TIKOPIA
GÉOGRAPHIE
Tikopia, petite île située par le 12° latitude sud, a environ sept à huit milles de tour. Elle est élevée , montueOSe et hien boisée, hérissée de pitons, et de formation volcanique ancienne. Elle n'a point de port. On l'approche d'assez près .sur le bord de la mer. Dans le sud-est est un étang d'eau saumâtre, peuplé de canards sauvages.
BACE , FHTSIONOMIB ET CARACTÈRE.
Les habitants de cette île, grands, robustes et d'une couleur cuivre peu foncée (voy. pL 218 et 301), au nombre d'environ cinq cents , appartiennent à la race polynésienne.Maison y trouvedéjà un mélange d'unedes deux races noires de la Mélanésie, celle des Papouas, la
{)Ius belle des deux. Ils ppftent , comme es Carolins , les cheveux lojigs'.et flottants sur les épaules. Ils fëiir ressemblent beaucoup par leur bonté, leur douceur, leur gaieté et leur confîancei et, comme eux , ils se tatouent la poitrine et le dos. Nous les croyons , au reste, issus des Carolins. Quelquesuns , imitant les Mélanésiens de Yanikoro, mettent des anneaux d'éoaille de tortue à leurs oreilles et dans la cloison du nq^.
Dillon nous apprend , d'après ce qu'il a ouï dire au matelot Buchart, que les TlKapiens sont extrêmement doux , inoffensifs , généreux et hospitaliers , comme le prouve suffisamment raccueil
qu'ils ont fait à ce même Budiart, an lascar Joé et à une femme de Viti que Dillon y laissa, et qui y furent bien accueillis.
Ils n'avaient Jamais eu aucune com* munication avecd'autres bâtiments que le Hunter, en 1813 ; mais ils disent que, longtemps avant son apprition, un bâtiment s'étant présente en vue de l'île, ils s'imacinerent qu'il contenait de mauvais génies venus pour les détruire. Ce bâtiment mit son canot à la mer. et s'approcha de terre ; mais les habitants assemblèrent toutes leurs forces pour s'opposer au débarquement.
Les hommes au canot firent plusieurs tentatives pour débarquer, mais sans effet, et ils retournèrent à bord de leur bâtiment, qui appareilla aussitôt, et qui fut bientôt hors de vue, à la grande joie des Tikopiens. Le capitaine Dillon dit que ce bâtiment devait être le Bamwel,. tn 1798.
Quelques années après, une pirogue avec quatre hommes fut poussée par les courants de Rotouma (îles Grenviiie de la Pandore) à Tikopia, qui en est éloignée de 465 milles. On leur donna connaissance du bâtiment qui portait les mauvais génies; mais les Rotoumiens les détrompèrent et leur dirent qu'ils avaient fréquemment de semblables visiteurs à Rotouma, et qu'ils étaient touiours bien venus; car, au lieu d'être ae mauvais génies, les hommes des bâtiments étaient bons , qu'ils venaient d'un pays éloigné pour leur donner des objets de coutellerie et. de verroterie. Le Hunier était le premier bâtiment qui se présentait à Tikopia depuis cette époque , et les habitants furent très-heureux quand ils l'aperçurent.
MOEURS ET COUTUMES » RBUGION . GOUVER- NEMENT , INDUSTRIE, iTc.]
Plusieurs usages de «oçS; indigènes sont extraordinaires. Le .capitaine Dillon fut surpris du grand nonibre de femmes que l'on voit à Tikopia; il est au moins trois fois plus considérable que celui des hommes; il apprit que tous les enfants mâles, à 1 exception.
je& deux atnés , sont étranglés dès laur naissance. Ils donnent pour raison que la population de leur petite île est si grande, que, sans cette mesure, ses produits seraient insuffisants pour nourrir les habitants qui sont au nombre d'environ dnq cents. Le sol est très -fertile; néanmoins il y a rareté de provisions. Ils vivent principalement de végétaux, n'ayant ni S ores ni volailles, qui sont si abonants sur les autres Iles. Ils en avaient autrefois, mais ils fureut considérés comme des animaux nuisibles, et, comme tels, exterminés d'un consentement général. Les porcs détruisaient leurs plantations d'ignames, de patates, de taros et de bananes, qui , avec les fruits de l'arbre à pain , les nçix de coco et le poisson , forment leur nourriture. La grande profondeur de l'eau autour de l'tle rend le poisson rare. Le Prussien Buchart se plaignait beaucoup de cette diète forcée; car, à rexce(>tion d'un peu de poisson qu'il avait goûté de temps en temps, il avait été onze années sans goûter de nourriture animale. Un baleinier anglais, qui toucha dans ce lieu , un an avant le Saint' Patrick y le régala deux ou trois fois avec du porc; ce qui , a[)rès un long jeûne, lui procura un plaisir extrême.
L'île est gouvernée par un chef, ayant sous ses ordres quatre petits chefs qui font l'ofGce de magistrats. Ils vivent paisiblement ; ils n'ont jamais de guerre entre eux ni avec les voisins, ce qui peut être attribué à leur diète pythagoricienne; mais cela ne les empêche pas d'avoir de la propension pour le vol ; et quoique la punition soit très-sévère pour celui qui est pris en flagrant délit , les gens de la basse classe s'entrevoient lés fruits de leurs jardins et de leurs plantations. Si le voleur est arrêté , il est conduit devant un chef, et, sur la conviction du fait , son terrain et sa propriété sont saisis au proGt de celui qui a été volé, et il est quelquefois forcé de changer de canton , en attendant,disent-ti s, i\\x'Atoua (Dieu) punisse les voleurs et les fasse mourir. Le premier chef se nom me aujourd'hui Kafeka.
La pluralité des femmes est permise
à Tikopia. La cérémonie du mariage est curieuse. Quand un homme veut se marier, il consulte d'abord poliment l'objet de ses affections ; et si elle agrée ses offres , et que les parents y donnent leur consentement, il envoie trois ou quatre hommes de ses amis pour l'enlever, comme si c'était de force. Il adresse ensuite en présent, aux parents de la fiancée, des nattes et des provisions, et les invite chez lui à une fête qui dure ordinairement deux jours. On soumet le consentement au chef, et lorsqu'il l'a donné, les époux lui apportent un panier de fruits.
Ils sont très-susceptibles sur la fidélité des femmes mariées. Une femme surprise en adultère peut-être mise à mort avec son amant par le mari, mais l'infidélité est assez rare et le mari use rarement de ce terrible droit de la force. Les femmes non mariées sont libres dans leur conduite.
A la naissance d'un enfant, les amis du père et de la mère s'assemblent et apportent des présents à la nouvelle accouchée. On laisse la vie à tous les enfants du sexe féminin.
A la mort d'un naturel , ses amis viennent chez lui, l'enveloppent soigneusement et avec beaucoup de cérémonie dans une natte neuve , et le placent dans un trou préparé près de sa demeure.
Un fait curieux dont se rendent compte difficilement ceux qui necroient pas à l'apparition des revenants , c'est que cette croyance est universelle parmi les insulaires de la mer du Sud; et il n'est pas présumable que ces idées leur soient venues de l'ancien monde.
A Tikopia , il existe un grand bâtiment appelé, dans le langage des habitants, la maison des Esprits. On suppose qu'ils y résident; et à rapproche d'un coup de vent ou d'un orage, circonstances qui alarment extrêmement les insulaires, ils accourent à cette maison, et y demeurent aussi longtemps que l'orage , faisant des offrandes de racines de kava, de noix de coco et autres mets.
Ils s'imaginent que l'orage est causé par le chef des esprits , qui , quand
MS
quelque chose lui dëplatt, monte sur Id Dartie la plus élevée de llle, et manifeste sa colère en faisant naître une tempête , et fis croient que., quand il est apaisé pardes offrandes, il retourne à la salle des esprits.
Leur nourriture ordinaire consiste en fruits à pain, ignames, taros, cocos, Jbananes, evis, poissons volants, etc.
Il paraît qu'ils préfèrent le requin aux autres poissons.
Les cocos appartiennent à tout le monde; cependant les chefs en ont la plus grande partie.
Ijes Tikopiens font un repas cuit chaque jour, de quatre à cinq heures du soir; le lendemain ils en mangent les restes froids, et tout le long du
I'our, ils consomment des cocos et des >ananes.
Voici comment ils préparent leurs aliments. Ils font un trou circulaire d'environ trois pieds de diamètre et d'un pied de profondeur. Ils y mettent du bois, et quand ce bois est suffisamment brillé, ils y jettent un certain nombre de petites pierres noires du poids d'environ un quart de Irvre :
celles-ci rougissent bientôt, et, à mesure que le bois se consume, elles tombent dans Texcavation , qu'elles finissent par remplir; on les recouvre alors promptement de feuilles vertes ou d'herbes non susceptibles de s'embraser, et sur lesquelles on place des ignames , des fruits de l'arbre à pain , des patates, ou tout autre qui doit subir une cuisson. Par-dessus, on met quelques feuilles , puis une couehe de la terre sortie du trou , que Ton étale et que Ton tasse tien , de manière à renfermer les aliments et à empêcher la chaleur de s'évaporer. Une heure après, la tprre est enlevée , et les mets sont retiré parfaitement cuits et d'une propreté remarquable. Les habitants de ciiaque maison se construisent chaque soir un four semblable, et au soleil couchant, ils font un très-bon repas. Les restes , quand il y en a , sont réservés pour le déjeuner du lendemain. Quand il n'y en a pas, ils font un léger déjeuner avec des noix de coco et quelques bananes.
Les Tikopiens fbnt usage de noix de bétel et de chounan (chaux). Ils sont très-propres sur leurs personnes, et se baignent, plusieurs tois par jour, dans de petits ruisseaux d'eau fraîche, qui sont nombreux dans l'fle. Il y a un lac d'eau douce très-profond dans la partie méridionale, sur lequel on trouve un bon nombre d'oiseaux sauvages.
Ces indigènes n'ont que de très-petites pirogues qui ne peuvent contenir que six personnes. Ils bornent leurs voyages a l'tle d'Onate, située à environ soixante milles au vent, et aux tles de Vanikuro , à la même distance sous le vent.
Les vents du nord-ouest régnent à Tikopia pendant les mois de décembre, janvier, février et mars ; il sont accompagnés de fortes pluies et d'orages. Le capitaine Dillon présume que c'est la mousson du nord-ouest qui règne alors dans les mers de Banda. Ces vents soufflent parfois avec beaucoup de violence.
La population est répandue dans quatre villages qui sont : Laven-ha^ Namoy OtUa et Fàéa,
Le grand prêtre , nommé Taouradoua, est le ministre du premier chef.
Il a trois autres prêtres sous ses ordres ; ces derniers font les mêmes gestes que le grand prêtre dans les cérémonies religieuses , mais ils ne peuvent pas parler.
Chaque chef a son dieu :un poisson, dont nous ignorons le nom, est le dieu de Kaféka. La murène est le dieu de Taoumako ; c'est , d'après les Tikopiens , le dieu de la mer, qu'ils nomment Atoua d^ Ta!. Le dieu du ciel, nommé seulement Atoua , est le dieu de Fan-haréré. La roussette (chauve* souris) est le dieu de Tafoua. On la nomme aussi Àtotia-tapou,
Avant de manger, les Tikopiens jettent par terre une petite portion de leurs aliments, quils oUrent aux dieux. .
A la mort d'un de leurs parents , Ils se déchirent quelquefois la peau jusau'au sang. Les chefs sont enterrés dans leurs maisons. ,
Dans les cérémonies religieuses , les
OCÉAIHIE.
femmes reçoivent des bommes leur nourriture. Ceui-ci la leur donnent derrière le dos.
Il y a dans Ttle plus de femmes que d*hommes. Les hommes aiment beaucoup mieux avoir des garçons que des filles. A la naissance cTun garçon, on vient les féliciter et leur faire des cadeaux. On ne fête pas la naissance d'une fille.
Les jeunes Tikopîens ne veulent pas se marier avec les veuves ; mais les veufs du pays se marient avec les jeunes filles , tandis que les étrangers ne peuveut épouser que des veuves. Le lascar Joé a épousé une veuve qui a de grands enfants de son premier mari; n allait souvent chez cette femme, qui lui demanda un jour s*ii voulait se marier avec elle. Le lascar ne répondit ni oui ni non. Aussitôt la veuve le barbouilla de rouge, et le mariage eut lieu.
Les jeunes filles s'abandonnent quelquefois ; celles-là seulement, et même rarement, se rendent coupables de la mort de leurs enfants.
Le suicide est très-rare dans cette île.
Les Tikopîens n'ont point de guerre entre eux , ni avec leurs voisins. Quand ces bons Insulaires se disputent, ils sont grondés par les chefs, qui leur disent que les esprits les feront mourir.
Ils ne Drennent point le kava; le
{)rétre seul ^oûte cette liqueur dans es cérémonies religieuses; il la répand sur la terre en Foffrant à Dieu.
Un Tikopien, presque centenaire, disait que VÀstrolabe était le huitième navire qu'il avait vu. On ne voulut point permettre à l'équipage du fremier de ces navires de descendre terre. Le second qui visita Tikopia leur donna des- cercles de barriques dont ils firent des haches et des couteaux. Jusqu'alors ils ne s'étaient servis que de pierres. Les insulaires n'ont point eu de querelles avec les divers étrangers qui les ont visités.
Le centenaire racontait que, du temps de son père, des piro/^ues de Ton<;a- Tabou vinrent leur tuire du mal. On conserve comme autant de trophées à
Tikopîa, dans la maison des esprits, quelques fragments des pirogiues de Tonga-Tabou, dont, à cette époque, ils étaient parvenus à s'emparer.
Le nombre ordinaire des enfants dans chaque famille varie de trois à huit. Il existe peu d'exemples de stérilité dans l'un et l'autre sexe. Les accouchements sont extrêmement faciles. On n'entend' pas parler de femmes mortes en couches. Les avortements n'ont jamais lieu. La durée de la lactation est de trois ans.
La lèpre est à peu près la seule maladie qui règne parmi eux.
Il y a un médecin à Tikopia, dont l'huile de coco administrée en frictions est le remède universel. Ce médecin se nomme Brinotaou: il a une maison dans chacun des villages suivants :
Outa, Pïamoet Faéa.
Les travaux de l'homme et de la femme consistent surtout à aller chercher des aliments; les femmes fabriquent les vêtements et travaillent plus que les hommes. Ceux-ci construisent les pirogues. Le grand charpentier, Bere-ciakiy diriçe tous les travaux de ce genre; il réside à Namo. Les Tiko-
giens labourent la terre avec des insruments de bois. Ils se servent pour la pêche de lignes et de filets.
Un homme qui n'a rien à manger peut aller se pourvoir de fruits et de légumes dans le champ d'autrui , personne ne l'en empêche.
Il y a très-peu de femmes publiques.
Ce sont exclusivement des veuves qui se livrent à ce genre de commerce, qui se fait ordinairement la nuit.
Les Tikopiens croient à une vie future et ils sont persuadés que toutes les âmes vont dans le ciel. M.Guimard demanda à l'un d'eux s'il croyait à la punition des méchants et à la récompense de^ bons, il lui répondit trèsnaïvement : // n'y a pas ae méchants parmi nous.
Ils n'ont ni augure ni devins. Avant d'enterrer les morts, ils ont soin de les peindre en rouge.
Les chefs ne sont pas autrement tatoués que les hommes du peuple. Le tatouage se pratique avec une arête dd
poisson fendue en cinq parties, qu'ils nrappent avec une longue baguette.
Deux espèces de tatouage existent parmi eux, celui de Tikopia et celui de Kotouma.
Ils se baignent très-fréquemment.
Ils dansent Quelquefois toute la nuit y quand il fait clair de lune.
Les colliers, les bracelets, les pendants d'oreilles , sont les parures ordinaires des hommes et des femmes.
Ils divisent Tannée par lunes.
Ils désignent les quatre points car* dinaux par les noms suivants :
FagaUou qui répond au nord :
Parapou au sud, Ton-ha à Test, Kaki à Touest.
Ils ont des manufactures d'étoffes fabriquées avec le mûrier-papier.
Ils n'ont point d'instruments de musique. Dans les danses, ils battent la mesure avec deux bâtons, dont ils frappent une planche qui leur^sert de tambour.
A la mort d'un chef, c'est le fils qui succède; à défaut, c'est le frère; c'est encore le frère , si le fils est trop jeune.
Les naturels, avant de parler à leurs chefs, quand ils vont leur demandqji quelque chose, embrassent la terre devant eux.
A l'époque du départ du capitaine Dillon , beaucoup de Tikopiens furent pris d'une toux épidémique (c'était peut-être la grippé)\ ils s'imaginèrent que le capitaine Dillon leur avait apporté cette maladie. Quinze à vingt jours après le départ de ce dernier, voici ce qu'ils firent pour mettre un terme à cette affection: ils construisirent une petite pirogue, la garnirent de bouquets; les quatre fils des premiers chefs la portèrent tout autour de l'île; toute la population tikopienne assistait à cette solennité; les uns frappaient sur les broussailles , d'autres jetaient de grands cris ; revenus au lieu du départ, a Faéa, ils lancèrent la pirogue à la mer.
Cette cérémonie a lieu toutes les fois qu'une épidémie exerce ses ravages à Tikopia.
Les rats et les roussettes sont les seuls mammifères de cette île. On y a trouvé des colombes, des perroquets, des canards et fort peu d'insectes. Les mollusques, plus nombreux, offrent des nérites, des cônes, des buccins, des mitres, des colombeiles, des Jk)urpres , des fuseaux , des strombes , etc. , comme nous le voyons dans le journal deM. Gaimard, à qui nous avons cmprunté« ainsi qu'au capitaine Dillon, la plupart des détails précédents sur cette île et ses habitants.
EXPLORATIOU.
Une excursion de M. de Sainson nous donnera une heureuse idée de ces insulaires.
« Il y avait une heure, dit cet artiste habile et spirituel, que nous avions quitté la corvette pour nous rendre à terre, lorsque nous rencont;râmes le banc de corail, qui s'avance à une grande distance dans la mer, et le canot s'y trouva arrêté. Beaucoup de naturels s'étaient assemblés sur ce récif, et, dès que nous sautâmes à l'eau, chacun de nous se trouva environné et soutenu par trois ou quatre indigènes.
Cette politesse empressée nous fatigua d'abord; mais nous en ressentîmes bientôt les bons effets. Le corail était fort inégal, et les eaux cachaient çà et là de grands trous, qu'il était difficile de distinguer à travers les couleurs éblouissantes du fond. Malgré la précaution de nos guides, nous ne hissâmes pas de tomber quelquefois avec eux dans ces pièges sous-marins, et chacun s'en retirait avec de grands éclats de rire.
«Lorsque nous touchâmes le sable de la plage, ce fut autour de nous une véritable foule curieuse, empressée, mais dont tous les visages respiraient la joie et la douceur. C'était à qui nous toucherait la main en signe de bienvenue, à qui surtout remplacerait nos officieux gardes du corps , qui , mouillés comme nous des pieds à la tête, n'avaient pas abandonné leur poste, et nous soutenaient toujours avec la même sollicitude, bien que notre mar-
OCÉANIE
die sur le sable uni fut alors très- Assurée*
«Au détour d'une roche immense qui s'élève sur la côte, nous nous trouvâmes au milieu de quelques cases , sur une petite place autour de laquelle une riche végétation répandait un véritable ombrage. Les chefs de Hle, rassemblés en ce lieu, étaient assis les jambes croisées sur de longues nattes ^ et la population se tenait respectueusement derrière eux. Arrivés a quelques pas de ce vénérable conseil , nous fûmes invités à nous asseoir; nous obéîmes aussitôt, et formâmes devant rassemblée un cercle, dont Martin Buchart, matelot prussien, occupa le milieu en qualité d'interprète. Le Prussien déposa nos présents aux pieds des chers : c'étaient des haches et des étoffes; puis il entama un discours assez long, qui fut écouté avec un calme parfait. Les chefs nous firent répondre qu'ils souhaitaient que notre navigation fût heureuse, et qu'ils nous reverraient avec plaisir, si nous revenions à Tikopia (voy. pi. 219). Cette cérémonie de présentation accomplie, nous devînmes libres de nous pro« mener, et nous nous levâmes , à notre grand contentement; car le Prussien s'était laissé entraîner un peu loin , en traduisant notre courte harangue.
«Autant que nous le permit l'heure avancée, nous parcourûmes les environs , et nous tûmes ravis de la fraîcheur et de la richesse des ombrages, à l'abri desquels ces peuples paisioles ont bâti leurs simples nabrtations. L'île
Sarait être un ancien cratère , dont un es cotés se serait éboulé dans la mer : c'est par cette brèche qu'on y aborde.
L'intérieur du cratère est couvert d'une admirable végétation; vers le milieu de rile, un lac limpide, et que les naturels disent très-profond, occupe la place où probablement bouillonnait le volcan. I^ous vîmes dans cette course rapide très-peu d'oiseaux, une charmante espèce de canard , sur le lac et sur le récif différentes variétés de poissons faciles à saisir, mais que les naturels fuyaient avec horreur. Ces poissons étaient des dieux , des cUouas,
qui piquent impitoyablement les pieds de leurs adorateurs, quand ils vont sous les eaux du récif chercher quelques coquillages pour leur nourriture.
« Les indigènes qui nous escortaient nous rappelaient nar leur douceur et leur prévenance les moeurs paisibles des îles Tonga. Nous étions étonnés de voir des hommes si bien constitués, d'une si haute taille, donner carrière à leur joie à la manière des enfants ; ils la témoignaient par des rires, des gambades et des cris enfantins, et secouaient leur longue chevelure comme les jeunes chevaux agitent leur crinière. Ils cueillaient des fleurs, s'en faisaient des guirlandes, et nous en affublaient aussi; tout enfin chez eux respirait l'innocente gaieté d'une nature leune et insouciante. £n effet, le monde est pour eux si petit et la vie si simple, ils sont si heureux sur le coin de terre * ignoré qui suffit à leurs besoins, que lx)n comprend comment ils n'ont point encore les passions qui désolent le reste du monde. Il faudrait parmi eux bien peu d'Européens pour changer cette douce existence.
«La racedeTikopiaest belle: les hommes, quoique grands, paraissent agiles et dispos, et les traits de leur visage sont généralement agréables. On rencontre parmi eux quelques types de figures d'une beauté parfaitement régulière. Ils ont peu de barbe, et porlisnt leur chevelure longue et pendante sur le dos. Une ceinture et une petite étoffe composent tout leur vêtement; ils y ajoutent, pour se délivrer des insectes, de longues feuilles de vaquois, ^i leur battent le corps par leur élasticité, et, dans cet accoutrement, ils ressemblent assez à un fleuve de la mythologie. Le tatouage bleu-noir qui couvre leur poitrine figure un plastron du dessin le plus élégant; sur leur visage, ils se contentent d'inciser quelques petites images de poissons. Si nous ajoutons quMis se frottent le corps et les cheveux d'une substance d'un jaune safran, nous aurons esquissé le portrait en pied -d'un indigène de Tikopia. Les femmes sont plus blanches que les hommes, si l'on en juge par les
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parties du corps où Tenduit jaune a disparu : leur taille est plus haute et surtout plus élancée que celle des autres femmes de la Polynésie; elles portent les cheveux ras, et leurs formes n'offrent rien de désagréable. J'ai re- ' marqué chez quelques-unes un sein fort développé, sans que les contours en fussent altérés. Au ^este, il faut convenir que nous avons vu peu de femmes dans notre courte exploration; on peut aussi se permettre de penser que celles qui se sont offertes volontairement a nos regards avaient, malgré toute Finnocence possible, la conscience de leur mérite. »
KATIGATION.
La navigation des Tikopiens s'étend aux tles environnantes; ils la poussent iDéme à quarante ou cinquante lieues, . malgré la fragilité de leurs embarcations, les plus imparfaites qui existent peut-être après celles de l'Australie.
L'arbre i dit M, Quoy, qui forme le corps de leurs pirogues, n'est creusé que d'une rainure, danslaquellë les pieds ne peuvent se placer qu'en les présentant drms lesens de leur longueur; un balancier est d'un côté, et de l'autre une petite plate-forme ; la voile est triangulaire, ou plutôt en forme de cœur très-échancré par le haut. I>e moindre clapotis rem-, plit d'eau ces pirogues, qui portent de trois à six individus. Lorsqu'ils se hasardent en pleine mer, ils ferment le dessus de l'embarcation , qui ressemble alors à un morceau de bois creux. C'est de cette manière que s'aventurèrent les cinq Tikopiens que nous avions à bord, lorsquils voulurent regagner leur Ne. Ce ne fut pas sans avoir des craintes sur leur sort que nous les vîmes partir le soir et se guider par les étoiles. Tout le monde s'empressait de faire des cadeaux à ces bons habitants ; ils emportèrent en biscuit des vivres pour plus d'un mois, que leur donnèrent les matelots. Ces tentatives hasardeuses prouvent, du reste, la manière dont la plupart des archipels et des lies du grand Océan se sont
peuplés, et la contiguïté des deux races différentes dans le même groupe d'Iles. Un fait qui s'est passé il y a quelques années, rend compte de la manière dont Tikopia a pu être peu-
f)lée de Polynésiens , tandis que toutes es îles d'alentour ont des noirs pour habitants. Parmi les Tikopiens qui vécurent avec nous, il y en avait un âgé de quarante ans, qui nous dit qu'il était des îles Tonen, distantes d'au moins deux cents lieues. Étant fort jeune , il était sorti de Vavao (je crois) ^ dans une assez grande pirogue, avec huit des siens» De forts vents et les courants tes jetèrent rapidement au large; bientôt ils ne purent ni se diriger ni retrouver leur route. Abandonnés ainsi à la merci des flots, ils eurent à souffrir une horrible abstinence jusqu'à ce qu'ils furent jetés sur Tikopia. Autant qu'un enfant de sept à huit ans peut se souvenir, il dit qu'aucun d'eux ne mourut. Le jeune Espagnol que nous prîmes aux Vtti nous raconta que pendant son séjour il y vint de cette manière une pirogue de Retourna. Les relations des voyages citent plusieurs autres faits semblables, qui devraient faire cesser toute discussion relative à la manière dont les tles qui nous occupent ont été peuplées, ou du moins qui devraient taire que Ton s'entendît mieux dans une circonstance où tout ce qui est secondaire parait si simple (').
ILES FATAKA BT ANODDA.
L'île Fataka apparaît sous la forme d'une mitre, qui lui lit donner, en 17-91, par le capitaine Edwards, son découvreur, le nom d'Ile Mitre.
L'île Anouda fut découverte, en 1791, par Edwards, qui la nomma Cherry; revue par Kroucheff en 1822, et en 1828 par d'Urville. C'est une petite île peu élevée, ayant trois milles de circuit au plus, et peuplée par une tribu polynésienne. Le capitaine d'Urville a fixé sa position par 1 1° 37' latitude sud, et leT" 2T longitude est.
Ces deux îlots, avec les deux bancs
OGEANIE.
MT
Pandort et ChaHotte, déconyerts, le premier par Edwards, en 1791 , le second par Gilbert, en 1788, paraissent être des pnoints culminants de la chaîne 80us-marine qui, dans Test, se pro* longe par les Iles Retourna, Wallis, Allou-FatOQ et Samoa, et qui, dans l'ouest, a pour point d'attache Tiko' pia, Vaniioro, Aitendi et les ilee Sa*
lOIllOQ.
AOTOnMA.
Cette tle fut découverte, en août 179!^, par le capitaine Edwards, qui la nomma lie GranviUe. Wilson du I>uff la visita eh 1797, et elle lui parut populeuse et fertile. M. Duperrey y parut le 1*' mai 1824. Le milieu de rile est situé par 12'» 30' de latitude sud , et 174<* 66' longitude est. Elle a environ huit lieues de circonférence, six milles d'étendue de Test à l'ouest, sur deux milles environ de large. Elle est montagneuse, de médiocre hauteur, très-hachée, surtout vers son extrémité nord, qui semble être détachée et former un îlot. Une montagne de cette partie est brusquement coupée du coté de File. En dedans, on découvre une plage qui s'enfonce un peu dans les terres , et semble former une petite baie. L'extrémité sud se termine en pointe basse,, au bout de laquelle s'élève un morne conique.
Deux îlots, l'un très-plat, sont à deux ou trois milles de 1 extrémité nord.
Lf*île est enveloppée d'une ceinture de terres basses sur lesquelles sont les habitations. Dans l'ouest se trouve un récif isolé de quatre milles d'étendue du nord-est au sud-ouest , sur lequel sont semés plusieurs îlots , et qu'il est fort prudent d'éviter. Les pointes avancées sur la mer sont couvertes de cocotiers. Cette terre, en général, parait singulièrement riche en végétaux. Partout elle est cultivée avec le plus grand soin , et son sol est excessivement fertile. L'aspect de Rotouma est, comme celui de Ca plupart des îles du grand Océan équatorial, très-riche en verdure, et par conséquent très-agréable à l'œil. Les montagnes paraissent avoir une origine volcanique. La ceinture qui
l'enveloppe est formée de murailles de coraux. La population de l'île peut être évaluée à environ quatre mille Ames.
« Vers dix heures du matin, dit M.
Lesson, nous aperçûmes^ à une grande distance, cinq ou six pirogues qui nageaient vers nous. A mesure cfu'elles approchaient, d'autres paraissaient, et leur nombre ne fit que s accroître. Bientôt elles nous accostèrent. Les naturels montèrent à bord sans hésitation et sans montrer de crainte. Quelques-uns seulement, demandant sj le navire était tctboUf attendaient qu'on le leur permît. Le pont fut bientôt couvert de naturels, dont le nombre s'élevait à plus de cent cinquante, et près d'une quarantaine de pirogues pagayaient le long de la corvette. Ces hommes étaient comme de véritables enfants ; ils parlaient et gesticulaient tous à la-tois.
Tout leur faisait envie : chacun d'eux étalait sa marchandise^ et ils donnaient pour des bagatelles des cocos, des bananes, quelques volailles , des casse-téte, et surtout des nattes très-fines, manufacturées avec beaucoup d'adresse. Ces Insulaires nous donnèrent cependant de justes sujets de plainte, parce qu'ils sont enclins au vol, comme le sont presque tous les peuples dans l'enfance de la civilisation. Après avoir passé la
glus grande partie du jour à bord , les lOtoumiens regagnèrent leur île au coucher du soleil , non sans nous presser vivement de les suivre à terre , où ils nous promettaient , par les gestes les moins équivoques , des femmes et des vivres en al)ondance. Un chef, dont j'avais gagné l'amitié, voulut m'emmener à toute force, et, pensant me séduire plus aisément sans doute, m'envoya un ifégime de bananes et ms barbouilla de poudre rouge et jaune, en me serrant tendrement dans ses bras. Ennuyé de l'obstination de mes refus , il jeta les yeux sur un Anglais , ancien convict, occupé à la manœuvrO| et fut assez heureux pour le décider « Sa joie paraissait inexprimable.
« On peut concevoir l'étonneinent que nous dûmes éprouver, lorsque dans les pirogues qui nous accostèrent , nous entendîmes parler une langue euro-
péenne. Quatre des matelots anglais , déserteurs du Rochester, vinrent à bord et nous donnèrent le détail de leurs aventures; ils étaient habillés de la même manière que les sauvages, c'est-à-dire qu'ils n'avaient comme eux qu'une natte qui leur enveloppait le milieu du corps. Depuis leur séjour dans rtle, on les avait tatoués de la même manière que le sont les indigènes, et ces dessins, agréables«t légers, ressortaient ^rfaitement sur leur peau blanche, quoique leurs épouses les eussent abondamment barbouillés de poussière jaune, de curcuma , pour les embellir et faire leur toilette, suivant la mode du pays. Un de ces hommes, £3itiguéde la vie paisible qu'il menait, regrettant sa famille et sa patrie , demanda et obtint aisément oe s'embarquer à bord (*). Les autres nous dirent qu'ils finiraient leurs jours sur cette terre, et que la vie molle et pa):esseuse de ces heureux insulaires avait pour eux les plus grands charmes. Ce tableau de félicité séduisit deux des matelots oue nous avions pris à Sidnev; et, réfléchissant à la misère qui les attendait inévitablement dans leur patrie, ils préférèrent s'y soustraire en se livrant a ifne existence douce et abondante obtenue sans fatifçues et sans travail.
Toutefois il est fâcheux de dire que le voisinage de Port-Jackson empoisonne maintenant de convicts lés ties de la mer du Sud , et le premier usage que ces déserteurs font de leur liberté est d'indisposer les naturels contre les Européens , qui les ont repoussés de leur sein et flétris. A Retourna, les habitants s'empressent d'accueillir ces nouveaux venus, de leur fournir des logements , des épouses et des vivres.
Avant l'arrivée des marins du Rochester, ils avaient porté au rang de chaou
(*) Il se nommait William John , de Northumberland. Il était tonnelier de son état , et d'un caractère doux et honnête , d'un.bon jugement, ayant quelque instruction. Il donna des renseignements assez intéressants sur les mœurs des insulaires, parmi lesquels il a vécu quelque temps. M. J. de Blosseville les rédigea et les coiftmuniqua à M. Lesson qui nous les a transmis
ou roi , un noir africain, oonvict échappé de la Nouvelle-Galles sur le brick Macquariey destiné à la pèche des phoques. Singulière destinée que celle de ce noir acheté sur la côte d'Afrique, conduit en Europe , puis condamné à l'exil en Australie, et qui termine ses jours en régnant sur une tie délicieuse au milieu de la mer du Sud ! »
Les naturels de Rotouma appartiennent à la race polynésienne oans toute sa pureté, et ressemblent singulièrement aux Taîtiens; mais, en général , leur taille est mieux prise , plus développée, et la rondeur des contours mieux dessinée (voy. pi, 215). Ils forment, ainsi que les Tikopiens , par leur douceur, un étonnant contraste avec les cannibales de la Nouvelle-Zeeland, dont nous avons si longtemps entretenu nos lecteurs , et cependant ils appartiennent à la même race par leur organisation et par leur langage.
Les Rotouiniens ont une telle sym-
I)athie pour nous, qu'ils appellent de oin les navires des papalanguis (blancs) (voy. pL 216) pour leur donner l'hospitalité , et non pour les dépouiller, les assassiner et les dévorer, comme ont fait souvent les Zeelandais lorsqu'ils avaient à se venger de quelque outrage ancien ou nouveau.
Le 1'' octobre 1827, le capitaine Dillon mouilla à Rotouma, mais il n'y passa que quelques heures. Les cochons ayant été taboues, il ne put en acheter. Trois déserteurs du RockAéer et cinq autres Européens se tro^ivaient sur rtle. La plupart avaient deux ou trois femmes et plusieurs enfants. Les naturels volèrent quelques bagatelles aux marins de Dillon , et un d'eux fiit surpris dérobant one pince de fer; Je chef pria aussitôt Dillon de faire fusil 1er le coupable. « Pourquoi voulez-vous qu'on le tue? lui demande ce capitaine. — Parce qu'on aurait pu punir un innocent pour lui , répliqua le chef. Pious avons sur Hle un certam nombre de voleurs qui se mettent à notre suite quand nous allons rendre visite à d'autres chefs; ils entrent dans les maisons avec nous, et, après avoir commis quelque vol , ils cherchent à s'évader.
OCÉANIK.
S'ils y parviennent , le chef volé s'en prend a tous leurs compagnons ; ses gens tombent sur ceux du visiteur, et quelquefois massacrent tout le monde.
Si rhomme qui voulait prendre votre morceau de fer eût réussi, vous auriez pa me mettre à mort, puisque je suis en votre pouvoir; c'est pourquoi je TOUS ai prié de tuer celui qui mettait ainsi ma vie en danger. »
Le dernier navigateur qui ait visité Rotouma est M. Legoarant de Tromelin-, il parut devant Tîle au mois de mai 1828, et voici le passage de son Journal relatif à sa relâche : « Le 26 , j'arrivai devant Rotouma par IS*» 30' latitude sud , et ]74o 40' longitude est, et l'y mouillai dans le nord-est à un mille de terre. Cette île a environ sept lieues de tour; elle est composée de terres basses, et d'autres de moyenne hauteur. Elle possède une population d'environ cinq mille habitants, assez bcllerace rouge cuivrée, cheveux longs, les meilleures gens possible, un peu subtils pour s'approprier les obiets en fer; mais nous n'avons pas eu à nous en plaindre y ayant eu la précaution de ne laisser monter à bord que les chefs, puis les ieunes filles, qui eurent la curiosité de nous rendre visite en assez grand nombre , et qui , presque toutes, nous tinrent compagnie pendant les trois jours que nous nous y arrêtâmes.
L'tle est en général bien cultivée, mais on y manque de beaucoup d'espèces de fruits et de légumes. Je fis de 1 eau, du bois et un fort approvisionnement de racines diverses et de cocos. Après trois jours de relâche dans cette île agréable, je la quittai au grand regret de nos jeunes gens , qui chantaient :
Les femmes y sont belles Les maris complaisants. »
> « Les bons Rotoumiens étaient, de même peines de notre départ, et nous assuraient que, si nous voulions y retourner, ils seraient fort joyeux ,de nous revoir. »
De tous les détails fournis sur cette lie, nuls ne sont plus circonstanciés ni plus importants que ceux que M. Les» son , naturaliste à bord de la CoquUkj
nous a transmis d'après les notes que M. deBlosseville avait reçues du tonnelier John , dont nous avons déjà parlé.
Les habitants de Rotouma , dit-il , sont grands et bien faits ; un très-petit nombre nous parut au-dessous de cinq pieds, d'autres avaient de trois à cinq pouces au-dessus, et quelques-uns même, davantage. Leur physionomie est douce, prévenante, pleine d'enjouement et de gaieté; leurs traits sont réguliers , et les jeunes gens , à la teinte
Eres , offraient des visages très-agréales. lis portent la chevelure longue , relevée sur le derrière de la tête en
grosse toufTe. En montant à bord , ils énouèrent leurs cheveux, qui sont longs et noirs , et les laissèrent épars sur leurs épaules comme une marque de respect et de déférence. C'est l'hommage qu'ils rendent à leurs chefs.
Quelques hommes avaient des cheveux disposée en mèches frisées, dont le bout était rouge, et qui peut tenir de leur habitude de les couvrir de chaux dans certaines circonstances. Leurs yeux sont noirs, grands et pleins de feu; leur nez es^un peu épaté; leur bouche est grande, meublée de deux rangées de dents très-blanches. Ils ne portent point la barbe longue , et ils la coupent avec des coquilles. Seulement ils conservent sur la lèvre supérieure la moustache, qu'ils maintiennent courte. Les lobés des oreilles sont per^ ces, et ils y placent» comme à Taïti, des herbes odorantes, des fleurs suaves de gardénia ou des corolles rutilantes de la rose de Chine {hibiscus).
Leurs membres sont bien proportionnés, leur jambe est bien faite, et plus d'un des jeunes gens qui étaient à bord .auraient pu servir de modèle à un statuaire. Le corps a un embonpoint raisonnable. Leur peau est douce, lisse, de couleur de cuivre claire, plus foncée chez quelque-s-uns. L'habitude qu'ils ont d'être fréquemment dans l'eau , les rend très-propres, et ils sont aussi soigneux de leur chevelure. Quelques enifants avaient la tête rasée, à l'exception d'une longue natte à la chinoise conservée sur le sommet du crâne.
Ces. insulaires vont presque nus ; au