‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 32 sur 122 · ACCUEIL · texte numérisé non relu

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Lorsque lesNouveaux-Zeelandais ont à recevoir un étranger, un parent ou un ami de distinction , qu'ils n'ont pas vu depuis longtemps, le personnage le plus important de la tribu s'avance au-devant de lui avec une branche d'arbre à la main , et débite d'un ton grave et modéré une harangue plus ou moins longue , mélangée sans doute de compliments sur son arrivée, et de prières aux dieux pour lui accorder << protection ». Ce n'est qu'après avoir rempli cette formalité qu'il donne le salut (chongid) h son hôte, et souvent celui-ci répond par un discours semblable à celui QUI lui a été adressé.

M. Nichoias, se trouvant à Panake avec Touaî , observa la tante de ce chef, qui s'avançait à la rencontre de son neveu , à la tête de sa famille.

Tous marchaient en ordre , dans un

{)rofond silence et un grand reetieilement, tandis que la tante récitait des invocations ou prières à la divinité. M. Cruise nous a représenté Koro- Roro recommandant l'équipage du Dromedary aux soins de Tetone, chef du Chouki-Anga , ou ce navire devait se rendre, par un discours grave et solennel. Tetone répliqua par un autre discours, et qu'il débita en marchant, en gesticulant avec véhémence, pourdon- 'ner plus de force à seS'paroles.

Tous les voyageurs ont remarqué que ces naturels parlaient avec facilité et énergie ; leur organe est sonore , leur mamtien simple et aîsé , et leurs gestes ont une dignité naturelle trèsremarquable. Leurs discours sont tou-

jours écoutés de la part du peuple iicc une attention parfaite et dans uo jrdfond silence.

Quand deux troupes de guemesK rencontrent par hasard , les deux dxù s'avancent ordinairement I'ud au-devant de l'autre , s'adressent la harangue accoutumée , et quand ils ont reconnu que leurs dispositions sont mutuellement amicales , les guerriers des deux troupes exécutent tourà tour une danse guerrière , à la suite de laquelle ils jettent leurs lances. Depuis qu'ils ont des armes à feu , ils les déeliar^ent dans ces circonstances: c'est aussi le signal d'une réconciliation définitive, quand ils veulent terminer «ne querelle.

La danse guerrière et le simulacre de combat sont toujours de rigueur , lorsqu'une troupe de guerriers en marche veut témoigner sa haute considération à un chef, à une tribu , à des Européens auxquels ils vont rendre visite. Ces . malheureuses représentetions, faussement interprétée Gomine des menaces ou des provocations |»ar les Européens, ont souvent donne lieu de leur part à des actes d'hostilité très-fâcheux. En lisant la relation dii premier voyage de Cook, des exeiapl^ de cette nature se représentent à chaque instant.

salutàtiohs (*).

Gomme dans toute la Polynésie, les Nouveaux-2^1andais se saluent en se frottant les nez l'un contre Tautrc ( voy, pL 187 ) ; seulement ils ne prodiguent pas ce salut comme les autre Polynésiens^ et c'est un acte solennd de bienveillance et d'affection mutuelles. S'il faut en croire M. d'Urville, il y a dans cet acte , outre l'action physique du contact , une exhalation Icaw et forte des haleines des deux indjndus, comme pour les confondre. L'»" leine est pour eux l'emblème sensible de leurs esprits ou wcUdouas.

Leurs saints ordinaires d'homme < homme sont: pour l'arrivée, «W

(•) Cook , Marsden , Croise et dTJl*

OGÉANIE.

mo^ ra^ viens ici en bonne santé ; pour te départ, aire atou ra^ va-t*en en bonne santé ; ou iko hara , reste ici ; suivant que la personne à laquelle on s'adresse , arrive , s'en va ou reste.

«La plus grande marque de considération et d*attâchenient qu'un Zeelandais puisse vous donner, ditd'Urviiie, est le salut qu'il nomme chongxdy c'està-dire, de frotter le bout de son nez contre le vôtre. Comme tous les voyageurs, iepensaisd'abord que ce salut bizarre se bornait à l'attouchement des nez; mais M. Kendall m'expliqua que ce contact n'était qu'un simple accessoire extérieur , et que la base du salut consistait^ de la part des deux personnes, à exhaler doucement leur haleine et à la confondre. Leur haleine est en quelque sorte l'emblème sensible de leur waidoua^ uneémanationdirectedeleur âme; et if serait diflicîle de donner une juste idée de l'importance qu'ils attachent à cette partie immortelle de leur être.

«En effet, j'ai souvent examiné ces naturels quand ils se saluaient, et j'ai .reconnu la vérité de l'assertion de H. Kendall. Lorsque je voulus en demander la raison à Touai , il se contenta de me répondre : breaih , haleine , comme il le faisait toujours par une simple parole , quand il ne poume développer sa pensée d'une manière satisfaisante ; ^ais , par des signes et des -eestes , il indiquait que les souffles des deux personnes se confondaient ensemble.

•Au reste , il faut convenir que ces sauvages n'accordent jamais cette marrie d'estime et d'attachement d'une manière légère ou irréfléchie , comme ks Européens le font par leurs saints .ordinaires, et même par leurs accolades. Le plus souj^ent, ils s'examinent quelque temps , ils semblent étudier kurs sentiments naturels , quelquefois même ils parlent d'objets indifrérents avant d'eo venir au chongid , et ils ne se livrent jamais à cet acte qu'avec une gravité et un recueillement qui peuvent paraître ridicules à l'étranger .1041 instruit, mais qui ont quelque cboÙK de solennel pour celui qui con-

naît Tobjet de ce salut. J'ai vu Touai et Chongui , les premiers chefs dés deux tribus rivales de Kidi-KJdi et de Paroa , dans la baie des Iles , s'examiner, attentivement et causer un moment ensemble , puis se livrer tout à coup à ce témoignage authentique et sacré de leur union.

« Quand M. S. Marsden annonça à Te-Koke, chef de Pahia, la mort du ^% de ce chef, arrivée à Port-Jackson, et dont il venait de recevoir la nouvelle, Te-Koke se fit indiquer l'endroit de la lettre où se trouvait le nom de son fils, il y appliqua son nez, et après Ini toutes les personnes de sa famille; puis il se mit à gémir durant plus de deux heures sur cette perte cruelle.

« Lorsque ce salut s'applique à dés parents, a des amis dont on a été longtemps éloigné , il est toujours accompagné de soupirs, de gémissements, et même de cris plaintifs , qui durent d'autant plus longtemps , que l'affection est plus vive de part et d'autre.

Les voyageurs se sont plu à nous citer une foule d*exemples de ce genre, et à retracer les marques de sensibilité manifestées par les sauvages en ces occasions. Moi-même je ftis témoin de l'entrevue de Taï-Wanga avec son oncle Chongui , après une absence de dixhuit mois , et j'avoue que je fus véritablement touché. Souvent l*excès de cette sensibilité les porte à se déchirer la figure et diverses parties du corf^s pour mieux témoigner leur joie du retour d'une personne chérie, comme ils le feraient de leur douleur pour sa mort; tant ces naturels sont persuadés qu'ils ne sauraient assez témoigner la vivacité de leurs affections sans faire couler leur sang.

«Le mot chongid doit s'écrire é*honr gui, suivant la forme grammaticale, et c'est de là que le fameux chef de Kidi-Kidi tirait son nom. Ainsi la réunion des deux mots chongui et ika signifie littéralement, salut du poisson. On doit se rappeler que les Zeelandais accordent les honneurs divins à certains poissons monstrueux.

« Ces hommes, si pointilleux sur le salut chongvA, n'avaient aucune idée

du baiser ordinaire des Européens. Us 6enib[aient même ignorer coipplétementcette caresse entre personnes de sexe différent. »

MAKOCTOU ou ElfCHAlTTEMENTS.

Les Nouveaux -Zeelandais croient fermement aux enchantements, qu'ils nomment makoviou. C'est une source intarissable de craintes et d'inquiétudes pour ces malheureux insulaires ; car c'est à cette cause qu'ils attribuent la plupart des maladies qu'ils éprouvent, aes morts qui arrivent parmi eux.

Certiines prières adressées à Tatoua), certains mots pronono^s d'une manière particulière, surtout certaines grimaces, certains gestes, sont les moyens par lesquels ces enchantements s'opèrent : nouvel argument pour attester que partout les hommes se ressemblent plus au'on ne le pense.

Toutes les fois que les missionnaires, pour démontrer aux naturels Tabsurdite de leurs croyances touchant le tapou et le makoutou , leur ont offert d'en braver impunément les effets dans leurs propres personnes, les Zeelandais ont repondu que les missionnaires, en leur qualité d'arikis, et prot^és par un dieu très-puissant, pourraient bien défier la colère des dieux du pays, mais que ceux-ci tourneraient leur courroux contre les habitants, et \e& feraient périr sans pitié, si on leur faisait une semblable insulte (*}.

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