SORT DES CONDAMNAS , DÉBARQUÉS EN AUSTRALIE
Les çonmch (condamnés), arrivés dans la Nouvelle-Galles du Sud, sont placés chez des colons libres, comme valets de ferme , emploi auquel ils sont soumis tout le temps que dure leur déportation. La plupart se conduisent assez bien ; quant aux batteurs de , buissons (bush-rangers) ^ dont nous avons déjà parlé, ils sont incorrigibles. Plusieurs d'entre eux ne laissent pas que d'avoir acquis une certaine célébrité : Brady est le plus illustre de ces brigands.
Brady était un de ces drôles dont les goûts , mal en harmonie avec les lois les plus simples de la propriété , engagent assez ordinairement la justice anglaise à transporter leur domicile.
Arrivé en Australie, le drôle s'aperçut que ni les émotions du voyage, ni Kmuuence du climat n'avaient rien pu changer à ses inclinations ; il se sauva.
Dès qu'il eut gagné les bois, il organisa , à l'aide d'autres coupe-jarrets fugitifs comme lui, une bande qui par son audace et sa férocité devint bientôt la terreur du pays. A dix lieues à la ronde, on ne parlait que de Bradv et de sa bande. S'en débarrasser n'était pas chose aisée. Les brigands étaient adroits et nombreux. On leur tendit un piège. Un condamné reçut, en même temps que sa liberté, la mission d'aller trouver Brady, de s'engager dans sa troupe et de communiquer ensuite à la police tous les renseignements propres à faciliter ^a capture.
Mais ce plan échoua et ne servit qu'à mettre le bandit sur ses gardes.
LTTNIVERS.
A quelle temps de là, un autre condamné, échappé par hasard de prison , et battant les bois sans trop savoir où donner de la tête, vint tomber au milieu de la troupe. Son premier soin fut de chercher a les intéresser en sa faveur; mais Brady n'était ni sensible ni confiant. Il ne vit dans le pauvre diable qui s*agenouiliait suppliant à ses pieds y qu'un espion ou un traître, et il lui annonça, avec une politesse dont il ne se départait jamais, qu'il lui restait tout juste cinq minutes pour se préparer à mourir.
Au bout de cinq minutes, on apporta au malheureux un verre et une bouteille qu'on lui fit épuiser tout entière. C'était une bouteille de laudanum.
La potion achevée, on laissa le patient s'arranger à sa fantaisie ; ce fut là ce qui le sauva. Immédiatement après le départ des brigands, un vomissement qui lui prit, lui (it rejeter la drogue , et il ne lui resta de son supplice, au'un sommeil assez pénible, a la vérité, mais moins désagréable que celui auquel il devait s'attendre.
11 dormit .vingt-quatre heures. A son réveil , bien qu'il lui semblât fort singulier de se trouver encore en vie , il jugea convenable d'en profiter. Mais le pauvre homme n'était pas heureux* A peine avait-il fait quelques milles , qu il se trouva nez à nez avec Brady et messieurs de sa suite.
Holà! oh! cria le bandit, avez-vous donc l'âme chevillée au corps, mon brave, ou serait-ce par hasard votre ombre qui s'aviserait de se promener ainsi? N'importe, substance ou fantôme, un nœud coulant nous aura bientôt dit à quel être nous avons affaire. Hé ! vous autres , une corde à cet arbre , et que ce gentil garçon apprenne à danser en plein vent.
L'affaire ne lut pas longue. On attacha la corde, on lui passa le nœud fatal au cou, et les biuh-rangers décampèrent, en riant beaucoup des contorsions que la souffrance arrachait au pendu.
Par bonheur la branche était faible, l'homme au contraire était assez lourd; la branche cassa, l'homme tomba, plus
étourdi que mearti de sa diote. Ibis hélas ! Brady n'était pas loin. An bnnt que firent l homme et la branche, il accourut, et oubliant cette fois son urbanité ordinaire , d'unp main il saisit la victime à la gorge, deTautit lui appliquant un pistolet sur le frost, il lâclia son coup dans la tête.
C'est quelques années plus tard qie que le patient lui-même nous racooU sa triple catastrophe. Nous avons même touché de notre main le sillon quetnça autour de son crâne la balle nniidroite du bandit.
Quant à Brady lui-même, moii heureux que l'homme dont il s'agit) il ne tarda pas à trouver pour sn propre compte une potence plus sÉe et mieux au fait gue le gibet mvt dont il s'était servi.
Voici une nouvelle preuve de l'atroce caractère des batteurs de bmsom:
Le !■' décembre 1831, le Cétèr niany brick du commerce, apparteofll à des armateurs de Sidoey, étsi mouillé devant l'établissement V»
tentiaire de Moreton-Bay (ou (m- House-Bay)^ lorsqu'il fut aborde ptf onze bush-rangers j oui, s'étantï»
parés de l'équipage, le débarquèrfl^ sur la côte, à l exception du op taine, M. Browning, estimable i intelligent jeune homme. Alors i hissèrent les voiles , |}rirent le Urf^ et ordonnèrent au capitaine de les o»
duire à quelque île de la mer du Sal fréquentée par les navires angbis,8 témoignant leur intention formelleA retourner en Angleterre.. M. Bri* ning refusa d'abord de se charger d\di pareille tâche, prétextant son ioc8^ cité: mais les pirates lui ajant* qu'ils avaient pris d'avance des reMfr gnements sur son caractère et sa^ pacité, et qu'ils étaient décidés î^ tuer s'il ne se rendait pas à ^^j^.
sirs, il prit le commandement du bm et gouverna vers le sud. Peu dctoj après le départ, les six plus roécM convicts complotèrent d'égerçtf' cinq autres , et unirent bientôt ^ projet à exécution.' Quatre de ces ^ niers furent dépêches en un (otf ' main ; mais le cinquième essaya iv
OCÉÀNIË.
fihapper à la mort pn toutes sortes de inoyens : d'abord il se fit poursuivre iutour du navire, puis il monta dans es haubans; enûn, serré de jprès, il M réfugia sur le beaupré et demanda ;râce, mais en vain. Plusieurs de ces lionstres l'y suivaient en brandissant eurs coutelas. Alors ce mallieureux se aissa glisser après une corde, et penlant qu'il s'y tenait suspendu* par les jeux mains, il implorait d'une ma* lière lamentable la pitié de ses compa* ;nons. Ceux-ci coupèrent la corde en le moquant de lui , et il disparut au fond de la mer. Après un pareil exemsle, M. Browning, comprenant qu'il îtait absolument nécessaire pour son îalut de çagner la confiance du reste le ces misérables, s'empressa de coniuire le bâtiment à une des petites îles |ui se trouvaient sur sa route et dont iBS habitants reçurent avec bienveilance les nouveaux arrivants. Ce fut ilors qu'ayant découvert le complot briné par les convicts de l'assassiner, dln d'assurer par ce moyen leur pro- )res vies s'ils étaient repris , il se mit ous la protection du chef de l'île. Les loquins se trouvant ainsi hors d'état le conduire le brick, supplièrent ^I. Browning de revenir; mais celui-ci efusa positivement de s*embarquer ivec eux. Sur ces entrefaites arriva lur la côte un baleinier anglais, dont e capitaine , prévenu de ce qui se pasait, envoya une partie de ses gens K>ur saisir les meurtriers ; mais ceuxi s*enfuirent dans l'intérieur des ter- 'es. Redoutant leur vengeance, et nalgré les sollicitations des sauvages |ui désiraient le conserver parmi eux, 11. Browning s'embarqua sur le baleilier, et put revenir sain et sauf à Sid-
OBSEEVATIONS SUE LES ÉHAHCIPÉS.
Li'idée première des fondateurs de s colonie était belle. L'Australie devait être consacrée autant à la réforme aoraJe qu'au châtiment des mminels.
(*) Ces anecdotes «ont extraite! du Toyage te M. Ij|>lace.
Mais ce projet ne sera qu^un vain mot tant aue les émancipes purs refuseront d'admettre à leur table les gens qui ont été condamnés , et que les émigrants purs se repousseront également les uns les autres. Je ne vois aucune raison, dit Cunningham, pour qu'un homme qui a été condamne soit exclu des emplois auxquels sont admis les gens mil n'ont point subi de jugement^ quand il a fini son temps de punition et que sa conduite a toujours été bonne depuis. Ce système d*exclusion, si fatale à la réhabilitation de l'homme k ses propres yeux, est poussé à uif de^ré que l'on aurait peine à concevoir en Europe. L'escroc, le condamné politique et le voleur sont regardés comme également déshonorés.
La classe emandpist forme, à dire la vérité, Fa portion la plus industrieuse et la plus utile dé la société, et elle ne s'est jamais compromise dans les manœuvres de fraude qui ont plus d'une fois terni la réputation de ceux qui se glorifient du beau titre d'hommef hbres.
PROCHES MERVEILLEUX DE L'ÉTAT SOCIAl* PARMI LES BDROPéENS ET LEURS DESCBIT* DAIfTSt DANS LA COLONIE DE LA NOIT* VSLLB^ALLBS DU SUD.
Depuis 1788, époque de la fondation de la colonie , quels merveilleux changements y ont été effectués par le travail des Anglais bannis de la mère patrie, afin d ^expier leurs crimes sur ces rivages lointains I Les premiers fondateurs eussent eu peine à concevoir qu'en transplantant quelques criminels dans les solitudes du continent australien, à six mille lieues de leur patrie, ils semaient les germes d'un empire puissant , (|ui , aujourd'hui même, dépasse en rapidité de progrès vers les richesses et la puissance tous ceux qui ont été fondés sur le continent américain. En prenant les événements les plus dignes de mémoire suivant l'ordre chronologique, on trouve que le premier débarquement eut lieu le 36 juin 1788 , et ce jour est eneof e célébré par un dîner anniversaire des notables na^
bltants, fondation qui ne devrait pas s*obIitérer, à moins que la vanité, selon Tusage , n'étouffe la raison ; car elle est bien de nature à encourager les Australiens blancs, par la comparaison de ce qu'ils étaient avec ce qu ils sont. Certes, il est extrêmement curieux , en voyant une population courageuse, intelligente et- honnête, de retrouver à ses sources impures tant de criminels dont la descendance compose aujourd'hui la majorité des ctirrenq/s. Ces coupables ont ainsi expié leurs crimes envers la société , en lui léguant une aussi précieuse prospérité : le bien est provenu du mai , et le désert sauvage s*est transformé en Éden.
£n décembre 1789, un an après la fondation de la colonie, la première récolte eut lieu à Parramatta ; en 1790, le premier planteur, James Ruse , prit possession de sa terre ; en 1791, douze prisonniers furent établis sur les bords de rUawkesbury, et en 1793, ils donnèrent douze cents boisseaux de blé au gouvernement. En 1796, on joua la première comédie. En 1803, le premier journal, la Gazette deSidney, fut publié. Le premier suicide eut lieu dans la même année , un homme s'étant pendu dans la geôle. En 1805, M. James Underwood construisit le
Îiremier bâtiment colonial. En 1806 , e Hawkesbury déborda pour la première fois , et il y eut presaue disette. Le premier recensement général se fit en 1810, et les rues de Sidney reçurent leur nom; et 1813, on fonda la foire de Parramatta, et en 1817 la banque de Sidney. En 1818, on jugea le premier cas de crim-con (adultère). En 1825, on condamna, pour la première fois, pour rupture de promesse de mariage; et 1826 vit s'ouvrir le premier concert. Tel est, dans sa confusion, le tableau des premiers faits et des premiers résultats.
Ceux, dit Cunningham, qui n'ont pas assisté au développement graduel des progrès à la Nouvelle-Galles, mais qui se bornent à considérer la colonie dans son état actuel de progrès, ne peuvent se faire qu'une laible idée des changemeAts opérés.
C'est le vieux présidât m ianit encore le nom de Ccanp a Sidor?, malgré sa population de dooze mifte âmes(*); c'est lui qui peut apprécia ces amiéliorations. Cet homme qui x rappelle les rares butt^ de tem d les tentes isolées éparses dans la forftj ou le fourré autour de Sidney-Covcj connue alors sous le nom àeCamfi devenue aujourd'hui une ville pop leuse et florissante , cet homme est te seul en état d'apprécier les changements amenés par le temps et V'vaàasr trie. Il arrive encore souvent de necontrer des gens qui , en racontant Is vieilles aventures de la colonie, m»
trent Tendroit où ils venaient (irerilB perroquets, dans la ^ande roe qi était alors un bois épais , et àhigBk le lieu où ils abattaient des arbres se l'emplacement même des plus betis maisons ; on entendra réciter des ï»
toires de personnes égarées sur le à même où est aujourd'hui la capitale (k l'Australie, tandis qu'un décrié wtéran indiquera au coquin d'nier Fa^ bre encore florissant sous lequel te milliers de coups de fouet avaient * distribués. Quel changement dans Fêtât des choses depuis vingt ^aslÀ^ un anglais distingué fut obligé £^ à pied à Parramatta pour rend»
ses devoirs au gouverneur, et coroij ses bottes de kangarou lui avaiei manqué en chemin , il lui fallut [»• raître au lever de Son Exceiia»»?
n'ayant pas d'autre chaussure que * bas ; car il eût été impossible d'acbew ou d'emprunter dans toute la viile* Parramatta, qui n'était alors qa«« collection de chétives huttes, une pu»
de souliers. Maintenant il en troo*** rait un assortiment inépuisable^ les nombreuses rues qui coupent^ ramatta, et pourrait arriver journo* ment à cette ville par cinq œj*" ] moyens de transport, trois parlera deux par eau. Et il n'y a pas vingt»» que, sur les terrains que ces rw couvrent , un commandeur, en r^ de chambre et en pantoufles de m»^
(*) Elle est aujoimlTiui de pli» * ** mille âmes. G. t. »• *'
OCÉANIE
uin , marchait derrière les condamnés éfricheurs, ayant sous le bras droit !D énorme bambou, dont il frappait coups redoublés les épaules des traailleurs qui n'avaient pas complétenent arraclié les herbw et les souches. L présent il existe cinquante mille hajtants sur une étendue de pays de eux cents milles carrés : la justice îur est administrée par des cours cilies et criminelles, par six cours ^assises e't onze bancs des magistrats iris parmi eux. Là où, trente-huit ans uparavant, il ne se trouvait pas un eul des animaux d'Europe, il y a naintenaot plus de deux cent mille noutons, cent mille têtes de bétail, et ruelqut^s milliers de chevaux d'utilitéou l'agrément. Due seule des distilleries sni ploie cent mille boisseaux de grains ; [uatre moulins à vapeur, dix moulius 1 eau, seize moulins à vent, et deux lui sont mus par des chevaux, reluisent le froment en une* excellente iarine.
Sur l'emplacement seul de Sidney, [uelle métamorphose ! Il ne s'y trouvait, il y a quarante-huit ans aujourl'hui , pas une hutte, |)as une aftaire; ;'est à présent une ville d'un mille arré, qui regorge de citoyens indusrieux, et dont le mouvement comnercial est immense.
11 est vraiment étonnant de voir [uelle intelligence ont pour les affaires a plupart des gens amenés en Ausralie, et beaucoup d'entre eux en 'ertu d'un jugement des tribunaux ximinels. Ce sont en général des cens le talent , mais de talent mal appliqué l*abord. Soit que leurs principes suassent un changement quand ils tondent la terre australienne , soit qu'ils lécouvrent qu'il y a plus à y gagner >ar l'honnêteté que par la friponnerie, is quittent ce dernier métier pour iOibrasser le premier ; et lei^rs facultés , lien dirigées, y font fleurir l'art dégainer de l'argent. Un étranger court noins le risque d'être trompé par un narchand de Sidney que par ceux de [iOndres, même par ceux qui passent ^ur honnêtes, non que les premiers soient plus probes en principes, mais
82* lÀvraisan. COgeai^ie.) t. ht.
leur probité ou leur friponnerie sont constatées par la position respective de chacun. Dans l'immense métropole de l'empire britannique, où les affaires publiques captivent l'attention générale tout entière, un marchand peut tromper un étranger, sans que sa réputation commerciale en soit atteinte; mais , dans la société très-circonscrite de Sidney , où tout individu est connu, les plaintes d'un étranger dupé ne manqueraient pas de passer de bouche en bouche, et le crédit du marchand en serait sensiblement altéré : bien plus, on peut mettre une confiance aussi entière dans les marchands déportés gue dans ceux qui ont émigré volontairement, parce que l'émancipé (* ) marchand sait qu'il a été connu autrefois pour un coquin , et que sa conduite sera surveillée de plus près que celle d'un homme qui a toujours passé pour intè^e (**).
On ne trouve a Sidney , non plus que dans les grandes villes d^ Angleterre, au* cune de ces associations philanthropiques si communes en France, et dont les membres appartenant, pour la plupart, aux sommités de la société, vont, avec un dévouement et un zèle admirables, porter aux malheureux des secours et des consolations jusque dans les greniers; mais en récompense, il y a, dans la capitale de l'Australie comme à Londres , force sociétés pour la propagation des idées religieuses et des livres saints. Cependant il existe à Sidney plusieurs institutions qui font honneur aux sentiments philantbro-
f)iques des principaux habitants. Outre es caisses d'épargne qu'on y a établies comme en France et en Angleterre, on doit citer une société dont le but est de diriger les premiers pas des ^ens pauvres , et principalement des anaens militaires qui viennent d'Europe à la Nouvelle-Galles du Sud. Elle leur indique la marclié à suivre pour trouver du travail , s'ils sont artisans , ou une place auprès de quelque riche proprié-
{*) Emanciptst, cdui qui a été déporté et qui est libéré.
(**) Cunningham.
rUNIVERS.
taire, s^îls sont laboureur^; et, dans!
tous les cas , elle veille à ce qu'ils ne soient point dépouillés de leur petit «Toir par les fripons dont fourmille la colonie. De son côté , Tadministratioa montre une grande sollicitude pour Faméiioration des mœurs et Tinstruction des basses classes. Elle a formé des écoles primaires dans tous les
Santons y et elle entretient , à ses frais , es espèces de pensionnats, où sont éleyés, loin de leurs parents, un assez grand nombre ' d'entants de convicts ou d'émancipés. Les garçons, parvenus à un âge fixé par les. règlements , «ixercent en villes sous le patronage de rétablissement, le métier qu'ils ont appris; et les filles entrent comme domestiques chez les habitants, ou reçoivent une dot en terres et en bestiaux pour se marier avec des hommes de leur classe. Cette institution était bien nécessaire dans un pays où les femmes du peuple n'ont aucune moralité, et ne peuvent par conséquent donner que de fort mauvais principes aux enfants des maîtres qu'elles servent; aussi eutelle , si Ton s'en rapporté à la brillante descHption qu'eQ, trace Pérou , dé fgtaaâa succès dans les premières années de sa fondation : mais il faut croire qu'elle a perdu de son influence à mesure que & population s'est accrue ; car aujourd'hui , quoique les pensionnats subsistent toujours, la vertu ne parait pas avoir fait beaucoup de prosélytes parmi les descendants inâies ou femelles des condailmés. Ce qui semblerait confirmer cette opinion , c'est la mesure prise depuis peu par le gouvernement britannique d'envoyer à Sidney de jeunes .JSlles reerutées dans les mauvais lieux des trois royaumes, dans l'espoi^ peutêtre aue , devenues des Lucrèces sous lé ciel de l'Australie , elles serviraient è convertir les femmes convicts^ mais', malheureusement, le goût ou Thabitude l'ont emporté chez elles sur les plus belles résolutions , et les nouvelles débarquées , mêlées avec leurs devancières, composent un amalgame qui n'a rien d'édifiant pour les mœurs (*}. (*}Laplace.
La Compagnie d'agrieultiirft m/a^ lienne, qui a fixé son étibli«Mat à Port-Stepben, à quatre-viogt-it milles au nord^e Sidney, prooiet àii colonie d'importants bienfaits. EUei un million d'acres de bonnes tcrm ^ue borde au nord la rivière MaiiniHi et elles descendent sur la rive «i sui Jusqu'à ce qu'elles rejoignent les hranèhes inférieures de la nvlère Hanter.
Elles sont arrosées ràr leur lisière pn le Karuer et le tlaiti^ng, et au ontit, par les rivières MyaYI et Wolomba, H
Ï>ar cinq autres petits cours (fesuqai ombent dans les lacs de Smith et il Wallis, ou dans la mer.
Les districts delà Nouvell^Galles,iè des terres ont été concédées aiu eolotf, s'étendent du 86' parallèle de latitnd(« 82*, c'est-à-dire, depuis la rivière Mo* royo , au sud de Sidney d'un côté , et à l'autre à la rivièreManning,renfenBai dans, ses limites, à l'ouest, la tiIK!
de \yellington. La colonie j»raft *« en ce moment à son état le pi* prospère. La conduite de ses lBa^ bhands se fait remarquer par les «^ culatidns les plus faâraies et les p0 gigantesques projets. Les magisit sont construits sur une éebelle gmdiose^ avec les meilleurs et les ^ solides matériaux. Pour se faire bb| idée exacte de cette supériorité, il s» fit de savoir que ce n est point siét hiedt kvît le port de Sidney ^ " commerce australien a construit iB magasins et ses quais , mais qoe,^ puis Sidney-Cove jusqu'au port D*
inéme i LiverpOoi. 'En 1881 , ^
.'cinquante navires veiiui de TétraagJ
JBont entrés dans le Port-Jackson, *
le tonnage se montait à trente et'
pille deux cent cinquante-neuf ^
neaux.
Quatre bâtiments sont employêscç*
tamment à la pèche de la baleine, sa>
celle des veaux marins , deux coijj
paquebots entre Sidney et Ncw-CarfJ»
un entre Sidney et Hobart-Towo. f^
OCÉAÎ^IE.
stmir^ vaisseaux font le commerce entre Sidney et Port-Dalrymple , sans compter la navigation secondaire et de cabotage. Dans les treize mois qui ont précède le mois de juin 1826, vingtquatre bâtiments anglais ont importé pour une valeur de deux cent mille livres, en y amenant beaucoup de planteurs honorables. Des cargaisons d'une égale valeur y sont arrivées sur dix vaisseaux de rlle de France , cinq de rinde, quatre du Brésil, deux du cap de Bonne-Espérance et ciuq de la Chine. II y a aussi dans la colonie un négoce assez lucratif avec les Iles de la mer du Sud et la INouvelle-Zeeland.
Six vaisseaux , presque entièrement frétés par la Compagnie , y ont apporté des ustensiles de toutes sortes, des graines variées , des arbres à fruit, des oliviers et des ceps, outre nombre de beaux étalons et de juments de pur san^, ainsi que deux mille mérinos.
Mais la presse coloniale libre ayant attaqué d'une manière véhémente les mesures par lesquelles le nouveau gouverneur cherche à rendre très-rigoureusê la discipline pénale des condamnés, il est probable que les efforts de la plupart des journaux forceront la mère patrie à déporter les condamnés autre part.
mDUSTRlB, COMMERCE ET NAVIGATION.
On fabrique peu d'étoffes dans la Nouvelle-Galles, et ce sont principalement des étoffes de laine assez grossières , mais très-durables. Cependant il existe une grande manufacture de draps à Parramatta. On fait aussi à Sidney des cordes et de la ficelle avec le lin de la Nouvelle-Zeeland. La peau du kangarou est pour les tanneurs ce que le veau est en Europe; TAustralîe produit plusieurs arbres dont Técorce peut servir de tan ; on fabrique des chaneaux avec la fourrure de Técureuil volant. Outre la plupart des autres professions, la construction des bateaux et des navires a acquis une certaine importance , et cette colonie a lancé plusieurs bâtiments faits avec Un bois gommeux , qui est aussi con-
venable â ces constructions que le bois de tek.
La péché des nhoques ( de respècj^ otarie cendré) est une des principales sources de fortune à Port-Jackson, véritable entrepôt de cette partie du monde. Quand la pèche ou la chasse des phoques {voy.pL 269) vint à languir dans le détroit oieBass , les spéculateurs tournèrent leurs vues vers Vile voisine de la Nouvelle-Zeeland , où Ton savait qu'abordaient les phoques. Il n'y eut pas de baie , de crique et de rivière,,
aui ne fût examinée par des pécheuris éterminés, et leurs efforts furent récompensés par une ample réussite. Des liaisons constantes et amicales s'établirent entre eux et les naturels, et furent avantageuses aux uns et aux autres.
Cependant , plusieurs éouipages de canots et des compagnies ae pécheurg ont été dernièrement attaqués et massacrés par les naturels , qui dévoraient ensuite les corps de ceux qui avaient péri , et nous ignorons si la présence d'un consul anglais empêchera la violence des deux cotés ; aussi cette pèche, quoique moins abondante, continue dans la colonie.
La pèche de la baleine sur cette côte présente une perspective de bénéfice qui fixe déjà à un haut point Tatteotion publique. Les baleines sont en général de l'espèce noire, et abondent sur ces côtes aux époques ordinaires, et les bateaux en prennent beaucoup dans les ports. Les navires de l'Angleterre et de l'Amérique viennent en empor^ ter les produits. On se procure aussi l'huile d'éléphant qu*on va chercher en grande quantité sur l'île Macquarie i 54° 39' de latitude sud ) (*). Cette île, qui n'a point d'ancrage sur sel côtes , n'est qu'une montagne se dressant au milieu des flots tumultueux de la mer du Sud , sans un arbr^ ou un arbuste d'aucune espèce « et couverte seulement de grandes touffei
(*) Noos ne répéterons pas la deacriptioft de CCS lourds animaux. Le lecteur ponm avoir recours au V^ vol. de VOeéanie , page a 1 4 et suivantes, et tome III , xa6 et saiv«
rUNiVERS.
d*herbes grossières. Le perroquet vert foncé qui porte le nom de Macqttarie se trouve en grande abondance sous ce clinf)at moins froid et moins désolé que les ties Shetland. Il reste toute rannée sur Ftle des hommes pour tuer les éléphants de mer qui la fréquentent , et pour en extraire Thuile.
I)es détachements appartenant à deux ou trois individus sV trouvent souvent ensemble, et il n'est pas rare qu'il s*élève entre eux, pour la suprématie sur cette morne côte d'un demi mille , des guerres aussi acharnées que parmi les héros de Rome pour la ao* mination du monde. Les combattants avec leurs longues barbes , leurs habillements graisseux, et leur teint basané ou noirci, ressemblent plutôt à des troupes de démons sortis des régions infernales , <]u'à des chrétiens. Us tirent leurs provisions de Sidney : Thuile leur fournit tout à la fois la lumière et le combustible. Leurs misérables huttes à murs de pierre, mêlée de tourbe, et à toit d'herbe , deviennent aussi sales et aussi dégoûtantes que l'intérieur d'un palais eskimau. On paye les pécheurs en proportion de l'huile qu'ils procurent^ L huile et les peaux de veau marin viennent principalement des côtes de la Nouvelle -Zeeland, et des lies du détroit de Bass.
Voici ce que nous apprend M. Laplace sur les moyens de lier des relations commerciales entre la France,.
l'Australie et la Tasmanie :
« Pendant mon séjour à Sidney, ditil , tous les habitants que je consultai m'assurèrent que nos vins et nos eauxde-vie pouvaient y entrer librement, en payant un droit de quinze pour cent; mais , depuis mon retour en France , j'ai entendu plusieurs personnes , se disant parfaitement informées, affirmer qu ils n'y étaient pas reçus ; c'est une erreur, il se pourrait que dans le but de favoriser les distilleries de
Î[rains et d'entraver l'introduction des iqueurs fortes dans la colonie, on eût A'appé les vins et les eaux - de- vie de France d'un droit excédant quinze pour cent; mais nos armateurs ne sauraient trop tôt entamer des relations
^commerciales avec la KooveQe<iaDa du Sud et Van-Diemen. Us soot ortains d'y faire des bénéfices considérables , s'ils y portent des marchandises de bonne qualité; ils derroot plutôt regarder au choix qu'au bas prix des objets dont ils composeroat mn cargaisons, qui, d*ailleurs, se vendront d'autant plus promptement qu'elles seront plus variées. Il est nécessaire pourtant que notre gpUTe^ nement vienne à leur secours, nooseulement en facilitant i'iniportatioo en France des principales produ^ tions de l'Australie , mais encore a obtenant de la cour de Londres fadmission de nos produits dans les ports de la Nouvelie-Galles da Sud, a des conditions moins défavoraUes.
Comme je me flatte que nos bâtiments de commerce finiront par fréquenter Sidney, je ne crois pas iontile d'engager ici les capitaines à prendre garde, quand ils y seroot, qu'aucun individu , appartenant à il classe des convicts, se caclie à leor bord au moment de rapp^reillag^i car, si le fugitif était découTcrt, non - seulement ils payeraient one amende considérable, et leur départ serait beaucoup retardé , mais encore ils courraient le risque d'essuyer d'aotrès désagréments quand ils reriesdraient en Australie. Les agents de police exercent au Port- Jackson u» surveillance très-active sur les narres , dans le but d'empêcher TévasioB des condamnés; et, sous ce rapporti ils sont tellement soutenus par lopi* nion publique, qu'un capitaine, soupçonné seufement d'avoir favorisé a fuite d'un convrct, est tout à DR perdu de réputation dans la ooloB»ei et devient pour les autorités un oq»
de défiance et d'aversion. »
L'Angleterre importe chaque aniw à Sidney une immense quantité de s0
Sroduits, tels que des étoffes decotoo, e laine et de fil , de rargentcrie ei des porcelaines , des objets d'enhar* nachement , des liqueurs spiritueus«i des épices, du savon, du beurre,»
fromage , etc. L'Inde , et surtout Ot cutta , concourent à ces îoiportatioo»;
OCÉANIE
TTnion américaine et Talparaiso Chili) entretiennent fréqaemment des elations avec cette capitale ; le cap de )onne-£spérance lui envoie ses vins , e Brésil ses produits indigènes; la ^hine ses nankins, ses soieries, son hé et sa vaisselle de terre ; la Polylésie et la Nouvelle - Zeeland le bois le sandal, la nacre, des salaisons^ *arrow»root et le phormium (espèce le lin). Sidney a envoyé du blé jusqu'à *IIe<le-France ; et les maisons de sonimerce de cette capitale de FAusralie ont établi des comptoirs sur es côtes de la Nouvelle - Zeeland , ï Houkianga.