‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 40 sur 122 · JI · texte numérisé non relu

JI

L»DNIVERS.

moins ils n'ont qu'un étroit nuxrOi qui couvre les parties naturelles, et sur lequel ils ajoutent une natte qui ceint le corps et tombe jusqu'aux genoux; ils ont la tête nue ou la recouvrent parfois d*un morceau de filet de pêche qui enveloppe les cheveux dans son réseau, ou bien encore ils fabriquent avec une feuille de cocotier tressée une visière qu'ils nomment ischao, et qui, par sa lorme, est absolument semblable à celle dont les Taïtiens font usage. Toutes les ^toffes que nous leur donnâmes furent aussitôt placées sur leur tête. Les chemises servaient à leur faire des sortes de turbans. Ce qu'ils aimaient était les culottes d'étoffe de couleur, dont ils faisaient des coiffures, bien que ce vêtement fût peu convenable pour envelopper le visage; ils étaient contents de voir pendre sur la poitrine les deux jambes du pantalon, ils s'enduisent le corps avec une poussière rou^e, orangée et jaune, mêlée à de rhuile de coco : ils retirent ce fard de la racine de curcuma diversement pré-

Sarée , et qu'ils conservent sous forme e cônes. Tantôt le corps est recouvert d'une peinture uniformément répandue, ou parfois de larges bandes isolées. Ce vernis, peu tenace sur la peau, rend leur voisinage intime très-incommode. J'observai quelques hommes entièrement épilés. Tous montraient le plus grand dégoût à la vue des poitrines velues de nos marins. Ils pratiauent la circoncision , à ce que je crois; deux, du moins, m'offrirent cette opération de propreté. La parure des nommes qui vinrent nous voir, et qui paraissaient jouir d'un certain rang, consiste en une large valve d'huître perlière qu'ils portent sur la poitrine, et qu'ils nomment t{fa. Il paraîtrait que 1 huître à perles ne se trouve pomt sur leurs cotes,, puisqu'ils recherchaient celles que quelques personnes leur offraient , et donnaient une natte de paille très-fine pour cinq ou six valves de ce testacé. Quelques-uns portaient des porcelaines ovales, qu'ils nomment poure y d'autres avaient sur la poitrine une natte blanche, qu'ils nomment toia ; quelques-uns se passent

autour du corps de longs chapelets 4e morceaux de coquille enfilés ; mais de toutes ces chétives décorations, aucune ne paraît être exclusive pour désigner le rang ou marquer l'autorité. Je remarquai au cou de plusieurs jeunes gens des boules en ivoire disposées ea collier. Cet ornement, plus particulièrement propre aux femmes, est tdlement prisé par les insulaires, qu'ils rechercnent, avec une avidité sans exemple, les dents decadialot, dont les baleiniers font un excellent article d'échange. Ils les préfèrent aux étoffes, et même aux haches en fer, quoiqu'ils n'en fassent autre chose qu un objet de parure, auquel ils attachent peutêtre des idées superstitieuses. Le vêtement habituel des Rotou miens se compose de nattes très-belles et très-fines ; parfois ils s'enveloppent la ceinture avec des feuilles de curcuma, et ce haut-de-chausse assez peu modeste laissait facilement entrevoir ce qu'il devait cacher. Les nattes avec lesquelles ils se drapent sont d'une grande beauté et bien supérieures à celles que fabriquent les Taïtiens; elles sont tissées avec des bandelettes très-étroites d'une paille dorée quMls retirent du chaume d'un gramen. Le travail en est long; car la trame est serrée, et la tresse faite avec soin; elles sont festonnées sur les bords, parfois teintée en jaune ou bigarrées d'autres couleurs; elles servent probablement à d'autres usages que celui de l'habillement, car il y en a de très - grandes. Ces objets se donnaient pour quelques étoffes d'Europe , ou pour des instruments en fer, surtout pour des haches.

La seule arme que nous ayons eu occasion de voir entre les mains des habitants de Rotoumaest le casse-tête.

Ils ne firent aucune difficulté d'échanger tous ceux qu'ils avaient apportés.

Cette arme, travaillée avec assez de soin , est un bâton long de trois ou quatre pieds, de bois rouge très-dur, aplati et tranchant sur les côtés de son extrémité vulnérante, qui est ciselée. Deux jeunes hommes nous montrèrent comment ils s'en servaient. Ils cherchèrent à prendre un air guerrier w

OGËANIE.

dressant leuv cbevelur^, roglant leurs

Îreux et donnant mille contorsions à eurs visages. Le casse-téte en leurs mains senibleétre dirigé par un Européen ; il tournoie dans tous les sens et dans toutes les dir^tions. Mais Fornement le plus justement remarquable et le plus caractéristique de ce peuple est Je tatouage, qu*ils nomment chache. Le corps, depuis le bas de la poitiine jusqu*au-dessus du genou, est complètement recouvert d'un tatouage très-réfiulier, qui n'imite pas mal les euissaras de nos anciens preux. Une longue raie derrière l« cuisse empêche pux bandes tatouées de faire le tour de la circonférence de ce membre. 1^ ventre et I(^s reins sont recouverts de lignes courbes festonnées dont le noir tranche agréablement sur les parties de la peau qui sont intactes. La poitrine et les bras reçoivent un autre genre de dessin; autant le premier est remarquable par la masse noire qu'jl forme sur la peau , autant celui-ci se distingue par la légèreté des dessins , gui se composent de linéaments ténus imitant des poissons volants, des fleurs et autres objets délicats. Quelques naturels ont sur les jambes des rangées de points noirs , et deux ou trois nous offrirent sur leurs épaules des cicatrices en relief, genre d'ornement ç|ui semble propre à la race noire africaine comme à ses rameaux épars dans le grand Océan (*).

L'Ile de Rotouma est divisée en vingt-quatre districts gouvernés par autant de chefs, qui portent le titre de hinhaiigatcha. Chacun d'eux, par rang d'âge, parvient à l'autorité suprême, et l'exerce pendant vingt lunes sous le nom de chaau. Chaque matin, il tient conseil avec une douzaine de chefs et règle les affaires. La cérémonie du changement de chaou n'est pas accompagnée de grandes formalités :

tous les chefs s'assemblent, et le plus

(*) J. de Bloneville et W. John.— Nous sommes d^mie opinion contraire, carnous croyons que les noirs de TOcéanie forment deux races disûoctes qui ne Tiennent pas de l'Afrique. G. L. D. R.

ancien chaou remet une branche de feuillage au nouveau chaou (voy. pi.

217). Le pouvoir des chefs est iresffrand; ils possèdent toutes les terres, forcent les habitants à travailler, et disposent à leur gré du mariage des jeunes filles; ils sont à la tête de leur tribu dans upe bataille, remplissent les fonctions sacerdotales dans les baptêmes, les mariages et les enterre.ments , et administrent la justice. Au reste, chez un peaple dont les moeurs sont si doycesr 1 autorité d'un chef est celle d'un père; elle n'est ni oppres- .sive ni cruelle. Partout où ^un chef . passe , on se dérange pour lui , et de- . vant le roi on est obligé de s'asseoir en détachant sa chevelure, ce qui est le salut ordinaire. Les honneurs qu'on rend aux chefs, Te respect pour les .vieillards, la soumission du peuple, l'obéissance des enfants, annoncent un

frand système d^ordre, et les usages es Roèoumiens font l'éloge de leur morale. Ls^ guerre les trouble quelquefois ; mais leur caractère Jes en éloigne. Il y a cin<] ans environ que la jalousip et des limites mal fixées allumèrent la guerre civile entre deux districts et le ^ reste de l'île; on en vint à un engagement, et une centaine de naturels furent tués de part et d'autre. La paix fut offerte et acceptée , et toute haine disparut aussitôt. Quelque temps avant cette guerre, Rotouma fut attaquée

fiar les naturels anthropophages d une le nomniée NoUéé , qui se trouve à trois ou quatre journées de navigation Les agresseurs furent vaincus, et se retirèrent en laissant quelques-uns des

.leurs, qui sont encore dans l'esclavage. Lorsque les chefs vont au combat, ils portent quatre petites nattes de grandeur différente, et leur tête est ornée

. de quatre coquilles de nacre attachées comme un bandeau ; ils commencent le combat en attaquant les chefs ennemis, et l'action devient aussitôt générale.

Jjes seules armes qu'ils emploient sont la lance, qui a de douze à quinze pieds de lon^, le casse-téte, et des

fûerres du poids de deux livres qu'ils ancent avec la main. Après l'affaire, les morts sont enterrés sur le champ

de bataille. Les villages sont bâtis sur -les bords de la mer et disposés en rond autour du cimetière, le thamoura du district. La cabane du chef est la plus près du rivage et la plus grande. Elles sont formées de poteaux plantés en terre, qui supportent un toit aigu recouvert en feuilles de cocotier (*).

Les usages relatifs aux mariages, à la naissance et à la mort, sont ion remarquables. Les chefs marient les jeunes filles à qui il leur plaît, et cellesci ne sont pas libres de refuser celui qu'on leur offre; souvent elles ne Font

i'amais vu. Lorsque les Anglais s*éta- )lirent dans Pile, les chefs de leur district firent rassembler les jeunes filles et leur laissèrent le choix. Quant aux filles des chefs , Tainée doit épouser un chef; les autres, Thomme que leur père désigne, sans égard au ran^. Le choix ainsi fait, les deux futurs époux doi vient, pendant une ou deux nuits, coucher sur la même natte; mais des chefs veillent à ce que le mariage ne se consomme pas. Le jour où il doit être accompli se passe en danses, en festins, et vers le soir, les amants, conduits au bord de la mer, entrent dans Teau. La fille se couche sur le dos , et rhomme lui lave le corps ; ensuite celui-ci se couche dans le sens opposé, et la femme pratique le même cérémonial. Ceci se passe devant un bon nombre de témoins des deux sexes , qui ont apporté des nattes en présent, et qui cliantent pendant qu'ils sont dans Teau. Au bout de cinq minutes, ils sortent de la mer, et sont liés Tun à Tautre pour la vie. On les conduit à la maison , où , en présence des spectateurs, et à Taide des instructions d'une femme âgée, la virginité est détruite. Si, par l'inspection des nattes, Texistence de ce trésor était problématique, la femme doit être renvoyée, et le jeune homme est libre d'en choisir une autre. Celle-ci est alors réduite à vivre en libertinage public. Les femmes d'ailleurs ne sont point esclaves, mais elles sont au contraire aimées et respectées. Ainsi liée, si la femme commet

(•) BlossevUle et John.

quelaue infidélité, là mort, que le chef lui donne d'un coup de casse-téte, venge l'honneur du mari, et l'homme avec lequel elle s'est rendue coupable est lancé en pleine mer, attache sur une pirogue. Hoiy l'état de mariage, toute fille est maîtresse d'accorder ses faveurs à qui bon lui semble; mais la virginité leur est précieuse, car, sans elle, elles ne pourraient se marier; et, lorsqu'elles se vantent de l'avoir, elles se poudrent le dessus de la tête avec de la- chaux de corail, se peignent les côtés, jusqu'au bas de la figure, ea rouge, et le derrière, jusqu'au milieu du dos, en noir. Une fois mariées, elles abandonnent cette singulière parure. Leurs cheveux, plus courts que ceux des hommes, sont presque ras autour de la tête; un simple pagne forme tout leur costume; leurs seins sont découverts (*).

Lorsqu'un enfant natt, le chef se rend dans la maison de Faccouchée et s'assied au milieu ; une femme mariée apporte l'enfant devant lui, et mêle dans le fond d'une de ses mains de l'huile de coco et de l'eau salée, en frotte la figure de l'enfant, et ensuite ses dents et ses lèvres. Ceci terminé , il demande aux parents quel nom ils donnent à l'enfant, le publie à haute voix, et les assistants le répètent.

Cette cérémonie, qui dure environ une demi-heure, se renouvelle pendant six jours. Pour l'enfant d'un chef, on reste assemblé pendant trois ou quatre heures, mangeant^ chantant et buvant le kava. Lorsqu'une personne meurt , elle est exposée dans sa case sur une natte , un oreiller en bois sous la tête, la partie inférieure du corps couverte d'une natte, et l'autre peinte en rouge» Lorsque le cadavre est resté dans cet état un jour et une nuit, on l'enveloppe dans six nattes des plus fines, et on le porte au thamoura (cimetière) sur une planche tenue par quatre naturels , au milieu des pleurs et des gémissements. La tombe est creusée dans la terre à cinq pieds de profondeur, et le cercueil est remplacé par des pierres

(*) BlossevUle et John.

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plates, qui forment une espèce d'auge dans laquelle le corps est placé; les interstices des pierres sont soigneusement bouchés avec la résine d*ua certain arbre. Pendant la cérémonie, le chef se tient assis à une extrémité de la tombe, et chante seul un hymne funèbre. Lorsqu'on a jeté la terre sur le tombeau et placé une grosse pierre funéraire, on se réunit à la maison du dédint, où un grand repas a été pré-

Îiaré. Pour marquer sa douleur, une èmme qui perd son mari coupe sa chevelure, et, avec un bâton rougi au feu, couvre sa poitrine de points brûlés; le veuf, au contraire, se taillade le front et les épaules avec une pierre aiguë. A la mort d'un chef, ses sœurs portent le même deuil que sa veuve.

Mais c'est ici qu'on découvre avec peine le seul trait sanguinaire qui deshonore à Rotouma l'escKèce humaine. Aux funérailles d'un chef, toutes les familles se rassemblent dans le tbamoura, et là deux garçons de dix à douze ans, que la voix du sort appelle à cet honneur, sont tués par le successeur du décédé. D'un coup de casse-téte, ils sont abattus, et oin les enterre dans des fosses particulières , de chaque côté du personnage. Un pareil honneur est rendu à l'épouse d un chef, et deux jeunes filles sont les victimes qu'on lui . sacrifie. Outre le tbamoura de chaque village, il y a un lieu de sépulture sur la

contient à présent une vingtaine de tombes, est entretenu avec soin, et entouré des plus beaux arbres de l'Ile. A la tête de la tombe s'élève une pierre de huit pieds de haut; une qui n'en a que quatre indique les pieds, et deux autres d'une forme longue sont placées sur les côtés. Leurs idées de religion paraissent être très-légères; ils croient seulement à un être ou génie suprême,

Î|ui leur donne la mort en les étoufant; aussi appellent-ils la mort atoua; ils croient qu'après la mort tout est dissous. On essaya de leur faire entendre les dogmes de la religion chrétienne, la punition des mauvais, la

68' UvraUon. {OciksiE.) t. m.

récompense des bons. Tout ce qu'ils ea purent comprendre les étonna beaucoup. Leur douceur et leur humanité s'étendent jusqu'aux bétes ; ils ne souffrent pas qu'on tue une mouche, un rat, un serpent; les moustiques seuls ne trouvent pas grâce devant eux; il paraît qu'ils respectent les serpents.

Il en existe dans l'île une très- belle espèce, très-erande, dont te dos est d'un brun foncé , Tes côtés dorés et le ventre jaune; elle ne passe point pour venimeuse. Dans une famille, les maris ou les hommes faits mangent au même instant, mais sur des tables ou des feuilles séparées. Lorsque te repas est fini, les femmes et les enfants commencent le leur. Dans les grands repas, on suit le même usage : autant de convives, autant de tables. Ils s'éclairent avec des branches de cocotier bien sèches, dont ils forment des torches qui braient pendant dix minutes environ, en jetant une vive clarté (*).

Comme échantillon de la langue des insulaires de Rotouma, il faut se borner à citer la strophe suivante d*une de leurs chansons, recueillie par M. J. de Blosseville, sans qu'il lui ait été possible d'en avoir le sens :

« Chi a leva » chi a lera Ole toa lala Ole le ona chedi Ona nebea papa opiti »

Chi a Irra . chi a leva Che 0 chi ta, che e chi ta. »

Les Rotoumiens ont connaissance de plusieurs îles de leur voisinage; ils visitent les îles Viti, Tonga, Mouha et Waî-Toubou. Ils vont souvent chercher dans cette dernière des coquilles blanches, objet précieux pour eux; ils ont été quelquefois entraînés jusqu'à Vanikoro. Ils disent que les habitants de Niouha sont de la même race qu'eux, mais d'une couleur un peu plus foncée, et qu'ils sont de plus anthropo* phages.

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