ENTRETIENS DES MISSIONNAIRES AVEC IBS NATURELS TOUCHANT LA RBUOION
Un jour les missionnaires causèrent longuement avec quelques indigènes -sur l'immortalité de 1 âme et la ré»- «urrection des corps. La première est
(*)Le8soo.
(♦•) Lesson.
une doctrine universellement reçue panni eux ; mais ils ne peuvent comprendre la dernière, quoiau'ils n'en récusent point la possibilité. On leur représenta Theureuse mort des justes, ajoutant que, quand Dieu leur révélait qu*ils allaient mourir , ils n'étaient nullement effrayés , et qu'ils se trouvaient heureux de penser qu'après cette vie ils allaient habiter le même endroit que leur dieu. Mais il n'en est pas de même avec les Nouveaux-Zeelandais ; quand ils s'aper^ivent qu'ils vont mourir , ils sont très - efïnayés , et ne souhaitent point la mort. Les naturels avouaient que c'était toujours ce qui arrivait à leurs compatriotes, et qu'ils la redoutaient constamment.
« Je leur assurai , dit M. Marsden , e quand ils comprendraient le livre e Dieu, qu'il avait donné au peuple blanc, et que les missionnaires leur donneraient et leur apprendraient à connaître, alors ils n auraient pas plus de frayeur de la mort uue ceux des blancs qui sont boas. Ils saisissaient parfaitement la différence qui existe entre l'homme qui redouté le trépas, et celui qui n'en estpas effrayé. Ils disaient que, toutes les âmes des INouveaux-Zeelandais, fiu moment de la mort, se rendaient' dans une grotte au cap Nord, et que de là elles descendaient dans la mer pour aller dans l'autre monde. Les privations et les mortifications que ces misérables païens souffrent diaprés l'idée qu'ils attachent au crime , et par suite de leurs frayeurs, sont nombreuses et pénibles :
à moins que la révélation aivine ne leur soit communiquée , ils ne trouvent point de remède, qui puisse affranchir leurs esprits des liens de la superstition , sous l'empire de laquelle
J plusieurs d'entre eux tombent malades, anguissent et finissent par périr.
Ils. n'ont point d'idée d'un dieu de niiséricoroe qqi puisse leur faire du bien; mais ils vivent dans l'appréhension funeste d'un être, invisible, ^ui , suivant leur croyance, est toujours prêt à les tuer et à les dévorer, et qui les tuera s'ils négligent un iota dans une de leurs superstitieuses cé-
rémonies. Bcire un peu d'ean à ma coupe , quand ils sont taboues par Je prêtre , serait regardé comme une offense à leur dieu , suffisante pour le porter à les mettre à mort Quand je leur disais que mon dieu était bon , qu'il prenait soin de moi jour et nuit, partout où j'allais , que je ne craignais point sa colère, et qu'il m 'écoutait toujours quand Je lui adressais mes prières , ils disaient qu^ls n'avaient point de dieu semblable , et que le leur ne faisait que punir et tuèr.>
BORRIBLE SUPBESrmON.
Après de cruelles souffrances, le célèbre chefTouai quittacette vie le 17 octobre 1824. Le capitaine Lock du Mary j alors mouillé dans la baie des Iles, apprit qu'il était très -mal à terre, n^ayant d'autre ressource que de l'eau et de la racine de fougère. Sa tribu arait considérablement souffert des troupes de pillards qui étaient tombées sur elle des diverses parties de la baie. Ls capitaine l'envoya chercher dans son canot pour lui procurer^les secours de la médecine et une nourriture convenable. Mais il était trop tard :Tooai mourut à bord. Sa tribu tua un esclave pour empêcher sa mort, et quatre autres furent sacrifiés pour apaiser ses mânes. Cette horrible superstition se renouvelle à la mort de tous les che&«
AUMENTS.
La base de la nourriture végétale des Nouveaux-Zeelandais, leur aliment de tous les jours , en un mot cel^ii ui répond au pain pour les natioiis e l'Europe, au riz pour celles de TO* rient , à la cassave pour une foule de peuples de l'Aniérique , c'est la racine d'une espèce dé fougère qui ressemble fort à la nôtre , et qui couvre de ses feuilles ramifiées tous les coteaux incultes et déboisés. Cette fougère a rcfo des naturalistes le nom depteriseseo' tenta (*), et c'est la même qui, dans
(*)Cook.
ri
océame;
tonte l'Australie, fournit aussi TaUment habituel des indigènes. C'est peut-être runtque trait de ressemblance que les fiers insulaires de la Nouvelle-Zeeland aient avec les mîséraUes oréatures clair-semées sur la surface de TAustralie.
Cooune les racines de cette plante s'enfoncent profondément en terre, les Zeelandais se servent, pour les ar-> racher, de oleux aiguisés, et munis d'une espèce a'étrier, afln d'y appuver le pied, ce qui leur donne tout a fait la forme d'écbasses (*). Ils mettent en bottes ces racines , qu'ils laissent sécher pendant quelques jours à la chaleur du soleil ; une fois desséchées , elles se conservent plus ou moins longtemps sous le nom de nga-doué.
Quand on veut s'en servir, on pré- KDte la racine au feu pour la griller l^èrement : puis on la bat quelque temps sur une pierre , avec un petit maillet particulièrement destiné a cet emploi, pour la ramollir. C'est à cet état que les naturels la mâchent entre leurs dents : en temps de disette , et à défaut d'autre nourriture, ils avalent tout ; autrement ils se contentent de la mâcher jusqu'à ce qu'ils en aient aprimé tout le principe nutritif et sucré, et rejettent la partie fibreuse (**).
M. Kîcholas trouve a cette racine chaude un goût doux et agréable , et dit qu'après un long séjour dans l'eau die dépose une substance glutineuse , qui ressemble à de la gelée {^** ). D'autres Européens en ont mangé avec plaisir , et les Anglais qui se fixent dans ces contrées éloi^ées s'accoutument promptement a ce genre de nourriture. Un jour, dit M. (rlJrviile,
rie Tisitais avec Touai l'intérieur pa de Kahou-ff^era (voy. pi. 190) j'en demandai, et ce chef m'en choisit dans une corbeille un morceau qu'il m'assura être de la meilleure qualité. Un goût fail^ement mucilagineux, une pâte visqueuse , du reste parfaitement
(•) Oroxel ; d'Urville, I. m , p. 5g.
CTCook; d'UrrîUe, eu ^**nNidiolM:d'UnriUe.
insipide , et une consistance coriace , fbrent tout ce que je sentis , et il me fut impossible d'avaler le morceau que je portai à ma bouche. Touai , au contraire , qui venait de déjeuner co-
{neusement avec moi , en mangea sure-champ plusieurs morceaux avec une satisfaction évidente, et il m'assura que c'était fort bon , bien qu'inférieur pour la qualité à not|« taro (pain.)
Quoi qu'il en soit , les esclaves mangent rarement autre chose que de la racine de fougère ; et , dans toutes les circonstances possibles , c'est la ressource immédiate de toutes les classes de la société. Ces insulaires en font des récoltes considérables , qu'ils conservent en magasin (*) , toutes prêtes à leur servir d'approvisionnement en cas de siège de la part de leurs ennemis , ou de provisions de campagne quand Ils vont les attaquer sur leurs pirogues.
Outre le pteris esculenta^ il est une autre sorte de fougère en arbre , que Forster nomme a^kUum furctUum , et que les botanistes modernes ont appelée ctjcUhea meduiUaris, qui fournit aux insulaires un aliment plus substantiel que la précédente. Cest la partie inférieure de la tige voisine de la racine qu'ils font cuire dans leurs fours en terre. Anderson compare cette substance cuite à de la poudre de sagou bouillie; mais sa consistance est plus ferme. Cette fougère est beaucoup moins commune que l'autre.
Suivant Forster, la moelle de cyathea porterait à Totara-Nouï le nom de mamagouy tandis que la racine de fougère se nommerait pongai (**)
La patate douce , eonvolvulus batth tas , nommée par les Zeelandais Aoumara , était le végétal le plus généralement cultivé dans ces contrées avant que les Européens en eussent fait la découverte. Cette racine , inconnue dans les autres fies de la Polynésie , était-elle propre au sol de la Nouvelle-Zeeland , ou bien y avait-elle été importée à une époque qui nous
(•) Crofet; dlJiTille.
(**} Cook I deuiième voyage»
rUNIVERS.
est demeurée inconnue ?.... Cest ce (fu'il serait difficile de décider aujourd'hui ; toutefois, ies superstitions dont sa culture est environnée sembleraient lui assigner une origine étrangère , et rappeler en même temps les précautions minutieuses qu'imasmèrent ceux qui rintroduisirent dans le pays pour en assurer la propagation etia conservation.
Nonobstant les diverses plantes que les Européens ont introduites dans Ika-na-Maoïii , la patate douce est demeurée pour les habitants de cette île, le mets le plus délicieux , l'aliment le plus délicat parmi tous ceux qu'ils connaissent. Soit qu'ils veuillent faire honneur à des étrangers , soit qu'ils doivent se régaler entre eux, la patate douce forme la base principale de leurs festins. Il est certain que les hommes du peuple n'en mangent que dans les occasions solennelles , ou bien quand Hs peuvent piller les magasins de leurs ennemis. Il paraît que cette racine est d'une excellente qualité dans la ^NouveUe-Zeeland , et gu'on n'en trouve mille part qu'on puisse comparer à celle de ce pays (*).
Quoique ces insulaires fissent beauooup moins d'usage des racines de Yarum esculenùum {taro), cette plante existait chez eux avant l'arrivée des Européens, et ils la cultivaient en certams endroits; c'est cette plante eue Banks cite, dans le premier Voyage de Cook , sous le nom d'eddous^ et que le capitaine lui-même nomme CO' cos Pïous ne savons point quelle était 4a racine qu'il désigne par le nom d'igname, attendu que nous ne pensons •pas que le dioscorea sativa fût connu de ces peuples (**).
Le pommede terre, nommée^opa/ta, est cultivée si abondamment dans les deux Iles de la Nouvelle-Zeeland, qu'elle •fournit non-seulement aux besoins des habitahts, mais encore que les navires peuvent s'en procurer a vil prix des provisions considérables, précieuses à cause de la saveur et de la facilité de sa préparation. On en doit la naturalisation aux Européens.
(*) Sava^, p. 54. . .
(")D'Urviile, t.^,p.474•
Passons en revue la nourriture animale des Tïouveaux-Zeelandais.
Les seuls quadrupèdes vraiment indigènes sont le chien et le rat. I^ chair du premier est regardée comme une friandise, et les naturels mangent aussi celle du rat. Un chef, ayant remarqué un jour que Tespèce d'Europe était plus grosse que celle de son pays, témoigna le désir qu'on l'introduisît à la IVouvelle-Zeeland pour accroître ses ressources alimentaires.
La race du chien natif est devenue rare aujourd'hui dans les cantons du Nord , surtout dans ceux que fréquentent les Européens (*).
On connaît tous les efforts que tenta à diverses reprises l'illustre Cook pour enrichir cette contrée de chèvres et de cochons. Il est probable que c*est à lui que les Nouveaux-Zeelandais doivent ces derniers animaux. I>eur espèce n'a pas tardé à se propager avec une grande rapidité , et le récit du voyaee de VAs* ^ro/a6e prouve à quel point elle est devenue abondante aux environs du cap Est; mais quelle que soit son abondance, sa chair n'est jamais un aliment habituel, même pour les chefs. Ils ne s'en permettent l'usage qu'en certaines solennités ^ et les hommes du peuple prennent bien rarement part a ce régal, à moins (][ue ce ne soit aux dépens de l'ennemi. Les Zeelandais réussissent à prendre au lacet ou à l'affût, pendant la nuit, certaines espèces d'oiseaux, surtout la grosse colombe nommée koukoupay qui habite les forêts, des canards , des cormorans, des albatros et autres oiseaux de mer. Le premier de ces volatiles offre un excellent mets; mais ces ressources sont bien éventuelles. Dans ces derniers temps , les insulaires ont reçu des Européens les poules, qu'ils nomment kakatoua^ et ils commencent à les élever : ils n'en font pas cependant un grand cas comme ressource alimentaire; mais ils aiment beaucoup les coqs pour leurs longues plumes flottantes , surtout pour leur chant qui les égayé. Leur atlfection pour cet oiseau est' telle, qu'ils en ont
O D*Urvillc.
4iiOtfikVlK.
MiniMiC à iiMdde ]«iw pjrogueiB 4fam JeuBs exsiasîoBS militaires. Mais à lene, ces animaux leur cauaent fie grandes inquiétudes, «n profanant «loiiniiiiient leurs sépultures et autres lieax Toiiés au tapau. Comme .étant sujets au même crime, les cochons sont ordiaairement tenus loin des villages et des lieux consacrés. JUe même moUî les a £pit s*opposer aux efforts des misHOBoaires pour introduire les bêtes à corne dans leur Ile (*).
La mer pourrait offrir à ces sauvaees une ressource plus constante et plus assurée. Leurs côtes nourrissent crincroyables quantités de poissons de la plus belle espèce et de la chair la plus exquise. Au moyen de leurs immenses lilets, de leurs lignes et de leurs hameçons, ces hommes réussissent à se procurer des pêches abondantes. En ^e, ils mandent le poisson tout frais , après l'avoir vidé et fait rôtir sur les charbons on cuire dans leurs fours en terre, en veloppé de feuilles vertes. Aux approches de rbiver, ils en dessèchent des provisions considérables pour leur servir durant la mauvaise saison, surtout diverses espèces de raies et de chiens de mer. Us mangent de grand appétit ce poisson sec , bien que Tes vers y pullulent^ Pour le préparer, ils se bornent à le tenir, durant quelques jours, exposé à Tardeur du soleil sur des plates-lormes plus ou moins élevées au-dessus du sol. Les coquillages de toute espèce et les crustacés , qui abondent sur leurs côtes, leur offrent encore une ressource journalière, dont ils savent tirer un grand parti. Quand il arrive que (]ue]qu'un des immenses cétacés qui vivent dans ces parages vient à échouer sur leurs rivages, sa chair est regardée par les Zeelandais comme Tun des mets les plus délicieux. Us accourent en fooie sur le dos du monstre marin, et se festoient à ses dépens durant plusieurs jours, même quand sa chair corrompue répand déjà une infection suffisante pour en repousser TEuropéen le moins délicat. On a vu des tribus rivales se livrer des combats
O DTJrviUe.
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sanglants pour«a4im>{^la MM»iOf d'une baleine éçbouee.Xegout pès Zte landais pour lai clmir dece cçtacé sub* slste encore chez ceux même qui ofit participéaux douceurs de la civilisatîpn. .La chair du requin, mctngo, n^'estp^s moins estimée. Crozet, Cook et Apoecson avaient déjà observé que ces naturels savouraient avec un plaisir ex,tréme le suif et la graisse des vea^ux marins. Les huiles de poisson puantçs, leur écume, même étaient pour eux dés friandises très-recherchées (*).
Quelques voyageurs ont observé qve ces hommes mangeaient une espèce de gomme. verte, dont ils paraissaient faire un grand cas. On ne sait pas encore bien quel arbre la fournit. Crozêt et ses compagnons en goûtèrent et lui trouvèrent une qualité fort échauffante; elle fondait facilement dans la bouche (**).
£n général, ces insulaires, surtout Jes esclaves, ne font aucune difficulté de manger les entrailles et toutes les parties des animaux que les Européens rejettent. Ils dévorent avec avidité ,1e biscuit pourri. Enfin plusieurs d'entire eux se régalent avec empressement de la vermine dont leur tête est souvent copieusement garnie (***).
Dans leurs aliments, les Zeelandtjs ne se jservent jamais de sel ni d'aucune . sorte d'épiceries. Ils n'aiment point les viandes ni les poissons salés des Européens. Un fait tort remarquable (****), c'est qu'ils ne connaissaient aucune sorte de boisson spiritueuse, et ne bavaient jamais que de l'eau. En général, ils détestent toutes les liqueurs fortes des Européens , selon Oruise ; mais ils savourent avec délices toutes leurs boissons sucrées, comme thé, café, chocolat, et sont très-friands de sucre. Ce n'est qu'à la longue , et par une sorte d'éducation nouvelle, quils peuvent s'accoutumer à l'usage du vin et du rhum; encore, dans. ce cas, renoncent-ils rarement à leur sobri^
(*) D'Urvîlle.
(") Idem.
(*•*) Idem.
(*"*) Ideou
IM
habituelld, et s'adonnent-ils très-rare* ment à l'ivresse. C'est un vice du moins qu'ils ne partagent point avec toutes les autres tribus polynésiennes, familiarisées avec ses effets par un usage immodéré du kava, La plante qui donne cette boisson, du moins une très-voisine (le o^per exceUum)^ croit cependant à laNouvelle-Zeeland , où elle porte le même nom; mais les naturels n'en font aucun usage (*).
M. H.Williams assura, il est vrai, à M. d'Urville, qu'ils faisaient quelquefois une liqueur spiritueuse avec' les baies d'une espèce d'arbrisseau {corioh ria sarmentosa, Forster); mais des naturels qu'il interrogea lui dirent au contraire que ces fruits étaient un poison ; ce qui rend ce fait au moins très-douteux.
1 cnism&
La cuisine de ces peuples est en cernerai fort simple, et se réduit à faire rôtir au four ou griller leurs aliments. Dans le dernier cas, Il sufGt de les
8 lacer sur des charbons ardents penant quelque temps, et c'est le moyen qu'on emploie pour les petites pièces , comme oiseaux, poissons, coquillages, ou bien quand le temps dont on peut disposer ne permet pas de les préparer avec plus de soin. Le poisson, une fois nettoyé, est enGlédans une broche en bois fichée en terre près du foyer. On a soin de la tourner de côté et d autre, jusqu'à ce que le poisson soit cuit. Quand il s'agît de pièces plus importantes , et même pour faire cuire à la fois une plus grande quantité de patates douces, de taros, ou de pommes dç terre, ils ont recours à leurs fours. Ce sont des trous circulaires, creusés en terre , de deux pieds de diamètre sur un ou deux pieds de profondeur. Quand les naturels veulent s'en servir, ils commencent par les remplir de pierres , et ordinairement de galets, qu'ils Îréferent à toute autre pour cet usage. iCS pierres une fois chauffées à rouge, on retire tous les tisons, en ne laissant que les charbons et .la braise, que
(♦; D'UniUe.
Ton entoure de broossaînes tremoéei ] dans l'eau , et que l'on recouvre d'an lit de feuilles vertes. Sur ce lit soot ^ placés les pièces de viande, le poinoa et les Jetâtes que l'on veut apprêter; ces objets sont encore recouverts de feuilles vertes, et quelquefois d'une natte (grossière en paille. On jette deni ou trois pintes d'eau pardessus, puis on recouvre aussitôt te four de terre.
On laisse cuire le tout, et, quand on | juge qu'il s'est écoulé pour cela un temps suffisant , on ouvre le four et l'on retire les mets. Préparés soirant ce procédé, leurs vivres ont un goût délicieux, et {e n'ai jamais mangé rien de meilleur, di t Cruise,que leurs patates et leur porc cuits de cette manière. On ne pouvait reprocher à la viande d'autre désagrément que d'être un peu charbonnée à l'extérieur. Les naturels la découpent ensuite avec des couteaax faits de coquilles de moules. tOiaque maison a. toujours près d'elle Ka ou plusieurs fours de cette espèce pour le service de ses habitants. Comme nous l'avons déjà mentionné, la cuisine est du ressort habituel des esclaves, et c'est de là qu'ils ont pris le nom de kouki de cook (cuisinier en anglais}' Dans les familles qui n'ont point d*esclaves, les femmes, dit d'Urville, remplissent ces fonctions qui sont humiliantes aux yeux des hommes. lis ont encore une manière fort simple d'apprêter le poisson , et qui équivaut à le faire bouillir. Après l'avoir nettoyé, ils l'enveloppent de plusieurs feuilles de chou ; ils le olacent sur une pierre plate chauffée aavance, et ont soin de le tourner de temps en temps , dç façon que la vapeur qui s'exhale des feuilles opère 1 effet de l'eau bouillante. Ainsi préparé, dit M. Savage , le poisson a un excellent goût (*). Comme en beaucoup d'autres lieux, les, sauvages de la Nouvelle-Zeeland allument du feu en faisant tourner verticalement et rapidement un morceau de bois dur dans un trou fait dans une pièce d'un bois plus mou; ce
(•)Croiet;Blos8CYillc; Rudicrford;Sf ^-age; et Cruise, cooip. pftr dUrville.
OCÉAN I£
moarement ressemble à odui du mousfoir à diooolat. Le premier de ces morceaux de bois se nomme kau-imré et rautre kou-toeU (*).
fUHCXSSB ATED6LB CULTITAinr LA TERBB.
Les principaux habitants de Rangui- Hou ont à Tepouna leurs jardins de
Satates douces. « Nous en trouvâmes, it M. S. Marsden dans son journal, an grand nombre à Touvrage dans leurs iots particuliers : les uns se servaient de bédies et de pioches qu'ils avaient reçues de nous; d'autres, de bêches de bois à longs manches et de la même lai^ur que la bêche anglaise; quelques-uns, qui n'avaient ni bêcheis ni pioches , retournaient la terre avec de
Eites spatules de trois pieds de long.
( bêches de bois et les spatules ne peuvent servir que pour les terres légères et qui ont été déjà travaillées. Ils ont un autre instrument de sept pieds de loDÇ, acéré comme un piquet; à deux pieds environ de la pointe est assujetti un morceau de bois, sur lequel se pose le pied pour aider à l'enfoncer en terre. Cet outil se nomme koko. Ils arrachent avec les mains toutes les mauvaises herbes, et les recouvrent'de terre à mesure qu'ils continuent à bêcher.
« Les naturels furent enchantés de nous voir, et tous à l'envi réclamaient des bêches et des pioches. Nous regrettâmes beaucoup qu'il ne fût pas en notre pouvoir de satisfaire leurs désirs. Nous voyions avec chagrin les pénibles fatijgues qu'ils endurent et le peu de fruit qu'ils en retirent , en travaillant avec leurs grossiers instruments.
« En traversant ces champs de patates, nous apprîmes que Chon^ui possédait un lot très-étendu, et qu'il se trouvait alors dans son jardin. Nous allâmes le visiter, et nous le trouvâmes au milieu de ses gens, qui étaient tous occupés à préparer la terre pour planter. Chougui nous reçut avec une grande poli-^ ^ » je vis sa femme travaillant avec
' (*) B'UnriUe et Kendall , Grammar of Reir-Zedand, p. i6i.
une snatule, tandis que sa petite fille, âgée de quatre à dnq ans , était assise Sûr le sillon que tniçait sa mère. Je connaissais l'âge de cette enfant ; car elle était née oans le pâ (village fortifié) de Chongui , à tcente milles environ de Rangui-Hou . la nuit même où j'y couchai la première fois que je vins dans la Nouvelle-Zeeland. La femme de Chongui me rappela cette circonstance , et ajouta qu^elle avait donné le nom de Marsden h la petite, en souvenir de ce que je me trouvais alors cliez eux.
« Cette femme a trente-cinq ans environ, et est tout à fait aveugle. VJ\e perdit la vue par suite d'une inflammation qui lui attaaua les yeux, il y a trois ans environ. Eue paraissait bêcher la terre aussi vite et aussi bien que ceux qui voyaient clair. Elle arrachait l'herbe avec les mains à mesure qu'elle avançait, puis elle la cardait sous ses pieds pour savoir où elle était ; ensuite elle bêchait et recouvrait enQn la mauvaise herbe avec la terre fraîchement remuée.
Je lui dis que si elle voulait me céder sa spatule, je lui donnerais en retour une bêche. Cette offre fut acceptée avec empressement, et elle envoya surle-champ sa fille porter sa spatule à M. Butler, et recevoir en échange .la bêche.
« Quand nous considérions la femme d'un des plus grands chefs de la Nouvelle-Zeeland, d'un homme qui possède d'immenses et fertiles campagnes , et dont le nom inspire la terreur à tous ceux qui habitent depuis le cap Nord jusqu'au cap Est ; quand , dis-je , nous' considérions cette femme travaillant péniblement avec une bêche en bois , malgré sa cécité, pour se procurer une modique provision de patates, ce spectacle excitait en nos cœurs des sensations et des réflexions étranges, tout à la fois agréables et pénibles ; elles nous animaient des plus purs sentiments de charité.
« Dans tous les districts que nous avons visités, nous avons trouvé les habitants généralement laborieux, autant que le permettaient leurs moyens ; mais leur industrie se trouvait comprimée
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L'UNrvfcRB.
par le défaut d'instruments d^agricultare. Il est inutile que nous produisions d'autre preuve de leur disposition au travail que celle que nous venons de citer. Si une femme du premier rang, tout aveugle qu'elle est, peut, par habitude, travailler dans ses champs avec ses serviteurs et ses enfants , à quel pointée peuple ne pourra-t-il point a'élever, quand il aura pu se procurer les moyens d'améliorer sa situation en periecttonnant la culture des terres! » ^