POLYGAMIE
Ordinairement les époux vivent ensemble de bonne amitié, et les que-
(*) Kendall; d'Urville, t. lU, p. xa3.
' (•*) Cook , preinier voyage, t. m , p, 267 et a68.
relies sont rares entre eux (* ) ; si le mari veut prendre plusieurs femmes , ce qui lui est permis (**), il est obligé, disait Touaï à M. d^Urville, de fournir à chacune d'elles un logement, et rarement il arrive que deux femmes habillent ensemble. Quel(}ues rangatiras opulents ont eu jusqu'à dix femmes , comme Tareha.Clionguien avait sept, Koro-Koro trois ; maisTouaî n'en avait iamais pris qu'une seule ; et , quand je lui en demandais la raison, c'était, disait-il, pour ne pas faire de peine à Ehidi.
Parmi ces diverses femmes, il en est toujours tme qui occupe le premier rang , et c'est celle qui sort de la fami.le la plus distinguée. Elle participe seule aux honneurs et aux dignités de son mari , et ses enfants sont destinés à succéder au père dans ses possessions et dans son pouvoir.
Les chefs épousent souvent plusieurs soeurs à la fois. Tepahi , quoique trèsâgé et paralytique, avait épousé les quatre sœurs , et avait en outre plusieurs autres femmes. Ruthertbrd épousa à la fois les deux Giles de son cnef Emaî , Eskou et Epeka.
BELATIONS DBS FEMMES.
Toute espèce de relation est sévèrement interdite entre les personnes de famille noble et les esclaves. Le traitement barbare que Tepahi lit subir à sa propre lille , en la renfermant durant des années entières dans une cage étroite, démontre à ouels excès l'orgueil nobiliaire offense peut se porter, même sur les plages sauvages de la Nouvelle-Zeeland. Rutherford assure néanmoins qu'un chef peut épouser une esclave , mais qu'il est exposé à être dépouillé de ses biens pour avoir violé la coutume. L'enfant d'une esclave est esclave, quand même son père serait un chef.
Quoique les rangatiras ne semblent
(•) Rulhcrford; d'Urville, t UI, pag.
jSo,
(**) Cook , troisième voyage , 1 1 p. z 78; Savage , pag. 44.
voir qu'avec une sorte dliorreor toute espèce de communication intime avec leurs esclaves , s'il arrivait cependant, disait Tduaî à M. d'Urville, qu'un dtet vint à avoir un enfant d'une de ses esclaves , sous peine d'être désbonort aux yeux des siens, il serait obligé de l'épouser. Pour cela , il lui donnerait la liberté ou l'achèterait , et irait en* suite la demander à ses parents avec les formalités requises. Nous feroni observer d'abord , dit le commandant de V Astrolabe , (|u*une telle manière d'agir démontrerait un scrupule d'honneur bien étonnant pour de pareils hommes; qu'ensuite, fùt-elie sérieusement obligatoire par les coutumes du pays , elle n'obligerait les chefs qui se trouveraientdans ce cas , que lorsqu'ils le voudraient bien. En effet , comme ils sont maîtres absolus de la vie de leurs esclaves, on sent bien au'un ran^atin serait toujours libre oe faire disparaître la malheureuse fille dont il au* rait abusé, plutôt que de se laisser contraindre à l'épouser, si cela ne lui convenait pas. Du reste, il arrive souvent que des chefs épousent leurs prisonnières de^uerre H; etc'estpeut-àre en ces occasions qu'ils les mettent en liberté , et les demandent à leurs parents.
M. Dillon nous apprend que oe^ taines prêtresses , et il cite Wan^a^ Taî pour exemple , sont d'une dignité trop éminente |)our honorer de leur mam un homme de leur nationC*}* Alors elles choisissent l'Européen
Îju'elles veulent bien gratifler de leurs aveurs. Cela rappelle naturellement le cas d'exception où se trouve, à Tonga -Tabou, la tamahay dont aucun homme ne peut devenir réocux avéré. Reste à savoir si la conduite adoptée par Wanga-Taï n'est pas un pur effet de son caprice, et u'i pas pour but de donuer a ses compatriotes une plus haute opinion de son caractère sacré. Peut-être pareille restriction n'avait -elle jamais eu licQ
(•) KendaU; d'UmlIc, t. m, p. aî*- (••) KendaU ; dUrviUe, t. m, p. «3?.
OCÉAME.
•fttit rapparitfoa des Européens dans ces ooutrees.
UCBRCB DBS FlLLESu FIDÉLITÉ DBS FEM- MES O-
' Dans ce pays on ne pense pas quMl , y ait d'inconvenance de la part des femmes à faire les premières avances, ou même à accorder leurs faveurs avant la cérémonie du mariage; tant qu'elles sont filles, elles sont exemptes de toutes les entraves que la délicatesse leur impose chez les nations civilisées; mais, après le mariage, tout privilège de ce genre leur est interdit et elles sont généralement chastes.
Il est peu de nations sauvages où les hommes tiennent autant qu'à la Nouveile-Zeeland à la fidélité, a la chasteté de leurs femmes. Ces créatures, que ks premiers voyageurs recevaient a bora de leurs navires, ou qu'on leur présentait dans leurs promenades à terre, n^étaient le plus souvent que des esclaves qui proaigu aient leurs faveurs pour obtenir quelques cadeaux des étrangers, et le fruit de ces avances ae nste pas même à ces malheureuses filles ; tout appartient à leurs maîtres. C'est ainsi que Touaï et sa femme ne manquaient jamais d'appeler et de visiter diaque soir leurs esclaves pour s'emparer du produit de leur journée.
Il était curieux de voir ces filles, échos fidèles de leurs patrons, demander nia cesse pondra (de la poudre). £n ftéoéral elles étaient mieux que les femmes mwné^. Quant à celles-ci , il \ était rare qu'elles montassent à bord , et elles ne quittaient pas un instant leurs parents et leurs maris. Une fille libre peut cependant accorder ses faveurs à qui lui plaît, pourvu que l'objet de son dioix soit digne de son rang, autrement elle dérogerait. Pour la ^«oime mariée, la mort est la punition ^ l'adultère. Cependant, quand elle ^i^rtient à une famille puissante que ^ mari craint d'offenser, quelquefois ^ ie contente de la renvoyer chez ses
O lUfli Manden et d'UrviUe.
parents , et, de ce moment, elle redevient libre de sa personne. Quand des Français adressaient à des femmes de chef des propositions galantes, elles étaient constamment repoussées avec une espèce d'horreur, par les mots : fVafUne anoj tapou. — Femme mariée, défendu.
JALOtSIB DES FEMMES.
Les femmes sont quelquefois portées à se donner la mort dans un accès de
ialousîe. Quand j'étais à ta Nouvelle- ^eeland J'en entendis raconter Texemple suivant : Un clief , nommé nr^ Kamoy (|ui venait c|uelc|uefois nous rendre visite h Thames, était marié à une femme qui lui était singulièrement attadiée; mais le chef, séduit pr les charmes plus grands d'une beiie aux yeux noirs, devint infidèle. La jeune femme, voyant que ses supplications et ses larmes étaient inutiles, guetta une nuit son mari lorsqu'il entrait dans la hutte de l'objet de son amour, et se pendit à l'entrée. Le premier objet qui frappa les yeux du chef, en voulant sortir de la hutte le lendemain matin, fut le cadavre de cette femme dévouée et fidèle balancé par le vent.