ROUTES
Une route vraiment romaine, une
firande route fait presque entièrement e tour de l'Ile de Taîti. Si un tel monument est extraordinaire dans un pays si pauvre, la manière dont elle a été construite est plus extraordinaire encore. nLes péchés des Taltiens , dit M.
d'Urville, les galanteries des Taîtiennes ont nivelé, battu cette voie et creusé ces rigoles. Le croirait-on? La pénalité civile, la pénalité religieuse ont été conçues ici dans un but d'utilité.
On ne condamne ni à l'amende, ni à la nrison, ni aux galères; on condamne a une espèce de corvée , au travail des routes. Le taux est proportionné au délit , il varie de deux toises de route jusqu'à cent. Le coupable est tenu d'exécuter cette tâche, soit par luimême, soit par ses amis ou par ses serviteurs. Aussi les aides ne manquentils qu'aux pauvres. Un seigneur, un propriétaire fait travailler sa domesticité ; une jeune fille , ses calants. Lei vieilles, les laides, parmi les femmes, les malheureux , parmi les hommes, subissent seuls personnellement la punition. Il a fallu peu de temps pour que la distinction des classes s^établlt sur le sol polynésien. Cette manière de faire proOter les fautes eât été bonne, si on ne l'avait outrée. Pour obtenir un plus grand nombre de délinquants, les missionnaires avaient jadis organisé dans le pays une espèce d'espionnage; et le système a abouti à l'hypocrisie et au mensonge. Depuis lors , l'excès de rigueur a engendré le relâchement; on se cache pour pécher, mais on pèche bien davantage. Maîtres de Taîti , despotes absolus des consciences et des actes, les missionnaires auraient long»
temps conservé ce pouvoir, s'ils n'en
(*) Cook,t. I, p. 374.
L'CNÎVERS.
avaient abusé ; aujourd'hui il décline, et c'est leur faute. »
PnOGUBS» PÊCHE ET NATATIOfC.
Les pirogues de ces peuples étaient et sont encore de différentes espèces.
Quelques-unes sont composées d'un seul arbre, et partout de deux à six hommes ; ils s'en servent surtout pour la pèche. D'autres sont construites de planches jointes ensemble très-adroitement ; elles sont plus ou moins grandes, et portent de dix à quarante hommes.
Ordinairement ils en attachent deux ensemble, et entre Tune et l'autre ils dressent un mât, et quelquefois deux. Les pirogues simples n'ont qu'un mât au milieu du bâtiment, et un balancier sur un des deux côtés. Avec ces navires, ils font voile bien avant dans la mer, et probablement jusque dans d'autres lies, dont ils rapportent des fruits du plane, des bananes, des ienames, qui semblent y être plus Inondants qu'à Taîti. Ils ont encore une autre espèce de pirogues , qui paraissent destinées aux parties cle plaisirs et aux fêtes d'appareil. Ce sont de grands bâtiments sans voiles, dont la forme ressemble aux |i;ondoles de Venise ; ils élèvent au milieu une espèce de toit : ils s'asseyent les uns dessous, les autres dessus. Ces promenades ne se font que dans les beaux jours , et les naturels y sont parés d une manière distinguée. Pour ce qui est de la construction des piroeues, ils fendent un arbre, dans la oirection de ses ûbres, en planches aussi minces au'il leur est possible, et c'est de ces différents morceaux qu'ils les construisent. Ils abattent d'abord l'arbre avec une hache faite d'une espèce de pierre dure et verdâtre , à laquelle ils adaptent fort adroitement un manche. Ils coupent ensuite le tronc, suivant la longueur dont ils veulent en tirer des planches; ils brûlent un des bouts jusqu'à ce qu'il commence à se gercer; ils le fendent ensuite avec des coins d'un bois dur. Quelques-unes de ces planches ont deux pieds de largeur, et quinze à vingt pieds de long. Ils en
aplanissent les côtés avec de petites haches qui sont de pierre. Six ou huit hommes travaillent quelquefois sur la même planche. Comme leurs instruments sont bientôt émoussés , chaque on vrier a près de lui une coque de noix de coco remplie d'eau, et une pierre polie sur laquelle il aiguise sa hache presque à toutes les minutes. Ces planches ont ordinairement l'épaisseur d'un pouce.
Aûn de joindre ces planches, ils font des trous avec un os attaché à un bâton qui leur sert de vilebrequin ; mais depuis que les Européens leur ont apporté des clous , dont ils sont fort avides , ils s'en servent avec avantage. Ils passent dans ces trous une corde tressée qui lie fortement une planche à l'autre; les coutures sont calfatées avec des joncs secs, et l'extérieur du bâtiment est enduit d'une gomme que
Eroduisent quelques-uns de leurs arres , et qui remplace très-bien l'usage de la poix. Le bois dont ils se servent pour leurs grandes pirogues est une espèce de pommier très-droit , et qui s'élève à une hauteur considérable. Il y en a qui ont jusqu'à huit pieds de circonférence au tronc, et vingt-quatre à trente de contour à la hauteur des branches. Les plus petites pirogues ne sont que le tronc creux d un arbre à pain qui est plus léger et plus spongieux encore que celui du pommier, qui l'est déjà beaucoup.
La principale rivière produit des poissons de plusieurs manières et de belles écrevisses à peu de distance de la côte. Les naturels pèchent, avec des lignes et des hameçons de nacre de perle, des perroquets de mer, quMis aiment si passionnément qu'ils refusent d'en vendre aux étrangers, mal- Î;ré tout le prix aue ces derniers veuent en donner. Ils ont encore de trèserands filets à petites mailles, avec lesquels ils pèchent certains poissons de la grandeur des sardines.
L'art de nager leur est très-familier ; ils fendent l'onde avec une vigueur et une habileté prodigieuses. Pour le moindre suiet, ils abandonnent leurs pirogues, plongent pai^essous, et se rendent sur d'autres embarcatîoiiséloi*
gnées. On a même vu des femmes qui portaient des enfants à la mamelle, se Jeter au milieu des flots lorsque le ressac était trop fort pour qu'elles possent atteindre le rivage sur leurs pirogues, et traverser un immense espace de mer, sans causer le moindre mal à leurs pauvres enfants.