‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuplesChapitre 93 sur 122 · AMPHIBIES · texte numérisé non relu

AMPHIBIES

Les animaux les plus gros qu'on trouve à Kergueien , sont les veaux de mer , qu'on nomme aussi ours de mer [espèce de phoques du sous -genre

(*) Anderson, qui la décrivit, la nomme Oaose-Grass,

86* Livraison. (OCEANIB.) T. III.

otarie). Us viennent faire leurs pe* tits ou se reposer à terre, mais ils ne sont pas en grand nombre , et on ne doit pas s'en étonner, car on sait qu'ils préfèrent aux baies ou aux golfes les rochers qui s'avancent dans la mer, et les petites îles qui gisent près des côtes. Leurs poils tombent à une époque de Tannée, et ils sont si peu sauvages, qu'on en tue autant qu'on en veut tuer. Il faut en dire autant de l'éléphant de mer. On n'y a pas vu d'autres mammifères marins ou terrestres.

ICHTHTOLOGIB.

Dans la mer voisine, à l'ouest, on'ren* contre souvent une foule de belles et énormes dorades , la bonite si habile à faire la pèche aux poissons volants, et toutes deux excellentes à manser. On y voit aussi la brillante coryphene, ce merveilleux poisson dont la dorsale, coupée de lignes obliques , se couvre d'un magnifique manteau bleu à teintes

fraduées , dont la tête est d'un beau run qui prend vers le dos des teintes d'émeraude, dont les nageoires sont jaunes, et le ventre argenté, dont les flancs et la queue chatoient comme de l'or avec quelques reflets grisâtres. La caudale des coryphènes est si profondément bifide , qu'on dirait que les deux portions sont implantées sur l'extrémité de l'animal et sans rapport entre elles. Dans ces latitudes elles escortent les navires par troupes ; et le plaisir de les suivre dans les flots, vives, gracieuses, colorées de toutes les nuances du diamant, de la topaze, du ru* bis, de l'émeraude, est bien préférable à la curiosité de les voir mordre au chiffon emplumé qui figure un poisson volant, et se débattre et mourir sur le pont, ternes, dépouillées de leur éclat prismatique. La coryphene est un poisson vorace, agile et peu défiant; il se jette souvent à plusieurs reprises sur un appât grossier qui vient de lui déchirer la mâchoire; il ne mâche pas, il avale. On a souvent trouvé des exocets entiers (petits poissons volants) et des clous en fer dans son ventre (*).

(*) M.Eeybaod. Il a mal à propos confon* « 86

DAUPimS.

Un capitaine américain ayu aussi des marsouins ou cochons de mer {sus maris)j près de Kerguelen. Il m*a assuré que pendant que ces cétacés manœu- ▼raient, en décrivant mollement leur courbe gracieuse, alignés en longue file, ses matelots sifllaient pour les attirer, et que les marsouins (c^étaient vraisemblablement des dauphins ) , 8*empressaient de se rapprocher du navire ou plutôt de Thomme. Voilà , sans doute, une tradition encore vivante de Fancienne fable poétique d'Amphion.

ALBATROS , PÉTRBLS , PINGOUINS. NIGAUDS, MANCHOTS ET AUTRES PAXJUPiDfiS.

On trouve à Kerguelen une multi* tude d'oiseaux , tels que le fou , les canards, les albatros, les pingouins, les nigauds, les mouettes, les sternes ou hirondelles marines et les goélands. Sur ces mers s'abattent communément des palmipèdes, dont la chair n'est pas mangeable, tels que le fou et la frégate, au plumage blanc ou brun , aux grandes rémiges noires. Le fou est fort habile à saisir le poisson à la surface de l'eau: la frégate, plus grande, au plumage noir , varié de blanc et de blea sur la gorge et sur le cou , rase tou* jours le sommet des values, s'élance sur les poissons, les saisit, et force le fou stupide et le cormoran ou petit nigaud a lui céder le poisson qu'ils ont péché.

Cook fit jeter la seine (filet), une fois, au havre de ISoëï de l'île Kerguelen.

On ne prit qu'une espèce de poisson de la grosseur d'un petit merlus , et qui ne ressemblait en rien à celles que l'on connaissait alors. Ce poisson a le museau allongé , la tête armée de fortes épines , les rayons des naseoires de derrière longs et très-forts, le ventre gros , et le corps sans écailles.

On ne trouva en coquillages qu'un

du la oorypbène avec la dorade : la première appartient à la famille des scomberoidet et U seoonde à celle des sparmdes.

petit nombre de moules et de lépa*, et on ramassa sur les rochers qudqoa étoiles et anémones de mer.

Dans l'ordre des palmipèdes, m trouve à Kerguelen des canards à pn{ près de la grosseur d'une sarcdle « d'un millouin (sous-genre du genre»

nard , famille des lamellirostres),dodl ils diffèrent par la couleur. Ils se montrent en assez grande abondan» sur les flancs des collines et même pin tes : les marins de Cook en toéreoC un nombre considérable. «Noos )a trouvâmes bons, dit Andersen, d ils n'avaient pas le plus léger goât dep^ son. !Nous en avions rencontré (téques-uns de la même espèce iïutk Géorgie, durant le second voyagea capitaine Cook. »

On trouve à Kerguden le pétrel bbac, le petit pétrel bleu, le pétrel noifd le pétrel damier, dont les cnifis sontée la grosseur de ceux des poules. U pétrel damier paraît assez soowla troupes. Si dans un moment d'accalmie, on jette des lignes anwrcéw «• tour du navire pour les pMeràfV meçon, à peine Tappât a-t-il pami fleur d'eau , que les pétrels s'anattrt à l'envi sur cette proie, et se ûis^^ en criant, à qui mordra le prêta*' En moins d'une heure on peut en pit»

dre une douzaine. Une fois surlepoi^ le damier, qui est de la grosseur (Tii pigeon , dégorge une huile rousK* fétide; il y reste ensuite comme** sourdi et sans pouvoir s'envoler, <g^ qu'à la mer son vol soit excessifém rapide. Son. nom lui vient de saie* semblance avec un damier, à cai* * son plumage marqueté de noir H ^ blanc. On y voit aussi des pétrels »• rugineux.

IJn autre oiseau de mer dccesf^ rages, mais plus curieux encore,* l'albatros {diomedea exvJans), non» par les matelots mouton du «V * vaisseau de guerre. Ses ailes sont I* ffues de huit à dix pieds, et, fp^^ j fend l'air, il forme comme une énoj j masse blanche qui projette auioiû* ombre sur la mer. ^ ,^.

Il est difflcile de tuer des allwtïtj.

et on dirait que ces monstrueux»'

àm^

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Wk

OGÉANIË.

seaux sent invulnérables, et que le plomb ne fait que glisser sur leurs larges ailes. C'est de la poudre et du tennps perdu. D'ailleurs on ne songe

fuère à faire la chasse au fusil aux alatros , quand on se trouve à ces latitudes où les vents sont déchaînés avec "furie, et sur ces mers, les plus horribles qui soient sur le globe. !Nous Terrons bientôt comment on peut s'en emparer et comment on les assomme.

« La nature , dit M. Laplace, qui a vu plusieurs palmipèdes aux environs de rtle Die^o-Alvarez ou Gough, en se.

rendant a Rio-Janeiro , la nature , en destinant ces différentes espèces d'oiseaux à vivre dans des contrées couvertes de neiges éternelles, et au milieu des glaces ^ leur accorda tout ce qui était nécessaire pour braver un climat rigoureux et des tempêtes presque continuelles. Un corps petit , en comparaison de sa grosseur apparente, est couvert d'un duvet très-serré et extrêmement épais, dont la surface est enduite d'une substance huileuse , que Foiseau a l'instinct de renouveler constamment aux dépens de la quantité d'huile contenue dans son estomac.

Cette huile lui donne aussi cette éton* nante facilité à surnager au milieu des plus grosses lames, qu'on croirait toujours au moment de l'engloutir. L'extrémité postérieure de son corps, formée de plumes courtes et fortes , n'a que très-peu de développement. Des ailes très-longues, recourbées, peu fournies, mais mues par des muscles d'une force prodi-

g'euse, donnent à ces oiseaux curieux faculté de franchir avec vitesse des espaces immenses sans prendre de re-

Ï)OS. Tout ornement semble banni de eur structure : le cou , gros et court, est surmonté d'une tête sans grâce, mais armée d'un bec fort et très-dur, capable de déchirer la peau des grands cétacés, dont on rencontre souvent les cadavres abandonnés aux flots.

« La vue de ces oiseaux d'espèces variées , se jouant dans le sillage du bâtiment et cherchant à y saisir, avec une admirable vélocité, les morceaux de biscuit ou de Tiande salée , seuls

dons que la pénurie de nos provisions permît à notre générosité , venait parlois distraire notre imagination épuisée. La, bonne intelligence qui régnait entre eux excitait toujours mon etonnement; la petite et légère mouette blanche venait, en voltigeant, enlever impunément à l'albatros une partie de la proie que celui-ci, dans son vol majestueux , était parvenu à soustraire au pétrel , beaucoup moins gros, mais encore plus vorace que lui. Souvent, pendant le calme, reposés en grand nombre sur la mer auprès de la corvette, ils partageaient paisiblement, et sans que les faibles fussent oçprinâés, les aliments qui leur étaient jetés par les matelots. Quoique plusieurs palmipèdes, surtout les pétrels, vinssent souvent voltiger en dedans même de nos basses vergues, jamais les coups de fusils, chargés cependant avec de tjrès-gros plomb, ne parurent leur avoir fait de blessures; le bruit de l'explosion semblait les étonner ; ils s'éloignaient, mais revenaient un moment après. La maladresse des tireurs ou répaisseur de leurs plumes les avaientelles garantis .? je ne puis le dire, mais j'en éprouvai un sentiment de satisfaction : j'aurais vu avec peine un de ces pauvres oiseaux, ayant une aile cassée, abandonné vivant sur cette mer qui l'aurait englouti. »

Anderson qui a examiné avec soin nie Ker^uelen, cite un pétrel de la plus grande espèce, et que les matelots anglais nommaient VOie de ta mère Carey O- « Il était si peu sauvage , dit-il , que nous le tuâmes d'abord sur la grève, à coups de bâton. Ce pétrel, de la grosseur d'une albatros , est Carnivore , car il mangeait des phoques ou des oiseaux morts, que nous jetions dans la mer. Sa couleur est brune; il a le bec^ et les pieds verdâtres ; c'est sans doute celui que les Espagnols appellent quebranta uessos. On trouve une figure de sa tête dans le voyage de Pernetti aux îles Malouines. »

Anderson vit aussi , outre l'albatros

(*) Dans les voyages de Cook o& UXJUother. Carejr's Goose,

de la grande espèce qui est la plus commune, fespece grise qu*on rencontre ordinairement à la mer, dans les hautes latitudes australes , et une autre plus petite dont la tête est noire.

« J*ai vii , dit-il , deux espèces de ni-

§auds , le petit cormoran ou la corbine 'eau , et un autre qui est noir dans la partie supérieure du corps, et qui a le ventre blanc, le même qu'on rencontre à la Nouvelle-Zeelandy à la Terre de Feu et à Vile de Géorgie.

« Nous trouvâmes aussi le goéland commun , des hirondelles de mer de deux espèces, et la poule du Port-EÇ' mont ; ces derniers oiseaux étaient peu sauvages et en grand nombre.

« Il y a un autre oiseau blanc trèssingulier, dont nous aperçûmes des volées entières autour de la baie. Il a la base du bec couvert d'un bourrelet de la nature de la corne (^). II est plus gros que le pigeon. Il a le bec noir, et ses pieds, qui sont blancs, ressemblent à ceux du courlis. Quelques personnes de l'équipage le trouvèrent aussi bon que le canard. »

« On voit àKerguelen beaucoup plus de pingouins que d'autres . oiseaux ; BOUS en .avons remarqué trois espèces. La première et la plus grande a la tête noire, la partie supérieure du corps d'un gris de plomb, la partie intérieure blanche, les pieds noirs , et le bec rougeâtre. La deuxième espèce n'a guère que la moitié de la grosseur de Ta première. La troisième avait vingt-quatre pouces de longueur et vingt de largeur. La partie supérieure et le cou sont noirs , le reste est blanc, excepté le haut de la tête qui offre un arc d'un beau, iaune, et qui Unit de chaque côté en longues plumes molles que l'oiseau dresse comme une crête.

« Les deux premières espèces paraissaient en troupes sur la grève. Les Elus gros de la bande se tenaient ensemle; mais ils se promenaient avec les autres qui étaient plus nombreux , et

(•) L*original dit Homr crust : est-ce le Sheat-bill de PennaDt , décrit dans ses Gc" nera ofbird*?

qu'on voyait à une assez grande baoteur sur les flancs des collines. !9(U8 vîmes constamment ceux de la troisième espèce, séparés des deux pr^ mières , mais formant des volées nombreuses sur les parties extérieures da havre. Nous étions au temps de la couvée, et ils déposaient sur des pierres nues, un seul œuf blanc, et du volume de celui des canards. Tous ca pingouins, de quelque espèce qu'ils lussent , se montrèrent si peu sauvages, que nous en primes à la maio autant que nous le jugeâmes à popos. »

Outre les pingouins , le capitaine baleinier américain que j'ai déjà cité, et le seul marin, peut-être, qui ait louebéà Kerguelen depuis longtemps, m'a assuré y avoir vu des manchots [aptedonytes) palmipèdes ressemblant de loin au pingouin; mais les manchots ont leurs pieds munis d'un talon coaune celui d'un quadrupède , et ils ont de plus un petit pouce dirigé en araot, caractère qui , joint à la lorroe de scn bec, long et pointu, empêche de confondre ce palmipède avec un autre de cet ordre (voy. pi. 284).

Nous ajouterons à la description de rîle Kerguelen une partie de diasse aux albatros , aux pingouins et am éléphants de mer, dont les détails sont fort curieux. Nous les devons a M. Earle, cet artiste voyageur dont nous avons rapporté les aventures à la Nouvelle-Zeeland (*).

CHASSE AUX ALBATROS, AUX PnVGOOOS ET AUX ÉLÉPHAlfTS DE MBft.

a La matinée étant très-belle, f sortis, accompagné de deux bommes, et je résolus de gravir la montagne h plus élevée, qui est comparable au pic de Ténériffe , puisqu'on l'aperçoit en mer à la distance de vin^t-ang li«* Plusieurs groupes détaches avaient dqi pris les devants , et tracé un sentiff dont nous nous efforçâmes de oe pis

(*) n importe peu que la chasse se ]M0* à Tristan (TAcanba , car elle auiait liai ^ la même façon à Kerguelen ou aillenn*

OGÉANIE.

lions écarter, ce qui était difficile. Les flancs de la montagne sont oresque perpendiculaires; et, à partir oe deux cents pieds environ, ils sont partout tapiss& de bois taillis , ce qui rend la marche plus sûre. Mais , pour arriver jusqu'à ces bois, la route est si dan- C^ereuse, que la seule pensée n)*en fit presque frémir : ce sont des rochers unis, glissants, souvent peu adhérents aux blocs principaux; vous n'avez pour assurer votre vie contre ces pièges naturels que des touffes d'herb«s qui vous restent souvent dans les mains , et si vous aviez le malheur de glisser ou de poser le pied de travers, vous iriez vous briser sur les masses de roc^hes inférieures.

« Cependant, avec la précaution de regarder toujours en haut, jamais en bas, et de bien assujettir notre corps en nous prenant à de fortes touffes d^herbes, nous parvînmes, après une heure de fatigue, à gagner le sommet de la montagne, dont le plateau nu, sauvage, pr&ente une plaine large de plusieurs milles, laaueHe aboutit, en «'élevant, à la cime formée de pierreslaves nues, d'un gris sombre et d'un aspect profondément sauvage. Nous continuâmes à gravir cette plaine ascendante; mais la marche était bien fatigante : c'était partout d'épaisses pousses de gazon ou de fougères très- Iiautes, qui nous cachaient des fondrières nombreuses. Un silence morne, un silence de tombeau régnait dans ces régions élevées ; mon oreille trouvait à nos voix une sonorité , un écho étrange , surnaturel, et il me semblait que nous revêtions des formes gigantesques.

«L'air se refroidissait d'une manière trèS'Sensible; en même temps, le paysage environnant prenait un aspect de plus en plus grandiose et sublime, qui nous écrasait. D'un côté, l'horizon immense chargé de nuées brillantes et argentées contrastait étrangement avec les nuages plus sombres et plus lourds qui nous enveloppaient en passant à côte de nous , et nous laissant à peine voir quelques lambeaux de paysages; de l'autre, le pic aride, caveloppe en partie de sa cape de brouil*

lards et de nuages, montrait à nu des blocs de pierres chauves. Tout cela était d'un effet prodigieux, gigantesque, et notre imagination voulait relever encore ce tableau colossal.

«Nous aperçûmes d'énormes albatros entoures de leurs petits , qui semblaient, dans ce lieu presque inaccessible, défier les chasseurs et les pièges. Cet oiseau est le plus colossal des oiseaux aquatiques. Son plumage est du blanc le plus éclatant et le plus pur, excepté sur le dos et au bout des ailes , où il est gris. II ne pond qu'un œuf, auquel il forme un nid par terre en l'entourant d'une sorte de petit fossé.

Le petit, une fois éclos, est encore une année sans pouvoir voler; il est alors couvert d'un épais duvet blanc plus beau que le plus bel édredon du nord.

« Comme nous les approchions, ils produisirent un grand bruit en faisant claquer leur bec avec une rapidité étrange. Ce bruit et le contenu de leur estomac , qu'ils vomissent à volonté , sont leurs seuls moyens d'attaque et de défense. Mes compagnons firent un grand carnage des vieux, qui ont beaucoup de valeur pour leurs plumes : ils tuèrent, en les frappant sur la tête, tous ceux qu'ils purent approcher. Surpris à terre, ces oiseaux échappent assez difficilement , à cause de la largeur de leurs ailes, qu'ils ne déploient que sur un terrain très en pente. Or, nous les avions attaaués sur un plateau , et on n'eut pas aie peine à joncner la terre de leurs cadavres. Un coup sur la tête les tue presque toujours immédiatement.

«Cinq mois plus tard, ajoute M.

Earle, dans une seconde excursion, nous trouvâmes les petits que nous avions épargnés, encore installés sur leurs nids. Ils y sont nourris pendant un an par leur mère. L'aspect de ces oiseaux, ainsi nichés, est gracieux; leur plumage est d'une grande beauté.

Telle est la grosseur de ces albatros, qu'un seul suffit pour charger raisonnablement un homme. Comme on les écorchait à notre retour, je vis qu'ils étaient biea bardés de graisse, et on

me dît que cette graisse était excellente |>our les fritures et autres usages alimentaires. Quant à la chair, elle est aussi délicate que Tagneau et d'un goût aussi fin.

« Outre les albatros, les chiens avaient chassé et pris quelques petits oiseaux de la grosseur de nos perdrix, mais qui ressemblent plutôt au pingouin. Le mâle est d'un noir luisant, et porte sur la tête une grosse crête d'un rouge très-vif; la femelle est brune. Ils se tiennent ordinairement bien droits sur leurs pattes d'un beau jaune et courent avec une grande rapidité; mais, en revanche, leurs ailes sont petites et ne leur servent point

Sour voler. Du reste, ils sont armés 'éperons solides pour se défendre, et peut-être aussi pour se tenir plus ferme au milieu des rochers en pente, où ils sont toujours. Les marins appellent cet oiseau coa, sans doute parce que le seul cri qu'il fasse entendre , forme le mot co<i d'une manière assez distincte.

La chair du co^ est tendre, grasse et d'un goût exquis.

« Nos compagnons paraissaient enchantés de leur succès, bien qu'ils eussent encore à porter la charge énorme de leur gibier à travers de larges plaines, et par des sentiers difficiles et très-dangereux.

« Un jour , nous visitâmes ce qu'ils appellent un fourré à pingotdns,

« Nous entendions le baragouinage des pingouins , bien avant de toucher à terre : c'était un caqueta^e trèsbruyant. Des compagnies de pingouins volaient çà et là sur la grève; mais l'épais fourré de hautes herbes qui servait comme de chevelure au coteau semblait être leur quartier général , et nous ne pouvions les y distinguer, ne trouvant pas d^ndroit où nous puissions amarrer notre bateau en sûreté; je me jetai à la nage avec deux des nôtres, ayant tous trois un sac attaché au cou pour y mettre les œufs, et le quatrième resta dans le bateau à distance convenable du flot.

« Je crois que l'espace de terrain occupé par cette caravane d'oiseaux (si ]e puis leur donner le nom d'oiseaux)

a pour le moins un mille 4e éxeaS^ rence. Partout ce terrain est omiioi d'un fourré' d*herbes plus haatcsqne des hommes, et vous voyez, surtoui les petits coteaux surmontés d'an ne de rocher qui domine la grève, iei groupes de ces oiseaux au r^ard îsn et singulier au delà de toute expressitm. Quant au bruit qu'ils faisaient avec leur. ramage, il m'est impossible d'en doe»

ner une idée; cela est eiïrayant. Gependant il fallut bien pénétrer dans oes fourrés , au grand péril de nos pauvits oreilles. Mais comment décrire» seèae

Î[ui s'offrit à nous ? C'étaient des flii)lers, des millions de ces monstres bt- ■' pèdes, rôdant et criant de tous côtés = avec leur voix presque humaine, ben-

{;lant tous à la lois , et couvrant si bin a terre, au'il était difficile de mankr sans en écraser quelqu'un. La fonne^ de ces animaux, leurs curieux moafements, et surtout leur voix d'homme^ me. déroutèrent, et je me crus transporté dans le royaume des p^gmées.

La régularité , l'ensemble de leurs mouvements , leur manière de se tenir par rangées, comme une armée dans on camp, me surprirent et m'aoïusèreat beaucoup.

Ces animaux ne bougèrent pas à notre approche, seulement leur ^vantable ramage redoubla. Onfiitobiigé de les faire déguerpir de leurs nids, et ce ne fut pas sans une résistance désespérée de leur part, armés qu'ils sont d'un excellent bec. On avait doue à protéger sans cesse ses jambes et ses mains contre leurs coups, et pour cela, chacun des chasseurs s'était muni d'un petit bâton court. Les mateloti prétendent que les pingouins crient d réuètent toujours, pendant qu'on leor vole leurs œufs : 0>ver em tqtî eaotr em up ! ( lardez-les I lardez-les ! ) Et, dit M.' Éarle, Ton me croira si i'oo veut, mais j'entendis ces mots si distinctement prononcés par plusieurs voix , que je me détournai pius d'uM fois pour voir si je n'avais pas d'booQ* me auprès de moi. »

Une ciiose étrange, c'est que œs bizarres animaux sont presque ioeessaounent en guerre dvde, ainsi gue

OGÉÀNIE.

les éléphants de mer. Comme ils se tiennent toujours par rangées bien formées, bien alignées, celui qui se sent Tenvie ou le besoin d*aller prendre un !>ain de mer est obligé de passer entre jeux Gles; or tous les autres pingouins !e lardent sur son passage , et il s'en tire quelquefois fort mal. Bien plus :

tous ceux aue nous faisions déguerpir le leurs nias étaient Içirdés par les autres en traversant les rues du fourré )our aller prendre rang.

Chaque remellepond trois oeufs, les X)uve, et quand les petits sont assez forts pour se rendre à la mer , ils y ront, et ne reprennent terre qu'au printemps suivant. Pendant la mauraise saison , la ville ou le fourré est iéserte, ce n'est plus qu'un amas de ruines; mats quana le soleil vient faire repousser les maisons , la population revient aussi et le ramage recomnence.

« Après avoir subi les criailleries infernales et les coups de bec des pin:

;ouins, nous nous trouvâmes avoir ranassé un millier d'œufs, à peu près )areils, pour la forme, la couleur et la lature de la coque, aux œufs de canne, ît il ne nous avait pas fallu plus d'une leure pour faire cette provision. Qu'on uge par là du nombre des pondeuses!

Encore avions-nous fait notre excurûon de très-bonne heure et avant que a ponte pût être complète, parce que, ians ce dernier cas, on est exposé lussi à rapporter beaucoup d'œufs iouvés.

« Peu de jours après , dit le narraleur, j'eus occasion de voir de près des éléphants de mer. Dans la belle saison, ces éléphants viennent coucher e long des grèves , et ne s'effrayent à 'approche d'un homme que lorsque %lui-ci veut les troubler. J'avais Tinention et le désir de peindre d'après )ature un de ces animaux : c'est pourluoi je pris mon album, mon bagage le peintre , et je m'allai installer tout )rès d'eux, bien siir que jamais molèles aussi impassibles n'avaient posé )lus immobiles pour moi, habitués que (ont ces éléphants à rester des semailes entières dans cet état d'engour-

dissement. Je n'avais qu'une précaution à prendre, c'était de leur jetef de temps à autre de petits cailloux pat la tête, pour voir leurs yeux, en les forçant à s'éveiller. Mais, par bonheur, les mouches m'épargnèrent les trois quarts de la besogne : elles ne cessèrent de leur tourmenter les paupières et les narines , et je fis une excellente étude du groupe que j'avais sous les yeux.

•c Ils me regardèrent d'abord avec une sorte d'étonnement, en soulevant leurs têtes colossales; mais comme tout était tranquille, et que je ne faisais aucun brmt, ils me prirent sans doute pour un rocher, et se disposèrent de nouveau à dormir. L'éléphant de mer est l'animal le plus informe qu'on connaisse. »

ARTISTE-VOTAOBUR ÉGARÉ DANS CHB ILB.

Voici dans ces parages la dernière et terrible aventure de M. Earle , dont nous devons le récit à M. de Sainson , artiste - voyageur , et homme d'esprit comme lui. «Un jour, dit-il, M. Earle demanda à accompagner les hommes de corvée. Muni de son album , il voulait rapporter quelques croquis des sites sauvages de cette terre, où jamais peintre n'avait mit le pied. L artiste laissa donc les travailleurs sur la plage, et gravissant des blocs noirâtres, il découvrit des cavernes profondes, marcha d'un point de vue a un autre, toujours plus curieux , plus ardent à cette recherche, jusqu'à ce qu'enfin , arrivé dans une morne solitude, un effroi involontaire le saisit; un vague pressentiment d'abandon courut dans tous ses membres; il frissonna; puis, baigné de sueurs froides, courant à perdre haleine, il se précipita vers un pic d'où l'on découvrait la plage et la baie. Désespoir! La plage, animée tout à l'heure , retentissante de voix humaines, est désertée et muette ! la baie est vide! plus de chaloupe, plus de navire! la mer seule, grossie, déchaînée, de calme qu'elle était, et au loin, bien au loin, le petit sloop , qui lutta ooft-

tre la vague, et qui semble , avec son pavillon anglais, dire à la fois un adieu, et demander un pardon au malheureux qu*i) abandonne.

«Longtemps l'artiste-voyageur resta cloué à sa place, l'œil fixe et hagard, les cheveux hérissés, résigné à périr. Le soir pourtant, il descendit vers le rivage y chercher un asile. Mais au versant d'un coteau (ses yeux le trompent-ils?) il aperçoit une cabane, une chaumière anglaise, avec sa haie bien taillée et sa barrière blanche. Les pots au lait brillent exposés sur un banc auprès de la porte; un diien aboie, et Dientôt un nomme accourt qui interpelle en anglais cet être tomoé devant lui comme une apparition. Non , l'artiste n'a point rêvé ! C'est un compatriote, cest un caporal anglais, maître et seigneur de rlle, au nom de S. M. Britannique. On se parle, on s'explique, on s'embrasse, et M. Earle est accueilli sous le toit de son hôte. Bientôt arrivent une femme et un enfant, complément de la colonie; et l'artiste a une famille sur cette île qu'il croyait déserte.

« Il y vécut quatorze mois, soigné, console, nourri. Ses hôtes s'étaient habitués à leur vie solitaire. Ils se trouvaient heureux. Quelques bestiaux bien soignés qu'on échangeait à l'occasion contre du biscuit et du thé, un ménage pauvre, mais propre, une maisonnette close et abritée; telles étaient les ressources de cette petite colonie.

Les nuits étaient longues , les soirées tristes. Le nouveau venu apporta la vie sous le pauvre toit. Il possédait son ablum, c'était tout! Pour payer une hospitalité généreuse, M. Earle apprit à lire à l'enfant , et bientôt , pour lui enseigner h écrire, il sacrifia les revers des pa^es de son album.

« J'ai vu ce précieux livre, riche des beautés sauvages et grandioses de cette île singulière. On eût dit que le désespoir du peintre avait jeté sur toutes ces scènes une teinte particulière de terreur. Il y avait quelque chose de saisissant à parcourir ces feuilles, où tout portait un si grand caractère; et puis les griffonnages informes de

l'enfant tracés derrière ces beam dessins, n'étaiejit pas la partie li moiia intéressante de ce singulier recaeîL

« M. Earle, à l'époque oui fappis les détails de sa bouche, avait eocon un souvenir pénible de sa longue ilfortune : ses récits me représentaiot cette île comme une terre désolée, solennelle, affreuse, où la natorei réuni toutes ses grandeurs les pioi austères. Il me racontait ses coai»

toujours périlleuses à travers le chtt des rochers; ses chasses au pltoffix, où le caporal réalisait des prnngei d'adresse; et la guerre plus ùat qu'il faisait aux pingouins, quand, ib le soir, ces oiseaux singuliers s'asseoblaient comme en conseil sous m roche isolée , et se laissaient taa ï coups de bâton , immobiles et ^ra^ comme des sénateurs romaiossurleff chaise curule. Peut-être la oonstrodîQ»

de ces palmipèdes lesempécbe-t-elie^ prendre vivement leur essor à Faspeâ du péril , et leur stupidité apparente tient-elle à leur appareil de vol. &* bitants des régions polaires, les p gouins n'ar/ivent d ailleurs dans eei latitudes que poussés par la tempête et fatigués de leur lutte contre le veol.

On peut concevoir alors que les chasseurs en aient bon marché , et les assomment un à un jusqu'au dernier.

« Enfin, après quatorze moisd'eiilt un navire relâcha dans l'île, et «iw« un canot à terre. M. Earle obtint « capitaine une place à bord,etqHitâ l'île, après avoir embrassé ses bosjHdliers habitants. »

Trente ans auparavant, cette tef« sauvage et alors déserte avait été )e théâtre d'une scène analo^e à cék^ précède. Le savant botaniste du P*!* Thouars, de relâche sur l'île en ITIJi s'oublia, dit d'Urville, à la recher* dequelqups plantes, et, perdu daosKS terres, il y passa une nuit sousw arbre. Le lendemain , s'y croyant iljfr donné, il commençait à reconnalW déjà quelles ressources elle pouvait «• frir, quand une embarcation se détacha du navire pour venir le cberchef- Le botaniste en fut quitte pour iapaff- Cette Ile est par ^7^9 de latitude wv?

OCÉANIE

5tt»

14* 92f de longitude ouest (cascade).

Ule est accompagnée de deux îles nomnées par les Français V Inaccessible et 'lie des Hossignois,

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