‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 83 sur 122 · MER DE CORAIL · texte numérisé non relu

MER DE CORAIL

Après avoir achevé cette description

géographique de l'Australie, nos nomreux souscripteurs et lecteurs seront vraisemblablement satisfaits de connaître la mer de Corail ou mer Orientale de ce continent.

Près des côtes nord-est de la Nouvelle-Galles, il existe un banc affreux, interminable , nommé la Barrière de corail. C'est ici que le célèbre capitaine Cook farîtit se perdre corps et biens, et sa gloire avec lui, car alors il n'appartenait pas encore à l'histoire.

Écoutons ce grand navigateur, aussi heureux que prévoyant, aussi rangé qu'intrépide :

« Jusqu'ici nous avions navigué sans accident sur cette côte dangereuse, où la mer, dans une étendue de vingt-

deux degrés de latitude , c'est-âhdire de plus de treize cents milles , cache partout des bas- fond s, qui se projettent brusquement du pied de la côte, et des rochers qui s'élèvent tout à coup du fond , en forme de pyramide. Jusque-là, aucun des noms que nous avions donnés aux différentes parties du pays n'étaient des monuments de détresse ; mais , en cet endroit , nous commençâmes à connaître le malheur, aussi nous avons appelé Ccqf de Tribtdation la porate la plus éloignée qu'en dernier lieu nous avions aperçue en mer.

<t Ce cap gtt au 16« 6' de latftude sud, et au 314'* 39' de longftode ouest.

Nous gouvernâmes au 'nord f nonlouest à trois ou quatre lieues le long de la côte, ayant de quatorze à douze et dix brasses d'eau. Nous décou%Tlmes au large deux îles situées au le* de latitude sudr à environ six oa sept lieues de la grande terre. C'était le 10 juin 1770. A six heures du soir, la terre la plus septentrionale qui fut en vue nous restait au nord j nord-ouest ? ouest , et nous avions au nord i ouest, deux tles basses et couvertes de bois, que quelques-uns de nous prirent pour des rochers qui s'élevaient au-dessus de l'eau. Nous diminuâmes .alors de voiles , et nous serrâmes le vent au plus près, en voguant à la hauteur de la côte à l'estnord-ouest et nord-est x est. Car c'était mon dessein de tenir le larçe toute la nuit , non-seulement pour éviter le danger que nous apercevions à l'avant, mais encore pour voir s'il ?

avait quelques tles en pleine mer, d'astant plus que nous étions très-près de la latitude assignée aux tles découvertes par Quiros , et que des géographe par des raisons que je ne connais pas, ont cru devoir )oindre à cette terre.

Nous avions l'avautage d*un bon vent et d'un clair de lune pendant la nuit. En portant au loin depuis six jusqu'à près de neuf heures , notre eau déviât plus profonde de quatorze à vingt et une brasses ; «nais pendant que nous étions à souper, elle diminua tout à coup et retomba à dix, douze et boit

OCÉANIE

brasses dans Tespace de quelques minutes. Sur-le-champ j'ordonnai à chacun de se rendre à son poste, et tout était prêt pour virer de bord et mettre à Tancre ; mais la sonde marquant au jet suivant une eau encore profonde, nous conclâmes que nous avions passé sur l'extrémité des bas-fonds que nous avions vus au coucher du soleil, et quMl n'y avait plus de danger. Avant aix heures , nous eûmes vingt et vingt et une brasses. Comme cette profondeur continuait, les odiciers quittèrent le tillac fort tranquiliement, et allèrent se coucher. A onze heures moins quelques minutes, l'eau baissa tout d'un coup de vingt à dix-sept brasses , et avant qu'on pût rejeter la sonde,. le vaisseau toucha. Il resta immobile , si Ton excepte le soulèvement que lui donnait la houle , en le buttant contre le rocher sur lequel il était assis. En peu de moments tout Véquipu^e fût sur le tillac, et tous les visages exprimaient avec énergie l'horreur de notre situation. Comme nous avions p^ouverné au large avec une bonne brise l'espace de trois heures et demie, nous savions que nous ne pouvions pas être très-près de la côte. Nous n'avions que trop de raisons de craindre (lue nous ne fussions sur un rocher ae corail. Ces rochers sont plus dangereux que les autres , parce que les pointes en sont aiguës et que chaque partie de la surface est si raboteuse et si dure , qu'elle brise et rompt tout ce qui s'y frotte, même légèrement. Dans cet état nous abattîmes sur-le-champ toutes les voiles , et les bateaux furent mis en mer pour sonder autour du vaisseau. Nous découvrîmes bientôt que nos craintes n'avaient point exagéré notre mulheur, et que le bâtiment ayant été porté sur une bande de rochers, il était échoué dans un trou qui se trouvait au milieu. Dans quelques endroits il y avait de trois à âuatre brasses d'eau, et dans d'autres n'y en avait pas quatre pieds. Le vaisseau avait touché le cap au nordest et à environ trente verges à stribord. L'eau avait une profondeur de huit, du et douze brasses. Dès que la

chaloupe fut en mer, nous abattîmes nos vergues et nos huniers, nous jetâr mes l'ancre de toue à stribord (*), nouf mîmes l'ancre d'affourche avec 80i| câble dans le bateau, et on allait la jeter du même côté ; mais en sondant une seconde fois autour du vaisseau, l'eau se trouva plus profonde à l'ar- . rière ; nous portâmes donc l'ancre à la poupe plutôt Qu'à l'avant; et après qu'elle eut pris tond , nous travaillâmes de toutes nos forces au cabestan dans l'espoir de remettre à flot le vaisseau , si nous n'enlevions pas l'ancre, l^ais à notre grand regret, nous ne pûmes jamais le mouvoir. Pendant tout ce temps il continua à battre contre le rocher avec beaucoup de violence , de sorte que nous avions de la peine à nous tenir sur nos jambes. Pour accroître notre malheur, nous vîmes à la lueur de la lune, flotter autour de nous les planches du doublage de la quille , et enfin la fausse quille , et à chaque instant la mer se préparait à nous engloutir. Nous n'avions d'autre ressource que d'alléger le vaisseau , et nous avions perdu l'occasion de tirer de cet expédient le plus grand avantage ; car malheureusement nous -échouâmes de nouveau à la marée haute , et elle était alors considérablement dnninuée.

Ainsi, en allégeant le bâtiment, de manière qu'il tirât autant de pieds d'eau de moins que la marée en avait perdu en tombant, nous nous serions trouvés seulement dans le même état où nous étions au premier moment de notre désastre. Le seul avantage que nous procurait cette circonstance, c'est que la marée montante soulevant le vaisseau sur les rochers , il ne battait pas avec autant de violence. Nous fondions quelque espoir sur la marée suivante; mais il était incertain que le bâtiment pût tenir jusqu'alors , d'autant plus que le rocner grattait la quille sous 1 épaule du strilx>rd, avecunesi grande force , qu'on entendait le ratissemeni (si on ose employer cette expression)

{*) Ou dextribord. C'est le o6té droit d« navire, à partir de li poupe; bàbonl ai eil le côté gauche. G. L. D. R*

de la cale de Tavant. Notre situation ne nous permettait pas de perdre le temps à des conjectures, et nous fîmes tous nos efforts pour opérer notre délivrance que nous n'osions espérer.

Les pompes travaillèrent sur-le-champ; nous n'avions que six canons sur le tiilac, nous les jetâmes à la mer avec toute la promptitude possible, ainsi

?|ue notre lest de fer et de pierres , des utailles, des douves et des cerceaux, des jarres d'huile, de vieilles provisions , et plusieurs autres matériaux les plus pesants. Chacun se mit au travail avec un empressement qui approchait presque de la gaieté et sans la inoindre marque de murmure et de mécontentement ; nos matelots étaient si fort pénétrés du sentiment de leur situation , çru'on n'entendit pas un seul jurement; la crainte de se rendre coupable de cette faute , dans un moment où la mort semblait si prochaine, réprima à l'instant cette profane habitude, quelque empire qu elle eût.

« Enfin, la pomte du jour (le 11) partit , et nous vîmes la terre à environ huit lieues de distance , sans apercevoir, dans l'espace intermédiaire, une seule île sur laquelle les bateaux eussent pu nous conduire pour nous transporter ensuite sur la grande terre, en cas que le vaisseau fût mis en pièces. Le vent tomba pourtant par degrés, et nous eûmes calme plat d'assez bonne heure dans la matinée ; s'il avait été fort, notre bâtiment aurait infailliblement péri. Nous attendions la marée haute à onze heures du matin. Nous portâmes les ancres en dehors, et nous fîmes tous les autres préparatifs pour tâcher de nouveau de remettre le vaisseau à flot : nous ressentîmes une douleur et une surprise Î[u'il n'est pas possible d'exprimer, orsque nous vîmes qu'il ne flottait pas de plus d'un pied et demi, quoi(|ue nous l'eussions allégé de près de cinquante tonneaux , car la marée du jour n'était pas parvenue à une aussi grande hauteur que celle de la nuit. Nous nous mîmes à l'alléger encore, et nous jetâmes bien vite à la mer tout C» qui ne nous était pas absolument

nécessaire. Jusqu'ici le vaisseaa nV vait pas fait beaucoup d'eau; mais i mesure que la marée tombait, l'eau j entrait avec tant de rapidité, qoedau pompes, travaillant coatinaeliemeDt, pouvaient à peine nous empêcher de couler à fond : à deux heures , deux oq trois voies d'eau s'ouvrirent à stribord, et la pinasse qui était sous les é{uules toucha fond. Nous n'avions plus d'espoir que dans la marée de minuit; et afin de nous y préparer, nous plad;mes deux ancres d'affourche, l'une à stribord, et l'autre directement à b pinasse ; nous mîmes en ordre les ca^ moutons et les palans dont nous d^ vions nous servir pour tirer les câblfs peu à peu , et nous attachâmes fortc^ ment une des extrémités des câbles à l'arrière , afin que l'effort suivant pH produire quelque effet sur le vaisseau.

et qu'en raccourcissant la longuairda câble, qui était entre lui et les ancres, on pût le remettre au large et le détacher du banc de rocherssur lequdS était jeté. Sur les cinq heures de Yi^ midi , nous observâmes que la i»ar^ commençait à monter ; mais nous remarquâmes en même temps que b voie d'eau faisait des progrès alarmants, de sorte qu'on monta ém nouvelles pompes; malbeuretisemait il n'y en eut qu'une qui fût ea,^tde travailler : trois pompes manceutraietf continuellement; mais la voie-d'c»!

avait si fort augmenté , que nous tm; ginions que le vaisseau allait oùési fond , dès qu'il cesserait d'eue iMteoi

gar le rocher. Cette situation ë^i^ •ayante, et nous regardions- rmslart où le vaisseau serait remis à ilôt, npB pas comme le moment dé nùkt^ vrance, mais comme celui dcâOb* destruction. Nous savions breo ^ nos bateaux ne piourraléiit pas ikn^ porter tous à terre, et que, floW)" crise fatale arriverait^ coramè/fiof aurait plus ni commandeniehtnfsiibor* diriation, il s'ensuivrait probalikoKi^ une contestation pour la préférefl»

qu'obtiendraient les premiers débarqués, ce qui augmenterait les horreuis du naufrage même, et nous ferait périr par les mains les uns des autrts.

OCÉANIE

Cependant nous savions très-bien que si OQ en laissait quelaues-uns à bord , ils auraient vraisemblablement moins à souffrir, en périssant dans les flots, que ceux qui gagneraient terre sans aucune défense contre les habitants, dans un pays où des filets et des armes à feu suturaient à peine pour leur procurer la nourriture; et que, quand même ceux-ci trouveraient des moyens de subsister^ ils seraient condamnés à languir le reste de leurs jours dans un désert borrible , sans espoir de goûter jamais les consolations de la vie domestique, séparés de tout commerce avec les hommes, excepté avec des sauvages nus, qui passaient leur vie à chercher quelque proie dans cette solitude, et qui étaient peut-être les hommes les plus grossiers et les moins civilisés de la terre. »

La mort se montra dans toutes ses horreurs à Cook et à ses marins, et comme le moment aftreux qui devait décider de leur sort approchait, €^acun d'eux vit ses propres sentiments peints sur le visage de ses compagnons. Cependant tous les hommes qu'on put épargner sur le service des pompes se préparèrent à travailler au cabestan et au vindas(*)^ et le vaisseau flottant sur les dix heures et dix minutes, on fît le dernier effort, et on le remit en pleine eau. On vit alors, avec quelque satisfaction, qu'il ne faisait pas plus d'eau que quand il était sur le rocher, et quoiqu'il n'y en eût pas moins de trois pieds neuf pouces dans la cale, parce que la voie d'eau avait gagné sur les pompes , cependant les marins n'abandonnèrent point leur travail, et ils parvinrent à empêcher l'eau de faire de nouveaux progrès. Mais ayant souffert pendant plus de vingt • quatre heures une fatigue de corps et une agitation d'esprit excessives, et perdant toute espérance , ils commencèrent à tomber dans l'abattement ; ils ne pouvaient plus travailler à la pompe plus de cinq ou six

(*) Le ceihestan est un tourniquet pour dérouler le câble. Le viudas est une espèce de cabestan. G. L. D. R.

minutes de suite ; après quoi, chacun d'eux, entièrement épuise, s'étendait sur le tillac, quoique Veau des pompes l'inondât à trois ou quatre pouces de profondeur. Lorsque ceux qui \es remplaçaient avaient un peu travaillé, et qu'ils étaient épuisés à leur tour, ils se couchaient sur le pont de la même manière que les premiers, qui ators se relevaient pour recommencer leurs efforts : c'est ainsi qu'ils se soulageaient les uns les autres, jusqu'à ce qu'un nouvel accident fut près de terminer tous leurs maux.

Le bordage qui garnît l'intérieur du fond d'un navire est appelé la carlingue y et entre celui - ci et le bordage de l'extérieur il y a un espace d'environ dix-huit pouces : l'homme qui jusqu'alors avait mesuré la hauteur de Peau ne l'avait prise que sur la carlingue, et avait fait son rapport en conséquence; mais celui qui le remplaça pour le même service, la mesura sur le bordage extérieur, par où il jugea que l'eau avait gagné , en peu de minutes, dix-huit pDuces sur les pompes , différence qui était «ntre le bordage du dehors et celui de l'intérieur.

A cette nouvelle, le plus intrépide fut sur le point de renoncer à son travail ainsi qu'à ses espérances. Le capitaine Cook craignait que le désespoir ne jetât tout l'équipage dans la confusion ; néanmoins ce terrible incident devint,

{)ar occasion , la cause de leur salut : 'erreur fut bientôt découverte , et la joie subite que ressentirent officiers, savants, soldats et matelots, en trouvant que leur état n'était pas aussi dangereux qu'ils l'avaient craint, fut une espèce d'enchantement qui leur fit croire qu'ils n'avaient plus rien à craindre. Cette confiance et cet espoir mal fondés inspirèrent une nouvelle vigueur; et quoique l'état du navire fût le même que lorsque l'équipage ralentit ses travaux par fatigue et par découragement , cependant les marins réitérèrent leurs efforts avec tant de courage et d'activité, qu'avant huit heures du matin les pompes avaient gagné considérablement sur la voie d'eau. Chacun parlait alors do

L'UNiyERS.

conduire le taisseau dans qyelque port , comme d*un projet sur lequel il n*y avait pas à balancer, et tous ceux

2ui n^étaient pas occppés aux pompes, ravaillèrent a relever les ancres. On avait pris à bord Tancre de toue et la seconde ancre , mais il fut impossible de sauver la petite ancre d*afiburche, et on fut obligé d'en couper le câble ; on perdit aussi le câble de l'ancre de toue parmi les rochers; mais dans notre situation ces pertes étaient des bagatelles auxquelles on faisait peu d^attention. Les matelots s'empressèrent d'arborer le petit mât de hune et la vergue de misaine, et de remorquer ie vaisseau au sud-est , et à onze heures , grâce à une brise de mer , on remit enfin à la voile, et on porta vers la terre.

« Il était impossible, dit Cook, de continuer longtemps ie travail nécessaire pour que les pompes gagnassent sur la voie d'eau; et comme on ne

1>ouvait pas en découvrir exactement a situation, nous n'avions point Tespoir de l'arrêter en dedans. Dans cet état, M. Monkhouse, un des officiers de poupe , vint à moi et me proposa lin expédient dont il s'était servi à nord d'un vaissçau marchand qui , ayant une voie qui faisait plus de auatre pieds d'eau par heure, fut pourtant ramené sain et sauf de la Virginie à Londres. Le maître du vaisseau avait eu tant de confiance dans cet expédient, qu'il avait remis en mer son bâtiment , quoiqu'il connût son état , ne croyant pas qu'il filt nécessaire de boucher autrement la voie d'eau. Je n'hésitai point à laisser à M. Monkhouse le soin d'employer le même moyen (c'est-à-dire, en termes de marine , de larder la bonnette ).

Quatre ou cinq personnes furent nomniées pour Taider, et voici comment il exécuta cette opération : il prit une petite bonnette en étui , et , après avoir mêlé ensemble une grande

guantité de fil de caret et de laine, âchés très-menu , il les piqua sur la voile aussi légèrement qu il fut possible , et il étendit par -dessus le fumier de notra bétail et d'autres ordures : si nous avions eu du fumier

de cheval , il aurait été motteor. Lorsque la voile fut ainsi préparée, « la plaça au-dessous de la quille, ni moyen' de quelques cordes qoj la t6 naient étendue; la voie, ea tirant de l'eau , tira en même temps de la surface de là voile qui se trouvait au trou, la laine et le fil de caret que la mer ne pouvait pas entraîner, parce qu'dk n'était pas assez agitée pour cela. 01 expédient réussit si bien , que natre voie d'eau fut fort diminuée, etqu'M lieu de gagner sur trois pompes, upe seule sumt pour l'empêcher de Éwe des progrès. Cet événement firt poff nous une nouvelle source de conftu»

et de consolation ; les gens de réqoipage témoignèrent presque autaotde joie que s'ils eussent déjà été dans an port. Loin de borner dès lors leurs vœux à faire échouer le vais^ é0

Suelque port, et à y construire de «s ébris un petit bâtiment oui pût iWb porter aux Indes orientales , œ (jB avait été , quelques moments va^ vaut, le dernier objet de nos cspéraoofii ils ne pensèrent plus qu'à ranger b côte de la Nouvelle-Hollande, afin* chercher un lieu convenable poor K radouber, et poursuivre ensuite notre voyage, comme s'il ne nous était ri»

arrivé. Je dois à cette occasion rewlif justice et témoigner ma reconnaissai»

a l'équipaçe, ainsi qu'aux pcrsonnesqj étaient à Dord , de ce qu'au miliw * notre détresse on n'entendit auc* cri de fureur, et de ce ju'onnev* aucun geste de désespoir. Q^^jJ!

tout le monde partit sentir yi^*"*]^ le danger qui nous menaçait, en* cun , maître de soi , faisait tous s»

efforts avec une patience paisible « constante, également éloignée de B violence tumultueuse de la tenwjr»

de la sombre léthargie du destf* poir. »

Enfin on parvint à f agner un hafl* voisin sur la côte de FAustralie, Ç«»

d'une rivière qui reçut le noindA*' deavour. Alors Coofe reconnut qw » roche de corail qui avait troué soo ^ seau,sVtait brisée et en avait l^^J^ majeure partie, et qu'ils devaient W»

salut à cette singulière drooDStano^

0GËAIfI£4

^ÊÊfg

foncATMte raoBASis vtmMtaàaa

i^ABTIB Dti motfbEé

Poor terminer la connaissance des mers Toîsînes, après afoir inséré la description de la mer de Corail , noos devons ajouter que depuis la côte orientale de FAustralie Jusqu'à Ttle de Waihou, dans toute retendue de la mer du Sud , un phénomène extraordinaire se produit, qui doit rendre les établissementsdelaNouYelle-Galles méridionale d'une importance encore plus grande.

Un sixième continentsembie s'y former en quelque sorte sous les yeux des Australiens. La mer PadGque est semée d'Iles dans un espace de près de 60' de longitude et autant de latitude. Chacune de ces tles semble être Ib point central de la formation de bancs de corail , qui , par un progrès perpétuel , s'élèvent Incessamment des profondeurs de la mer. L'union de quelques-unes de ces* masses prend bientôt la forme d'une île dans laquelle les semences de diverses plantes sont portées par les oiseaux ou par les vagues , et dès que l'eau de la mer la quitte , elle se couvre d'une riche végétation.

Le puissance de la nature semble avoir une activité toute particulière dans ces régions; et quand ses progrès sont trop lents , elle a recours quel-

auefois a l'assistance des volcans ou es tremblements de terre. C'est surtout dans la Polynésie, depuis le sud de la Nouvelle -Zeeland jusqu'au nord des îles Sandv^ich , et même aux îles llounin-Sima, dans la Micronésie, que les eaux sont extrêmement fécondes en ces sortes de bancs , qui deviendront par la suite des sièges de civilisation. Le corail , qui forme la base première de ces immenses rochers, est lui-même dans un travail incessant. Le erand Océan est parsemé de myriades de ces lignes de fondation, et une fois que les accroissements souterrains en auront exclu l'eau , alors , ainsi que nous l'avons déjà dit, en traitant de la di- Tîsion de la Micronésie, viendra la domination de l'homme.

MOf sr vwaiMkMitWÊ m vanÈumm

DBL'AUSTIAUB.

Après avoir tracé la description de l'intérieur connu et des côtes de l'Australie, résumons la nature probable des parties centrales de ce continent « et voyons si l'on doit espérer qu'il sera un jour exploré, et de quelle manière pourra se faire une aussi longue et aussi difficile exploration.

Les montagnes Bleues, au'on disait inaccessibles , ont été franchies ; et dès que les escarpements taillés à pic , qui semblaient interdire tout progrès ultérieur, avaient été dépassés, un grand plateau verdoyant, orné de forêts peuplées d'animaux, et qui ne paraît pas entièrement dénué d'habitants , s'est déroulé à perte deWue devant les explorateurs étonnés. Dans l'immense espace parcouru, ces explorateurs ont tantôt franchi et tantôt côtoyé des rivière»

assez larges , mais qui pour la plupart finissaient par se perdre dans cies marais; une d'elles se dirigeait vers la côte orientale, et quelques-unes plus ou moins grandes vers le détroit de Bass.

Ces observations récentes ont fait naître les conjectures que proposa le savant géographe Malte-Brun , dans ses Annales des Foyagesy sur la structure de la partie orientale de l'Australie. Laissons-le parler : « Les deux Solfes de Carpeatarie et de Spencer, 'après les analogies , semblent indiquer la ligne de la plus grande dépression de ce petit continent ; si entre ces deux golfes il existe deux ou trois lacs intérieurs, même d'une dimension bien inférieure au lac Aral , ils suffiraient à recevoir toutes les rivières qui peuvent naître sur une chaîne aussi peu élevée que celle des montagnes Bleues.

Les sauvages de la côte parlent d'un lac au delà de ces montagnes , sur les bord duquel habiteraient des peuples blancs', probablement des MaJais(*}.

Serait-ce trop téméraire de supposer

âu'au delà de cette région des lacs et es rivières , il se trouve un vaste dé-

(*) Cette oplaioa a tout l'air d'un conte.

sert de sables brûlants, semblable à celui que l'Afrique présente après la région des lacs et des rivières , occupant la pente méridionale du mont Atlas? La seule différence entre les deux continents serait que la chaîne des montagnes et le grand désert se dirigeraient en Australie , du nord au sud. Ce n'est que du sein d'un semblable désert aue peuvent sortir les vents brûlants du nord-ouest , ^ui si souvent détruisent toute végétation aux environs de Botany-Bay, et qui se font sentir jusqu'à l'île deVan-Diémen.

C'est le même phénomène que présente quelquefois le vent du sud a Aiger et à Tunis.

« La partie occidentale de la Nouvelle-Hollande offre moins d'indices sur sa structure. Il en est cependant un que l'on a trop négligé. Le naturaliste Riche, de r expédition d'Entrecasteaux, pénétra près d'une lieue dans l'intérieur, en partant de la côte méridionale ; il y vit , derrière les collines sablonneuses qui bordent la côte, des lacs d'eau douce ou légèrement saumâtre, qui s'étendaient dans la même direction que le rivage. Ne sont-ce pas évidemment les débouchés des rivières , comme les lacs sur la côte orientale de Madagascar? Les rivières, en apportant des sables et du gravier, la mer en repoussant ces matières, auront concurremment formé une barrière , comme celle qui à Madagascar s'étend depuis Tamatave jusqu'à Foulpointe.

Cette explication toutefois ne sufBt point pour la totalité d'une côte aussi étendue, mais elle sert à faire voir comment un pays , même très-bien arrosé dans l'intérieur, peut présenter une côte aride et dépourvue de rivières.

« Pour faire une exploration dans l'intérieur du continent et le traverser, il faudrait qu'une société de voya-

§eurs amenât sur la côte des bœufs , es mulets et autres bêtes de somme, et que, maîtrie de ces animaux, elle se transformât en tribu nomade , et )Bubsistât tant de son troupeau que des produits de la chasse. Deux ou trois vaisseaux stationnés sur des points convenus d'avance devraient attendre les

voyageurs qni traversent le contiiiBit sur deux ou trois lignes différeotes,»

sures de trouver au bout de leor course tous lessecoursdont ils pourraientavoir besoin. Une semblable entreprise ooiterait moins que dix ou douze tentativa combinées sur un plan moins éteadn, et elle nous ferait connaître en deux ou trois campagnes tous les principaia traits de la géographie de la ^ouvell^ Hollande ; ces traits une fois connus.

les reconnaissances particulières mieux dirigées mèneraient rapidement aubi^ En géographie comme en politique, les tâtonnements coûtent fort cher, é ne font que nous ramener au poiotà départ.

« Combien elle serait intéressaote, cette course à travers la Kouvdle Hollande! Combien de pbéDomèiie inattendus ne présenterait-elie ^^ Peut-être des races humaines, séparées du reste de leurs frères, ofin* raient elles ces conformations iàwtes , ces êtres hideux ou ridicules do^ l'histoire nous a conservé des traditions , peut-être trop légèrement r^tées par cet orgueilleux doginatisie crue tant de savants prennent p(»r 1 esprit de la critique. S'il reste qu^ que espoir de retrouver les g^obtf les pygmées , les hommes à queue (i à cornes , c'est sans doute en Ài^ ou dans la Nouvelle-Hollande, w peut-être ce dernier pays n'est-il p* pié en grande partie que de tribus ii* nocentes de kangarous , û'mtsé de oumbats; au lien d'un noQf^ Eldorado y quelque ville, bâtie park> singes ou les castors , fera conoaitit jusqu'où peut s'élever rintelligence (I* animaux dans un monde désert, ooli civilisation de l'homme ne compHAt pas ces races inférieures que poa^ avons réduites en servitude. Ces idtf déplaisent-elles à un lecteur, ami^ ï utile f Eh bien ! qu'il se re|)r^tf (^ plantes salutaires et les bois précicff que cette terre vierge doit noanir' que sait-on ? il peut en sortir qudq* remède contre les maladies censées incurables , ou bien quelque nou^ métal qui ajoute encore un nouvel»

degré d'irritation à la fièvre à'ws»

OCEANIE.

rallié qui dévoie r£aro[)e ! » De tant )e conjectures que L'imagination a sug- ^rées à Malte-Brun , de tous ces êtres

iuMl espère retrouver dans le centre e TAustralie, il est probable qu'on ne trouvera'que des plantes et des oiseaux jusqu'à présent inconnus.

riTRBS ET DISTINCTIONS DBS CLASSES ENTRE

LES colons; les crkoles et les condamnés DE LA nouvelle - GALLES DU SUD (•).

T^ous allons caractériser maintenant m peu de mots les singulières espèces le colons de la Nouvelle-Galles du >u(l. Ils sont partagés en deux grandes ilasses, celle des émigrants volonaires et de leurs descendants, et celle les déportés rendus à ta liberté. Soit lar un sentiment de vanité (dont la (ource serait assez singulière); soit lar un calcul de Tenvie , ces derniers ■ejgardent la colonie comme un éta- )Iissement fondé spécialement pour iux , comme le patrimoine particulier le tous les déportés que la Grande- Bretagne égouttera dans la Nouvelle- [lalles ; ils prétendent qu'elle est leur )ropriété légitime, et supportent avec )eine ce qirils appellent Tusurpation les premiers : aussi se qualifient-ils de égitiméSy et donnent- ils aux émigrants te nom à' illégitimés y qm dtméiîios pitrs.

Parmi les émigrants, il y a les ex- Husi/s (exclusionists), qui repoussent avec horreur toute proposition le rapprochement entre ceux que la oi a déportés dans la Nouvelle-Galles , ;t les spéculateurs qui ont choisi cette X)loniéde la Grande-Bretagne, et sont renus y chercher un développement à eur industrie. Comme il arrive touours en pareille occurrence , un troi- ;ième parti s'est élevé, qui a voulu rapprocher les deux autres, et que les exaltés des deux partis détestent : ce iont tes confusioiûstes. Chacun de ces >artis a des subdivisions ; chaque par- :isan professe la plus grande antipahie pour les autres colons contraires

(*) Chapiu^ extrait de Cunningham.

à sa nuance, garde soigneusement son rang et sa couleur. C'est ainsi que les émancipés purs, c'est-à-dire ceux qui n'ont reçu aucune rénrimande des magistrats, depuis qu'ils sont redevenus libres, fuient toute alliance et relation avec un émancipé impur, ou celui qui a été repris de justice pour délits locaux. Les convicts sont les condamnés nouvellement importés ; on leur a aussi donné le nom de canaris ou serins, h cause des Jaquet' tes (vestes) jaunes qu'on les force de revêtir, à leur arrivée. Les tUled characters sont ceux qui sont marqués ; les untitled désignent ceux oui ne le sont pas. Il faut citer encore les buskrangers (batteurs de buissons) : ce sont les convicts qui , préférant la vie vagabonde et indéoendante d'aventuriers à une vie paisible et régulière, se sont enfuis dans les bois. Ils vivent de rapine, pillent les voyageurs qu'ils rencontrent, et les propriétaires de campagnes. Il y a Quelques années , leur nombre était tres-considérable. Il est à remarquer qu'ils ne tuent les malheureux qu'ils dépouillent, nue lorsque leur défense personnelle 1 exige. Les déportés libérés de la Nouvelle-Galles ont accaparé presque toutes les branches de commerce de cet établissement. Toutes les distilleries, presque toutes les brasseries, et une grande partie des moulins sont en leur possession.

Outre ces classes, les ^bitants nés dans la colonie , ou créoles , y sont plus connus sous le nom générique de currency. en opposition à sterling, nom des habitants nés dans la même patrie, ou colons. Ce nom fut, pour la première fois, donné par un facétieux quartier-maître de réçiment ; car alors la livre currency était inférieure à la livre sterling. Les garçons et les filles

(*) Ces dénominations sont bien caracléristiques d'un peuple marchand. Currencr veut dire le cours de l'argent; sterling, signifie le taux légal de la monnaie. Les currcncys ont aussi reçu le nom de corn-stalks , taxe de blé , à cause de la rapidité de leur croissance. G. L. D. R.

Lirai VERS.

curreoefB lont iine beUe dasse , gui fait honneur au pays qui les a produits. Ce nonoi est un titre suffisant à Testime de la population éclairée: mais il est risible de voir les gambades que font certaines vieilles femmes sterlings , quand elles se querellent avec des currencys. « Misérables 1 s'écrientelles, comment osez-vous me montrer votre tête currencyf Je suis sterUnÇy je veux que vous le sachiez. »

Le simple et mâle caractère des ew" rencys mérite nos louanges , dit Cunningham. L'ivrognerie est presque inconnue chez eux, et leur honnêteté est devenue proverbiale. Le petit nombre d'entre eux qui se sont mal conduits , ayant agi sous influence des parents , presque tous condamnés currencys, appartiennent à trois familles très-nombreuses de la colonie. Ce fait est la meilleure preuve de Futilité du mariage dans rintérét de la réforme criminelle.

Puisqu'il est dans la jeunesse currency si peu d'individus égarés dans le sentier du vice , il faut conclure que leurs parents n'ont pas au moins cherché à les déranger. Ainsi donc , le bienfait du mariage, dans une nouvelle colonie, ne consiste pas seulement à la peupler d'habitants jeunes et attachés au sol par la naissance, mais il a aussi pour effet de diriger des penchants vicieux à l'honnêteté, et même à la vertu. Les currencys deviennent grands et sveltes comme les Américains, et sont en général remarquables par ce caractère saxon, des cheveux blonds et des yeux bleus. Leur teint , dans la jeunesse, est d'un jaune pâle , et même , dans un âge plus avancé, ils sont facilement reconnaissables auprès des individus nés en Angleterre. Les joues de rose ne sont pomt de ce climat , non plus que de celui de l'Amérique, où un temt fleuri attirera indubitablement cette observation : « Vous êtes du vieux pays, vous? » Les jeunes filles perdent , eh général , leurs dents de bonne heure, et cette calamité commence toujours à l'époaue de la puberté. Les jeunes gens a'un rang mférieur aiment mieux s'attacher au oommeice ou s'eo^arquer que passer

au sertioe des plÉntem einiDRiiA de ferme. Ceci vient , sans doote,»

tant de la répugnanoe qu'As éprorâl à se mêler aux condamnés, a (éofnlement employés dans les fermes, ip d'un sentiment de vanité. Les tnv»

de l'agriculture n'ayant jasqo'idftn»

péré que par les mains des condamné^ ils regardent eette proftsssioa coin dégradante, absolument de mèxatqt les blancs établis dans les ooloiwsi esclaves, voyant que ces derniers seÉ travaillent , repoussent le traTail é toute nature.

Les jeunes filles sont douces,»

destes et très-simples. Comme lèse»

fants de la nature, elles sont aééà et très-faciles à tromper. Dans h classes inférieures, elles désirent»

demment entrer au service d'unes»

son respectable, pour échapperai tutelle de leurs parents, qui sont m vent des misérables ; elles ainMi i étaler leurs jolis cheveux boudés,»

levés par un peigne d'écaillé de torts Elles sont en général de très-bonnesis vantes , à qui on donne des gages été à quinze hvres (deux cent cinqnaoteJ trois cents francs ) par an. Elles b placent pas la chasteté au preiw rang des vertus, et cette facilitée moeurs vient de ce que leurs pinî ne leur ont jamais appris à en fii grand cas, mais surtout deceqo*(i' voient que jamais la violation deo^ loi de pureté n'a empêché le mariaj en Australie. Elles aiment beaucoifi folâtrer dans les rivières ; et celles? demeurent près de la mer savent t4 et plonger comme des poules d'tf Les jeunes currencys sont très-attad^ à leur pays, qu'ils regardent cooHifl plus beau du monde , et l'aspect de Ll dres ou de Paris même , s'ils y foot" voyage, ne les détrompe point. H i^ pas de magasins qui égalent ceox^ Sidney; les vaches d'Europe dow^ moins de lait et de beurre qoe k vaches de l'Australie, etc., etcO jeune fille, à qui l'on demandait à a voudrait aller en Angleterre, rf|* dit avec une grande naïveté : « J* rais peur d'y aller, mtrce qu'Hj^ tant de voleurs! » Elle m fttp

dOÉAfflE.

fians doiite rAtigletenre comme une irucbe entièrement composée de ces frelons dont des essaims venaient chaque année peupler les déserts de la <*olonie. Les jeunes gens se marient en général de bonne heure ^ et ne paraissent pas goûter le système de concubinage, si populaire parmi leurs frères sterlings. Dans leurs cadeaux, il n'y a pas (rechange de gage d*amour, des mémentos de rose, des bouts de ruban, des pièces de douze sous cassées en deux, ou autres reconnaissances tendres, en usage chez les jouvenceaux du commun , en Angleterre. On a cependant trouvé une fois quelque trace de ces coutumes antiques dans le présent d'un jambonneau conGt et d'une livre de sucre, fait par un Faublas australien à une des nonnes de ]Vew-Castle , pour battre en brèche et miner sa vertu.

Il existe , dans la conversation des currencys, une circonstance étrange, c'est que l'argot des voleurs est entré pour beaucoup dans la langue qu'ils psrrlent actuellement le plus nonnéteiiient du monde, mais avec tous les accents possibles des trois royaumes.

J^es garçons currencys sont renommés pour leur courage et pour leur esprit de corps. Si un soldat vient à 6e prendre de querelle avec l'un deux, toute la ruche court à son aide. Les enfants currencys se livrent aussi de fréquents combats dans les rues ; ils observent , avec beaucoup de gaieté , plusieurs des divertissemejits anglais, tels que les fêtes de I^oël avec ses chants, et les mascarades du carnaval.

éTABLISSEMEMTS DES COLONS LIBRES EN AtSTRAUB. ET SURTOUT A LA NOUVELLE- GALLES DU SUD.

Dès que l'Anglais, qui veut devenir colon en Australie, est arrivé dans cette contrée , il se construit une maison en lattes et en bois. Quelquefois, dit Cunningham, on substitue aux lattes du bois fendu, et le toit est composé de feuilles d'écorce, recouvert avec de grandes herbes, ce qui compose certai- Dement le toit le plus frais possible

dans les chal«a» da Pété, et le plus ehaud pour le froid; ce chaume étant un mauvais conducteur du calorique.

Quand le bols est rare, on bâtit avec des mottes et des pierres. Ces Habitations sont très-peu coûteuses ; il y en a de vingt-quatre pieds de long sur douse de large, ayant un arrière-corps de la même longueur, et de sept pieds de large, dont la charpente nue codtè seulement huit livres sterling ; et une fois couverte, divisée en quatre com-

Eartiments , plâtrée , blanchie et four»

le de portes et fenêtres, la dépense ne monte pas à plus de vingt livres.

On y marche sur la terre bien battue , et une varanda (galerie), rafraîchit la maison , en tenant les murs à l'abri du soleil. On déboise la terre, et on la rend propre à la charrue, au moyen des nombreux condamnés au service du gouvernement. Mais si le planteur n'est pas pressé , Id moyen le plus simple et le moins coûteux, est d'attaquer les arbres dans leur sève et de les laisser mourir sur pied. Au bout de trois ans ils sont desséchés au point de brûler comme de l'aniadou. Alors on n'a plus qu'à faire une tranchée alentour, ou mettre à nu la souche; on y allume ' ensuite un bon feu dans un Jour de grand vent, et aussitôt l'arbre brûle et tombe. L^abondance et Tépaisseur de l'herbe, ainsi que la présence des

fiommiers, sont le meilleur indice pour e choix d'une terre. Celui qui veut en choisir une, ne doit pas écouter les planteurs voisins, qui lui disent qu'elle est mauvaise ; il doit croire alors

Qu'elle est excellente. Il est de l'intérêt u gouvernement et du commerce d'attirer des colons en Australie; mais leur arrivée est évidemment contraire aux intérêts des anciens planteurs, parce qu'un certain nombre de nouveaux venus peuvent former un établissement, et qu'alors le gouvernement y envoie des condamnés et des troupes que les planteurs doivent nourrir.

NAUFRAGE DE CENT HUrr FEMMES CONDAM- NÉES, A BORD DE VAMPHJTRITE.

Les prostituées et les toleases de

rAngîeterreetdetoutleAoyatime-f/m, forment la population des temmes conr victs de la Nouvelle-Galles du Sud.

Cent huit femmes, condamnées à la déportation dans cette colonie, se trouvaient à bord du bâtiment

3ue Touragan du 31 août 1834 vient de étruire à la vue des cotes de France.

Onze de ces malheureuses avaient leurs enfants avec elles ; Tâge des femmes variait de douze à cinquante ans, celui des enfants de cinq semaines à neuf ans. A Texception d'une vieille Écossaise , toutes les autres se montraient tendres mères ; une d'elles donnait régulièrement chaque jour une leçon d'écriture à son fils âgé de sept à huit ans. C'était une de ces prostituées si nombreuses dans les rues de Londres ; elle avait été condamnée, ainsi que plusieurs de ses compagnes, à la peme infamante de la déportation pour outrages et rébellion envers les agents de la police.

On ne saurait se faire une idée du dévergondage de ces femmes ; les matelots eux-mêmes en rougissaient.

Un bosseman(*), nommé Owen, veillait à ce que les mœurs ne fussent point outragées , et il était obligé de jeter des seaux d'eau sur ces malheureuses pour les empêcher de venir agacer les matelots.

Si quelqu'une d'entre elles se mutinait , on renfermait plusieurs heures dans une cage de bois exposée sur le

1)ont. Cette cage étroite , semblable à a gaîne d'une pendule, était tout juste assez haute pour qu'une femme pât s'y tenir debout sans faire aucun mouvement ; des trous percés au sommet laissait un passage à l'air extérieur. La cage de punition fut retrouvée avec d'autres débris sur la jetée.

Avant de partir du portde Wolwieh, VÂmphitrite avait reçu la visite d'une quakeresse bien connue , mistriss Fry, et de deux autres dames de la même religion. Ces dames charitables avaient donné à chacune d'elles une Bible, qui ne leur était pas inutile^ car pres-

^*) C'est le second contre-ipaitre daas la iQ^ipe anglaise.

que toutes savaient lire. Les voleoses

qui avaient passé quelque temps à ^ewgate avaient reçu , dans Técole de cette prison , un commencement d'instruction. La possession de ces Bibles était pour les condamnées un don précieux; elles passaient une partie de leur journée à lire et à coudre.

Une de ces misérables, plus endurcie que les autres , répondait aux conseils d'une des dames quakeresses qui vint les visiter plusieurs fois avant le départ du navire : « Qnt m'importe la vie éternelle ! Je suis lasse de vivre, même dans ce monde:

mon vœu le plus ardent serait que lé vaisseau pérît corps et biens , et que nous fussions toutes noyées avec ceux qui nous emmènent. » \jes autres femmes se mirent a rire de celte prophétie, qui, quelques jours plus tluti, devait s'accomplir. Celle qui prononçait ces paroles était âgée de dix-huit ans , et la plus corrompue de (butes dans ce foyer de perversité.

Trois de cesrfemmes seulement étaient condamnées à la déportation pour la vie; elles étaient le^ plus résiliées.

En général , ces femmes semblaient ne pas regarder la dé(K)rtation comme une punition bien dure. Plusieurs parlaient de s'établir au Port-Jackson lorsque leur temps serait expiré, disant (|ue pour. rien au monde elles ne tou- (Iraient retourner en Angleterre.

Une (ille du pays de Galles, âgée de dix-neuf ans, ne sachant point an mot d'anglais, était le souffre-dooleur de In bande : on se moquait de son patois , on lui volait tout ce qu'elle possédait, et lorsqu'on n'avait plus rien à lui prendre, on l'accablait de coups.

La pauvre Galloise , assise dès le matin sur le gaillard d'arrière, regardait les traces profondes que faisaït dans les flots le sillage du vaisseau , et se mettait à pleurer. Pendant plusieurs jours, elle refusa toute autre nourriture qu'une poire ou une pomme et un verre d'eau , qu'on la forçait en quelque sorte de prendre de temps en temps.

Trois filles de la classe des prostituées étaient de Worcester. L'une

OCÉANIE

4BZ

d'elles, âg^ de vingt-trois ans , se distinguait par sa beauté ; les deux autres étaient enceintes. On les voyait toujours ensemble, n'ayant que peu ou point de communication avec leurs autres compagnes de captivité. Tous les soirs, elles s'asseyaient sur un banc pour lire la Bible , coudre ou chanter des cantiques , mais Jamais des chansons licencieuses. Le premier jour de leur embarquement, les deux jeunes Qiles enceintes avaient été mises dans le même hamac avec une voleuse de Newgate ; le lendemain , elles se plaignirent des dégoûts de toute espèce qu'elles avaient éprouvés auprès d'une pareille créature : on eut égard à leur requête, et, depuis ce temps, les trois 51 les de Worcester furent inséparables. La mort même ne dut pas les séparer; :»r elles se tenaient embrassées lorsque le terrible coup de vent chassa le bâtiment vers la terre de France. Dans le premier moment , la plus grande partie des condamnées fut loin de soupçonner toute la gravité du péril. On !es voyait faire trancjuillemeut leurs paquets, se préparant a descendre dans es embarcations, qui, selon elles, devaient lés conduire à terre : quelquesmes ne voyaient peut-être, dans le :hoc des éléments, qu'un moyen de déivrance.

Le capitaine et les gens de Téqui- )age cachèrent à ces femmes , jusqu'au lernier moment, le funeste sort qui rapprochait. Elles ne connurent le langer que lorsque la marée haute fit nonter les vagues par-dessus le pont iu vaisseau qui était échoué ; les flailcs lu navire éprouvaient alors les secousses les plus effroyables. Le capitaine rétait obstiné à ne point mettre ses embarcations à la mer, de peur aue es captives dont il était responsable , le parvinssent à s'échapper. Un canot 5tait prêt pour recevoir la femme du îhirurgien ; cette femme courageuse le voulut point se sauver sans son nari ; elle resta sur le pont avec les condamnées , pendant que les hommes Paient montés dans les haubans.

Doe dernière lame d'eau engloutit à a fois les cent huit femmes , les douze

enfants , le capitaine , le chirurgien et tous les matelots. John Owen , le bosseman, James-Richard Rice, et un troisième , qui eurent la présence d'es-

Srit de se cramponner â des débris ottants, furent seuls portés vivants à la côte, et sauvés par le dévouement des marins français.

Toutes ces misérables femmes se seraient bien vite mariées en Australie, et peut-être d'une manière assez avantageuse.

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