‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 7 sur 66 · COSTUMES · texte numérisé non relu

COSTUMES

Les Péliouiens des deux sexes pratiquent l'usage du tatouage {molgoih).

Les chefs et les grands de Pélion n'ont pour marque distinctive qu'un os de poisson aix'ils portent sifiour du bras, ou des rranges quMIs Itttadient au bas de leurs jambes.

Les hommes sont ordinairement nus; les femmes, pour couvrir ce que la pudeur et même la propreté défendent de montrer, portent un maro (espèce de pagne ou de langouti fort étroit), et au milieu de ce maro un petit tablier d'environ dix pouces de large, comi)osé d'écorces dlirbre et orné de petites graines rouges.

Les jeunes femmes se distinguent par leurs pendants d'oreilles, par les Heurs qu^elles portent dans des trous pratiqués à Cet effet atix deux côtés du nez , et surtout par la noirceur de leurs dents. Le séneçon est une des plantes dont elles se servent pour en ternir ta blancheur naturelle, et Ton né peut, dans ce pavs , avoir de prétentions à ia beauté si ['on n'a pas les detits noires conmie l'ébène.

EELIGIOïf. '

Sans avoir une religion déterminée, sans rendre aucun cuite extérieur à la Divinité, les habitants de ce groupe ont cependant un respect profond pour VÉtre puissant : c*est le nom qu'ils donnent à la Divinité. Ils craignent

OCËANIE.

aossi de tomber entre les mains de rÊtre terrible; et si ces idées, qui sont les bases de toutes tes religions, ne les conduisent à aucunes pratiques superstitîeuses , du moins servent-elles à leur inspirer quelques bonnes actions.

Quoique inférieurs aux Carolins propres, les indigènes se ressentent de lear votsinage.

eAftACTÈM KT HMEOBS.

Ces iinateires sont on peuple aima- Mè, gai; maïs ils nesotttpas dans un état dMnnocence comme Yl^ilson les-a re- |)ré8entés. Leur douceur, leur adabiitté, leur industrie ont frappé les navigateurs européens. Ils sont bien faits rt d'une taille au-dessus de la moyenne ; leur teint est foncé, mais ils ne sont pas noirs, et leur cbevelure est longue et flottante.

Dans le tableau que Matthias Wilson fit à ses compatriotes, les mœurs des habitants de Péliou étaient véritableroeat celles de Tâge d*or. « Le monar-

J lie 7 est absolu, dit-il, mats il n'use e son autorité que nour le bonheur de ses sujets; les chefs y ont plusieurs femmes, mais ils partagent absolument leurs caresses entre elles, et prodiguent les égards et les soins les plus recherchés à celles qui se trouvent ikières. La nation entière i|*est qu'une grande fimiille, et chaque famille est nne société d'amis dans laquelle on a de la peina à distinguer le chef. Les haibftauts vont prendre un bain, en se levant, dans un local séparé des femmes, ou règne la décence. » Dans la partie historique nous donnerons notre opinkm sur ce point, et le lecteur verra que si ce peunle n'a pas été flatté parWikon,on peut dire de lui : Quanr han muiatia ah Uia!

VAVFIIACUI m LTARTILOPE.

Quoique découvert par les Esna* gnoB, le groupe de Péliou néanmoins ne fht connu de TEurope que par le nauffrage et la résidence du capitaine Henri Wilson, dont la relation exa* gênée Ait encore embellie e^ brodée par sir J. Keate.

Le capitaine Henri Wiison, com-< mandant le paquebot tÀnliàape^ du port de 900 tonneaux ^ armé ^ur \»

compte de la compagnie anabise <ies Indes orientales « partit de Macad lé 31 juillet 1793, ayant à bord une vingtaine de matelots, seize Chinois, pm^ sieurs officiers, entre autres son frère et son flls, un médecin « un chirurgieoi et un Malais interprète pour la langMe malayou, qui est en ouelque sorte la lai^ef ranque de TOceanie. Il fit rou^ à l'est et doubla le 96 les Iles Qacbi,

Pendant un mois, le navire, battu pv la tempête, se trouva plusieurs fois à la vue d'une terre qui semblait absolument déserte ; enfin l'équipage»

fatigué d'un travail continuel , croyait entrer dans- des parages plus tranouilles, lorsque, tout à coup, le ciel sxiiflamme, la tempête redouble, et Tofltcier de quart fait entendre ce mot redoutable, avant -coureur 4^ naufrage : BrifonU! irUanUffJx effet, dans la nuit du 10 août, lenàvîré touche et V Antilope se perd sur un brisant.

Cette terrible secousse sème reffroi dans tous les cœurs; l'équipage » les Chinois surtout, accourent sur le pont et se pressent autour dû capitaine, qui, après un moment de réflexion, déclare qu'on ne peut se flatter de sauver le vaisseau : il fait cooner les mâts et mettre tes chaloupes à la mer.

A peine cet ordre étaîMI donné, que le vaisseau, entr'ouvert pr les rochers, *tombe sur le coté droit, et ne laisse a tout l'équipage d'autre ressource que celle de se retirer sur le gaillard (|*avant qui s'i'levait encore de quelques pieds au-dessus de la mer.

Une nuit entière se passe dans cette cruelle situation ; enfin le vent tombe, le tonnerre s'éloigne, la nluie cesse, les flots se calment, et au lever du soleil , un matelot, monté sur le mât brisé, s'écTÎe : Terre î ierre!

A ces mots, l'espoir renaît dans tous les coeurs ; tout le monde se lève; chacun veut erimper au bout du mât pour y contempler la terre qu'on n'espérait plus de revoir ; on met les chaloupes en mer; on y porte les vives, les armes «

lêB choses les pins [nrédeases ; on compose « arec les débris des mâts, un immense radeau t sur lequel on trans-.

porte une partie de la cargaison du navire, et l'on se dispose à partir.

On apercevait une tte au sud , et quelques autres à i*est. Bientôt des réflexions, qu'un premier mouvement de satisraction n'avait pas permis de &ire, se présentent à tous les esprits : on se demande quelle est cette terre, par qui elle est habitée , et s'il n'y a pas oe danger à y conduire , sans précaution, les effets sauvés du naufrage, ks seules ressources que l'on puisse opposer à la misère et a la faim. Le conseil s'assemble tumultueusement sur le gaillard d'arrière; on se décide à en- Torer reconnaître le terrain par Matthias Wilson, frère du capitaine, et •ept hommes. Les embarcations sont préparéessur les neuf heures du matin : bientôt on les perd de vue; quatre heures du soir étaient arrivées avant qu'elles fossent de retour, et déjà l'inquiétude s'emparait de nouveau de tous les esprits. Elles abordèrent dans un petit havre bien abrité, y débarquèrent les provisions, et retournèrent avec deux hommes seulement. Le capitaine avec les cinq autres étaient restés à t^rre pour disposer un enclos propre a recevoir tout l'équipage.

La mer était calme, les embarcations prirent le radeau en remorque, et, apr^ en avoir complété le chargement, attérirent au coucher du soleil.

On fut obligé d'abandonner le radeau mouillé dans une anse, grâce aux otetacles qu'il avait rencontrés. L'équipage ne savait pas encore sur quel point'du globe il se trouvait; il ignorait le sort auquel il était réservé dans une lie qui paraissait déserte : mais enGn il était a terre, et la satisfaction qu'il prouva, en reportant ses regards sur les dangers auxquels il avait échappé, fut si générale, qu'au même instant, et par un mouvement spontané, tout le monde se prosterna et rendit grâces h rÊtre supreme. Ensuite on s'occupa exclusivement, pendant cette journée, du sauvetage du radeau. A la nuit , une Toile quel'on avait apportée fut étendue

sur les rames de la chaloupe; on en composa une tente; un pistolet servit à allumer le feu : on fit sécher les habits , on plaça des sentinelles , et Ton dormit d'un sommeil aussi tranquille aue si l'on eût été rendu dans le sein de sa famille. Au point du jour, la chaloupe fut remise en mer, et le capitaine alla voir s*il restait quelque espoir de remettre le navire h Qot, en le dé> chargeant entièrement.

Au momentoù il arrivait , la marée montante sembla réaliser son espérance. Le vaisseau fit un mouvement, il se remit à flot; mais, après être resté quelque temps en équilibre, il retomba dans sa première situation.

Le capitaine et tout J'équipage étaient de retour, lorsque les matelots, chargés de chercher de l'eau douce dans les rochers qui s'élevaient de toutes parts sur les bords de Ttle, accoururent la terreur peinte sur le visage, et annoncèrent qu'ils avaient vu des noirs dans Busieurs chaloupes aux environs de labitatlon.

A cet avis, tout le monde courut aux armes, et le capitaine rangea sa petite troupe autour des provisions.

La frayeur agissait si fortement sur les Chinois, qùril était impossible d'en tirer aucun parti ; ils s*etaient cachés au milieu des ballots dont la tente était remplie.

Bientôt les prétendus noirs (c'étaient des hommes d'un jaune bronzé, de ▼rais Polynésiens) furent à la portée du fusil ; on vit qu'ils ne montaient que deux petits canots, et qu'ils étaienttrèspeu nombreux. Le capitaine s'avança seul , l'épée d'une main, un pistolet de l'autre , et il dit à l'interprète de leur demander, dans la langue malayou, ce qu'ils voulaient, et quel était le nom de cette île. Ils neparurent point entendre ces paroles ; mais l'un a'entre eux fit signe d'arrêter les canots, et demanda en mulayou au capitaine, s'ilétaii ami ou ennemi.

L'interprète n'attendit pas qu'on lui dictât la réponse qu'il devait faire ; il dit c|ue réquipage était anglais, que le navire avait été brisé par la tempête, et qu'on espérait de leuc humanité un

asfle et les secours nécessaires ponr remettre en mer.

Le Malai qui accompagnait les indigènes leur eut à peine expliqué cette réponse , qu'ils descendirent de leurs canots et allèrent, sans précaution, auprès des Anglais, qui se précipitèrent dans leurs bras avec autant de confiance que s'ils retrouvaient d'anciens amis.

La iab]e était dressée, on allait prendre le tbé; on en offrit aux insufa/res, qui ne se Grent pas prier, et mangèrent avec plaisir du biscuit de Chine, trempé dans du thé. L'interprète leur parla vainement malayou , il n'en put tirer aucune parole, et s'aperçut enfin que cette langue leur était absolument étrangère, et n'était connue que de Thomme qui avait parlé en leur nom au capitaine Wilson.

Cet homme, auquel le truchement fit une multitude de questions, lui apprit qu'il était Malai , et qu'il avait fait naufrage sur un navire chinois ; que nie où les Anglais se trouvaient était déserte et se nommait Ouroulong; qu'elle dépendait du roi de Péliou, et que ce pnnce était si humain , qu'à la première nouvdle du naufrage des Chinois il avait envoyé ses sujets pour leur porter des secours.

Cette première entrevue entre les Anglais et les insulaires devint la base d'une amitié qui ne s'altéra pas un seul moment pendant près d'une année.

Deux frères du roi, oui se trouvèrent parmi les huit insulaires , invitèrent le capitaine à envoyer l'un de ses ofiQciers à Péliou , capitale de Tf le Corror , pour y régler tes conditions de leur séjour. Matthias Wilson , frère du capitaine, fut chargé de cette ambassade, et son séjour auprès du prince parut resserrer les liens de l'ami tié qu'il avait , dit-il , déjà conçue pour les Anglais.

Il vit avec étonnement le village de Péliou , et étudia avec soin les mœurs des habitants pendant deux jours qu'il resta au milieu d'eux.

Les Anglais de VAiMope ne pa-

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raissent pas s'être occupés des traditions historiques et religieuses des habitants de Peliou, bien qu'ils y aient résidé environ un an.

Voici ce que Matthias Wilson nous apprend dans une partie de son rapport à son frère le capitaine ^ rapport extrait et traduit de l'original anglais :

<t Lorsque le canot qui me portait, approcha de l'île Corror où le roi faisait sa résidence, le peuple sortit en foule des maisons pour me voir débarquer. Le frère du roi m'accompagnait \ et me prit par la main pour me conduire au heu du débarquement ( soy.pL 96), et de là à la ville. On avait étendu une natte sur un pavé de pierres r^rrées, où il me fit signe de m'asseoir : j'obéis, et le roi ne tarda pas à paraître. Averti par son frère, je me levai pour le saluer à la manière des Orientaux , en por* tant la main à mon front, et en m'inclinant en avant ; mais il ne parut pas y faire attention. Après cette cérémonie, j'offris au roi des présents dont mon frère m'avait chargé pour lui :

il les reçut très-gracieusement. Alors Arakouker parla avecluiquelouetemps; je présumai que c'était pour l'instruire de notre désastre. Après cet entretien, le rui mangea un peu de sucre candi , qui lui sembla bon, et en distribua à chaque chef. Aussitôt il ordonna d'emporter les présents chez lui, et on apporta, de sa part, dans une noix de coco, des rafraîchissements , consistant en eau cliaude qu'on édulcora avec une espèce de mélasse. Après qu'il en eut ^oûté, il dit à un jeune homme qui étaft à côté de lui de monter sur un cocotier pour y cueillir des noix fraîches. Il en prit une, en ôta la coque, en goilta le lait, et la donna au jeune indigène pour me la présenter, me faisant signe de la lui renvoyer lorsque j'aurais bu; après quoi, il cassa la noix en deux, en mangea un peu , et me la renvoya pour en manger aussi.

« Je fus alors entouré d'une foule d'individus des deux st\es. Le roi eut une longue conversation avec son frère et les chefs qui se trouvaient présents : leurs regards, qui s'arrêtaient sou-

reot 9ur moi, me firent comprendre que J'en étais te siyet. J'dtai mon chapeau par hasard , ce qui causa la plus cranoe surprise à toute Passemplée.

le m'en aperçus; aussitôt je déboutonnai ma veste, et déchaussai mes souliers, pour leur montrer qu'ils ne faisaient point partie de mon corps, car je crus que ce fut leur première idée. En effet, aussitôt qu'ifs furent désabusés à cet égard , ils vinrent plus près de moi, me palpèrent, et portèrent même leurs mains sur ma poitrine pour me tdter la peau.

« Déjà il commençait à faire nuit :

le roi, son frère, plusieurs autres personnes et moi, nous nous retirâmes dans une maison où Ton avait servi, pour souper, des ignames cuites dans reau. ÏAï table était un tabouret garni tout autour d'un banc de trois à quatre pouces de haut. Il y avait dans un plateau de bois une espèce de poudding.

fait aussi d'ignames bouillies, écrasées et battues ensemble, comme nous arrangeons les pommes de terre, yy vis en outre quelques coquillages, mais je n'en pus reconnaître les espèces.

« Après souper, on me conduisit dans une autre maison , à quelque distance de la première. J'y trouvai cînauante personnes des deux sexes. J'y rus mené par une femme , qui , aussitôt que j'entrai, me G( sîgne<<ie m'asseoîr ou dfe me coucher sur une natte et sur Faire de la |)îèce; autant que 4e le compris, c'était dans cet endroit que ie devais dormir. Lorsfj le le reste de la compagnie eut satisfait sa curiosité, en me considérant de la tête aux pieds, chacun s'alla coucher; je m'étendis sur la natte, et j'en plaçai sur moi une seconde, que je présumais avoir été mise à côte de moi pour cet effet. Mon oreiller fut un billot : c'est le seul dont se servent ces insulaires.

« Quoiqu'il me fdt impossible de sommeiller, je demeurai tranquille.

Assez longtemps après que tout était devenu silencieux, sept ou huit hom* mes se levèrent, et se mirent à faire deux grands feux à chaque bout de cette maison, qui n'était pas divisée par pièces, mais ne formait qu'une

grande habitation. Tavone que leur û^ marche m^effraya; je pensai qû^iis se disposaient h me rôtir, et qu'ils ne s'étaient coiichés que pour me laisser endormir, et se saisir de mo! dan^ cette situation.

« Quel que pût être rérénement «dans le danger dont je me voyais menace âé toutes. parts, et qu'il în'étaft fanpassible d'éviter, je rappelai toutes mes forces, et me recommandai 5 Vitre suprême, attendant ma destinéef kttJ^ résignation. Mais quel fut nfion é^Hinement lorsque je les vis, peu deteàés après s'être chauffés, se coutifr* ifi leurs nattés, et rester paisJble&ent couchés jusqu'au point du jour! Je oàe levai aussi a ce moment, et me promenai de tous côtés , au milieu cfe la foule qui m'environnait.

« Le frère du roi ne tarda pas ^ me rejoindre. Il me mena dans plusieurs maisons où l'on m'offrit des ig;names, des noix de cocotier et quelques petites friandises de leur façon. Il me conduisit ensuite chez le roi , à qui je m'efforçai de faire entendre , par gestes , que je désirais beaucoup retounier vers mon frère. Le roi me comprît très-bien , et me dit aussi , par signes , que les canots ne pouvaient se mettre en mer, à cause du vent et de la grosse mer. Pomr me désigner le grand" vent, il me montra de la main Tes astres, et souflla trè^ fort. Quant à la violence des flots à laquelle les canots seraient exposés, il joignit les deux mains, puis, les élevant. Il les renversa aussitôt, voulant par là indiquer que les canots pouvaient chavirer.

« J'employai le reste du jour à me

{)romener dans l'île, pour en examiner es productions : elles me parurent eofh sister en ignames et en cocos; les naturels cultivaient les premières, aw le plus grand soin, dans de gnrtidrs plantations situées au milieu de terrains marécageux, comme on voit le riz dans l'Fnde. Les cocotiers croissent

Iïrès de leurs maisons, de même que e bétel, qu'ils mâchent comme da tabac. »

Le lendemain Baa-Kouk, frère da rot de Péliou, vint annoncer aux An-

OCÉANIE-

^ais que ce prince se proposaît de se remire ai leur camp pour leur donner de Qoarelles marques de son amitié.

Effectivement, un peu avant le coucher dtt soleil, ou vit la mer couverte de petits canots, dans le milieu desqaeU U était facile de distinguer quatre barques plus grandes, plus élevées, et coaroonees de bandelettes rouges, de colliers de graines rouges et de fleurs.

Ces canoSs pouvaient avoir huit pieds de long; ils paraissaient creusés danç le tronc d'un arbre; une petite voile servait à les diriger, et deux rameurs, placés dans chacune, menaient leur pagaye (*) av«o tant d'adresse, que Teaa sautait pardessus leur tête sans mouiller \t eaoot.

Toute cette petite flottille s'arrêta à rentrée du port; les ouatre canots du roi s'avancèrent seuls. L'un d'eun, cbar)gé d'un pliis grand nonUire de ra* mears, prit tes devants, et débarqua, alisolunient en face du camp des An« glais, UD indigène d'une taille avantageuse, portant une couronne, des bra* celets et une eaînture de plumes. Cet ambassadeur portait à la main une espèce de paHne de bananier, en signe de Daix, seloo Tasage adopté daus toute la PoWoésie , et, en agitant cette palme, i) fil silpie aux Anglais de s'approcher. Le capitaine, environné de l'équipage, s'avança ; ks eonques marines sonnérest de toutes parts, et le roi , acconinagiié de son premier ministre, que roo distinguait par Tos qu'il portait an poignet t Tint s'asseoir devant la

Le prince avait un air majestueux, mais doux et affable; il n'attendit pas qu'on hii demandât son nom ; il déclara

S'il se nommait .ébba- ThonH , et qu'U ût ni|nk de 111e. Il était tout nu, et portait sur l'épaule une hache de fer, qui lui avait sans doute été donnée par le Malai que le naufrage de son navire avait fixé dans cette Ile; car les haches des chefs étaient en pierres ou en coquilles. Le maître d'équipage apporta alors les présents, qui furent distribués au roi et à sa suite. Abba-

(*) Ce mot signifie une rame.

Tlioulé voulut sur-le-ehanip se revêtir de l'habit rouj^e qu'on lui avait donné, et diaque Pelouien s^ehveloppa des pièces d'étoffes qui )ui avaient été données.

Xa capitaine eonimanda ensuite l'exercice à feu, qui parut faire ^u« coup de nla&ir au roi; mais il ne put se uéfenore d^un mouvement d'inquié* tude, lorsqu'il vi^ un matelot |uer au milieu des airs une volaille qui s^étaif échappée du navire.

Les Chinois qiie PÀrUUope avai| pris à bord parurent ensuite, et firent, a leur manière, dés exercices militaires qui ne réjouirent pas autant Abba^ Thoulé.

A chajjue pas que faisait ce prince il éprouvait une nouvelle surprise; l'éclat des armes et leur poli paraissaient surtout l'étonner. Sa joie fut extrême, lorsque le capitaine lui eut appris à polir lui-même sur la meule la nache qu'il portait.

Deux dogues d* Angleterre, qui se trouvaient dans la tente, excitèrent encore plus son admiration. Il n'avait jamais vu d'autres quadrupèdes que des rats; il ne connaissait pas d'animaux domestiques; et la force de ces chiens, leur jappement, leur douceur, leur intelligence, faisaient naître dans son imagination mille idées nouvelles.

Abba-Tboulé se retira; quelques chefs restèrent auprès des Anglais avec plusieurs insulaires. Au moment ou \yilson et ses marins allaient se coucher, on entendit ees sauvages entonner un chant aigre et perçant qui donna l'éveil aux naufragés : ils prirent ce chant pour un cri de guerre. Chacun saisit ses armes; mais on reconnut bientôt que ces cris étaient une espèce de prélude à un cliant national, qu'ils se mirent s exécuter, mais d'une ma* nière bizarre, et confusément expliquée par Wilson et son arrangeur sir J. Keate.

« Lorsqu'ils furent d'aecord, dit le narrateur, Raa-Kouk présenta une ligne, ou plutôt une planchette, que prit un autre rupak (chef) assis à quelque distance. Celui-ci chanta un oouplet, ao« compagne des autres insulaires, excepté

de Raa-Kouk et du jeune prince. Ils répétèrent deux fois le refrain , et les naturels qui étaient dans la tente voisine le rénétèrent à leur tour en chœur. Roa-KouK présenta une autre planchette, avec laquelle ils chantèrent de la même manière, et Ton continua ainsi les dix ou douze couplets. Ils se parlaient dans les intervalles, et parurent faire entendre que les chanteurs n*avaient pas bien pris les différents tons.

« LorsquMIs eurent lini leurs chants, ils désirèrent entendre quelques chansons anglaises. On les satisfit sans délai. Le jeune Cobbledick en chanta

Plusieurs dont ils furent charmés. Ce jt ainsi que se terminèrent nos craintes, et Ton ne douta plus que ces gens n*avaient eu intention que de s*amuser.

Après ces chants, ils allèrent dormir; mais durant cette nuit, peu d*Anglais se remirent totalement de leur frayeur; l'alarme leur avait donné de trop violents soupçons pour qu'ils se rassurassent promptemcnt. »

La paix et Tunion la plus étroite existèrent longtemps entre les Anglais et les habitants de Péliou. Ceux-ci, conformément aux ordres du roi , ou piutut du rupak le plus puissant, se prêtaient arec zèle à tous les travaux qui pouvaient hâter la construction du navire, lorsque le capitaine s'a()erçut tout à coup d'un refroidissement inattendu.

Le roi venait moins souvent; Raa- K.O'!k, son frère, et Li-Bou, son fils, venaient aussi fréquemment, mais ils avaient un air de tristesse et d'embarras dont on ne pouvait deviner la cause.

Enfin, un matin, avant le lever du soleil, le roi vint trouver le capitaine, qui était encore au lit; il avait les larmes aux yeux, et, après avoir hésité quelque temps, il lui apprit, par son interprète, qu'il avait une grâce à lui demander; que, depuis un mois, il cherchait Poccasion oe lui en parler, et n'avait pas osé le faire, dans la crainte de le fâcher. Le capitaine le pressa de s'expliquer. Alors il lui apprit qu'il allait avoir la guerre avec ses voisins, et qu'il attendait de l'amitié des An-

iîs que quatre d'entre eax vien-

raient, avec leurs fusils, combattre à ses côtés. Quelle délicatesse envers des hommes auxquels on a sauvé la vie!

Au Heu de quatre hommes, Wilson en promit cinq. Bientôt ils furent prêts à partir. Son frère Matthias se mit à leur tête, et une grande partie du peuple de Péliou vînt les chercher dans des pirogues magnifiquement oraées.

GUERRES D*ABRA-THOnLé CONTRE SES VOISU«S.

La flottille entière fut bientôt réunie ; les Anglais se placèrent diacun dans un canot nage par quatre rameurs, et l'on mit à la voile pour aller trouver les ennemis dans une fie voisine. Bientôt on découvrit leur flottille , à peu près aussi nombreuse que celle d'Abba-Thoulé. On s'arrêta lorsqu'on fut à la portée de la voix , et les ambassadeurs, ornés de plumes blanches, furent expédiés de part et d'autre sur les pirogues, auxquelles le nombre des rameurs donnait une très-grande vélocité. On s'expliqua pendant longtemps.

Enfin, les ambassadeurs se retirèrent, le signal du combat fut donné, et les troupesd' Abba-Thoulé, qui couvraient le front des canots anglais, se retirèrent aussi. Alors les pirogues ennemies, qui s'avançaient à pleines voiles, furent accueillies par une terrible décharge, chaque Anglais ayant six coups à tirer. Le bruit et la portée des armes à feu, qui étaient absolument inconnues des naturels, des figures nouvelles, et ces habits européens qu'ils n'av«iient jamais vus, les cadavres qui les entou« raient, tout porta la consternation dans leurs âmes ; ils prirent la fuite de toutes parts, et Abba-Thoulé, triomphant, ramena les Anglais au milieu des chants de guerre et du bruit des conques marines.

En reconnaissance de ses services, le grand rupak fit dire à Wilson, par l'organe de son frère, le général Raa- Kouk, qu'il lui abandonnait Ttle Ouroulon^, où il se trouvait, en toute propriété; en même temps il invitait le

OCÉAIMIE.

eapitame à se rendre auprès de lui, pmir qu*U recât les honneurs dus à son rai^. Wlkon refusa la seconde offre, mais aocpta la première (si toutefois die fiU faite ) , en faisant hisser au h»itd*iui mât lepaviHon anglais, qu*i] saka de trois décharges de mous-

quetem.

Raa-Kook leur fit servir quelques

rafraiditssenients sur la grève. On apporta (fabord une large soupière oe wis^ a?ant la fomie d*un oiseau, ^ie d'éoorce en dedans, et remplie aune boisson sucrée; puis nn cabaret peint, de deui pieds de hauteur environ, garni comme la soupière, et sur lequel oo avait disposé des confitures et des oranges; enfin, deux paniers, TuD nm^ d'i§Dames et l'autre de noix de coco.

Cppendant Abba-Thoulé entra , reçnt l'accolade du capitaine Wilson , et s'assit à ses côtés. Les Anglais étaient sertis par on homme qui distribuait à àacuo d'eux , par ordre du roi , sa part des provisions. Ensuite AVilson offrit à Ablâ-Tboulé les' présents qu'il avait apporiég:des cercles de fer, des colliers eo fil d'or et d'argent , attac^ par un ruban à chaque bout.

La maison était entourée de naturels qui examinaient les étrangers avec la plus grande curiosité. Un des compagnons de Wilson, nommé Davis, qui uvait dessiner, ayant remarqué dans ^ foule une femme assez belle , se mit à faire son portrait; mais celle-ci, s'apercevantque l'étranger la regardait souvent, eo tran^ot quelque chose dewnt lui, se relira d'un air diagrin, ^^^ qutks lostances des rupaks pussent la reteoir. L'un d'eux, ayant jeté i^yeuz sur ie travail de Davis, en futsi content qp'il voulut le montrer au roi ; et cejui-ci, enchanté à son tour, témoigna le désir que lo dessinateur fit leportrait de deux de ses femmes, dont Tune se nommait Luoî. On les fit venir , et d'abord elles se prêtèrent à poser d'un ^f riant et satisfait ; mais quand elles Tirent que Davis ne cessait oe tenir les l^x attachés sur elles , elles prirent ^ air inquiet et sérieux , et, sans les oidres formels du roi, elles seraient

sorties. Enfin les portraits furent terminés et présentés au prince, qui en parut fort content. Quant aux deux modèles, elles retrouvèrent leur gaieté à l'aspect du dessin , et parurent hon« teuses des inquiétudes qu'elles avaient eues.

Le bon rupak conduisit plus tard les Anglais vers sa capitale, située sur un coteau couvert de bois , à trois cents toises du rivage. Au delà du bois était une belle chaussée pavée, bordée de plusieurs rangées d*arbres et divisée en deux chemins, dont un se rendait au chantier et l'autre aux bains. Les Anglais virent plusieurs femmes assez belles etdontla poitrine était peinte en jaune, ce qui leur fit penser qu'elles étaient d'un rang distingué. Ils remarquèrent plusieurs cases assez jolies (voy. pL 97), furent logés dans celle qui leur avait été assignée, et y passèrent une assez bonne nuit, parce ?|u'on avait eu le soin d'allumer des eux pour chasser l'humidité et les moustiques. Le lendemain, ils furent conviés à déjeuner avec le roi.

Dans l'après-midi, un grand conseil eut lieu en plein air, sur la place, et non loin de leur logement. A l'issue du conseil, le roi, suivi de l'interprète malai, vint trouver les étrangers, et demanda à AVilson dix hommes pour l'assister dans un second combat qu'il voulait livrer aux mêmes ennemis. A c|uoi Wilson répondit que les Anglais étaient ses amis, et qu ils regardaient ses ennemis comme leurs propres ennemis. Ensuite il demanda le motif de cette guerre. Abba-Thoulé raconta que, dans une fête à Artingall, un de ses frères et deux de ses chefs avaient été tués, et qu'au lieu de les punir, Artingall avait protégé les meurtriers. Depuis lors, ajouta le rupak, les deux Iles sont en guerre. Wilson consentit à sa demande, en disant qu'il désirait que l'on retînt ses gens a Péliou le moins longtemps qu'il serait possible. « Comment voulez-vous , dit alors affectueusement le roi, qu'on les renvoie au moment qu'ils viendront de nous être utiles? Laissez-molles garder au moins deux ou trois jours

L*UNIVEtlS.

pour les fêtes, après que nos ennemis auront été vaincus.»

£f{in$ la soirée, les Anglais furent régalés d^une danse guerrière. Jjës ïêtef et les invitations continuèrent jusqu'au 4 se|)temiire , époque à laquelle le capitaine retourna avee aes compagnons à Ouroulong.

Quelques jours après, ils reçurent une nouvelle visite du bon et brate rupak de Péliou. Abba-Thoulé emmena avec lui les dix soldats que lui avait promis le capitaine. Ils retournèrent six jours at^rès à Ouroulong , et voici de quellemanière Matthias Wuson raconte cette nouvelle campagne :

« La nuit où nous quittâmes Ourou- Ions, nous vînmes a Peiiou; le roi voulait continuer sa route suNe-champ vers Artingall, mais le temps était très-humide. Kous lui fîmes observer que la pluie endommagerait nos armes -, en conséquence, il remit le départ à la soirée suivante. ?ious fdmes conduits dans la même maison où mon frère et le médecin Sharp avaient été régalés auparavant, et Ton nous fournit tout ce que nous pouvions désirer.

« Vers le soir du jour suivant, nous BOUS assemblâmes sur la chaussée, où $e trouvèrent le roi , Eaa-Kouk, Arra- Rouker et les autres ru{)aks ou grands offlciers. Nous nous rendîmes ensuite à bord des pirogues qui stationnaient pour nous recevoir. Nous fûmes suivis au rivage par une foule de vieillards , de femmes et d'en&nts, qui paraissaient attirés par la curiosité et Tintérét Lorsque les pirosues quittèrent la terre , une conque se fit entendre pour annoncer notre départ. On dépécha en différents endroits de Ule tous les canots répandus dans les criques tes plus éloignées, et qui n*attêndaient qu*un ordre du roi pour rqoindre.

« Après avoir reçu ces renforts, notre flottille était de plus de deux cents canots. Nous avançâmes pendant ta nuit vers Artingall ; mais on 8*arréta,

aueiaues heures avant Taurore, à une e dépendante des possessions d*Abba- Ttioulé, où Ton descendit sur une espèce de quai : on y donnit par terre •nvkoo trois heoreft. Alors on se rem-

barqua pour passer dans un vnâ labyrinthe de petits rochers, et Ton arriva devant Artîngail un pen avant la pointe du jour. On fît halte jusqu'au kver du soleU : les {leuples & Pélma ne surprennent jamais leur ennenm , et ne 1 attaquent jamais tfénè robsearite.

« Déjà il faisait jour : un petit ea> not d*une construction très -légère, chargé seulement de huit hommes, s'avança pour sommer t'énnemi de venir , afin qu'on s'expliquât. Quatre hommes avaient dans les cheveux une plume de l'oiseau du tropktvê. Ceux qui étaient (^rnés de ces pniines faisaient les fonctions de nos néreuts; ils ailaientoufairedes propositions ou demander à être entendus sur les circonstances de la querelle , et pendont cet intervalle on suspendait lè& hostilités.

« Abba-Thoulé avait fait d'alkird savoir au roi d' Artingall qu'il Tiendrait sous peu de jours lui livrer bataille; aussi ce roi s^était-il préparé à l'événement. L'ennemi, apercevant donc le signal par lequel on ml demandait une conférence, expédia un canot 2 Raa- Rouk. Celui-ci le somma de souscrire à ce que lui proposait son frère en réparation de rinjure dont il avait à se plaindre. Le canot retourtia vers le roi d' Artingall, et lui Gt part des propositions du roi de Péliou; il rerasa d'y souscrire, et, sur sa rép<àise, Haa- Kouk informa son frère ^at rennemi était disposé à l'attaque.

« Aussitôt Abba-Thoulé fit sonner de la conque. Puis, se tenant d^out dans sa pirogue. Il agita son bâton dans l'air pour ordonner aux dt!Bht*ntes fiottilles de se mettre en ordre de bataille. Cependant l'ennemi rassemblait ses canots tout près de terre , et faisait aussi sonner de la conque pour nous défier. H paraissait décidé a ne pas quitter le rivage et à nous attendre. Les dix Anglais s'étaient placés dans plusieurs canots différents. Ije roi en avait un dans le sien , et le général un dans un autre. Les autres , armés cliacun d'un mousquet, d'un sabre , d^une oaïonnette, accompagnaient les dl-

OCÉANIË.

rers rapaks. Il y avait plusieurs ca* notilégerÉ montés par quatre hommes portant des plumes blanches à leurs cheveux. C^ canots étaient sans cesse occupés à porter d'une division à l'autre tes ordres du roi et du général aux autres oiiefs. Ils rendaient ces ordres avec mie rapidité incroyable.

« Le roi , ^'oyant que Tennemi était décidé à ne pas quitter sa ^sition près do rivase, et seritant bien qu'il ne pouvait l'y. attaquer avantageusement, envoya quelques-unes de ses pirogues porter Tordis à une division de se cacher derrière un terrain élevé. Après ces dispositions , on se lanç^ quelques traits de part et d*autre; la conque sonna , et le roi de Péliou fît isetnblant de fuir dans son canot. Il fut aussitôt suivi de ses gens, qui se retirèrent avec une précipitation apparente.

« Ce stratagème d'Abba-Thoulé encouragea l'ennemi , qui , croyant que notre flotte était saisie d'une terreur panique, s'éloigna bientôt du rivage pour la poursuivre. La division qui était en embuscade ne l'eut pas plutôt apèr^ , qu'elle sortît à toutes rames , et te porta entre Itle et l'ennemi pour lui couper la retraite. Le roi, voyant le SUCO& de sa ruse, revint à Tennemi, et rangea sa flotte en ordre de bataille. Ak>i*s l'attaque devint générale ; les traits volèrent avec la piiis grande rapidité de part et d'autre. Les Anglais krent un feu continuel et tuèrent beaucoup de monde, lies ennemis , en détordre, restaient confondus à la vue de leurs guerriers qui tombaient sans gu'oh aperçât le coup dont ils étaient frappés. Ils voyaient bien qu'ils étaient peroés, mais ils cherchaient en vain rarmc qui avait fait la blessure , et ne pouvaient concevoir par quels moyens ces combattants étaient à l'instant privés de la vie.

« En général , ces insulaires n'ont dans diaque canot qu'un guerrier; les autres n'y sont que pour ramer ou diriger les mouvements. Le feu des mousquets n'eut pas plutôt déconcerté les guerrim d*Artlngall, qu'il en résulta un enet tout contraire chez ceux de IPéliou. Au moment même où

le bruit des armes se fit entendre , ceux-ci se levèrent tous dans leurs canots, firent retentir l'air de leurs clameurs, et augmentèrent encore la ter> reur de Tennemi. Enfin les troupes d'Artingall , ne se trouvant pas en état de tenir contre une si terrible attaque, prirent la fuite.

« I^ division postée entre elles et leur île, les attaquant en queue, les arrêta longtemps dans leur retraite; mais comme elle n'était pasd'égale force à l'ennemi, celui-ci parvint à regagner le rivage. On ne prit que six canots et neuf hommes ; ce qui fut regardé comme un grand succès, car ceslnsulaires font rarement des prisonniers.

Les vaincus s'efforcent toujours d'emporter leurs morts ou leurs blessés, de peur que l'ennemi n'en expose publiquement les corps. Notre uotte se promena en triomphe autour de rUe d'Artingall , et sonna de la conque

four défier Tennemi, sur lequel on irait même lorsqu'il paraissait à la portée du mousiquet. L action ne dura pas plus de deux heures : on fît encore mutilement plusieurs mouvements le long des côtes pour attirer l'ennemi à un nouveau combat. Alors Abba-Thoulé ordonna aux canots de se disposer au départ, ce qu'on fit promptement , et nous.retournihues ou côlé de Pé« liou.

Matthias nousaapprîs quMls n'avaient fait que neuf prisonniers dans cette bataiAe navale et qu'ils étaient tous blessés. Ce fut en vam que les Anglais supplièrent les chefs pour empêcher qu on les mtt à mort; on ne voulut rie^ entendre en leur faveur, et ils furent cruellement massacrés sur-lechamp. Afin de justifier ce procédé , Î[ui paratt si opposé à l'humanité dont es habitants ue Péllou avaient donné tant de preuves aux Anglais, ils leur représentèrent qu'ils étaient forcés d'en aeir ainsi pour leur propre sûreté, lis leur assurèrent qu'ils épargnaient autrefois les prisonniers, en les gardant comme esclaves ; mais que ceux-ci trouvaient toujours le moyen de retourner dans leur pays, et 4u'après avoir ainsi vécu parmi fies

rUNIVERS.

habitants de Pélioa, et bien connu les canaux et les criques de Hle, ils en proOtaient pour y débarquer en secret et commettre d*àfrreuses déprédations*, qu'ainsi la conduite des chefs qu' leur paraissait blâmable n*ctait que î ciTet d*une triste nécessité.

Parmi œs prisonniers il se trouvait un rupak. Il av.?it au poignet uu 03 que nos insulaires voulurent lui enlever; mais, malgré leurs efforts, il défendit si courageusement cette marque; de son rang, qu'il ne la perdit gu^avec la vie. On Te transporta à Péliou, et on lui coupa la tête, que Ton exposa sur un bambou devant la maison du roi.

Le canot qui ramenait Matthias de cette expédition portait deux de ces prisonniers : Tun avait la cuisse cassée, Tautre était blessé de plusieurs coups de lance. Lorsque ces gens vont à la guerre, ils ont coutume de tresser leurs cheveux d'une manière qui leur est particulière, et ils les rassemblent sur le sommet de la tête. Dès qu'ils sont prisonniers, ils les détachent et les laissent tomber en désordre sur le visage , attendant avec intrépidité le coup de la mort, qu'ils sont sdrs de recevoir de leur vainqueur. Lorsque ces deux malheureux furent dans le canot où se trouvait le frère du capitaine, et qu'ils eurent témoigné leur résignation à mourir, nos insulaires leur dirent de s'asseoir au fond. Celui qui avait la cuisse cassée le fît avec aouceur; mais l'autre-, montrant de la résistance et semblant provoquer sa destinée par son opiniâtreté, un des naturels saisit sur-le-champ la baïonnette de l'Anglais et la lui plongea dans le sein. Quoique cet infortuné luttât longtemps contre la mort et répandît beaucoup de sang, il ne poussa ni plainte ni soupir.

Un des ofBciers de Wîlson, M. Benger,par ses pressa^^-tes sollicitations, avait, pendant deux heures, conservé la vie a un prisonnier blessé; mais un des sujets du roi , blessé lui-même par l'ennemi , apercevant ce malheureux , prit le poignard du Malai Sougel et ren perça sur-le-champ, sans que l'An-

glais s'en aperçût. Ce natif â*Artin« gall qui , pour la première fois de s^ vie, voyait un homme blanc, se soumit courageusement à son sort; mail ses derniers regards furent constamment Gxés sur l'Anglais qui avait voulu le sauver. Il paraissait surtout^ frappé, en mourant, de la blancheur' de son généreux ennemi.

Abba-Thoulé, en retournant à Péliou , s'arrêta dans plusieurs lies qui dépendaient de lui ou de ses alliés.

Il y fit exposer publiquement ks cadavres de ses prisonniers. Le peuple de ces différentes îles se réjouit beaucoup de sa victoire , et apprêta des [ rafraîchissements. La perte de l'en- ^ nemi fut considérable. Le roi eut quelques blessés de son côté; il ne mourut toutefois aucun de ses cens.

On arriva de nuit a Péliou. Dès I qu'on en fut prodie , la conque sonna i pour annoncer le retour du roi. A peine eut-on descendu sur le quai d'où on était parti , que le peuple vint en fouie recevoir les vainqueurs avec des rafraîchissements. Les Angbis s'arrêtèrent jusqu'à ce que tout le monde qui restait fût descendu et réuni ; car plusieurs canots de la flotte avaient fait halte pendant la rbute.Enfin ils entrèrent dans Péliou, où l'on chanta et Ton dansa une partie de la nuit : les naturels leur attribuaient le succès de cette journée, et répétaient même souvent dans leurs chants le mot Englis.

Enorgueilli par ces succès et par l'assistance de ses redoutables alliés , de ses alliés armés du tonnerre , le brave Abba-Thoulé voulut en proGter pour soumettre le peuple d^Artingall.

Il demanda bientôt au capitaine anglais quinze hommes et un pierrier pour une troisième campagne. Sa demande lui fut accordée, mais à la condition expresse que les prisonniers seraient désormais remis aux Anglais, pour qu'ils en disposassent comme ils le jugeraient à propos, c'est-à-dire, selon le droit des gens de l'Europe , dicté par l'humanité, du moins en ce qui concerne les prisonniers. La petite escadre quitta Ouroulons le 29 septem* bre , et fut de retour Te 7 octobre.

L'équîpage était h peo près le même

ri dans rexpédition que nous venons raconter, si ce n*est que le nombre des canots était beaucoup plus considérable. Nous allons emprunter à Mathias Wiison le récit de cette nouvelle gperre : « Quand nous abordâmes à Arting^ll , on ne voyait aucun canot, quoique, seton Tusage, l'ennemi fût averti de raîtajjue. Les soldats de Péliou , dans le dessein de provoquer Tennemi, descendrent à terre et s'éloignèrent du rivage. Raa-Kouk avait pris le commandement et les conduisait ; le roi , resté dans son canot, lui envoya de temps en temps ses onires, ainsi qu'à Arra- Rouker. On nous pria de ne point prendre terre; cependant , comme Tennemi coomiencait à se déifendre , nous sautâmes sur le rivage pour secourir nos amis, et nous assiégeâmes plusieurs eases occupées par l'ennemi.

Le canon attaché sur un canot, que les naturels avaient disposé avec autant d'adresse que de bon sens , tirait continuellement sur les cases fortifiées et remplies de monde. Notre mousqueterie eut bientôt délogé les Artingalls et réduit en cendres une des plus apparentes. Néanmoins , ils nous firent beaucoup de mal , en nous accablant d'une çréle de lances. De notre côté, nous faisions un feu continuel, ce qui devait non-seulement les disperser, mais en tuer un très -grand nombre. Arra-Rouker, après les avoir longtemps poursuivis , monta sur une colline opposée aux canots, puis, voyant descendre un des Artingalls, il se cacha dans des broussailles pour le surprendre et l'étourdir d'un coup d*nne espèce de hache. Il allait l'emmener prisonnier dans son canot, lorsque Thomas Wiison, fils du capitaine, aperçut quelques ennemis se précipiter sur hii , et près de le tuer; il courut à son secours et pointa le canon sur eux. Les Artingalfs, effrayés , prirent aussitôt la fuite. Cette circonstance fut d'autant plus heureuse , que Thomas avait épuisé toutes ses munitions, et n'avait pas même, dans ce moment , de quoi charger son mousquet.

82* LieraUan. (OcsàniiO t. ii*

« Les naturels d'Artingall se comportèrent bravement dans cette action :

ils défendirent la maison incendiée, et ne la quittèrent que lorsqu'elle menaça de les écraser par sa chute. Un soldat de Péliou montra aussi un courage extraordinaire : il courut à la maison tandis qu'elle brûlait encore, saisit un brandon , et , le portant à une autre case où les ennemis s'étaient réfugiés, il y mit le feu; elle devint dans peu la proie des matières combustibles qui y étaient renfermées. Cet homme, après avoir exécuté une entreprise aussi hardie , eut le bonheur de retourner vers ses compatriotes. Le roi récompensa publiquement sa valeur, en lui mettant de sa propre main un anneau à l'oreille . et en lui donnant le grade de rupak inférieur à son retour à Péliou.

« Les ennemis perdirent, dans cette action, six canots qu'ils avaient halés sur te rivage, et leur digue, qui était beaucoupjplus lonnie et plus large que celle de Péliou, fut entièrement détruite. Les vainqueurs, entre plusieurs dommages causes à l'ennemi y emportèrent la pierre sur laquelle le roi (r Artin^all avait coutume de s'asseoir pour tenir son conseil. On fit à ce sujet de grandes réjouissances ; mais les transports furent moins vifs qu'après la seconde bataille. La mort du fils de Raa-Rouk , et celle d'un autre Jeune homme distingué, diminuaient la gloire de ce dernier triomphe; d'ailleurs, il y eut quarante ou cinquante blessés, dont plusieurs moururent peu de jours après leur arrivée à Péliou. »

A peine la paix était conclue avec les Artingalls, qu'Abba-Thoulé demanda de nouveaux auxiliaires à Wiison, contre les habitants de l'Ile Péléliou:

le rupak vainqueur exigeait au'on lui rendit deux Malais retenus chez eux.

Pour cette grande expédition, déjà plus de trois cents pirogues de guerre, «formant trois divisions^ étaient prêtes. Le capitaine anglais fournit un renfort qui, parti le 27 octobre, fui de retour le 31.

Cette quatrième expédition parvint le jour de son départ h une petite lie

ai

au nord d'Oroulonf!, et passa la nuit sous des rochers, l^é tendemain , dés la

r^jnte du jour, elle cingla vers une tle quatre ou cinq lieues plus loin, du cdté du midi. Cette ile inhabitée est à quatre ou cinq milles de Péléliou ; les . troupes y construisirent des huttes et y campèrent. Le temps était très-mauvais; mais lorsqu'il devint un peu plus calme , une partie des troupes s'avança v^rs une autre tle peu distante de la première, et qui appartenaitàPélélîou.

Ces guerriers sauvages ravagèrent les plantations d'igaimes, brûlèrent les cases et coupèrent un grand nombre de cocotiers. I^s habitants avaient quitté leur tle avant que les troupes de Féliou y aljordassent. Il n'y avait que deux Anglais parmi celles qui furent dépêchées. Ce détachement, aurès avoir causé quelque dommage à Pile ennemie, revint au camp avant le coucher du soleil. Le lendemain , le temps était très-mauvais; mais il s'éclaircit vers le soir, et Ton envoya d'autres troupes sur nie, qui ravagèrent tout ce qui avait été épargné la veille. Il y avait trois Anglais dans ce nouveau détachement, qui revint au camp sur la soir, contme le jour précédent.

Le surlendemain, deux rupaks de Péiéliou arrivèrent au camp; mais aussitôt ils s'en retournèrent accompagnés des interprètes. Vers le soir, Us rëjoi- Riiirent le roi avec trois chefis de Péiéliou qui demandèrent la paix. A|)ba- Thoule tint un conseil immédiatement après leur arrivée. Le lendemain, Arra-Rouker se rendit à Péiéliou et conclut la paix. A son retour, le roi fit savoir aux Anglais que la guerre étant terminée avec les habitants de Péiéliou, s'ils voulaient visiter la ville, Arra-Kouker, son frère, les y 'accompagnerait, et que lui et Raa-kouk ne prendraient point terre. Ce message étonna un peu les Anglais; mais Tioterprète dissipa bientôt leur surprise.

Il leur apprit qu'aucun rupak d'un rang supérieur à Arra-Kouker ne pouvait aller à Péiéliou dans la situation actuelle des choses, parce que le roi ferait un trop grand honneur a la ville, loit en y allant lui-même, soit en y

envoyanc ta personne qui tenait le premier rang après lui. Après cette ex|.lication, les An{^laîs acceptèrent l'offre du roi, et visitèrent Péiéliou; mais Us convinrent entre eux de prendre leurs armes, et de se tenir ensemble lorsqu'ils seraient débarqua, de crainte de quelque surprise; car la paix venant d'être condue tout récemment, les indigènes pouvaient avoir quelque méfîance de ces étrangers; mais ils en reçurent l'accueil le plus flatteur, lis trouvèrent que la ville était défendue par un rempart jeté sur /a chaussée qui conduit à Péiéliou; ce rempart avait dix à douze pieds de hauteur; il y avait un banc élevé dans l'intérieur, sur lequel les habitants

rmvaient se tenir et jeter des lances leurs ennemis. L'eau était fort basse Îirès de la ville, et par conséquent es canots naviguaient très- di tellement. En effet c est ce qui empêche les habitants de Péiéliou, quoique trèsnombreux, d'avoir beaucoup de pirofiues, et leur manière de fortifier ainsi rentrée de leur ville prouve que, lorsqu'ils sont en guerre avec les îles voisines, ils se fient plus sur leurs forces naturelles que sur leurs forces navales. Abba-Thoulé s'empressa de revenir à Péliou; le premier rupak de Péiéliou, qui était son frère, raccompagna dans un de ses propre^ canots , ayant dix femmes à sa suite. Etait-ce une humiliation exigée par Abba-Thoulé ? étaitce un témoignage public de conGance et d'amitié après la paix? c'est ce que les Anglais ne purent comprendre.

Mais ils surent que ces femmes ne devaient plus retourner à Péiéliou avec leur roi; car, quelque temps après, Abba-Thoulé en amena deux à Oroulong. "Venaient-elles comme amies ou comme otages? c*est ce que les Anglais ne purent apprendre ni deviner. Quant aux deux Malais, ils furent donnés au roi. Il est probable que Sougel, le Malai favori, avait«oliicitéle prince à demander ses deux compatriotes au roi de Péiéliou, et que celui-ci « en refusant de les donner, avait porté Al)ba-Thoulé à lui faire la guerre. En effet, ils senvblaient, dans cette quatrième et der«

OCÉANIE

DÎère expédition, avoir montré un ressentiment que Ton n*avait point remarqué dans leurs premières querelles.

Avant midi, Raa-Kouk vint à Oroulong avec tons ses gens. Les Anglais admirèrent Ttle de Péléliou; ils observèrent qu'elle paraissait fertile, qu'elle était peu montagneuse, que les maisons étaient plus grandes et mieux bâties qu'à Péliou, et qu*eile abondait en coootieis et autres arbres fruitiers. Les habitants leur parurent doux, hospita- Uers; et s'il faut en croire Wilson et son arrangeur, ces étrangers en reçurent mille témoîjçnages d'afTection, quoîau ils fussent Venus chez eux comme des alliés formidables de leur ennemi ; mais ces messieurs ont beaucoup trop loué ce pays dont ils ont fait' un nouvel Eldoradôy et ses habitants qu'ils nous ont représentés comme des aa< ges.

Le petit navire que les Anglais avaient construit était enûn prêt à mettre en mer; on lui avait donné le nom &*Oroulong. Abba-Thoulé voulait absolument retenir ses hôtes; il leur

S reposa à tous les premières dignités e ses États; il offrit au capitaine de le ûire rupak du premier rang : Wilson y consentit. On lui donna , avec la plus grande pom^, Finvestiture de Tordre de Tos; mais il déclara formellement qu'il ne pouvait rester à Oroulong, et Ton se prépara de part et d'autre à sa quitter.

Une inscription fut placée, au bruit do canon et au milieu des gémissements de tous les habitants de Péliou, sur la partie du rivage où les Anglais avaient abordé: elle portait : Européen*^ que le hasard ou la tempête conduira sur ces bords y sahU. Le navire l'Antilope, de la compagnie des Indes j commandé par f^uson. a été perdu sur le récif que tu vois; Vémdpaae y a construit un navire sur lequefil est reparti, le 12 novembre 1783. Rends, si tu le peux., aux bons habitants ae ce pays tout le bien qu^ils nous ont J ait.

EnGn, le jour du départ étant arrivé, le pavillon britannique flottait déjà sur VOroulong; il fallait songer

à d'éternels adieux. Le peuple entier était assemblé et avait les larmes aux yeux; Abba^Thoulé ne savait comment exprimer sa douleur; Li-Bou, second fils d'At)ba-Thoulé et le meilleur ami des Anglais, était plein d'inquiétude; Kaa-Kouk et Arra-Kouker étalent montés sur leurs piiogues, et conduisaient la (lotte qui devait accompagner les Anglais audelàdu rédf. Lecapitaûia fit conduire auprès du roi deux petites pièces de campagne, deux fusils, tous les outiisquiavaientservi à la construction du navire; en un mot, tout ce qui pouvait mettre les indigènes de Péliou à même de se défendre et de perfectionner leurs arts. Ces présents, auxquels A bba- Thoulé ne s*attcndait p^is,' donnèrent un nouvel essor h sa reconnaissance. Des fruits de toutes espèces, des corbeilles, des baml)ous, les ustensiles les plus précieux de Péliou furent apportée de toutes |)arts avec tai.t de profusion , que le capitaine, ne sachant plus dans quelle partie du bâtiment les déposer, se vit obligé de les refuser. Il était cependant bien difGcile de résister à leurs

instances. Plus que ceci encore c$

fruit pour Vamourde moi». ...pour

ma part disaient ceux dont on nQ

pouvait recevoir les présents.

Raâ-Kouk voulait suivre les An*glais , mais Abba-Thoulé rejeta sa demande : « Mon frère, lui dît-il, vous avez oublié que vous êtes l'héritier de mon pouvoir, et , en cas de mort , vous devez me succéder. » En effet , à Péliou , Tautonlé se transmet du chef à ses frères. Son neveu , fils de son frère tué à Artingall, et dont la mort avaitoccasionné tes guerres récemment ter^ minées, fit la même demande.

Àbba-Thoulé lui répondit par un refus formel, et ajouta : « Vous êtes ingrat et négligent envers votre mère; vous avez pour épouses de bonnes et honnêtes femmes que vous traitez fort mal., ainsi (}ue tous vos parents, ce nui vous attire le mépris général. Vous êtes honteux de votre conduite, et vous voudriez quitter votre famille.

Vous n'aurez pas mon consentement.

Je prie le capitaine de ne point vous soutenir dans ce projet. Restez che»

rtJNIVERS-

TOUS, et (jue la honte et le remords TOUS corrigent. »

Du côté des Anglais, un individu, nommé Maden Dianchart, témoigna le désir de rester parmi les insulaires.

Wilson résista d*abord et lui fît toutes les objections possibles ; puis , le voyant résolu dans son projet, il y consentit, et lui donna plusieurs objets néces-^ saires dans sa position , et d*excellents avis pour la conduite qu'il devait tenir. On n*a jamais su ce qu'était devenu cet homme.

TOTAGB EN BUVOPB ET MORT OU JEUNB SAUVAGE U-BOU.

Li-Bou . cet aimable fils du célèbre rupak Abba-Thoulé, Li-Bou qui, pendant le long séjour des Anglais, avait témoigné tant d'attachement pour eux, fut alors amené par les jeunes gens de son âge ; sa famille se pressait autour de lui , et avait Tair de vouloir le retenir. II avait depuis longtemps formé le projet de suivre ses hôtes. Il se jeta aux genoux de son père, et lui demanda, en versant un torrent de larmes, la permission de le quitter, et d'aller en Angleterre. « Si c est une vaine curiosité , ou Pespoir de te soustraire aux regards vigilants de ton père, qui te porte à t éloigner, lui dit Abha- Thoulé, tu emportes ma malédiction; mais si c'est l'espoir de recueillir des connaissances qui nuissent un jour te rendre utile à nos frères, tu reçois ma bénédiction. Lis dans ton cœur, et vois si tu dois m'embrasser. » Le jeune nomme se précipita dans* les bras de son père, en mettant ses mains devant ses yeux, cohnme un homme qui consomme un grand sacrifice.

Abba-Thoulé s'adressa alors au capitaine Wilson , pour lui recommander son fils. « Je désire, dit-il, que vous appreniez à Li-Bou tout ce qu'il doit savoir, et gue vous en fassiez un Européen. J'ai souvent réfléchi à ma séparation d'avec mon fils. Je sais que les pays éloignés qu'il va traverser différant beaucoup du sien, il doit être exposé à bien des dangers, à bien des ibaiadies qui nous sont inconnues. Il

peut mourir peut-être J'aî pr^iaré

mon âme à ce malheur Je sais que

la mort est le destin inévitable de tous les hommes, et qu'il importe peu que mon fils la rencontre à Pcliou ou partout ailleurs. Je suis persuadé, diaprés l'idée que j'ai de votre humanité , que vous en aurez soin s'il est malade; et, s'il vous arrivait quelque malheur que vous n'auriez pu prévenir, que cela ne vous empêche point, vous, votre père, votre fiis ou quelqu'un de vos compatriotes, de revenir ici. Je vous recevrai, ainsi que tous les vôtres, arec la mémeamitie, et j'aurai le même plaisir à vous revoir. •

Le schooner déploya enfin ses voiles.

Abba-Thoulé, qui le suivait des yeux avec inquiétude, ne cessait de témoi-

§ner, par ses gestes, les regrets et la ouleur qui l'agitaient. La flottille suivit le navire bien au delà du rtcîf, pendant deux heures, s'aveuglant sur les dangers qu'elle courait. Enfin , la nuit vint terminer cette scène attendrissante. On se perdit de vue; et les Anglais' prodiguèrent à Li-Bou les témoignages d'amitié qu'ils ne pouvaient plus donner à ses compatriotes.

Quelle leçon pour les voyageurs, les navigateurs, et même les colons, les envahisseurs européens, dans ces adieux touchants ! Quel triomphe pour ces marins bons et justes, qui avaient su gagner le coeur des naturels de Péliou! Quelle différence entre ce départ et celui des Espagnols proscrits du

Mexique! L'Amérique nous serait

attachée par des liens indissolubles, si, au lieu d'insulter les femmes, de massacrer les hommes, et d'envahir leurs propriétés, les Européens avaient cherché a conquérir les cœurs de ses habitants.

Pendant la longue traversée de POroulong, Li-Bou s'occupa d'apprendre la langue anglaise, et de s'instruire de tout ce (|ui pouvait être à sa portée. A son arrivée à Macao, toute la ville accourut pour voir cet homme nouveau : c'était ainsi qu'on l'appelait.

L'habit anglais ne le gênait point du tout; il avait un air aisé et libre dans la compagnie la plus nombreuse. Cet

aimable jeune bomine adressait souvent des questions, mais avec un air humble f sur les choses intéressantes qu*il voyait et qui étaient si nouvelles pour lui , et il concevait facilement tout ce qu'on. lui expliquait.

Lorsoue le capitaine Wilson fut de retour a Londres avec Li-Bou, pour lequel il avait conçu une amitié extraordinaire j tout le monde voulut voir faimable sauvage. Incapable de calcoler encore la portée de sa conduite et de ses paroles, il semblait calquer toutes ses actions et tous ses discours sur ceux du capitaine.

Il s'habitua facilement à parler anilais de manière à se faire entendre; il prit un goût démesuré pour le cheval et surtout pour la voituie. Ces t charnuMif disait-il, an marche assis, et on va à ses qffqirés en causant ensemble.

On le conduisit un jour au théâtre, où ir parut prendre peu de plaisir; il fut présent a Tascension d*un ballon, et n en fut pas étonné. Cet intelligent jeune homme semblait donner un prix aux découvertes, moins en raison de leur difficulté que de leur utilité.

On renvoya dans une école, où il apprit à lire et à écrire. Il disait qu'à son retour à Péliou il tiendrait luimême une école, et qu'il passerait pour un sage parmi les premiers hommes de sa patrie. Quand n pariait à son protecteur, il l'appelait toujours capitaine; mais il ne s'adressait jamais à madame Wilson qu'en la nommant sa mère. Cette expression lui semblait mieux rendre tout ce quMl sentait pour elle.

Li-Bou se conformait en tout aux usages du pays, à l'exception de ses cheveux, qu'il continua de porter à la manière du sien.

Lorsqu'il voyait un jeune homme demander la charité, il en était scandalisé, disant au*il fallait travailler; mais un vieillard , un infirme excitaient sa compassion. Faut donner au pauvre vieux; vieux pas capable de travaUler.

Il observait avec le plus grand soin toutes les plantes et tous les arbres

OCÉANIE. toi

fruitiers, et il se proposait d'en rapporter des semences a Péliou; en un mot, dans toutes ces richesses, il ne perdait jamais de vue l'utilité dont elles pourraient être à son pays, et, après sa mort, on trouva toutes les semences et noyaux de fruits qu'il avait mangés, et qu'il avait garaés dans cette intention.

La petite vérole vint le surprendre au milieu de ses innocentes recherches , et, dès l'origine, les médecins en prédirent les funestes suites. Il prit sans répugnance tous les remèdes qu'on lui

Srésenta. Comme on lui fit savoir iiue [. Wilson n'avait pas eu cette maladie, et qu'elle était contagieuse , il se soumit volontairement à la nécessité de ne pas le voir. Ouand il sut que madame Wilson gardait la chambre , il s'écria :

Quoi! bonne mère malade! U-Bou se lever pour voir elle; et aussitôt il se leva.

Il se vit dans une glace, un peu avant de mourir. Son visage, horriblement enflé et défiguré, lui parut si hideux, qu'il détourna la tête. Enfin , se sentant plus mal , et voyant sa fin approcher, il fixa attentivement les yeux sur M. Sharp, chirurgien du schooner sur lequel il avait voyagé, et lui dit : Bon ami y quand vous aUer dans mon pays y dites à mon père que Li-Bou prennire beaucoup de boissons pour chasser la petite vérole , meUs lui mourir; le capitaine et /h mère très-bons^ Oh! bien fâché de ne pouvoir dire à Abba-Thoulé combien ce pays renfermer de belles grandes choses! l\ fit alors le recensement de to\is les présents qu'il avait reçus, et il pria le chirurgien de les distribuer parmi ses amis et les rupaks de son Ile.

Le moment terrible de la séparation arrivant, il rendit son dernier soupir sans crainte, et avec cette innocence, cette douceur et cette simplicité qui avaient caractérisé toutes ses actions.

La famille Wilson, les domestiques, et tous ceux qui le connaissaient, ne purent s'empêcher de pleurer quand ils apprirent ce triste événement.

La compagnie des Indes orientales lui fit ériger un tombeau « sur lequel

fos

* on Ht une inscription qui flnit ainsi : Arrête^ passant, arrête! VkumanUé réclame une larme. Cî-gît un prince y lA-J^n^/ds de la nature.

SOITB DB L'HUTOIRB DBS ILES PÉUOU.

Après Wilson, le lieutenant Mftcluer visita Péliou, séduit |îar le récit exagéré de Wilson,- embelli par sir J. Keàte, qui louait les sauvages aux dépens des hommes civilisés , pour obéir à Tusase des phraseurs, et sans respect pour la vérité. Macluer, à qui on doit de grands travaui sur les côtes de Tlnde et de la Papouasie, passa dans ce pays une partie des années 1793 et 1794; mais il en trouva les habitants soupçonneux et avides de ce qu*ils n*ont pas, comme sont la plupart des sauvages, comme sont , hélas 1 la plupart des hommes ! Cet ofificier brave et instruit , qui était fatigué à juste titre des vicps des Mdétés européennes , et qui avait cm ▼îvrc dieî les sauvages avec «les hommes meilleurs, n'a malheureusement •écrit que quelques notes qui accompa»

rnaîent un plan assez imparfait de ces ves, mais il lf*ur donne des noms complètement différents de ceux donnés par Wilson, et nous les avons suivis avec quelques rectifications.

Aprèi Macluer , un autre oflicier du nom de Wilson. James Wilson, capitaine du Duffy avMt reçu l'ordre de déposer dà missionnaires sur Péltou, au retour d'une navigation dans Tocéan polynésien. Les circonstances s^étant opposées à l'exécution complète de son projet, ce capitaine n'eut avec les naturels de Péliou que des communications à la voile; voici ce qu'il en dit :

« Le 6 novembre 1797, à trois heotres et demie après-midi, nous nous trouvions à deux milles au phis du rédf qui 8*étend à une distance médiocre ne la plus grande des ties : elle se nomme Babel Tnotiap,et est divisée en deux districts , gouvernés chacun par un chef qui reronn«itt Tautorité suprême d'Abha-Thoulé. Quand nous mtmes en panne , nous étions devant la partie méridionale du district d'Artifngall. Deux cents personnes environ

se rassemblèrent mnr le rivage. Une douzaine de pirogues furent vues à la mer, les unes à fa voile, les autres à la pagaye ; mais aussi letenips avait, en ce moment, une apparence tres-sinistre.

Trois d*entre elles seulement se hasardèrent assez loin au laree pour venir le long du bord. Dans celles<:i les naturels avaient un morceau d'étoffe blanche attaché au bout d'un bâton , et ils l'agitaient en l'air à mesure qu^ïls s'approchaient. Nous supposâmes que c'était un emblème de paix. Ils abordèrent sans crainte et sans hésitation, et nous adressèrent la parole comme à des geqs qu'ils connaissaient depuis longtemps. Mais leur langage fut tout à fait inintelligible pour nous ; et nous ne pdmes , meine avec l'aide du vocabulaire de Henri Wilson , leur faire comprendre un seul mot , excepté quelques-uns de leurs noms propres. Du reste , ils ne Cessèrent de parier trèsvite, accompagnant leurs discours de gestes très-vîfs des mains etdu corps, qui exprimaient leur désir ardent de nous voir mouiller dans un lieu qu'ils nous désignaient au nord-ouest L'un d'entre eux ^ oue nous supposâmes être un rupak , à l'os grossier qu'il portait au poignet, vint en grande fiâte, le long du navire, pour redoubler ces instances, et il fut suivi par deux autres , qui se montrèrent aussi pressants; mais toutes leurs sollicitations , jointes à notre désir de f<n're quelque séjour dans ce groupe célèbre, furent sans succès, attendu que nous ne découvrîmes aucun endroit où il fiU nrobal)le qu'un navire prtt mouilleren sûreté, et nous n'avions pas la carte du lieutenant Macluer pour nous servir de guide. Quand nous mentionnâmes le nom d'Abha- Ttioulé, ils le répétaient plusieurs fois, en disant : S'Toulé! yToulé! et montrant la terre du doigt. On ne leur parla point de Li-Rou ; car ils parlaient si vite et d*une manière si incessante , que nous trouvions à peine le moyen de leur adresser des questions; probablement le temps , qui menaçait alors d*une tempête, les empêcha d'y son-

§er. Comme ceux qui étalent restés ans les pirogues appelaient à grands

OCEANIE

ois ceux qai étalent montés à bord, le ca[ntaine leur offrit quelaues couteaux, miroirs, etc.; puis ils prirent congé à la hâte, mats avec regret.

Ayant de s^en aller , ils voulurent témoigner leur reconnaissance, en lançant à bord une couple de noix de coco, qui étaient tout ce qu'ils possédaient; us s'en retournèrent à terre. Là se bornèrent toutes les communications

Se nous pâmes avoir avec les habiits des ties l^éliou.

« Si Ton doit Juger du peuple entier par le petit nombre de naturels que nous vtmes , à notre avis ces hommes sont inférieurs, pour Faspect extérieur, aux insulaires des Iles Marquises, de la Sodété et des Amis (NouKa- IIiva,Taîtj et Tonga); ils n'ont ni la taille avantageuse, ni les belles proportions des deux premiers peuples, et sont loin d'avoir l'air vigoureux , mâle et entreprenant des derniers. Ils ressemblent bien davantage à leurs voisins les Carolins. Parmi les coutumes qui leur sont communes , est celle de se fendre les oreilles pour y passer des ornements de végétaux, qui ont au moins un pouce d'épaisseur. Par l'effet do tatouage , à Péliou , comme aux Carolines, leurs jambes et leurs cuisses semblent avoir fté trempées dans une teinture d'un noir bleuâtre; mais leur corps est orné de figures semblables à dies doigts ou à des gants, lis se montraient à nous entièrement nus , sans paraître en éprouver le moindre sentiment de bonté, et ils nous témoiçrnaient leur politesse et leur hospitalité par les plus pressantes sdiicitations d'aller les visiter chez eux. »

M. D. de Rienzi a vu une partie de ce groupe dangereux. Après lui, le savant navigateur d'Urville en a reconnu , en 1828, la partie orientale , sans pouvoir communiquer avec ses habitants. Son opinion , quant a la position et au nom de ces fies , est d'accord avec celle de Macluer et de Kienzi. Voici comment ce dernier peint oe pars et ses habitants :

« Cette chaîne d'îles est réunie par des récifs, et on n'y trouve qu'un seul port a£sez difficile. Ces insulaires ha-

bitent un pays pauvre et passablement cultivé. Ils sont d'un jaune bronzé, ro* bustes , d'une assez lilelie taille et assez bien faits , moins méx^hants que la plupart des autres Polynésiens , mais mférieurs aux Carolins de Yap et probabiement des autres îles de l'immense archipel des Oirolines. Ils sont avides, soupçonneux, cruels dans les guerres que les chefs entreprennent pour le plus léger motif. Ils vont .Généralement nus avec un cynisme éhonte ; à peine si quelques-uns' renferment dans un étui ce qui distingue Tbomme de la femme.

S'Hs ont eu de la candeur et de la générosité à répoque de Wilson, certes ils sont bien déchus. Il est vrai qu'ils ont eu à se plaindre quelquefois des baleiniers; ce qui a pu les rendre plus entreprenants et plus méchants. »

Ils ont osé attaquer récemment en pleine mer un navire baleinier commandé , je crois , par le capitaine Anderson , et ont failli l'enlever. Il ne dut son salut qu'au courage de qm^lques marins, qui, s'étant retirés dans les hunes, firent un feu nourri sur eux, et à un noir, coq (cuisinier) du bâtiment. Celui-ci, brave à sa manière, n'employa d'autres armes que les ustensiles de sa cuisine. Tantôt il puisait dans les chaudières de l'huile bouillante au moyen de la grande cuiller , et en aspergeait généreusement la face des ennemis; tanlôt il renversait sur leurs pieds et sur leurs mains des pots et des marmites pleines de ce liquide brûlant. Le coq noir pult se (Tatter d'avoir en grande partie débarrassé le navire de ces intrépides assaillants, qui prirent la fuite en hurlaut de rage et de douleur.

ITAUrRAGC nu liAVlRB AM^.nTnAIN LEMEIfrOR. ORSCRIPTION DES U.E& MORTZ,KY AR« CLE ET LORD MORTU ET DES ILES DES MARTYRS.

Ces îles , qui complèteut les annexes de l'archipel de Péliou, n'avaient pas été encore décrites. C'est grâce au naufrage du capitaine américain Edveard C. Bamard que nous avons eu quelque connaissance de ses habitants, flous allons exiruiffe la relation qu'en a

donoée es capitaine, après son arrîTée à Canton (Chine), en 1838.

« Le 18 mai 1832 , Je passai devant rUe Mortz, et le navire, poussé par une forte brise du sud-sud-ouest, taisait route vers le nord-nord-est à raison de 7 à 8 nœuds à Theure. Le 30, ▼ers midi , je cinglai au nord-est, et le lendemain à la même heure, je jugeai que nous devions être au nordouest des tles Péliou. Je n*avais point vu le so'eil depuis mon départ de Mortz; il soufflait un vent violent de sud-sudouest, la pluie tombait par torrents et la mer était extrêmement houleuse :

nous étions alors par latitude 8»50' nord et par longitude lZT2(y est de Londres; notre navire fut entraîné par un très-fort courant, durant le reste de cette journée. Tout à coup, vers onze heures du soir , il frappa contre un rocher. L'équipage courut alors dégager les canots , et ce fut à grande peine que je parvins à empêcher tout mon monde de se précipiter dans le premier qui fut prêt à mettre à la mer.

« Après que ce canot se fut éloigné avec dix des nôtres , Je coupai les mâts pour alléger le bâtiment, qui bondissait d*une manière effrayante et était entièrement recouvert par les vagues. Un peu après, il s'engrava et ne bougea plus. Cependant, au nout d*une heure, |e vis le pont s'élever rapidement, et, craignant ou'il ne s'abîmât avant le jour , je mis a la mer un autre canot qui fut submergé en un instant, avec un matelot, nommé 'William Jones , qui y était descendu. Au point du Jour, j'a|>ercus une tle au sud-est, et une partie au récif, qui se trouvait à découvert , à la distance de trois ou quatre milles. Nous parvînmes, non sans beaucoup de peine , à descendre le seul canot qui nous restât, et à gagr\er le récif, où nous passâmes toute la Journée et la nuit suivante.

liC 25 , de grand matin , nous vîmes une nuée de pirogues qui venaient vers nous. J^s indigènes qui les montaient ne nous eurent pas plutôt rejoints, qu'ils se mirent à nous piller , et nous demandèrent dei fusils. Nouç leur

apprîmes qu'il y en avait plusieurs a bord du navire, et ils s'éloignèrent à force de rames pour les aller chercher. Le temps s^étant alors éctaircî , nous aperçûmes dans la direction du sud-est un grand nombre de pirogues qui se dirigeaient , les unes vers le navire, les autres vers l'île voisine.

« Aussitôtaprèsquecessauvagesnous eurent quittés, nous chargeâmes dans le canot ce qu'ils nous avaient laissé d'effets, une boîte remplie de biscuit et un baril d'eau , et nous résoldmes d'aller aborder à l'Ile de Kyangte. Nous en étions à.moitié chemin, quand nous fdmes accostés de nouveau par des naturels , montés dans une grande pirogue , et qui s'offrirent de nous prendre à la remorque, ce à quoi nous consentîmes volontiers. Après nous avoir conduits l'espace d'environ doux milles, ils descendirent leur voile et vinrent bord à bord avec notre cauot, dans le but bien évident de nous piller et, peut-être, de nous assassiner.

Persuade du moins que telle était leur intention, je donnai ordre de couper la touée,,et de Jeter à la mer plusieurs paquets d'effets, pour occuper les sauvages, et, virant de bord, nous fîmes force de rames vers le sud , et les laissâmes bien loin derrière nous.

« Dans la soirée nous arrivâmes à la hauteur de l'île de fiabel-Thouap, et pendant la nuit, voyant que nous étions environnés de toutes parts de brisants, je jetai la Hune, qui, fort heureusement, s accrocna à un rocher.

Nous restâmes dans cette position jusqu'au jour ; puis nous nous dirigeâmes encore au sud , vers une terre dont nous n'étions guère éloignés. Mais , par suite de la chaleur, qui était excessive, et du manque d eau, notre navigation fut fort lente; néanmoins, vers midi, nous abordâmes une petite Ile, où nous eûmes le bonheur de trouver de l'eau. Là, nous eûmes la visite de plusieurs insulaires montés dans une pirogue, qui nous quittèrent après nous avoir dévalisés.

Nous les suivîmes peu après ; mais au moment où nous allions descendre à terre, nous fûmes assaillis par uue

OCÉAIYIE. 105

foule de ces sauvages , qui nous enlevèreut jusqu'aux vêtements que nous anoDS sur le dos , et nous laissèrent à nu. Ils voulurent bien cependant me rendre ma chemise; ce dont je leiOr tus infiniment de gré.

« A notre arriva , nous comparûmes devant une assemblée de chefs, qui nous questionnèrent sur le but de notre voyagf, et sur la distance qu*il y avait de'^r tle à l'endroit où nous avions abandonné le navire. Quand nous les edmes satisfaits à cet ^ard , ils nous donnèrent à boire et nous of&irent des vivres, que nous refusâmes. Je ne sais rien des ooœurs de ces insulaires, si ce n'est que les hommes vont entièrement nus , qu'ils me parurent belliqueux et barbares, qu'ils ne font, pas un pas sans être armés de lances et de sabres, et que ieursfemmes portaient une petite natte autour de te ceinture. Ils nous traitèrent avec la plus grande hospitalité : non contents de partager tout ce qu'ils avaient avec nous, ils nous logèrent dans la meilleure cabane de leur village, et quand ils n'avaient |)oint de poisson à nous offrir, ils tuaient un cochon ou une chèvVe pour nous les donner, prenant pitié de notre situation. Ils voulurent nous construire un bateau, mais i Is furent obligés d'y renoncer, faute des liens nécessaires à cette construction. Ils construisirent alors une çrande pirogue, et allèrent cherchar à bord du navire une quantité de dous, qui nous servirent à mettre notre chaloupe en état. Ils nous en rapportèrent aussi des vêtements et d'autres objets dont nous avions besoin. «

« Après avoir attendu un vent d'est pendant quelques jours, je me disposais à partir, lorsque mes hôtes me dirent qu'il fallait oue six de mes gens restassent dans Ttle comme otages, et ope six chefs prissent leur place dans la àialonpe. M étant récrié contre une aussi étrange proposition , \\i m'objec* tère nt que le capitaine anglais Wilson en avait agi ainsi à Ck)rror, et que, s*ils consentaient au départ de tout mon monde, il ne leur resterait aucune garantie d'être payés de leurs

peines. Je leur demandai ce qu'ils attendaient en payement : «Des fusils, me répondirent-ils: les naufrage anglais en ont donné à nos frères de Corror, et nous espérons que vous nous traiterez de même. »

« Après de longs pourparlers , ils consentirent à ce qu'il en partît trois autres, et réduisirent aussi à trois le nombre de chefs qui devaient nous accompagner. Je leur dis qu'ils se trompaient dans leur calcul ; qu'il y avait loin de leur tle à mon pays, et qu'ils étaient dans l'erreur s'ils croyaient que je pusse y conduire leurs compatriotes , attendu qu'il me faudrait payer leur passage, et que personne ne les prendrait sans cela. Je ne pus parvenir à leur faire entendre raison, et ils me signîGèrent formellement que, si je refusais de les emmener, ils mettraient eb pièces la chaloupe et la pirogue, et qu'aucun de nous ne partirait. Voyant Qu'ils ne voulaient pomt en^démordre, je n'insistai point davantage. Toutefois, deux jours après, je tentai un nouvel effort, qui ne réussit pas mieux. Je leur montrai l'impossibiUté où je me ti*ouvais de leur procurer des fusils; mais je les assurai que, s'ils voulaient permettre à mes gens de noe suivre, une fois rendu dans mon pays, l'instruirais mon gouvernement du bon accueil que j'avais reçu d'f'ux, et qu'il ne manquerait pas de leur en témoigner sa reconnaissance par quelque présent qui en vaudrait réellement la peine. Ces belles promesses néanmoins n'ébranlèrent point leur résolution.

Ils me dirent que si je voulais partir, il fallait me résigner a leur laisser mon beau-frère, M. James Meager, et deux de mes gens, dont ils me donnèrent le choix. Horatio Davis, Calvin et Catlin, du Massachusetts, qui craignaient de se hasarder dans la pirogue, s'étant offerts de rester, le 15 novembre nous commençâmes a mettre nos embarcations en état, et à y charger les vivres et autres objets dont nous avions besoin. Le 22 suivant, le vent étant favorable, je partis de Péliou. Ma chaloupe était conduite par trois hommes de l'équipage, et dans la pirogue il y

en avait quatre aaores , avec deux chefs et un homme de Tfie. Nous navtp;uâmes 06 jour-là environ vio^t milles. Quand vint la nuit, je n*étais guère rassuré de me voir en pleiue mer dans une frêle embarcation, en compagnie d'une pirogue qui (K>rtait nos vivres et de l'eau pour vingt jours, sans aucun moyen de me diriger, n'ayant pour tout instrument qu une houssole, et me trouvant alors à six cents milles de Ternate, qui était la terre ia plus proche.

« Dès que nous fûmes sortis des récift, je cmglai vers le sud-ouest. La mer était extrêmement grosse; nous avancions difllcilement; pour comble de malheur, notre gouvRrnail se dérangea, et nous fûmes obligés de suspenarf toute une nuit notre navigation, avant de pouvoir le mettre en étot. Ce retard était d*autant plus à regretter, qu'il régnait une forte brise de nord-est, qui nous eût bien servis.

Il plut abondamment durant la nuit, et le tonnerre gronda d'une manière effra3rante. Des murmures s*élevèreut parmi mes gens, et je vis le moment où nous allions être obligés de regagner l'île Péliou , pour y attendre Parrivée d'un navire qui nous prendrait à son bord. C'eût été sans ooute le parti le plus prudent; mais lorsque le jour parut, la pluie cessa , le vent se modéra ; nous réparâmes le gouvernail , et nous naviguâmes ensuite , sans encombre , Jusqu'au 29. Le vent nous fut presque continuellement favorable; la chalou(>e était étanche, mais la pirogue taisait beaucoup d'eau. Nous nous dirigeâmes tout le temps au sud-ouest, dans Tespoir d'aborder à Mortz ou à Guilolo.

Le 29 au soir, la pirogue chavira par la négligence d'un des insulaires de Péliou, qui était diargé de tenir la Toile; le mât tomba à la mer, et nous INissâmes inutilement une heure entière a en ôter l'eau. Sur les dix heures , le vent s'él.va, et nous eûmes de la

euie. Je pris alors à bord de la chaupe quatre hommes de la pirogue, n'en laissant une trois pour la conduire; mais elle se remplit tellement d^eau pendant ia nuit, qu'il nous eût

été impossible de la maintenir plai longtemps à flot: force donc Doosfut de l'abandonner : ce que nous flmei après en avoir enlevé autant d'eau et de vivres qu'il était prudent d'en dîMger la chaloupe, où nous étions alon onze personaes. Nos provlwons se composaient de noix de coco et de port frais, que nous avions lait frire avant de partir, et qui était renfermé dans des vases de terre remplis de ferais», ï^otre eau était contenue dans ée^m bambous. Après avoir transborrfé tout ce dont nous avions besoin, et avoic allégé la chaloupe, en jetant à b iner tout ce qu'elle renfermait de lourd, ne conservant par homme qu'un pantalon et une chemise de redttn^, nous abandonnômes la pirogue, et continuâmes notre route vers le sud-ouest.

Pendant le calme nous ramions, rt quand la brise nous était favorable, nous étendions notre voite. Nous cll^ minâmes ainsi jusqu'au 6 décembre, que nous découvrîmes la terre au point au jour, à environ six milles de distance. Peu après, nous vtraos plu&i«irs pirogues qui venaient à nous. La fuite eût été impossible, si nous y eussions songé; mais l'eau commençait à nous manquer, et il nous en fallait, à quel-

Îiue prix que ce filt. Notre résolution ut donc bientôt prise. Les pirogue d'ailleurs n'étaient plus qu'à un demimille de nous. Je me diru^eai vers use de ces embarcations, qui avait de beau coup devancé les autres , et quand noo: en tûmes à quelques toises de distance. les indigènes qui s'y trouvaient nou!

montrèrent des noix de oooo, en non:

donnant à entendre, par leurs signes Qu'ils étaient disposés à faire de échanges, et nous crièrent : Peào pecioiSur ces entrefaites, arriva d côté opposé une autre pirogue, dor l'équipage sauta à bord de notre eh:

loupe, et, en moins de dnq minute: nous dévalisa complètement. Tous m effets furent répartis entre plusieu pirogues ; et deux ou trois de mes ppn qui ne voulurent point se laisser c pouîller, furent 'jetés à la mer, où faillirent se nov^r. Quand ces sauva; eurent enlevé tout oe que contenait

OCÉÂNIE.

Mf

ddoope, ib y mfrent trois oa qualre da leurs pour la conduire à terre. Les pirogues itfirirent aJors la route de nie , m Q*a |Qère que trois quarts de mille de long, sur un demi ae larae

et renfem» enriron trois cent^ hàb

tants. Eoa|iprûchaDt de la côte, je via

accoon'rfe femmes et des enfants,

qui se nèeit à danser et à gambader

mrlerifige» et à nous saluer par des

'^Dtsrtrardeshuéfô. Lorsque nous

/"Jmes débarqués, on nous servit à

to et i manger. Lîle est basse et

enrironnée d'un récif qui longe la

t'te à enfin» un demi-mille de dis-

^iince. Les ijommes étaient fortement

fowtitués;le$femmcç, au contraire,

me parurent faibles et chétives. Pen-

daot mofl iqoDr parmi eux, ils me

jraifpwiiirec bonté; ils n'exigèrent

www/jocuD travail; une ou deux fois

sfuieiDûif Ils me demandèrent de les

jw«r a cueillir des noix de coco. Mais

wjfcnriositéétait fatigante; et comme

«s Dont aucun égard pour l'âge, nous

w'ws beaucoup a souffrir des impor-

™Jii« de leurs enfants. Il est impos-

o^ic de rien Toir de plus malpropre

yj'i ces insulaires. Les hommes pren-

«ni plus de part aux affaires domes-

wque chei aucun des peuples sau-

^^«qwfaie encore visités.

' /^ passai mon temps à errer sur JJ« petite île, avant souvent faim et M^Mchant où je me trouvais. Je sup- ^^^ q« favais passé h l'ouest de K'^'q'ieicdevais être dans nie

ffanf ! ^- ^« pensais qu'en cinnî^^'^^.'i^^vaîspagnerTerter^'w^^?*W«w voyais point de W^'Watre heures, je îTr^"*" «ud^est, où je ne poui?.T^ de la rencontrer. La Sent n ""'^ était de savoir comnn. "^'. pourrions nous procurer ç^P^vision suffisante de noix de Pointr'' ^^y^^' ï* "« se passait ffuf» n. •^®"' ^"« nous ne fissions queltel*^f"îte,quand,le8fémdun *î ^" matin, on aperçut au î». ""^^"^qni arrivait directement "^ ayec l'intention d'aborder à

la c6te occidentale. L'éveil Ait «MsItAt donné dans toute Itle, et, en un imtantj hommes, femmes et enfonts se précipitèrent de toutes parts vers le rivage, chargés de noix de coco, qu'ils se proposaient d'aller porter à bord.

Nous nous 7 rendîmes aussi de notre côté; mais on nous repoussa de toutes les pirogues où nous voulûmes monter.

C'était un parti pris de nous garder à terre. Je m'adressai au chef, qui me dit que je ne pouvais point partir.

Vovant alors la pirogue de son frère prête à mettre à la mer, j'y courus et sautai dedans. Je n'y fiis pas plutét que les sauvages m'intimèrent I ordre d'en sortir. Jf leur dis nue s'ils voulaient me permettre de les accompa-

Sner, je m'engageais à leur procurer u fer, article auquel ils attachent le phis grand prix. Ils refusèrent de m'en* tendre, et me réitérèrent Tordre de quitter la pirogue. Je résistai. Deux des sauvages se saisirent alors de moi pour me jeter à l'eau , quand un vieillard interposa son autorité et me retira de leurs mains. Nous hissâmes aussitôt la voile, et nous dirigeAmes vers le navire. Lorsque nous fbmes sortis da ressac, je me retournai , et je vis qu'on avait laissé à terre tous mes hommes, à l'exception d'un seul, nommé Bart* lett J. Rollins, de Ban^or. Il faut s'être trouvé dans une position pareille à la mienne pour pouvoir se faire une Idée des sensations que j'éprouvai eu approchant du navire. C'était un beau bâtiment; et comme j'aperçus beaucoup de noirs à bord , ie crus que c'était un Hollandais, monté par un équipage malai. Je le hélai et oemandai la permission de monter à bord. Le perroquet d*artimon ayant été hissé, en un instxmt je fus sur le pont, où j'appris que c'était le navire espagnol la Saline l*)^ commandée par le capitaine Gomez, de Manila, qui alfait de Bengale h Macao. Cet officier me reçut avec la plus grande hospitalité, et Je m'empresse de lui en témoigner ici toute ma reconnaissance. Nous ne nous

(♦) J'ai vu moi-même ce naTÎrc, quelques aimées auparavant. O. L. D. R«

iod

arrêtâmes que le temps nécessaire pour prendre Roilins à bord. Le capitaine me dit qu!ayant essuyé de nombreux retards dans la traversée, et étant à court de vivres et d'eau , il ne pouvait perdre vingt-quatre heures à envoyer chercher les autres hommes de mon équipage. Il me donna alors quelques cercles de fer, dont je fis cadeau aux sauvages qui m'avaient amené, et je pus voir, a leur étonnement, qu'ils ne s'attendaient pas à un présent d'uue aussi grande valeur. Ils nous auraient, je crois, tous conduits à bord de l'Espagnol, s'ils n'avaient pas craint que nous ne nous vengeassions d'eux pour avoir coulé à fondnotrç chaloupe. Ces insulaires s'en retournèrent si satisfaits, que je n'ai nul doute qu'ils ne traitent bien ceux qui sont restés sur leur Ile, et qu'ils ne les mettent à bord du premier navire qui visitera ces parages. Ces hommes sont Charles R.

Bowkett, William Siddon, Milton Hewlitt, Horace Holden, Peter Andrews, Benjamin Pfute; et les trois insulaires de Péiîou, Lebac, Tet et Kaîer. C'est seulement après mon arrivée à bord de la Sabine que j'appris que l'Ile où j'avais séjourné deux mois était celle de Lord North. »

L'île de Lord North est située par 3» 3' de latitude nord, et par 131» W de longitude est de Londres. Ce fut le 23 février que le capitaine Barnard relâcha à Macao, et le 28 suivant il aborda à Canton.

Il nous reste encpre à menfionner le petit groupe de Tamatam, Fanendik et Oilap, qui parait répondre aux îles des Martyr R des anciennes cartes espagnoles. Il a été signalé avec exactitude en 1801 , par l'Espagnol Ibergoïtia, capitaine du navire Philippines. Il fut ensuite successivement reconnu par Freycinet en 1819, par Duperrey en 1824, par Rienzi en 1826, et par d'Urville en ,1828. Ce sont trois îlots bas , boisés, rapprochés, mais séparés les uns des autres, et entourés chacun d'un brisant. Le groupe entier n'a que six milles d'étendue du nord au sud. Position : 7>37' lat. nord , 147'>10' long. est (Ollap).

ILES CAROUHES raOPRBS.

La plupart des fies Carolines n'ont de commun que le corail qui leur sert de base, et comprennent des terrains et des peuples fort divers. Découvertes par les Espagnols, elles ont été négligées par les géographes. Les travaux récents de MM. de Kotzebuë, de Ciiamîsso, de Freycinet et Duperrey, les recx>nnais« sances de M. d'Urville, et surtout les grands travaux du capitaine L.ûtke, ont attiré de nouveau l'attention sur cet archipel. Nos recherches nous ont démontré qu'il était composé de plus de cinq cents fies, dans les limites que nous avons cru devoir lui donner, tandis que Malte-Brun lui-même ne comptait que quatre-vingts îles dans les Carolines. On doit distinguer ces Iles en hautes et basses ; les plus élevées , parmi les premières , atteignent une élévation d'un peu moins de trois mille pieds français au-dessus de la mer. Les bassG sont les plus nombreuses;

niSTOIRB NATURBLUL

J>es principales productions végétales de ces Iles sont le cocotier, le nipa et trois ou quatre autres palmiers, l'arbre à pain, qui fait la base de la nourriture des habitants, les vaquois ou pandanusy plusieurs aroîdes, les bananiers, quelques flguiers, le barringfonia aux fleurs superbes , le sonneratia, qui vit souvent baigné par l'eau de la mer, le calophyllum , si remarquable par la beauté de ses feuilles. On n'y confiait ni bétes féroces, ni serpents venimeux; le voisinage de la mer y entretient une fraîcheur aaréable. La mer y est fert le en admirables coquillages, tels que les venus, d'immenses casques , de belles porcelaines, et surtout le nautile.

Le nautile est un mollusque mann du ^enre des sèches. Aristote, Êlîen, Oppien, Philès et les poètes de Tantiquité ont célébré les merveilles de sa navigation. Voici la description que Pline en a donnée et qui rappelle celle de l'immortel Aristote : « Le nautUos ou pompilos est un des prodiges de

OCÉANÏE.

lOd

la nature. On le voit s*élever du fond de la mer , en maintenant sa coquille dans une situation telle que la carène soit toujours en dessous^ et l'ouverture au-dessus. Dès qu'il atteint la surface de Teau, il met lui-même sa barque à flot, parce qu'il est pourvu d*or^nes au moyen desq[uels il fait sortir Teau dont elle était remplie, ce aiâ la rend assez légère pour que les bords s'élèvent au-dessus de cet ëémeaL Alors le nautile lait sortir de sa coauille deux bras nerveux ,

3u*ii èieve comme des mâts; chacun e ses bras est muni d'une membrane très-Gne, et d'un ap|}areil pour la tendre : ce sont les voiles. Mais si le vent n'est pas favorable, il faut des rames; le nautile en dispose sur les deux cotés de sa barque : -ce sont d'autres membres allongés et extrêmement souples, capables de se plier et de se mouvoir dans tous les sens , et dont l'extrémité est constamment plongée dans l'eau : ainsi, la navigation peut commencer, et le pilote va déployer son habilieté. Si quelque péril le menace, il replie sur-le-champ tous ses agrès, et disparait sous Jes uots. « On raconte <|u'un naturaliste français, embarque sur un vaisseau qui traversait la Méditerranée, eut l'occasion d*observer une quantité de nautiles; mais il ne put en prendre un seul, tant ils étaient attentifs à observer ce qui se passe , et prompts à éviter la main qui voulait les saisir. On a prétendu que le nautile n'avait pas la faculté de construire lui-même sa curieuse coquille, parce qu*on ne l'y a jamais trouvé adhérent, comme les autres mollusques revêtus d'une enveloppe solide. On lui a même attribué les habitudes du pagure, nommé Ber^ nard t ermite , animal parasite qui se loge dans les cojquilles vides, lorsque leur forme intérieure lui convient, et qui en déménage souvent, parce que son logement ne coûte rien à bâtir.

U n'en est pas ainsi du nautile; on ne l'a jamais trouvé que dans sa coquille. Nous pensons que c'est à ce mollusque marin qu'il faut attribuer la demeure qu'il habite, et qu'il est à la

fois le constructeur et. le pilote de son ingénieuse barque (voy. pi. 2C6). J'ai vu plusieurs grands nautiles fort beaux près de TîieYap. Au reste, l'histoire naturelle de ce mollusque est encore peu avancée. Aristote avait reconnu deux espèces de nautiles. Linné a divisé en deux genres les argonautes et les nautiles. Le ^enre nautile, tel que Cuvier l'a considéré, serait une famille, car cet illustre savant comprend à titre de sous-genres les spirules, les nanti* les, les ponipiles, les rotalies, les ortbocératites'^, etc. , etc.

ILB TAP ou GOUAP.

Les PP. Cantova et Walter partirent de G ouaham le 2 février 1731, pour aller convertir à la foi chrétienne les habitants des îles qu'on venait de découvrir au sud des Marîannes. Ils arrivèrent heureusement à Tune des Caroiines le 2 mars suivant, et y séjournèrent trots mois, occupés de leurs exercices de missionnaires. Voici de quelle manière Ilernando Valdès Tamon, alors gouverneur des Philippines a raconté leurs travaux et leurs malheurs. « Comme on manquait de tout dans ces îles , Walter s'embarqua pour revenir chercher aux Marîannes les choses nécessaires à la subsistance de Cantova , qui resta avec quatorze Mariannais dont il était accompagné ; mais les vents contraires obligèrent Walter de relâcher aux Philippfnes, où il fallut attendre, un an entier, l'occasion du bâtiment qui va tous les ans aux Mariannes. Il ne se rembarqua donc que le 12 novembre 1732, et malheureusement , après trois mois et demi de navigation , le bâtiment échoua à l'entrée du port. Les missionnaires , sans se décourager, firent, à grands frais, construire et charger de provisions un autre navire, sur lequel Walter s'embarqua le 31 mai 1733, avec quarante-quatre ^rsonnes. Après neuf jours de navigation , ils se trouvaient près des îles , et aussitôt ils tirèrent plusieurs coups de canon, pour donner avis à Cantova de leur arrivée; mais aucune barque ne pa%

rut, ce qui donna des soupçons que les barbares pouvaient l*âvoir tué.

On prit la résolution d'entrer dans une naie formée par deux lies , dont la grande est Falalep , et s'étant approché du rivage à la portée du pistolet , on s'aperçut que Fancienne maison avait été brûlée , et que la croix élevée sur la côte n'existait plus. Enfin, quatre petites barques des insulaires s'approchèrent du bâtiment et apportèrent des noix de coco. On leur demanda en leur langue des nouvelles de Cantova et de ses compagnons : ils répondirent d'un àir embarrassé qu'ils étaient allés à la grande iie d'Yap; mais la frayeur peinte sur leur visage, et le refus qu'ils firent de venir à bord, quoiqu'on leur offrît du biscuit , du tabac et d'autres bagatelles de leur goût, ne laissèrent ancien' doute que nos gens n'eussent jpéri par la main des barbares. On vmt enfiu à bout de prendre un de ces insulaires, et de le faire monter dans le bâtiment : les autres, abandonnant aussitôt leurs barques, se jetèrent à la nage avec de

Srands cris. Le bâtiment passa la nuit ans cette baie, et, le lendemain , s'éloigna de ces îles à dessein de faire route vters Ya|). Les Espagnols i)aviguèrent trois jours entiers ; mais ne sachant à quel degré l'île est située , ni lerhumb du vent qu'il fallait suivre pour s'y rendre, ils ne purent jamais la découvrir. Pendant ce temps-là on questionna l'insulaire, en lui donnant toutes sortes d'assurances (|u'il ne lui serait fait aucun mal s'il disait la vérité. Il avoua enfin que, peu de temps après le départ de Walter, on avait tué Cantova et tous ses compagnons.

« Ce père s'étant rendu, avec son interprète et deux soldats, dans l'île de Idogmog pour y faire un baptême, ses compagnons étaient restés à Falalep pour garder sa maison. A peine eut-il mis le pied dans i'ile, que les habitants s'attroupèrent en grand nombre armés de lances , et poussant des cris aiBreux, ^'avancèrent vers Cantova, qui leur demanda doucement (pourquoi ils voulaient lui ôter la vie , a lui qui At leur avait jaaiais fait de mal* «Ta

viens , répondirent-ils , pour détruire nos coutumes et nos usages : nous ne voulons point de ta religion. » A œs mots, ils le percèrent de trois couds de lance, dé|)ouillèrent son cadavre dt ses habits, l'enveloppèrent dans une natte et l'enterrèrent sous une petite maison, ce qui est, parmi eux, une sépulture honorable qu'ils ne donnent qu'aux principaux de leur île. Ils massacrèrent de même les trois autres, et mirent leurs corps dans une barque qu'ils abandonnèrent au gré des flots.

Après ce meurtre, ils s'embarqruèrent et vinrent à l'île Falalep, aa lieu où les autres étaient restés. A l'approche des barbares, qui paraissaient transportés de rage, les soldats se mirent en défense et tirèrent quatre petits canons, qu'ils avaient placés devant leur maison, dont quatre insulaires furent tués. Ils contmuèrent à se défendre à coups d'épée et de sabre . mais enfin, accablés par le nombre, ils turent tous percés à coups de lance, et leurs corps enterrés au bord de la mer. Il périt quatorze personnes en cette occasion, Cantova, huit F)spagno!Sf quatre Indiens des Philippines et un esclave. Un autre jeune Philippin de h province tagale fut seul épargné, parce qu'un des principaux de TîTe en 1 eut compassion et l'adopta pour son fils. La maison fut pillée par les barbares, qui partagèrent entre eux tout ce qui s y trouva, et la détruisirent. » Le récit qui nous reste du P. Cantova nous apprend qu'outre les diverses racines qui tiennent lieu de pain aux habitants de Yap, on trouve dans cette île des patates , en leur langue caf/ioteSf venues des Philippines, ainsi qu'un Carolin, nommé Caîal, le lui avait rapporté. Ce Carolin lui dit que son père, nommé Coor, l'un des plus qualifiés de l'île , trois de ses frères et lui-même, alors âgé de vingt-cinq ans, furent jetés par la tempêté dans l'une des îles Philippines, nommée Gissayas(*], ou'un missionnaire espagnol prit boin deux, leur donna des habits

(*) Traisembltblemeat uns des Iles sa •ttd de Lguçon.

OCéANIE. 111

eida fer, ce qoMls estiment plas que toute chose au inonde; qu*à leur retour ils apportèrent des semences de l^usieurs plantes , entre autres des patates, qui ont si bien muitip]ié que leur Hé a eu de quoi en fournir à toutes les autres. Ces insulaires font une pâte odoriférante de couleur jaune et incarnat, doot ils se peignent le corps, les jours de réjouissance: c'est; selon leur idée, une magnifique parure. J'ai peine à croire ce que m'ajouta ce même homme <t qu'il y a dans son île des mines d'argent « mais qu'on n'en tire qu'en petite quantité, laute d'instruments de fer propres à creuser la terre ; que quand il en tcynbe sous la main ^uelipie morceau vierge, on travaille à lui donner une forme ronde; et l'on eo fait présent au seigueur de. l'Ile nonainée Taguir. Il dit qu'il en a diez lui d*ime grandeur propre à lui servir de sj'é^e. Le bon P. Cantova doutait avec raison de l'exactitude de ce récit, que nous nous permettrons de placer au rang des contes bleus.

Cette tie fut revue ou visitée par différents marins , et entre autres par le capitaitie du StoaUow, en laOI, et plus de vingt ans plus tard par M. G. L. Domenj de Risnzi , auteur de l'ouvrage sur VOcéanie (|ue le lecteur a sous les yeux. C'est lui qui a dit le premier: « Le tabou existe à Yap, sous le nom de matmat : une espèce de voile Maiic indique le lieu taboue. L'Ile de Yap a un petit oort au milieu des récife ; elle est inoniment moins étendue qu'elle n'a été figurée sur la carte d'Arrowsraith. Elle n'a guère que s\x milles du nord au sud et autant de Test à l'ouest, et abonde en cocotiers. Elle a de grands pros, et sur le rivage d'énormes hangars. Ses habitants sont peut-être les meilleurs hommes du monde. »

Environ un an après M. de Rienzi , le capitaine Dumont d'Urville eut quelques eommunlrationsavec les naturels, voici ce qu'il dit dans son journal , où il a fixé la position de la pointe sud deTap par 9«26' latitude nord, et 13> 41' longitude est:

« Quatre pirogues qui, depuis long-

temps, se dirigeaient vers nous, ])rofi« tarent de ce moment pour nous rejoindre; trois d'entre elles ne contenaient que trois ou quatre hommes chacune; mais la quatrième, beaucoup plus grande, en portait neuf. Tous ces sauvages montèrent à bord sans difficulté, et ne parurent nullement surpris de nous voir. Ces hommes avaient la ligure ouverte, la gaieté, et la plupart des manières dei autres Carolins; par les haillons que plusieurs d'entre eux portaient, il était facile de juger qu'ils avaient eu de fréquentes relations avec les Européens. En elTet , fun d*eux , qui parlait un peu espagnol, me cita les noms de six ou neuf navires qui ont péri dans son Ile, et m'indiqua un mouillage dans un enfoncement, sur la côte de l'est. Cet homme me dit qu'il avait été à Gouaham dans un de leurs grands pros. 11 n'avait aucune connaissance des Iles Êlivi ; mais il m'a parlé des Iles Éjgoî, situées dans Test sudest, et qui sont^ dit-il, au nombre de quatre. Il ma fort bien indiqué les Iles Palaos et Matelotas dans leurs directions respectives ; mais il m'a dit que les dernières se nommaient Goulou dans sa langue, et que sa propre Ile s'appelait Gouap. Je serais disposé à croire que go n*est qu'une particule qui signifie c*esty ou l'article le, la, comme le ko des nouveaux Zélandais, et le no des Taîtiens. Ainsi, les vrais noms de ces Iles seraient Oulou et Ouap, d'autant plus qu'à Ëlivi les sauvages urononçaient évidemment Yan.

Toutefois, jusqu'à plus ample informe, nous adopterons les désignations de Gouap et Goulou.

« Ces naturels sont assez bien faits, à peine tatoués; leur teint est fort clair, et plusieurs d'entre eux portent des chapeaux pointus comme les Chi nois. Leurs pirogues sont absolument semblables à celles des Carolins , à cela

Eres que les deux extrémités se relèvent eaucoup plus, à l'iustar des gondoles de Constantinople. Ils n'avaient apporté à vendre ni fruits ni provisions, ni même aucun objet de leur industrie* « Cependant leur lie offre l'aspect le plus riant et le plus fertile i surtout

lis

L'ÙNIVEftS.

dans toute sa partie ftiëridionale, qui est basse et presque entièrement couverte de superbes cocotiers. De distance en distance, on remarque sur le rivage de très-grandes maisons avec d'iuiinenses toits, dans le genre des cases d*Ualan. La partie du nord est

Klus élevée, bien plus que les plus autes montagnes ne paraissent pas avoir plus de soixante à q^uatre-vingts toises au-dessus du niveau de la mer (*).

« Combien il m*eût été agréable de pouvoir mouiller à Gouap, et d*y étudier pendant quelques jours les mœurs de ses habitants et les productions du sol ! M;iis /' Istrolabe n'était plus qu*un hôpital flottant; un découragement général régnait à bord. Il fallut donc se contenter du coup d'œil rapide lue nous venions de jeter sur ce coin le terre, et poursuivre notre route au sud i sud-est, en gouvernant sur les îles Goulou. Au moment où nous fîmes servir, tous les naturels (^ui se trouvaient à bord sautèrent précipitamment dans leurs pirogues, et s'empressèrent de regagner la plage. On eût dit qu'ils craignaient que nous ne fussions tentés de les emmener en esclavage. Il est vraisemblable que pareils tours leur ont été joués plus d^ine fois. »

PARALLÈLE ENTRE UALAlf ET PÉUOU.

J'ai dit , à mon retour à Paris, après une si longue absence, que la plus grande analogie existe entre les insulaires de Péliouetles naturels de Gouap, et c'est pourquoi j*ai uni les premiers aux Carolins, auxquels ils ressemblent si fort. J'ai vu avec plaisir qu'un savant et ingénieux voyageur, M. R. P. Lesson, partage cette opinion dans le parallèle qui suit :

« Les différences des langues et des mœurs entre les habitants de Péliou et ceux de Uatan paraissent assez sensibles; mais elles ne tiennent qu'aux al-

O Ce (lui les réduirait au rang des collines g'il n'était pas question de petites îles, telles que le sont la plupart des îles de la Polynésie. G. L. D. R.

térations de localités, qtii sont survenues dans des idiomes peu formés; peut-être même existe-t-il plus d'analogie que je ne prétends en signaler; car la manière de rendre des sons par des signes diffère quelquefois tellemeot entre deux éciivains du même pavs,

3u*à plus forte raison il devient plus iflicile de s*aocdrder avec un écrivain étranger. Après avoir écrit mon mémoire sur Ualan, j'ai été surpris, en lisant depuis la relation de Wilson , de la sinn'litude qui existe entre ces Ues Séparées par un espace de près de six cents lieues en longitude , mais placées

{mr la même latitude, et formant avec es Carolines cette longue bande de terres, tantôt montagneuses, tantôt à fleur d'eau sur des récifs interrompus, que |)euple la même race d'hommes, et oui présente, par ce qu'on en connaît, l'ensemble aes mêmes mœurs et des mêmes coutumes.

«Les ties Péliou, primiti renient vues par les Espagnols, qui les nommèrent fies de Palaos, sont formées de montagnes très-boisées, bordées de terrains plats, et enveloppées de récifs de coraux qui s'avancent dans la mer.

Elles sont gouverntées par un roi ou chef suprême, aidé par des chefs du second ordre, nommés rupaks, qui forment la noblesse, et correspondent aux urosses. Les affaires se traitent en conseil et assis, tel que cela se pratique à Ualan, lorsque les chefs reçoivent en assemblée publique. Le peuple n'aborde les rupaks qu'avec le plus grand respect, mettant la main devant leur figure lorsqu'ils parlent au roi, et se prosternant devant lui jusqu'à terre. Les rupaks sont décorés de l'ordre de l'os, dit Wilson; je n'ai rien vu d'analogue chez les urosses. «L'identité la plus grande rèpie dans les productions des tles de Palaos et de nie de Ualan. Dans les unes comme dans l'autre la terre est cul* tivée avec soin. L'arbre à pain sati* vage, les ignames {arum esculentum} et les cocos sont les principales productions végétales, auxquelles s'aajoi- Î;nent les kinanes, les oranges» le^ imons, les bambous les cannes ^

fis

sacre, et le tumeric ou corcuma. La flore usuelle est sans exception la même. Le poivre sîriboa est employé à Ualan pour fabriquer de la schiaka ("}, botssoD aouce, puis excitante, que les naturels estiment beaucoup. Les habitants des lies de Palaos se servent du SDivre bétel, usage qu'ils auront reçu es Malais, que des naufrages fre* qoeots ont dû y pousser.

• Les quadrupèdes des deux fies sont k rat et le vampire. Les Péllouiens avaient des chats provenus sans doute de communications antérieures; mais on n*y trouva point les chiens et les cochons. Les coqs et les poules, d'après Wilson, ne servaient point à la nourriture, et faipu faire les mêmes observations à Ualan. Les pigeons sont communs dans les deux îles. Parmi les poissons, les Anglais mentionnent à Félioa funicorne, les langoustes et le kima (tridacne) , et ces animaux sont très-abondants à Ualan. La perspective des iles Péliou, vues en mer, dit le rédacteur du naufrage de Wilson, présente une terre haute et raboteuse, trèHX)uverte de bois. L'intérieur était montagneux en plusieurs endroits; mais les yallées-, belles et étendues, o^• fraient à Fœil des aspects délicieux. Le sol en général était riche, et Fherbe y croissait en quantité.

« Cette description, à cela près des , différences d'étendue j serait applicable à Strong , qui est d'ailleurs plus &vorisée par les rivières et les sources. La roani&e de vivre chez les deux peuples est la mèsût : £BJ)rication de diverses bouillies avec la diair de coco, le suc de canne, les bananes, etc.; consommation de poisson cuit ou cru , boisson ordinaire a'eau ou de lait de coco, et même repas trois fois dans le jour.

A Péliou cotnme à Ualan, les maisons ont un plancher en bambous, avec un espace onadrilatère au centre pour le foyer; des portes basses, fermées en bambous; oes toits très-élevés, couverts de feuilles de palmier (vaquois) par lits très-épais ; et il y a des maisons

(*) Cett sans doute le séka , boisson en»vranie.

tV lÀtraison. (Ocbanif.) t. ti.

publiques, consacrées aux fêtes et aux assemolées, plus grandes que celles destinées au logement ordinaire.

« Les deux peuples ont les mêmes procédés pour préparer leurs aliments, a cela près de l'ébullition, inconnue a Ualan. Les habitants de Péliou ont aussi un grand nombre d'armes, dont l'état d'hostilité dans lequel ils vivent entre eux leur a fait sentir le besoin. Leurs haches sont aussi en coquilles de kima, et leurs pirogues, d'une forme élégante , sont également peintes en une couleur rouge très-soliae. Les étoCfes diffèrent peu dans les deux

Says. On y observe la même habitude e porter des fleurs dans les trous des oreilles, de nouer les cheveux sur le sommet de la tête, et de se tatouer; mais l'usage de noircir l'émail des dents, par exemple, n'existe pas à Ualan. « Les chefs ae Péliou ont plusieurs épouses, et j'ai la conviction que les urosses en ont également un certain nombre. Les deux peuples manifestèrent absolument le même étonnement , lorsqu'ils virent de près Wilson et ses compagnons, et lorsqu'ils nous virent à Ualan. Seulement, dans le roi et les Urosses, nous ne trouvâmes point un Abba-Thoulé et un Raa-Kouk. Ceux de Ualan nous parurent envieux , jaloux de leurs prérogatives, et sans la moindre noblesse dans le caractère. »

Nous verrons plus tard la dissemblance qui existe entre l'opinion de M. Lesson et celle du capitaine Liitke à l'égard des urosses.

GUBRRB fiT COUTUMES SEMBLABLES CHEZ LES CAEOUIIS ET LES HÉROS DE L'IUADB.

Les lies Carollnes hautes étaient dernièrement, ainsi que le l'avais déjà vu sur les côtes de i'Abyssinie, dans un état de guerre et d'anarchie continuelle. Yap était la plus troublée, parce qu'elle est partagée entre plusieurs cheft. Quand un chef veut attaquer un de ses rivaux , il sonne aussitôt la conque marine; ses vassaux se réunissent-autour de lui; ses hérauts vont déclarer la guerre au chef ennemi. Les guerriers préparent leurs armes : l'un se peint le corps de diver-

nés couletirset, surtout en jaune avec la poudre de curcuma; l'autre coiffe M tête d'un vaste panache de fleurs.

X^a veille du combat on chante, on danse, on mange, et on boit le séka toute la wiit. Dès le lever du soleil, les deux armées se rangent en bataille ; au coucher du soleil, elles se retirent > jsoit que le sort leur ait été favorable, soit qu'il leur ait été contraire, et la nuit est encore employée aux plaisirs de la table, Le combat recommence au point du jour, et. à la fin de cette seconde journée, les prisonniers sont réduits en esclavage ou coupés en morceaux. Alors les jeunes filles , couroçnées de fleurs, forment des danses accompagnées de chants, et offrent aux vaiiiqueurs les fruits dont sont remplies fcs corbeilles qu'elles portent aur leur tête comme les portaient les canéphores dans les mystères d'Eleusis. On w'a assuré (jue. dans les îl^ orientales de rarchipel, et même a Yap, les prisonniers sont quelquefois dévorés dans ce troisième festm, ou offerts en sacrifice aux dieux; ensuite Jes deux armées se réconcilient iusqu'à ce que les passions d'un des cnefs les forcent de nouveau à recommencer la gueire.

Ne reconnait-on pas dans le fond de ce récit les combats de V Iliade y dénués de l'admirable poésie d'Homère?

et, bien que VlHade ne mentionne pas des festins de chair hui;naine, ne pourrait-on pas supposer que ces exécrables festins ont existé parmi les héros de la guerre de Troie , ou peu de temps avant cette époque, quand on voit, dans l'épopée homérique, Jupiter reprocher à Junon, à l'implacable Junon aux yeux de bœuf, de vouloir coaUr nuer la guerre iusqu^à ce qu^elle ait numgé Priam et ses fils crus ou rôtis? 29'«îtll pas proftmble en effet oue , dans les temps héroïques de la Grèce, cette <»ntrée fameuse n'était habitée que fiar des demi-sauvages , auxquels de eracds poëtes ont donné une grande ilTustiation, et que ces sauvages étaient antropophages, ainsi que le sont et l'ont vraisen^iaUement été tous les peuples -"--i 1^ soi-disant état de nature?

GROUPB Vtîm, ÊGOT ÛD OCLVnlt.

Nous avons entendu des Carolins désigner ces tles sous le nom d'Oulevi; les Espagnols et les Maindaoéens qui les fr^uentent les appellent Égoj, dp nom aun capitaine espa^of; mm M. d'Urville les nomme ÈSivî. Voîd comment il s'exprime à ce 5i|i|et :

«Nous rencontrâmes des CarOHns , et quand nous leur prononçâmes fe nom de yap,ils l'indiquèrent sur4e-diainp dans 1 ouest; ils avaient aussi oonnaîssance de Satawal , Fais , Mçjnti^, tamourik f louli , etc. ; maft le nom cr£goyleurétaitparfaitemenil|fMS»nnu , et quaAd nous prononçâmes ise mot en montrant leurs fies, ils laisaie^ un signe de dénégation en disant, f^îvî.

Le mot tamouel, pour chef, est ausd de leur langue, é. mamoï parait signifier pour eux : Bon, c'est bien. Ces bons sauvages m'auraient encore donné de grand cœur une foule d'autres renseignements, car ils étaient foit communicatifis et même loquaces ; mais nous n'entendions point leur langue, et, comme nous éuons dans Tobscur ité , leurs gestes mêmes étaiexit perdus pour nous. Au bout d'une heure, je leur t& observer que nous nous écartions de leurs îles. Us nous quitterait avec un regret marqué , et en nous promettant àdiverses reprises de revenir le lendemain matin à bord, et de nous apporter de beaux poissons. »

Un savant navigateur, M. lecs^itaine Frédéric Lûtke , aujourd'hui amiral (•; , vint, çpielques mois après, faire la géographie complète et détaillée de cegroupe , qu'il nomme Oubdhy, et non E&vi.

Celui à'Oulevi que j'ai donné, tient le ^lilieu entre les deux. M. Lfitke mentionne sur ses belles cartes, les tles Lothoou, rataray,Fa)alep, Patanga-

(*) L'excellent voyage de U.Lùtke, Uaduît du niue en français sur le maanscarit original , par M. le conseiller d'État Bojré , n'existe, jusqu'il ce |our, que danf notre langue. Nous emploierons d^ns rocca^iùii la traduction de M. Boyé, foiie soos les yeux de l'auteur, et dont MM. Fircnin DIdfol, ses éditeurs et les nôtres, ont e^i robligeanee de nous communiquer les feuilleSy'à mesxire qu'elles étaient imprimées.

OCÉANIË.

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