SERPENTS
Dans la Nouvelle-Galles il existe beaucoup de serpents , et à Texception du serpent'dxamant y que les naturels mangent, tous passent pour être venimeux. Le serpent-diamant acquiert quelquefois une longueur de quatorze pieds, mais les autres espèces ne vont guère au delà de quatre : celles-ci sont toutes regardées comme très - venimeuses. Lès deux serpents les plus dan-
gereux, le noir et le brun^ paraissent' être le mâle et la femelle, car on lei voit quelquefois enlacés ei roulés ensemble. Un Anglais les vit s'élancer simultanément dans le même trou , et s'y engager sî complètement quMis v furent pris par le milieu du corps, qui renfla ; leurs longes queues fouettaient l'air par Feffet des efforts qu'ils faisaient pour entrer : il put alors les éventrer avec un bâton.
Comme tous les autres reptiles, les serpents sont engourdis en hiver « et leur nature amphibie leur permet de s'élancer dans un étang quand ils sont chassés , et ils plongent au fond de h vase. Ces serpents sont craintifs et fuient toujours Thomme, de sorte que ce n'est que dans le cas où l'on luarcbe sur eux, par accident, que l'on en est mordu. liC remède employé par les indigènes est la scarification et la succion de la blessure.
COBIBAT EMTRE LES CffiENS ET LES
SEaPEirrs.
(I Un Jour, dit M. Cunnfngham, je vis des serpents-diamants réunis : j*avais avec moi deux chiens qui avaient acquis les périlleuses habitudTes de tuer les rentiles. Le chien d'arrêt le premier saisit le serpent noir et le serrait vigoureusement, quand le serpent brun, qui s*était reculé de six pieds , leva tout i coup la tête, tira deux ou trois fois sa langue, et, les yeux éclatants, se précipita tout à coup sur le chien et se roula autour de ses jambes, le mordant en même temps avec fureur. Je courus avec une pelle pour le secourir ; nnais avant que je Teusse rejoint, déjà le chien avait lâché le serpent noir pour s'emparer du brun , et il en avait fait plusieurs morceaux. Pour m'ôter toute inquiétude, je coupai la tête du serpent noir, laissant seulement un pouce da cou ; je fis ensuite la même opération au brun. En me retournant , je remarquai mon autre chien, qui était ua chien kangarou, bondir tout à coup derrière m6i, et regarder avec anxiâé où ses pattes de derrière venaient de poser : c'était à Teiidroit où était la tête du serpent noir, et je pensai qu'il
0GÉAI9IE.
«Tait seulement été effrayé d'avoir ^narché dessus : J'étais loin de penser que le serpent put faire du mal dans cet état de mutilation. Cependant ce <!hien perdit tout à coup Tusage de ses pattes de derrière, et bientôt cette paralysie s'étendit à celles de devant;* puis il se mit à trembler comme dans un accès de flèvre. Il n'y avait pas une demi-heure que le l'avais vu tressaillir devant la tête du serpent, et déjà il était mort enflé. Je songeai alors à mon chien d'arrêt que j'avais vu reprendre sa course après un ému , et j'allai à sa recherche; mais je le trouvai mort, gonflé, et en putréfaction peu de jours après (*). »
L'nOMMB AUX SERPENTS.
Il y a dans la colonie* dit M. Cunnin-
f;ham, un homme que Ton désigne par a qualification de ïhomme aux serpents , qui est devenu si familier avec les reptiles, au'il voyage rarement sans en avoir quelqu'un , oe la plus dangereuse espèce , roulé dans son sein nu, ou fourré dans la forme de son chapeau. Il vint un jour dans une maison avec la queue d'un serpent de bonne taille, qui peiHlait sous son chapeau, et formait une boucle sur son front ; la maîtresse l'en ayant averti , il pinça très - tranquillement la queue de ranimai , qui rentra ce membre égaré. Cet homme avait toujours de ces animaux rampant le long des murs de sa chambre à coucher, et quelquefois même ils s'emparaient de son lit sans qu'il en ressentît la moindre appréhension. Il domptait ces reptiles en les mettant plusieurs enfermés dans un sac; procédé qui leur fait perdre, suivant lui, tout pendiant à mordre ; fait qu'il a souvent démontré , en fourrant sa main nue dans un sac plein de serpents, et les retirant comme un paquet d'anguilles. Il en a pris plusieurs milliers, et n'a jamais été mordu.
La vipère sourde de la Nouvelle- Galles est un animal très-dangereux, parce que, n'entendant point l'homme approcher, elle s'écarte rarement de
{*) CunningliMi, Twoyan in Hew^oatk-
son d)emin, comme font les antres, et on la trouve sous ses pieds. Ce serpent est petit, court , renflé au milieu du corps , avec la tête aplatie et une queue rourchue, qu'il ouvre et ferma comme des tenailles, et qui , au dire des indigènes, contient un aiguillon.
Son dos est sillonné de rangées de tachetures rouges et blanches, et il prend le bâton avec lequel on le tourmente, comme ferait un petit chien hargneux.
On voit aussi un petit serpent couleur de noisette, d'une forme très-singulière, ayant sur les cêtés du corps deux oreillettes semblables à des nageoires; il s'en sert pour s'élancer avec une grande rapidité , et on le nomme le serpent aUé.
ENTOUOLOGIB.
Dans la colonie , les familles de l'or* dre des lépidoptères sont très-fécondes. Des papillons, brillants des plus belles couleurs, abondent en variétés innombrables, et des teignes, aussi belles que nombreuses, voltigeant en été par les soirées chaudes, égalent en grosseur l'oiseau-mouche. Les abeilles sauvages ressemblent, pour la forme, aux abeilles d'Europe; mais elles n'ont pas de dard; elles habitent le creux des arbres, et y déposent de très-beau miel et delà cire« que les naturels recherchent. 11 y a aussi des abeilles et des frelons solitaires. On trouve des mousouites dans les lieux fourrés, près de la côte; mais l'inté-r rieur du pays, quand il est découvert, est exempt de ce fléau. Après tout, ils ne sont pas plus incommodes que les cousins en Europe. La morsure de ces diptères n'est douloureuse que pour les nouveaux arrivés; car, après un court séjour en ce pays, elle produit rarement I enflure; fait qui semblerait démontrer que l'effet délétère de tous les poisons animaux s'atténue par la réitération. Il en est ainsi du jpoison de la petite vérole, de la rougeole, etc.
Plusieurs insulaires de la mer du Sud débarrassent fleurs cabanes des mousquites , pendant la nuit , par un moyen bien simple : ils éclipsent la lumière de leur lampe, en la couvrant
d'une calebasse, et ils font , en la tenant ainsi à la main , le tour de la chambre deux ou trois fois. Ces maringouins se pressent tous autour de la lumière; alors le sauvage se glisse doucement hors de la maison , éteint la lampe, et rentre d*un saut, fermant promptement la porte derrière lui, laissant ainsi dehors tous ces incommodes commensaux.
«Les mouches ordinaires, dit le docte Cunningham , qui est né dans la Iiïouvelie-Galles, et qui a exploré une
Sartie de 1* Australie, sont un terrible éau : le bœuf à la broche , ou fumant sur la table , n^st pas à Tabri de ces animaux , qui viennent y déposer leurs œufs ; ils chargent le lait où ils tombent, et les lits, de leur progéniture. Je n'oublierai jamais Talarme quei'éprouvai un matin, en voyant une de ces mouches qui sortait en bourdonnant de ma couverture, et quand mes investigations me firent découvrir de petits vers qui grouillaient déjà. Je me levai avec terreur devant ces avant-coureurs de la corruption ; mais je me rassurai en apprenant gue toutc^ les couvertures étaient ainsi infectées.
« Les tdons sont souvent plus gros que des abeilles domestiques, et quand m envahissent un troupeau, ils y font un terrible ravage : ils tirent autant de sang qu'une sangsue. Les puces sont très-communes aussi; mais les planteurs ont un moyen expéditi/ de purger leurs couvertures; ils les étendent près d*une fourmilière , d*où les fourmis courent vers cet ennemi , et remportent dans leur nid. On Toit en abondance des sauterelles de toutes couleurs et de toutes tailles , durant l'été; des cigales , grosses comme des abeilles domestiques, se rassemblent par troupes sur les arbres^ et font un bruit retentissant avec leurs ailes, tandis que les grillons chantent. Il existe aussi un insecte que nous nommons punaise-tortue y qui infeste les arbres à fruits , et se tient appliqué à plat sur les feuilles, comme une écaille; elle finirait par détruire l'arbre, si les fourmis ne se faisaient pas un régal favori des oeufs de cet
animal. Les araignées, qui àbondcDit
aussi , sont petites et jolies, ou grosses, velues et hideuses ; elles tendent quel> 4
Î[uefois, dans les bois , des toiles très- I orteSy semblables à de la soie ; ^ â« ' en entrant vite dans un fourré^ il arrive à un visiteur de rompre le tisi qui est devant son visage , il n^bésite pas à passer sa main sur son nez, po« adouar , par un léger frottement, h douleur assez aiguè que ce eboc lui i causée. Le ver de bois est loi^ ^ épais ; les indigènes, qui s'en réga&ot, ont un tact merveilleux pour savoir dans quelle partie de Tarbre on le port découvrir; alors ils le retirent prooij^ ment, et Ta valent avec autant de délices que ferait d'une huître un gastroDone.
assidu à dîner au Rocher de Caocàt.
Ces vers détruisent un arbre avec ne rapidité étonnante : c'est l'acacia qui est le principal objet de leurs atta^Ki « J ai vju, ajoute Cunningham , un de cçs arbres vert et en fleur un soir,K le lendemain, ou le jour suivant , irtri : le tronc et 1 herbe d'alentoor étaient couverts de poussière, qnc k ver avait rejetée en perçant le bois. > Les fourmis, très-variées et très-aboadantes, sont quelquefois très-grosses, et leur morsure est aussi douloureuse que la piqûre d'une guêpe. Il est une variété qui élève des huttes de terre, en forme de pyramides, enduites de manière à résister à l'humidité, et q« sont souvent aussi élevées et aussi rades qu'une meule de foin. Ces butta servent de fours aux petits plantean, et de tanières aux chiens sauva^ Pour conduire à ces fourmilières, ilj a des chemins battus de cent pas <fe long quelquefois, plus larges que d0 chemins à moutons et plus dépouillés d'herbe. La fourmi blanche détnd tous les arbres , hormis ceux dont U fibre a, dans ses éléments, un fort principe aromatique. Un colon était assis un jour dans une varanda ^l^ rie), se tenant appuyé à un des pÏÏiefS de bois qui la soutenaient, quand toot à coup sa tête entre entièrement dans le poteau ; et on reconnut alors <^ les fourmis blanches avaient mangea peu près tout le bois, en laissant toa-
OCÉANIE
tefoîs la couche de peinture blanche qui était à la surface, sans une seule tache. £Ues étaient entrées par le haut, et, en descendant, elles avaient dévoré tout sur leur passage. Quand elles passent d*uu arbre à un autrei elles se construisent une voûte bien cimentée, pour se garantir, pendant la route , du soleil et de Tair ; car il paraît que le jour leur est, sinon fatal, du pnoins tout à fait désagréable. Le bûcheron découvre quelquefois leurs ravages étendus au cœur même des arbres forestiers. Il existe aussi près de la côte, dans les endroits fourrés, une tique.
de bois , qui se loge et se multiplie sons ta peau des kangarous, des chiens et autres animaux semblables, et qui les tue ordinairement, si Ton ne prend aucune mesure pour l'arrêter. Elle se glisse de la même manière sous la peau de Thomme, et avec tant de prestesse, qu'un Australien , contraint de coucher une nuit dans un lieu fourré, fut averti, par une démangeaison , de regarder le matin un de ses côtés , et Il y trouva une tique qui avait déjà la tête et les épaules dans sa peau.
Les chenilles sont très-redoutées , et font la désolation des fermiers. Ce n'est toutefois qu'à des intervalles de plusieurs années que leurs ravages Bont extrêmement destructifs. Leur apparition est quelquefois soudaine et Il nombreuse , qu'A est beaucoup de lens de la campagne qui croient qu'elles sont apportées par les vents. Un individu étant dehors avant le lever du K)leil, par une matinée brumeuse et un vent d'ouest, trouva les champs, les haies et les buissons couverts de :es insectes, bien qu'il n'en eût pas remarqué un seul le soir précédent. Il ivait suffi d'une marche de deux ou ;rois cents pas pour que son chapeau ;t ses vêtements en fussent inondés.
>pendant ils n'avaient pu être jetés < ;ur lui des arbres voisms. li serait lifBcile d'expliquer comment ces chelilles se montrent simultanément et !n telle quantité sur des points isolés. *^lles ne s'étendent point au large sur in champ, mais elles marchent en li- ;ne compacte, large, et épaisse quel-
quefois de plusieurs j^uces, entassées comme les mouches a miel dans leurs ruches. Cette ligne parcourant irrégulièrement le champ qu'elle traverse, la trace de ses ravages est sinueuse comme celles d'un mcendie. On ne voit plus , derrière ces insectes destructeurs, un seul brin de verdure : lechamp est tout couvert de leurs fétides excréments , et forme ainsi un morne contraste avec les prairies verdoyantes qui sont devant eux. Le commence* ment du printemps est l'époque de leur visite. Quand les chenilles traversent une rivière, elles cherchent une pointe de terre en saillie au-dessus de l'eau, et, se laissant tomber , elles se livrent au courant , qui les porte à quelque distance au-dessous. Leur ligne est souvent si massive et si serrée, que l'on en peut tuer plusieurs centaines en y posant le pied, et un seul homme pourrait aisément en détruire des masses innombrables , en foulant le terrain qui en est couvert (*). »
Croirait-on cependant que Tindolent planteur voit , les bras croisés , toutes ces dévastations, sans y chercher de remède? Dans les deux Amériques, dans l'empire ottoman, en Syrie , en Egypte, et dans presque tout l'Orient, nous avons remarqué la même apathie.
PÉBIPLE DE L'AUSTRALIE.
En décrivant le périple de l'A ustralie que nous commencerons au cap York , partie la plus septentrionale de la Nouvelle-Galles du Sud , nous nommerons Quelques petites villes de l'intérieur e cette étrange colonie; mais nous renverrons la description de l'intérieur de l'Australie à la un de l'histoire de l'Australie , aux chapitres des explorations et (les découvertes récemment faites dans ce pays.
GÔTB OBIENTALE.
TOPOGRAPHIE
La statistique de cette grande colonie est variable , et même elle ne peut être vraie que l'année où elle est faite. Il serait difucile d'établir exactement le
(*) Cmmingham,
46ft
chiffre delà population anglaise delà Nouvelle - Galles , qui est d'environ quarante-deux mille individus, attendu son accroissement progressif. Voici les divisions de son territoire.
La circonscription de la Nouvelle- Galles du Sud est aujourd'hui divisée en dix -neuf comtés, à savoir: Cumberland , Northumberland , West-Moreland, Cook, Gloueester, Durham, Brisbane, Blieh , Philips, Hunter, Wellington, RoxDurgh, Rathurst, Georgina, Campden, Saint-Vincent , Argyle, King, et Murray. Cinq de ces divisions sont situées sur la côte , et les autres en deçà et au delà de la chaîne des montagnes Bleues, et suivent une direction parallèle à la côte et à la mer. Les principales villes de la Nouvelle- Galles du Sud sont Sidney, qui en est le chef-lieu ; Parramatta , située à une lieue et demie de la capitale , dans une sorte de vallon sur les bords de la rivière qui unit la mer à l'extrémité du Port-Jackson: elle est remarquable par son port , son phare élégant , en pierre blanche, nommé la tour Macquarie, par sa grande manufacture de draps , par un hôtel du gouverneur, par sa foire de bestiaux , par Tëcole instituée pour l'éducation et la civilisation des mdigènes, et par le bel observatoire fondé, dans ces dernières années, par le général Brisbane; Bathurst, sur la rivière de Macquarie, à Touest de Sidney ; Bathurst qui , il y a Quinze ans , ne possédait pas un seul colon respectable, etqui en compte aujourd'hui autant qu'elle comptede planteurs hospitaliers; Port-Hunter, Port-Macquarie , Moreton-Bay (l'ancien Glass-House-Bay) et Manning-River, situés près du tropiaue ; et Port-Stephen, qui a l'avantage a'étre à proximité de Sidney : dans sa rade, les navires mouillent en sûreté ; elle a pour gouverneur l'honorable capitaine Parry , qui , aprèsavoir illustré son nom en explorant les terres du pôle boréal , régit aujourd'hui avec zèle et talent cette partie des possessions anglaises dans Thémisphère austral. Citons encore Windsor, sur l'Hawkesbury , à quarante milles en ligne droite de Tembouchure de ce
fleure dans la mer, et Liverpoo!,»tuée sur la rive gauche de Geor|^ River qui va se jeter à la mer , et vm laquelle de petits navires peuvent n* monter. Nommons enfin Nev-Castle, au nord , près l'embouchure de la n* vière de Hunter, et qui sertdegruil marché de charbon a toute la colonie; les jolies villes et villages de)lfit berforce,de Richmond, d'Eroa-Ford, Castlereagh, Pitt, RegentviUe,CaiDp* bel-Town, Freemantle, Clarence-Town, Perth et Guiidford; le PortrCurtis, poste à l'embouchure de la rivière BriÉafle, la magnifique baie Jervis , au sud do Port-Jackson, aussi spacieuse que suit, la baie Bateman , au sud de Sidur, et quelques autres.
SlDNETt CAPITALE. — PORT-JACUOI-
La ville de Sidney est située ï pr tre lieues norddeBotany-Bav,par3l* 51' 40" latitude sud, et m*^^ longitude est ; son étendue est pà mille et demi , et sa largeur d'envim le cinquième de cette distance; sa p^ pulation est de plus de seize mille b»»' tants, dont deux mille cofiw'cfe et qtotre cents militaires. Sa distance « Londres ^t de cinq mille quatre cwb lieues. Le voyage des côtes d'Anfte* terreauPort-Jackson exige environ^»
tre mois et demi, quand le vent est fewrable. Le port de Sidney, c*est^irt»
le port Jackson , est un àcs plus boj qui existent. Il a environ sept ma d'étendue; il est complètement oen" par la terre , ce qui le garantit conW tous les vents. A son entrée merw** nale , près d'un mât de signaux et dia télégraphe, destiné à communiquer^ Sidney tout ce qui est relatif aux tas* seaux , sortant ou entrant , s'élève Œj phare bâti en pierres de taille, w"»
le fanal est construit de manière à tooij ner sur lui-même {voy.pL 367),ctdoi« l'aspect , si pittoresque , embellit en* core l'entrée majestueuse de la cap" taie. Cette ville, vraiment remarquapic, bâtie sur deux hauteurs escarpeeSj dans le renfoncement desquelles coo»
un ruisseau qui va sejoinareàja^**»
est environnée de prairies , de jawi»*»
OCÉANIE
et de petites chaumières , élevées en gradins, les unes au-dessus des autres, (voy. pi, 262).
Sidney présente aujourd'hui quelque chose de ma^îmie , d%iouissant ; Sidney , c'est déjà Londres , mais Londres en miniature. Ses rues , propres, mais non pavées , et où on est incommodé par fa poussière, portent communément les noms des gouverneurs et àes principaux fonctionnaires qui y ont exercé l'autorité ; elles sont éclairées la nuit par des réverbères , comme les grandes rues des villes d'Europe. La plus remarquable est Georges-Street^ qui a environ une lieue de longueur , et qui se distingue i>ar ses constructions publiques et privées ; cette belle rue traverse la ville par le milieu. Les principales maisons sont généralement entre cour et jardin , et construites en grès ou en briques blanchies. Les édifices les plus remarquables sont le trésor , la prison , l'hôtel de ville , le palais du gouverneur, la banque , l'hôtel du commandant, la caserne et le théâtre.
Il y a une école de commerce , une société philosophique, des sociétés d'horticulture et d'agriculture , et un jardin botaniaue. On trouve à Sidney des hôtels fort bien tenus, un nombre infini de tavernes, plusieurs églises, deux chapelles de méthodistes , et une chapelle catholique; deux banques, une chambre de commerce , une compagnie d'assurances; des magasins de modes, tenus par des modistes célèbres de Londres et de Paris, dont le beau sexe australien dispute les parures les plus élé- §antes, ou du moins les plus dispenieuses ; quatre journaux périodiques en pleine prospérité, une revue trimestrielle pour la littérature , les sciences et les arts. On se croirait dans une ville d'Angleterre, avec ses routs^ ses soirées d'enfants, ses courses de chevaux, ses voitures, etc. Il y a aussi à Sidney une société de chasseurs.
Celte ville possède un excellent marché, continuellement approvisionné de grains , de légumes, de volaille , de beurre et de fruits , qui se tient trois fois par semaine , sur une
pande place, de la forme d*un carré long : aussi on conçoit que sa fertilité , son climat , sa jirospârité , ses agréments aient attiré dans son sein des étrangers de toutes les nations : parfois c est un singulier spectacle à voir que ce mélange de divers peuples, groupés ensemble. L'Anglais , 1 Écossais , l'Irlandais, le Français, l'Allemand, l'Espagnol, l'Italien', l'Américain, le Chinois, le Malai, dans leurs costumes bizarres et variés, se coudoient , se confondent, et avec eux les naturels de la Polynésie, principalement les Taîtiens et les Pïouveaux-Zeelandais venus à Sidney pour éclianger les productions de leurs pays, tandis que l'Australien, stupide et nu, les regarde d'un air indifférent (*). Les Anglais ont surnommé cette capitale , le Montpellier de VOcéanie. à cause de son beau climat et de la fécondité de ses environs ; malheureusement elle est pauvre en eau douce.
SOCIÉTÉ ET ufsrrnrnoNs a sidnbt.
La société de Sidney est singulièrement mêlée; mais il y règne, entre les différentes classes , une morgue et des prétentions étranges.
Les cercles fashionables tiennent plus à l'étiquette que ceux de Londres même; les règles de la préséance sont si rigoureusement observées, que la paix de la colonie fut sérieusement troublée, il y a peu d'années, parce qu'un bal s'était ouvert avant que la lemme qui donnait le ton eût paru. ^
Des dîners suivis de thés, des soirées et de petits soupers où les dames sont admises , sont en usage à Sidney, et la danse ou la musique égayent ces réceptions. On y jouit aussi, par anticipation , des amusements du théâtre qui est annoncé, et en attendant, des concerts viennent de s'établir. Rien ne saurait égaler l'orgueil et la hauteur de ViUlra-aristocratie i qui dépasse de beaucoup en ce point la noblesse d'Angleterre.
(*) On y voit aussi des Chinois qui se sont mariés avec des femmes d^Europe.
Un joar, M. Canningham se promenait avec une de ses connaissances, quand il rencontra deux de ces aristocrates, dont l'un alla causer avec son compagnon et Fautre resta près de lui.
Comme il connaissait cette personne de vue, et qu'il savait qu'elle venait d'une campagne située ou côté où il voulait se diriser, il l'interrogea sans cérémonie sur l'état de la route. Quelle fut donc sa surprise lorsque, se reculant et se redressant d'un air de hauteur wcomparable : « Sur ma parole , lui réponait-il, Monsieur, je ne vous connais pas ! « Comme il n'était pas encore au courant de la morgue coloniale, il crut tout naturellement que quelque mauvais plaisant lui avait fait à la craie, sur le dos, la marque des déportés, ce qui arrive quelquefois; mais il apprit bientôt que son seul tort était d'avoir apostroplié cet homme, qui n'était autre qu'un ofGcier subalterne d'infanterie, retiré dans le pays.
Au convoi du dernier gouverneur, il se trouvait quatorze voitures bourgeoises, et il y a peu de gens de quelque importance qui n'aient le cabriolet ou des chevaux de selle, car ces articles ne payent point de taxe. Un grand nombre d écoles propagent l'éducation.
Outre les collèges et les écoles, il y a des
Sensionnats de femmes; et des maîtres e piano et de harpe courent le cachet , tandis que M. Giraud et d'autres professeurs de maintien et de danse apprennent aux élégants à tenir la tête droite et les pieds en dehors.
Les portes et les accessoires intérieurs oes maisons les mieux bâties de Sidney, sont ordinairement en cèdre colonial , poli à la façon de l'acajou. Les tables et les chaises sont ordinairement aussi du même bois. On y fabrique des chaises à fond de roseau , et la natte de canne indienne est généralement substituée au tapis anglais, à cause de sa fraîcheur : c'est pour la même raison que le blanc est la couleur générale du costume. Toutefois on remplace ordinairement une veste bleue par une blanche , quand il fait froid , et quand on fait une excursion à che- Tal. Les chapeaux de paille que {'pn
porte généralement en été, sont apportés de Manila , ou fabriqués dans ta colonie.
Les écoles de Sidney et des autres villes sont sous la direction du derg^ Un dispensaire vient d'être établi pour fournir des remèdes et donner des consultations aux pauvres. Il y a jilusieurs cabinets de lecture et des bibliothèques circulantes, et un bureau de poste, ainsi que dans toutes les villes de la colonie. On lit dans ces cabinets la Gazette de Sidney et Vj^usfy-aiieUy qui paraissent deux fois par semaine, et le MofvUeury qui ne paraît qu'une fois. Les deux dernières feuilles sont très-bien rédigées; quant à la première , elle est surtout consacrée à des annonces et à des nouvelles intéressantés ou qui amusent. UAlmanack Colonial est un petit ouvrage très-utile qui traite de tous les points de l'agriculture. Il y a de plus une histoire de la colonie, un journal des voyages daas l'intérieur, et deux volumes de poésies australiennes. On imprime très-bien à Sidney.
L'établissement d'un club de courses a beaucoup amélioré les races de chevaux. Les courses ont lieu deux fois par an entre Sidney et Parramatta. Les étrangers qui parcourent la colonie sont toujours surs d'y trouver un gîte dans quelque maison respectable, car les Australiens sont très-hospitaliers.
On a dit que les émigrants volontaires s'inoculent par degrés des pendiants de friponnerie. Nous raconterons à ce propos le bon mot d'un domestique indien nommé Samchou , que son maître avait amené en Australie. Bientôt après son arrivée, l'émigrant s'aperçut quesoo domestique venait de lui escroquer un sac de piastres. « Comment, Samchou, lui dit-il avec étonnement, qui vous a donc ainsi fait devenir coquin , vous qui avez été si longtemps à mon service, et toujours honnête garçon jusqu'ici? — Monsieur, balbutia Samchou, en haussant les épaules, quand Samchou venir ici, Samchou très-bon garçon; maintenant, Samchou maudit coquin. Tout le monde devenir coquin ici, et bientôt monsieur devenir aussi coquin. •
OGÉANIË.
BOTANT-BAT.
SoUzny'Bay(fiaie de Botanique) est située à quatre lieues au sud de Sidney, k sept ou huit milles au sud du Port^ Jackson. Elle fut ainsi nommée à cause je la prodigieuse variété de plantes gue sir Joseph Banks trouva dans les environs, en 1770, époque où cette baie fut découverte par le capitaine Cook. Dès que rAn(:;Ieterre eut perdu ;es colonies d'Amérique, elle fut chercher en Afrique un lieu favorable pour f coloniser des déportés {convicts)\ nais, par les conseils de Banks, on fit choix de Botany-Bay. Aussitôt onze navires y amenèrent sept cent soixante îéportés, quelques colons libres, ainsi lue les troupes confiées an commanaenient d'Arthur Philips, les membres du gouvernement chargé de présider à l'organisation de la colonie, des provisions considérables , un hôpital transportable, ainsi que plusieurs plantes et animaux domestiques. Leur traversée fut de huit mois. Les premiers naturalistes qui abordèrent cette contrée furent émerveillés à la vue des Dombreux végétaux, dont les formes sont opposées à celles des plantes des lutres climats, mais dont le luxe cesse, îu s' avançant vers l'ouest. Les prairies iumides sont ornées par une liliacée nommée blandfordia nobiliSy et çà et à s'élèvent les tiges roides des singuiers xanthoraea et les cônes du zamia lustraUs. Au nord de Botany-Bay s'élendent des forêts épaisses d'une espèce le cèdre que Brown a nommée calidris \piraUsy dont le bois, par son poli, rivalise avec le plus beau bois des An- ;illes; plus loin, quinze autres espèces le bois rouges, blancs, veinés de tou- ;es couleurs, offrent à l'ébéniste de précieux matériaux. Mais la plupart des )lantes ont un caractère unique, c'est le posséder un feuillage sec , rude , grée, aromatique, à feuilles presque touours simples; aussi les forêts de cette -égion ofii ent un aspect triste et bruneux qui fatij^ue la vue. Cependant, nalgré ses richesses naturelles, un grand nombre de plantes européennes 3at été naturalisées avec succès dans
cette partie du monde; ce sont celles qu'on peut appeler cosmopolites et qui viennent dans les marais, telles que la samole, la salicaire, etc. Botany-Bay donna longtemps son nom à toutes les colonies de fô Nouvelle-Galles du Sud; mais , n'ayant pas offert tous les avantages qu'on en attendait, cet établissement fut bientôt abandonné, et aujourd'hui il n'y existe plus rien. £n 1784, on fît choix de Parramatta ; sur les bords de la rivière Hawkesbury s'élevèrent de belles maisons; et de belles cultu* res, dues aux déportés, vinrent enrichir ces lieux. Les environs du port Jackson, le plus beau de l'Australie, furent également occupés; enfin la ville deSidney, capitale de la Nouvelle-Galles du Sud et de toute l'Australie, fut bâtie comme par enchantement sur le bord méridional du port Jackson, à quatre lieues nord de Botany-Bay.