le voir aussi souvent qu'il le désirait. Le prince, pour donner des marques d'égalité, se livrait quelquefois aux mêmes travaux que le peuple, parce qu'il n'était r encore dépravé par les fausses idées noblesse et de grandeur. U pagayait souvent sur sa pirogue, ou jetait le filet, sans croire déroger à sa dignité.
En Chine, l'empereur ouvre tous ]es ans un sillon dans la terre : on a voulu exciter les peuples au travail par cette cérémonie publique et solen-
nelle. Van-Ti, troisième empereur de la troisième djrnastie, cultiva la terre de ses propres mains, et dans son palais il nt travailler à la soie Timpératrice et ses femmes.
Chez les anciens Perses, il y avait un jour de l'année où les rois renon* çaient à leur faste pour manger avec les laboureurs.
Il est à désirer que cette prédease égalité , source de tant d'f muiation et de tant de vertus, cette égalité si heureuse dure toujours; et elle devrait même augmenter avec la religion chrétienne, car l'Évangilebien entendu prêche Pécalité, la liberté et la charité; mais rindolence des chefs est un acheminement à la destruction, malgré la fertilité inépuisable du sol. Les téoutéous char-
{;és de la culture senteient à peine e poids du travail. Peu à peu il s'appesantit sur eux ; car le nombre des chefs et -des riches s'augmenta dans une proportion beaucoup plus grande que celui des téoutéous, par fa raison que les chefs ne faisaient absolument rien.
Cet accroissement de travail produisit un mauvais effet sur les corns : les téoutéous devenaient mal conformés et s'affaiblissaient; plus exposés* à Taotion du soleil, leur peau se noircit; en prostituant leurs Gîtes dès le bas âge aux plaisirs des grands, leur race devint beaucoup plus petite que celle de leurs maîtres. Ceux-ci , au contraire, bien nourris et bien entretenus, conse^^vèrent tous les avantages d'une taille extraordinaire, d'une élégance supérieure de formes et de traits, et d'un teint plus blanc, en se livrant à leur appétit vorace, et en passant leur vie dans une entière oisiveté. Aujourd'hui de respectables missionnaires \eMT ont fait entendre la loi de TÉvangile. Ces Spartacus chrétiens, qui ont brisé les chaînes de l'esclavage et anéanti les causes qui l'avaient produit, ont ranimé dans leurs cœurs le sentiment naturel des droits de l'homme. Cette révolution juste éteit nécessaire, et tel est le cercle naturel des choses humaines. On ne saurait trop répéter aux Européens que l'introduction même des besoins factices devait hâter cette époque. Si cepeo
ÔCÉANIE.
Bas
dant ce changement devait détruire le bonheur de ce peuple intéressant, il serait à désirer que les lies de la mer du Sud fussent restées inconnues à FEurope et à ses habitants inquiets et dominateurs.
Autrefois le monarque taîtien était GontinueJl^ient entouré de conseillers judicieux qui avaient une grande part au gouvernement. On ne sait pas au juste jusqu'où s*étendait son pouvoir comme roi , ni quelle autorité il avait sur les chefs; tout paraissait cependant concourir à Tétat florissant de nie. Il est ficheux qu'on ne connaisse son ancien gouvernement que d*une manière superficielle, car on ne sait pas par quelle liaison et par quel rapport tant de classes d'ordres , de fonctions et d'emplois différents formaient un corps politique. Après y avoir bien réfléchi , on peut assigner à Tancien gouvernement de Taîti , la forme d*une administration féodale qui avait de la stibilité. Les jawas et les tahcm/MS mangeaient toujours avec le roi; excepte les téoutéous , il n'y avait aucun insulaire qui fût exclu de ce privilège, sauf les femmes : car, quel que fût leur rang, elles ne mangeaient jamais avec lès hommes. Malgré cette espèce d'établissement monarchique, fa personne du roi n'avait rien qui pût la distinguer, aux veux d'un étranger, du reste des Taîtiens; il était vêtu d'une pièce d'étoffe commune, enveloppée autour de ses reins. Il affectait même de mettre beaucoup phis de simplicité dans ses manières, qu'aucun autre des grands de sa cour. En général, les chefs de ces tles inspiraient Tamour, et non la crainte au peuple: ne doit -on pas en conclure qu'ils gouvernaient avec douceur et équité?
Cétait un usa^e parmi les arUs et les autres insulaires d'un rang distingué, de ne jamais se marier avec les téaiUéouSy ou dans des classes inférieures à la leur. Ce préjugé est probablement une des grandes causes qui produisirent les sociétés appelées arrwusyoù un grand nombred'bommes et de femmes se réunissaient, et met-
taient en commun leurs épouses et leurs maris. Il est certain que ces sociétés, où les frères pouvaient jouir de leurs sœurs, empêchaient innniment l'accroissement des classes supérieures , dont elles étaient uniquement composées. La constitution politique de cette tlç était la même que celle des peuples anciens, à beaucoup d'égards. Les hommes, parvenus au même degré de civilisation et de puissance , se ressemblent les uns les autres plus qu'on ne le croit généralement, même aux deux extrémités du monde.
Les chefs des districts de Taîti , par exemple, n'avaient aucun respect pour le monarque. S'il survenait des contestations entre les habitants , touchant la propriété de terres, le plus fort se mettait en possession du terrain contesté; mais le plus faible portait ses plaintes à Tarit , qui , si Ton en croit Bougainville, dans les vues politiques de maintenir l'égalité entre ses sujets , manquait rarement d'accorder au plus pauvre la terre qui était en litige. Quoique ce peuple , qui ignorait entièrement l'art d'écrh'è, et qui , par conséquent, ne pouvait avoir des lois fixées par un titre permanent , ne parût pas vivre sous une forme régulière de gouvernement, il régnait cependant parmi les naturels, une suoordination (]ui ressemblait beaucoup au
f premier état de toutes les nations de 'Europe, lors du gouvernement féodal, qui accordait une liberté licencieuse à un petit nombre d'hommes , et aui soumettait le reste au plus vil esclavage.
Taîti est divisée en deux péninsules ; il y avait dans chacune un arU rahi qui en avait la souveraineté.
Ces deux espèces de rois étaient traités avec beaucoup de respect par les Taîtiens de toutes les classes; mais ils ne paraissaient pas exercer autant d'autorité que les ariis en exerçaient dans leurs districts. Les manahinmeM cultivaient le terrain qu'ils tenaient de l'art'i (espèce de baron), et les téoutéous étaient chargés des travaux les plus pénibles; ceux-ci cultivaient en effet la terre sous la direction des
' maDahounes , gui a*étaient coltivateurs que de nom ; ainsi « le9 grands dédaignaient de se livrer à la culture des terres , qui est réellement, comme le dit Moutesquieu , Je plus grand travail des hommes. Aussi, dit-il encora, plus le climat les porte à fuir ce travail f plus les lois doivent les y exciter. Amsi, les lois de certaines parties des Indes qui donnent les terres aux princes et aux sujets avec la condition de les cultiver, ôtant aux simples particuliers l'esprit de propriété, augmentent les mauvais efrets du climat, c'est-à-dire, la paresse naturelle et le dégodtdu travail. Lestéoutéous étaient obligés d'aller chercher le bois et Peau, d'aller à la pèche, et d'apprêter les aliments.
En général, chacun des ariis avait une espèce de cour composée des ûls cadets de sa tribu , qui avaient chacun diffisrents emplois auprès de sa personne.
Nos lecteurs ont déià vu (]u'il était d*usage que Tenfant (Tun roi filt souverain pendant la vie de son père ; et que, suivant la coutume du pays, il succédait en naissant à son titre et à son autorité. On choisissait alors un .régent; mais le père du nouveau monarque conservait ordinairement sa glace à ce titre, jusqu'à ce que son is fî(!lt en âge de gouverner par luimême. On s'écartait quelquefois de cet usa^e, lorsque le père du nouveau roi avait fait quelque action éclatante dans la guerre; mais pour prévenir, par un plus grand mal, les désordres que pouvait occasionner la commune prétention des enfants de succéder à la couronne , il régnait à Taïti une politique cruelle qui les faisait étou£fer en naissant
COMSID^ATIOHS SDR L'ÉTAT SOCIAL.
Il est difficile d'apercevoir si ,soas un gouvernement aussi imparfait que grossier, la justice distributive était administrée d'une manière fort équitable; mais on devait commettre peu de crimes dans un pays où il était si facile de satisfaire ses goûts et ses
passions, et où, pur œnséqoent, les Intérêts des hommes étaient rarement opposés les uns aux autres. « Les peuples des Indes, dit le grand Montcsq^uieu , sont doux , teiiores et compatissants; aussi les législateurs ont- Ils une grande oonGance en eux. Ils ont établi peu de peines, et elles sont peu sévères ; elles ne sont pas même rigoureusement exécutées. Il semble
au'ils ont pensé que chaque citoyen evait se reposer sur Je bon naturel des autres. Heureux climat qui fait naître la candeur des mœurs , et produit la douceur des lois \ »
Les Taîtiens n'avaient ni monnaie, ni signe fictif oui lui ressemblât ; il n'y avait donc oans Tlle aucune richesse permanente dont la fraude ou la violence pussent s'emparer, et sur laquelle elles pussent exercer leur empire. «Ce qui assure le plus là liberté des peuples qui ne cultivent point les terres, dit encore Tauteur de l'Esprit des lois, c'est
2 ne la monnaie leur est inconnue. Les ruits de la chasse, de la pêche, ne peuvent s'assembler en assez grande quantité, ni se garder asses pour qu'un homme se trouve en état de corrompre tous les autres ; au lieu que, lorsqu on a des signes de richesse , on peut faire un amas de ces signes • et les distribuer à qui l'on veut. Chez les peuples qui n'ont point de monnaie, chacun a peu de besoins, et les satisfait aisément et également : l'égalité est donc forcée; aussi les chefs n'y sont -ils point despotiques. » Nous ajouterons que , partout où les lois ne mettent point de restriction au oomprierce des temmes, il y a peu d'adultérés de la part des hommes.
Ces insulaires étaient voleurs; nws^ comme chez eux personne ne pouvait éprouver de grands dommages ou tirer de grands profits du vol , il était rarement nécessaire de réprimer ce délit par des châtiments. Cependant le vol et l'adultère se punissaient quelquefois, quand les coupables étaient pris sur le fait. Dans tous les cas d injure ou de délit , la
I munition du coupable dépendait de 'offensé. Comme la punition n'était
OCÉAKtB.
idiorisée par ancqne loi, 6t quMl n*y avait pojpt de magistrat chargé de la vindicte publique , le coupable échappait souvent au chiltiment, h nrtoins que Toftensé ne fût le plus fort. Cepen* aant un ch^ punissait ses sujets irn* médiats, quand ils commettaient des ^utes à l'égard les uns des autres. Il châtiait même les insulaires qui ne dé* pendaient pas de lui , lorsqu'ils étaient pris en flagrant délit dans son propre district. Malgré cela , la distinction des rangs était marquée à Taîti , et la dis* proportion si cruelle, ^ue les rois et les grands avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves et leurs serviteurs ; il y avait même , dit Bougainville, une classe de ces malheureux qu*on choisissait pour servir de victimes dans les sacriuces.
MTTQOLOGUi.
La reli^on des peuples sauvages tient de près à Taspect de la nature, et exerce une grande influence sur la poésie. Les Taîti ens avaient peuplé leurs collines et leurs bocages de divinités, mais ils ne donnaient de pouvoir supérieure aucune d'entre elles {*), Ils croyaient que Tâme est immortelle, et qu'elle était un don du Créateur; et, ainsi que les Hindous, ils raccordaient aux animaux, aux plantes et aux arbres. Ils animaient pour Téternité tout ce quMIs avaient sous les yeux. Quand Tâme des hommes était prête à s*échapper, ils disaient qu'elle voltigjBait autour des lèvres du mourait , et qu'elle s'exhalait ensuite dans le sein d'un dieu qui devait la réunir à sa propre substance. Après avoir demeuré quelque temps dans cet état , elle passait dans le lieu où se rassemblait tout ce qui avait joui de l'existence.
Comme l'ardeur d'un soleil tropical leur fait souhaiter l'instant où le jour cesse de paraître, ils prétendaient qu'ils devaient passer Téternité au milieu d'un crépuscule qui ne finirait jamais; et cet état de félicité n'était point censé réservé seulement à quelques indivi-
{*) Andersen, troisième voyage de Cook, tn, p. 3ox.
dui, il appaiienait à tous les étr^ animés.
Ces peuples étant soqveDt divisés par les querelles de leurs chefs, et étant en conséquence souvent armés les uns contre les autres, ils croyaient, com« me les ancien» Scandinaves , que les âmes de ceux qui avaient été ennemis pendant cette vie, se livraient des combats dans l'autre; mais que si deux époux qui s'étaient tendrement aimés dans ce bas monde, se retrouvaient dans le monde supérieur, aussitôt ils se reconnaissaient, et, qu'après s'être réunis , ils allaient goûter un bonheur éternel dans un Elysée réservé aux bons épux.
Les navigateurs que l'Océan avait engloutis , trouvaient dans les profondeurs deTablme, des palais de corail, enrichis des productions les plus agréables, et des régions embellies de tous les dons de la nature. Comme l'existence de ces heureux insulaires avait été remplie de ({ouceur, leur religion ne les menaçait pas de tourments tein* poraires et encore moins éternels.
f9ous ne parlerons pas de Texplication que les premiers missionnaire^ avaient donnée de la mythologie des ïaïtiens : elle a été combattue avec succès par M. Ellis, missionnaire d'un esprit élevé , dont les longues et savantes études dans la langue taîtien* ne sont d^une autorité incontestablement supérieure. La trinité taîtienne lui pirut le résultat d'une interprétation forcée et inadmissible. Il a publié longuement les récits que lui ont faits les indigènes sur Paucienne théogonie de leur pavs. Voici le réàumé qiren a donné M. d'Urville :
« L'opinion générale disait que les dieux éiaient tous enfants de la nuit, Po^ c'est-à-dire, /anat^co 9 nés de la nuit. Taaroa lui-même, le premier des dieux (Tanaroa à Haouaî et Tangoroa à Tonga), existait depuis qu*on sortit du Po, de la nuit ou du chaos. Quelques sages, ou Taatapaari, croyaient, il est vrai, que Tunivers préexistait aux dieux, et que Taaroa n'était qu'un homme déiQé après sa mort ; mais d'autres le regardaient comme créature et
comme dieu. Oro fut son premier fils.
Pour communi(|uer avec les hommes, ces dieux prenaient la forme d*un oiseau, et entraient ainsi dans le tou, image ou idole du moraî. Ainsi Titaroa le fSre. Oro le fils y et Voiseau ou espriiy telle était la combinaison théogonic|ue oui avait fait entrevoir aux premiers glossateurs un analogue du dogme trinitaire.
« Oro , la divinité nationale de Taîti , prit une femme qui lui donna deux lils, et ces quatre divinités, réunies aux deux dieux principaux , Taaroa et sa femme, Ofeou-Feou Maîteraî, en-
fendrésde la nuit, formaient une espèce e hiérarchie céleste qui semble être la combinaison la plus accréditée. Pomare II paria toutefois à diverses reprisesà M. Nott(*) d'un dieu supérieurà tous les autres, nommé Houmia; mais le dieu et le nom étaient inconnus aux prêtres de l'île.
« Au milieu de cette confusion de divinités et du chaos de leurs attributs, on ne distingue guère de pensée profonde et philosophique. Cest là évidemment un mélange d'histoire positive et d'idéalités traditionnelles, arrangées par les prêtres pour le vulgaire, ou par le peuple lui-même, toujours avide de merveilleux. Ce serait à remplir de longues et fatigantes pages , si l'on voulait citer les myriades de dieux ou demi-dieux en sous-ordre, hommes ou animaux, déiGés. Le polythéisme hindou , plus connu , n'est pas plus com* pliqué que le fétichisme taïtien. Quelques divinités pourtant ont un côté poétique qui les détache des autres :
tel est Hiro. dieu de l'Océan, qui joue un grand rôle dans la légende nationale. Hiro était un grand voyageur, un aventurier de premier ordre, ne craignant ni les gouffres sous-marins ni les tempêtes les plus furieuses. 11 parcourait la mer dans tous les sens, tantôt à la surface, tantôt dans lei^ abtmes, allant faire la conversation
t (*^ Le chef, le doyen et le plus habile des missionnaires établis à Taïli, sous le rapport det sciences sociale el gouvernementale. ^ G. L. D. R.
avec les monstres de la mer. Un jour qu'il s'était endormi dans une des cavernes les plus profondes, l'ouragan souflle sur un navire qui portait des amis d'Hiro : son sommeil eût donné gain de cause au vent, si l'on n'était venu réveiller le grand pacificateur des flots; il remonta Tort en colère et sauva ses amis.
« D'autres dieux de la mer étalent les atoua-maos, dieux-requins, ou dieux qui commandaient aux requins.
Ces terribles cétacés étaient enrégimentés et disciplinés par eux; ils dévoraient ou respectaient les individus , suivant l'ordre et la volonté du dieu.
Dans une pirogue ils reconnaissaient un prêtre, le respectaient, le sauvaient en cas de naufrage. Un de ces hommes privilégiés afiirmait gravement à KItis
?ue le requin aux ordres de son dieu avait souvent transporté sur son dos, lui et son père, de Raîatea à Wahine.
La fable d'Amphion avait aussi son pendant au sein des mers océaniennes.
« A côté des dieux de la mer étaient les dieux de l'air, légers, gracieux, pleins de merveilleuses facultés. La poésie polynésienne avait ses sylphes et ses gnornes, ses goules et ses salamandres. L'univers entier fourmillait de divinités invisibles qui bruissaient dans l'air, qui verdissaient dans les feuilles, qui écumaient sur les r^ifs.
L'amour et la crainte se mêlaient à toutes ces allégories. Une éclipse de lune épouvantait les insulaires : suivant eux un méchant esprit voulait manger leur astre bienfaisant; ils couraient vers leurs moraîs pour demander aux dieux la délivrance de la lune. La forme et la stabilité de leurs îles dépendaient de leurs dieux; c'était leur pouvoir qui avait aiguisé ces pierres ea cônes, ou nivelé en plate-forme une montagne escarpée, situéesur la gauche du havre de Talou , à Eîmeo , et qui ne tient à Tile que par une langue étroite. « Il y avait encore des dieux pour les Jeux , des dieux pour les médecms, des dieux pour les ouvriers, et un dieu pour cnaaue métier, pour le laboiur, pour le cnarpentage, pour la maçon-»
nerie, etc., etc.»
OCÉANIE
«I On ne sait rien d*exact sur l'origine de ce peuple. Queloues traditions confuses vivent seules dans le pays. Une légende recueillie par M. Barff dit que le cinauième ordre des êtres intelligents créés par Taaroa et Hina (les dau divinités créatrices) fut appelé rahou tahata i te ao ia ÙH (ordre du monde ou des tiis). Voici comment la chose se passa entre les deux divinités : Hina dit à Taaroa :
« Comment obtenir Thomme? les dieux Jour et Nidt sont établis et il n'y a point d'hommes. » A quoi Taaroa répondit : « Va sur le rivage et dans Tintérieur; va trouver ton frère. — Je suis allé dans Tintérieur, et il n'y est point.
— Va dans les mers, et peut-être y sera-t-il, ou sur terre, et il sera sur terre. — Qui est à la mer? — Tiimaa- Raataî. — Qui est THmaa-RoataXl estce un homme? — C'est un homme et ton trtrt'^ va-t'en à la mer et cherchele. » \a déesse ainsi congédiée, Taaroa songea aux moyens de former l'homme, et pour cela il prit une substance et une fbrme, puis se rendit à terre; Hina le rencontra sans le connaître, et lui dit : « Qui étes*vous?— Je suisTiimaa-Raa.
— Où étiez-vous? Je vous cherchais . de toutes parts, à la mer, et vous n'y
étiez point. —J'étais chez moi , et puisque vous voilà, ma sœur, venez à moi.
— Ainsi soit-il; et puisque vous êtes mon bon frère, vivons ensemble. » Ils vécurent donc époux, et le fils qu'Hina mit au monde se nomma Taï. Ce fut le premier homme. Plus tard Hina eut une fille, qui fut nommée Hina-Arii-re- Monoî; elle devint la femme de Tii , et lui donna un fils uni fut appelé TcuUay terme qui, à quelques variantes près, signifie nomme dans toute la Polynésie.
Hina, fille et épouse de Taaroa, grand' mère de Taata, s'étant transformée en une jeune et belle femme, s'unit encore à son petit-fils, et lui donna un couple, Ourou et Fana, les véritables fondateurs de la race humaine.
Une autre tradition que cite EHis se ' rapproche des mythes mosaïques. Taaroa, après avoir fait le monde, forma rhonune avec de la terre rouge {araea\
47* Idvraisan. (Ockanik.) t. ii.
^i servit même d'aliment à la créature jusqu'à l'apparition de l'aibre à pain.
Un jour Taaroa plongea l'homme dans un profond sommeil, et en tira un os, ou M, dont il fit la femme. Ces deux êtres furent les chefs de la famille humaine. Tout en citant ce récit, EUis exprime des soupçons sur son authenticité; il ajoute que l'analogie mosaïque pourrait bien ne résulter que d'une équivoque sur le mot UHy qui signifie à la fois of , veuve y et victime tuée à la guerre.
«Les récits des naturels ne variaient pas moins touchant Torigine des animaux domestiques trouvés chez eux lors de la découverte: les uns parlaient bien d'une importation faite par des peuples occidentaux ; mais d'autres continuaient le système de la création de Taaroa , en disant qu'après Tbomine il fit les quadrupèdes pour la terre, les oiseaux pour rair, les poissons pour la mer. Un petit nombre admettait une autre donnée : suivant eux, un homme des anciens âges, vieillard érudit et puissant, était venu à mourir; de son cadavre putréfié naquit une truie qui peupla nie de cochons; les cochons, du reste, avaient leurs âmes qui se réunissaient dans un lieu nommé o/e ouna^ C'était une espèce digne d'yards aux yeux des insulaires. Chaque cochon avait un nom tout comme un homme; seulement le nom du cochon était invariable; celui de l'homme changeait aux divers âges de la vie.
«T^s îles Talti avaient aussi leur histoire diluvienne. Taaroa, le premier des dieux, courroucé un jour contre le monde , le précipita dans la mer. Tout fut submergé, à part quelques aurous ou points saillants qui, se maintenant au-dessus de l'eau , formèrent les Iles actuelles. Tel est le récit dans les groupes de l'est; le groupe de l'ouest en a un autre. Le dieu des eaux, Roua- Hatou, dormait un jour au fond de la mer sur son lit de corail, quand un pécheur se hasarda sur ce lieu, quoiqu'il fût taboue. Il jeta ses hameçons 3 ai s'engagèrent dans la chevelure du ieu. Croyant avoir fait une belle capture, il tira si fort que le dieu vint à la surface de l'eau, furieux d'avoir été
tas
L'UJNIVERS. '
dérangé : « ta vas périr, dit la Nap* tuna taîtien. -^ Pahlon ! pardon I » oria la péchaur effraj^é et sa jetant à genoux. La dieu fut touché; il gracia riiomma ; mais il voulut passer sa mauvaise humeur sur les ties; un déluge fiit résolu. Débonnaire jusqu'à la fin, il indiqua au pauvre péi^neur une tle de récifs nommée Toa-Marama , située à l'orient de Raïatea. Cet homme y alla, dit-on , avec un ami , avec un cochon , un chien at une couple de poules. Ils y étalent arrivés à peine que TOcéan comnien^ à monter; la population des ties fuyait devant lui; muis POcéan monta toujours jusqu'à ce quVIle eût |)éri tout entière. Cet acte de destruction accompli, les eaux se retirèrent.
Le pécheur revint alors avec ses compagnons : il fut le Noé de ce déluge.
Ce qu'il y a de plus inexplicable dans cette version, c'est que l'île indiquée comme un mont Ararat est un écueil à Heur d'eau. Quand on pose cette objection aux naturels , ils répondent que cela est ainsi , et que la preuve évidente du déluge sont les blocs madréporiques et les ooqulllas existant sur les cimes les plus élevées. « Les eaux de la mer seules ont pu les porter jusque-là, di- 8ent*ils. »
•L'Ile de RaTatea semble être un des points les plus Importants de l'archipel pour les souvenirs religieux. Là, jadis vivaient des prophètes dont plusieurs portèrent le nom de Mawi. Un des plus célèbres prédit que, dans les siècles à venir, une waha ama are (piroffue sans bahmcier) arriverait dans ces îles d'une terre lointaine. Une pirogue sans balanoier était aux yeux des insulaires une impossibilité. Aussi cette prophétie encourut-elle, du vivant de son auteur, une incrédulité générale; mais celui-ci insista, et, jetant son ùumate (écuelle de bois) sur un étanç , il déclara que ce serait ainsi qu'arriverait le navire.
Cette tradition passa depuis lors de bouche en bouche jusqu'à l'arrivée des Européens. Quand les navires mouillèrent devant Taîti , on les prit d'abord, ainsi que les Mexicains avaient pris les vaisseaux espagnols, pour des îles flottantes, habitées par aes dieux qui fan-
aient le tonnerre; puis, examinant mieux leur mécanisme ; Te vaha a Mawiy te vah4i ama ore, s'écria-t-on (voilà les piroeues de Mawi, voilà les pirojjues sans balancier] ; et ils s'émtveillèrent de la perspicacité de lear prophète.
« Ils avaient une secondeprophétie qui leur annonçait l'apparition d'une pirogue sans corde, et aujourd'hui qu'ils ont vu se réaliser la première, plusieurs d'entre eux attendant que la seconde ait son effet. Ils sont convaincus que Mawi, ayant dit vrai sur Tune, ne s'est pas trompé sur l'autre. « Qu'il arrive un bateau a vapeur à Taîti, dit M. Ellis , et l'oracle sera complètement justifié.
« La généalogie royale , telle que l'établit la tradition , remonte jusqu'aux dieux. Aussi la personne des souverains était-elle essentiellement tabou , et les membres de leur famille marchaientils au-dessus du reste de la noblesse.
Les deux chefs de la nation, c'était le dieu et le roi , et ce dernier, étaut aussi le grand prêtre, cumulait de la sorte les deux autorités. Le titre royal était arU-rahi ou arn-iabou. Le nom d'Otou était le nom d'avènement. »
Ces peuples n'étaient pas idolâtres. .
Ils n'adoraient rien de ce qui est l'ouvrage de leurs mains, ni aucune partie visible de la création ; ils adoptaient seulement certains oiseaux particuliers, auxquels ils attachaient des Idées superstitieuses relativement à la bonne ou a la mauvaise fortune: ils ne les tuaient jamais, et ne leur disaient aucun mal : cependant ils ne leur rendaient aucune espèce de culte. Ainsi dans l'Hiodoustan , le respect superstitieux envers certains animaux est tel, que les Hindous ne connaissent point de bonheur plus grand que de tenir en aiourant la queue d'une vache; et comme ces peuples croient à la métempsycose « ils s'iraaainent que dans cette attitude leur ame passe directement dans le corps de cet animal , et ils ne peuvent pas lui souhaiter une demeure plus agréable. On sait l'usage qu'ils font de ses excréments dans leurs ablutions et leurs purifications. Eussent-ils corn-
OCÉANIE
mû le pins ^rand crime , ils se croient fianctiués des qu'ils 8*en sont frottés depuis les pieds jusqu'à la tête.
MORAl on CDIETTteB. COUTOIS R VWKt- RAILLES.
Les TaTtlens donnaient le nom de morai aux lieux où ils allaient rendre aux morts un culte religieux. Ceux qui n'ont pas encore été détruits sont faits en piVrre, en forme de pyramides dont la oase est un parallélogramme. Ces bâtiments ont environ quarante-quatre pieds de hauteur. Outre le nombre immense de pierres qui entrent dans la structure de ces sortes dVdilices, le corail blanc y est employé avec profusion. On est 'étonné de voir de pareilles masses construites sans un instrument de fer pour tailler les pierres, et sans mortier pour les joindre ; cependant la structure en est aussi compacte et aussi solide que celle' des Européens. Aux environs de ce moraî, il y a des éwaltais , ou petits autels , en assez grande quantité; ils servaient à placer des provisions de toute espèce eu offrande a leurs dieux.
Le hangar sous lequel on pinçait le mort était joint à la maison qu'il habitait pendant sa vie. L'un des bouts de 06 hangar était ouvert , et le reste était fermé par un treillage d'osier.
La bière sur laquelle on déposait le corps mort était un châssis de bois, le fond était couvert d*une natte, et quatre poteaux le soutenaient; le corps était enveloppé d'une natte, et par-dessus d'une étoffe blanche. On plaçait à ses côtés une massue de bois, qui était une de leurs armes de guerre, et près de la tête , qui touche au bout fermé du hangar, deux coques de noix de coco, de celles dont ils se servent pour puiser de l'eau. A l'autre bout du hangar, on plantait à terre, h cdté d'une .pierre de la grosseur d'un coco, quelques baguettes sèches et des feuilles vortes liées ensemble. Il y avait près de cet endroit un jeune plane qui était un emblème de la paix , et à coté une hache de pierre. Un grand nombre de Doix de palmier enfilées en chapelets
étaient suspendues à Textrémîté cou« ▼erte du hangar, et, en dehors , ils plan" talent en terire la ti^e d'un plane. AU sommetdecetarbre, il yavaituneeoque de noix de coco remplie d'eau douce.
Enûn on attachait au côté d'un del poteaux un petil sac qui renfermait quelques morceaux de fruit à pain griU lés. On n'y mettait pas ces tranolies dans le même temps, car les unes sont fraîches, tandis que les autres sont gâtées. Il parait que ces aliments étaient des offrandes qu*lls présent taient alors à leurs dieux : ils ne suppo« salent pas cependant qu'ils eussent ne* soin de manger , mais c'était un témoi* gnage de respect et de reconnaissance, et un moyen de solliciter la présence plus immédiate de la divinité. Ces en-* droits étaient ornés de figures grossie* rement sculptées d'hommes, de fem^ mes, de cniens et de cochons; les naturels y entraient de temps eh temps d'un pas lent et avec la contenance de la douleur. Le milieu de ces hangars était bien pavé avec des pierres rondes ; mais ils étaient vraisemblablement peu fréquentés; car le célèbre Cook y trouva des herbes touffues.
Il y avait un autre lieu où les parents du défunt allaient payer le triout de leur douleur; on y trouvait une quantité infinie de pièces d étoffes , sur lesquelles les pleureurs versaient leurs larmes et leur sang ; car, dans les trans* ports réitérés de leur chagrin , c'était un usage psîrmi eux de se ûiire des blessures avec la dent d'un gouiu de mer. On enterrait les os des morts dans un lieu voisin de celui où l'on élevait les cadavres, pour les laisser tomber en pourriture. Il est impossi^ ble de savoir ce qui peut avoir intro^ duit parmi oes peuples l'usage d'élever les morts au-dessus de la terre jusqu'à ce que la chair fût consumée par la putréfaction , ainsi que nous l'avons va nous-méme chez les Parsis, et d'enter« rer ensuite les os. Le principal persoa» naf^e du deuil proférait quelques mots qu'il récitait jusqu'à son retourchez lui. Les Taîtiens s'enfuyaient à la vue du convoi ; le principal personnage restait seul après la cérémonie. Tous ceux qui
avaient assiste au convoi allaient se laver dans la rivière, et prendre leurs habits ordinaires; car pour suivre le convoi, ils devaient se barbouiller de noir depuis les pieds jusqu'aux épaules. Les femmes mêmes ne craij^naient pas d*en faireautant, c'est-à-dire, de s'en* laidir et de se mettre toutes nues.
« lies moraîs, ou lieux de sépulture, étaient tabous, ditM.d'Urville,méme en temps de guerre ; mais parfois les vainqueurs ne s'arrêtaient pas à temps : ils profanaient les tombes, pillaient les autels, enlevaient les idoles, déterraient les ossements pour les aiguiser en armes, comble d'outrage pour les vaincus. Cependant ces violations étaient rares. Kn temps ordinaire, les temples étaient respectés, ainsi que leurs desservants. On respectait aussi les gardiens des taùpanausy personnages essentiellement taoous. »
Taîti pouvait s'appeler la métropole du tabou : nulle part dans les archipels polj^nésiens cette règle restrictive et prohibitive n'était plus exigeante, plus minutieuse, plus tyrannique, plus cruelle. Depuis la naissance jusqu'à la mort, existait pour les Taïtiens une méticuleuse distinction de vivres permis ou non permis. On retrouvait ce veto partout , en santé comme en maladie, dans les temples, hors des temples, sur la grève et dans Tintérieur, au sein des halneaux et des campagnes , dans les repas, dans le sommeil , dans la guerre, au milieu de la mer, dans la oase, à la pèche, à la chasse, partout. Les hommes , et ceux principalement qui , de loin ou de près , tenaient au service divin, étaient considérés comme ras^ ou sacrés; ils pouvaient, comme tels , mander de tous les aliments que l'on oftrait aux dieux ; tan« dis que les femmes {noas) communes ne pouvaient, sous peine de mort, touener à aucun de ces vivres privilégiés. Le feu des hommes ne pouvait servir à préparer la nourriture des femmes ; il en était de même des corbeilles et des autres ustensiles de ménage. Ce mépris pour le sexe le plus &ible, ces interdictions , cette infériorité relative, ne furent pas un des
moindres motifs c|tti jetèrent les femmes dans le christianisme, religion émancipatrioe et juste pour elles. Peutêtre, sans ce bienfait, les Taïtiennes n'auraient-eiles pas pu pardonner au culte nouveau a'avoir condamné les plaisirs et les divertissements pour lesquels elles étaient passionnées.
«On distinguait trois sortes de moraîs : ceux qui servaient à Vile entière et portaient souvent Je titre de UUfoutaoou-atéa (espace très-sacré); ceux qui ne servaient qu'à un district; enGn ceux qui étaient dédiés seulement aux dieux de la famille. Leur forme habituelle était celle d'un vaste rectancle, dont l'étendue variait suivant la fortune de rindividu et l'influence du dieu. Deux des côtés étaient fermés par de hautes murailles de pierre ; la façade était défendue par une palissade basse, et en face s'élevait souvent un bâtiment massif de forme pyramidale, sur lequel on plaçait les effigies des dieux. Au grand moraî d'Ata-Hourou, cette pyramide n'avait pas moins de deux cent cinquante pieds de long sur quatre-vingt-dix de large à la base, et cinquante pieds de hauteur. La surface supérieure avait encore cent soixantedix pieds de longueur et près de six pieds de largeur; des degrés de six pieds de hauteur chacun conduisaient au sommet. Les pierres extérieures de la pyramide, composées de madrépores ou de basaltes, étaient placées avec beaucoup de soin et bien équarries, surtout celles des angle^; ce qui avait dd coûter aux naturels des soins immenses.
« Aujourd'hui les moraîs sont à ras du sol; mais quelque part que Von aille dans l'archipel , on en trouve des décombres : dans les vallons intérieurs, auprès des villages, sur les promontoires et dans les gorges des collines.
Les arbres qui croissaient autour d'eux étaient sacrés ; c'était le plus souvent des casuarinas au feuillage mélancolique, des calophyUum^ des thespesias et des œrdias impénétrables au soleil.
«Les fonctions sacerdotales étaient héréditaires. Les prêtres avaient le
OCEANIE.
rang de cbefe. Le roi était quelquefois prêtre du temple national, et la dignité de grand prêtre était toujours confiée à un membre de la famille ré-
Snante : cela sans doute dans le but 'éviter des conflits entre les autorités spirituelle et temporelle.
« Le culte se composait de prières ou aubwsy d'offîrandes et de sacrifices. »
TOIH'APAUS 00 QOKFS KBfBAUMÉS.
Cook .vit à Oparre le corps embaumé d'un chef nommé Ti (voy. »/. 150).
11 était couvert et enveloppe u étoffes ; mais à sa prière l'insulaire qui gardait ce toupapau, le plaça sur une espèce de bière , et les savants de l'expédition l'examinèrent à leur aise ; on ne leur permit pas cependant de pénétrer en dedans des palissades qui enfermaient le toupapau. L'insulaire orna le cercueil de nattes et d'étoffes qui produisaient un joli effet. Le corps était entier dans toutes ses parties, et ce qui le surprit bien davantage, la putréfaction paraissait à |)eine avoir commencé ; car il n'avait point d'odeur d^agréable : cependant le climat est très-cliaud , et Ti était mort depuisplus de quatre mois. On n'y apercevait d'autre altération qu'une contraction des muscles et des yeux; les cheveux et les ongles se trouvaient en bon état, et ils adhéraient fortement à la peau ; les diverses Jointures avaient de la souplesse, et elles présentaient ce relâchement qui arrive aux personnes attaquées d'un évanouissement subit.
M. Anderson, à qui on doit ces remarques, fit des recherches sur les moyens qu'emploient les naturels pour conserver ainsi les corps, et on lui dit qu'immédiatement après la mort, on tirait par Xanus les intestins et les autres viscères, qu'on remplissait le ventre et l'estomac d'étoffes ; que s'il y avait de l'humidité sur la peau, ou la faisait disparaître, et qu'on frottait tout le corps avec une quantité considérable d*huile de noix de coco parfumée ; que cette friction le conservait assez longtemps sans qu'il tombât en pourriture. Mai assura à Cook que
les Taîtîens se servaient alors du suc d'une plante qui crott parmi les mon-* taenes, et d huile de noix de coco; qu ils lavaient souvent le corps avec de l'eau de mer; qu'on conservait ainsi les restes de tous les grands personnages qui mouraient de mort naturelle; qu^n les laissait exposés longtemps aux regards du public ; qu'on les exposait d'abord à l'une des extrénu'tés du toupapau (*), les jours où il ne pieu* vait pas ; qu'ensuite les jours d'exposition devmrent plus éloignés, et qu'enfin on ne les voyait plus que très-rarement.