LANGUE, CHANTS ET DANSES
l4 langue de Vanikoro est douce et agréable.
«Ce qui m'a le plus étonné dans cette Ile, dit II. Gaimard, c'est que les habitants parlent un dialecte de la langue polynésienne et non celle de la Nouvelle-Guinée et des îles environnantes, d'où ils tirent leur origine. Ils s'entendaient bieq avec les Tikopiens et un habitant des Iles de Tonga ; ce qui pourrait faire supposer, juscju'a un certain ()oint, que les émigrations des Polynésiens jusque dans ces parages , seraient antérieures à celle de U race noire. »
Nous donnerons un échantillon de leur langue, ainsi que nous Tavons fait pour les divers peuples de TOc^anie. C'est un chant qui caractérise les mœurs libres de ces insulaires.
Pién»*m«* rëkana! pi^nwn^, Pii'knQbi t>i<ltifiné pirlmabi * Ptrnnné fékaoïii piftniiboarim, Piéiiéiné rékanui piniéiBr, Plrknlcho pirknubi pW-koTcho * Piékové iiiaknttbi piékové Piénrtné pirkolcbo pirkoubi , Piénéiné inakoubi piénëiné.
Piénéiné pii^kutcbo pirkoubi , Piétanbouroii naoudjè nilinî matchtfri.
PJénémé piébouéaé natchéri.
Piékotcbo MtegnoM t^oooii.
AeviTtkora çourac, Ba|;nan(rora inuti-lio inatcho, Afolilé matrhr roatcho, nalchéri df^bdba , Agoliié afolilé inaté mato.
Ouainalili di4>abo PUiuTÎ piénéiné pîékotcho.
« Après avoir entièrement écrit cette chanson, dit M. Gaimard, qui Ta recueillie le prenfiier , je la chantai aux habitants de Nama qui m'entouraient.
Leur surprise ne saurait se dire; il est impossible de se peindre la joie vraiment frénétique de ces insulaires qui se pressaient autour de moi.
D'après les renseignements que j*ai obtenus, il paraît que ce chant est entièrement relatif à l'union des deux sexes , et que cet acte, nommé piénémé par les Vanikoriens, y est pemt avec une brutale énergie. Le mot pié désigne les org.nnes sexuels de la femme.
Après que j'eus chanté, les naturels exécutèrent une danse de Tikopia avec accompagnement de gestes. Dans la soirée, d'autres danses eurent lieu
{»rès de la cabane de Naro. J'eus 'occasion en même temps de faire une observation curieuse. Un indi-
§ène, nommé Védévéré, me montra es cicatrices provenant de blessures faites par les flèches des habitants de Manévai : il est bien constant que ces blessures ne sont pas toutes mortelles comme les insulaires le disent, en affirmant que toutes leurs flèches s nt empoisonnées. Il est vrai qu'ils ajoutent que pour en guérir, il faut mâcher les feuilles d une plante grimpante, nommée méré^ les réduire en Eetites parties et les souffler sur les lessures ; c'est ce qui a été fait pour Védévéré. »
Vanikoro est une île tristement célèbre, puisque ce fut sur ses récifs Îfuese perdit l'illustre la Pérouse , dont e nom donné à ce proupe par J. de Blosseville a été généralement adopté.
Les voyages récents de Di lion et de d'Urville ont débrouillé ce point d'histoire. Pour l'établir ici , nous remonteroDs à l'origiDC de l'expédition.
La Pérouse fut envoyé par LouîsXYI pour un voyage de circumnavîgatioD, et ce roi lui traça ses instructions. Oa lui donna pour second le capitaine De-I langle, son ami, ofBcier fort distin-i gué. Des savants et des marins dal plus grand mérite furent en outre ip- 1 pelés à partager les travaux de celle aventureuse expédition. Par un singolier rapprochement , la Pérouse et Delangle périrent victimes des flots et da sauvages , et Louis XVI des tempte populaires. Le capitaine Edwards refît ce groupe en 1791, et lui donna le noa de Pitt.
Les deux grandes flûtes (*) la iiecherche et V Espérance partirent de Brest le 28 septembre 1791, sous ks ordres de d'Entrecasteaux.
A son passage au cap de Bonne-Espérance, ce navigateur apprit qu'un rapport du Commodore Hunter désî^oiit les îles de l'Amirauté comme le théâtre probable du naufrage de la Pérouse. A l'instant les deux flûtes se dirigèrent vers cet archipel ; mais , eontrariéa par la saison , et d'ailleurs mauvaises voilières , elles n'y parvinrent que le 28 juillet 1792. Leurs recherches forent inutiles, nul bâtiment européen ne semblait s'être perdu sur ces panges. D'Entrecasteaux poursuivit les opérations qui lui avaient été imposées. De beaux travaux sçiefitifinues publiés par MM. de Rossel et Laoillardière , compensèrent seuls les frais énormes et les incalculables fatigues de crtie expédition. Jamais bâtiment ne souffrit autant dans son personnel ; les trois premiers chefs moururent , d'Entrecasteaux, Huon de Kermadec et d'Auribeau , et avec eux une bonne portion des équipages. Enfin , à leur arrivée à Java , les deux bâtiments furent confisqués par le gouvementent hollandais. Ce qu'il y a de plus sin-
§ulier dans ce voyage , c'est que les eux conserves passèrent devant Pile qu'ils cherchaient, devant Vanikoro , théâtre du désastre de la Pérouse, où sans doute on eût trouvé alors des
(*) La flûte es; ui^ navirç à food plat et très-large.
OCÉANIB.
traces récente du naufrage , et peutêtre des hommes encore vivants. Mais depuis cette époque jusqu'en 1825, nul autre essai de recherche ne semble avoir été fait. VUranie et la Coquille, expédiées pour les mers du Sud sous la restauration , ne furent point envoyées dans cette pensée. La Cogidlie, dans la nuit du 1'" i u 2 aodt 1823 , passa à quatre ou cinq lieues de Vanikoro , sans se douter que cette lie gardât des preuves du triste événement (*). »
Ce ne fut guère ^u'au moment où le ministère accueillit le projet du capitaine d'Urville, c'est-à-dire vers la fin de 1825, que Ton sonsea à faire des recherches nouvelles. Il était bruit alors , en France, du rapport d'un baleinier , q^ai avait vu une croix de Saint-Louis et quelques médailles entre les mains des sauvages de la Louisiade et de la Nouvelle-^lèdonie. Les détails paraissaient exacts et formels.
Le ministre de la marine en tint compte; M. d'Urville fut chargé de s'assurer de leur degré de vérité et de poursuivre la solution du problème. Le nom de son navire la CoauUle fut changé en celui de VÂstrokAe,
V Astrolabe partait de France avec des données bien incertaines; mais sur sa route l'attendaient de précieux indices. Son passage à Port- Jackson , loin de lui rien révéler, mit M. d'Urville en suspicion contre les bruits accréditée en France. Plus heureux à Tonga-Tabou, il sut par la tamaha (reine), que la Pérouse avait relâché à Namouka après avoir quitté Botany- Bay.
vieux routier de l'océan Pacifique, où il avait navigué depuis vingt années sur des bâtiments de commerce , Dillon commandait en 1826 le navire le SabU-Pairick , qui, dans sa route de Valparaiso nu Bengale, passa le 15 mai près de Tikopia. Sur les pirogues qui vinrent accoster le navire se trouvaient le Prussien Buchart et le lascar Joë , qu'il avait treize ans aupara-
{*) Exiraii du voyage pittoresque, ainsi ^e les trois paragraphes suivauts.
yant déposés sur cette tie ; Joe, monté à bord, fit des affaires avec 1 équi-
fiage , et entre autres objets , vendit à 'armurier une poignée d'épée en argent, sur laquelle étaient gravés des caractères. Interrogé à cet égard , le lascar répondit que cette poignée, ainsi que d'autres colifichets qui se trouvaient à Tikopia , provenaient d'une île voisine nommée Vanikoro , sur laquelle deux grands navires avaient autrefois naufragé. Le lascar affirma, suivant Dillon , qu'ayant fait le voyage de Vanikoro six ans auparavant ,' il y avait vu deux hommes âgés, marins des bâtiments perdus ; il ajouta que des débris du sinistre existaient encore, et qu'on pourrait en retirer quelquesuns. De ce récit , Dillon inféra que ces deux bâtiments étaient ceux de la Pérouse. il décida Buchart à Taccom-
f magner sur Vanikoro ; mais cette fois , es calmes et les courants contrarièrent sa reconnaissance. Retourné à Calcutta , il fit part de ses soupçons à la Compagnie des Indes et à la Société ' asiatique , dans un rapport explicite et plus formel que le récit livré depuis à la publicité.
« En examinant la poignée d'épée, dit M. Dillon , je crus y découvrir les initiales du nom de la' Pérouse, ce qui fît naître en moi des soupesons et pousser mes questions aussi loin que possible.
Par l'intermédiaire de Buchart et du lascar , j'interrogeai quelques insulaires sur la manière dont leurs voisins s'étaient procuré tous les objets en argent et en fer qu'ils possédaient. Us me répondirent que les naturels de Mallicolo ( Vanikoro ) racontaient aue, bien des années auparavant , Jeux grands vaisseaux étaient arrivéis près de leurs îles; qu'ils avaient jeté i ancre Vun a l'île de Vanou , l'autre à l'île de Paîou , peu éloignées Tune de l'autre. Quelques jours après, et avant qu'ils eussent eu communication avec la terre , une tempête s'était élevée et avait poussé les deux vaisseaux à la côte. Celui qui avait jeté l'ancre à Vanou échoua sur les roches. Les naturels se .portèrent alors en foule au bord de la mer, armés de massues,
L'UKIVERS.
de lances et d'arcs, et lancèrent qnelqaesITèches à bord du vaisseau ; Téquipage ripo>ta par des coups de canon et tua pkisieurs sauvages. Le vaisseau, battu par les vagues et continuant de se lietirter contre les roches , fut bientôt mis en pièces. Quelques bomtiOfes de l'équipage se jetèrent dans les canots , et furent poussés par les vents à là côte , où , en débarquant , ils furent tués jusqu'au dernier par les naturels. D'autres , qui s'étaient jetés à la nage, ne gagnèrent la terre quift pour partager le sort de teurs compagnons ^ de sorte nue pas uh Seul hônmie de be vaisseau n^échàppa à la mort.
« Le Vaisseau qui échoua à Pdîott fut jeté sur une plage de sable. Le!i naturels accoururent, et lancèrent leurs flèches sur ce navire comme ilà avaient fait sur raullre ; mais les gens de réquipa^e eurent la prudence de né pas ré|)ortdre par les arnies à cette agression. AU contraire, ils montrèreht aux assaillants des haches , de la verroterie et d'autres bagatéifes, comme offrandes de paix , et ceux-ci cessèreht leurs hostilités. Aussitôt que îe vertt eut un peu diminué, un vieillard poussa au large dans une pirogue , et aborda le vaisseau. C'était un des chefs du pays : il fut reçu avec des caresses , et on lui offrit des présents qu'il accepta. Il revint à terre , apaisa ses cortipâtriotes , et leur dit que Tes gens dû pays étaient des hommes bons et aflal^les; sur quoi plusieuï-s naturels se rendirent à bord , où il leur fat offert à tous des présents. Bientôt tis apportèrent , en retour , à l'érfufpage , des ignames, des Volailles, des bahanes, des cocos , des pôVcs ; et la confia ncfe se trouva établie de part de d'autre.
* L'équipage dû vnisseati fut obligé de l'abandonner. Les hommes blancs descendirent à terre, apportant avec eux tine partie de leurs provisions. Ils restèrent quelque temps dans l'ÎTe , et bâtirent tin petit vaisseau avec les débris du grand. Aussitôt que Te petit bâtiment fut pr^ h mettre à la vôiTe , il partît avec autant d'hommes qu'il ea ^ convenàblemeat porter, après
avoir été approvisionne ât v\vrêB fiM en abondance par les insiïlaires. Ll coifnmandant promit aux hommes tfà't laissait dans rtte de revenir prompte* ment les chercher et d'apporter is ménie temps des présents pour les mturels; mais jamais les nattirels n'entendirent plus parler de ce petit bâtiment ni de ceux qui le montaient. Lfei hommes de l'équipage demeurés dans ITlte se partagèrent erttre les divers chefs , auprès desquels ils résidèrent jusqu'à leur mort; il leur avait été aissé par leurs camarades des ^siSs et de Ta poudre; et ces objets leur ser- ^i^ent à rendre de grands spr\ices i leurs amis, dans leurs batailles a^ee les naturels des îles voisines.
« Le Prussien ne s'était jamais hasardé à faire un voyage à Al«inicx>lé avec les naturels ; mais le lascar r ét^it allé une fois on deux. Il alflrna qu'il avait vu à Paîou deux Kuropêerts qui parlaient la langue des însulaîms, et qu'il avait conversé avec eux. C*ètàîent des vieillards, qui lui dirent aVdt" fait hàufrage , plusieurs années auparavant, dans nn des vaisseaux dont ils hii montrèrent les débris. 16 lui dirent aussi qu'aucun vaisseau n'avait touché aux îles MaHicolo depuis qu*ils y étaient ;, que la pfupart d^ leurs camarades étaient morts ; maA qu'ayant été disséminés dans les diverses îles , ils ne pouvaient dire ^>rft§.sément combien d'entre eux étaMt encore vivants. »
La (Tompagnie des Tndes oiientales, d'après un rapport adressé par Itn «t gouverneur général de ITnae bHtnl* nique , décida qu'un de ses navires , H Research y irait, sons les ordres da M. Dîllon , ext)Torer les îles de Vaui* koro, et constater Te naufrage du capitaine français d'une manière prècsse.
On ne négligea rien pour fendre cA outre Pexpédition proGtable dafis M recherches d'histoire naturelle. Lé docteiiV Tj'tler, conVra par mielquel oÙNTages screntiT]ûues,devfnt à la fod le naturaliste , Je aocteur et l*histone^ graphe de la mfssion. La Compagnie affecta mille roupies à Pachat seulement des p^éseûts 6 !fldre ma. intfî^
bfcte
l^èd» et pià^ a bord du tiâvire un a^ènt français (*).
L(ç 23 janvier 1027, le Research prit la {lier. A peine comptait-il quelques jours ile traversée ,, quand de terriLleis iJiscussions s'élevèrent entré le docteur Tytler et 1^ capitaine Dillgn. Elles Î tirent si vives, qu'à Tarrivée à.Hobart- Town ^ le docteur, i^ui avait à se plaindre des mauvais traitements de Dillon*, |>orta plainte contre le capitaine devant une cour martiale. Dillon , déclaré coupable, fut condamné à ua emprisonnement de deux mois et à une amende de cinquante livres sterling; en outre, une caution de quatre cents livres sterling était exigée comme gat'antie de sa conduite à venir. Comme la peine prononcée contre pillon entraînait un retard dans le Voyage , on chercha d'abord à le remplacer; mais le rusé capitaine n'avait révélé à persorme le gisement de Vanîkoro, et sous la conduite d'un autre la mission avortait. Force fut donc de laisser une partie du jugement înexécutée : on obligea Dillon au payepient de l'amende et au dépôt de' la g<irantie, mais on lui fit grâce de la prison. Cette triste affaire terminée , le Miesearch mit à la voile le 2o mai ; il arriva le 3Juin à Port- Jackson , où il ne fit que loucher, et mouilla le l*"* juillet h Korora Reka, sur la baie des Iles.
Kepartî de nouveau , il toudia successivement à Tonga-Tabou , à Rotouma et à Tikopia. Sur cette dernière île, il embarqua un naturel nommé Ratia, qui devait lui servir de guide et d'interprète. Il s'y procura aussi divers objets provenant du naufrage. Enfin , le 7, le Research jeta l'ancre sur le petit havre de Yanou, dans la baie de l'est. Grâce à quelques cadeaux , Dillon l^arvint à recueillir quantité d'objets du naufrage. La plus grande partie consistait en crocs , chevilles , anneaux de fer, ancres, et autres morceaux en
(^ Ce fonctionnaire éclairé et bienTeillant était M. Eugène Chaigneaii, neveu de M. Chaigneau, mandarin en Cochinchine , et que nous avons connu nous-méme à Càl^}
CUU4.
ANIË. z^
fer; en rouets de poulies, casseroles^ cuillers, plateaux et entonnoirs ea cuivre; en divers fragments d'instruments astronomiques et d'ustensileiè dé cuisine. Vun des objets lés plus importants fut une. grande cloché eii bronze d'un pied d'è oiamèlre. Suir l'uii de ses côtés se trouvait un^ crucifix enti'e deux figures, de l'autre rayobr nait un soleil, le tout estaiiipille dé celte légende : Bazin m^afait. Des recherches accomplies depuis ont prouvé que ces mamues étaient celles dé la ronderie de I arsenal de Brest, vers Tan 17â5. On réussit en outre à sb procurer sur les récifs de Toue&t, qua» tre pierriers en bronze , un boulet de dix-nuit, une piastre espa<;nole, des fragments de cristaux, porcelaines, faïences, bouteilles et verres; enfin, divers débris en fpr,cuivre et plomb. On trouva en outre un débris du couronnement d'un deK navires de la Pérouse, décoré d*une fleur de lis et d'autres ornements fort bien sculptés (*).
Les indigènes racontaient le naufrage à Dillon , chacun à sa manière :
voici celle qui paratt la plus exacte.
Elle fut donnée par Valie, second aligui (chef) de Vanou :
ft 11 y a longtemps, dît cet indigène, que les habitants de cette tie , sortant un matin de leurs malsons, aperçurenî une partie d'un vaisseau sur le récif eh face de Paîou. Il y demeura jusqu'au milieu du jour, heure vers laquelle la mer acheva de le mettre en pièces; dé grandes portions de ses débris flottèrent le long de la cdte. Le vaîsseati avait été jeté sur le récif pendant la nuit, et à la suite d'un ouragan terrible qui brisa un grand nombre de noâ arbres à fruits; nous n'avions pas vu le vaisseau ta veille. Quatre hommeâ échappèrertt et prirent terre près d'ici : nous alliotis les tuer, quana ils firent présent de quelque chose à nôti'e chef qui leur sauva la vie. Ils résidèrent parmi nous pendant un peu de temps, après quoi As allèrent rejoindre leurs compagnons à Pàîou. Là ils bâtirentun petit vaisseau, et s^en allèrent de<
X") JD'Urviné^, Voyage iilttl>M46fe.
rUWIVERS.
dans. Aucun de ces quatre hommes n'était chef, tous étaient des inférieurs. Les objets que nous vendons (proviennent du vaisseau qui échoua sur e récif à basse mer ; nos gens avaient rhabitude d*y aller plonger et dVn rapporter ce qu'ils pouvaient. Plusieurs débris vinrent à la côte et nous en tirâmes diverses choses ; mais depuis quelque temps, on n*a rien retiré du vaisseau , parce qu'il est pourri et qu'il a été emmené par la mer. Nous ne tuâmes aucun des hommes de ce vaisseau y mais il vint à la cote plusieurs cadavres qui avaient les bras et les jambes mutilés par les requins. Dans a même nuit, un autre vaisseau toucha sur un récif près de Vanou et coula à fond. Il y eut plusieurs hommes qui se sauvèrent ; ils bâtirent un petit vaisseau et partirent cinq lunes après une le çrana se fut |)erdu. Pendant qu ils bâtissaient le petit vaisseau, ils avaient planté autour d'eux une forte palissade de troncs d'arbres pour se garantir de l'approche des Vanikoriens. Ceux-ci , de leur côté, les craignaient , de sorte qu'il y eut peu de communication entre eux. Les hommes blancs avaient coutume de regarder le soleil au travers de certaines choses que je ne puis ni dépeindre ni montrer, parce que nous n'avons eu aucune de ces choses. Deux hommes blancs restèrent après le départ de leurs compagnons. L'un était chef, l'autre un homme qui servait le chef. Le premier mourut il y a environ tro'S ans; une demi -année après, le chef du canton où résidait Pautre homme blanc fut obligé de s'enfuir de l'île, et Thomme blanc partit avec lui; le district qu'ils abandonnèrent se nommait Paukori ; mais nous ne savons pas ce qu'est devenue la tribu qui Thabitait alors. Les seuls blancs que les habitants de nie aient jamais vus sont premièrement les gens du vaisseau , puis ceux que nous voyons aujourd'hui. »
M. Dillon fît plusieurs excursions dans l'île , sans que les naturels , gagnes par ses largesses , l'inquiétassent en aucune manière. Le résultat de cette reconnaissance , consigné dans sa relation, n'offre qu'un intérêt fort mé-
diocre. Un prétendu plan de Vanikofo dressé par lui est fort inexact. Gepeddant dans les premiersjoursd*octol«re, craignant que les vents d'est ne le retinssent dans la baie, il franchit heureusement la passe dangereuse de Test Il mouilla sur la baie tranquille de Manevai , d'où il sortit par le chenal du nord, cingla vers les îles 1 oupoua (Ourry ou Edgecumbe) et Nitendi , fi .
ensuite vers la Nouvelle-Zélande. II passa à Port-Jackson, et le 7 avril 1828 , il vint mouiller a Calcutta. Récompensé généreusement, il obtint de la Compagnie la permission d'aller en France avec les objets qui devaient faire foi de sa découverte. En France, le meilleur accueil lui était réservé;* il fut présenté à Charles X , obtint la croix de la Lésion d'honneur, dix mille francs d'indemnité, et une pension de 4,000 francs. Tout cela se passait un mois avant l'arrivée de \ Astrolabe.
Ce fut devant Hobart-Town, le 20 décembre 1827, que le capitaine d'Urville eut coniiaissance des travaux de Dillon, dont quelques journaux avaient donné des aperçus pleins de réticences (*).
M. D. d'Urviile apprit qu'il existait dans cette colonie une personne qui prétendait avoir rencontré des traces de la Pérouse. Il lui fit demander et il obtint de lui le rapport suivant écrit en anglais, dont voici la traduction littérale.
Extrait du journal de James Nobbs, premier officier du n<wire /*Unioo de Calcutta y capitaine John Mchois y destiné pour Pinang^
i4 arrîl iSii.
Comme nous étions en calme sur b côte de la Nouvelle-Géorgie ou fies Salomon, j'allai dans le canot avec quatre lascars (matelots indiens) et un matelot anglais , pour me procurer qudques fruits pour l'équipage, su ru ne île située par 8*' isr lat. sud, et 156*" 30" de long. est, ne pensant pas qu'elle fdt habitée, attendu qu'elle paraissait fort petite.
(*) Nous laissons à M. d'Urrille la ponsabilitc des expressions de ce paragraplie qui lui apparlieut. G. L. I>. R.
OCÉANIE
Nous étions beaucoup plus loin de terre que je ne le croyais, et avant d'y être rendu, le navire* Tut hors de vue. Quand nous ftlines près du rivage, Tîle nous parut traversée par un chenal à ni:iree ha ut (4^ au milieu de ce passage, je pus observer très- distinctement un grand espars ou bien un mât planté droit debout, avec quelque cliose quime parut être le gréement pour ie soutenir. Lne pirogiie montée par un homme et huit ou dix jeunes gens s'avança, en nous montrant une braiiche d^arbre pour nous inviter a descendre à terre avec eux. Ils sf*mblaient trèsbien disposés, et je désirais me rendre à leurs vœux; mais je ne pus y de terminer mes compagnons. J'eus alors recours à des moyens plus sévères; ils furent également ijiutiles, r>ar mes hommes déclarèrent qu'ils se feraient plutôt tuer dans le canot que de consentir à aller a terre pour y être mangés. Durant ce temps, le rivage sVtait couvert de naturels; ceux-ci vo\ant que les vieillards et les jeunes gens ne pouvaient réussir à nous amener avec ( ux, une femme s'avunca seule dans une pirogue. Les hommes du rivage voyant que toutes leurs so.licitations étaient sans succès, et le canot étant tout près de terre, eu quelques minutes nous ItWnes envirormés par quarante ou cinquante pirogues, qui contenaient chiicune depuis un jusqu'à vingt naturels. Alors la femme témoigna par signes le désir que je fisse connaitre à ses compatriotes si jVtais un honnne ou une femme, ce que je fus obli^ié de faire, et ils en furent très- réjouis. Les hommes de mon canot étaient tellement dominés par la frayeur, ou'ils avaient à peine la force de tenir rembarcation au large des rochers. Le navire était encore hors de vue; mais à notre satisfaction , il survint un grain violent, et quand le ciel se fut éclairé, le bâtiment se montra à nos regards, ce qui redonna la \ie à mes hommes, et nous forçantes de rames vers le navire. Quand* nous en approchâmes, je crus sa perte assurée, attendu qu'il était entoure d'un grand nombre de pirogues et que son pont était si complètement
76'' Livraison. (Océakie.) t. tit.
couvert de naturels, que je ne pouvais pas même distingner un seul des hommes de réquipage. J'accostai en toute hâte, et je m'empressai de dégager le pont; mais je dus recourir à la violence, même en blessant au bras un homme qui avait volé tout le fer des pompes. Au même instant un rocher de c<.rail se montra sous le navire, mais heureusement nous ne touchâmes point. Kous étions alors six milles environ au sud-est de l'île du nord-ouest. Quelques naturels portaient des morce;mx de fer, des barres de ce métal, et des étoifes rouges, dont ils semblaient faire un grand cas. Très-peu parmi eux avaient apporté des armes. Ce sont de grands voleurs; quand ils réussissent à dérober quelque chose, ils sont enchantés et se sauvent en sautant à la mer par-vdessus le bord.
James Hobbs.
Sur-le-rhamp ce rapport rappela ladéposition du capitaine Rowen , de Wilbermarle , rapportée dans le discours préliminaire du voyage de la l^érouse, par M. Millet MuVeau. Le navigateur Bowen avait dd déclarer devant le juge de Morlaix, qu>n décembre 1791 il avait vu sur la cote de la JNouvelle-Georgie , et près du cap Déceptii.n , les débris du vaisseau de la Pérouse , flottant sur les eaux , et que les naturels lui paraissaient connaître les Kuropeens et l'usage du fer.
Cette déclaration , accompagnée de détails assez invraisemblables, avait to4ijours inspiré peu de confiance. Cependant, en la rapprochant de celle de James Hobbs, beaucoup plus positive et mieux circonstanciée, surtout en considérant que le petit bâtiment construit par les nauiragés de Vanikoro dut naturellement se diriger sur la Nouvelle-Irlande, en prolongeant la chaîne des îles Salomon , il en conclut qu'ils durent périr sur les'écueils de la côte occidentale de cet archipel. Aller ainsi, sur la foi de données vagues , chercher une île imaginaire , lui demander des preuves qu'elle n'avait j)eut-étre pas , se livrer à cette croisière fantastique et stérile, pendant qu'une reconnaissance inachevée
ru NI VER S:
des côtes de la NQUvelle-Zeeland de* mandait encore quelque:) mois d*exptorations studieiises , telle était la position (}ui «'offrait alor3 au capitaine d*Urviile. 8*il réu9siSsait, tout allait bien ; s'il parvenaH.à réstondf'e le grand problème dHtn nuufrage mystérieux , tout se ju$tifi«it: : dévjationde roule, clkiingeinent d' itinéraire. Mais dans l'autre hy(x>Otêse^ d^ms réventualité d'une campassf^e inrnii'ttfeuse, ne mmvait-on pas Tiifscuser ue sétre al^andonné trop niiîvenieut niix rêves d'un aventurier?- Vouloir d'ailleurs ne sutfijsaii pas , il fallait pouvoir. Pendant que le capitaine irUrville organisait son départ , arrivèrent à Hobart- Town deux lettres de Dillon , cuni-
fdétenient contradictoires : Tune parant d'ajourner son voyaj;e à cause d'une prétendue mousson; l'autre annonçant qu'il venait de le réaliser avec les plus; beaux résultats. Quoique ees dépéi'hes étranges dussent redoubler l'embarras du connnandant français, il n'en persista pas moins dans.ses réj^olutions. A^Astroiabe mit à la voile le 6 janvier 1828. Elle reconnut l'He iNorfulk et le vocan iMathew, les îles Fataka et Anouda (*).
VMtrofabt! arriva le 10 février devant Tik(jf)ia. l^s com<)iunic4itions que IVquipage eut sur-leH*.hamp avec les naturels prouvèrent l'exactitude des récils de Dillon... M., d'L'rville y trouva le Prussien Kuchart. q\ii avait accompagné le Research dans sa mission, et se trouvait à Tikopia depuis trois semaines seulement. Bucbart lui prontit d'accompagner V Astrolabe , mais il manqua de parole. Pour surcroi't dVmbarras , aucun naturel intelligent ne voulut servir de guide. M. d'Urville fut forcé de se contenter pour interprète d'un déserteur anglais établi depuis neuf mois sur ce rocber, et qui parlait un peu la langue des naturels.
Le lendemain V Astrolabe mit le cap sur Vanikoro. Le 12, au coucher du soleil , il aperçut à Thorizon le^ som-» mités de cette lie, et le 14, de bonne heure, il commença à prolonger les
O D'UrviUe.loccit,
récifs qui ceignent la eôte eu soâ, cbercliont une issue pour pénétrer ao dedans; ce ne fut que le 2i qtie la ror* vette put être conduite dans un jietit espace entre les récifs .sittfés à la partie orientale , qui reçurent le nom de havre d'Ociii.
Dè9 le 23, M. d'Urville e^cpédia M. Gressien avec plusieurs autres fli' liciers; il revint le lendemain, après avoir jfait le tour entier de l'il^; il rapporta quelques débris qu'il s'daiil procurés chez les insulaires; nuiiscntf" ci n'avaient point vouUi lui indiquer le lieu même du naufrage de la Pérouse.
M. Jacquinot et quatre autres personnes repartirent le 26 : ils furml plus heureux ; car, séduit par l'apfill d'un morceau de drnp rouice, un sa»* va^e les conduisit à Tendroit niènen avait échoué l'un des deux bàtiiaeail connnandés par Tilhistre navigalfur.
ImI, ils virent disséminés au fond dt la mer, à trois ou quatre brasses, (la ancres, des Ciuions, des boulets, dei saunions en fer et en plomb, ft<'«i principalement une immense quant té de plaques de ce dernier métal , seiiii téiiioins durables de la Gitastroplit des Français. Tout le ïms avait (li*paru , et les objets plus minces a cuivre ou en fer étaient corrodes |ar la rouille et contplétement AfiigM M. Jacquinot tenta de soulever uM des ancres; maïs les corau:; qui depiiii quarante ans avaient bâti tout aie»* tour, la retenaient avec trop de toree au fond.
V Astrolabe ayant été amarrée dans le paisible bassin de Manevai et à l'abn de toutes crainles par raf^porl aui vents et à la mer, la rbnloupe arinfl en guerre et la baleinière partireni sous les ordres de MM. Gressien d Gnilbert. 1^ premier reconnut , avec tout le soin fjossible , les récifs à Paîou et de f anou; et le secoad»
après de grandes ditïîcultés, parvint i Se procurer une ancre de dix-huit cent» livres environ , un c^inon court es fonte du calibre de huit, tous deux co^ rodés par la rouille et couverts d'ufl* crodte épaisse de coraux, un saumon de plomb et jieux pîerriers en cuivrt
>5(sez bien coa^ervés. La vue de ces objt^ts et les renseigneiiients obtenus des naturels, confirmèrent pleinement M. d'XJr\ille dans TopiiMOii que les frégate» de la Pérouse avaient péri à Vanikoro.
Alors le commandant de T Astrolabe fit élever h la mémoire des nnu frayés un monument modeste, mais suffisant pour indiquer son passage dans cette fie, et y laisser un témoignage des regrets dé la France et du monde savant.
Il choisit à cette intention le récif qui s'avance en pointe liasse et cerne en partie le liavre de Mangadeiy et y fit élever le pieux cénotaphe dans une petitetoutTede mangiiers verdoyants. La .forme adoptée pour ce matiVoiée fut celletruii prisme qiiadrangulaire de six pieds d'arête , surmontt^ par une pyramide quadrangulaire de même dimension. Des platejinx de corail , contenus entre des pieux solides fichés en terre, formèrent le massif du monument , et le faîte fut recouvert dVn chapiteait en plat.ches. On eut soin de n>iiiployer aut'une ferrure dans la cx>nstruction d«' ce monument, de peur que Tavidité des naturels ne vint un jour le profaner et le détruire. Son inauguration fut consacrée par trois déclVarges de mousqueterie et une salve de vingt et un coups de canon, et cette cérémonie pieuse s'accomplit au milieu du religieux s:lenre des officiers fran^'ais qui vinrent saluer le cénotaphe (voy. pi. i41).
La fièvre tenait alors cloués sur les bsmacs la moitié des marins de VJs^ troiabey et il devenait plus difficile.de fle tirer de passes difficiles et dangereuses. Enfin, le 17 mars, on redoubla d'efforts. Il faut kiisser M. d'Urville rendre compte de cette critique et décisive opération :
« Quarante hommes sont hors de service; et si nous laissons passer cette journée ( 17 mars) sans bouger « demain peut-être il ne sera plus temps de vouloir quitter Vanikoro. En conséquence. Je suis décidé à tenter un dernier effort. A six heures du matin, on commence à virer sur les ancres, et en les retire les unes après les au-
tres ; mancenvre kmgue et pénible, ïïU tendu que le câble , la chaîne et le gra« lin s'étaient entortillés les uns avec les autres , et que nous avions peu de brâS valides.
• Sur les huit heures, tandis que nous étions le plus occupés à ee tnn vail , j'ai été fort étonné de voir Tenir à nous une flemi -douzaine de pirogue»
de Tevaî, d'autant p'us que trois ou quatre habitants de Harievai, qui st trouvaient à bord , ne pamissaient en aucune nuinière effrayés è lear ap« pro( he , bien qu'ils m'eussent dit, queU ques jours auparavant, que ceux de Tevaî étaient letirs ennemis mortels.
Je témo gnai ma surprise aux hcmmes' de Manevai, qui se contentèrent de rire d'un air équivo^ie, en disant qu'ilt avaient fait la paix avec les habitants de Tevaî, et que ceux-rt m'apportaient des cocos. Mais je vis bientôt que lef nouvcimx venus n'apportaient que des arcs et des flèches en fort bon état.
Deux ou trois d>ntre eux montèrei^ à bord d'un air déterminé , se rapprochèrent du grand parmeau pour regarder dans rintérieur du faux pont , et s'assurer du nombre des hommes malades. L^ne ioie maKgne perçait eit même temps dans leurs regards diaboliques. En ce moment, qnelqnes personnes de l'équipage me firent re« marauer que deux ou trois hommes de Manevaï, qui se trouvaient à bord^ faisaient ee même manège depuis trois ou qtiatre jours. M. Gressien, qui oïh servait deptiis le matin leurs mouve*^ ments , avait cru voir les guerriers de^ deux tribus se réunir sur la plage t et avoir entre eux une longue conférence.
« l)e pareilles manœuvres annon-^ çaient les plus perfides intentions ; et je juseai que le péril était imminent* Â rinstant, /intima» aux naturels^ l'ordre de quitter la rorvette et étr rentrer dans leurs pirogues. Ils emrent raudnee de me regarder d'un air i^et et menaçant, comme ponr me défief' de faire mettre mon ordre à exéc»^ tion; je me contentai de faire onvrir la salle d'armes «ordinairement fermév avec soin , et d'un front sévère je tar moutrai du doigt à mes sauvages, tan*
dis que de l'autre je leur désignais leurs pirogues, l/aspect de v ngt mousquets étinceiants dont ils eonn naissaient la puissance, les fît tressaillir, et nous débarrassa de leur présence.
a ]| est plus essentiel qu'on ne pense de maintenir ces hommes grossiers par la seule terreur des armes à t'en; cfie est plus salutaire pour l.'Européen que leur effet même. La vue seule d'un pistolet pourra mettre en fuite vingt sauvages; tandis quMs seraient capables de se ruer comme des bétes féroces sur un détachement entier qui viendrait à faire feu sur eux.
« Du reste, nous venions, pour ainsi dire, de rompre la paille avec ces barbares, et notre départ devenait plus indispensable que jamais. J'exhortai donc réquipage à redoubler de courage et dXforts , et je prei»sai le moment de Tappareillage, autant que le permettaient mes faiWes nioyens. Les malades eux mêmes prêtèrent leurs débites maiiis à l'ouvrage; et nous |MJmes enlin éloiiger une ancre à jet dans Test par trente brasses de fond ;.quoiqu'elle fdt surjetée , nous fOmes assez heureux pour qu'elle tînt jusqu'au lK)ut.
« Ce fut sur ce fréie appui que, le 17 mars 1828, à onze heures du m^itin, r. ^.ç/ro/a6<? déploya ses voiles, et prit définitivement son essor pour quitter Vanikoro ; nous serrâmes d'al)ord le Tent le plus près quMI nous tut possible, avec une bonne brise d'est-sudest assez fraiché; puis nous laisscimes porter sur la passe ; mais au moment même où nous donnions dans l-endroit le plus scalireux , celui où die est se-' mee d'écueils , un grain subit vitit borner notre horizon dans un rayon de soixante à quatre-vingts toises.
« Accable par la fièvre , je pouvais h peine me soutenir pour commander la manœuvre; et mes *yeux affaiblis ne pouvaient se fixer sur les flots d'écume qui blanchissaient les deux bords de la passe. Mais je ïus secondé par l'activité de mes olliciers , surtout par l'assistance de M. Gressien. Il nous servit de pilote, et le fit avec tant de sang-froid , de prudence et d'habileté , que ia corvette franchit sans accident
la passe étroite et dilTicile par oii noos devions gagner le large. Ce moiweot drcidait sans retotir du sort de l'expé" dition ; et la moindre fausse manœuvre jetait la conette sur des écuei.sd'où rien n\iurait pu la retirer. Aussi, nialgré notre détresse, après quelques mi« mîtes d'anxiété, nous éprouvâmes tous, en nous voyant délivrés de^ récifs de cette île funeste, un sentiment de joie comparable à celui qu'éprouve un prisonnier qui échappe aux horreurs de la plus dure captivité; la douce espérance vint ranimer notre courage abattu , et nos reijards se tournèrent encore une fois vers les rives de noire patrie, a travers les cinq ou six mille lieues qui nous en séparaient. »
Ainsi s'exprime M. d'I.rville dans son voyage de r.^sfro/eifre; voici ce qu'a joint lé narrateur de son voyage pittoresque : « Toutefois ce sej(;ur, si tri5t^ ment ftrolongé , eut de beaux résultats pour la science ; d'ut i. es travaux furent réalisés; des observations importantes furent faites; iM. Gressien leva le plan le plus exact et le plus complet de toute l'île; sa conliguriition, sesrecift, ses accidents de terrain y furent mi»
nutieusement décrits. La'carte qui résulta de ces longues opérations est un des morceaux c^ipitaux du voyage. Naguère imonnue, Vanikoro est ^iliieure
actuelle, un des points les mieux décrits de l'océan Pacifique. Les règnes de la nature y ont été étudies; et des échnntili(ms authentiques existent d.ins I es sa 1 cji d u M 1 1 séu m de Pa ri s . Kn dehors de ces recherches utiles et générales, il en était une plus sf>éciale au pays, celle du nauîriige n)éme, objet de la mission. Cette question fut traitée à loiid par.M.d'(Jrviile;son travail curieu\/l plein de faits, mérite (Pétre reproduit: « Des le moment de notre arrrvee, dit-il , les insulaires de Vanikoro, naturellement farouches et déliants , comme tous les sauvages de la race noire ocftnieune ^*), semblaient avoir adopte un système cx)mplet de dénégation lofi" chant cette catastrophe , ou bien ils
(*) Il faudrait dire les deux races noirr» océanieoues.' G. L. IX &•
OCÉANIE
n'opposaient à nos questions que des réponses évasî ves , comme : Je ne sais; — Je n*ai pas vu; — Cela est arrivé il y a très 'longtemps ; — No^is V avons entendu dire a nos pères , etc. Il était évi(ient qu^ leur comiuite, à Tégard des infortunés qui échappèrent au naufrcige, ne fut rien moins qu'hospitalière. Sans duute ils redoutaient que nous fussions venus f)0ur en tirer vengeance , surtout quand ils eurent appris des Anglais et des naturels de Tikopia qut nous étions de la même nation que les Maras. Cependant, quand ils furent assurés que nous n'avions aucune intention hostile, et lorsqu'ils virent que nous les romhlions d'amitiés et de prései.ts, leur frayeur dîmi- • nua un peu : quelques-uns devinrent plus communicatifs, et répondirent plus volontiers aux questions que je ne cessais de leur renouveler. Je m'attachais de préférence aux vieillards qui pouvaient avoir été témoii.s de ce funeste événement , et à ceux plus jeunes, qui paraissaient avoir plus d'intelligence , être doués d'une mémoire plus Iiicide , et , par là , siisceptihles d'avoir mieux retenu ce qu'ils avaient appris de la houclie de leurs pères.
« A la suite d'une nuil très-obscure, durant laquelle le vent du sud-est soufflait avec \iolenoe, le matin les insulaires virent tout à co\\) sur la , cote méridionaie, \is-a-vis le distrirt de Tanema, une inïinense piroiçue échouée sur les récifs. Elle fut promptement démolie par les values , el dispnrut entièrement sans (ju'on pût rien sauver par la suite. Des honnnes qui la montaient, un petit nombre seulement put s'échapper dans un canot et
gagner la terre. I.e jour suivant, et ans la matinée auNsi , leb sauvages aperçurent une .seconde pirogue semblable à ta première, échouée devant Païou. Ceile-ci sous le vent de Tile, moins tourmentée par le vt ut et la mer, d'ailleurs assise sur un ftnd régulier de douze ou quinze pieiîs, resta longtemps en place sans être d» truite. Les étrangers qui la montaie? t descendirent à Païou, où ils s'établiront avec ceux de l'autre navire, et tra-
yaillèrent sur-le-champ à construire un petit bcltiment des débris du navire qui n'avait point coulé. .
« Les Français, que les naturels nommèrent Maras, furent, disent-ils, toujours respectés par les naturels, et ceux-ci ne les approchaient qu'en leur baisant les mains, cérémonie qu'ils ont souvent pratiquée envers les officiers de l'Astrolabe durant la relâche.
Cependant il y eut de fréquentes rixes, et dans l'uned'entre elles les naturels perdirent plusieursguerriers dont trois chefs, et il y eut deux Français de tués. Enfin , après six ou sept lunes de travail, le petit bâtiment fut terminé , et tous les étrangers quittèrent nie, suivant l'opinion la plus répandue. Quelques-uns ont aflirmé qu'il resta deux Maras ^ mais qu'ils ne vécurent pas longtemps. A cet égard il y a peu de sujets de doute, et leurs dépositions unanimes attestent qu'il ne peut exister aurun Français ni à Vanikoro, ni à Tikopia, ni même à ^itendi ou dans les îles voisines. Quant aux crânes des malheureux Français qui succombèrent sous Ifs coups de ces sauvages, il est probable que ceuxci les ont conservés longtemps comme des trophées de leur victoire; mais s'ils les possédaient à l'épo'iue de notre arrivée, il est vraisemblable qu'ils se seront empressés de Us cacher en lieu si)r pour les soustraire à toutes nos perquisitions.
« Tout nous porte à croire que la Pérouse , a[>rès avoir visité les î es des Anus , et terminé sa reronnaissanre de la Nouveile-C^idédonie, avait remis le cap au nord el »e dirigeait sur Santa- Cruz, comme le lui prescrivaient ses instructions, et connne il nous rapprend lui-même par son dernier rapport au ministre de la marine. En approchant de ces îles , il crut pouvoir continuer sa route pendant la nuit, comme cela lui était souvent arrivé, lorsqu'il tomba inopinément sur ces terribles récil^ de Vanikoro dont l'existence était entièrement ignoiée. Probablement la frégate qui n archait en avant (et les objets rapportés par Dillou , ont donné lieu de penser que c'é<
tiiit la BoÊiS^ole ell^^méme] donna air les brisants 6an$ pouvoir se relever, tandis que l'autre eut le temps de réunir au vent et de reprendre le large; çaaîs J*affreuse idée de laisser leurs eonipi^nons de voyage, leur clief peutitre , à la merci J*un peuple barbare, lie dut pas permettre à ceux gui avaient écbappé au urejnjer péril, de s'écarter de cette tle runeste, et ils durent tout tenter pour arracher leurs compatriotes #u sort qui les menaçait. Ce fut là, BOUS n'en doutons poiut , la cause de la perte du second navire. L'aspect «aéine des lieux où il est resté donne un nouvel appui à cette opinion. Car, pu premier abord , on croirait y trouver une passe entre les récifs. Il est donc possible que les Français du second navire aient essayé de pénétrer par cette ouverture en dedans des brisants, et qu'ils n'aient reconnu leur erreur que lorsque leur perte était aussi consommée.
« Bien qu'aucun document positif et direct n'ait dénoontré que ces déjbris ont réellement appartenu à Texpëdition de la Pérouse, je ne pense pas qu'il reste à cet é^ard la moindre incertitude. En effet, les renseignements que j'ai recueillis des naturels «ont parfaitement confonnes sous les rapports essentiels , h ceux que se procurn M. Dillon; et c^la sans que nous ayons pu être influencée F un par l'autre, attendu que je n'eus connaissance de son rapport a l'île de France c|ue fitux mois après que j>us expédie le mien au ministère. Ces dépositions ont <ionc tous les caractères de rautl)eu- Jticité ; elles attestent que deux grands navires f)érirent, il va quarante ans environ , sur les récifs de Vauikoro , et ipj'ils contenaient beaucoup de monde; les naturels se sont même raj)peiés qu'ils portaient le pavillon blanc. Tout cela joint aux pièces de canon , aux j)ierr)ers rapportés, démontrent que •ces «navires étaient ûes bâtiments de cuerre. Mais on sait |M)sitivement que longtemps avant connue après cette ipoque^ nul autre navire de guerre fi a péri dans ces mers que les frégates 4e la Pérouse, et la Pandora, com-
mandée par Edwards qui fit nanfiragjBv sur les récifs du détroit de Terres, fis outre, la nature de quelques-unes éa pièces rapportées du naufrage, montre qu'elles appartenaient à une mis« sion chargée de travaux extraordinaires. Enfin , Tunique morceau de \m apporté par M.. Dillon , s*est trouvé coïncider avec les desseins qui ont été conservés des sculptures de la pou||e de la Boussole. Que de probamiités réunies qui doivent équivaloir à um certitude complète î
« Comme on s'attendra sans doute à me voir émettre mon opinion sur la route que les Français durent suivre après avoir quitté Vanikoro , je dértorerai qu*à mon avis ils durent se diriger sur la Pïouvelle-Irlande pour atteindre les Moiuques ou les Philip* piues sur tes traces de Carteret ou de Bougaiu ville. Alors c'était la seule route q[ui offrît quelques chances de succès a un navire aussi faible, aussi mal équipé que pouvait l'être celui qui fut construit à Vanikoro ; car ou doit présumer que les Français avaient été singulièrement affaiblis par la fièvreet les combats avec les naturels.
« J'irai même plus loin, et j'oserai dire que ce sera sur la cote wcidea* taie des îles Salomon , sur (^uelqu'uo des écueils situés aux environs de l'espace connu sous le nom àe Boie des Indiens^ entre les caps Déception et Satisfaction, qu'on pourra par la suite retrouver quelques indices de leur passage. »
Cette dernière pensée du capitaine dTrville était le résultat de ccnjectures si fortes, qu'en qu ttant Vanikoro il voulait aller reconnaître les Iles Salomon, pour v suivre, s'il était possible , les traces des Français. .Mail l'état désespéré de son équipage fo* bifgea à tirer directement sur les îles Mur*annes, seule relâclie où les malades pouvaient espérer quelques secours. Quand les premières nouvelles des <lécou vertes de Ditlon parviarerf en France, on craignit qut ler«jittaii< dXr\ille, alors en cours de missioB, ne put pas profiter de ces dfïiinéespour se reuare sur le lieu du naufrage. Pour
tout prévoir, le ministre de la marine donna donc Tordre à M. Legoarant de Tromelin qui commandait la corvette la Bayonnaise j en station alors sur la cdte occidentale de rAméri<jue, de faire voile vers Tikopia , à Terfet d*^ 0(>érer toutes les recherclies nécessaires pour constater le naufrage de la Pérouse. M. de TroniHiu appareilla ée Valparaiso le 8 février 1828, visita en route les îles Haouaî, Fanning, Sidney, Phœnix, Rotouma et likopia. Sur cette dernière île il trouva le prussien Buchart et le lascar Joë. Le premier se montra souni à toutes les' propositions d*embarquement; Joê se montra i)lus accx>mino(lnnt : il monta a bord de. la Bayonmme. Otte cor« vette |Mirut devant Vanikoro le 8 juin, et y psissa , suivant le récit du capi* taiue, douze jours sans mouiller nulle part. Fille ^ut aussi préservée des lié* yres de Tîle ; mais sa reconnaissance a la voile resta, par contre-temps, sans résultat pour la géographie et pour la science : la question du nau« frage de la Pérouse aeuKfura en outre au même point où le capitaine d'Ur* ville l'avait laissée. Il est à regretter
3ue la liayonnaUe^ avec un équipage ouble de celui de ï* astrolabe y n*ait pas envoyé un fort délacliement à Paîou, {X)ur V faire exécuter des fouilles qui auraient ))eut-étre constate le séjour des Français. Le fait le plus remarquable de * Tapparition de la fiayonnalse devant Vanikoro , fut que J un de ses canots fit la découverte du monument qu'avaient élevé naguère les marins de TAstroiabe. Loin de détruire le mausolée, les habitants l'entouraient d'une sorte de vénération , •t ils ne permirent qu'avec |)elue aux nouveaux venus de venir y clouer ujie médaille attestant le passage de la Bayoiuuxiite, Ainsi, on a lieu de Tespt'ïrer, ce monument durera autant que le permettront les matériaux fragiles dont il est compose. L^ France ne fera-t-elle, pour des marins morts à sou service et \youT leur illustre cJief, rien de mieux que ce simple et périssable monument, iutprovise dans une pensée pieuse? D'autres oavij^a-
teurs ont sans doute vu Vanikoro depufs ies deux expéditions de MJd. d'Drville et Legoarant de Tromelin, puiscpsei»
musée oaval a leçu un tronc durbrf provenant de cette lie , avi^ le oliilfrS de 1788, évidemment gravé jiar un des hommes échapjiés au naufrage (*)* N'ayant toutefois aucun reiiBeigonnent sur ^authenticité et sur la proveuaneè de ce morceau curieux, il faut borner of récit déjà fort long à ce qu*ii o£ù:# d'exact et d'oHiciel.
CROUPE DE NITEM^I ou SAKTA^ CEUX. ILES TOUrot'A« TIKAEOEO
et hikdaka.
géogbàphîb
L'île N'itendi, ou plutôt Tndeni| nommée Santa-Cruz par Mindana ^ son découvreur, a vingt-quatre milles de l'est-nord-est à Touest-sud-ouest , sur une Inrgeur de neuf à djx milles.
Ses limites sont , en latitude : 10° 40' et lOo b^ sud; sa longitude 163° 22' et 163^ 45' est. Elle est peu élevée et bien boisée.
Je voulais la jilacer dans mon archipel Mêla no -Polynésien-, et peutêtre sa place était bien mieux là que dans la iMélanésie.
Nitendi (**) est une île fort populeuse : la plupart de ses indigènes sont noir;, avec les lèvres fortes, le nez épaté, les cheveux crépus et le front trèsjarge; du reste vigoureux et assez bien proportionnés, aux jambes près, qui son peu musclées. Quelques-uns des habitants se distinguent des autres P'ir un teint olivâtre et foncé, qiu' les rapproche de la race polyoéj^ienne.
ils ont encore avec elle une analogie frappante, celle du nez et des oreilles, percés pour recevoir des anneaux d'écaille de tortue. Les insulaires se parent éjialenent la tête avec unefleuï rou^ , Sous leurs bracelets, et à leur ceinture, ils p'acent diverses espèces d herheiî odoriférantes. Le talouaue et la circoncision sont en vigueur parmi eux; ils s'épilent tout le corps.
(■) D'rrville. Voyage pir'orfJtqup.
(**) Iji .siiiiatiou dec«9quftlre il«ft «Hdos À M. d'Ur ville.
* Leurs maisons sont vastes , et chacune peut loger de trente à quarante personnes. Cnaque village contient de trente à quarante maisons, parmi lesquelles une seule est destinée aux cérémonies publiques et religieuses, l^s plantations de Pile sont cultivées av<'c l)eaucoup de soin , et entourées de ])aliss^ides de roseaux pour le^ garantir contre les ravages des norxrs.
« L'Ile, dit Dillon, abonde en porcs, en volailles, pigeons ramiers, hérons et grives; on v trouve aussi une espèce d'hirondi Ile. Les productions végétales consistent en cocos, cannes à sucre, fruits d*arbre à pnin, bananes de diverses espèces, ignames pesant de trois à quatre livres, et patates de diverses sortes. Les insulaires font cuire ces patates dans des fours en terre ou sous la cendre; miant au taro, ils le coupent en tranclies minces, et le font sécher au soleil. En cet éiat , il peut se conserver plusieurs mois ; puis , quand on le fait rôtir, son godt est assez agréable. Il y a aussi des pamplemousses et une sorte de noix counnune à Taïti. »
Dans sa partie occidentale , la largeur de Mtendi se trouve réduite à moins de trois milles , par deux bairs qui pénètrent fort avant dans les terres. Celle du sud est la vaste et belle baie Graciosa, découverte par ISlindana. Vis-à-vis son entrée, se trouve une petite île fertile et populeuse, de cinq ou. six nu' Iles de circuit, que les Espagnols nommèrent y/wer/a (jardin), et Carteret Trevanioii. (^elte île garantit ^intérieur de la baie Graciosa des houles et du vent du large.
Dans la partie sud-e-t deNitendi, et séparée seuleinent par un canal u'un mille de largeur, gît une petite île de hauteur moyenne, n'ayant que trois milles de long sur un ùe large, et que Carteret nonnna Ile Howe.
A quarante milles au sud est de Nitendi, se trouve l'île Toupoua, terre, dit d'Urville, haute, bien peuplée, divisée, pour ainsi dire, en deux par une terre basse, qui occupe sa partie oeutrale; son étendue doit être d'en-
viron dix ou douze milles. Sa position par ll« 16' latitude sud, et 164' 7' longitude est.
Découverte en 1595 par Mindana, cette île fut revue de loin, en 1767, par Carteret, qui, trompé par rasfiect de ses deux pitons , en fit deux îles, qu'il Donuna Edgecumbe et Ourry.
Edwards la revit en 1791, d'Rntrei'asteaux en 1793, et Duperrev en 1823.
Dillon fut le premier qui la visita»
1827 ; il constata que Toupoua n'était qu'une seule île, bordée en partie par un récif qui s'avance jusqu'à deux milles au large. D'Urville tixa sa position en 18*i8, et, peu de temps après , INI. Legoarant de Troinelin communiqua avec le^ habitants, qu'il peint comme bons et hospitaliers.
A quinze milles au nord de Nitendi, s'élève rile Tinakoro ou le Volcan, Ile découverte en 1595 par Mindaia, revue en 1767 par Carteret, en 1795 par d'PIntrecasteaux, en 1823 par Duperrey, en 1827 par Dillon. Cestus piton conique , d'une grande liautfur, et couronné par un cratère eo activité.
Lesjles Mindana, situées à quatre ou cinq, lieues à l'est-nord-est de Tinakoro', furent découvertes en 1595 [»ar Mindana. Os îles sont identiques, sans doute, avec celles que Carteret nomma, en 1767, Swallow. AVilson les rcxitro 1797, et M. de Tromelin les reconnut en 1828. C'est un groupe de neufilff»
basses, boisées et inhabitées, la phiprt petites, niais liées par de vastes récifs. Ce groupe panît avoir près df trente milles de l'ouest- nord-ouest à l'est-snd-est ; le centre se trouve environ par 10" 15' latitude sud, et 163* 36' longitude est.
PRfCCIS HISTORIQUE.
Mindana fut envoyé de Lima, par le vire-roi du Pérou, d'après les ordres du gouvernement espagnol , pour fonder une colonie aux îles SaloiTwn, qu'il avait découvertes dans son pren)ier voyage, en 156H. Danslannilda 8 octobre , devant Nitendi , le vaissej» amiral se sépara des autres , et se ptf*
ÔCÉANIE.
dît sans doute , car on n'en entendit plus parler.
I^ 9 septembre, les troTs autres vaisseaux, mouillés dnns la baie Gracios : , furent aussitôt entourés par une foule de pirogues; quelques-uns des naturels, invités par les Espagnols, se décidèrent à monter sans armes sur le pont. A leur têie était un homme d'environ soixante ans , basané plutôt que noir, maigre, avec des cheveux blancs, coiffé de plumes Lieues, rouges et jaunes, portant un arc et des flèches terminéis par des pointes d'os; il dit à I^lindana qu'il se nonunait Malope. Le général apprit au sauvage qu^il se nommait iMindana, et lui offrit d'échanger son nom avec lui.
Celui-ci en parut enchanté; aussi, quand on le nonmiait IMalope, il montrait du doigt le chef eHro|)éen, et disait que , quant à lui . il s'appelait maintenant iMindana ; il ajouta qu'on le désignait encore sous le nom de Tauriké.
La bonne intelligence entre les indigènes et les Rspainols dura quatre jours, pendant lesquels ils apportaient des vivres, et se montraient ranime des amis , et surtout le chef Mulope , qui venait souvent visit^T les Européens. Mais cette heureuse harmonie devait être de courte durée.
« Un jour, dit la relation, Malope vint a\ec cinquante canots, au fond desquels on avait caché des armes. Il monta sur le capitaine; mais vovant par hasard un soldat prendre un fusil, il s'enfuit à terre sans qu'on put le retenir. Les siens le reçurent sur le rivaf^e avec de grandes démonstrations de joie; ils parurent seroiisijjter eus nible, et, le niéme voir, ils retirèrent tous h'urs effets des m.iisDus voisines du port; toulc la nuit on vit des feux allumés de Taiitre côté de la baie, les canots aller ol venir d'un viilage à l'autre, comme entre gens qui se donnent des avis et qui se pré; aient à quelque chose. Le matin, l'équipage de la cahote étant allé à l'aiguade de la rivière, tomba dans une embuscade d'Indiens , qui les poursuivirent à coups de flèches. Ou fit feu des vais-
seaux sur eux , pour les contraindre à se retirer. Après que les blessés furent pansés, le général envoya le mestre du c«unpà la tête de trente hommes, pour incendier quelques villages. Les Indiens firent tête, et ne prirent la fuite qij'après qu'on leur eut tué cinq hommes. On voulut essayer si, en leur faisant un peu de mal i on ne pourrait pas se dispenser de leur eu faire davantage. Sept d'entre les Indiens, surpris dans les maisons où Ton avait mis le feu , après s'être vaillamment défendus, se jetèrent au milieu des nôtres, sans faire cas de leurs vies, périrent tous, à l'exception d'un seul, qui fut blessé en prenant la fa'te. Le mestre de camp revint avec sa troupe «t deux soldats blessés. Le village appartenait à JMa'.ope, qui vint le soir au rivage en se frappant la poitrine, et appelant le général par son nom de Malope, tandis uu'il se donnait celui de Mindana. Il faisait signe qu'on le traitait injustement; ^ue ce n'étaient pas ses gens oui avaient attaqué les nôtres, mais (l'airtres Indiens demeurant de l'autre côté de la baie. Kn bandant son arc, il donnait à entendre qu'il se joindrait à nous pour en tirer vengeance, si nous le voulions. Le ceneral tilcha de lui donner quelque satisfaction, et l'on se fit de mutuelles protestations d'amitié. »
La discorde et la haine avaient toujours en augmentant; les aff;.ires en vinrent au point que les Fispagnols tuèrent, par trahison, le chef Maiope.
Des ce monient, toute relation amicale cessa entre les indigènes et les Européens.
Au milieu de tous ces embarras, la révrlie éclata au milieu des colons de son établissement ; des otïiciers s'insurgèrent contre les chefs. Forcé de donner un exemple sévère, Mindana fit trancher la tète à deux des rebelles et pendre le troisième; mais il succomba a tant de degoiU, et sa veuve, dona Isabel de Barretas, qui avait pris le commandement de l'escadre, quitta, après soixante i«euf jours de relâche, cette île fatale de Ailendi.
Ou ne parlait plus de Sunta-Ci'uz,
4to
rUNIVERS.
quand Carteret la visita le 12 août 1767. Il reconnut que les indigènes avaient conservé quelques mots espagnols.
Le 17 août, Carteret côtoya to^te la bande septentrionale de Tlle. A trois milles dans Touest d'un village , il aperçut une foule de cases ; cet en* droit était muni, du côté de la mer, d'un parapet en pierre, de quatre
1>ieds ae hauteur, avec d(*8 angles saitants et rentrants, comme nos fortifications européennes Un peu au delà coulait une rivière, et plus loin, à Touest, la cote formait une grande baie. « Dans les environs, dit Carieret, il y a une ville fort étendue; les habitants semblaient y- fourmiller comme les abi'illes dans une rudie.
Lorsque le vaisseau passa en son travers, il en sortit une multitude incroyable d*[ndipns (*) {lisez de naturels ) , tenant dans leurs mains quel- 2 lie chose qin' ressemblait à un paquet Mierhes vertes , dont ils paraissaient se frapper les uns les autres , dansant en même temps en courant en cercle. • Carteret quitta, le 18 aodt, les îles découvertes par Mindana. Quoiqu'il sût pertinemment que c'était les mêmes terres découvertes par cet amiral, deux sièf^les auparavant , et malgré la connaissance qu'il avait de ce f^t, il nomma le groupe d'îles Çueen- Char lotte ^ et donna à Ni tend i le nom û'Egmont. L'amiral d'Kiitrecasteaux parut devant Tfle Nitendi le 19 mai 1793 , et la contourna presque en entier durant les jours suivants.
A son départ de Vanikoro . le capitaine Dillon tira droit sur cette île, tant pour se procurer des vivres que pour obtenir des renseignements sur le sort postérieur des naufragés dont il venait de retrouver les traces. Après
(*) Nous n*avoiis ron<ii'nô mi'le part rpttc absurde dôiiomination d iiKli(Mi& ( luiliiis), cause de inni d't rrrurs gro(;rapiii<|iH'S. F.lle nVst applicable qu'aux liahilauts de Tlndfî, et cucore faudrail-il les d('si;;u(T sous le nom d'Hiudoiis (piaiid il.tsuivrut la rfli^iun bnilmiani(pie; niu<iulniaus de Tin le, Pittugais-iiidieus , elCySelou leur iialiou ou leur cuite, G. L. U. A.
avoir été contrarié par les calmes , il mouilla enfin dans la baie GrackKa; les naturels lui apportèrent des porrs, de la volaille, de gros pigeons, une espèce de concombre, des mangoustans et des fruits de spondias. Il y fit la connaissance du cbef Laniôa , d envoya un de ses canots faire de reas et dû bois dans le village de flamba Ayant remarqué la grosseur des deiiti des naturels, il voulut en avoir un^ pour rexaminer avec soin.
« J'avais aper<^u la veille, dît-il, os homme qui avait attiré mon attentios par une denture singulière. IJ avait sur le devant de sa mâchoire supérieure des dents d'une énorme dimension. Je voulus le faire monter à bor4 pour Texa miner de près ; mais je n'y pus réussir. Je pensai , au premier abord , que ce que je prenais pour des dents, n'était autre chose que des morceaux d'os que cet homme avait implantés dans sa ntâchoire ou qu*iJ tenait simplement serrés entre sa lèvrt et ses dents naturelles ; et bientôt \i n'attachai plus d'importance à ce q li ne paraissait être que des dents |:<ost'ches de la grosseur de celles d*os grand bœuf. Ce matin , ma surprise augmenta en vovant plusieurs insulaires qui avaient des dents encon plus, crosses que celles qui m'avaient ini|>pe l:i veille. Je décidai deux de cet hommes à venir sur le pont , et je priai l'un d'eux de me vendre une de ces dents monstrueuses. Rn même temps je m'assurai qu'elles étaient solidement fixées à sa liiàrhoire , et non pas dtf ornements artificiels. Voulant a touts forre en avoir une en ma possession, j'offris un fer de rabot , puis une he^ minette; mais on ne considéra pas ces objets comme étant d'une valeur égale à celle de la dent que je convoitais. Je finis par proposer une hache. Alors mon lirimine, qui avait à sa mâdioire intérieure une dent plus grosse qu^auviine (le celles qui avaient attire nus regards , chercha it se l'arracher, nais il lit lU' vains efforts pour y parvenir. J'envoyai chercher au poste des chirurgiens rinstrun)ent dont se servent les hommes de l'art pour les opéra-
OCÉÀNIE.
pons d^ ce genre; mais il ne présenta point assez d'ouverture pour saisir la drnt de l'insulaire. J'eus recours alors a une tpnaille de charpentier. Le docteur, mu[)i de cet outil . saisit la dent Jcomme par manière de jeu, et, d'un coup de poignet vigoureux , Tenleva.
La bouche du patient saigna considéjabJement ; mais , sans paraître s' oc-' cuper beaucoup de cette bagatelle , jh demanda la hache. Aussitôt qu'il Teut entre les mains, il se mit à sauter de joie d'avoir fait un aussi bon marché.
« Ayant examiné avec soin cette dent , je ne tardai pas à découvrir la cause de son accroissement monstrueux. En la taillant avec un canif, ce que je fis assez facilement, Je trouvai au centre une dent d'une grosseur ordinaire , mais qui était recouverte (le nombreuses cx)uches d'une espèce de ciment qu'y avait formée la ch.iux mêlée au suc de bétel , et qui , par une longue suite d'aimées, s'étaient accumulées au point de donner è cette dent le volume qu'elle avait ^lurs. »
Dillon s'empressa de quitter Nîtendî, parce aue la fièvre ravageait son bord, et que la moitié des hommes étaient gisants sur les cadres. Il appareilla le 14, laissant chez Lamoa un A n^la snonnné Stcwart. En 1828, M. Legoarant de Tromelin eut avec les h;ibitanls de I^itendi quelques communications à la voile. Ils firent une foule d'échanges pvec les Françius , qui n'eurent qu'a se louer de leur prob té etiie leur douceur. M. de Tromelin remarqua qu'ils /iccostaieut toujours le navire eu chantant.
JkRCHlPEL DKS NOUYELLES- UÉBRIDES.
GÉOGBAPHIE.
L'archipel des Nouvelles-Hébrides , 4écouvert par Quiros en 1606 , qui nomma la plus grande de ces ties \t4ustraUa del Eapiritu Santo^ fut explorée en 1768, par Hougainville, aui lui donna le nom hien choisi de Orandes-Cyclades, qtie Cook changea ea 1773, m celui de Nouvelles-Hébri-
des , lequel Inî est resté jusqu'à ce jour. Cet archipel forme une chatne étroite de cent vingt lieues du nordnord-ouest au sud-sud-cst, entre le I .î«»et le 20° de latitude méridionale, et entre le 164* et le t68o de longitude à l'est de Paris. Il comprend neuf grandes tIes, et beaucoup d'autres d'une moindre étendue. C est à M. d'Urville que nous devrons le chapitre géographique de ces Iles. On y relève, en couimeaçant par le sud :
L'Ile Annatom , découverte par Cook en 1774, revue par d'Ëntrecasteaux en 1793, et reconnue par d'Urville en 1827; terre formée par de hautes montagnes avec une bande littorale fort étroite, surtout dans la partie nord. Cette bande est garnie de cocotiers et d'une foule d'autres arbres au tronc blanchâtre et dénudé, aue M. d'Urville snnpose appartenir à I espèce metcUeuca leucodendroriy qui fournit l'buile de kaïapouti. Dans toute cette partie, nul indice ne révéla à ce navigateur que l'île fût peuplée; elle a dix milles de l'est à l'ouest sur six de largeur. Latitude sud 20» 11', longitude est 167* 16' (pointe ouest).
L'île Ebbonan , découverte par Cook en 1774, revue par d'F.ntrecasteaux en 1793, et par d'Urville en 1827. Ile fort haute , ayant la forme d'un cône isolé à pans escarpés et largement tronqués au sommet. Suivant Porster, les habitants se rapprochent du type pot>nésien. L'He a cinq milles de cHnjit. Latitude sud 19« 3i', longitude est 167» 46' (sommet).
L'ile Immox, découverte par Cook, petite et basse, de deux à trois nulles de circuit. Lititude sud 19* 21', longitude est 167" 10'.
L'ile Tanna, découverte en 1774 par Cook , revue en 1793 par d'Entrecastenux. Ile hante, hien peuplée, (i'environ vingt-(U'ux m Iles d'étendue du nord -nord ouest au sud-sud-est , sur neuf milles de large. Latitude sud du 19» 20' au 19» 40', longitude est du 166° 53' au 167* 10'. La vue en est agréable (voy. pL 252).
Les insulaires de Tanna sont d'une couleur bronzée , de foruie$ grâes et
4ift
L'UMVERS.
anguleuses, de taille petite et mince; leur nez est large, leurs yeux sont
{)leins et doux; leurs tiaits respirent a vivacité et l'esprit. Presque tous , au dire de Cook , avaient la physionomie ouverte, mâle et honntife; mais, chez un petit nonihre moins heureusement doués, Tair était méchant et faux. Les naturels, agiles et dispos, maniaient les armes avec adresse ; mais, réservant toutes leurs forces pour les temps de guerre, ils laissaient aux fenmies le s in des travaux pénihies. Sur la plage les femmes circulaient char^é<'s de fardeaux : les hommes ne portaient que leurs armes.
Les femmes de Tanna, petites de taille , sont assez jolies danS leur jeunesse; leurs yeux sont doux et bons ; leur démarche ne manque (las d*une certaine grâce. Le vêtement des hommes consiste en un pagne qui , au lieu de cacher leur nudité, a le privilège de la faire mieux ressortir. « lis ressemblent, dit Forster, au dieu tutélaire des vergers dans la mythologie grecque. >» Les femmes sVqveloppent d'une pièce d'étoffe en libres de bananier, qui les couvre de la ceinture aux genoux. Outre le titouage ordjj.aire par piqOres, le tatouage |)ar incision est pratiqué chez ces peuples.
Le:irs cheveux sont n.Jlurellement crépus, frisés et bruns. Ils disposent sur le visage, le cou et les épaules, des bandes obliques de trois pouces de large, de couleur noire ou r^ge et rarement bianche; mais qiulquefo's une moitié du visage est peinte en rouge, tandis (;ue FiUtre \'t>i en noii. Les soiiis de la cuisine pèsent sur les t'euunes; elles rôtissent ou grillent les ignames et les biinanrs ; elles cuisent à l'étuvée les feuilles \ertes dune espèce de liiiue et de ï/tibiseus esculentus; elles font des |.oudings avec une pâte de bniianes et de taro , contenant un mélange d'amandes et de feuilles. Diverses esjieces de fruits s'y mangent sans préparation.
Les cochons et les volailles Itur fournissent quelquefois leur viande; mais les poissons et les coquillages sont la base de leurs repas. Leur unique buis-
son est Teau m^lée au lait de coco.
Les insulaires de Tanna, ainsi que de tout Tarchipel, n'avaient aucuneidée du fer, avant l'arrivée des EurojKras; leurs armes sont la massue, la lance. Tare, et les flèches, prniesn dents de poisson ou en pierres dures.
. L'île KOR o-AÏANGO , découverte par Cook en 1774, n'est pas éloijinèe de Tanna de plus de vingt milles au nord. Les terres sont assez élevées, et forment sur la bande orientale une baie profonde d.)nt les rives sont basses, et dont les terres adjacentes sembN être fertiles : des deux cotés reçnrat de vastes forêts d'un coup d'oeil niTissant; au sud le sol s'incline en pente douce , et présente ime vnste étendue cultivée. Cette Ile a vingt milles dfl nord ciu sud 'sur une larjieur presiiie égale. Latitude sud du 18" 40' au î9* 2', longitude est du 166" 30' au 166* 60'.
Les habitants de cette fie forment avec ceux des îles au sud« une variété différente de celle qui habite les îles au nord ; ils parlent méi e une autre langue. Leur stature est irédiorre, mais ils sont assez bien proportionnes; leurs tra.ts nesontp-niit disgnicieux; d'un teint tres-.onoe, ib se peignent le visage en noir et ca ruge, et portent les ci.eveux frisrt ( u bouclés. 1^ j)eu de feinnit^s «jue l'on vit , étaient ^rt la des; elles portaient un junon court fait avec ^6 feuilles, tâîulis qre les homni'^s nV Voient pas d'.iutre vêtement que W ceintures. Leurs cases sont couvert* d.* feuilles de palmier, et leurs pbnOlions sont entourées de haies de ro* seaux.
Forster pense que leur langneest aussi diJe.iente de Tidiome lOM?a<l* de celui de Mallicolo. La plupart des mots contiei.nent des sons ?uUurj«ï et (le fortes aspirations son -res d'ailleurs, et remplis de voyelles : ils sort taci.es à répéter. Les connaissafntî géographiques de ces insulaires s> relaient a Koro-Maugo; ils ne coP; naissaient ni MalliooTlo ni .A|>i * ^ Saiidwich plus rapprochée d'eux.
L'île Sandwich , découverte en 1774 par Cook; elle g.t à vîngt-deuj^ lieues au nord-nord-est de la iirécédente; elle a Wnjit-deiix lieues de circuit , et sa plus grande dimension est de dix lieues du sud-est au nord-ouest. Cette île. Tune des plus belles du groupe, offrit aux Anulais Paspect le pins riant. Des [)laines et des bosquets de la plus riche verdure y coupent le terrain. Ou y voyait, ù Tonibre de hauts fialmiers , de petites huttes assez joies, et la srève était couverte de pirogues échouées. Ailleurs des bois touffus et des espaces de terre jaunt' et cultivée, rappelaient la marqueterie* descimpa^nis d'Kurope. L.ititude sud du 17° 31 iiu 17* 04', longitude est du ICÔ" 47' au 1G6" l.V.
L'île Hî.NCHiNBROOK,' découverte en 1774 par Cook. Petite île près de la cote nord -ouest de Sandwich. Latitude sud n» 31', longitude est IGG^G'.
L'île .Mo.\T4riU, découverte en 1774 par Cook. Petite île h.iute et ha!.it<e, située à cinq ou six milles au nord de Sandwich. Latitude sud 17° 20', longitude e>t l(>.j°57'. ^
L'île MoMîMEXT , découverte en 1774 par Cook. Ce n'est qu'un rocher noirâtre sillonné, couvert de quelques l)ui*<soiis*, et haut de vingt-cinq toises. Latitude sud 17° IG', longi.ude est ler.o 3'.
L'l:e Deux Colunks, découverte en 1774 par Cook. Petite île composée lie deux colli..es taillées à pic et séi)nrées par un isttune étroit et bas , avant au plus un mille d'étendue.
Latitude sud 17° 16', longitude est
iGG« r.
L'île Trois Collines, découverte en 177 4 par Coi.k. Kile a quatre lieues de circuit, et se distinj^ue nar trois collines eu forme de pic; elle est boisée et habitée par des sauvages semblables il ceux de Mailicollo. Un Ilot ras raccompagne au sud-est; et à cinq milles au nord-ouest, gît un récif sur lecjuel la nier brise. Latitude sud 17° 3', lonizitudeest IG.j» 57' (milieu).
Les Uqs Suepherd , dé<*ouvertes en 1774 par Cook. Groupe de petites îles d'iliegule grandeur, peuplées, et occu-
pant une étendue de cinq lieues du sud-est au nor(J-oue<t.
L'île API, découverte en 1774 par Cook. Celte île, qui a vingt lieues de circuit et huit environ d'etenduv^ du nord-est au sud-est , est très-haute , montueuse, entrecoupée de plaines et de bois , et peu(>lre, comme Tannon-; caîent les fumées qui s'en élevaient.
Latitude sud 1G° 50, Lngitude est 16G° ô ( pointe sud-est ).
L'île PvouM, découverte en 1774 par Cook , s'elevant à une hauteur considérable sous la forme d'une meule de foin. Sa plus grande dimpi»sîon û'est pourtant que de (juatre lieues, et Cook pense qu'elle est coupée eh deux par Ui) canal étroit. Fille est aussi peuplée. Latitude sud, IG» 27', longitude *est IGo" 5G'(poiiite est).
L'île A MUR V M, découverte en I7G8.
par Hougain\ilie, reconnue par Côdk' en i;74. C'est une terre d'environ sept lieues de circuit , basse sur les bords, et s'éiesant graduellement^ vers le centre pour former une miinlai;ne de nioyenne éjévation. Des fu-' mées parties de ce pic îirent. croire qu'il recelait un \olc;m. On la croit' bien peuplée. Latitude sud IG" 1^,.
lofi.iiitudn est 16.'*" 55' (iK)iute sud-est)."
L'île Pe.ntecote, découverte par Bouirainville en 17C8, reconnue par Cook en 1774. C'est une terre d'une hauteur considérable et couverte de bois , a l'exception des terrains cuîiivés, qui paraissent en grand nombre.
Elle n a pas moins de trente-trois milles du novd au sud, sur huit à dix milles de largeur. Les comjiagnons de; Cook V reniarc]uèrent dans la nuit des' incendies de forêts, et ils en conclurent que les défrichements occupaient , la po|)(d;ition de cette île.> ^.atitude su.l 15° 2G' à 15''58'', longitude est 1G5°50'.
L'île Aurore , découverte par Bougain ville en 1768, reconnue par Cook en 1774. Terre haute et peuplée d'environ onze lieues du nord au sud , sur quatre ou cinq milles seulement de' largeur. L'île entière, tlepuis les bords de la mer jusqu'au sommet des'mon-'.
tagnes, paraît couverte de bois, et
L'UINIVERS.
toutes les vallées y sont arrosées par des ruisseaux. Le pic central est du ne hauteur considérable. Laiitude sud du 14" 51' au lô*" 22\ longitude est dti 165" 47' au If '5' 53'.
L'île des Lépreux^ découverte par Bougainville en 1768, reconnue par CooK en 1774. Terre haute et peuplée , de forme ovale , et de dix-huit à vingt lieues de circuit. Toute la pointe nordest parut à Fofster phis basse que le reste de Tîle et cou\erle de différents arbres, parmi lesquels figuraient des tiges innombrables de palmiers. De superbes cascades se précipit.iient des montagnes. Latitude sud 15° 24', longitude est 165" 27' ( soinmet, )
L'Ile M ALLicoLLO, découverte par Quiros en 1606, revue par Bougainville en 1768, et reconijue par Cook en 1774. C'est une grande et belle île , qui n*a pas moins de dix-huit lieues du nord ouest au sud-est, sur six ou sept de largeur. Cook Ta dépeinte . comme féconde t-t populeuse. Les terres, d'une hauteur moyenne, meurent en pente douce vers le livage, et vont aboutir à une petite chaîne centrale.
Vttrs la ponte sud-est gisent le port Sandwich , et un peu ) lus au sud, trois îlots nonmié^ i/es Masketyne. Latitude sud du 15'' 50' au 16** 36 , longitude est du 164^ 47 au 165"* 26'.
Au rapport de Cook, les habitants deMallicoilo sont petits, bronzés, avec la tête longue et le visage plat , plus semblables à des orang-houtans qu'à des hommes, moins pourtant à cause de la figure que par Teifet de membres grêles et disproportionnés; leurs cheveux, noirs ou bruns, sont courts et crépus, sans être laineux. Leur barbe est forte» toufifue, ordinairement noire et courte (voy.p/. Î51 ). Ce qui accroît leurdifformité naturelle, c'est une ceinture en corde, serrée si fortement autour des reins , que la forme de leur corps approche de celle d'une grosse fourmi. Le sillage creusé par ce lien coupe te corps de la manière la plus disgracieuse.
Les hommes vont nus , en se couvrant les parties naturelles de feuilles oa d'un morceau de natte. Les femmes, non moins hideuses que les hom-
mes , se peignent efi'roiige la tétc, k visage et les épaules.
' Les ornements et les armes de en hommes sont semblables à ceux de Tanna. La lan,42:ue de iMa lirolk) pan! à Forster tout u fait différente de celiei
3u*tl avait étudiées jusque-là. Elle preiguait Farticulation brr fortemest accentuée; ainsi l'un des amis des Ad* glais se nommait ^fambrrovm , un autre Bonoumbrrouai : ils appelaint le cochon broa , et ils avaient soavent à la bouche le mot/(77narr(anii.) Ces sauvages articulaient , du reste, bien plus facilement les langues li'Ko* : ro|»e que ne pouvait nt le laire lesTa^ tiens. Pour exprimer leur admiralioDi ils faisaient entendre un silfleiuent pareil à celui d'nme oie.
L'île Saint- Barthélémy, dfeW' verte par Bougainville en 1768. reconnue par Cook en t774. Ile boisée, peuplée, peu élevée, avec six oo sept lieues de circuit, et située dans le détroit qui sépare Mallicollo de l'île du Saint-Esprit. Un îlot IVeompaçne dans sa partie sud est. iJititude m 15** 42', longitude est 164' 50'. («u»niet. )
L'île Saint-Ksprit, découverteen 1606 par Quiros, retrouvée par Boogainville , et reconnue par Cook w 1774. Cest une île fort étendue, avait vingt-deux lieues du nord-nord-ou»?* au sud-sud-est, sur une largeur de (fil ou douze lieues; échancrée, dansa partie nord, par une vaste baie,^ bordée, dans sa partie méridionale, e| plusieurs petites îles. Ses terres,* côté occidental surtout, sont d'à* grande élévation,et forment une chiW continue de montagnes qui, ^f^ ques endroits, s'élèvent des bords <* la mer. L'île entière, à rexeeptiondd plages et de quelques escarpenieoisw le roc se montre à nu , est couvwU de bois et de plantations. Sa végéU' tion offrit à Forster laspect le pW riche et le plus varié. D'accord rt cela avec Quiros, son devancier ^ près de deux siècles, il dit que ce pa*^ était Tun des plus beaux du iiioMi* Latitude sud du 14" 40' au 15* 43', »► gitude est 164** V au 164* 55'.
OCÉAISIE.
I^ petit nombre d'insulaires du Saint-Esprit que les An4(lai$ purent apercevoir étaient plus roi)ustes et niieux^faits que les n iturels de IVIallieollo. On en conjectura qu'ils ap^Kirtenaient à une race différente. Cette opinion s'accrédita d'autant mieux , que la langue n'avait point d'aflinite Avec celle de Tanna et de iVlallicollo, et se rapprocltait, au contraire, de V'tdiome tonga. La chevelure de ces hommes était tantôt courte et frisée, tantôt longue et lisse. Leurs or* neinents consistaient en brat^elets et çn colliers. L'un d'eux avait une co- Quilie blanche attaciiée sur le front; d'autres étiiient peints d'un fard noiràlre. On ne leur vit d'autres armes que des dards et des harpons pour l<a péi lie. Parmi les cadeaux mron leur fit , ils distinguèrent surtout les clous. De leur c>>té, ils offrirent une branche à^ piper.
Pîc DE l'I\totle. Probablement le nvêm*^ qui fut nommé par Quiros JVuesfra Sehora de Lvz^ revu |)ar Dodgainvilic en 17G8. C'e>t une petite fie ou piton ayant au );lus quelques milles de ci rcu: t. f^titudesud 14'' 22', longitude est 16.Î** 3^ ?
Là se borne la nomenclature des ties de l'archipel auquel Cook donna le nom de Nouvclles-Ucbrides ; mais on peut y rattacher les terres suivantes:
Jass Iles BA.NKS, découvertes par Blij^h,en 1789, comme il se rendait (^dns sa chaloupe, des îles Tonga à Timor. Ce.st im groupe de quatre tles, hautes et peuplées, avec quelques rochers au sud , occupant une étendue de 15 à 20 lieues du nord au sud. La plus grande a environ douze lieues de circuit, et les autres seulement cinq ou six. La plus petite, qui est la plus a l^est , est très-reconnaiss:ible par une niontagne en pain de sucre. Nul navi-
âateur après Biigh n'a revu ces îles, ont la lorme et la position sont par conséquent encore incertaines. Latitude sud du n"* 27' au W 11\ longitude est du 166* 3' au 166' 307 Peutêtre sont-ce les mêmes terres que vit Quiros avant d'aborder au Saint-Esprit.
Utie Bligh , découverte par Bligh en 1789 , terre de moyenne luiuteur e4 de peu d'étendue. Latitude sud 19^ ^'| longitude est 166** 17'.
HISTOIRE NATÛrbÎv& '
Ces Iles sont sans plaines e( sans ré* cîfs ; elles ont des vallées , des colli« nés , des pentes douce» , et de hsrutei montagnes ; elles sont fertiles et pres« que entièrement couvertes de forêts | au milieu desquelles les plantations des naturels ne forment que dé petits cantons isolés; car le nombre des liabitants est peu considérable pour Tétendue des terres.
1^1 constitution géologique de l'Ile Tanna, qui est la seule un peu connue et la plus intéressante, jusqu'à ce jour, de cet arrlûpel , consiste en une espèce de pierre argileuse, mêlée avec des morceaux de pierre de craie. Elle est conununément d'une couleur brune et jaimâtre,'el ellese trouve en couches horizontales d'environ six pouces d'épaisseur. En plusieurs endroits , Forster observa une pierre noire, tendre, composée de cendres et de schorls vomis par le volc^-m , mêlée d'argile et d*une sorte de tripoli que les mineurs appellent pierre ponce.
Cette substance est plâtrée quelquefois en couches alternatives avec la p'erre noire. Le même sable voli'4>nîque n)êlé au terreau végétal forme le sol le meilleur de Tlle , où tous les végétaux croissent en abondance. « Le volcan , dit Forster, qui brûle sur l'île, change sans doute beaucoup sçs productions m nérales, et nous aurions peut-être fait des observations nouvelles dans cette partie, si les naturels ne nous avaient constaminent empêchés de rapprocher. Nous avons trouvé le soufre natif dans la terre blanche qui couvre les solfatares d'où s'élèvent les vapeurs aqueuses. Cette terre, très-alu mineuse, est imprégnée de particules de sel- ^ Nous avons, aussi remarqué près de ces endroits des bols rouges, et les naturels ornent les cartilages de leur?
narines d'une pierre blanche (séléni tel, Nous y avons vu des échantillons ae
grosses Inves; maïs nous ne nous sommes jamais approchés (lu volcan; nous n*en avons pas trouvé en grande quantité. «
- Les principales productions de Plie Tanna sont le fruit de Tarbre à piiin , la noix de coco, un fruit senibiahie à la p^che, un autre fruit semblable a l'orange, mais non mangeable, Tignnme , la natate et la figue sauvage.
Les fruits de l'arbre à pan, les cocos et les bananes ne sont ni aussi bous, ni aussi abondants qu'à Taîli ; mais la canne à sucre et les ignames y excellent pour la quantité, pour la taille et pour ia qualité. Une igname fut trouvée qui pesait cinquante-six livres. Les cocboris sont assez communs, mais la volaille est rare. Quant aux oiseaux ^ moins nombreux qu'il Taîti , ils sont peut-être d'un plumage ^)lus brillant.
Les Anglais de Texpclition de Cook firent le long du rivage des pèches nu*r.iculeuses. Korsler put remarquer que les forêts proiluisaient une foule de plantes etrauiîères a ïaïti ; le^ une5 conunuues aux flores asiatiques, les autres particulières à ces groupes.
Cet arcli pel semble promettre une flore imuuMise, parce que ce& iles sont grandes, non cultivées, mais très-fertiles; et que les plantes spontanées occupant un plus grand espace, la variété des espèces doit être plus abondante dans ces îles que sur les Iles de la Polynésie situées plus à l'est. « La jalousie des insulaires, dit Forster, ne nous a pas permis d'y faire des dérou,vertes ; d'après les rivages du pays , nous pouvons juger de Tinterieur. Afin de prouver, par exemple, que nous avons eu souvent des indications de nouvelles plantes, sans que nous ayons nu les trouver, je ne parlerai que de la muscade sauvage de l'ile de Tanna ; nous nous en souunes procurés plusieurs, sans pouvoir jamais rencontrer l'arbre. La preui'ere que nous examinfunes était dans le jal.ot d'un pigeon que nous venions de tuer : ce jjiueon était de l'espèce qui, sifivant Rumphius, sème les véritables muscades dans les iles ilea Indes orientales (c'està-dire, la Malaisie). Elle était entourée
d'une membrane d'un ronge brillatit, connue sous le nom de macis. La noix a\ait la même cou.eur que la véritable muscade , mais elle était d'une fonne plus oblongue, d'une saveur piljuaDte et fortement aroimitique, et n'avait point d'odeur. Les naturels nous en apportèrent ensuite d'autres. »
Ainsi, Quiros aurait eu ra'son de compter la tuuscade au nombre des {.roductions de la terre du Saint-Esprit; oQ aurait eu donc tort de suspecter bi Téracitédece liardi navigateur; et eommeil dit aussi que l'ébène, le poivre et b cannelle, et même l'arjîent, sont dfS productions de cette terre etdeslifl voisines, ainsi que Mindana l'avait dit des îles Salomon , il n'est pas impossible qu*on y en trouve un jour