‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 17 sur 122 · ASPECT · texte numérisé non relu

ASPECT

Les rochers s'y montrent fréquemineot nus et déchiquetés en forme de poissons et antres animaux , et souvent ceux qui sont exposés isolément à la fureur des vagues sont percés d'outre en outre , et forment des arcades de différentes grandeurs, dont la plus curieuse peat-etre est celle de Tegadou, gui est surmontée d'an pâ ou village Àrtifié, et sous laquelle passent les pirogues; ce qui forme un effet infiniment pittoresque (voy. pL 177). La IfouTelle-Zeeland est sillonnée par planeurs rivières qui sont considérables, quoique leur cours soit peu étendu.

Elle a de grandes chaînes de montagoes, qui renferment des volcans ; des chutes d'eau en descendent en cascades majestueuses. Dans l'intérieur d*Ika-Da-Maouî se trouvent les deux lacs de Roto-Doua et de Maupère.

HISTOniE NATURELLE.

Le sol de la Nouvelle- Zeeland est excdlent, et peut supporter toute espèce de culture. Il est couvert d'arbres d une beauté remarquable, surtoutdans l'intérieur des terres. Quelques-uns sont tellement gigantesques , qu'un seul tronc toumit unepiroguedeguerrecontenant onquanteà soixante guerriers. Le plus Wan lin du monde, lepfiormium te- 9ttXy y naît spontanément ; on le ré- I eolte surtout au bord de la mer, dans ki crevasses des rochers. Les femmes le peignent, le nettoient avec soin, (t en fabriquent des étoffes so]^euses [h plus beau tissu. Aussi, depuis que [les Anglais ont établi un consul dans [cette Taste contrée, cet admirable lin

J'*^>ndra-t-il un grand objet d'exploitaoommerciale, lorsque la Nouvellemd aura établi avec eux des relad'intcrét mutuel.

a-na-Maouï présente presque »ut un sol riche, fertile, et, dans

quelques parties, la plus brillante végétation.

On dépeint Tavaî-Pounamou comme beaucoup moins favorisée à cet égard.

D'après M. Wallis, la superficie des terres susceptibles d'être cultivées ne s'élève qu'à un duième de la totalité.

Néanmoins elles sont toutes les deux bien boisées, et les arbres 7 atteignent les plus grandes dimensions; on eu voit de res|)èce du pin qui ont quatrevingt-dix pieds de haut et vingt de diamètre , mais sans une seule branche.

L'arbre qui domine toutes les forêts est le cèdre à feuilles d'olivier. Il en existe un grand nombre qui sont propres au charpentage, à la menuiserie et à l'ébénisterie. Au rapport des missionnaires , ces Iles jouissent , eu général, d'un climat doux et tempéré, également éloigné des chaleurs brûlantes des contrées équinoxiales et du froid intense des régions septentrionales , excepté cependant l'extrémité nord de Tavaî-Pounamou , où il pleut trèsfréquemment. On n'y trouve aucun arbre dont le fruit offre un aliment aux Européens, et à peine trois ou quatre qui présentent le même avantage aux indigènes. Ceux-ci se nourrissent principalement de la racine des fougères, appelée parles naturalistes p^eri« esctUenfUy qui }[ croît en profusion , et qu'ils font cuire, comme les pommes de terre , dans des espèces de fours creusés en terre. On y récolte, entre autres plantes herbacâss, du céleri et du persil sauvage, de l'herbe des Canaries, du plantain, une espèce de raygrass, Vensata ou glaïeul. Enfin les naturels cultivent un peu de blé d'Inde, des pommes de terre en abondance, des choux, des navets, et une espèce d'yam« dont les semences leur ont été données par les premiers navigateurs européens qui les visitèrent.

Terminons ce oue nous avons dit sur la botanique ae la Nouvell^Zeeland, par l'excellente observation que nous allons emprunter à l'auteur du Voyage de V Astrolabe.

« Cook et Marion, les premiers, introduisirent dans la Nouvelle-Zeelaud plusieurs plantes européennes, qui

LTJlflVERS.

y réussirent ^rfaitément, et se pro-> pagèrent ensuite naturdlement sur diverses parties de Ffle Ika-na-Msoiiî.

Plus tard fut introduite la pomme de terre, qui a été nommée kapana. De* puis une (piinzaine d'années que les missionnaires se sont établis sur le sol de cette île, le nombre de ces plantes a*est bien accru. Dans un demi-siècle, il en sera de ces contrées voisines de nos antipodes , comme de toutes les terres où les Européens ont formé des colonies ; leur flore aura subi des modifications considérables ; aux espèces réellement indigènes se seront mêlées Ces nombreuses plantes dont les semences, confondues avec d*autres graines plus utiles, participent aux soins qu'on donne à ces dernières , et réussissent le plus souvent beaucoup mieux dans leur nouvelle patrie. C'est désigner assez clairement les ceraistes^ anagaUiSy Milene, bidensy plantains, et diverses sortes de graminées qu'on trouve aujourd'hui dans tous les lieux . cultivés en Amérique, en Asie, et même dans l'Australie. Il est donc extrêmement important de fixer le plus tôt possible l'état de la végétation primitive dans ces contrées lointaines , afin d^éîiter à la géographie botanique de nombreuses sources d'erreur. Sous ce rapport, l'essai dirigé par M. A. Richora sut les récoltes faites par M. A. Lesson, et par moi-même, à la Nouvelle-Zeelana, mérite donc tout l'intérêt des botanistes. En outre , ie suis bien aise de leur annoncer que, dans le même été où j'explorais les côtes de la Nouvelle-Zeeland, mon ami, M. Allan Cuningham , savant et infatigable botaniste de Port-Jackson , passa deux mois à parcourir ces terres australes , et pénétra à de grandes distances dans l'intervalle. Sans doute cet habile naturaliste publiera un jour le résultat de ses observations, et son travail laissera peu de chose à désirer sur les richesses végétales de la Nouvelle-Zeeland. »

On ne connaîtjusqu'à présent, dans cette grande terre, d'autres quadrupèdes que des rats et des chiens , excepté une espèce de lézard assez gros

appelé ^[ouana. Il &V existe ni rq|>tî* tes ni mseetes venimeux. Qaant m oiseaux, quoique les espèces en soient peu variées, il en est plusieurs qui se distinguent autant par leur pluffla|;i que par la mélodie de leur cbant ; de ce nombre est le pou. Il y a aassi des perroquets de différentes espèoes, un petit oiseau qui ressemble a un moineau, un canard qui a le bec, lei janH bes et les pattes d'un roqge brillant, et le corps d'un beau noir; descaoardi sauvages , qui habitent les lieux maiécageux, et une multitude d'oiseaox aquatiques, auxquels on peut ajouter des dindons, des oies, des poules et autres volatiles, dont ks missioonaiiei anglais ont eu soin de se poorroir en allant s'établir dans ces ré^ns éloignées, et qui, en se multipliant, offriront bientôt aux naturels de noovelles ressources alimentaires. Us rivières et la mer sont fréquentées par des ours , des lions de mer, et des eé* tacés, dont les naturels mangent la cliair avec délice.

U ne particularité digne de reroanpKi c'est que le centipède, qui est inconnu à la PTouveile-Zeeland , abonde dans les trois petites tles Manaoua-Toui,que Tasman nomma les Trois -Rois, et qui ne sont qu'à cinq lieues de Textiémité nord-ouest de nie Ika-na-Maoo!.

LES PHOQUES. LBÙllS MâBimS. iRtTBS SAH- TUD£S I CH.1J»B 4 OBS AMMUIIBS COVi- KiS AUX SIRBMBS.

Les phoques et Téléphant roarâsoM les seuls animaux remarquables qu'on trouve sur les rivages de la Nouvelle- Zeeland (*).Deux nations sont en possession presque exclusive de ce commotei et les bénéGces qu'elles ont faits dans ce genre de chasse sont énormes. Us Anglais et les Américains de Yiln^<^ entretiennent chaque année plus di soixante navires de deux centcinquu>^ à trois cents tonneaux au moins, ayant chacun dix à quinze hoi

(•) Extrait du dictionnaire de Dclenilll qui a emprunté cet article en partie à W bout , cité dans la Zoologie de MM. Quoji Geimard.

octkmt.

(Téffuipage. On conçoit que des moyens de aestruction si actifs ont en quelques anoées singulièrement diminue le nombre de ces amphibies, et c'est ce qui les force à émigrer en quelque sorte, et à se réfugier sur les flots déserts du 8Qd: aussi, lorsqu'on vient à découvrir ooelques-unes cfe ces terres avancées aans les hautes latitudes, les trouve^ t-on couvertes, sur leurs plages, de toutes sortes de phoques; il paraît même, à ce sujet, que les îles Shetland étaient connues de ouelaues pécheurs américains, qui y nrent des chasses immensément lucratives bien avant que leur découverte ait été publiée par. un capitaine anglais Ces exjpéditions sont même coohees à des marms distingués ; et James ^eddell, par exemple, tout en diassant les phocacés des îles Shet-. land, a £ait des découvertes importantes dans cet archipel, naguère complètement ignoré. I^es phoques sont chassés pour leur graisse huileuse, qui est usitée dam les arts ; mais certaines espèces le sont principalement pour leur fourrure douce et fournie; quant aux autres secours quelliomnie peut en retirer, ils soat bornés à certaines localités. La chasse des phoques par les £uro-

Séens nécessite des mesures et des épenses qui méritent d*étre rapportées.

Lts navire destinés pour cet armement sont du port de deux cents à trois cents tonneaux environ et solidement construits ; tout y est installé avec la plus grande économie ; par cette raison , les fonds du navire sont doublés en bois. L'armement se compose^ outre le gréement très-simple et tres-solide, de barriques pour mettre Thuile, de six voles années comme pour la pèche de la balefné, et d'un petit bâtiment de auaraote tonneaux mis en bottes à bord , et monté aux iles destinées à servir de théâtre à la chasse lors de Tarrivée.

L*éq^ipage d'un navire est d'environ vingt-quatre hommes, et on estime à vingt-cinq mille piastres la mise dehors d* une expédition ordinaire. Les marins qLÛ tant cette chasse ont généralement pour habitude d'explorer divers lieux

successivement, ou de se fixer sur un point d'une terre, et de faire des battues nombreuses aux environs. Ainsi il est très-ordinaire qu'un navire soit mouillé dans une anse sûre d'une île, que ses agrès soient débarqués et abri» tés. et oue les fourneaux destinés à la fonte ae la graisse, soient placés sur la grève. Pendant que le navire est ainsi dégréé, le petit bâtiment, trèsfin et très-léger, et armé de la moitié environ de l'équipage, fait le tour des terres environnantes , en expédiant ses embarcations lorsqu'il voit aes phoques sur les rivages , ou laissant çà et là des hommes destinés h épier ceux qui sortent de la mer. La cargaison totale du petit navire se compose d'environ deux Cents phoques coupés nar ^ros morceaux , et qui peuvent lournir quatrevingts à cent barils d'huile, chaque baril contenant environ cent vingt litres, et valant à peu près quatre-vingts francs. Arrivé au port où est mouillé le navire principal, les chairs des phoques, coupées en morceaux , sont transportées sur la grève où sont établies les chaudières j et sont fondues; les fibres musculaires, qui servent de ré-, sude, sont destinées a alimenter le feu. Les équipages des navires destinés à ces chasses sont à la part; chacun se trouve ainsi intéresse au succès de l'entreprise. La campagne dure quelquefois trois années , et au milieu des privations et des dangers les plus inouïs. Il arrive souvent que des navires destinés à ce genre de commerce, jettent des hommes sur une île pour y Taire des chasses, et vont, deux mille lieues plus loin, en dé^K)ser quelques autres; et c'est ainsi que bien souvent des marins ont été laissés pendant de longues années sur des terres désertes , parce que leur navire avait fait naufrage, et par conséquent n'avait pu les reprendre aux époques fixées. L^huilé est importée en Europe ou aux États* Unis; les fourrures se vendent en Chine.

Les chasseurs de phoques de la mer du Sud reconnaissent trois espèces principales et commerciales : la première, recherchée pour Thulle, est le

lion marin, TéléphaDt de mer Çphoca probosddea des naturalistes); la seconde, les phoques à crin {ptaria mo- Iqssina etjitbata)^ et les phoques à fourrure (o/ariat/r^tna). Mais il paraît

Î[ue sous ce nom, phoques à fourrure, es Américains confondent plusieurs espèces inconnues des naturalistes et bien distinctes. Ainsi, suivant eux, le phoque à fourrure de la Patagonie a une oosse derrière la tête; celui de la Californie a une très-grande taille; le upland sea, ou phoque du haut de la terre , est petit , et habite exclusivement les Iles Macquarie et Penantipodes ; enfin, celui du sud de la ISouvelle- Zeeland paraît avoir des caractères distincts. C*est en mai , juin , juillet, et dans une partie d'août, que les phoques à fourrure fréquentent la terre; ils y reviennent encore en novembre, décembre et janvier, époque à laquelle les femelles mettent bas. Les petits tettent pendant cinq ou six mois, et peutêtre davantage. Un fait notoire est Tusage constant qu'ont ces amphibies de se lester en quelque sorte avec des cailloux f dont ils se chargent Testomac pour aller à Teau , et qu'ils revomissent en revenant au rivage.

Les phoques des mers du Kamtschatka et des îles Kouriles sont assez nombreux en espèces ; suivant Krachenninikoff (Voy. en Sibérie de Chappe, t. II, p. 420), ils remontent jusque dans les rivières pour suivre les poissons ; mais le naturaliste leur attribue des mœurs féroces qui sont exagérées; il dit aussi que jamais les phoques ne s'éloignent des côtes de plus de trente milles , et que leur présence est le signe le plus certain du voisinage de la terre. Ils s'accouplent sur Ja glace pendant le printemps, dans le mois a'avril, et quelquefois aussi sur la terre, ou sur la mer quand elle est calme, et de la même manière que les hommes. Les femelles ne font qu'un petit à la fois. Les Tungouses se servent de leur lait comme médicament pour leurs enfants.

Les Kamtschadales emploient divers moyens pour les chasser, et en tirent un grand parti pour divers usages :

avec leur peau on fait des baîdars , sorte

de pirogues, et des vêtements; leur graisse sert à fabriquer de lacbandelle, qui en même temps est une friandise pour ces peuples; la chair, desséchée au soleil ou fumée, forme la provision d'hiver, et la chair de phoque fraîche est l'aliment ordinaire des Russes et des Kamtschadales , qui pratiquent à ce sujet des cérémonies bizarres , racontées avec détail par Krachenninikoff.

Les phoques ne fréquentent la terre que pendant un certain temps de Fannée ; ceux des mers antarctiques habitent surtout les côtes les plus désertes des îles Malouines, de la terre de Feo^ des îles de la Nouvelle-Shetland et des Nouvelles-Orcades, des îies Campbell et Macquarie , des côtes sud de la terre de Diémen et de l'Australie. Leur manière de cheminer sur la terre ne s'eiccute que difficilement; ce n'est au'avcc des efforts pénibles, des ondulations embarrassées , qu'ils se traînent sur la partie postérieure du corps. Leur odorat est subtil et leur intelligence extrêmement développée. Certaines espèces xecherchent les plages sablonneuses et abritées; d'autres, les rocs battus par la mer ; d'autres enfin , les touffes d'be^ bes épaisses des rivages. A chaque blessure que les phoques reçoivent, le sang jaillit avec une extrême abondance. Les mailles du tissu cellulaire graisseux sont aussi très-fournies de vaisseaux; mais cependant les blessures, qui paraissent si dangereuses, compromettent rarement la vie de ranimai, qui ne meurt qu'à la longw»

d'épuisement, et dans le cas oiiw* sont très-profondes : pour tuer les phoques , il faut donc atteindre un viscère principal, ou les frapper sur la fa* avec un bâton pesant. Ces amphlbUB se nourrissent de poissons et notanh ment de poulpes, et aussi d'oiseaux marins, tels que sternes et mouettes î nous avons vu en effet un phoque attraper avec dextérité un de ces oiseaj occupé à recueillir les débris qui s'é* chappaient de son repas un instant a«h' paravant. Pendant leur séjour à terre j ils paraissent ne pas manger; aussi dit-on qu'ils maigrissent beaucoup, ti qu'ils se gonflent l'estomac en avalant

OCÉANIB.

des pienres. Steller et Péron« ainsi que divers antres observateurs, leur accordent la faculté de pleurer; le cri que pousse l'espèce qu'on appelle veau marin iphoea i^iuHna)^ habitant les mers du liord. est semblable, suivant les espèces, aux cris qui sont propres aux animaux terrestres dont on leur a donné le nom.

Les phoques de l'océan Pacifique du nord ont absolument les-mémes mœurs générales et les mêmes habitudes que eeux dm mers antarctiques; il paraît qu'ils sont soumis à des migrations périodiqaes.

On trouve encore des phoques dans I la Méditerranée ; et nous pensons que I c^est au phoque que Ton doit rapporter tout ce que la m3rthologie a mis sur le compte de ces sirènes , ces en- '' dianteresses qui captivaient les voyageors par leur belle voix , leurs doux iq^ards, et les dévoraient ensuite, bissant les rivages qu'elles fréquentaient blanchis des os de leurs victimes. En effet, suivant les poètes, les sirènes habitaient les rivages déserts, dasis des grottes profondes ; or les pboquéB sont encore aujourd'hui FCDonnus pour aimer de semUables retraites, ou ils viennent se reposer en sortant de la mer. Les sirènes charmaient les voyaeeurs par une expression trompeuse de bonté, par un regard expressif et tendre ; et l'on sait que la tête arrondie , le front large et courbé , animé par deux grands

Kà fleur de tête , et toujours bril* de douces étincelles, donnent aux phoques toute la physionomie bonne et douce du chien te plus affeo- , tioDoé à son maître. Le port gracieux , le buste relevé du nhoque, lorsque iDo corps est couché à plat, sa large poitrine, un cou bien lié avec les r cpanles, donnent peut-être aussi à cet \ animal quelque chose de la structure ' ertâieure (Tune femme. Quant à la VDîx, la m^ologie nous trompe ou . s'est tronme; car, si les sirènes avaient I me voix délicieuse , tous les phoques, f in contraire , poussent de longs gé- Biissements, ou plutôt des grognements très -forts, mais peu narmo-

60* lÀffnxUon, (Ocbahib.) t. m.

nieux. En ce qui concerne cette queue de poisson, qui terminait honteusement, dit Horace, le corps de la sirène, nous la retrouvons dans les phoques, indiquée par les deux membres postérieurs, serrés l'un contre l'autre en arrière , de manière à former un double aviron ou gouvernail , et achevés à leur extrémité en pieds palmés ou nageoires. Les sirènes aévoraient les voyageurs , ou plutôt , comme aujourd'hui, les phoques dont elles sont le mythe , elfes se contentaient de poissons, et les historiens d'alors, effrayés ou ignorants , auront pris pour des os humains les carcasses des cétacés ou des poissons, abandonnées par les phoques sur les grèves , après d*opulents repas.

Ces animaux , tels que nous les connaissons aujourd'hui , soit à l'état sauvage, soit en captivité , sont d'une douceur de mœurs , d'une timidité, d'une facilité à reconnaître les soins du mattre, à bien s'apprivoiser, au'aucuo animal ne surpasse, si ce n'est le chien, tel que nous nous le sommes fait par la domesticité. On a aussi remarqué que leur cerveau montre le développement qui est presque toujours Tinaice du développement moral ; et, si les habitudes marines des phoques n'empêchaient de penser que l'on pourrait les garder à l'état domestique, il n'v a pas e doute que l'on en pourrait tirer tout le parti possible pour la pêche.

La graisse des phoques, comme celle des marsouins ou autres cétacés, se convertit en huile pour la corroierie et l'éclairage; les peaux , desséchées d'abord à l'air, sont vendues aux mégissiers. Il n'est pas profitable de les employer pour cuir de souliers ; mais, garni de son poil , le cuir de phoque est très-bon pour couvrir des malles , des havre-sacs de chasse ou de guerre, pour faire des bonnets et des manteaux impénétrables à la pluie.

Aujourd'hui, des armateurs français de Saint-Malo et de Nantes vont à la

riche du phoque à trompe , du phoque crinière, vers le pôle austral; cette chasse est aussi profitable que celle des cétacés. Peut-être les armateurs

ont-ils tort de ne pes rapporter les os, dont la vente serait assurée pour la confection de ranimoniaque et da noir animal.

ÉLÉPHAHT MAIUK (').

L'éléphant marin a été décrit avec exactitude par Anson dans son Vovage autour du inonde , mais les memlires antérieurs et postérieurs de cet amphibie ont été mal flgurés par le dessinateur.

L'éléphant marin est le miourong des noirs australiens du port Jackson (Pérou , t. III , p. 61 ; Forster, deuxième Voyage de Cook , 1. 1 V, p. 85). Ce phoque à trompe est long de vingt, vingt*cinq ou trente pieds, sur quinze à mx'huit de circonférence. Il est grisâtre, ou d'un gris bleuâtre , plus rarement d'un brun noirâtre. Les canines infé»

rieures sont longues , fortes , arquées et saillantes. Les soies des moustaches sont dures , rudes , très-longues , tordues comme une espèce de vis. Les yeux sont très-volumineux et proéminents. Les membres antérieurs sont robustes , et présentent à leur extrémité , tout près d'un bord postérieur, cinq petits ongles noirâtres. La queue est très-courte, peu apparente entre les membres postérieurs , qui sont horizontalement aplatis. Ce qui caracté* rise l'éléphant marin est , à l'époque des amours, un prolongement du nez , qui forme, pendant l'excitation, une trompe molle et élastique, longue quelquefois d'un pied ; cette trompe erectile manque à la femelle, et paraît s'ef» facer peu à peu lorsque la saison du rut est passée. C'est un tissu cellulaire du nez, cpii semble ainsi se gorger de sang et s'allonger à l'instar des panicules diarnues de quelques oiseaux gallinacés lors de la reproduction. Le pelage des deux sexes est extrêmement rude et grossier. L'éléphant marin paraît habiter toutes les îles désertes de l'hémisphère austral;. Pérou dit qu'il n'existe pas sur les côtes de la l^ouTelle-Hollande et de la terre de

' O. Cet article est emprunté au même

Diémen , ce qui est peu probable. On le trouve très-abonaamment surtout sur la terre de Kerguelen Ja Notifelle- Géorgie, la terre des États, les lia Mulouines et Shetland, l'île de luan- Fernandez, et l'ardiipel de Chiloé,leg côtf s du Giili ; Péron dit (|u'il émi^ diaque année suivant la saison, et que, redoutant les trop grandes cbaleuis, comme les froids trop vifs, il vadaos l'hiver , du sud un peu plus au nord, i et que dans l'été, il quitte les côtes nord de ses limites pour retourner au sad.

Le système musculaire est eny^ppé d'une couche huileuse qui a jusqu'à neuf pouces d'épaisseur. Sa nourriture principale consiste en céphalopodes, et ce sont les plages sablonneuses qu'il fréquente de préférence, et les lits épais de laminaria gigantea sur lesquels il aime à se reposer. Dans les quatre premiers mois de l'année, il se tient à la mer: dans les autres, il rient alternativement à terre. Il est d'bumeur douce, paisible, indolente, et se laisse approcher par l'homme; oe qui permet aux chasseurs de le frapper au coeur ' avec une longue lance. Un mâle a toujours plusieurs feroelte. Il se bat à outrance avec ses rivaux potff leur possession. Le vainqueur choisit (en octobre) , et compose a son gré soa «érail. La jouissance érooussant ses désirs, il abandonne ensuite h ceux qu'il a vaincus, la possession des fe* inelles qu'il ne peut plus féconder:

chacune d'elles a deux petits OpielQues auteurs disent un seul ) qui tétenl deux ou trois mois, et qui naissent en jaitlet etaoât. L'éléphant marin se réunit par troupes de cent cinquante à deux cents individus , et chacun peut fournir environ deAtx mille livres en poids de chair. Tel était celui qui servit à Téouipage de la corvette VUraniey naulW; gée sur les Maiouines , et qui venait probablement expirer sur le rivage, près du camp qu'avait établi le capitaine de vaisseau Freycinet. Ce oui M rechercher cette espèce , c'est raboodance d'huile qu'elle fournit Pour d'autres détails très-intéressants, niais qu'il serait trop lonj^ de rapporter 10, on peut lire Thistoire pleine d'Ifltérci

0GÊA»IE4

lai

qti'eQ a tracée Pèrotï (Voyage MX terres australes , 3* édit. , U ill , p* 66 à 103).

Ces phoques de la grande espèce, surpris par rhomme, et regagnant la mer, sont hâtés par un ou plusieurs tnâles d'un âge mùr, qui pressent la marche des roèrea et des jeunes , et , s'ils sont serrés de près , r&istent à Tennemi*

Peut-être est-ce à Téléphant marin qu'il faut rapporter cette grande espèce sans trompe érectile , vue par Mortimer et Cox ( Observations and Re^ marks mode during a voyage to the iUands of Amsterdam ^ etc., 1791, p. Il ) sur les îles d'Amsterdam et Saint -Paul, que Desmarets a décrite sous le nom de phoca CoxH, Nouv.

dict. d'hist. natur. , 2« édit. C'est peutêtre réiépbant de mer avant Tépoque du rut. Péron l'avait nommé phoca res{ma(t. m, p. 118, 2* édit.); et c'est indubitablement le phoque urigne, pAoca /uptiui, de Molina (Hist. nat.

du Chili, p. 265), et très-probablement celui mentionné par Aubert du Petit- Thouars(p. 12), dans sa description de Vile de Tristan d'Acunba.

TOPOGRAPHiB. cuaiosrrÉs.

U LAC BUkSC. X.A SOOftCB CHAUDS » LB LAC MAVPi&B.

M. Marsden découvrit, en 1819, ta source Blanche ; il la décrit comme un petit lac d'un demi-mille environ de circonférence. De loin, il paraît blanc eonnne du lait ; mais cet effet diminue quand on se trouve sur le bord. A la distance d'un mille environ avant d'y arriver, il rencontra un autre bassin d'eau limpide , qui nourrissait une foule de canards sauvages; eu divers endroits, la terre est joncliée de morceaux de pierre à chaux, dont il rapporta des échantillons. Toute la surface du pajSfdans l'étendue de plusieurs milles, semble avoir été travaillée par l'action des volcans , et n'offre que des marais, des lacs et un sol dépouillé.

Il parait qu'il a existé dans cet endroit un bois de pins , qui se trouve ^iourd'hui consumé par le feu, de ^Daukièce à oe qu'il n'en reste pas un

seul arbre dcèout. On voit {I et là quelojues racines de pin, qui ont été brûlées à la surfbœ même du sol; d'autres fragments déracines sont disséminés par terre en tous sens. La nature de ce sol est extrêmement pierreuse, spongieuse, humide et blanchâtre , comme celle de to terre de pipe. ' Les naturels apprirent à M. Marsoeii qu'il existait dans les environs plu»

sieurs autres lacs d'une àemblable nature. Il y a quantité de résine sur les bords du lac Blanc , et différentes parties de sa surface sont couvertes d une gelée semblable au levain qui se forme sur la bière fraîche, quand elle travaille dans la cave. Il rapporta àPort-Jackson une bouteille de cette eau, dans l'espoir qu'on pourrait l'y analyser. La crique rocailleuse au travers de laquelle coule continuellement l'eau qui sort du lac, semble recouverte par la chaux que cette eau laisse déposer dans son cours au travers des rochers , et toutes les pierres de cette crique sont dures comme du silex. Il en apporta dee échantillons en Australie.

Cette source, également visitée pair M. Marsden. est située dans un bois»

à quatre milles de distance environ.

L'eau était chaude, et d'une très-mai>vaise qualité ; il s'en exhale une fumée continuelle , et sa surface est couverte d'une écume senoblable à l'ocre jaune dont les naturels se peignent le visage, mais d'une teinte un peu plus rougeâtre. Cette eau répand une forte odeur sulfureuse. Il emporta des échantillons des pierres qui sont aux environs, et qui sont de leur nature dures et pesantes. Les naturels lui apprirent qu'il existait, à six milles environ du village, une autre source, dont l'eau était blan* ciie et fort mauvaise; ni canards ni poules sauvages ne s'y étaient jamais montrés.

Le lac de Maupère abonde en poissons. Les naturels se servent de paniers de forme circulaire pour les prendre.

Ces paniers étaient faits avec l'écoree de l'arbre appelé mangidf et habilement travailles; la bouche du panier se rétrécissait comme celle d'une souricière i de sorte que k poisson qui jr

"tas

LUNIVERS.

était une fois entré ne pouvait plus échapper. Il ressemblait fort aux bourdigues de la Provence, ou canaux de roseaux , dans lesquels le poisson vient se prendre sans pouvoir en sortir.

PA on FOAT DE WAI-MATÉ.

Une forte palissade en gros pieux plantés les uns près des autres, et £auts de vingt pieds, forme la pre* jnière enoeinte qui entourait la ville de Waî-Maté. L'entrée est une poterne de cinq pieds de haut et de oeux de large, accompagnée au dehors de quelques têtes humaines sculptées, qui respirent un air de vengeance, et semblent menacer les assaillants. En dedans de la palissade , et à la toucher dans toute son étendue, règne une •forte clôture d'osier, que les habitants .ont élevée pour arrétar les lances de leurs ennemis; mais, à certains intervalles, ils ont pratiqué des meurtrières, afin de pouvoir faire un feu de mous- .queterie sur les assaillants. A une pe* iite distance de ce solide rempart, et dans rintérieur, existe un espsboe de trente pieds de large environ, où Ton ,a creusé un fosse : une fois rempli .d'eau , il défend le côté de la colhne

Sii est le plus accies^sible à l'extérieur, errière ce fossé , ils ont élevé un talus escarpé, sur leouelsetrouve un second -rang de palissades de la même hauteur et de la même foroe ^ue te premier. Le 'fossé, qui a au moins neuf pieds de -largeur, défend une issue fermée par :une autre poterne. Entre celle-ci et la .dernière» qui donne dans la ville, règne un espace intermédiaire de quatre-vingts pieds de large, à l'extrémité .duquel la colline est taillée à pic dans une hauteur de quinze pieds environ.

Au sommet s'élève un autre rang -de .palissades, qui entoure le pfl et complète ses fortifications.

An sommet de ce pâ était placé le siège ou trône de Rangaroa. Il était d'une forme curieuse, et s'âevait sur un pilier, à six pieds environ au-dessus du sol , enrichi de dessins grotesques en bas-relief. Pour l'aider à monter, il y avait aussi un desré, qui servait en même temps d'escaoeau. C'était de ce

trône que le chef, élevé au-dessus de son peuple, donnait ses ordres, et die* tait les (ois avec autant d'autorité que le roi le plus absolu de l'Asie. Près de ce siège en était un autre exclusi veoaent réservé pour la reine douairière, mère de Kangaroa , et tout auprès une prtite caisse pour contenir les provisions de Sa Majesté.

WANGAROA.

Wangaroa est un lieu romantique d'une beauté singulière. Près de la pointe du nord est un gros rocho' percé, qui présente l'aspect d'une arcade gothique ; la mer roule ses flots au travers, et dans un temps calme les canots peuvent y passer. L'entrée de Wangaroa n'a pas plus d'un demi-mille de large, et de la mer il est impossible de l'apercevoir ; mais il y a grand fond jusqu'à toucher la terre de chaque côté, et quand on est dédans, c'est un des plus oeaux havres du monde. Les plus grandes flottes pourraient y mouiller , et seraient à l'abri de tous les vents.

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