SUITE DES AVENTURES DE MAI
Après ce combat simulé. Ma! endossa sa cuirasse et le reste de Tarmure qu'on lui avait donn^ en Angleterre et qui avait été tirée sans doute d'uu arsenal de l'ancienne chevalerie.
Ainsi armé de pied en cap, et semblable à un des paladins de Charlemagne, il monta sur la plate-forme de rune des pirogues, et les rameurs le menèrent en triomphe le long du rivage de la baie , en sorte que tous les naturels purent le contempler à loisir ; mais, à son grand déplaisir, sa belle cotte de mailles n'attira pas l'attention des insulaires, autant qu'il l'avait imaginé.
Cook mit à la voile pour Wahiiie,^ d'où il se rendit à Eïméo ; il aborda à Raîatea , patrie de Mai. Tous les insulaires de quelque importance arrivèrent aux vaisseaux : c'était ce que désirait le capitaine ; car il voulait s'occuper tout de suite de l'établissement de son protégé, et il crut que Foccasioa était iavorable. Maî paraissait dé-
sirer alors de s*étab1ir à Raîatea, et s'ils avaient pu s'accorder sur les moyens d'exécuter ce projet, il l'aurait adopté. Les naturels de Borabora, conquérants de l'île, y avaient dépouillé son père de quelques terres. Persuadé qu'il viendrait à bout d'en obtenir la restitution sans employer la violence , il fallait pour cela qu'il vécût en bonne intelligence avec ceux qui se trouvaient les maîtres de l'île ; mais Maî était un patriote trop zélé pour s'imposer la moindre modération, et trop confiant pour imaginer que son protecteur ne le rétablirait pas de force dans ses biens. Celui-ci sentit qu'il lui était impossible de l'établir à Raîatea, et que Wahine lui convenait mieux. Il se décida en conséquence à tirer parti de la présence deschefis, et à solliciter en sa faveur la permission dont 11 avait besoin.
Gook se disposa à faire une visite en forme à Taire-Taria, à qui il voulait parler de cette affaire. Maî s'habilla très-proprement, et il prépara un magnifique présent qu'il destinait au chef, et un second qu'il voulait offrir à Tatoua. Depuis qye son protecteur l'avait séparé de la troupe de fripons qui l'environnèrent à Taîti, il s était conduit avec prudence, et de manière à mériter l'estime et l'amitié de tous ceux qui le virent. Le débarquement rappela à terre la plupart des naturels qui s'étaient rendus aux vaisseaux ; et après s'être réunis à ceux qui se trouvaient sur la côte , ils se rassemblèrent dans une grande maison. Le concours du peuple fiit très-nombreux : on n'avait jamais vu sur aucune de ces îles autant de personnages importants des deux sexes. Le gros du peuple , en général,
Paraissait plus robuste et d'un teint plus lanc que les indigènes de l'île Taîti , et, proportionnellement à l'étendue du pa)[s, ily avait plus d'hommes qui semblaient riches et revêtus d*une sorte d'autorité. La plupart de ceux-ci avaient un embonpoint aussi considérable que les chefs ae Watio. Cook ne voulait commencer sa négociation qu'après l'arrivée de l'Arii-Rahi, et on attendit Taire-Taria; mais, en le voyant, il
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Jugea que cette précaution était inutile ; car il n^avait pas plus de huit à dix aus, MaT , qui se tenait à quelque distance du i^rinee et de ceux qui Tentouraient, ofTrit d'abord au dieu des plumes rouges, des étoffes, etc. Il fit ensuite une seconde offrande qui devait être présentée à Tatoua par le chef, et après celle-ci , il distribua plusieurs touffes de plumes rouges : cnaque article fut placé devant Tun des assistants, et accompagné d'une prière ou d'un discours prononcé par un des amis de Mai, près duquel il était assis , et auquel il souflla la plupart de ses phra* ses. Il eut soin de ne pas oublier ses amis d'Angleterre , non plus que ceux qui l'avaient ramené sain et sauf dans sa patrie. Il ne cessa de faire mention de larii-rahi tuhberitani (*}, du lord Sandwich, de Toute et de Tati (**).
Quand il eut achevé ses offrandes et ses prières, le prêtre prit un à un les divers articles qu'on avait déposés de* vant lui, et, après une courte prière, il les envoya au moraT. Mai s'écria nue si cet édifice n'eût pas été aussi éloii^né, il les y aurait portés lui-même. Des que ces cérémonies religieuses furent terminées, MaT s'assit près du capitaine, et on entra en négociation.
Cook fit d'abord un riche présent au jeune roi , qui lui en fit un magnifique de son côté ; ils convinrent ensuite de la manière dont les insulaires trafiqueraient avec les équipages du célèbre navigateur, qui prit soin d'exposer les suites fâclieuses qu'entraîneraient les larcins commis par les indigènes, s'ils se livraient de nouveau à cette injuste et méprisable habitude, ainsi que dans ses premières relâches. Enfin il parla aux chefs assemblés , de l'établissement de son ami. Mai leur dit : « On m'a « conduit en Aneleterre où j'ai été fort « bien accueilli du roi et de ses arUs; « on m'y a traité avec beaucoup d'é- « gards, et on m'y a donné toutes les « marques possibles d'attachement; le « capitaine Toute ( Cook ) a eu la bonté «de me ramener aux îles Taïtt, et « j'arrive riclie d'une foule de trésors
i*) Du roi d'Angleterre.
**) De Cook et de Qerke.
« qui seront très-utiles à mes onmpa- « triotes ; outre les deux chevaux que «je dois garder dans mon habitation , « nous avons laissé à Taîti plusieurs «animaux précieux et d'une espèce « nouvelle, qai se multiplieront et se « répandront oientôt sur toutes les îles « des environs. Pour prix de mes ser- « vices , je demande qu'on m'accorde « un terrain à Waiiine, qu'on me per- « mette d> bâtir une maison et d'y » cultiver tes productions nécessaires à « ma subsistance et à celle de mes do- « mestigues ; et si je n'obtiens pas « gratuitement ou par édian^e votre « consentement , que je sollicite de « votre justice, le brave et terrible ca- « pitaine m'a promis de me transporter « avec mes trésors à Raîatea. »
« J'aurais peut-être fait un discours meilleur que celui de Mai , dit Cook , mais il n*oublia aucun des points importants sur lesquels je lui avais recommandé d'insister. Mai , ainsi que je Tai déjà observé, se flattait vainement que j'emploierais la force pour le rétablir à Raîatea dans les biens de son père; il l'avait dit, sans mon aveu, à quelques personnes de l'assemblée. Les Qie£s imaginèrent tout de suite que je me proposais d'attaquer Kaîatea, et qnue je les aiderais à diasser de cette tie les naturels de Borabora. Il était donc nécessaire de les détromper; je leur déclarai en effet, d'une manière positive , que je ne les aiderais pas dans une entreprise de cette espèce; que même je ne la souffrirais noint, tant que je me trouverais dans leurs parafes; et que si Mai se fixait à Raîatea, je l'y rétablirais d'une manière amicale et sans faire la guerre au peuple de Borabora.
a Cette déclaration changea les idées du conseil. L'un des chefs me répondit sur-le-champ, « que ie pouvais dispo* « ser de l'île entière de vVahine, et de « tout ce qu'elle renferme; que j'étais « le maître d'en donner à mon ami la « portion que je voudrais. • Sa réponse fit un grand plaisir à Mal qui , semblable au reste de ses compatriotes, ne songe guère qu'au moment actuel; il crut sans doute que je serais libéral,
OCEANIE.
et que je lui aeoorderais une vaste étendue de terrain. Je réfléchis qu'en m'offrant ce qu*il ne oonvenait pas d'accepter « on ne m'offrait rien du tout ; et je voulus non-seulement qu'on désignât ie local, mais la quantité précise de terrain dont jouirait mon ami. On envoya chercher quelques-uns des chefs qui avaient déjà quitté l'as* «emblée, et après une délibération qui fut courte , ils souscrivirent à ma demande d*une voix unanime. Ils me cédèrent à rinstant un terrain contigu à la maison où se tenait le conseil : son étendue, le long de la côte du havre, était d'environ trois cents pieds , et sa
Ï profondeur, qui allait jusqu'au pied de a colline, qui en renfermait même une partie , se trouvait un peu plus considérable. Après cet arrangement qui satisfît les msuiaires, Mai et moi, j'ordonnai de dresser une tente et les observatoires sur la côte, oîi j'établis un poste. Les. charpentiers des deux vaisseaux construisirent une petite maison , dans laquelle mon ami aevait renfermer ses trésors; nous lui créâmes de plus un jardin, nous y plantâmes des schadoks, des ceps de vigne, des pommes de pin, des melons et les graines de plusieurs autres végétaux :
avant de q^uitter l'île, l'eus le plaisir de voir réussir chacune des parties de sa plantation. »
Mai commença alors à. s'occuper sérieusement de ses intérêts; il se repentit beaucoup d'avoir été si prodigue a Taîti, où il avait donné les choses les plus précieuses qu'il avait reçues en Angleterre et ailleurs. Il trouva à Wabine un frère , une sœur et un beaufrère, car sa sœur était mariée ; mais ils ne le pillèrent pas, ainsi que l'avaient fait ses autres parents. Toutefois s'ils étaient trop honnêtes pour le tromper, ils étaient trop peu considérés dans Vile pour lui rendre des services essentiels : dénu^ de crédit ou d'autorité, ils ne pouvaient protéger sa personne et ses biens; et oans cet état d'abandon , il courait risque d'être dépouillé de sa fortune, lorsau'il n'aurait plus ses pro* tecteurs aupies de lui.
Un individu plus opulent que ses
voisins est sûr d'exiter l'envie d'une multitude d'hommes qui désirent k rabaisser à leur niveau. Mais dans les pavs où la civilisation, les lois et la religion ont de l'empire , les riches ont toute sorte de motife de sécurité ; les richesses s'y trouvant dispersées dans une foule de mains, un simple particulier ne craint pas que les pauvres se réunissent contre lui, de préférence aux autres dont la fortune est paiement un objet de jalousie. La position de Mai se trouvait bien différente; il allait vivre dans une contrée où l'on ne connaît guère d'autre principe des actions morales que l'impulsion immédiate des désirs et des fantaisies : il allait être le seul riche de la peuplade, et c'est là surtout ce qui le mettait en danger. Un hasard heureux l'ayant lié avec les Anglais , il rapportait un amas de richesses qu'aucun de ses compatriotes ne pouvait se donner, et que chacun d'eux enviait : il était donc bien naturel de les croire disposés à se réunir pour le dépouiller.
Cook lui conseilla, dans l'espoir de prévenir ce malheur, de donner quelques-unes de ses richesses à deux ou trois des principaux chefs, pensant que la reconnaissance les exciterait à le prendre sous leur protection , et à le garantir de l'injustice des autres. Il suivit en effet ce conseil. Ne voulant pas trop compter néanmoins sur les effets de la reconnaissance , Cook emplova un moyen plus imposant, celui de la terreur. Il ne laissa échapper aucune occasion. Il convoqua les insulaires , et leur dit qu'il se proposait de retourner bientôt parmi eux; que s'ils attentaient à la propriété ou à la personne de son ami, il se vengerait impitoyablement de tous ceux qui lui auraient fait du mal. Selon toute apparence, cette menace devait contenir les naturels; car les diverses relâches
3ue les Anelais avaient faites aux îles e Taïti , leur persuadèrent que les vaisseaux revenaient à certaines époques ; et le temp a prouvé que Mai avait été généralement respecté , tant qu'il n'avait commis aucune injostioe avec ses compatriotes.
' Rien ne troubla Jusqu'au 22octobre, le commerce d*échange et d'amitié oui eut lieu entre les blancs et les naturels. Mais le 22 au soir, un des insulaires trouva moyen de pénétrer dans l'observatoire de M. Baily, et d'y voler un sextant sans être aperçu. Cook descendit à terre ; dès qu'il fut instruit du vol, il chargea Mai de réclamer l'instrument. Mai le réclama en efifet avec beaucoup de zèle; mais les chefs ne firent aucune démarche ; ils s'occupèrent de Vhéva qu'on jouait alors, jusqu'au moment où le terrible capitaine ordonna aux acteurs de finir leur comédie. Les chefs s'aperçurent bien vite que la pièce devenait sérieuse, et ils se demandèrent les uns aux autres des nouvelles du voleur qui se trouvait assis tranquillement au milieu d'eux.
« Son assurance et son maintien me laissaient d'autant plus de doutes, dit Cook , qu'il niait le délit dont on l'accusait. Je l'envoyai néanmoins à bord de mon vaisseau , sur les témoignages de Mai, et je l'y tins en prison. Son emprisonnement excita une rumeur générale parmi les insulaires, et ils s'enfuirent en dépit de mes efforts pour les arrêter. Le prisonnier, interrogé par Mai, finit par dire où il avait caché sa proie ; mais la nuit commençait, et nous ne pûmes retrouver le sextant que le lendemain à la pointe du jour : il n'était point endommagé lorsqu'on nous le rapporta. Les naturels revinrent de leur frayeur, et ils se rassemblèrent autour de nous, selon leur usage. Le voleur me parut être un coqum d'habitude , et je crus devoir le punir d'une manière plus rigoureuse que les autres voleurs auxquels j'avais infligé des châtiments. Je m fis raser les cheveux et la barbe j et couper les deux oreilles y ajoute Cook, sans se douter apparemment
Su'un Anglais devait être honteux 'employer les moyens de justice turque.
Cette correction ne suffisait pas ; car la nuit du 24 au 25, des cris d'alarme avertirent l'équipage de la Découverte qu'on essayait de voler une chèvre; quelques nâatelots se rendirent à l'en"
droit d'où partaient les cris , et ils ne s'aperçurent pas qu'on edt commis de vof : vraisemblablement les chèvres étaient si bien gardées , qu'il ne put exécuter son projet; mais ses hostilités réussirent à d'autres égards. Il parut
Su'il avait détruit ou emporté les ceps e vigne et les choux du iiurdin de Mai ; il disait hautement qu'il le tuerait, et qu'il brâlerait sa maison, dès que ses
Srotecteurs auraient quitté i'/ie. Afin 'ôter à ce scélérat les moyens de nuire désormais à son ami , Cook le fit arrêter de nouveau; mais il se sauva à Borabora.
La maison de Mal fut presque achevée le 26, et il y fit apporter la plupart de ses trésors. Parmi la foule de choses inutiles qu'il avait récries en Angleterre, était une caisse de joujoux ; il eut soin de montrer aux naturels les bagatelles qu'elle contenait, et la multitude étonnée parut les contempler avec un grand plaisir. Quant à ses pots, ses chaudrons, ses plats, ses assiettes, ses bouteilles, ses verres, enfin aux divers meubles dont on se sert dans les ménages d'Europe, i\ y eut à peine un seul de ces articles qui attirât les regards des insulaires : il commençait lui-même à juger cet attirail inutile ; il sentait qu^un cochon cuit au four est plus savoureux qu'un cochon bouilli; qu'une feuille de bananier peut tenir lieu d'un plat ou d'une assiette d'étain, et qu'on boit aussi bien dans un coco que dans un verre de cristal. Il vendit aux équipa-
§es des deux vaisseaux tous les meutâes e cuisine ou de paneterie qu'ils voulurent acheter. Il reçut en échange des haches et des outils de fer, qui avaient plus de valeur intrinsèque dans cette partie du monde, et qui devaient ajouter davantage à sa supériorité sur les individus avec lesquels il devait passer le reste de ses jours.
« Dès que Maî fut établi , dit Cook , dans sa nouvelle habitation , je songeai à partir. Je fis conduire à bord tout ce que nous avions débarqué, excepté le cheval, la iument et une chèvre pleine, aue je laissai à mon ami, dont nous allions nous séparer pour
OGÉANIE.
Jamais. Je lui donnai aussi une truie et deux cochons de race anglaise, et il s'était procuré d'ailleurs une ou deux truies. Le cheval couvrit la jument pendant notre relâche à Ta'iti, et je suis persuadé aue les navigateurs trouveront des cnevaux dans ces tles.
« Les détails relatifs à Ma! intéresseront peu^étre une classe nombreuse de lecteurs, et je crois devoir dire tout ce qui peut exposer d^une manière satisfaisante dans quel état nous le laissâmes. Mai avait pris à Taïti quatre ou cinq téoutéous; il gardait d'ailleurs ses deux jeunes gens de la Nouvelle-Zeeland. Son frère et quelques autres de ses parents le joignirent à Wahine ; en sorte que sa famille se trouvait déjà composée de huit ou dix personnes , si toutefois on peut donner Je nom de famille à un ménage où il n'y avait pas une femme. »
La maison que Cook lui fit bâtir avait vingt-quatre pieds de long sur dix-huit de large et dix de hauteur; on y employa les bois de pirogues détruites par les Anglais à Eîméo ; on
mit le moins de clous qu'il fut possi- le, afin que l'appât du fer n'excitât point les naturels à la dévaster. Il fut décidé qu'immédiatement après le départ de l'expédition, il en construirait une plus ^nde sur le modèle des habitations du pys; que pour mettre en sûreté ceile que les Anglais* lui avaient construite, il la couvrirait avec Pune des extrémités de la nouvelle.
Quelques-uns des chefs promirent de l'aider, et si l'édifice projeté avait occupé le terrain qu'inaiquait son plan , il n'y en aurait pas eu dans file de plus étendue.
Un mousquet, une baïonnette et une giberne, un fusil de chasse, deux paires de pistolets et deux ou trois sabres ou coutelas composaient son arsenal. « Il fut enchante d'avoir des annes, dit Cook; mais en les lui donnant , je ne songeai qu'à lui faire plaisir; car j'étais persuadé qu'il serait plus heureux si nous ne lui laissions point d'armes à feu , ou d'armes européœnes d'aucune espèce. En effet, cet
attirail de guerre entre les mains d'un homme dont la prudence m'est suspecte, doit plutôt accroître ses dangers, qu'établir sa supériorité sur ses compatriotes.» Ce que nous dirons de sa conduite depuis le départ et la mort de l'intrépide capitaine prouvera combien sa méfiance était fondée, et qu'il avait bien jugé Mai.
Lorsqu'A eut conduit à terre les diverses choses qui lui appartenaient, et au'il les eut placées dans sa maison, il onna à dîner deux ou trois fois à la plupart des officiers de la Résolution et de la Découverte : sa table leur offrit en abondance les meilleures productions de l'île.
Avant d'appareiller, Cook fit graver l'inscription suivante en dehors de la maison de son protégé :
Geoffiiu tertîu rcx, % norembrît 1777. } •u ) MéioiutioHt Jac. Cook , pr.
«■^«••j Dùc<n0rjr, Car. Clcrk«, pr.
Le 3 novembre , à 4 heures du soir^ Cook profita d'une brise qui s'éleva dans la partie de l'est, et il sortit du havre. La plupart de ses amis demeurèrent à bord jusqu'au moment où les vaisseaux furent sous voile ; et afin de satisfaire leur curiosité, il fit tirer cinq coups de canon. Ils lui firent tous leurs derniers adieux, excepté Mai qui l'accompagna quelque temps en mer. L'hansière amarrée sur la côte fut coupée par les rochers au moment de l'appareillage. Ceux qui travaillaient aux manœuvres , ne s'apercevant pas qu'elle était rompue, abandonnèrent la partie qui se trouvait sur la grève, et il fallut l'envoyer chercher par un canot. Mai s'en alla dans ce canot, après avoir embrassé tendrement chacun des officiers. Il montra du couragejusqu'à l'instant où il s'approcha du capitaine ; mais il essaya en vain de se contenir, il versa un torrent de larmes, et l'officier Ring, qui commandait le canot, le vit pleurer durant toute la route.
Ayant été choyé en Angleterre, Il avait oublié sa condition primitive ; il ne pensa jamais quelle impression fe« raient sur ses compatriotes ses con«
naissances et ses richesses : cependant les lumières de son esprit et ses trésors pouvaient seuls assurer son crédit, et il ne devait nas fonder sur d'autres moyens son élévation et son bonheur. Il naratt même qu'il connaissait mal te caractère des habitants des ties de cet archipel, ou qu'il avait perdu de vue, à bien des égards, leurs coutumes ; autrement il aurait senti
au'il lui serait d'une difliculté extrême e parvenir à un rang distingué, dans un pays oi!i le mérite personnel n'a peut-être jamais fait sortir un individu d'une classe inférieure pour le porter à une classe plus relevée. Les distinctions et le pouvoir qui en est la suite, L étaient seulement fondés sur le ranç.
es insulaires étaient soumis à ce préjugé d'une manière si opiniâtre et si aveugle, qu'un homme qui n'avait pas reçu le jour dans les familles privilégiées, était sûrement méprise et haï, s'il voulait s'arroger une sorte d'empire. Les compatriotes de Mai n'osèrent pas trop montrer leur disposition pour lui, tant ^ue les Anglais étaient parmi eux; néanmoins Cook jugea quMl leur inspirait un sentiment de hame et de mépris. Une administration convenable des trésors qu'il rapportait d'Angleterre, et les connaissances que lui avaient procurées ses voyages, lui offraient des moyens de former des liaisons très-utiles ; mais on a vu que, semblable aux enfants, il dissipa ses richesses , sans s'occuper de ses intérêts. Sa tête se trouvait remplie de projets, qui paraissent nobles au premier coup d'oeil, et^dont la réflexion ne tarde pas à dévoiler la bassesse : il montra, dès le commencement, le désir de se venger, plutôt que celui de devenir un ^raud personnage; au /este, la passion de la vengeance est si ordinaire aux îles de la Société, qu'il lui aurait été difficile de s'^ soustraire. Sou pèrej)ossédait des biens considérables a Raiatea, lorsque cette fie fut conquise par les guerriers de Borabora. Il vint , ainsi qu'une foule de proscrits, cherclier un asile à Wahine, où il mourut, et où il laissa Maî et d'autres enfants, qui furent
réduits à la misère et i la dépendance. Mai était donc pauvre et délaissé, lorsque le capitaine Furneaux le prit sur son vaisseau pour l'emmener en Europe. Il est difficile de savoir si l'accueil cju'il reçut en Angleterre lui avait donné respoir qu'on lui fournirait sûrement des secours contre les ennemis de son père et de sa patrie, ou s'il imaginait que son courage et la supériorité de ses connaissances suffiraient pour cliasser les conquérants de Raiatea ; mais du moment oà la Découcerte quitta l'Angleterre, il ne cessa de parier de ses projets coa« tre les tyrans de Borabora. Il ne voulut pas écouter les remontrances qu'on lui fit sur une résolution aussi ténié* raire : il entrait en colère lorsqu^on lui donnait, pour son avantage, des avis plus modérés et plus raisonnables.
Infatué de son grand projet, il affectait de croire aue les guerriers de Borabora abancfonneraient l'Ile de Raïatea, dès (|u'ils apprendraient son arrivée à Taîti. Ses illusions néanmoins diminuèrent durant la navigation , et lorsque les vaisseaux ahorcferent aux fies des Amis, il était si inquiet sur les dispositions de ses compatriotes à son égard, qu'il songea à s'établir à Tongatabou sous la protection de Fine. Il y dissipa , sans aucune nécessité, une partie de ses trésors; il ne fut pas moins imprudent à Tiarrabou , ou U ne pouvait chercher des amis, puisqu'il ne voulait point y demeurer : il continua ses prodigalités à Matavai jusqu'à l'instant de son départ, et il forma des liaisons si peu convenaUes, qu'Otou , disposé d'akràrd à le protéger, témoigna hautement son déaain pour lui. Cependant il aurait encore pu recouvrer les bonnes grâces du roi ; il aurait pu s'établir avantageusement à Taîti , où il avait passé autrefois plu^ sieurs années , et où il était fort con* sidéré de Touba, qui lui fit présent d'une double pirogue, c'est-à-dire, d'une diose très-précieuse. En s'éta« blissant sur cette fie, son élévation aurait rencontré moins d'obstacles; car un étranger parvient pius aisément qu'un naturâ du pays à jouer un rtfle
OGÉANIE.
aer
an-deasus de sa Daiaiaiioe. Mais il fîit toujours indécis, et il n'aurait point voulu se fixer à Wahine, si Gook ne lui avait pas déclaré nettement qu*il n'emploierait jamais la force nour lui rendre les biens de son père. Il énonçait d'une manière trop ouverte son antipathie contre les habitants de Borabora, et il devait craindre les suites de son indiscrétion. Les naturels de Borabora, entraînés parla jalousie, s'efforçaient de le rendre odieux à ceux de Wanine; ce qui étaitd'autant plus facile
Su'ils étaient alors en paix avec cette erqière île, et que plusieurs d'entre eux y demeuraient ; leur inimitié était cependant la chose qui lui était le plus facile d'éviter : non*seulement il ne leur inspirait aucune aversion, mais un de ses habitants, qui jouait à Tiarrabou le rôle d'un ambassadeur, d'un prêtre ou d'un dieu, proposait formellement de le rétablir dans les biens qui avaient appartenu à son père. Il ne voulut iamais accepter ce service, et il se montra résolu jusqu'au départ de l'expédition anglaise de saisir la première occasion qui s'offrirait, et de se venger par une bataille. Il est proirable que sa cotte de mailles ne contribua pas peu à son ardeur guerrière :
il se croyait invincible avec sa cuirasse et ses armes à feu.
Au reste, quels que fussent les défauts de Mai, ils se trouvaient plus que contre -balancés par la générosité et par la docilité de son caractère. Le sévère Gook lui-même avoue n'avoir jamais eu l'occasion de se fâcher au si^et de sa conduite en général ; son cœur reconnaissant fut toujours pénétré des bontés qu'on avait eues pour lui en Angleterre. Il était doué d*une assez grande pénétration , mais il ne s'appliquait pas, et il n'avait pas cette constance qui suit les mêmes idées. Aussi ses connaissances étaient superGcielles et imparfaites à bien des égards. Il observait peu : il vit aux ues Tonga une foule d'arts utiles et d^amusements agréables , qu'il aurait lU porter dans sa patrie, ou vraisem- Jablement on les aurait adoptés, puisqu'ils étaient si analogues aux habi*
tudes des natorels des tlea de Taîti : mais il ne fit pu le moindre efifort
Sour s'en instruire. Cette espèce d'inifférence est, il est vrai, le défout caractéristique de ses compatriotes* Néanmoins, «je suis persuadé, dit Go<A, qu'il cultivera les arbres fruitiers et les végétaux que nous avons plantés, et que les tles de la Société lui auront, en ce point, des obligations essentielles ; mais le plus grandavantage qu'elles semblent dîevoir tirer de ses voyages , résultera des quadrupèdes nouveaux que nous y avons laissés , et que vraisemblablement elles n'auraient jamais obtenus, s'il n'était pas venu en Angleterre. Lorsque ces animaux se seront multipliés aux Iles de Taîti , elles égaleront, si elles ne surpassent pas, les relâches célèbres, par l'abondance des provisions.»
Le retour de Mai et la vue des riches cadeaux qu'il avait rapportés dans sa patrie, excitèrent un grand nombre d'insulaires à demander au capitaine Gook la permission de le suivre à Beritani (en Angleterre). Il eut soin de déclarer, dans toutes les occasions,
Su'il ne souscrirait point à ces demanes. D'ailleurs , Mai , qui mettait un grand prix à être cité comme le seul omme qui eût fait un long voyage, craignait qu'il ne consentit à donner è d'autres les mo3rens de lui disputer ce mérite, et il lui dit souvent que lord Sandwich lui avait promis qu'aucun naturel de Taîti ne viendrait en Angleterre.
Les amis de Gook donnèrent, en quit^ tant les Anglais, des marques très-sincères d'affection , et les larmes qu'ils versèrent reprochèrent à plusieurs d'entre eux leur insensibilité. En général , notre éducation tend à étouffer les émotions du coeur : comme souvent on nous apprend à en rougir, l'habitude vient à bout de les dompter; au contraire, le simple habitant de ces tles se livre à tous ses senti*^ ments , et il met sa gloire à diérir les autres hommes.
Quant aux Zeelandais que Ma! amena avec lui, Gook laissa ces deux jeu-, aes gens à \?ahine, quoiqu'ils désiras^
L*UNIVEAS.
sent extrêmement, l'un et l'autre, de De pas le qaitter. Tiaroua, le plus âgé, avait des dispositions très-heureuses ; il était doué a*un bon sens admirable, et susceptible de toute sorte d*instructions. Il paraissait sentir que la Nou- Yelle-Zeelaud se trouvait inférieure aux Iles de la Société, et, frappé des plaisirs fct de l'abondance que lui oifrait Wahiue, il finit par se soumettre gaiement à la loi au sort qui l'obligeait à y terminer sa carrière. Son camarade était tellement attaché aux Anglais, qu'il fallut l'enlever du vaisseau et le conduire de force à terre : celui-ci avait de la malice et de l'énergie dans le caractère , et sa pétulance amusa plus d'une fois l'équipage.
Quoique séparé de Mai , Cook pouvait encore recevoir de ses nouvelles ; il lui avait recommandé de l'instruire de ce qui se passerait. Quinze Jours après l'arrivée du vaisseau à Raiatea , il lui envoya deux de ses ^ens. Cook apprit avec un extrême plaisir que ses compatriotes le laissaient en paix; que tout allait bien , mais que sa chèvre était morte en mettant bas. Mai le priait de lui en envoyer une autre et deux haches, et le capitaine lui renvoya les deux messagers qui rapportèrent les haches et deux chevreaux, l'un mâle et l'autre femelle, et fut trèssatisfait de savoir qu'il était heureux dans ses propriétés de Wahine.
Le poète Cowper a adressé des vers touchants à la mémoire de Maî. Nous ne saurions résister au plaisir d'en donner la traduction : « Jeune étranger, que la curiosité ou un vain sentiment de gloire plutôt qu'une sincère amitié pour toi, a un instant conduit au milieu de nous, ton rêve est passé! Auras-tu retrouvé aux ombres cie tes palmiers et de tes bananiers , leurs anciens charmes ?
Nos palais, les jeunes beautés de nos salons, nos équipages somptueux, nos jardins, nos spectacles, nos jeux, notre musique , ne se représentent-ils pas souvent à ton souvenir ? et le regret n'altère-t-il pas les attraits que tu Pouvais aux simples tableaux de la nature qui t'environne? Il me semble te voir sur la grève , le regard distrait,
tourné sur Thorizon, et demandant au flot qui meurt à tes pieds, s'il a
i'ainais baigné notre rivage ; il me sem- >le voir des larmes eouler sur tts joues , des larmes de tristesse , car ta aimes ton pays ; mais quelque précieux
Îue soient les dons que tu as reçus de Meu, tu comprends qu'il n'est pas de pouvoir qui t'élève jamais, dans cette vie , de la condition où tu es né aux sphères supérieures de Vintelligence qu'un instant tu as entrevues. »
Hélas ! la prospérité et le pouvoir rendirent cruel cet homme reconnaissant, qui avait été tant caressé et loué. Après le départ de Cook , Maî fut comble d'honneurs par le roi , (dont il était hoa , allié ou parent), à cause sans doute de tout ce qu'il avait apporté de curieux, et qui était un trésor à Wahine. Le roi , homme cruel , s'engoua tellement de lui qu'il lui donna sa fille en mariage, et changea son nom en celui depaari (sage), qu'il porta depuis cet instant, selon la coutume des divers peuples polynésiens. Le gendre du tyran fut plus cruel que lui. Tantôt il tirait contre le premier venu avec son fusil , tantôt avec ses pistolets ; aussi la mémoire du sage, dujprotégé de Cook est en exécration a Wahine.
MCBURS, COCTUMES ET USAGES MODERNES.
La modification de mœurs et coutumes qui s'est opérée dans l'archipel de Taiti, depuis que les missionnaires protestants y ont introduit le christianisme, est telle, que, si on en excepte quelques usages qui n'ont pas été encore entièrement déracinés, surtout parmi le petit nombre de ses habitants qui n'ont pas adopté la nouvelle foi ^ ceux de nos lecteurs qui ne connaissent que Cook etBougainville, croiront, en lisant ce qui suit, lire la description d'un autre pays , et les coutumes d'un autre peuple.
L'état social de l'île de Taîti et même de l'archipel de ce nom , est en effet bien différent de ce qu'il était du temps de ces deux navigateurs; les missionnaires de la Société de Londres l'ont totalement changé. L'idolâtrie
OCÉANIE
n^eriste plus parmi les paisibles habitants de ces contrées, et ils professent généralement la religion chrétienne calviniste. Les femmes ne viennent plus à bord des bâtiments européens ou américains; elles sont même d'une réserve extrême lorsqu'on les rencontre à terre. Les mariages s'y font maintenant comme en Europe, et le roi lui-mêmes'est assujetti à n'avoir qu'une épouse. Les femmes sont admises à la table de leurs maris. Les sacrifices humains n'ont plus lieu. La société des arréoys n'existe plus. Les guerres continuelles de ces peuples ont cessé.
Autrefois les Taitiens étaient nus ou presque nus, aujourd'hui ils sont jaloux de nos habits, et même de nos bottes et de nos chapeaux , quoique nos vêtements étriqués leur fassent subir des tortures, il est vrai que les missionnaires , voulant extirper le tatouage, et peut-être les rendre de plus en plus tributaires du commerce an-
§lais , leur ont vivement recommandé e se couvrir le corps. Autrefois un peu de rhum, de fer, de quincaillerie, et quelques verroteries étaient les uniques objets de leur ambition , et , pour ces bagatelles , ils donnaient tout ce aulls avaient de plus précieux. Aujourd hui , à peine un navire européen ou américain a-t-il jeté l'ancre dans la baie de Matavaî , et même dans une des autres rades de l'archipel, les naturels couvrent le pont de cocos, de bananes, d'évis, de racines , d'armes , de pagaies ( rames) sculptées, de lances et de belles coquilles, pour les échanger contre des armes européennes, de la poudre, des ustensiles ae ménage, des chemises , des draos , des nappes , des serviettes , des nabits la plupart usés . la défroque des équipages, et quelauerois celle des bateleurs de nos granoes villes, une véritable friperie vivante. Les boutiques du Temple ou du marché Saint-Jacques sonttransportéesàTaîti; le rhum toutefois n'est pas oublié. Mais ils ne se contentent pas d'échanger ; l'ar-
§ent commence à circuler, et la piastre 'Espagne , la piastre à deux colonnes, y est, comme dans tout l'Orient et comme dans la Malaisie, la mesure des
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ventes et des achats. Tout ce trafic s'y fait toujours par le moyen du taHo (ami), espèce de protecteur, avec lequel on échange son nom, qui vous accompagne partout, vous aide à faire vos afifaires , vous &it des cadeaux et en reçoit de vous , suivant sa discrétion ou votre générosité. A ce sujet, nous allons donner un passage assez piquant du capitaine Kotzebiie, qui peindra à la fois les missionnaires et leurs prosélytes, et la passion qu'ils ont pour nos vêtements.
COQUETTESIE DBS TAITISNS DES DBKTX SEXES, ET LEUR TENUE A L'ÉOUSE.
Pendant son séjour dans l'Ile de Taïti, Kotzebûe alla visiter M. Wilson , missionnaire , qui l'engagea à assister au service divin. « Curieux , dit le navigateur russe, de connaître les usages de ce pays , j'acceptai de srand cœur. Un jou cliemin bordé de fossés et de cocotiers conduisait de chez lui à réglise, qui avait vingt pieds de long sur dix de large ; la construction de cet édifice était appropriée au climat ; de larjges et grandes teuêtres sans vitres, inutiles en ce pays, transmettent l'air dans Tintérieur ; la fa^de était en argile recouverte de chaux ; la toiture était formée d*une espèce de jonc artistement recouvert de feuilles. 11 n'jT avait pas de clocher ; les croix de bois noir du cimetière voisin lui donnaient seules un caractère religieux.
Dans la grande salle de l'intérieur, il y avait une rangée de bancs le long du mur. La chaire se trouvait placée au milieu de l'église, de sorte que le
Ï prédicateur était vu à la fois de tous es fidèles. Lors(]ue nous arrivâmes , la salle était déjà pleine, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre.
« Malgré la gravité de cette réunion , tout Euiopéen qui verrait les Taîtiens pour la première fois, lorsqu'ils fêtent leur dimanche, serait saisi d'une envie de rire inextinguible.
« Nos habillements ont le plus grand
Srix à leurs yeux : ils en sont aussi ers aue nos dames européennes peuvent 1 être de leurs diamants et de leurs
tlo
eachm'iteê. ITayaitt auciiffe idée de^ modes ^ la coiipe de nos habits leur est indifféreate f vietix et tfsés , décousus , troués rnéme, ils ne leur paraissent pas moins él^ants et moins magnifiques. Aussi les marins, qui connaissent ce faible , ont soin de se munir des vieilles défroques pour les vendre aux Taltiens à un prix très-élevé. Un costume complet est-il trop cher, Pacheteur se contente d>n acquérir une partie, ee qui introduit dans cette fie des accoutrements bizarres. Les uns n*ont sur le corps qu'une veste d'uniforme de Bdklat anglais ; d'autres un pantalon ou une redingote ; phisienrs ne portent qu'une chemise; enfin il s'en trouve qui poussent la manie du vêtement européen jusqu'à sVnvelopper d'un ^rana manteau de drap, au risque d'étouffer dessous, f^otet qu'ils ne portent ni bas ni souliers. Qu'on jjige alors de l'aspect que pouvait ofttir une réunion d'hommes arec des vestes, des habits trop courts ou trop étroits, percés aux coudes , et de vieux manteaux drapés à la romaine!
« Le costume des femmes n'était guère moins bicarré : elles portaient des cliemises d'hommes très-courtes, d'une grande blancheur et parfaitement plissées, qui ne descendaient que jusqu'audessus des genoux ; quelques ^ unes étalaient une large cravate sur la poitrine, ou bien elles étaient enveloppées dans des draps de lit, comme dans un manteau. Leur tête, rasée à la mode des missionnaires, était recouverte d'an petit chapeau d'étoffe européenne , dont la forme, dénuée de
8oût, était entourée de rubans et de ieurs. fabriquées à TaïtI même. Un drap ae coton bariolé était un grand objet de luxe, et désignait l'aisance de celle qui le portait.
« Lorsoue M. Wilson fut Dionté en chaire, il baissa la tête et la plongea dans une grande Bible ouverte devant lui; il demeura quelques instants à prier, tandis que tous les habitants imitaient son exemple. Au lieu de Bible, ils tenaient des livres de cantiques. Ils entonnèrent bientôt un chant ; mais ce fut à qui chanterait le plus
faux, ef à qui braîfleraît le plus.
M. Wllson lut ensuite quelques cbipîtres de la Bible, qu'on interrompait de temps en temps, en faisant des génuflexions. La plupart des assistants prêtaient une grande attention à la lecture ; leur recueillement était digne de remarque. Quelques jeunes filks, assises derrière, moins lerventes que les autres, ne faisaient que rire et chuchoter, malgré les regards sévères que les missionnaires jeiaient sur elles; aussitôt que ceux-ci avaient le dos tourné , elles recommencaiient de plus belle. Après que M. Wuson eut achevé sa lecture, on chanta encore un cantique, et le service divin fut terminé. Les fidèles s'en allèrent bien dévotement, le livre sous le bras, à travers une belle et large allée, diacun très-satisfait de son costume.
«J'ajouterai ici un exemple qui montre jusqu'où va la coquetterie des Taïtiennes. La famille royale, composée de la reine et de ses sœurs, faisait une visite à mon navire. Après en avoir examiné tous les détails, et témoigné le désir de posséder les objets les plus précieux pour elles, l'olficier qui recevait les princesses, leur fit cadeau d'une fausse natte de dieveux très-large, qui avait au moins deux aunes de long. Ce cadeau excita leur joie au dernier point ; elles se le partagèrent entre efies, et chacune en orna son chapeau. La mode s'en répandit tellement dans l'Ile parmi les dames du haut rang, que celles qui ne pouvaient s'en procurer, tombaient malades de chagrin. Les demandes de tresses ne discontinuaient pas : plus la marchandise était rare , plus elles en étaient avides ; un morceau grand comme la main suffisait pour les combler de joie. Les maris, tourmentés par leurs femmes , arrivaient journellement sur notre navire , et nous harcelaient jusqu'à ce qu'Us eussent obtenu un bout de fausse natte. On noua donnait un gros cochon et huit poules pour une demi-aune de tresse. Ma demeure fut alors continuellement envahie par des gens qui venaient m'en demander ; ils s'étonnèrent qu'un capitaine comme mol ne possédât pas
OCÉAKIË.
une pro^mion de faux cheTeux. Plusieurs Taîtiennes tombèrent dans une raélancoUe insurmontable, faute de tresses. 9
MÉTHODB DES INDIGÈNES PODR PRÉDIRE LE BON OD Ll MAUVAIS TEMPS.
Les naturels ne paraissent pas avoir une connaissance bien exacte de ces variations de Tatmosphère , et ils croient néanmoins avoir formé des résultais généraux sur leurs effets. Lorsque les vagues produisent un son creux et battent la côte ou plutôt le récif avec lenteur, ils comptent sur un beau temps ; mais si les flots produisent des sons aiçus, ou s'ils se succèdent avec rapidité, ils s'attendent à un mauvais temps.