LANGAGE
La langue des insulaires de Tonga est radicalement la même que celle des nouveaux Zeelandais : cependant ils admettent de plus que ceux-ci les sons dy tchy/et s; en outre, il suffît de jeter les yeux sur le vocabulaire de Mariner pour reconnaître qu'ils ont aussi un grand nombre de mots étrangers à la langue polynésienne, et qu'ils auront probablement reçus de leurs voisins de l'Ouest.
Du reste, cette langue est douce, mélodieuse, et moins monotone que celles de Taïti et de Nouka-Hiva. Le discours de Finau , l'histoire de Tan-
faloa et de ses Cls, et le chant sur l'île e Likou, prouvent aussi qu'elle ne manque ni d'énergie, ni de richesse, ni de grâces naturelles. Mariner a observé qu'elle emploie fréquemment ce genre d'ironie qui consiste à dire le contraire de ce que l'on veut exprima, pour mieux convaincre la personne à laquelle on s'adresse.
Un jour que M. Gaimard se rendait chez le chef Palou , où il était invité à dîner, les insulaires qui dirigeaient sa pirogue chantaient les paroles suivantes, dont il lui fut impossible de counaître le sens. Les Anglais qui demeurent à Tonga-Tabou, dit M. Gaimard, nous ont assuré que les naturels euxmêmes ne le connaissaient pas. Les voici :
«Tbo koïa
Otou vouaï mabonna
An-hi-ha-hé,
Otou vouai tafifé. »
Une partie des nageurs chante, Tho kota, et l'autre partie répond, OUnt vouai mabouna: les premiers reprennent et disent, An-hirha-ké; les seconds répondent, Otou voucU taffé; et ces quatre vers sont psalmodiés pendant des heures et des journées en« tières.
AMOURS DR LA PRINCESSE OZELA ET D'Clf JEUNE ANGLAIS. MASSACRE DU CAPrTAIKS POWELL.
On ne lira pas sans un vif intérêt Je
OCÉAISIE.
tédt suivant, que nous devons à M. Jules de Blosseville , navigateur d'un rare mérite, chargé par le eouvernement de l'exploration de l'Islande, du Groenland et autres contrées septentrionales , et oui , peut-être en ce moment, a subi ie sort de la Pérouse, au grand regret de la science, de la patrie tt de ramitté.
«Nous étions à Sidney. Dans nos communications avec ces intrépides navigateurs, et dans celles que nous eûmes avec les hardis explorateurs de la ITouveile-Galles, MM. Oxley, Lawton, Cunningham, Powell, et avec notre ami, 31. Uniacke, toute différence de nation avait disparu ; nos connaissances, nos travaux semblables, nos dispositions cosmopolites , avaient éteint toute distinction , toute rivalité.
« Dans ces rendez-vous de marins et de voyageurs, auxquels aucun point du globe n'était inconnu , nous avions remarqué particulièrement le capitaine Georges Powett; sa jeunesse, ses manières aisées, son caractère entreprenant, étaient de fortes présomptions en sa faveur; à l'â^e dç vingt-trois ans , il se recommandait déjà par la découl'erte du groupe austral qui porte son nom , par une exploration détaillée de la Nouvelle-Shetland , et par un travail sur le détroit de Magellan ; soupirant avee ardeur après les grandes aventures, les rencontres périlleuses, il promettait de remplir une carrière léconde en événements , et nous rappelait, sous quelques points de vue, k caractère de certains flibustiers, dépouillé de la soif de l'or et de la cruauté.
« Lorsque nous allions visiter ce ca-
Ebine aventureux à bord du navire leînîer le Rambler, qu'il commandait, nous trouvions auprès de lui un jeune homme d'une assez jolie figure, mais d'une disposition apathique, qui loi avait été recommandé, avec de grandes instances , par sa famille. Nous ne nous doutions guère alors que nous ' avions devant les yeux la victime et la exase d'une sanglante tragédie, dont le milieu du grand Océan allait être le théâtre , et qu'il nous faudrait aborder,
quelques années plus tard, dans une ne de l'océan Atlantique et sur les côtes du Pegou, pour en recueillir les détails circonstanciés.
«Le Rambler partit avant la Co-
rille pour la pèche du cachalot, dans grand Océan, sans avoir un plan bien fixe, mais avec le désir de faire des découvertes dans des parages peu fréquentés. Le capitaine Powell fut accompagné de tous nos vœux; nous n'avions aucun motif d'être plus inquiets sur son sort que nous ne l'étions sur le nôtre. Nous ne tardâmes point à apprendre qu'il avait fait une courte apparition à la Baie des Iles, dans la INouvelIe-Zeeland.
« Dans le mois de septembre de la même année, nous apprîmes , en abordant à l'île de France, que le capitaine Powell avait été tué par les naturels d'une île où il avait relâché. On ne savait pasd'autresdétails. Nous voulûmes douter de la sincérité d'une nouvelle aussi vague; mais malheureusement elle nous fut confirmée, peu de temps après, à Sainte-Hélène, où nous rencontrâmes le chirurgien du Rambler; son navire ayant été désarmé au port Jackson , il revenait en Europe , et nous donna des détails trop positifs. Quelques articles du Missionnary Régis ter mstruisirent le public du sort de la victime, en outrageant injustement sa mémoire. Un critique distingué compare, dans une Revue, le sort de Powell à celui de Cook : le détail des circonstances de sa Un rendra ce rapprochement bien plus sensible encore pour tous les esprits.
« Au mois de décembre 1827, la rencontre la plus singulière me fit trouver à la fois , sur les côtes du Pegou , dans le pilote anglais qui conduisit la Chevrette au mouillage de Rangoun, un officier du Bramptxm (perdu à la Baie des Iles) et du Rambler^ qui me raconta la fin tragique de Georges Powell.
<( En s'éloignant des rivages de la Nouvelle-Zeeland , le Rambler , se dirigeant vers les îles Tonga , vint mouiller dans le Port-Refuge, sur la côte ouest de Vavao. Des relations d'inti-
mité s'établirent aussitôt arec les naturels; elles duraient depuis trois jours sans le moindre nuage ; des provisions étaient fournies en abondance; le roi Bouloulala était presque toujours à bord; il y avait même couche; et sa fille, la belle Ozela, partageant le goût de toutes les Polynésiennes pour les enfants de TEurope, avait conçu la plus vive affection pour John , le jeune protégé du capitaine. Qui aurait prévu que cette heureuse harmonie allait cesser tout à coup? qu*une mésintelligence légère et Tamour d'une jeune fille causeraient les plus grands aésastres, en devenant aussi fatals aux naturels qu'aux étrangers?
« Le quatrième Jour de sa relâche, la nuit commençait à 8*étendre sur le mouillage, quand un émissaire vint prier le roi de descendre à terre. Celuici se rendit à ce désir avec une précipitation qui inspira des soui)cons trop tardifs. Il n^était plus possible de le retenir, quand Tappel de l'équipage fit découvrir Tabsence de cinq hommes; John était du nombre. La méfiance devint extrême , et toutes les craintes furent augmentées par le rapport d'un Indien , qui , après un séjour de queloues années dans File, venait de prenare service sur le Rambler f s^étant chargé d'aller à terre, il avait trouvé toute la population agitée et se disposant à prendre le parti des déserteurs.
Persévérant dans son dévouement, il accepta une nouvelle mission auprès du chef, avec lequel il reçut ordre de traiter d'abord pour le renvoi des cinq hommes, et, en cas de non réussite, pour la rançon du .seul John. Rien ne
Ïmt décider Houloulala a renvoyer tous es blancs qui s'étaient joints à sa peuplade; mais il se montra plus accessible quand, pour l'échange de John, on lui offrit ^uehiues livres de poudre, une provision de balles, des pierres à fusil et un mousquet. Le marché allait se conclure; mais, au moment décisif, la spéculation du politique et du com* nierçant oida à la tendresse du père.
H ne put résister aux pleurs d'Ozeb ,
Su! le supplia, avec toute l'éloquence u désespoir, de ne point la séparer de
son amant; elle aimait ndeax le txAm en Europe, gue de le voir quitter Vavao. Le roi finit par agir en père.
Les conditions furent refusées , et renvoyé revint à bord sans avoir couru de grands dangers. On l'avait empécbé soigneusement d'avoir aucune communication avec les déserteurs.
« Il fallut avoir recours à d'autres moyens ; deux grandes pirogues de guerre, des Iles Hapaî, se trouvaient au mouillage entre le Rambler et la cdte. Si Ton parvenait à s'en saisir, elles devenaient d'excellents otages, car HouJouiala , étant cause de leur capture, devait s'attendre h voir bient^ fondre sur son île toutes les forces des ties Hapaî. Des coups de fusil furent tirés pour faire évacuer ces piroguci; mais les hommes diargésde leur garde se jetèrent dans l'eau du rivage, et abrités parvinrent adroitement à les haler à terre.
« Powell , désespéré de ce roauvais succès, assembla ses officiers pour leur peindre sa position. Charge par une famille respectable de veilKr sur un enfant diéri , envisageant cette responsabilité dans toute son étendue, il se croyait obligé par honneur à n'é-
{>argneV aucun effort pour arracher 'imprudent au sort qu'il se préparaît.
Il demandait si tout autre a sa place ne serait pas entraîné par les mêmes scrupules, et ne ferait pas usage de tous les moyens pour s'assurer quelque otage. Quant à lui, mettant de C0té tout intérêt personnel , il lui semblait honorable de seconder un pareil projet; il n'hésiterait à le faire pour personne.
« Le capitaine Povell avait beaueooB d'ascendant sur ses offiders ; tous lui étaient fortement attachés; les avi* furent unanimes : on remit au pokil du jour les nouvelles tentatives.
« Le S avril, au lever du soldl, beau* coup de naturels couvraient les plages du Port -Refilée et considéraient Jm Rambler. Les pirogues des lies Hap« avaient disparu, mais on finît par re^ connaître qu'dles avaient été halées sur le rivage dans un point éloigaé ém la baie. Powell , certain du xlé vouement
OCÉANIE
de ses compagnons , fait aussitôt appareiller son navire , tire quelques coups de canon pour effrayer les naturels , et ae dirige vers les pirogues. Lorsqu'il est près d'elles, il arme deux baleinières, s'embarque, et, protégé par le feu de son navire, réussit à mettre à la mer la pfus grande des deux pirogues qu'il amène à la remorque.
« L^ succès du plan était certain ; Powell eut le malheur d'en douter, et ce doute causa sa perte. II voulut plus de certitude et crut qu'il lui serait aussi facile de s'emparer de la se* sonde piroeue que de la première, pensnnt qu alors sans nul doute les déserteurs lui seraient tous rendus.
« U repart avec un seul canot et débarque sans obstacle ; plein d'une téméraire confiance, la curiosité l'entratne à quelques pas du rivage. Dans ce moment même, par une fatalité inconcevable, le Rambler trouvant l'eau peu profonde, est forcé de virer de bord ; les insulaires, armés de lances, de haches et de casse - tête , étaient en embuscade derrière des dunes et des buissons. Us observent avec une étonnante sagacité que le navire leur présente son avant, qu'ils sont à l'abri de ses canons. L'occasion est précieuse. Ils s'élancent avec la rapidité de rédair et en viennent aux mains avec les envahisseurs de leur sol. Les étrangers, revenus de leur premier étonnement, se défendent avec une bravoure inutile; ils ne peuvent faire qu'une décharge; le nombre va les aorabler : leur canot est encore à flot ; ib tentent d'y rentrer et de (iiir. Dans tt mouvement , Powell est atteint par derrière d'un coup de hache. A peine a-t-il le temps de s'écrier : « Je' suis perdu ! » que son crâne est fendu jusqu'aux épaules. Quatre Anglais partagent son sort; deux seulement ont le bonheur de gagner leur navire à la ^Ê%t \V\xn d*eux,dangereusement blessé dTun coup de sagaie , était celui-là même
Si m*a raconté cette déplorable his- Ire.
« Partout retentissait le bruit de la coaque guerrière, partout on courait aia armes. Les pirogues de guerre se
réunissaient pour une attaque géné« raie. Dans cette situation périlleuse , affaibli par la perte de dix hommes, l'équipage du Rambler n'eut d'autre ressource que d'abandonner sa prise, de forcer de voiles et de s'éloigner en toute hâte d'une terre qui lui avait été si funeste. Sa campagne se termina aa port Jackson.
« Je n'essaverai point de peindre quels ont dû être le désespoir et le regret des parents de John; son existence ne cessera point d'être empoisonnée de remords. Je n'ai pas su s'il avait pu contempler et baigner de larmes le corps jnanimé du protecteur qui avait péri en voulant Tarracber aux conséquences funestes de son étourde* rie. C est àçalement en vain que j'ai ciierché à connaître la résultat de ses amours consacrées par le sang. »
mssiOMifAïaas.
Nous verrons dans Thlstoire des peuples de l'archipel de Tonga, qu'après beaucoup d'efforts et d'insuccès , les missionnaires parvinrent è y rester, et à faire des prosélytes* Maintenant ils sont solidement établis M. Bennett visita , en 1830, MM. Tumer et Cross.
Leurs maisons, voisines de la chapelle des missions , sont construites en bois comme celles des naturels ; elles sont propres et commodes. Ils ont a coté de leur habitation des jardins entretenus avec soin , où ils ont acclimaté un grand nombre de végétaux d'Europe ; mais les haricots n ont point encore réussi. Les maisons des naturels offrent un aspect agréable; elles sont en bois, soutenues par des perches et des roseaux, et couvertes de feuilles de pandanus. Ces maisons sont d'une grande propreté \ le sol est couvert de nattes, et le toit est si incliné qu'on est forcé de se baisser pour entrer; mais l'intérieur est assez élevé. La nuit, on a coutume de fermer les maisons avec des feuilles de cocotier.
Nous nous sommes procuré, depuis la publication du voyage de M. Bennett, des documents qui arrivent jtts*> ques et y compris le premier trimestre
L'UiNIVERS.
de Fannée courante (1835), qui ne laissent plus aucun doute sur le triomphe de rÉvangile, et sur l'établissement du christianisme dans Tarchipel de Tonp. Voici l'histoire d'une Pentecôte a Tonga et de V établissement du christianisme dans l'archipel , telle
3ue nous l'avons reçue dans le journal es missions évangéliques.