‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 61 sur 66 · COMBAT NAVAL · texte numérisé non relu

COMBAT NAVAL

0-Tou invita Cook à assister à une revue générale des pirogues deMatavaî et d*0parre. U y avait environ soixante pirogues de guerre munies de platesformes, sur lesquelles les guerriers devaient combattre. Le nombre des pirogues moins grandes était à peuprès aussi considérable. Les chefs décidèrent bientôt que l'escadre ne se rendrait à Oparre que le lendemain.

Curieux de connaître la manière de se battre des Taïtiens, Cook pria 0-Tou d'ordonner à quelques-unes de ses pirogues d'exécuter devant lui les manœuvres de combat. Le roi fit sortir deux pirogues de la baie. 0-tou et Cook montèrent sur un de ces bâtiments, et Maî se rendit à bord du second. Lorsqu'elles se furent assez éloignées pour laisser entre elles l'espace nécessaire pour les évolutions, les deux pirogues se retournèrent en face ; elles

s'avancèrent, dlesrecolèrentaTeetoQte la vivacité que purent leur donner les pagayeurs. Sur ces entrefaites, les guerriers qui occupaient les plates-formes brandissaient leurs armes, et faisaient des mines et des contorsions 3ui semblaient n'avoir d'autre but que e les préparer à l'assaut. 0-Tou se tenait a cdté de la plate-forme, et il donnait le signal d'avancer ou de reculer. La sagacité et la promptitude du coup d'œil lui était nécessaire pour saisir les moments favorables, et éviter ce qui pouvait donner de l'avanta^i^e à l'ennemi. Enfin, lorsque les deux pirogues eurent avancé et reculé aa moins douze fois , elles s'abordèrent de l'avant : après un combat de peu de durée, les guerriers delà plate-forme où était placé 0-Tou parurent se laisser tuer jusqu'au dernier, et Maî et ses camarades se rendirent maîtres de cette pirogue. En cet Instant , 0-Tou et ses pagayeurs se jetèrent à la mer, comme sHls avaient été réduits à la nécessité de se sauver à la nage.

Leurs batailles navales ne se livrent ps toujours de cette manière. Selon les détails donnés par Maî, les Insulaires commençaient quelquefois par amarrer les deux pirogues Pavant contre l'avant; et ils combattaient ensuite jusqu'à ce que tous les guerriers de l'un des bâtiments fussent tués.

Cette manœuvre terrible prouve qu'alors ils étaient résolus de vaincre ou de mourir. En effet, ils ne devaient compter que sur la victoire ou la mort ; car, de leur aveu , ils ne faisaient jamais de quartier, à moins qu'ils ne réservassent les prisonniers pour les tuer le lendemain d'une façon plus cruelle.

La puissance et la force de ces peuplades sont fondées sur leur marine ; ils n'ont jamais livré peut-être une action générale sur terre; et c'est sur la mer qu'ils se livraient des batailles décisives. Quand les deux partis avaient fixé l'époque et le lieu de l'action, ils passaient dans des amusements et des festins la journée de la veille et de la nuit, comme nous l'avons déjà observé aux tles Carolines. Us lançaient à l'eau

OCÊANIE.

lenrs pirogues , ils faisaient leurs préparatife au lever de l'aurore, et ils coininençaîent le combat avec le jour : 8on issue terminait ordinairement la dispute; les vaincus s'enfuyaient à la hâte, et ceux qui atteignaient la côte, s'empressaient de gagner les monta- .

gnes et d'emmener leurs amis. Les vainqueurs, qui, durant l'accès de leur furie i n'épargnaient ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants, s'assemblaient le lendemain au moraî pour remercier Tatoua de la victoire qu'ils venaient de remporter, et lui offrir en sacrifice les guerriers qu'ils avaient tués, et les prisonniers eux-mêmes.

On négociait ensuite un traité , dont, en général , ils dictaient les conditions : ils obtenaient des districts particuliers, et quelquefois des tles entières. Mai, qui avait été fait prisonnier par les habitants de Borabora, et conduit dans cette tle longtemps avant son départ pour l'Europe , disait que lui et tous ses compagnons de captivité auraient été mis a mort le lendemain , s'ils n'étaient pas venus à bout de se sauver pendant la nuit.

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