PORTRAIT DBS AUSTRALIENS ABORIGÈNES OU NOIRS
Nous pensons que les Australiens iborigènes sont issus des Andamènes , labitants primitifs de la Papouasie , Toù ils seront arrivés sur le grand ïontinent par le détroit de Torres ; et nalgré notre haute estime pour le sarant docteur Cunningham , nous comlattons de toute notre âme le système l'après lequel il les fait descendre des kfalais et des Papouas. Ces indigènes ;ont moins foncés que les noirs d*Afripie ; ils sont d*une teinte plus jaunâtre pie les Papouas , et tirant vers la coueur de la suie. Plusieurs tribus ont une «inte bistre, faiblement jaune, plutôt |ue noire; la boîte osseuse du crâne lassabfement ronde, le front fuyant en urriè^e , les cheveux floconnés et non Mis lisses, et ordinairement crépus, m quoi ils diffèrent des Papouas. Leurs iras sont très-longs , et leurs jambes ^les encore plus longues; ils sont généralement velus , mais plusieurs lont glabres , en quoi ils diffèrent des Malais. Enfin ils ont la bouche d*une grandeur démesurée , le nez fort large $t épaté , les narines également larges , es dents un peu proclives , mais a un >el émail ( voy. p/. 261 ).
Les habitants des rédons froides de a terre de Flinders et de Baudin , ceux le la terrç de Van-Diemen et ceux de 'tle Chatham , à Test de la Nouvelle- (eeland, sont noirs et crépus, tandis
que les insulaires des fies Gilbert, oui sont sous réquateur, et ceux des îles Nouka-Hiva et de notre grand ardiipel de Roggeween , qui en sont peu éloignés , ont le teint jaunâtre et les cheveux lisses, ce qui prouve que l'influence du climat n'a pas amené ce résultat.
Malgré leur caractère violent et vindicatif des Australiens aborigènes ou noirs, malgré la manière cruelle dont ils traitent leurs compagnes , ils se sont montrés généralement assez paisibles dans leurs relations avec les Européens, et rarement inhospitaliers envers les naufragés. Ils paraissent ouverts , éloignés du mensonge, et non moins sensibles à un bon procédé qu'à une offense. Nous ne parlerons ici que des peuplades indigènes campées autour des établissements britanniques en Australie. Car un continent, aussi étendu et qui embrasse tant de climats divers, ren* ferme probablement bien des peuples différents de mœurs et d'habitudes.
CAUSE DU CANNIBAUSMB.
Quelques tribus d'Australiens sont incontestablement cannibales.
Il est probable que l'anthropophagie a été une coutume répandue parmi les peuples dans l'enfanre de la civilisation ; et même chez les convicts évadés le cannibalisme n'est pas rare quand ils manquent d'aliments. Cette coutume n'aurait-elle pas sa source dans r instinct de sa conservation , dans un temps de famine, et dans un sentiment ae haine et de vengeance , durant la guerre. A Taïti, une période de disette s'appelle encore la saison à manger des hommes. Cet usage se trouve répandu dans 111e de Soumâdra. Il existe dans les îles Nouka-Hiva. Le christianisme seul l'a détruit dans les îles Pomotou, voisines de cet archipel. Il est dans toute sa force dans la Nouvelle-Zeeland et chez certaines tribus de l'Australie. Dès les premières communications des Européens avec les indigènes du comté d'Ar^le, dans la Nouvelle-Galles, ils apprirent que ces derniers sont canni^
fil»
biles, «t na cbercbeot point à nier le fait. Un homme de ce pays dit avoir vu duos un des sacs de leurs gins (femmes) la partie charnue de la cuisse d'un homme, qui y était enveloppée. Cun ninghâm se trouvait , à une certaine époque % dans la ferme d'un de ses amis, a
3uarante milles de Sidney, quand une es tribus de l'Argyle s'y arrêta, en revenant de çomoattre des tribus de Bathorst qui avaient fait une irruption sur leur territoire ; il demanda à uq des guerriers, à combien de personnes il avait doniié la mo^t; celui-ci leva les cinq doigts pour lui désigner le nombre d'ennemis qu'il avait tués : le guerrier lui fit voir qu'une femme était du nombre (en effet sa gorge était dans un des sacs que portaient les gins) , et il. n'hésita pas à lui dire que ces restes étaiei)t destinés à être mangés, de même que Ton avait déjà dévoré les autres parties du corps. Ce spectacle eut vingt témoins dans la ferme. Il est curieux de remarquer que le cannibalisme n'existe
3ue chez les peuples qui n'ont point echef éluou néréditaire, ou aucune supériorité établie, excepté celle que peuvent procurer la force et la bravoure inaividuelles. Les indigènes de Nouka-Hiva , des îles Pomotou , de la Nouvelle - Zeeland , et de l'Australie , sont tous dans cette catégorie.
IIOBDRS BT COimnf ES DKS AUSTBAUSNS PBIMITIFS OU SAUVAGES.
Malgré les calomnies des colons à leur égard , les Australiens sauvages ne manquent ni d'intelligence, ni de justice.
La [)lupart des naturels sont excellents tireurs quand ils sont habitués à Tusage du fusil ; et les blancs ont en eux des ennemis dangereux par leur subtilité , car , grâce à la finesse de leur vue, ils découvrent le moindre objet en mouvement dans les bois , et ils ont bien vite atteint tout animal qui les parcourt. Il est . donc impossible de les surprendre, ' excepté le matin de bonne heure, et avec l'aide d'un guide indigène; ils yeaveot cependant toiyours échapper
anx blancs, en se gUssapt d'aibrea arbre: car, même quand oo les n^i est très-difficile de les djstingperfc bois brûlé par le soleil. Ils CT^gnerfl d'attaquer les blancs , qudque pn nombreux au'ils soient, miana ils la voient armes de fusils , dont ils oodnaissent l'inévitable justesse, et le meilleur moyen de battre en retraite avec sécurité est de les tenir en écbec^ en leur montrant le ftisil, car, dès qu'il a fiait feu , ils se jettent sur leot victime et la percent de dards. Peidaut la guerre pénible qu'il fÛlot soutenir contre eux en 1816, un cultivateur, qui était au milieu de son troupeau , fut averti , par ragîtation que manifestaient ses bestiaux , qu'il j avait dans le voisinage quelque dnse
aui les contrariait, et bientôt un sifement de dard l'avertit de ce que c'était. Une flèche fldia son chien ei terre. X^es sauvages, qui s'étaient senii autour de lui en demi-cercle, comni c'est leur ooutume, poussèrent un cri formidable , et firent voler une f(k de dards, qu'il n'évita qu'en se et chant derrière un arbre, il nriteosoite son fusil, et les tint ainsi a distaocCt Jusqu'à ce qu'il eût atteint une rifièfCt là il fît feu et traversa l'eau à la oay» Les bestiaux ont une antipathie toi; particulière pour les sauvages; ceqi semble tenir à des émanations qui Mf déplaisent. Quand ils en rencontre^ dans les bois, ils fuient devant eux, (i respirant fortement et en faisant dei ruades, ou bien ils les poursuifcit comme s'ils étaient enragés, et kl forcent à grimper aux arbres avec k légèreté des singes (*).
La vengeance chez eux, oommecht la plupart des sauvages, n'est jamais ai* souvie tant qu'elle ne s'est pas éieiiiil dans le sang d'un adversaire. Ils s'il* quiètent peu de la personne; mais si il blanc les a offensés, ils passent géai? ralement leur colère sur le pretticr individu de cette couleur qu'ils troivent à leur portée, parce que, setoi eux , et selon la loi juive , le sang dd expier le sang. Ils ne savent pas, dnH
(*") Cunnioeham.
leur état «auvage, ce qaec'est qu'oublier ou pardonner. De leur coté, quand ils pnt tué un blanc , ils s'attendent tou? jours à des représailles. Quels que soient lea signes d'amitié que les autres blancs puissent leur donner, ils ne se croient nas en sûreté, tant que quelques-uns aes leurs n'ont pas reçu la mort de la main de leurs ennemis ; c'esf pourquoi ils continuent leurs meurtres.
Il faut convenir que certains déportés leur ont donné souvent de justes '^pjeta de vei^eance; mais, lors des massacres qui eurent lieu en 1816, sur les bords de la rivière Hunter, la conduite des indigènes fut marquée par des ^ctes de la férocité la plus capricieuse et la plus lâche. iJn planteur écossais s'était établi sur cette rivière, et des affaires l'ayant appelé à Sidney,. il laissa, pour diriger ses intérêts, son cousin avec un domestique irlandais , déporté en dernier lieu. Leur situation isolée poussa les noirs à la résolution d'assassiner ces deux malheureux et de piller le domaine. Dans ce but, ils s'ap-
Srocbèrent, comme à l'ordinaire, sous es apparences bienveillantes , et pendant que le maître était assis, lisant près de la cabane, un misérable, détaille ele.vée , boiteux , et au regard atroce , nommé NMUai^NuUan ( le batteur), se glissa derrière lui avec une formidable m^assue et lui écrasa la tête. Les cannibales mangèrent ensuite la cervelle. On trouva à soixante pas de là le domestique couvert de branches, et la maison fut entièrement pillée. Les troupeaux étaient à quelque distance, paissant sous la garde d'un fidèle chien écossais. Un détachement deconstables et de soldats se mit à leur poursuite , et alors on vit pne preuve d'affection maternelle bien frappante. Une femme poordiassée fuyait tenant son enfant sur son dos. Bien qu'elle dût s'attendre à recevoir un coup de fusil , elle prit la noble résolution de sauver son enfant au risque de sa vie, et se mit à eourir avec son fardeau, en appelant son mari à son aide. Enfin, épuisée par ees efforts, elle tomba avec son enfant dans une terre molle et marécageuse; et tout espoir semblait éva-
noui; quand tout à coup le père appa« rut sur la crête d'une hauteur voisine, défiant ses ennemis, en leur annonçant sa jprésence par des cris épouvantables. Quand la mère vit qu'elle étai1| secourue , elle poussa l'enfant en avant vers son père , qui l'encourageait eii rappelant à haute voix. La petite créature grimpa rapidement vers le sommet de la colline, comme si elle avait connu le danger; elle monta suif les épaules de son père , et tous deux disparurent dans les bois.
Si un blanc trompe une fois les sauvages , ils n'ont plus de confiance en lui.
Gardez-vous de jamais frapper ceg indigènes, ceux surtout qui ne connaissent pas les Européens, même si vous les surprenez à vous voler : ils se vengeront, en vous ôtaut la vie un jour ou /Pautre, à moins que vous ne parveniez à les calmer, car ils ne font pas plus de cas de la vie d'un homme que de celle d'un papillon. Si vous tombez dans leurs mains, il ne faut paraître ni ' épouvanté , ni menaçant , mais montrer une tranqMillité froide, et l'air de la plus parfaite confiance en eux. ISous citerons un bel exemple de véritable courage , et une preuve de l'influence des femmes , même sur les sauvages les plus grossiers. En 1816, sur les bords de la rivière Hunter, à l'époque des atrocités commises par les noirs sur les blancs , les naturels des environs de Morton , résidence du lieutenant Ogilvie , avaient maintenu desrelations amicales avec son établissement ; mais, pendant son absence, ua détachement ae soldats et de constables les avaient maltraités , et provoqué ainsi des mesures hostiles de leur part. Madame Ogilvie était chez elle, entourée de sa jeune famille et de quelques domestiques, quand les hurle^ ments menaçants d'une troupe de sauvages, qui avaient investi sa demeure^ éveillèrent tout à coup son attention; elle employa toute son énergie pour s'efforcer d'éviter une catastrophe imminente. Les indigènes s'étaient emparés de deux constables , qu'ils serraient par le cou, en leur disant le plu9 d'injures que pouvait leur permettra
le peu qu'ils savaient d'anglais , et ils se préparaient à leur faire sauter la cervelle avec leurs wcukUes, quand madame Ogilvie se jetant intrépidement au milieu des massues et des dards, imposa tellement aux sauvages pr sa fermeté, qu'ils se retirèfent^ au bout d'une demi-neure, en bonne intelligence avec tous les membres de l'établissement (*}.
Ils ont quelques sentiments de superstition , car on ne peut ici prononcer le mot de religion , puisque ces idées ne les .poussent pas plus a faire de bonnes actions qu'elles ne les éioienent des mauvaises. Ils croient à l'inliuence des songes, aux charmes, aux sortilèges. Ils attribuent presque toutes leurs maladies à une influence malfaisante. Aussi les remèdes les plus ordinaires employés par les kineaoux et les mcUgaraaoks ne sont que des charmes
e)ur détruire l'effet des premiers (**). s ont des kerredeis (es|)èce de médecins sorciers comme les kinedoux et les malgaradoks), qui arrachent une dent de (levant à l'enfant qui est admis à la condition d'homme. Cette cérémonie est nommée gnorloung {yoy.pL 271). Ils ci'oient à un bon esprit qu'ils nomment Cayan, et à un mauvais esprit nommé Potoyan, Ils tiennent pour certain que le premier surveille les machinations du dernier, contre lesquelles il les protège, et aide à retrouver les enfants que l'autre attire pour les dévorer. Ils se rendent d'abord favorable Coyan , au moyen d'une offrande de dards, puis ils se mettent à la recherche de l'enfant perdu. S'ils le découvrent, il est bien entendu que Coyan en a le mérite ; mais s'ils ne le trouvent pas , ils en infèrent que l'on a fait quelque chose pour s'attirer son déplaisir. Potoyan rôde, quand la nuit est venue, à la recherche de sa proie; mais il craint d'approcher du feu qui sert de
(^ Cunningham.
(**)Ils ont surtout celte ancienne croyance aux deux principes , qui a fait le tour du monde et que nous avons trouvés dans la hutte du sauvage et dans le palais des ndjahs. G. L.D.IL
Ï>rotection contre lui; c'est pourquoi es naturels n'aiment pas voyage de nuit , ou dormir sans un grand fea^ lumé à côté d'eux. Les noirs de Siney dorment autour d'un ^nd farasier; mais dans l'intérieur, ils vont « tapir cluican à part près d'un petit In. On irrite Potoyan si l'on (ait ttwnover en l'air un bâton enflamné:
« ïïe faites pas cela ! ne faites pasoeU] s'écrient les timides ; le diable vi le* nir. » Pour s'annoncer, il fait estadre un sifflement bas et continu, sesk* blable à une petite brise soufflant d»
des branchages. Un habitant de Knr- Castle tira parti de cette ciroonstaiitt pour débarrasser sa varanda (galerie de (|i]elques-uns de ces croyants au ^ voir de Potoyan, qui s'y étaient entaas pour y passer la nuit , mafs qui f^ guaient le propriétaire par les dam* ments discordset incessantsdeleuri»
gue. Pour se délivrer de ce fléau, il se glissa doucement à la fenêtre, l'oofril sans bruit, et Gt vibrer le sifOementMi de Potoyan. On entendit d'abord n»
murer à voix basse parmi les natnidSi puis suivit un silence de mort, comoe si 'toutes les oreilles étaient tendtfs pour chercher à distinguer le son ; alen le propriétaire de reprendre son sifDd, et les indigènes de sauter tous bon de la varanda (galerie), qu'ils ne ^ rent plus visiter. Quoiqu'ils soient bnh taux entre eux , et qu'ils tuent sans «cun scrupule leurs nouveau-nés, quaii ils manquent des moyens de les notfrir , cependant ceux qu'ils gardent soit élevés avec la plus grande atfiactioir et le chagrin que leur cause la mat d'un parent , quoique de peu de duié^ est très-violent (*).
Ils ne sont pas difficiles pour la vxff' riture, dit Cunniiu^ham, et quand b faim les presse, ils avalent ce qulb trouvent avec avidité : vers de teirtr serpents, baleine puante, tout y passe, jusqu'à la vermine, dernière ressooï»
qu'ils trouvent sur leurs persooflfft ainsi que les singes. Il est curieux del| voir poursuivre un opossum, lorsofl" s'est réfugié dans le creux d'un aroit
(*) Cunoingham,
OCÉANIE
l^aand ilfl ont bien reconnu sar le tronc les traces de ses grifTes, ils y grimpent lu moyen de coches qu*ils y font à melure; et quand ils sont arrivés au trou où Ils supposent que l'opossum est caché, ils le sondent avec un long bâton, 5t s'assurent ainsi de la présence de ranimai, suis ne peuvent pas alors le preh- Ire avec la main.*ils ouvrent un trou un MU au-dessous ae Touverture, sondent snoore pour forcer l'opossum à cacher la tête, puis, plongeant encore la main lans le creux, ils saisissent l'animal rar la queue, le tirent et le tuent en le jetant sur le tronc de l'arbre. Ils aiment beaucoup avoir les cheveux !X>upés par un blanc, à cause de la promptitude et de la facilité avec lafuelle cette opération est exécutée par les ciseaux au lieu du coquillage qu'ils . emploient. Quand Gunnmgham cam^ !>ait dans le voisinage de certaines tribus qui ne connaissaient pas-les Européens , il leur faisait souvent cette ipération pour se délivrer de leurs imlortunités. Il ne les rencontra ensuite amais dans les bois sans qu'ils se missent à pousser des cris perçants, en lui nontrant , à leurs têtes tondues , qu'ils étaient ses vieux amis. Ce voyageur f amusa beaucoup d'un aborigène que a vue d'un miroir terriGa au dernier >oînt : c'était un vieillard ; il s'y regarla d'un air si çraveet si épouvanté à la 'ois, que Cunmngham ne ptyt retenir un ksiat de rire. Il ouvrit alors la bouche ;t s'avança vers sa figure répétée par e miroir comme pour l'avaler : le saurage poussa un soupir et frissonna , en ;e retournant pour éviter ce spectacle, nais sans essayer de fuir. Alors de quel- ]ue côté qu'il se tournât, Cùnningnam ippliquait la glace devant sa figure, et le sauvage , comme pour se dérober à la lerrible a|)parition qu'il croyait avoir levant lui, fermait entièrement les ^eux , et tremblait comme un homme [nris de fièvre ; ses dents claquaient de terreur ; il ouvrait cependant de temps i autre un petit com de l'œil avec précaution , pour regarder si le lutin ftait parti. Un de ses camarades vint ilors dissiper ses craintes ; mais son regard emré et le gros rire contraint
qu'il fit entendre, quand il regarda encore dans la glace, témoignèrent de «son peu de goût pour cette vision.
Leur saleté native est la source de maladies honteuses, et on a remarqué sur quelques hommes des traces de 8y[)hiiis; mais ils guérissent de ces plaies et de toutes les autres avec le temps. M. Cunningham vit un sauvage qui avait une petite souche d*ar« bre fichée dans le nied, creuser un trou et tenir le membre blessé dans la terre moite, avant d'extraire le corps étranger : singulière espèce de cataplasme!
Les Australiens noirs ( nous voulons distinguer ainsi les aborigènes des colons australiens , que nous nommerons quelquefois les Australiens blancs) sont vifs, enjoués, curieux et intelligents ; et on a acquis la preuve qu'ils apprennent à lire, à écrire, etc., aussi vite que les Européens. Il est difficile d'allier cette aptitude avec le de- S ré infime qu'ils occupent sur l'échelle ela civilisation. Ils semblent, en vérité, être la chaîne intermédiaire qui sépare l'homme de l'orang-houtan.
Les mouvements prompts et saccadés de la plupart des Australiens noirs tiennent beaucoup de ceux de ce bimane intelligent de nos forêts. Un singulier mouvement de contorsion subite qu'ils donnent à leur* tête , et la burlesque manière avec laquelle ils lèvent leurs mains pour regarder le soleil ou tout objet lointain, se rapprochent plus des mouvements animaux que des bipèdes civilisés. Cependant les aborigènes ne sont pas tous laids , et il en est de jolis dans l'un et Tautre sexe pendant leur jeunesse. Quant aux vieilles femmes , ce sont de véritables épou vantai Is.
Quoique le gibier et les autres articles de subsistance soient assez abondants dans les bois de l'intérieur de la Pïouvelle-G ailes, ces ressources sont cependant tellement éparses , que les indigènes sont contraints d'être per-
{)étuellement en mouvement pour se es procurer. Il est donc impossible pour eux de s'établir à demeure. Cette vie nomade est probablement une des
i^'uiiivi^as.
#liua« d6 la ilqpfdtté fia leur nataioi car» pourquoi (ji0Ml|eniiMi4-iU k m fabriquer des ustansilei qu'ils ne.
pourvaieut £fn|K)rter 4aiia le léger bagage qu'exigeai leurs epuisea ooDtH auelles ?
Ia Nouveau -ZeelanitaU y jlitGuQ* Dingliam^ est obligé ((e se faire une rasideiM^. Axe au milieu de seç igna*' loes, de ses patates douées et des codions qu*il élève pour se nourrir, parce que les bois ae lui fournissent pa« assez de gibiev pour se soute*»
DÎr^ Il orne sa cabane de ooupea sculptées et d'autres ustensiles qu'il prépare dans $6^ heures de loisir, et qu'il se tait gloire de montrer. Maïs les tribus australiennes trouvent, dans le continuel changeuMiit de lieux, uqe distraction suflisante, tout en se procurant leur nourriture 9 et au moyen des guerres oerpétuel les, de la destmcâon des enrants et du concubinage, ils diminuent la population* Ils ne sont jamais poussés a la nécessité de se réunir et de subvenir à leurs besoins par des moyens artiûciels , comme la plupart des naturels des îles méridionales de la Polynésie. Les Australiens qui vivent sous des toits sont en général ceux qui habitent oertaines portions de la côte, ou les huîtres et le poisson leur assurent une nourriture suffisante pour la plus grande partie de rannée.
L'étatstatîpnnairedans lequel végètent ees sauvages^ s'explique par l'absence totale de hiérarchie dans leurs tribus. liSS peuplades de l'Amérique septentrionale, où les chefs sont tout simplementdes eonseillers, sans aucun pouvoir pour contraindre à Texécution 4e leurs avis, et par conséquent pour rompre les vieilles habitudes sauvages de leurs peuplades, restent dans un perpétuel abrutissement. Les habitants de la Nouvelle -Zeeland viennent encore d'une manière pi us, frappante à l'appui de ces observations. Il n existe parmi eux aucune discipline dirigée par un chef, si ce n'est cette espèce de contrôle que le oomma^dant d une troufHi de bandits exerce sur sa bande. 404H» \^m (me les missionnaife» im*
fUeeinr soîenA élaUis éi^ ikk # quwie ans dans oe pajrs, les ladJutan n'en restent guère moins mm.
Qiiel contraste cependant offrent dès à présent les tribus de la même m, pabitant les autres tles de ta mer à Sud, et soumises à un autre régime! î Taiti, dans les flcs Haoïiî, àTooga,clc., les missionnaires, en s'assuraat ïmÊà des rois et des chefs absolus , et a In ramenant à leurs opinions, ent bM" seulement mis en sûreté taeis p* sonnes et leurs propriétés, msisilsiri encore acquis des aides utiles pourc»
vertiv et civiliser la masse du pea|rie.
SAnViOBS QOI. ABSftS ATQB VACU ISK' TBMrS osa LIS KUlOPtillS, AUKOm-
hbmt L'oanas sooi al kkh tiub umi
DAMS LBS POiJiS.
Des divers essais wnenentlMÉ pour amener ees sauvj^gas à la dnli»
tion, Yoici les deux plus rwaafi^ b|es. Le fondateur de la oolooie, ii gouverneur Philips, avait admis ifl table, en 1788, r Austsalien BeniMs qui s'était fait bien yenir psr divei services rendus aux premiers ookM.
Quand Philips retourna en Angletene, en 1792, il emn^na avee lui Beatal et le garda dans sa maison JosqsVs 1796, époQue où le capitaine Huslff fut nommé au gouvernement de h Nouvelle-Galles du Sud. fieniloa| it* parut dans sa patrie à la saite^ nouveau dignitaire, et fut adoiis )0 table, comme il l'avait été à celle di son pràlécesseur. Pendant qudf* temps il se comporta d'une feçon sflS convenable; on le croyait inresquedf!' Usé ; on ne lui supposait pas la làsta* sie de quitter cette existence trasquîM pour la vie.sauva^ des forêts ;e]^ pourtant oe qui arriva. Il fréquentstf»bord quelques Australiens noirs, fl»
se ressentir en aucune manière de** contact, puis il en revint peu à |M>i sentir comme eux , à rérer eommeesi les solitudes de rintérieur. Ua bov jour il se dépouilla de ses vâteswi^ et disÎNirut pour toujours. Il ^raw plus le pied dans la ville. Le révëicm Marsdeui ohapelaindelacoioiM»)'
60ÉANIB.
Rt Benllong lians la ibrét, raconte loe e«t homme, rederenu sauvage, ne regrettait aucune des jooîssaitoee de la nrilisalion.
Voici un autre Mt dté par. Cubningham:
« Un Australien aborigènegue f avais Donna dès sa plus tendre ennnce, dit le narrateur, appartenait à la trifaa de Parramatta; son nom anglais ^it Daniel : e*était un fort beau jeune homme. M. Caley le botaniste Pavait recueilli Bhex lui , où il le garda pendant quelques années. Quand M. Caley retourna en Angleterre , Daniel l'accompagna , et y resta lon|B[temp8; il Ajt introduit dans les principales sociétés de Londres. Ennn, il revint à la Nouvelle- Galles du Sud , et la première fois que je le vis, après son retour, il était assis , tout nu , sur le trône d*un arbre dans les bols, à huit milles environ au nord de Parramatta. Je lui exprimai mon étonnement de le voir en cet état , et loi demandai pourquoi il avait quitté ses vêtements pour vivre dans les forêts ; il me répondit que les bois étaient ee qu'il aimait le mieux. Peu de temps après , Daniel rencontra une jeune femmequi était venue libre d'Angleterre, à trois milles environ de Parramatta, comme elle retournait diez son père ; il se permit de l'attaquer et de la violer. Il fut arrêté et exécuté pour ce crime, et mourut bra vendent comme un sauvage. Aussi, découragé par tous ces essais in* fructueux , je gouvernement a pris le parti de laisser ces hommes vaguer à leur gré ; seulement on Aes oblige à respecter les propriétés dans les cam»
pagnes , et les lois de la pudeur quand ils se présentent dans les vilm. A cela près de quelques infractions , ces deux injonctions sont assez ncrupuleusement respectées. Les indigènes du littoral vivent d'une fiaçon paciOque au milieu des Anglais ; ils se contentent de mendier auprès d'eux quelques vivres et de l'eau-de-vie , pour laquelle ils sont passionnés ; mais dans rmtérieur, surviennent souvent des rixes violentes entre les sauvages et les Anglais. U y a des voies de mi
et du rnif wené ) «aelqiieMt ee aent les saoTagei qui «taquent, d'autrea fois œ sont les Anglais ; et , dans l'un et l'autre cas, il faut envoyer des dé^ tacheroents de troupes, qui font des exemples sévères. H est à peu près oertam que les naturels de la zone maritime ne sont point cannibales ; mais divers témoignages attestent que les habitants des montagnes et des vallées intérieures ont quelauefois massacré des Anglais, pour les dévorer. »
assracT FOUI ïms toiobaiix.
Les sauvages, plus que les hommes civilisés y respectent les mystères de la tombe : on lira avee plaisir ce que raconte le lieutenant Britton au sujet d'Australiens inhumés à la suite d'un engagement :
«Dans une querelle qui s'éleva entre deux tribus sur les bords du Wallomby, dit M. Britton, quatre hommes et deux femmes de l'une de ces tribus ftirent tués, puis enterrés de la manière suivante. Les corps des hommes furent placés en croix , étendus sur le dos , tête contre tête, chaoun d'eux étant lié à une perche par derrière le corps, au moyen de bandages au cou , à la ceinture , aux genoux et aux chevilles des pieds. Lee deux femmes avaient les genoux reeourbés et attachés au cou , tandis que les mains avaient été attachées aux genoux; puis elles furent placées le visage en bas. Leurs tombes formaient ainsi deux petits tertres de trois pieds de hauteur, un peu pins éloignés de 1^ croix formée par la tombe des hommes.
Cette disposition tient à des idées d'infériorité touchant les femmes, idées qui ne permettent point que celles-ci soient innumées avec les hommes. Du reste , la propreté et le soin avec lesquels les deux cènes et la croix furent exécutés étaient fort remarquables, e( sans qu'on pdt apercevoir la moindre Irrégularité. A une certaine distance tout alentour, les arbres , jusqu'à la hauteur de quinze ou vingt pieds , fu« rent couverts de figures grotesques, qui étaient censées représenter des kanga^
roas, des émas, des opossums, des serpents, entremêlés de ngures grossières des instruments dont ils se servent. Autour de la croix ils tracèrent un cercle d'environ trente pieds de diamètre, dans lequel ils dégagèrent soigneusement le sol de toute espèce de broussailles. En dehors , ils pratiquèrent un second cercle semblable, et , dans Tintervalle étroit laissé entre les deux cercles, ils placèrent des morceaux d'éoorce, disposés comme les tuiles d*une maison. Le malin esprit , disaient les naturels , ne saurait sauter par-dessus les morceaux d*^orce, et ne saurait non plus se glisser par-dessous. Quatre grands casse- tête furent aussi fichés en terre au centre de la croix , et les naturels dirent oue c'était afin qu'au moment où les défunts se relèveraient, ils ne fussent point sans armes, et qu'ils fussent en état de repousser le même esprit qui voudrait les faire rentrer en terre. Ces réponses annonçaient certaines notions touchant un état futur ; mais il serait assez difficile de bien préciser en quoi elles consis« tent. Quelques colons ont assuré que les indigènes s'imaginent que leur condition niture sera surtout heureuse , en ce qu'au moment de la résurrection ils seront des hommes blancs; qu'ils posséderont alors toutes les jouissances qui sont à la disposition des Européens; qu'ils pourront boire et manger tout à leur aise, et qu'un soleil continuel les entretiendra dans une douce chaleur. »
Les tribus de Sidney vivent principalement au mo^en de la péclie , pour laquelle les habitants de la ville leur fournissent des hameçons et des lignes. Ils leur rapportent tout ce qu'ils prennent, et reçoivent en payement de vieux hobits, du pain et du rhum.
Ce dernier article de trafic amène la plus grande perturbation parmi les mdigènes : ils n'hésitent pas alors à prostituer aux déportés domestiques les faveurs de leurs femmes pour une tranche de pain ou une pipe de tabac.
Les enfants aue produisent ces relations sont ordinairement sacrifiés , de m^e que cela a lieu en cas de ju-
meaux : les maris exi^t ordimirement la mort du premier, et les mèRS sont souvent forcées de tuer le denier
emr cause de manque de noarritOR.
artout les femmess enveèoppentif ou espèce de manteau fait en peau d'opossum , ou bien elles se servent d om couverture; mais les hommes vcatcotièrement nus sans montrer la moindre pudeur. On en rencontre même dans les rues de Sidney, se pavasut dans le costume naturel , a>'ant peodues autour du cou des cukittes, que le donateur avait certainement cooacrées à une autre destination. -Ria n'est plus drôle, dit encore Cunninginn. que de voir quelques-uns de ces dsndjs noirs, marchant seigneurialementdaos les rues avec un bâton (toadUie), qu*iii agitent dans leurs mains dégoûtants.
Il n'est pas un élégant à Londres 4»
Cisse mieux faire l'homme important s femmes acclimatées ne se font aucun scrupule de causer avec cesfashionables si peu drapés , et elles ne sodblent pas s'apercevoir de leur nudité:
les nouvelles venues, au contraire, st cachent les yeux avec leurs doigts, rougissent, et se hâtent de passer. »
Tous les noirs des environs de Sidney parlent et comprennent trèsbien 1 anglais. Il faut reconnaître qu*ils ont acquis le langage des halles daas la perfection , et il n'est pas un blase qui pût lutter avec eux eo iojortf et en . iurons , qui coulent oomiDe w torrent perpétuel de leur bouche. Gb indigènes sont les êtres les plos outngéants qu'on puisse voir : ils accablent un blancd'insultes toujours croissantes, s'ils le voient reculer; mais qu'il revienne et menace de les frapper, toatsV paise. Ils se battent ordinairemententrc eux avec le waddie, chacun baissait à son tour la tête pour recevoir le coup de son adversaire, jusqu'à ce ^u'oa des deux tombe : celui qui évite »
coup est regardé comme un lâche. On en voit plusieurs qui boxent aossi habilement que le plus habile de h»
dres(*).
(*) Guimio^aiD.
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\md?màsar^^ f . l/.r-^'-.'^Xr ïiia»* -
OGÉÀNIE.
HENDURtS tSNACES.
Les naturels répandus sur tout le x>mté de Cumberland sont tellement lombés dans la dépendance des blancs, |u'ils ne pourraient exister sans ce lu'ils mendient, gagnent ou volent.
is travaillent , du reste , avec activité, it moissonnent aussi vite que les £u- 'opéens.
Comme mendiants , ils ne trouveraient pas leurs [>areils dans le monde; Is n*essayent point de séduire le voyareur par de douces paroles , mais ils s'en tiennent à une importunité indomptable , le suivant côte à côte , de rue en rue, aussi fidèlement que son ombre, lançant dans son oreille l'interminable cri : Homium ! donneznoi un dump! (sorte de monnaie îui vaut quinze sous.) Une aumône noindre ne les satisferait pas. Cun- [lîngham se promenant de bon matin, rencontra , au coin d'une rue , un eune Australien noir, qui lui dit :
Bonjour y monsieur. Il le salua en poursuivant son chemin ; bientôt le jeune noir attira son attention par ces mots >rononcés d'une voix forte: «Arrêtez!
nonsieur, Tai à vous parler.— £h bien!
|u'y a-t-il? dit Gunningham.— Mais!
rous savez bien que je suis votre serriteur, et vous ne m'avez rien pavé encore. — Au diable ! répondit - il ; f est la première fois que yen entends >arler, et je ne me souviens pas de vous ivoir vu. — Certainement je suis votre lerviteur , répondit-il d'un ton très-
résolu; est-ce que ce n'est pas moi lui quelquefois fais bouillir la chaulière au café pour vous ?» Le docteur
nit alors la main à la poche, lui donna tous les sous qu'il avait , et le laissant les compter à son aise , allait en avant luand , ayant fait un quart de mille, 1 fut encore assailli de clameurs :
I Holà I arrêtez ! arrêtez !» Il se retourna, et vit son ami noir qui lui 'aisait signe, et venait à lui sans se fatiguer. Il semblait vraiment qu'il ['attendit , tant il allait lentement ; et ]uelle fut sa surprise quand , arrivé ;>rès de lui , il lui tendit sa main toute grande ouverte avec les pièces de cui«
vre dedans. « Ce n'est pas assez pour acheter un pain. — Eh bien I répondit Cunnin^ham avec humeur, achetez-en la moitié ». Itfais sa réponse fut aocueillie par des i)ordées d'injures.
DISTINCTION MOltALB ENTRE PLUSIEURS TRIBUS.
Il n'est pas une portion du territoire où les aborigènes aient fait de grands progrès en civilisation; mais le pays le moins avancé est celui qui se trouve à quelques centaines de milles dans le rayon de Sidney. A Port-Ste-
{)hen , dans le nord , commence pour es tribus un ordre de choses meilleur.
II s'v manifeste un régime pareil à celui des Chieftains d'Ecosse, et tous les indigènes se construisent avec des branches d'arbre, des huttes commodes, assez grandes pour contenir un certain nombre de personnes, et qu'ils nettoient tous les jours. Les habitants de Port- Stephen ont, dans le fait, civilisé, sur quelques points, ceux deNéw-Castlepar leurs rapports continuels. Ces oerniers sont certainement supérieurs à ceux de l'intérieur, et très-supérieura à ceux qui avoisinent Port- Jackson.
A Western-Port , et en d'autres lieux au sud , on dit que les naturels bâtissent des cabanes très -logeables, et même des villages pour y réider ; c'est là le premier degré par lequel l'homme s'élève au-dessus de la brute. Les tribus du Cumberland ne sont point encore arrivées à ce point. Un bon feu, et une bonde d'écorce ou un branchage placé au vent pour les abriter, sufnt a leurs plus grands désirs. On en a vu souvent prérerer le grand air, même par une nuit froide, à l'abri d'une cabane; un village qu'un gouverneur leur avait construit , tomba bientôt en ruine. Leur chef, nommé le roi Boungari, prononça la sentence mortel le de cet établissement, quand, consulté sur ce qu'il pensait de ces maisons, il répondit avec un sourire et en levant les épaules : « Bonnes, bonnes, en supposant qu'il pleuve. >»
Vers les bords du Hawkedtmry et de la rivière Cow-Pa6ture,les aborigènes na
lib
L*tJfftYEftS-
ftont pas tà dégradés qu'aut alentoiirs 'de Sidney, et è\ on leur bâtit des cabanéd , ils les habitent. H en est beaucoup 4ui travaillent à. ta terre, et d'autres , qui se sont soumis aux vêtements et à la ration , sont employés comme eonstables , et traquent les Voleurs et les coureurs de bois (*).
Comme tous les hommes placés dans des situations où leur existence dépend de la pénétration de leurs sens extérieurs ^ ils possèdent une merveilleuse vivacité du regard et de Touîe , et suivent le pas d'un homme sur toute sorte de terrains , pourvu quMl soit assez récent et qu'il n'ait pas plu dans rihtervalle. Ils devinent aussi très-exactement depuis combien de temps rindividu a passé, et disent si cette empreinte est celle du pied d'un noir ou d'un blanc Les naturels de Kew-Castle, et tous ceux des tribus de la cote septentrionale, sont dociles, obligeants et disposés à travailler dans l'occasion, pourvu que le travail ne soit pas rude. Il est dans ce comté trois indigènes, si habiles aux travaux de la terre et si vigilants constables. que les Européens leur ont donné leurs propres noms ; car c'est pour tous les noirs une grande faveur que de recevoir le nom d'un blanc. Une plaque de cuivre ou de fer-blanc , avec une inscription , est aussi d'un grand prix à leurs yeux , et cette plaque , pendue à leur cou , leur donne beaucoup d'importance aux yeux de leurs tribus. Il y a parmi les indigènes beaucoui» de mimes excellents <|ui rappellent à ce souvenir les individus qu ils imitent, aussi vivement que si on les voyait eux-mêmes.
NOIES àSSTftAUBlfS, BXCBLLBHTS MIMES BT COMIQUIS.
Ces sauvages appliquent très-flnément les sobriquets; ainsi ils surnommèrent 00 hom^ie qui avait la boudie de travers waUff-wiUfyf parce que le trait ainsi dérangé ressemble à un fruit contourné^ porte ce nom. Un homme
qui avait la langue embarrassée n^ le sobriquet de courakabmdu^f^ nouille), à cause de son artkulnioap»
ticulière. Le personnage à la bm torse était commandant d'un des ctah blissements; les naturels s'étaient lÉ dans la tête que ce trait était inhM à la qualité de {|ouvemeur, rt ils ■ pouvaient contenir rexpressiondela etonnement de ce que le coban ^.
gobemor n'avait pas la bouche de ti> vers comme le narang (petit) [fohr fVQr. Ils entendent fort bien i'arl é mique. Le plus comique des mioB australiens esiBîdgi-Biagij qui demoi à Parramatta. Parmi les peTSoiiDa|d remarquables qui ont visite la coioat, il n'en est pas un qui ait founu p de textes divertissants à la cooreA tion , et qui ait eu plus de fiçnjt mées {*) ironiquement en son booM
Sue le beau-fils d'un tailleur renoitf e Londres , qui avait cru son édm tion incomplète jusqu'à ce qu'il é fait un voyage à Botany-Bca/^ ccnf on dit souvent par erreur : il j ^ donc muni de tous les moyens atf raître avec éclat dans lé; preiatf cercles. Son ultrà-dandysme de f rôles , de costumes et de manières n sait de sa présence une sorte de nées site dans toute réumonfashùmabk'f^ il était un soir dans un bal, et s cgi rait dans les détours de la valse arec J élégante de la colonie , tenant ta > penchée tantôt à droite , tantôt àpi che, avec la perfection langowf^ du dandy. Il n'avait jamais é\éjM admirable; mais tandis qu'il s ai»
donnait à l'heureuse conviction fP était le point d'attraction de UNtfH beaux ^eux des danseuses . voilà qà*^ grand éclat de rire partit du cerdev spectateurs : il retourna la téte,0t j à son inexprimable horreur, à sooc* une espèce de lutin , fac-similé i^^ personne, semblable à lui en bsi< normis par le visage , qui était bJ et qui valsait, en imitant à id^*| ses manières et ses mouvements^ n'était autre que le facétieux ^ Bidgi, qui, eo r^ardant le htm^
(*) Oii batteurs (Jebuittons {butk-ranger*,) (*) Ex pression locale.
OCÉANtË.
wmr f» «M <n*evftMe , avait élé saf^ <d*ime nge et danse, pareille i Peffëi d€ la môriûré de la tarentule : on l'aperçut, et quelques - uni de la sotiété lui ajatit fourni le costume néeessaltt pour jouer le rôle du dandy , l^avait jeté ainsi au mili^ de -lu taise (*).
Un Anglais parlait au joyeux roi noIV Boungari de reiifant mulâtre que sa ifemme lui donna autrefois ; il rq)onliit, en haussant les épaules et et) riant de bon cœur : « Ah oui ! ma femme AToir mangé alors trop pain blane ; « <€t le regard fin et malin dont il accom'<> -pagna oe propos, prouvait qu'il com«prenait la plaisanterie.
On raeonte de Boungari un trait àè mémoire fort plaisant. Il acéompagna, il 7 a dix ou douze ans, le capitaine King dans ses reconnaissances sur la ))artie septentrionale de TAustralte , et montra, en cette occasion, du zèle et de Tactirité. Sa présence fut souvent utile pour les relations que l'on voulait établir avee les indigènes.'^Comme interprète, il ne put servir à rien ; car Ifes idiomes australiens varient à des distances très* rapprochées. Ainsi le dialecte du nord n'a aucune analogie avec celui âé la Nouvelle-Galles du Sud. lians une relâche à Timor, le roi Boungari étant descendu è terre, se présenta chez un marchand pour boire un l^up 4e genièvre; il but, et présenta une piastre pour pajrement, sachant bien ^'on oevait lui donner de la menue monnaie en retour. Le marchand n'ayant pas la contre-valeur^ prit hSt piastre, et ajouta qu'il rendrait le aolde une autre fbis. Cependant le na* rire ayant mis à la voile , Boungari ftit obligé de laisser cette créance. Il ne roumia pas toutefois; car, l'année suivante, le navire ayant encore relâché tiar cette fie, l'Australien s'achemina bravement vers le vendeur de sin , et lai demanda du spiritueux peur to reste de son argent.
DBS FBMMES.
Lea raalheorenses femmes de oe
payft st)flt traitées comlne des bftèft de somme. Gomme il est d'étiquette chez les Australiens de prendre leurs femmes dans une tribu étrangère i celui dui veut acquérir une compagne, OU plutôt uiie esclave, part seci*etement de nuit, accompagné d^ufte troupe dé ses camarades; ils tombent tous sur les parents endormis de la jeune fille, leurs waddSes à la main , pour leur donner la conviction que le tnariage projeté est très-sortable : de son cAté, l'amânt s'assure les sympathies de la jeune fille , en lui alloujgeant vigoureusement des coups de talon sur Tes épaules ; et la timide jouyencelle , ainsi courtisée , s6 laisse enlever et conduire dans la chambre nuptiale , composée de qud-
2ues bandes d'écorce ou d'une branché 'arbre pour les abriter du vent; et b'est là que se célèbre le mariage ^ pourvu que la jeune femme ait eu le bonheur de survivre aux touchantes caresses de son amant. Entraînée loid de sa famille, elle a perdu pour tou« jours son repos et sa liberté.
4* Alors, dit M. Laplace > commencé pour cette infortunée la longue série de misères et de tourments .qui né doivent finir qu^avec sa- vie. Le peil de beauté dont une nature mariftré l'avait douée, est promptement flétrid par les travaux les plus pénibles et les traitements les plus durs. Sahft ^'ils aient pU lui assurer raffection d'un tynn qui souvent la dé^ laisse, lorsque le dégoût a émoussé ses dénrs , ou qu'une nouvelle capture a augmenté le nombre des victimes de sa brutalité. Il est vrai que ces pauvres ci^éatures ne sont un peu suppof^ tables que dans la première Jeunes^ ; à cet âge , on découvre parfois , à travers l'endtttt de crasse et dé graisse « seul voile qui cache leurs appas , une taille svelte et des seins gracieusement arrondis', sous leur chevelure en dé-' sordre, paraissent un front portant l'empreinte de la bonté, et de beaux yeux au regard doux et caressant: \eut bouolie même , meublée de dents olan^ ches et bien rangées, n'est pas sans agrément. Mais è peine quelque! nioîi d'eeelavBge sont-us écoulés, que ces
attraits 86 fanent, que ces regards prennent une teinte d^abrutissement ; elles pourraient alors être considérées comme le type de la plus repoussante laideur. Comment en serait -il autrement? Comment les charmes physiques et les qualités du cœur résisteraient-ils aux coupas , aux humiliations de toute espèce et à des fatigues dont, étiez les peuples d'Europe les moins
Solicés, les femmes n'ont pas à reouter la millième nartje? Voyez la compagne de TAustralien, le dos chargé de son petit enfant , et d'un sac i>esant dans lequel sont serrées les provisions avec les instruments de pêche, traversant les bois et les marais, ou forcée de gravir les dunes de sablé à la suite de son maître, qui , libre de tout fardeau et inaccessible à la pitié , presse jusqu'au soir la marche de sa famille (voy. pL 260). C'est le moment où la tribu , soit qu'elle change de canton , soit qu'elle exécute quelque expédition guerrière , s'arrête pour camper. Les nommes se livrent au repos ; les femmes , au contraire , coupent du bois pour entretenir le feu durant la nuit , et longent les rivières ou les lacs pour trouver des jcoquillages qu'elles font cuire sur leurs cnarbons , et apportent à leurs maris; si cette ressource leur manque, elles vont à la recherche des lézards et des opossums qu'elles pour* suivent jusqu'à la cime des arbres les plus élevés, où , cachés dans leurs trous , ces animaux inoffensifs se croyaient en sûreté. Je pourrais citer encore plusieurs autres expédients qu'emploient ces malheureuses pour se procurer la nourriture de leur tyran et de ses fils. Quelquefois elles s'étendent sur un tertre, tenant dans leurs mains entr'ouvertes des morceaux de chair pour attirer les oiseaux, et restent mimobiles jusqu'à ce qu'elles puissent en saisir quelqu'un , au moment où il cherche à s'emparer de l'appât. Lorsque la tribu fréquente les côtes, le sort des femmes est peut-être encore plus misérable; car, pour attraper du poisson ou des coquillages , elles passent les journées et souvent même les nuits à plonger au milieu de l'écume
des lames, ou bien à pédiempci an large , sur de cbétifs ndeaia,ifce de grossiers filets d'écorœd'aiInfBi terminent des banoeçoas iaits " écaille d'hnttre à pdoe feçonoée.
occupations pénibles sont enticra dévolues au sexe lepkjsfeible;ct que jeune fille subit » presque ca ■ sant, la section des deux fknwfll phalanges du petit doi^t de la gauche, afin que la ligne de pêèhi puisse se rouler plus facilement autoiv des autres doigts (*).
Quels sentiments l'âme de créatnia, aussi indignement opprimées, pourrais elle avoir conservés ? L'amour raito' nel lui-même paraît en être tnaL Tantôt une mère craignant de nett»
au monde un être aussi malhwnB qu'elle-même , et qui sera pour ékm lourde charge pendant piusieoTS»
nées, le détruit avant de lui ié donné le jour. Tantôt de petits enÙDft. privés de soins , meurent des ToaSsii causées par les brusques variatiooA l'atmospnère, ou bien, gardés atf nulle précaution, ils roulent h m dans les brasiers autour desquels d»
ment leurs parents. Combien d^aoM dangers menacent leur fragile^ tence! Souvent, lorsque la disdK vient décimer cette population ifopf^ voyante, leurs mères, exténuées^ Ja faim , et ne pouvant plus les H^ ter , les délaissent mourants dans »
bois. Âjouterai-je, pour terminer* triste tableau des misères de notrei^ pèce , que si une femme succoffll^ ses souflTrances avant que son env soit assez fort pour se passer de tf soins , on le descend avec elle dtfli même fosse, et qu'au moment de ■ combler, les premières pierres ,jg par le père lui-même, font suowj tout à coup le silence de la mort w pleurs et aux rugissements. Tasl* barbarie envers un sexe pour 1*?"^ vengeance n'est pas toujours sanso»
mes, amène nécessairement Q?^ représailles; on prétend du wowsr le poison, cette arme du faiUc»* venge que trop souvent l'épouse *
(•) Laplaoe, Voyage de la /<«»»*•
OCÉÀNIË.
aruautés de son mari , dont les caprices m amour, en excitant, qui le croirait? a jalousie de sa compagne, sont le fictif ordinaire de ces crimes. Dans nos wntrées civilisée, la femme jeune et )eile s'empresse de jouir d'un pouvoir ]ue les années ne viendront que trop tôt iffaiblir ; en Australie, au contraire, les latales rides , la décrépitude même deriennent des titres au commandement fue les vieilles femmes exercent sur eurs compatriotes. En effet ces espè- »s de sorcières composent la moitié de 'aréopage qui, dans chaque tribu, lélibère sur les affaires publiques et [Hjnit les méfaits; aréopage extrénoenent jaloux de ses attributions, et oui x>nserve avec un soin intéressé les ;raditions superstitieuses. Semblables lux druidesses des anciens Gaulois, ^les haranguent les guerriers avant le mmbat, soit pour exciter leur courage, (oit pour leur inspirer des dispositions >acinque^. Les plus intrépides chefs X)urbent la tête devant elles , et re- ;x>ivent de leurs mains, sans murmu- W, de violents coups de casse -tête )0ur se concilier, en s'humiliant ainsi, eur bienveillance et leur faveur, et obtenir qu'elles prennent soin de tanler et de fumer leur peau , s'ils péris- ;entdans la mêlée. Ce sont elles encore |ui célèbrent par leurs gémissements ît par les nombreuses égratignures fu'elles font à leurs membres décharlés, les funérailles des personnages marquants , dont l'usage veut que les ;orps soient consumés sur un bOcher.
'2hez les peuplades australiennes, que eur éloignement de la mer et des riviè- 'es expose plus souvent que celles du ittoral à manquer de vivres, les si- >ylles ont encore à remplir un autre ^ênre de fonctions. Quand la famine se net dans le pays, elles désignent les victimes qui, dévouées au mauvais gélie, seront sacrifiées pendant leur somneil, et serviront de pâture à leurs îompagnons affamés (*).
Au reste, on voit ces horribles sacrijces dans presque toutes les tirs de la Polynésie, et ils furent en usage chez
(*) Laplace, Voyage de la Favorite,
83" Livraison, (Octamt.) t. m.
la plupart déS peuples de l'ancien monde dans leur état primitif, comme l'attestent leurs annales.