‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 91 sur 122 · ÉTAT ACTUEL DE LA TASMANIB · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DE LA TASMANIB

Pour compléter ce que nous avons dit le cette terre-magnifique , nous allons extraire la lettre d*un colon impartial, latée de Hobart-Town, le 36 mars 1835. L'auteur de cette lettre, après ivoir éprouvé des malheurs en Angieerre , s'est établi dans la Tasmanie, m sa situation s'est promptement innélioree.

« Dans cette tle remarquable, dit tf . ^**, les fruits, les légumes et toutes es autres productions de la terre viennent mieux et ont plus de saveur qu'en Europe; ils se succèdent sans inter- •uption pendant tout le cours de l'anlée ; car il n'y a point ici d'hiver, à noins que l'on ne donne ce nom aux nois de juin et de juillet, pendant lesquels il y a du vent et de la pluie. Les ininiaux apportés par les premiers planteurs se sont répandus dans tout e pays ; les sommités des montagnes >t une partie de leurs versants sont couvertes de pins, de chênes, de cè- Ires, de gommiers, de bois de rose et le beaucoup d'autres arbres. Ce serait rraiment une jouissance délicieuse que le se promener dans ces forêts, si on i*était pas troublé par la crainte rétre percé par la lance d'un indigène, >u de voir un serpent s'élancer entre ros jambes. Je fus un jour assailli par leux énormes taureaux sauvages, et ^ fut à grand'peine que je pus me soustraire à leur attaque, en m'élan- ^ant sur le tronc d'un gommier qui

ftait tombé en travers d'un précLpiofé Parmi les quadrupèdes iudi|i{;ènes , il n'y en a aucun qui soit dangereux ; j'y ai rencontré une petite espèce de (lanthère, mais elle est fort timide et d'un caractère inoffensif (*). Il n'en est pasde même des reptiles et des insectes ; ils n'attaquent point heureusement les fruits et les légumes; mais on ne peut se faire d'idée de la rapidité avec la-

Quelle ils détruisent les arbres. Le corps» e la tarentule australienne est aussi gros <ju'une noix : j*ai eu occasion d>n détruire un grand nombre dans Tintérieur des appartements; cette tarentule et l'horrible centipède (mille pieds), y sont -très-venimeux.- L'extension des cultures fera disparaître sans doute une grande partie de ces inconvénients, ainsi Qu'une vermine dégoûtante aui s'attaciie à vos habits, les ronge et les dévore. Près deHobart-Toi\n, dans une petite île de la baie , on rencontre un grand nombre d'ânes sauvages, qgi marchent en troupe , et qui , dès (]u'ils vous aperçoivent, se mettent à braire, et s'enfuient avec une telle rapidité, qu'on ne peut les atteindre. Les bêtes à cornes se sont tellement propagées dans rîie , que le prix en est très-inférieur à celui des marchés de Londres. Quant aux kangarous, il n'en coûte, pour se les

Ï procurer , que la peine de les tirer, et eur saveur n*est point inférieure à celle de notre meilleure venaison. Dans cinq minutes , vous pouvez , quand TOUS le voulez, vous procurer un boisseau d'huîtres et de moules. En général , le poisson de mer, qui est excellent, se vend au plus bas prix , à cause de son extrême abondance; il n'y en a

Ï presque aucun qu'on ne trouve dans es mers qui baignent nos côtes , de- Euis la petite pétoncle jusqu'à l'énorme aleine. La viande de boucherie est d'une qualité supérieure ; ce qui vient sans doute des herbes odoriférantes dont les pâturages sont remplis. Les

(p Je suppose que M. **• veut parler du pelit dasyure qui est, en effet, inofleosif envers riioinme , quoiqu*il ne puisse Tappri* \oiser, mais nuii envers les iroupeaux dont il est Teunemi mortel. G. L. D. R.

céréales et le^ pommes de terre se ve^ dent à des prix beaucoup moins éfeves

3ue dans les contrées les plus fertiles e PEurope. Des pèches excellentes y coûtent un sou la aonzaine ; quant aux pommes , elles v sont en si grande abondance , que le propriétaire prend rarement la peine de les détacher des arbres , où les promeneurs les cueillent dans leurs excursions, sans que personne s'en inquiète. Je voudrais oue fous vissiez , a New-Town , le jardin de notre ami B. : les branches y fléélussent, à la lettre, sous le poids des fruits ; il n*y a pas la moitié des bras qu'il faudrait pour les cueillir, ni des bouches nécessaires pour les manger.

Il n'existe point ici de règlements odieux sur ia chasse; quiconque a un fusil peut se livrer à cet exercice tant que c^'la lui convient. Nous possédons

firesque toutes les variétés aoiseaux ; es canards sauvages y sont si abondants, que j'ai vu un chasseur en abattre vingt-quatre d'un seul coup.

La volaille est excellente; le plumage des pigeons et des coqs dMnde s'est prodi^ieuseuient amélioré dans cette partie de l'Australie; et il est impossible de ne pas être surpris de la richesse et de la variété des teintes qui les colorent. Dans les bois, les perroquets ont l'humeur fort sociale, et sont presque apprivoisés ; j'en ai vu quelquefois une cinquantame qui volaient autour de moi, et qui brillaient aux rayons du jour comme des pierres précieuses.

« Quant i cette race d'animaux que vous et moi nous connaissons le mieux, je veux parler de l'espèce humaine, elle se divise iri çn deux races : Tune blanche, et l'autre noir de jais. La première est à peu près la même qu'en Angle^ terre, un peu plus sociable cependant, et tout aussi malfaisante quand elle est irritée, file se subdivise en deux classes : celle des planteurs libres qui émiçrent, comme je l'ai fait, par nécessité, et parce qu'ils ne peuvent plus trouver Paisance qui leur est nécessaire dans la mère patrie ; la seconde se compose des déportés, auxquels une loi p!u$ impérieuse encore interdit la

terre natale. Les déportes wà \m bien vêtus , très-paresseax et trcMè sérables, mentant, fraudaet, iunit, buvant; en un mot, tout kcQBtnJi de ce qu'il leur serait ai iaclkdeè venir clans cette terre privilégiée, cfti à-dire heureux et vertueux. U n'ji pas dans la colonie de Qécet«tcvi,i il ne peut pas y en avoir. Voui n'yvern pas de ces visages ptfes fl vnmà soucis, que voua rencQAtreiiàM coin de rue, daps Us gf^nàfêo^ de l'Europe. Il a'y a d'avtie wm que celle <m résulte de \ekMi^éi la débauche. Qiiaat à la popoUii noire, elle est peu nombreuse, et m connaît eatièrenneat les bienÉilf ^^ civilisation. Elle est tellement stmA que dans un piys où la doaoesrKl température rend lea vétemenli i»

tilea, elle ne peut se résoudre ïm

Srisbnner ses membres dans les tMOi e laine qu'on lui oUire eo écbwgtf sa liberté, et qu'elle préfère UBeii d'aise et d*iodépeodanoe à unew* servitude et de labeur. Les blancs,!* tement révoltés d'une folie aoifll»»

taie, expiiineot leur ài&étence^^ mon en aiustant sur les noirs le o»i de leurs fusils ; et ceux-d réponK") cet appel si k^uo ùît à Nrriis«i en perçant tes blanos de Iw^f*,**** chaque fois ^ue l'occasion s'oip sente(*). Cette controverse ne setw»

nera sans doute que lorsque i>|»jv deux couleurs aura extermioé riw»

Les noirs ont une grande vigueur eii|' culaire , «nais leurs traits sont Iw*' du moins d'après les idées qof ,^ nous sooMnes faites de Is b^*^^^ marchent en troupes, mais ilsD'r raisseat paa avoir de cliefs, ^^j^ idée quelconque de gouvernetB^KP On a élevé nkisieurs de le un «j^ dans les éeoles de Hobart-To«'n;R une fois Us élaisat panenus à rag^* puberté, un instinct irrésistible ies7

(*) L'auteur emploie l'ironie ^«J* deux paragrapluM. Cf.l-^ '

(**)Quek|ties Anglaisoirt obseï^*^ tmire, que cliaque tribu avait *','V*^jS ses meiidii-es accordaient uoe séni»oie sauce. G. I« **

OCItANlB.

pelait d«n< leurs solitudes, ^'^utez aucune foî à ce que Ton vous dit en Angleterre, de la réforme qui s'opère dans les habitudes et les moeurs des déportés: ils sont aussi dérangés et aussi paresseux que peuvent Fétre les filous et les vagabonds du Royaume- Uni. Seulement la tentation au crime est diminuée par Tabsence comparative du besoin ; et il leur est plus difûcile de le commettre, parce qu ils sont soumis à une police plus sévère. Voilà les uniques raisons pour lesquelles les vols et les autres délits sont moins nombreux qu'en Angleterre. En résumé , ceux qui n'ont pas besoin , pour vivre agréablement, de beaucoup de société, ou qui ne sont pas très-dâicats sur le choix de leurs liaisons ne sauraient mieux faire que de se transporter ici. C'est une terre promise pour les agriculteurs etles bons artisans, et même, sans avoir une industrie spéciale, quiconque voudra travailler ne peut manquer d'y trouver des moyens d'existence. >»

Certainement les (européens industrieux et étrangers aux partis qui divisent l'Oi'cident, seraient bien accueillis dans ce pays, quelle que fût leur patrie. Mais il est probable qu'on préférerait les ouvriers et surtout les agriculteurs honnêtes, parce qu'on les einploierait avec plus de plaisir aux défrichements (voy. p/. 232) que les convicts destinés à ces pénibles travaux , et qu'on a tant de peine à contenir (voy./»/. 282).

Page 1