‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 60 sur 122 · HISTOIRE ET MOEURS · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET MOEURS

C'est à Hernandès de Quiros qa'« doit la découverte de rarcbipeldes>«* velles-Hébrides. Knvoyéà la découverte des grandes (erres australes, il apprit des uabiiaiits OeTaumako (lie de notre grand archipel iiiélano-polynèsifli]i qu'au sud de leur île d exiàtail M groupe qu'il nomme J/aw/co/o, où vivaient des hommes blancs, noirs etuB* lâtres. Sa couliauce en ces insulaires « fut point trompée, et le 25 avril 1606 il découvrit , par 14" 30' de latitude, pJ"* sieurs îles hautes, dont Tune lut noifl* mee JSuestra smora de Luz. Les * digènes étaient généralement iioi^î les autres étaient blancs avec la ba* rouge (probablement peinte eu roog?)»

et les troisièmes étaient mulâtres.

Parlaitemeut accueilli par les jg turels, et en particulier par un d»

qui remplit ses chaloupes de cochonSi d'ignames , de patates , et de belles J excellentes bananes, Quiros conçut»

[)rojet de fonder une colonie cspa^ dans une de ces Iles fertiles, dontp habitants nous paraissent appart^n'H ainsi que ceux de la ^ouvellc Caj** donie, a la race andamèue C*)!?"**"

(*) Voyez dans le lome I"de notreon^ïj*» Tahl.an général de lOcéaiiie Jes cbap"!* de Taullirupulugie , où nous avoni ^

OCÉANIE

ÎtiMIs ressemblent , selon Cook et orster, à ceux de la Nouvelle-Hollande.

La relation de Qutros, écrite par luimême en espagnol , est insérée dans le Fiagero Universal^ 1. 17, p. 197. On y reconnaît le véritable caractère de cette époque de naïveté et d'avidité, d'audace et de foi. En voici la traduction exacte :

« Nous courûmes , dit Ouiros , le long de ia côte dans la chaloupe, à la vue d*un peuple nombreux, de haute taille et d'un temt noir grisâtre. Ces gens nous parurent être des rustres de basse condition. Peu après qu'ils nous eurent lait des signes d'amitié, nous vîmes leurs femmes fuir vers les bois , et»

aussitôt ils nous décochèrent une grêle de flèches dont un de nos Espagnols fut légèrement blessé au visage. Notre mousqueterie les fit repentir de leur malice; après quoi la nuit s'approchant, la chaloupe revint à la flotte raconter ce qui s'était passé.

« L'envie de connaître cette grande

terre qu'on voyait au sud-est nous lit lever l'ancre. Ceux qu'on y envoya le 30 avril rapportèrent qu'ifs avaient

trouvé une bonne baie; qu'on leur avait fait des signaux par des feux allumés sur les montagnes; que les peuples de cette côte étaient de haute fitature ; qu'ils les avaient abordés dans une pirogue avec des marques d'amitié, quoique feintes, comme nous l'éprouvâmes ensuite, et leur avaient foit préfient d'une belle aigrette de plumes de liéron. Ce rapport combla de joie l'é-

3uipage <^ui se voyait parvenu au but e ses désirs par la découverte d'une grande terre et d'un bon port. L'escadre entra le 1"* mai dans la baie, qu'elle nomma , du nom de la fête , Saint- Jacques et Saint-Philippe. L'ouverture , d'environ huit lieues de large , court nord et sud ; la bande de l^st peut en avoir douze , et celle de l'ouest quinze. (Latitude 15" 40'). Le 30 mai, nous mouillâmes dans un bon port , à l'embouchure de deux rivières fond

des races de cette cinquième partie da jDonde.

77* Livraison, (Oceaitie.) t. ht.

de sable. Les Indiens , qui nous entouraient dans leurs canots, nous faisaient signe d'entrer plus avant; mais nous ne jugeâmes pas à propos de le faite.

C'était le jour de l'Invention de la Sainte-Croix. Nous nommâmes le port Fera-Cruz; tout le continent -Terre attstrale du Saint-Esprit : et les deux rivières , Tune Jaurdainj rautre5ain/- Saweur, Les bords de ces deux rivières sont d'une beauté enchantée, garnis de fleurs et de verdures ; la plage y est laree et plane , si bien à 1 abri que , quâque vent qui souffle dans la buie, la mer reste c^ilme et tranquille; le rivage jusqu'à la pente des montagnes est couvert d'arbres ; 'les montagnes ^ aussi vertes que la plaine, sont séparées par de larges vallons plats et fertiles, arrosés de rivières; en un mot , il n'y a point de contrées si belles en Amérique , et bien peu qui l'égaient en Europe. La terre y produit en abondance , et presque sans culture , des fruits de bon goût, des patates, des ignames, des papales, des plantains « des oranges, des limons, des amandes, des obos, et divers autres fruits fort savoureux, que nous ne connaissions pas. Ou y trouve de l'aloès , des noix muscades, de l'ébène , des poules , des cochons , et plus avant dans le pays , selon qu'on nous le fit entendre par signes , du gros bétail , des oiseaux qui chantent à merveille, des ramiers , des perdrix, des perroquets , des abeilles.

Les habitants sont noirs ; ils demeurent dans des cabanes couvertes de paille.

Le pays est sujet à des tremblements de terre ; signe d'un continent d'une assez grande étendue.

«Ces^ens-ci parurent assez mécontents de notre arrivée. Quand nous eûmes mis pied à terre, leur chef vint à nous avec sa troupe, et nous présenta quelques fruits , en nous faisant signe de nous en aller ; comme nous n'en tenions pas com])te , le chef traça une raie sur la poussière , en nous faisant signe de ne pas la passer. A peine Torrès se fut-il avancé au delà qu'ils nous décochèrent quelques flèches , ce qui uous obligea de faire feu sur eux, et d'en tuer quelques-uns , au nombrt

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tUHIYERS.

desquels était leur Aet Les autres f^entuireot vers les montagnes, llne seconde troupe des nôtres était allée d'uD autre coté chercher des vivres et tâcher de faire alliance avec les fm/topaux; nnais ils sont d*un si mauvais caractère, qu'il n\veut pasiiK^en d'en-

£er en eonfereiice. Ils se mettaient ujours aux liguets sur notre passage, luoique avec peu de succès.; car ïea iraoch(^ rompaient le coup de leurs Jèchesi au lieu qu'elles les paraient mal de nos balles de mousquet. Moua passUmes quelques jours en ee Keu a nous récréer et à nous reposer des fatigues passées. On célébra le services divin dans une cabane de verdure , pré^ cédée d'uqe belle allée d'arbres. On y fit la procession de la Fête-Dieu ; on y éleva une croix, et on prit poèsessioa du pays au nom du roi Philippe i IL Une troupe des nôtres , étant un jouv allée chercher des fruits , dé(^ouvrit dti haut d'une montagne un beau vailoA qu'elle traversa ; puis du sommet d'une autre montagne. , à deux .lieues du ri« va^e , elle ouït un bruit de tambours qui lui doiina la curiosité de s'appro* cher dans un grand silence. Les Es-!

pagn ois arrivèrent à une habitation où l.es sauvages passaient npochalam^i ment le temps à danser. Dès xfu'Ms se virent surpris ^ ils prirent la fuite véra la nipntagne, absindohnant leurs fem*i mes et leurs enfants; mais oneut bieiitôt iieude jugerqu iisne s'étaient enfiiiq ainsi que parcequ'ils avaiejntété surpris sans armes. Nos gens , restés manres de rhabitation, entrèrent dans une cabape, d*OÙ ils enlevèrent trois en* fantset quatorze, cochons, et s'en re-) yinrept auDM tôt de notre coté, avant le reteur des- Indiens , étant loin de tout seooiira et accablés de lassitude* Ils repassaient dans le vallon lorsqu'ils entendirent de nouveau les cris des barbare», acconipagnés du bruit de leurs taniibours, faits d'un tronc de bois ereux. ;Sioe getis, près d'être assaillis, coururept.oe toutes leurs forces jus** §u'à la pente, de la montagne dont \\6

Iiagnèrent. le sommet le |>lùs vite 4u'il eur fut possible ,. charges connue He l'étaieaté La nécessité de repretadre

baleine les obligea à s> snéter. Ui barbares approâ)èrent,etapT^si«l| poussé d'horribles cris, ils lanoml aux nôtres une içrêle de flèches, ^ ptf bonheur n'atteignirent persoDoe. 0| leur. répondit à coups de lnou^Mt <M en blessèrent queiques-uns et ment r»

caler leur troupe ; mais ellene tardai»

a revenir à la charge « poursuivant )ci| nôtres à la descente jusqu'aupràM ri vase; de sorte mi'ite étaient oUigéc de Kiire. ferme detesops en top pour recharger leitni mousquets A taire feu. Makré ceci, la erainUdI nos armes ne faisait pas quitter fini aux barbares , qui , lorsqu'ils D'eunt»

plus de flèches , se campèrent sur del pointes de rocher, d'où ils nous b»

çaient du bas en haut de grosses pitf* res. Un de mes Espagnols en rut le M cassé; mais ils n'eurent pas d'autreod dans cette retraite dangereuse , qu'ili exécutèrent avec une bravoure tf* trême , sans abandonner leuf pnit Quand les indigènes ouïrent tirer le ca* non des vaisseaux , et virent ()u'cii courait de toutes parts au secours dtf nôtres , ils abandonnèrent la partit} j en fuyant vers la* montagne. i

«Après quelque séjour dansffttt baie, les vaisseaux levèrent l'ancre i nous en sortîmes; mais il y fallut bifs* tôt rentrer. Nos gens tombèrent 1Q«1 d'un coup malades en si grand 000* bre , qu'il ne restait plus personne es état de faire la manœuvre. On ne poovait attribuer cet accident à la naturt même du poisson dont nous avioM mangé en quantité devant cette baie:

mais on soupçonna que ce denû^ pouvait avoir avalé quelque poissoQ venimeux ou avoir été préparé at« des herbes vénéneuses. Eu peu « temps , les deux vaisseaux derii' rent semblables à l'hôpital d'une fille pestiférée. Nos gens furent si ina- Fades , que pas un d'eux ne crut es revenir. Cependant nos chirurgiens t malades eux-mêmes, soignèrent les au* très avec tant de zèle et d'iiabilelsi que les effets de cet accident furem bientôt passés , sans que dersonne en ntourût. Durant ce second séjour, si fit aussi quelques descentes à tecie»

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OCÉANIE

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«t Ton relâc))^ les enfapts «nlevéai dç rbabitatton , danâ Tt^spérànc^ (ju'ii^ aéraient les Instfuments d*ui1 t^aite depait entres les naturels et nous'^ mais ceci n*ayant eu aucun effet , nou^ levâmes I ancre une seconde fois. Le (Juin, empressés d'aller reconnaître les terres sur le vent.d'eq prendre possession pour le roi, et d y bâtir une ville, comme nous fîmes aans I4 baie, où nous en fondâmes une qu'on nomma la Nouvelle -Jérusalem ( dans laquelle on établit des alcades, des corrégidors et autres olUciers du roi}, nous trouvâmes au large le vent contraire et ta mer si agitée , que la proue des navires était quelquefois sous l'eau. »

Telle est la relation de Quiros concernant les r^Quvelies- Hébrides. Lc^ Tierra austral del Spiritu-Santo du navigateur espagnol semblait oubliée .

et son existence mise en doute, quaiiq Bougainviile et Cook vinrent réhabiliter les récils de Quiros et de Torrès*

Le 2!2 mai 1768, Bougainville eut la

Floire de retrouver des groupes que on croyait perdus. Il aperçut deux terres hautes, ^uMI nomma Pentecôte et Aurore: puis au nord de celle-ci, une petite Ile élevée en forme de pain de sucre; et, plus loin, dans l'ouest, une autre île , encore plus haute que les précédentes, et entièrement couverte de bois. Le prince de Nassau , qui faisait cette campagne en amateur, vit, le premier, les mdigënes croisant sur leurs pirogues le loue de la cote, mais sans s'approcher des navires.

Pes fumées nombreuses, s'élevant de toute l'Ile, firent soupçonner une population considérable. Le navigateur français nomma cette terre Ue des Lépreux, car ses laids habitantsétaient roniçés de lèpre ; les fennnes y étaient aussi hideuses que les hommes. Le Taîtien Outourou, que Bougainville avait à bord, ne comprit pas un seul mot du langage des indigènes.

Après avoir fait graver sur une planche de chêne Pacte de prise de posses- ^on de ces Iles au nom de la France, il fit enterrer au pied d'un arbre ce fragile nu^nument de sa souveraineté

nominale. Bougainville ajrant raîne* (nent cherché un tnduitl^ç, prJt lé large le 28 mal 1768, ft continuai si route vérâ l'ouest.

Le 16 juillet 1774, Cook mft^\ rtle Aurore; depuis ce Jout* lusqu 4U 0 août, cet illustre mahn explora pltt^ sieurs îles de Tafcbipel, avec cette supériorité d'exécution qui le distingué de tous les navigateurs dç son temp$* Le 9 août, il reconnut Ttle Tannd.

La colline la plus basse de toutat celles de la même fangée et d'une forme conique avait un cratère au milieu ; elle était d'un rouge brun , et composée d'un atnas de pierres \it^* lées, parfaitement stériles, llne cdr lonne épaisse de fumée, pareille à xxtk grand arbre , en jaillissait de temps eti temps, et sa tête s'élargissait a mesuré qu'elle montait. Toutes les fois qu'une nouvelle colonne de fumée était ainsi jetée en l'air, les Anglais entendaient un son bruyant pareil à celui du tonnerre, et les colonnes se suivaient de près. Toute l'île, excepté le volcan, est bien boisée et contient une grande quantité de jolis palmiers. On y remarqua une belle verdure au mois d'août, qui était l'hiver pour ce climat (*).

Les sites de Tanna sont plus élér gants, plus agréables que ceux de Taïti , parce que les montagnes ne s'y élèvent pas brusquement. Dans le second voyage de Cook, Forster y admira l'intrépidité de quelques naturels, entreautres d'un jeune homme nomme '\Va-Akou,dontlenaturalisteallemand| diçne (ils de cet homme imuartial qui unissait l'érudition du savant à Tamour du poète et de l'artiste, et qui a été tant maltraité par Cook , a laissé un portrait flatteur : « 11 avait, dit ce grand voyageur, de beaux traits , des yeux oitverts très-vifs; et toute sa physionomie annonçait de la bonne humeur , de l'enjouement et de la pénétration. Voici une preuve de son inteili|;eQce. Le ca-

{')itaine Cook et mon père , compar«tj[|t eur vocabulaire, trouvèrent qu'ils avaient noté uu niot différent pour ex-

(*^ Geôrie Fortlevi lUi de j«aii àeiiikol4 |>'orster.

primer le ciel ; et ils s^en rapportèrent à lui pour savoir lequel des deux termes était le véritable. A Tinstant il étendit une de ses mains vers le ciel, et il la posa sur un des mots; il remua ensuite une autre main sous lui , et il prononça le second , en nous faisant comprendre que le premier signifiait

{)roprement le firmament , et le second , es nuages qui se trouvent au-dessous.

Il nous apprit aussi les noms des Iles des environs. Ses manières à table furent très-décentes et pleines de grâce ; la seule chose qui nous parut malpropre, c'est qu*en place de fourchette il se servait d'un petit bâton qu'il portait dans ses cheveux , avec lequel il se grattait la tête de temps en temps.

Comme ses cheveux étaient arrangés suivant la mode du pays , à la porcépic , et remplis d'huile et de peinture, il nous dégoûta encore davantage; mais il necroyait pas manquer de politesse. » Les naturels ayant montré autant de haine pour le larcin que les Polynésiens montrent de penchant à ce vice, les naturalistes de l'expéxlition purent opérer des reconnaissances intérieures, quelquefois à la distance de trois ou quatre milles. Forster parcourut rtle dans diverses directions';; sânç être inquiété par lès 'sauvages. Seulement ils ne vouliireiit'^jamais lui permettre de visiter lé' volcan; peut-être croyaient-ils,' comme 'lès Haouaïens, qu'il était le séjour d'un dieu puissant et. terrible, qui les punirait s'ils laissaient les étrangers profaner ce lieu

Î|u'ir honorait de sa présence; ou bien e volcan était le chemin et le rempart d'un village sacré , comme laMa/anga deTonga-Tabou, ou enfin il y avait peut-être un temple dans les environs, et c'est ce qui nous paraît le plus probable. Forster n'a pas connu la cause des obstacles qu'il éprouva. Voici son récit :

« Durant toute la nuit du 11 au 12 août , le volcan était devenu imposant ; il grondait d'une manière terrible.

A chaque explosion, des colonnes de feu et de fumée s'élançaient jusqu'au ciel, et leur intervalle n'était guère que de trois à quatre minutes. Du vais-

seau on le voyait lancer des pierres d'uM prodigieuse grosseur. Les petites colonnes de vapeurs qui s'élevaient des environs du cratère , paraissaient être des feux allumés par lea insulaires.

a Les feux intérieurs du cratère éclairaient encoredes nuages de fuméequand MM. Sparrmann, Hodges et moi, avec quelques hommes, nous débarquâmes sur la grève; nous gagnâmes, vers la partie de l'ouest, un petit sentier qui conduisait à une colline escarpée. Mous montâmes sans peine à travers les plus jolis bocages d'arbres et d^arbrîsseaux qui y croissaient d'eux mêmes , et qui répandaient partout une odeur parfumée et rafraîchissante. Plusieurs espèces de fleurs embellissaient le feuillage touffu, et des liserons enlacés comme le lierre jusqu'au sommet des plus grands arbres, les ornaient de guirlandf's bleues et pourpres; uo grand nombre d'oiseaux voltigeaient autour de nous , et animaient la scène. Nous n'aperçûmes pas un seul naturel sur la première croupe de cette montagne , et aucune plantation n*y frappa nos regards. Après avoir fait au moins un demi mille par différents détours, nous atteignîmes une petite clairière d'une herbe molle, et environnée des arbres les plus charmants de la forêt Le soleil était alors ' trèis^haud , car cet endroit est à l'abri de tous les vents. JNous sentîmes une vapeur de soufre qui s'élevait du terrain , et qui ajoutait encore à la chaleur du lieu.

A gauche du sentier, presque caché par les branches des figuiers sauvages , il y avait une petite levée de terre blanchâtre, et une vapeur s'élevait continuellement de ce monticule. La terre était si chaude, que nous ne pouvions y poser le pied; et nous la trouvâmes imprégnée de soufre. En la remuant, les vapeurs jaillissaient avec plus de vivacité; et nous y remarquâmes en partie une qualité styptique ou astringente pareille à celle de l'alun. De là nous montâmes beaucoup plus haut, et nous parvînmes à une autre ouverture du Dois , qui était un peu stérile. Nous y découvrîmes deux nouveaux cratères qui jetaient de la vapeur.

OGÉANIE.

mais en moindre quantité ^ et d'une odeur moins forte. La terre qui cou-^ vrait ces solfatares était de la même nature que celle de la première; et le soufre dont elle était remplie lui donnait une teinte verdâtre. Nous recueillîmes aux environs de Tocre rouge, de l'espèce qu*emploient les naturels pour ae peindre le visage.

« Le volcan était alors plus bruyant que jamais : à chaque explosion la vapeur s^élevait des solfatares en beaucoup plus grande abondance qu*auparavant, et formait des nuages épais blancs, ce qui semble indiquer qu*elles ont des liaisons souterraines avec cette montagne brûlante dont les convulsions les affectent par des moyens qui nous sont inconnus. Observant que c'était la seconde fois que les explosions du volcan recommençaient avec la pluie, on sou|)conna que la pluie les excitait en quelque sorte en prodifsant ou en accroissant la fermentation des diverses substances minérales.

Après avoir examiné ces soupiraux singuliers, nous grimpâmes encore quelques pas , et nous découvrîmes un grand nombre de plantations des différentes parties de la forêt. En descendant de l'autre côté de la colline par un sentier étroit entre des haies de roseaux, nous aperçûmes le volcan entre les arbres , et it nous parut que pour V arriver, il nous restait à faire deux lieu es à travers des collines et des vallées. Nou^ voyions cependant son éruption, ainsi que les masses énormes de rochers qu'il vomissait parmi les tourbillons de fumée : quelques-unes étaient au moins aussi grosses que le corps de notre longue chaloupe. Comme il ne nous était arrivé aucun accident , et que nous n'avions pas rencontré un seul naturel, nous pensâmes à en approcher ; mais , en causant , nous alarmâmes sans doute les insulaires des plantations, car à l'instant, nous en entendîmes un ou deux qui soufflaient dans de grandes conques dont les nations sauvages, et surtout celles de la mer du Sud , se servent pour sonner le tocsin. Nous prîmes alors leparti de revenir sur nos pas.

« L'après-midi nous longeâmes la côte de la mer vers la pointe orientale où les naturels nous avaient empêché d'aller deux jours auparavant. Quelques Indiens causèrent avec nous cinq ou six minutes, et pendant cette conversation , nous vîmes un homme assis derrière un arbre qui tenait son arc bandé et dirigé sur nous. Dès qu'il observa qu'il était découvert et qu'un fusil le couchait enjoué, il jeta ses armes dans un buisson , et se traîna à quatre pattes vers nous. Je crois qu'il n'avait réellement aucune mauvaise intention, quoiqu'il fût dangereux de se fîer à ces sortes de badi nages.

Gomme nous allions traverser la pointe pour continuer notre route, quinze ou vingt naturels se précipitèrent autour de nous et nous supplièrent instamment de revenir sur nos pas. Nous n'avions guère envie de les satisfaire ; mafs ils réitérèrent leurs prières, et enGn ils nous dirent par signes qu'on nous tuerait et qu'on nous mangerait. Nous fîmes semblant de ne pas les comprendre , et de croire qu'ils nous offraient à manger, témoignant en même temps que nous acceptions volontiers ; mais ils mirent beaucoup d'empressement à nous détromper, en nous montrant par signes comment ils tuaient un homme»

comment ils coupaient ses membres, et séparaient sa chair de ses os, enfin ils mordirent leur propre bras pour exprimer plus clairement qu1ls mangeaient de la chair humaine.

a Toutefois nous continuâmes notre route vers une hutte que nous observions à cinquante verges de là, à l'endroit où le terrain commençait à monter. Quand ils virent cela, plusieurs sortirent armés de la hutte pour nous forcer à reculer. Alors nous jugeâmes à propos de réprimer la curiosité qui nous guidait de ce côté. Tous les matins en effet, à la pointe du jour, nous entendions dans cette partie un chant solennel et lent qui durait plus d'un quart d'heure. »

En revenant sur leurs pas, Forster, Sparrmann , Hodges et leurs compagnons gravirent au sommet d'un plateau voisin élevé d'environ quarante

Ai

UtJiMVIittS.

pMSi et 6e trouvèrent dans une imniense plantation , où des niyriades i*é\é^ms bananiers se mêlaient à de9 colonnades naturelles de cocotiers et d'autres arbres touffus , qui bornaient la vue de tous côtés. Klle était ientourée d*une haie de royaux ,

Sroprement faite, et semblable à celles e Tonga. Les naturels les repoussèrent avec menaces , et les assurèrent , par les signes les plus ënereioues , qu'ils seraient tous infailliblement mangés s'ils allaient plus avant.

Vaigré leur insistance , les Anglais auraient été forcés de céder sur-lë-champ s'ils n'avaient pa$ rencontré leur ami Paowang. Ils témoignèrent une joie réciproque de se retrouver, et le vieillard les conduisit à l'instant le long du bord de la colline , vers l'ettrémité occidentale. Ils y virent un ^rand nombre de figuiers que les naturels cultivent autant pour les feuilles que pour le fruit. De beaux eugénicLs leur ofl'raient aussi Leurs fruits aigrelets et rafraîchissants , et ils remarquèrent quel(jues choux palmistes. Après avoir

Sasse un petit fourré d'arbrisseaux eurîs , ils atteignirent une belle savane de cent verges en carré , sur les bords de laquelle ils comptèrent trois habitations. Des arbres élevés , paré^ d'un riche tèuillage, caciiaient tellement cette retraite qu'on ne Tapercevait pas du dehors. Les Anglais remarquèrent (]ue dans un coin de la prairie était un immense figuier mourra^ dont la tige avait neuf pieds de diamètre, et dont les branches s*étendaient à au moins ceat vingt pieds de tous cotés d'une manière très-pittoresque. Au pied de cet arbre adtxurable, qui conservait toute sa vigueur, une petite famille, assise autour d'un feu , rôtissait des bananes et des ignames. Ces indigènes s'enfuirent dans Mne hutte à l'approche des Européens. Mais quand Paowang leur eut dit qu'ils n'avaient rien à craindre,

fls revinrent. Les femmes et les filles cependant se tinrent fort loin et jetèteot sur .eux un coup d'œil furtif de derrière les buissons. Forster, Sparmann et leurs compagnon? s'assirent parmi eux , et ces bons sauvages leur

offrirent queïijues^ufies de leurs |Mvisions avec cette ho^ftàlit^ (mliiiairi dans les tles fertiles de la Polynésie ^ fl dont ils étaient enchantés.

Leurs cabanes n'étaient, à proprtment parler, que de grands rangan.

Le toit, ^ui forme un fat te au sommetj descena jusqu'à terre ; elles sont ou* vertes aux deux extrémités , ou il b> a qu'une claire- voie de roseaux et de bâtons d'environ dix-huit poaces de haut. L*élévation du fatte, dans In plus vastes , était de neuf ou dix pieds, et la largeur sur le plancher entre M toits d'à peu près autant : la longueor était considérable, et surpassait t^pnt^ cinq pieds. La construction de ces et* banes est très-simple : des pieux plarh tés en terre se recourbent les uns sur les autres en deux rangées, rt wrI attachiés ensemble; ils mettent pl^ dessus plusieurs nattes de feuilles de noix de coco , qui forment une m verture suffisante contre rinclémeiw de Tâir. Les Anglais n'y virent ni nwîblés ni ustensites. Le' plancher était revêtu d'herbes sèches , et en quekfues endroits de nattes de feuilles de palmier. Ils observèrent aussi que la fa* mée avait noirci tout l'intérieur, rt ils trouvèrent dans chaque habitatteft plusieurs foyers. Au milieu , trois grands bâtons de tiges de cocotier, auxquels étaient attadiés un gnnd nomnre de petits bâtons^ portainrt de vieilles noix de coco : cAnme iisss servent de l'huile de l'amande et qu'ils font des bracelets avec la coque, ik les suspendent probablement ainsi potf les conserver.

Les naturels , voyant que les Waws se contentaient d'examiner leurs pe^ sonnes et leurs huttes sans leurriAi dérober et sans leur faire le moindre ma I , se famil iarisèrent bientôt avec et»: enfin ils se décidèrent à retourner vert la grève , et le vieux Paowang , ne se souciant nas de tes accomnagner, par^ ^ue le soleil allait $e coooier, ordoaM a deux ou trois jeunes gens de feor^ diquer la route la plus courte.

La singulière espèce de solfttarede la colline occidentale oôcupait si M l'attention des natulralisteset dti detf*

OCÉAMIË.

fiâtetir, que For$tep et sescomtiagnons ^'y rendirent le jour suivant, 13, au matin. Le volcan ne cessa de eronder toute la journ^ , et de vomir des quantités prodigieuses de petites cendres noires, qui, examinées de près, furent reconnues pour être des schoris en forme d'aiguilles à demi-transparentes. Tout |e pays était jonché de ces particules , et en herborisant elles furent très-nuisibles à nos veux , parce que chaque feuille en étaft entièrement couverte.

Il faut dire que le volcan et ses provenances semblent contribuer beaucoup ^ cette richesse de végétation si remarquable dans cette tie. Plusieurs plantes y prennent deux fois la hauteur qu*elles ont dans les autres contrées ; leurs feuilles sont plus larges , leurs (leurs plus grandes et leur parfum plus fort.

« Nous atteignîmes bientôt, continue Forster, le premier endroit d'où jaillissait la fumée; mais voyant audessus de nous les naturels, nous montâmes vers eux sans nous arrêter:

c'étaient les mêmes qui nous avaient si bien traités la veille; et dès, qu'ils Dous découvrirent ils envoyèrent trois

{'entre eux dans Tintérieur du pays.

,e thermomètre ( centigrade ) , exposé à l'ombre , marquait 26 * 7 '.

I^ous fîmes un trou en terre assez orofond pour contenir le thermomètre dans toute sa longueur, et , le tenant dans ce trou au bout d'un bâton , il inonta en une demi-minute à 78*, et Be maintint à ce haut degré. Les naturels, qui s'aperçurent que nous creusicns dans la solfatare , nous prièrent i& cesser, en nous disant que le terrain prendrait feu , et qu'il ressemblerait Biij feu qu'ils nomment Àssour, Ils paraissaient beaucoup appréhender quel- Ï[ue malheur, et ils étaient très-mal à eur aise dès que nous faisions la moindre tentative pour remuer la terre sulfureuse. En montant plus haut , nous trouvâmes d'autres endroits fumants et de la même nature que celui qu'on a décrit. Les messagers que ces oons Indiens avaient ex péoiés revinrent alors avec des cannes à sucre et des noix de ôoco , et^ nous régalèrent comme le

matin de la Teille. Après ee rafraîchi»* sèment , nous montâmes encore plus haut vers une autre colline que nous aperçûmes, et d'où nous espérions voir le volcan de plus près. Mais à l'approche de quelques plantations les naturels sortirent, et nous indiqué* rent un sentier qui , à ce qu^ils prêtée* daient , menait directement au volean ou à V Assour. Nous le suivîmes l'esr pace de plusieurs milles à travers dif^ fërents détours couronnés de bois qui nous cachaient le pays de toutes parts* Enfin nous atteignîmes la côte de la mer d'où nous étions partis , et nous reconnûmes , ou du moins nous ju* fieâmes que les naturels avaient eu l'adresse de nous écarter ainsi de leurs habitations. •

Dans une autre excursion sur Ttie, Forster chercha à pénétrer dans une des cases mystérieuses d'où partaient les chants graves et solennels dont hous avons déjà parlé; mais on ne cessa de le repousser. Il chercha du moins à utiliser ses tentatives, en re* cueillant quelques observations sur leurs mœurs et sur leur musique.

« Nos Indiens (/l&es Mélanésiens), continue Forster, nous conduisirent à un nouveau sentier à travers des plantations fertiles et en bon ordre; les petits garçons couraient devant nous en nous donnant différentes preuves de leur habileté dans les exercices militaires. Ils jetaient une pierre avec adresse, et ils faisaient usage d'un

§ramen ou roseau vert en place de ard. Leur dard ne manquait jamais le but , et ils imprimaient tant de force au roseau, que le moindre soufile d'air pouvait détourner de sa route, qu'il rentrait de plus d'un pouce dans le bois; ils le balançaient eiltre la jointure inférieure du pouce et de la main sans le toucher des doigts. Les petits enfants de cinq ou six ans s'accoutumaient déjà à cet exercice. Différents détours nous reconduisirent aux habitations où les femmes apprêtaient leur dîner; elles grillaient ût& racines d'igname sur un feu allumé au pied d'un arbre. Notre approche les mit d'abord en fiiite ; mais aos oaaducteuts

te4

Jes tranquillisèrent et elles continuèrent leur opération. Nous essayâmes de causer avec ces Indiens. Je notai un grand nombre de roots de leur langue, et nous eûmes le plaisir de satisfaire leur curiosité relativement à nos habits , à nos armes , etc. , sur lesquels ils n'avaient pas encore osé nous faire une seule question. Les habitants des plantations voisines apprenant notre arrivée, se rassemblèrent en foule autour de nous et parurent fort charmés de ce que nous causions amicalement et familièrement avec eux. Je fredonnai par hasard une chanson; ils me prièrent instamment de chanter ; et quoique aucun de nous ne fût habile musicien , nous satisfîmes leur curiosité, et nous leur chantâmes différents airs. Les chansons allemandes et anglaises , surtout les plus gaies , leur plaisaient infiniment ; mais les tons suédois du docteur Sparrmann obtinrent des bravos universels. Nous les priâmes ensuite de chanter, et Tun d*eux commença à l'instant un air très-simple, mais harmonieux; nous n'en avions jamais entendu un aussi bon chez les différentes nations des mers du Sud. Il embrassait une plus grande quantité de notes Îue ceux de Taïti ou même de Tonga- 'abou , et il avait un ton sérieux qui le distinguait avantageusement de la musique plus douce et plus efféminée de ces îles. Les mots paraissaient disposés en mètre et coulaient de la bouche avec aisance. Dès que le premier eut fini sa chanson , on autre en entonna une seconde : la composition en était différente , mais toujours dans ce style sérieux qui indique le caractère général de ce peuple. En effet, on les vovait rarement rire de bon cœur ou badiner comme les nations les plus policées des îles des Amis et de la Société, qui savent déjà mettre un grand prix aux petites jouissances. Les naturels nous montrèrent aussi en cette occasion un instrument musical com-

Sosé de huit roseaux , comme le syrinx e Tonga-Tabou , avec cette. différence que la grosseur des roseaux décroissait en proportion régulière , et qu'il comprenait uu octave, quoique les roseaux

ne fussent pas complétemeDtd'aeooid.

« L'après • dîner , je redescendis à terre avec le docteur Sparrmann, et nous allâmes sur la colliae plate faire une autre visite aux naturels. Qudques-uns vinrent à notre rencontre à moitié chemin, et nous conduisirent à leurs huttes. Dès que nous fûmes assis avec le père d'une de ces familles, homme d'un âge moyen et d'une figoit intéressante , nos amis nous prièrent de nouveau de chanter. Nous y coosentîmes volontiers ; et lorsqu'ils parurent s'étonner de la différence de nos chansons , nous tâchâmes de leur faire comprendre que nous étions de différents pays. Alors, nous indiquant un vieillard dans la foule de nos auditeurs , ils nous dirent qu'il était nat^ de Koro-Mango , et ils l'engagèrent à nous amuser par ses chants. L'Indien ( le Mélanésien ) s'avança au milieu de rassemblée, et il commence une chanson pendant laquelle il ûl différents gestes qui nous divertirent, ainsi qne tous les spectateurs. Son diant ne ressemblait pas du tout à celui des insulaires de Tanna, et il n'était ni désagréable ni discordant avec la musique.

Il paraissait avoir un certain mètre, mais différent du mètre lent et sérieoi que nous avions entendu le matin.

«Tandis que Tinsulaire d'Erromango ( lisez Koro-Mango) chantait, les femmes sortirent de leurs huttes, et Tinrent former un petit groupe autour de nous. En général , elles étaient d'une stature mférieure à celle des hommes , et elles portaient de vieux jupons d'herbes et de feuilles plus ou moins lon^s , suivant l'âge. Cèllet qui avaient fait des enfants et qui paraissaient âgées d'environ trente ans, ne conservaient aucune des grâces de leur sexe. Les jeunes filles de (\^ torze ans avaient des traits fortagrttblés et un sourire qui devint plus touchant à mesure que leur frayeur se dissipa; elles avaient les formes sveltes, les bras d'une délicatesse particulière, les seins ronds et pleins': elles n'étaient couvertes que jusqu'au genou. Leurs cheveux boucles flottaient sur leufl têtes , et la feuille de banane verte

OCÉANIE

2 Dédies y portaient montrait avec plus 'avantage leur couleur noii'e; elles avaient des anneaux d'écaillé de tortue à leurs oreilles. Nous remarquâmes que la quantité de leurs ornements croissait avec rage; les plus vieilles et les S lus laides étaient chargées d^ colliers, e pendants d*oreilles et de nez, et de bracelets. Il me parut que les femmes obéissaient au moindre signe des hommes, qui n'avaient pour elles aucun égard. Elles traînaient tous les fardeaux , et peut-être que ce genre de travail et de fatigue contribue à diminuer leur stature , car les charges ne sont pas toujours proportionnées à leurs forces.

« Les insulaires de Tanna présentaient à nos yeux un exemple d'affection qui prouve que les passions et les bonnes qualités des hommes sont les mêmes dans chaque pays. Une petite fille d'environ huit ans , d'une physionomie intéressante, nous exammait furtivement entre les têtes des Indiens assis à terre. Dès au'elle s'aperçut qu'on la regardait , elle alla en hâte se cacher dans la hutte. Je lui fis si^ne de revenir; et pour l'y engager, je lui montrai une pièce d'étoffe de Taïti , mais je ne pus la déterminer à se rap-

S rocher. Son père se leva , et à force e caresses il la ramena. Je pris la main de l'enfant, et je lui donnai l'étoffe avec de petits ornements : la joie et le contentement se peignirent aussitôt sur le visage du père. »

Forster et ses compagnons restèrent jusqu'au coucher du soleil par-r mi ces insulaires , qui ne cessaient de chanter et de faire des tours d'adresse pour leur plaire. A la prière des Anglais ils décochèrent leurs traits en Fair et contre un but ; ils ne les lançaient pas à une hauteur extraordinaire, mais ils tiraient avec beaucoup d'adresse à peu de distance. A Tnide de leurs massues , qui ont leur tranchant latéral comme une flamme , ils paraient les dards de leurs antagonistes, à peu près comme les Taïtiens.

Ils tirent toutes ces massues de Tile basse qu'ils appellent^ Jurmer; mais on D*a pu découvrir bi elles étaient fabri-

Suées par les naturels , ou si Tlle est éserte, ou s'ils y vont seulement par occasion pour y rassembler des coquillages et y couper du bois.

Avant que les Anglais eussent (quitté les cabanes, les femmes allumèrent différents feux dans l'intérieur et aux environs , et elles se mirent à apprêter leur souper. Les indigènes se précipitaient autour de ces feux, et il semblait que l'air du soir était un peu-trop frais pour leurs corps nus. Plusieurs avaient a Id paupière supérieure une tumeur que les médecins de l'expédition attribuèrent à la fumée dans laquelle ils sont toujours assis. Elle obstruait tellement leur vue qu'ils étaient obligés de tourner la tête en arrière jusqu'à ce que l'œil fdt dans une ligne horizontale avec Tobjet qu'ils voulaient regarder. Plusieurs petits garçons de cinq à six ans avaient cette tumeur, ce qui peut faire penser qu'elle se propage d'une génération à l'autre.

Apres Forster et Sparrmann , Cook tenta lui-même une excursion jusqu'au cratère volcani(|ue. Il partit le 14 au matin, et se dirigea vers la colline où les naturalistes avaient observé des fumerolles. Un thermomètre (centigrade) y fut encore enterré. A l'air libre , il marquait 26° 7. Dansce sable brûlant il monta, dans une minute , à 98**, c'està-dire à une température qui approchait de celle de l'eau bouillante. La surface du sol ainsi échauffée occupait quatre ou cinq toises carrées , et tout près de là prospéraient des figuiers dont l'ombre se projetait sur cet espace tourmenté par des feux intérieurs.

Les voyageurs rencontrèrent , de distance en distance, des maisons, des habitants et des terrains cultivés.

Pour défricher le sol couvert de bois , . les naturels coupaient les petites branches des grands arbres , creusaient la terre sous les racines, et réduisaient tout en cendres. De l'autre côté du havre, Forster trouva des sources d'eau chaude dans lesquelles le mercure monta à 88 et 95<>. Quelques testacés qu*on y jeta furent cuits en deux ou trois minutes. Cette eau jaillissait en bouillonnant au travers d'un sablo

L'IJNIVERS.

ooirâtre, et au pied même d*un rocher à pic qui tient t^ux montagnes des solfatares: elle court vers la mer qui, fi la marée haute, monte jusqu'à elle et Tabsorbe (*).

Le grand navigateur ahglais quitta le havre de Tanna le 21 août. Cook est le seul qui ait bien vu cet important archipel; d'Entrecasteaux n*en fit qu'une reconnaissance rapide. II àut remaVquer que le volcan lui fut révélé par un grand nuage Gxe au milieu d'un horizon pur et bleu. Le savant amiral de Krusenstern , dans son grand travail sur la position des îles u grand Océan, nous apprend que le capitaine russe Golofnm relâcha à Tanna en 1809; mais nous ne conpaisôons pas sa relation , et nous igno-. rons même si elle a été publiée. Enfîn, en ^827 M. le capitaine d'Urville a rectfiié la position d'Erronan , en passant dans la partie sud de Tarchipel des Nouvelles-Hébrides.

fSBOUPE DE BALAt>Ç Ot h% tA WOUy£LLP-CALEDoAfE.

Avant d'aborder la Nouvelle-Calédonie , on aperçoit l'tle des Pins, ainsi nommée parce çjue sur les rives on voit ces |)ins à forme bizarre qui frappèrent si longtemps Tattention des compagnons ne Cook; on est assuré aujourd'hui que c'est une espèce voisine de celle dui crott sur Tlle Norfolk. Après avoir longé cette ile,on trouve au nord les îles Britannia et Chabrol, qui, à six ou sept lieues de distance, présentent l'aspect d'un mur crénelé.

De là cinglant a Touest-sud-ouest , on distingue les montagnes élevées de la Nouvelle-Calédonie. Quand on a rangé de près les récifs, qui bordent le havre de Balade, on peut donner à oléines voiles dans la passe, et jeter l'ancre près de la petite île de Poudioua , à qeux mille quatre cents pieds environ de la grande terre. Outre ce havre on compte encore le port Saint- HncerU et le liavre Trompeur y vaste et excellent port où d'Entrecasteaux dit n'a-

rt DTImlle.

voir pn f ntrer, et qui a été décrit pH le navigateur Kent. Ce port est ritni derrière la chaîne horrible de rocbeit qui tK)rdent la côte occidentale.

La longueur de cette terre est deqoitre-vingts à quatre-vingt-dix lieues suf dix-huit à vingt de large. La grande lié de la Caiédonie , appelée Baiade par les indigènes, est située presque sous le pa« rallèle du centre de TAustralie, a oh viron 10« est de ce continent. Elle s*étend du 20<' IC latitude sud , au 22* 80' de latitude sud , et du 161* SV m 164^' 32' est. Elle a deux cents iniUes environ de longueur du sud>est n nord-ouest, sur une largeur presqae uniforme de vingt-cinq à trente millcSi de manière à figurer sur la carte, assez exactement , un tripang ou biche dé mer. On ne connaît bien que son extrémité nord-ouest, où se trouve II f>ort de Balade , le seul fréquenté par es navires europé'-ns; on y troon aussi le port Saint-Vincent, voisin d'oe volcan , et le havre Tromjieur. Parmi les dépendances géoeraphiques de la grande île, nous placerons l*île de V Observatoire y les îles Beaupré et Loyalty^ qui forment un petit groupe; rile des PinSj remarquable par ses pins colonnaires (qu'on nous permette cette expression) oe plus de cent pirds de hauteur, et enÛn les îles Bof^miqm et Hohohoua, La plupart de ces petites terres n'ont que six milles de circuit* Sauf rîle des Pins qui en a au mmaa trente.

Le grand récif oui borde la Ifaovelle-Calédonie à rouest, et qui s'étend de quatre-vingt-dix à cent imM au nord , présente une mort presque inévitable au navigateur, au cas que les vents et les courants y poussent son navire. De cette île jusqu'en Australie, la mer est semée de bancs de corail vastes et dangereux. Ce fut sur un de ces récifs que Flinders fit naufrage.

EnOn, nous placerons dans ce groupe le petit rocher volcanique, nonmné Folcan Mathieu . roc de deux milles de circuit, et a 'en viron de qoatn cent quatre-vingts pieds de bauteor, qui gît à \>sX du groupe, et qui parait être le plus petit des volcans noies foi

océa:nik.

Ton connaisse, et même Ylle Walpole ï Te^t-sud-est de la Nouveile-CaIe<ioliie, découverte jfàr Butler en 1794:

elle est environnc^e d'un récuf de corail, couverte d'arbres, et habitée. Latitude sud 22<> 2\ longitude est 166° 44'. De cette manière, les limites du groupe entier seraient en latitude i T* 63', et 33*" 4' sud , en longitude 160° tJ' est, et 66'' 6' longitude est.

flISTOIIUS NATCRHUiB.

La Nouvelle-Calédonie paraît traversée par une chaîne de montagnes qui s'étendent dans toute sa longueur ; une cime atteint sept cents pieds audessus du niveau de la mer ; leurs sominets sont arides et dépouillés , mais leurs flancs présentent des vallons fertiles arrosés par plusieurs ruisseaux.

Jjes principales roches sont le quartz , le mica, la stéatile, les grenats, la mine de fer spéculaire et ramphibole vert ; et nous pensons que Ton y trouvera un jour des métaux précieux et des pierres fines.

Ce pays offre quelques rapports avec les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Galles du Sud , et les habitants de ces trois contrées on( beaucoup de ressemblance entre eux.

1^ bananier, 1 arbre à pain , le cocotier, le figuier, et le èingembrier couvrent les flancs des vallées de Tîle iBalade. L'on y cultive la canne à sucre et deux espèces de taro , savoir : Torum escidentum et Varum macrorhizon ; on y remarque V hibiscus Uliacens dont les habitants mangent les jeunes pousses ; le doUchos tuberosus dont ils mangent les racines après les avoir fait griller sur des cliarbons; le figuier et l'oranger; Vhipoxis qui erolt sans culture dans les forêts , et dont les racines leur servent aussi de pourriture; le commersonia echinata, Si commun aux Moluques; le éUaco* pfi^pUumveriidlicUumj nouveau genre ^ui a beaucoup de rapport avec le dra- [onnier, et qui croit sur le sommet les BK)Dtagnes ; Vantholoma^ bel arjufite fie viugt pieds de haut^ et qqi Eorme un genre nouveau de lu famille

des plaqueminées ; et le melàleucm leùcodendron de Linné , ou arbor alba de Rumph. Le melaleucq, existe aussi dans les îles Moluques , et leur3 habitants tirent l'huile de cayoupouti de ses feuilles odoriférantes.

Les chiens et les codions étaient inconnus à Balade avant Tarrivée de Cool^.

Les oiseaux ordinaires sont de très- ^ros pigeons, d&s corbeaux et une nouvelle espèce de pie. Les côtes abondent en ()ois>ons(|ont quelques espèces sont venimeuses. On y trouve la grande araignée noufci qui sert à la nourriture des indigènes, et qui forme des filets assez iforts pour résister à la main qui les déchire. Les coquilles e^ les insectes y sont infiniment nombreux. Ce pays très-sec n'est pas susceptible d'une grande culture; mais le meilleur moyen de ci\ilisation qu'on pourrait y introduire, serait d'y transporter des cochons et des chèvres qui s'y naturaliseraient aisément.

La population de ces hommes noirs, aux cneveux laineux et à la peau grasse, laids, disgracieux et misérables (wy. pL 2.53), mais de haute stature, est de dnquante mille habitants selon Forster. D'Entrecasteaux prétend que ce chiffre est trop élevé.

PRÉCIS HiSTORtQUB. -^ MŒORS fiV COU- 1UMBS.

C'est à l'illustre Cook qu'on doit la découverte de la Nouvelle-Calédonie , et c'est de lui que cette grande Ile reçut son nom : mais il paraiiqueson noii| fndigène, son véritable nom, est Ba-r lade. Ce fut le 4 septembre 1774 que le navigateur anglais aperçut cette terre à la hauteur du havre Balade, sur lequel il passa huit jours. Les relations que le capitaine, les naturalistes de Texpédition, et l'équipage, eurent avec les naturels, furent constamment amicales, et ils ne se doutèrent même pas qu'ils étaient anthropophages. Forster surtout, le savant Forster^ dont le^ observations sur le caractère et le$ mœurs des peuples des îles de la mer du Sud sont empreintes d'un optimisa me trop généreux, vante leur nonnér teté, leur douceur et leur confiance*

Voici comment s'exprime le naturaliste, méconnu et maltraité par Gook.

« Après avoir mis pied à terre à Tendroit où nous débarq^uâmes la veille , nous longeâmes la grève qui était sablonneuse et bornée par . un fourré d'arbrisseaux sauvages. Nous atteignîmes bientôt une cabane d'où les {>lantations se prolongeaient derrière a grève et le bois ; nous parcourûmes ensuite un canal qui arrosait les plantations, mais dont l'eau était très-snumâtre. Au delà nous gravîmes une colline qui était près de nous et où le pays paraissait changé. La plaine était revêtue d'une couche légère de sol végétal sur lequel on avait répandu des coquilles et des coraux brisés, pour le marner, parce qu'il était très-sec.

L'éminence , au contraire, était un rocher composé de gros morceaux de quartz ou de mica. Il y croissait des herbes sèches d'environ deux ou trois pieds de haut; elles étaient très-clairsemées dans la plupart des endroits et à quinze ou vingt verges les unes des autres. Nous vîmes de grands arbres , noirs à la racine, qui avaient une écorce parfaitement blanche et des feuilles longues et étroites comme nos saules. Ils étaient de l'espèce que Linné appelle MelcUeuca leiwadendron. Il n'y avait pas le moindre arbrisseau sur cette colline, et la vue se portait fort loin sans être interceptée par les bois.

« Nous gagnâmes bientôt le ruisseau , ou l'on remplit nos futailles. Les bords étaient garnis de mangliers, au delà desquels un petit nombre d'autres plantes et arbres occupaient un espace de quinze ou vingt pieds, revêtu d une couche de terreau végétal, chargé d'humidité et d'un lit verdâtre de gramen où l'œil aimait à se reposer. Nous trouvâmes des plantes inconnues, ainsi qu'une grande variété d'oiseaux, la plupart entièrement nouveaux. Mais le caractère des naturels et leur conduite ànotreégard nous causèrent plusdeplaisir que tout le reste. Le nombre de ceux que nous aperçûmes était peu considérable, et leurs nabitations étaient trèséparses. Nous rencontrions communé- Qient deux ou troi^ maisons sitgéeg les

unes près des autres , sous on groupe de Gguiers élevés, dont les brandies étaient si bien entrelacées que le firmament se montrait à peine à travers le feuillage. Une fraîcheur agréable entourait toujours les cabanes. Cette charmante position leur procurait ai autre avantage , car des milliers d'oiseaux voltigeaient continuellenient an sommet des arbres où ils se mettaient à l'abri des rayons brillants du soleil. Le ramage de quelques grimpereaux produisait un concert charmant, et causait un vif plaisir à tous ceux qui aimejit cette musique simple. Les habitants eux-mêmes s'asseyaient au pied de ces arbres, qui ont cette qualité remarquable : de la partie supérieure de la tiee il pousse de larges racines auss rondes que si elles étaient faites au tour; elles s'enfoncent en terre à dix, quinze ou vingt pieds de Tarbre, après avoir formé une ligne droite trèsexacte, extrémehient élastique et aussi tendue que la corde d'un arc, au moment où le trait va partir. Il paraît que c'est de la substance dé ces arbres qu'ils font les petits morceaux d^étofîfes qui leur servent de pagnes.

«Ils nous apprirent quelques mots de leur langue qui n'avait aucun rapport avec celle des autres îles : le^r caractère était doux et pacifique , mais trèsindolent ; ils nous accompagnaient rarement dans nos courses. Si nous passions près de leurs huttes, et si nous leur parlions, ils ré{)ondaient:

mais si nous continuions notre route sans leur adresser la parole, ils ne fusaient pas attention a nous. Les femmes étaient cependant un peu plus cerieuses, et elles se cachaient dans des buissons écartés pour nous observer ; mais elles ne consentaient à venir près ' de nous qu'en présence des hommes.

«Ils ne parurent ni fâchés, ni effrayés de ce que nous tuions des oiseaux à coups de fusil ; au contraire , quand nous approchions de leurs maisons, les jeunes gens ne manquaient pas de nous en montrer pour avoir le plaisir de les voir tirer. II sembla qu'ils étaient peu occupés dans cette saison de l'aonée*, ils avaient préparé la terre ^

OCÉANIE

•^Sd

planté des racines et des bananes dont Ils attendaient la récolte Tété suivant. C'est peut-être pour cela qu'ils étaient (noins en état que dans un autre temps le vendre leurs provisions; car, d'ailleurs, nous avions lieu de croire qu'ils connaissent ces principes d'hospitalité lui rendent les insulaires de la mer du Sud si intéressants pour les naviga- ^urs. o

li Y a plaisir et profit à laisser parer Forster. Un autre jour , il fit les )bservations suivantes :

« En descendant à. terre, nous trouvâmes sur la grève une grande masse rrégulière de rocher de dix pieds cu- )es, d'une pierre de corne d'un grain ferme, éiincelant partout de grenats jn peu plus pos que des têtes d'épingle. Cette découverte nous persuada ]u'il V a des minéraux précieux sur [ïette lie qui , dans la partie ^ue nous atvions déjà reconnue, différait de toutes celles que nous avions examinées , sn ce quelle n'avait point de productions volcaniques. Après nous être enbncés dans les bois très -épais qui x>rdaient la côte de toutes parts, nous r rencontrâmes de jeunes arbres à pain |uî n'étaient pas encore assez gros >oiir porter du fruit; mais ils semblaient être venus sans culture , et ce on t peut-être les arbres indigènes saurag es de la contrée.... A l'entrée d'une lutte, j'observai un homme assis, telant sur son sein une petite fille de 3uit ou dix ans dont il examinait la tête ; il fut d'abord surpris de me voir ; mais reprenant bientôt sa tranquillité, il continua son opération. Il avait à la main un morceau de quartz transparent , et comme l'un des bords du juartz était tranchant, il s'en servait, Mï lieu de ciseaux , oour couper les cheveux de la petite nlle. Je leur don- Qai,à tous les deux, des grains de rerre noir, dont ils semblèrent fort [X)ntents. Je me rendis aux autres cabanes : trois femmes, dont l'une d*un Ige' moyen, la seconde et la troisième iin'peu plus jeunes, allumaient du feu sous un de ces grands pots de terre dont il a été question plus haut ; dès qu'elles m'aperçurent, elles me firent

signe de m*éloigner ; mais voulant con-* naître leur manière d'apprêter les ali« ments, je m'approchai. Le pot était rempli d'herbes sèches et de feuilles vertes dans lesquelles elles avaient enveloppé de petites ignames. Ce fut avec peine qu'elles me permirent d'examiner leur pot; elles m'avertirent de nouveau , pnr signes, de m'en aller, et montrant leurs cabanes, elles remuèrent les doigts à diverses reprises sous leur gosier. Je jugeai que si on les surprenait ainsi seules dans la compagnie d'un étranger, on les étranglerait ou on les tuerait. Je les quittai donc, et en me retirant, je jetai un coup d'œil furtif dans les cabanes qui étaient entièrement vides. En regagnant le bois , je rencontrai le docteur Sparrmann , et nous retournâmes vers les femmes afin de les revoir et de nie convaincre si j'avais bien interprété leurs signes. Elles étaient toujours au même endroit. Nous leur offrîmes des grains de rassade qu'elles acceptèrent avec de grands témoignages de joie; mais elles réitérèrent les signes qu'elles avaient faits pendant que j'étais seul ; elles semblèrent même y joindre les prières et les supplications, et afin de les contenter, nous nous éloignâmes.

Comme nous avions soif, je demandai de l'eau à l'homme qui coupait les cheveux de la petite fille ; il me montra un arbre auquel pendaient une douzaine de coques de noix de coco remplies d'eau douce qui nous parut un peu rare dans ce pays; nous retournâmes à l'aiguade, où je trouvai un nombre considérable de naturels; quelques-uns , pour un petit morceau d'étoffe de Taïti , nous portèrent l'espace ' de quarante verges à notre ch <loupe, l'eau étant trop basse pour qu'elle pût aborder. Nous y aperçûmes des femmes qui, sans craindre les hommes ^ se mêlaient au milieu de la foule et s'amusaient à répondre aux caresses et aux avances des matelots. Elles les invitaient à venir derrière les buissons ; mais dès que ceux-ci les suivaient, elles s'enfuyaient avec tant de rapidité qu'on ne pouvait «les attraper. Elles prenaient ainsi plaisir à déconcerter

L'UWIYÏKS.

leurs a<lai«teui«f et ettea rtaltnl de bon cœur toutes les fois quelles jouaient ce rôle. »

Il est vraisemblable que ia simplicité de ces insulaires règne aussi dans le gouvernement ; un teabouma, noble ou petit chef d*un district opposé ai| havre Balade, vivait comme le resta de ses compatriotes; ils ne lui don^ naient aucune marque extérieui'e de déférence , et la seule chose qui annonçât queloues égards de leur part , c'est qu'ils lui remirent les présents

3ue leur fit un des officiers de Texpéition. Les cantons voisins sur lesquels ne s*étendait pas Tautorité du tea« bouma avaient probablement leurs chefs particuliers et supérieurs , car on a su plus tard , par d'Eutrecasteaux, que les chefs principaux avaient la titre d'aiiki.

l^s Anglais ne remarquèrent rien qui semblât avoir le moindre rapport avec la religion, ni aucune coutume qui eût la moindre apparence de su* perstition. Leurs idées sur ces matières sont vraisemblablement aussi simples que le reste de leur caractère.

il parait que dans cette île Téléphantiasis est fort commun , mais pas assez dangereux pour que le malade risque de perdre la vie. Les Anglais y virent Quelques naturels dont les cheveux blancs et les ride-s annonçaient une grande vieillesse ; ils ne sMat'ormèrent pourtant pas de leur âge, car en supposant qu'ils se donnent la peine de compter leurs années, il est probable qu'il leur eût été difficile de causer avec eux sur une chose aussi abstraite. Forster n'avait Jamais pu se faire comprendre des Taïtiens , lorsqu'il leur avait proposé de preilles questions , et nous avons éprouvé nousmême cet embarras dans les diverses parties de TOoéanie que nous avons visitées.

Une grande jarre est à peu près Tunique ustensile des naturels. C'est dans ces jarres qu'ils cuisent leurs alimenta. Le foyer de la cuisine est en plein air et hors de l'habitation. Ils ent constamment un foyer allumé dans leur cas^, vraisemblablement pour

ehasser lea moHati^iei faî y sut tt*

riblemeut importuns.

Leur nourriture se ewpais F^« eipalement de poissons « àe radM II de coquillages « et H. Labillardièi«a^ quit la preuve qu'ils mangeai k k Chair humaine et de grée inuroiMa A Stéatite verdâtre.

Les Kiou veaux -Calédenleiis se « livrent jamais à ces petites récitati(M qui contribuent tant au bien-être ia hommes , et qui répandent la vindK et la gaieté sur k» tles de Taiti é de Tonga. Excepté le sifilet, on 1*1 aperçu aucun mstrumeut de sm** que chez ces insulaires , et ea '\^ s ils out des danses et des dn^ sons; mais Forster suppose qu'ik ne rient presque jamais , parce «1 les vit toujours taciturnes. Leur 1»

gue paratt informe, et leur proi»

dation est si confuse , que les vw^ laires faits nar diverses personseià l'équipage ae Gook différaient bc»

coup entre eux ; quoiqu'ils aient pn de consonnes dures, ils révisas^ souvent aux gutturales , et ils fld quelquefois un son nasal ou rJUaiiMl qui embarrassait commuaéoesl k| personnes qui ne connaissaient d'iiM langue que l'anglais. L'éloignemesl^ leurs plantations est sans épate i obstacle à des communications fi*^ lières qui introduiraient peu à po^ besoin de la société. Les piroguetf ces peuples sont lourdes et grossi»^ leurs cases ressemblent à des rudri d'abeilles , surmontées par le plat* central, et à i'extérieuf 4e prîtes 1^ (ormes.

Ces Mélanésien*, eoofHne ia plif* des sauvages , sont q^ielquefoisolilii de travailler beaucoup pou? f^^^^ leur subsistance ; mais ils P>*^ dans le repos leurs heures de M^ et , comme eux , ils méprisent i4^ sexe. Leur earactère est extrénea* grave; ils ne se laissent pas capi|||j par les caresses des femmes, si souHP dangereuses , et ils apprécient peu ■ jouissances domestiques. Leurs vdj sont la lauce et la frondcSelon uaia^ voyageur naturaliste, M. Labill^ re, notre vénérable doyen, ils 9^

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OCÉANIE

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flfar Im arbres eomme B*il9 tnarchaient sur Hn piati horizontal. Gook et Forsler vantent leur douceur et la chasteté de leurs femmes; mats M. Labillardtère , d*aocord avec d*Entrecasteaux , les dépeint comme aussi cruels , aussi perfides et aussi enclins au vol que la plupart des Polynésiens et des Mélanésiens ; il assure qu'ils sont anthro* pophages par gourmandise , que les nsmmës se vendaient pour un clou, et que la grandeur du clou variait suivant la ^uté de la personne. Au reste, d'Entrecasteaux et M. Labillar-* dière peuvent s'être trompés, et ce fait a encore besoin d'être vérifié , car noué savons que les Mélanésiens sont plus jaloux de leurs femmes que les Poly« nésiens.

Après avoir relâché à l'île des Pins, et fait couper plusieurs de ces arbres co* lonnaires propres à fournir des bois de mâture, le navigateur anglais quitta définitivement ces terres. En 1792, l'a^* mirai d'Entrecasteaux compléta la reeonnaissance du capitaine Gook. Il la commença près de l'Ile des Pins où Cook avait terminé la sienne, et prolongea les brisants qui bordent , clans toute son étendue, la côte du sud- -ouest , et acquit la certitude que cette terrible barrière s'étendait encore à près de cent soixante-dix milles au nord-ouest de l'île Balade. C'est un des travaux le^ plus difficiles, les plus dangereux et les plus honorables du navigateur français. En 1798, il fit une relâche de vingt jours au havre Balade, pendant laquelle mourut le capitaine Huon de Kermadec, dont nne des lies du groupe porte le premier de ses deux noms (*), et le groupe situé entre Tongâ-Tabou et la Nouvelle- Zeeland , porte le second (**). Le corps ée ise marin distingué fut inhumé sur la petite tte de Poudioua, sans que les Baladtens en fussent informés.

Plusieurs fois les Français eurent vecours aux armes à feu pour réprimer les îûsoltea et les vols des sauvages.

(^ L'As Huon,

(**) }jË groupe de Kermadee.

En quittant le havre , d^BntreeaS) teaux gouverna au. sud , et reconnut le bord oriental des brisants dont il avait déjà exploré la bande occideiH taie.

En 1793, le eapîtaiae Kent du A{^ falo décoiivrit , a travers les brisants de la partie sud-ouest, Un excellent havre dans lequel il séjourna six semaines, et qui reçut de lui le noru de port Saint- Fineeni, Il n'^t paS à se plaindrè^ des indigènes qui ressemblent a ceux du liavre Balade et s'^ileul la barbe comme eux.

VBVIT «MIVVB DB. BlMWttLfc.

L'île Norfolk forme un petit groupe avec deux Ilots nommés Nepean et Philips. Des récifs de corail a^étendicnt au sud jusqu'à sept lieues ; des pierres de craie jaunâtre forment la bsise de nie , que recouvre un terreau noir à une grande pi'ofondeur.

Cett^lle est située par 39<' a' latitude sud , et 166° 4S' longitude est. .EUe a environ six lieues de circuit. Son sol est montueux, et le mont Pitt, qui ea est le point culminant , a environ onze cents pieds au-dessus du niveau de it mer.

Norfolk fut découverte par Cook , au mois d -octobre 1774. Elle était dé* serte , mais couverte d'une admirable végétation, dans laquelle on reconnut une foule d'espèces de la Nouvelie-Zeeland , et notamment le phormium . tenetXy le plus beau lin du monde, qui y poussait avec une vigueur remarquable, et qui était supérieur à celui de la Nouvelle-Zeeland. On y trouva une espèce de. pin magnifique, appartenant au genre araucaria. Plusieurs des oiseaux de la Nouvelle-Zeeland frappèrent les regards des naturalistes et des équipages; on s'y prÎQCuraeA aboftdande des choux palmistes, de l'oseille sauvage, du laiteron. et. du fenouil marin, et ou y Struue/péciie merveilleuse.

Dès l'origine de la eolanîe de kr^^uvelle-Qallesdu Sud, au mois deiéy/jer 1788, un petit établisseQ^ÇQt. futi»!^ mé sur l'île Norfolk ; ou y essaya

quelques plantations qui réussirent de manière à dépasser toutes les espérances et toutes les prévisions. En 1794, Norfolk fournit onze mille boisseaux de maïs à la Nouvelle-Galles. Malgré le succès de ces tentatives, Tun des derniers gouverneurs avait fait évacuer, en 1805, rétablissement par les convicts et les troupes qui Toccupaient, parce

3ue rtle manque de port. Ce n'est que epuis quelques années qu'on Ta de nouveau destinée à être le siéçe d'un établissement pénal pour les criminels les plus endurcis de la Nouvelle-Galles et oe la Tasmanie. Maintenant la po* pulation de ce poste est d'environ huit cents personne, parmi lesquelles on compte- cinq cents convicts ou condamnés, cent vingt-quatre militaires, et cent cinquante employés du gouvernement. Les travaux ibrcés de ces convicts consistent à construire des bâtiments , à abattre les arbres , à ouvrir des chemins et à cultiver la ferme publique, dont le principal produit jusqu'à ce jour a été le maïs.-

La vapeur légère qui offusque l'horizon dans cette partie, et les bouffées d'un air doux et chaud , indiquent la proximité du tropique et de cette mer de corail où les marins ont bien moins à craindre les mauvais temps que les innombrables récifs dont elle est parsemée. Il n'est pas dans ces parages une seule île , un seul rocher que les coraux ne ceignent d'une muraille constamment assiégée par des lames en fureur. Telle est la redoutable barrière qui semblait avoir condamné la petite tie Norfolk à rester éternellement déserte, malgré la fertilité de son terroir, sa forêt d'arbres précieux et ses riantes campagnes arrosées de mille ruisseaux; mais ni ses brisants que recouvre sans cesse une effrayante nappe d'écume , ni le naufrage au premier bâtiment qui , envoyé de Sidney, tenta de l'approcher, ne purent empêcher les Européens d'en prendre possession. Les Anglais s'y fixèrent presque en même temps qu'à la Nouvelle-Galles du Sud , dont les colons, dans les temps de disette , •urent plus d'une fois recours à ses

récoltes. Norfolk prit ainsi de rimpn«* tance sous le double rapport des cultures et de la population; mais o^te prospérité diminua peu à peu , à assure que s'accrut celle de l'Australif.

Ses habitants, dégoâtés de leurs propriétés dont les produits ift se veodaient plus , et fatigués de risolement où les tenait la dimculté des oomnwnications , se retirèrent sur le eootinent , et elle demeura entièrement abandonnée. Ce fut précisément cette difficulté qui décida l'administratioi de Sidney a déporter dans l'Ile de l!io^ folk plusieurs centaines de coovicU, l'horreur et l'effroi de leurs comp* gnons mêmes, et dont le caractère avait résisté à tous les châtiments enployés dans les maisons de ooritt* tion. Tout ce que l'imagination pourrai se figurer de plus repoussant et de pis hideux serait encore au-dessous k l'épouvantable tableau que présente cette atroce réunion de scélérats. Mai; gré une très-forte garnison, malgit une discipline d'airam et des supplioa rigoureux , chaque jour amène de ooeveaux crimes et de nouvelles révolts* La dissolution des mœurs est poussée si loin parmi ces misérables , que dei soldats et même des sous-ofGciers,sv^ pris par eux , ont été victimes de ietf brutalité. Croirait- on, après ab, qu'une des plus jolies personnes è Sidney, la femme du gouverneur à cette prison , dont les règleoieflli bannissent tout à fait son sexe, osef résider auprès de son mari , et bra** ainsi des aangers qu'il est plusCKÏli de comprendre que d'exprimer? Ut verrous, de hautes murailles, uoefl^ véillance très-sévère et les terrilil* brisants qui bloquent l'île de twiKi parts , ne sont pas toujours capab!»

d'arrêter la désertion des deteoBS.

Tantôt ces bandits dérobent les ta* teaux de l'État , tantôt ils parviaiixBfc à force de patience et d'adresse, à es» truire, dans quelque lieu écarté, o* chétive et informe embarcation s* laquelle ils ne craignent pas de s'ei|K^ ser, le plus souvent sans vivres et sait boussole , à la merci des vapes et4^ vents. Quelquefois 9 poussés ptf '^

OCÉANIE

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irises de Test , ils atteignent sains et ;aiifs les côtes de l'Australie ou Nourelie-Hollande, et attaquent alors les mboteurs qu'ils peuvent aborder, avec joe audace incroyable, dont au reste es tush-rangers (coureurs de buissons ) leur donnent de fréquents exemples. Malheur au petit bâtiment qui , nouille dans une des baies deFAustraie, ne se garde pas jour et nuit avec ioin ! car son équipage est surpris et igorgé au moment ou sans défiance I se livre au repos; et les capteurs , nettant ensuite à la voile , vont bri- ;ander dans les archipels de la Polyné- »e , jusqu'à ce que , à la suite d'un laufrage ou d'un combat, ils soient nangés par les anthropophages, ou que, rencontrés par un bâtiment armé et conduits au Port- Jackson , ils périssent sur réchafeud , châtiment auquel ils n'ont échappé dans leur patrie que pour le subir en quelque sorte sur une terre qui est presaue à ses antipodes (*).

Avant de toucher au sol au continent des Iles mélanésiennes , nous rencontrons deux petites îles inhabitées , l'île Howe et l'Ile Middleton. L'île ELowe , découverte par Bail en 1788 , >st fort haute ; elle a deux lieues d'étendue du nord -nord -ouest au sud- (ud-est. On aperçoit , à trois lieues dans e sud-est, un rocher isolé et trèslaut, nommé la Pyramide de Bail, Bile gît par 31° 31' latitude sud , et 156« W longitude est. On y trouve une ]uantite de pigeons, d'oies sauvages *t de tortues.

L'île Middleton fut découverte par >hortland en 1788. C'est une île égaement très-élevée , qui offre un pic renarquable ; die a plus de vingt milles rétendue du sud-sud -est au nord-nord* >uest, et est couverte de montagnes et le forêts. Latitude sud 20» 10' ; longi- ;ude est 157<» 30'. Elle est éloignée d'enriron cent trente-cinq lieues de l'Ile Norfolk. On doit s'efforcer d'éviter îotre ces deux ties les dangereux récifs le Middleton et de Seringapatuam.

Laissons les Iles, les récifs et les irisants , etabordons enfin à ce conti-

(*) Laplace, voyage de h Favorite,

78* JUvraiicm» (OcbanisO t. iii.

Dent de l'AtlstraHe, qui va offrir des productions si étranges, si nouvelles pour la plupart de nos lecteurs, et où des Européens ont opéré des merveilles sociales à côté des merveilles de la nature.

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