I.’IIMV ERS
rie nègres, différant entre elles par les traits principaux que les loyageurs modernes ont aussi indiriués comme des dissemblances , suit à l'égard du teint qui fait les nègres noirs ou les nègres cuivrés, soit à l'égard d’autres formes non moins caractéristiques.
■Vautres guerres avaient pousse 1rs égyptiens en Arabie, et contre le grand empire d’ \ssi rie ; les Arabes , les Assyriens, les Medcs , doivent donc se trouver figures sur 1rs monuments égyptiens; ils y sont en effet. Les Indiens y paraissent non moins fréquemment ’ parce que l'Égypte guerroya ave e les Indiens et sur terre et sur mer. Kllc connut aussi les Ioniens, et par conséquent la race grecque ; ou les retrouve, en effet , dans ries peintures de simple ornement , exactement tels que les plus anciens vases grecs nous les font connaître, avec l’antique ddamvde, le carquois sur l’épaule, l’arc d’une main et la massue de l’autre , ou bien la lyre en main , dans des scènes domestiques. Enfin, la race blonde de l’Europe fut également connue, et tigurée par les Égyptiens des temps anterieurs à la guerre de Troie , et leur costume n’annonçait pas, pour ces temps reculés et chez les Européens, de grands pas de la carrière de la civilisation : ils ci.iicnl encore couverts de peaux avec le poil , et tatoues pour toute parure.
Telle était la science ethnographique de l'Egypte , dans les temps primitifs de l'histoire écrite, et pour une époque certaine, intermédiaire entre Abraham et Moïse. Ce sont les tombeaux royaux de cette époque qui ont fourni les cléments de cette curieuse et importante observation ; il est juste d’en laisser parler celui qui l’a laite, et qui nous en a expliqué toute l’importance pour l’histoire. Champpllion le jeune raconte ainsi re qu’il a vu :
« Dans la valleo proprement dite de Biban-el-Molouk , nous avons admiré, comme tous le* voyageurs qui nous ont précédé», l’étonnante fraîcheur des peintures et la finesse des sculptures de plusieurs tombeaux. J’y ai fait dessiner la série de peuples figurée dans
des bas-reliefs. J’avais cru d’abord, d'après les copies de ces bas-reliefs publiées en Angleterre, que ces peuples , de race bien différente, conduits par le dieu Horus, tenant le bâton pastoral, étaient les nations soumises au sceptre des Pharaons; l’étude des légendes m’a fait connaître que ce tableau a une signification plus générale.
Il appartient a la 3' heure du jour, i elle où le soleil commenccà faire sentir toute l’ardeur de ses rayons , et réchauffe toutes II» contrées habitées de notre hémisphère. On a voulu y représentrr , d’après la légende même , les habitants de l’Kgjpte et cru.! des contrées étrangères . Nous avons donc ici sous les yeux l’image des diverses t ares d’hommes connues des Égj ptiens, et nous apprenons en meme temps les grandes divisions géographiques ou ethnographiques établies a cette époque reculée.
« Les hommes guidés par le pasteur des peuples, Horus , appartiennent à quatre familles bien distinctes. Le premier ( n° 1 de notre planche ) , le plus voisin du dieu, est de couleur rougr sombre, taille bien proportionnée, physionomie douce , nez légèrement aquilin , longue chevelure nattée, vêtu de blanc; les légendes désignent (Vite espèce sous lenomde H< t-cn-ne-r6me, la race des hommes, les hommes par excellence , e’cst-ii-diro les Égyptiens.
» llnepcutyavojraiK une incertitude sur la race dccelu: qui vient apres (n° 'l denotctplarichcy, il appartient à la race des nègres, qui sont désignés sous le nom general de NAUASI.
« l.o suivant présente un aspect bien différent : (n° 3 de la planche } peau couleur de chair tirant sur le jaune, mi teint basané, nez fortement aquilin, barbe noire, abondante et terminée en ]>oiiite , court vêtement de couleurs variées ; ceux-ci portent le nom de NAMOU.
« Enfin , le dernier ( n° 6 de la planche ) a la teinte de peau que nous nommons couleur de chair, ou peau blanche de la nuance la pins délicate, le nez droit ou légèrement voussé, les veux bleus . barbe blonde ou rousse ,
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taille haute et très-élancée , vêtu de peau de bœuf conservant encore son poil , véritable sauvage tatoué sur diverses parties du corps ; on les nomme TA M HOU.
« Je me hâtai de chercher le tableau correspondant à celui-ci dans les autres tombes royales , et, en le retrouvant en effet dans plusieurs , les variations que j’y observai ine convainquirent pleinement qu'on a voulu figurer ici les habitants des quatre parties du monde , selon l’ancien système égyptien , savoir: 1° les habitants de r Egypte, qui, à elle seule, formait une partie au monde, d’après le trèsinodeste usage des vieux peuples; 2° les habitants propres de I ' AJrique , les nègres; 3° les Asiatiques ; 4° enlin (et j’ai honte de le dire, puisque notre race est la dernière et la plus sauvage de la série ) les Européens qui , à ces époques reculées, il faut être juste, ne faisaient pas une trop belle ligure dans ce monde. Il faut entendre ici tous les peuples de race blonde et à peau blanche , habitant non-seulement ï Europe , mais encore l'Asie , leur point ae départ.
" Cette manière de considérer ces tableaux est d’autant plus la véritable que, dans les autres tombes, les mêmes noms génériques reparaissent et l’oostamment dans le même ordre. On y trouve aussi les Égyptiens et les Africains représentés dé la même manière, ce qui ne pouvait être autrement : mais les Narnou (les Asiatiques ) et les Tainhou ( les races européennes ) offrent d’importantes et curieuses variantes.
» Au lieu de l’Arabe ou du Juif (n*3), si simplement vêtu, figuré dans un tombeau, l’Asie a pour représentants dans d’autres tombeaux (ceux de Rhamsès- Meiamoun , etc.) trois individus toujours à teint liasané , nez aquilin , œil noir et barbe touffue, mais costumés avec une rare magnificence. Dans l’un, ce sont évidemment des Assyriens :
leur costume, jusque dans les plus petits détails, est parfaitement semblable à celui des personnages gravés sur les cylindres assyriens; dans l’autre, les
peuples Modes, ou habitants primitifs de quelque partie de la Perse, leur physionomie et costume se retrouvant en effet, trait pour trait, sur les monuments dits persépolitains (n° 4 de la planche). On représentait donc l’Asie par l’un des peuples qui l’habitaient, indifféremment. Il en est de même de nos bons vieux ancêtres les Tamhou (n»6 de la planche ); leur costume est quelquefois différent; leurs tètes sont plus ou moins chevelues et chargées d’ornements diversifiés: leur vêtement sauvage varie un peu dans sa forme ; mais leur teint blanc, leurs yeux et leur barbe conservent tout le caractère d’une race à part. J’ai fait copier et colorier cette curieuse série ethnographique. Je ne m’attendais certainement pas, en arrivant à liiban-el-Alolouk , d’y trouver des sculptures qui pourront servir de vignettes à l’histoire des habitants primitifs de l’Kurope, si on a jamais le courage de l'entreprendre. Leur vue a toutefois quelque chose de flatteur et de consolant, puisqu'elle nous fait bien apprécier lechemin que nous avons parcouru depuis. » La figure n° 5 est celle d’un Grec ou Ionien.
L’origine de la race égyptienne une fois déterminée, continuons à l’observer dans sa migration sur les rives inférieures du Nfi , et, s'il est possible, voyons comment elle s'établit et se constitue dans ses nouvelles demeures; comment de simple colonie, elle s'élève au rang de première nation du monde, par sa sagesse comme par sa constitution sociale.
L’état de la civilisation de l'Éthiopie, au moment où une colonie en sortit pour aller habiter au nord de la cataracte actuelle de Svène, nous étant inconnu, on ne saurait dire avec quelque certitude si les Éthiopiens, parn enus en Égypte, eurent a subir les divers degrés* d’épreuves et de progrès que les philosophes modernes supposent inévitables pour des peuples qui se sont formés loin des préceptes et des exemples d'une civilisation antérieure, voisine ou éloignée. L’idée seule do quitter la terre qui la nourrit, pour
aller en chercher une autre , suppose qu'une population a déjà échappé à l’état de nature, à l’usage unique des productions spontanées de la terre , à l'état de simple chasseur ou de pécheur qui sait ajouter à l'insuffisance de ces réductions. Les premiers habitantsde Egypte étaient au moins déjà formés en tribus nomades, sans depieurefixe il est vrai , et tels que sont encore les Arabes Bédouins; mais l'esprit d’association avait déjà pénétre dans ces peuplades vagabondes ; l’esprit de famille se manifestait aussi dans toutes leurs coutumes : il y en eut de générales pour toute la tribu, de particulières pour son chef et son protecteur:
c’est le commencement d’une organisation régulière , une première idée d'intérêts généraux et de justice. La suite des siècles développa ces germes précieux; les familles, en se lixant isolément sur les bords fertiles du Nil, y implantèrent sans y penser la tribu tout entière; une terré prodigue de biens, presque sans peine et sans travail, l’y attacha pour jamais; des demeures permanentes s'élevèrent, leur voisinage en lit des bourgades et des villages ; le progrès de cette civilisation, d'abord agricole et dotée ensuite de tout le luxe des arts, en fit enfin des cités grandes, et puissantes. C’est dans la Haute-Égypte qu’on jeta les fondements des premières ; les points les plus anciennement habités furent les territoires de Louqsor et de Karliac à Tlièbes, ensuite ceux où s'élevèrent plus tard les villes d'Esné , Efou et les autres villes du Saicl , au-dessus de Dendera. La population continua de descendre à mesure qu’elle fut surabondante dans les régions supérieures. Elle s’arrêta d’abord dans l'Egypte, moyenne , et s’établit enfin dans la Basse-Egypte, à mesure que l’exhaussement dit sot , la végétation et l’établissement des canaux principaux en desséchèrent le sol, assainirent le climat et la rendirent habitable. L’agrieulture, qui assurait les produits nécessaires à b subsistance des habitants du pays , était leur seule occupation ; l’ulee de commerce n'était pas encore
venue à leur esprit , aucune nécessité publique ne l’avait prov oquée, et, entre les particuliers , il ne pouvait y avoir qu’un commerce d’eehangc purement accidentel et momentané.
L'empire de quelques règles s'établit par l'effet de leur utilité générale; ce fut le premier germe d'une législation nationale, et , après une première idée d'ordre public, il est très-vraisemblable que toutes les autres se succédèrent avec rapidité ; que ccttc population , que d’abord aucun lien commun n'unissait étroitement , s'aggloméra de plus en plus , mit ses interets en commun. et forma enfin, par une communauté de vues et d’entreprises une nation qui, se donnant ou acceptant de bon gré une langue, une forme de gouvernement, des lois, une religion, récriture, les arts utiles et les beauxarts, s’assura par sa sagesse la longue possession de tous ces avantages , et remplit enfin 1e monde entier d’une durable renommée.
Les commencements de ces grandes institutions nous sont inconnus , connue ceux de la nation même qui leur fut redevable de toutes scs prospérités. L'histoire écrite nous a conservé quelques souvenirs dont la fidélilé pourrait être suspectée ; le témoignage des monuments encore subsistants est pour nous d'un autre poids , et il ne saurait être légitimement infirmé ou mis en doute , si l’interprétation de ces documents si authentiques ne s’écarte pas dans ses expressions des règles de la saine critique historique, et n’en tire que des conséquences dont la simplicité corrobore l’évidence.
C’est d'après ces moyens éprouvés que nous allons exposer les notions qu'il nous est possible de réunir ici sur les principales institutions publiques de l'Égypte: les monuments éclaircis au moyen des relations écrites par les anciens, et les recherches faites par les savants modernes , doivent nous servir de guides : nous dirons , non pas comment furent les choses au commencement de l'empire égyptien , mais comment elles étaient à
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l'époque la plus reculée à laquelle il nous a été permis de parvenir par les monuments contemporains de chaque siècle, et dont l’antériorité relative de l’un à l'autTe forme une échelle rétrograde des temps historiques , qui peut être remontce avec certitude depuis le règne d’Auguste, qui réduisit l'empire égyptien à une préfecture romaine , jusqu’au vingt-troisième siècle avant le règne de ce prince. Nous pouvons savoir comment l'Égypte était alors ; de riches et nombreuses populations se partageaient l’Asie , et celle de I In de n’était inférieure à aucune autre; les annales du grand empire d Assyrie nomment pour ces mêmes époques, Belus, Ninuset ensuiteSémirwnis; les Hébreux nomment aussi Abraham à la dixième génération après leur déluge, et à plus de trois mille ans après Adam. Enfin , peu après ces memes temps, des peuplades encore barbares tombent comme un fléau dévastateur, des régions hyperboréennes, sur la civilisation égyptienne, détruisent ses ouvrages et arrêtent sa marche pendant trois siècles. Quand le Beau eut cessé, les débris de l’industrie anterieure furent amassés religieusement , et ]es anciennes institutions rétablies “ avec la nationalité égyptienne, par 1e courage et 1c génie des rois égyptiens. On peut donc, par ces diverses données historiques et monumentales , savoir ce qu’était l’Égypte comme nation , bien des siècles avant que les peuples de l’Occident apparaissent dans les annales humaines :
et c’est un phénomène digne de la plus «rieuse attention , que l’Égypte possédant a ces époques si reculées toutes les institutions civiles, religieuses et militaires, indispensables à Ta prospéntéd un grand peuplc.et toutes les jouissances que le luxe des arts peut ajouter à la possession des avantages qu’assurent l'autorité des lois civiles et religieuses , la culture des sciences et le sentiment profond de la dignité et de la destination de l'homme.
! X. UOI VP.RSF.MF.XT.
L’organisation sociale de l’Égypte
3" Livraison, (^oypte.)
ne put échapper au désavantage des modmeations successives auxquelles la condamnèrent son inexpérience ou des
ambitions heureuses;carontrouveaussi
al origine des sociétés, des hommes entreprenants, plus soucieux d’assurer eur domination que de travailler au bonheur de leurs semblables. Le despotisme d’un seul , secondé par des intérêts qui le firent tout-puissant, tut la première loi que l’Égypte connut. Faut-il conclure de ce fait, dont toute l’antiquité rend témoignage, que le caractère de la population égyptienne la portait à souffrir cette servitude , et lui appliquer une opinion d’Aristote et de Platon , d’après laquelle la forme du gouvernement qui pesa dans tes premiers temps sur l'Égypte, n’aurait *té que la conséquence de la mollesse des mœurs et de la pusillanimité des esprits? On ne saurait répondre avec fronde réserve à une telle question, et il est naturel de penser que fa colonie venue de l’Éthiopie en Égypte, quelque peu nombreuse qu’elle pût être, n’y descendit pas sans un chef, sans se soumettre au moins à la direction d’un ancien, autorité alors toutepuissante. L’habitude put donc porter la population égyptienne à accepter une forme de gouvernement sur laquelle on ne l’appela vraisemblablement pas 5 délibérer, et qui ne lui parut pas mauvaise, puisque son inexpérience ne lui en révélait pas de meilleure.
Get état de choses ne fut pas de longue durée. Il y eut du despotisme au commencement de l’existence sociale de chaque nation , et il est vrai de dire que, relativement à leur avancement intellectuel, ce régime n’avait pas tout l’odieux que ce inot comporte dans l’opinion acs sociétés modernes qui prétendent à la jouissance légale de tous les biens que la culture de (esprit leur a révéles. La théocratie, ou gouvernement des prêtres, fut le premier que les Egyptiens connurent; et il faut encore donner à ce mot prêtres l’acception qu’il avait dans ces temps reculés, où les ministres delà religion étaient aussi les ministresde la science, de sorte qu’ils réunissaient en eux les
deux plus nobles missions dont l'Iioimne puisse être investi , le culte de Dieu et celui de l’intelligence. Du reste, en tait de despotisme (et nous ajoutons ces réflexions pour rassurer les lecteurs trop prompts à s’alarmer sur la condition sociale des premiers Egyptiens), il y a du despotisme de tant de façons, que les Egyptiens durent en accepter une comme condition nécessaire : il y a en effet, dans le gouvernement tliéocratique, chance de despotisme reli-
Sieux ; dans la monarchie, chance de espotisme militaire ; dans l'aristocratie ou olygarchie, chance de despotisme nobiliaire; dans la république, chance de despotisme populaire : partout chance d’oppression. Le bien relatif sera là où ces chances sont les moindres , et tel est le gouvernement monarchique tempéré. C'est donc une heureuse invention que la constitution qui répartit l’autorité législative à trois pouvoirs, système qui ne différé de la république que par l’hérédité du pouvoir executif, combinaison entrevue par les anciens, mais plus facile à imaginer, disait Tacite, qu’à réaliser. Toutefois l'obéissance passive dut être la grande vertu publique de la nation égyptienne sous le gouvernement théocratique. L’administration était sous la direction du grand-prêtre qui, au nom de Dieu même, transmettait ses ordres dans tous les cantons du pays. Le gouvernement des premiers kalifes sur les Arabes était aussi une théocratie , mais plus parfaite que celle de la primitive Égypte : ici le gouvernement pouvait être sans contradiction injuste, oppresseur et ennemi de tout progrès ; on ne sait pas s'il se montra ainsi. La nature de l'homme, alors que rien ne ralentissait l’ardeur de ses passions, semble le faire craindre : ce que la tradition a conservé des formes et de l’action de ce gouvernement nous montre ee pouvoir habile à s'établir et à se fortifier par les institutions les plus favorables à ses vues. Ainsi il divisa d’abord la nation égyptienne en trois classes distinctes : les prêtres, les militaires et le peuple; le peuple seul
travaillait, et le fruit de toutes ses peines appartenait au gouvernement.
Il en employait une partie à solder les militaires, qui contenaient le peuple dans le devoir, et il disposait du sur-
{ilus a son gré: les deux classes priviégiées maintenaient ainsi la troisième dans l’esclavage. Du reste, ces malheurs ne frappèrent pas l'Égypte toute seule; l'Inde et la Perse’ en Orient, les Gaules dans l’Occident, subirent aussi le joug théocratique , et pour l’Égypte, ce ne fut même qu’une coutume importée de l'Ethiopie où, selon Diodore de Sicile, les prêtres disposaient de la vie même des rois.
Mais les progrès que le temps réalise inévitablement partout, amenèrent en Égypte un notable changement dans cet état de choses. La rivalité naquit entre les deux premières classes : les militaires se lassèrent d’obéir aveuglément aux prêtres; une révolution éclata, un chef militaire se saisit du pouvoir, établit le gouvernement royal et son hérédité pour scs descendants ; il changea ainsi et améliora, on peut le dire,retatsocialderÉgyptc,etconsacra les progrès qu’elle avait faits par la succession des siècles. Ce chef se nommait Menai ou Ménès: il est inscrit comme le premier roi dans les listes des dynasties égyptiennes de Manétlion , et sur un grand nombre d'édifices égyptiens encore subsistants , dont quelques-uns, classés par leur date parmi les plus anciens monuments de l'Égypte, corroborent par leur autorité celle qui est propre à ces listes connues et adoptées par toute l'antiquité savante. Cette grande révolution politique en Egypte eut, sur l’état général de la nation , une inlluence dont nous devons rappeler les principaux effets.
Du despotisme sacerdotal qui commandait, au nom du ciel, une obéissance entière , les Égyptiens passèrent sous l'autorité d’une monarchie civile tempérée, qui les rendit libres, sages et heureux. Le chef de l'état était roi , et son pouvoir passait, dans l’ordre de primogéniture, à ses enfants mâles, à ses filles s’il n’avait pas de garçons, enfin à ses frères et
Dioiti
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h ses sœurs si sa descendance directe manquait entièrement : on ne pouvait vouloir plus fermement et garantir avec plus de certitude le principe de l’hérédité de la couronne royale. Cette autorité n’était point absolue; elle fut tempérée par l’influence et le concours de la classe sacerdotale , qui ne fut pas entièrement éloignée du gouvernement, quoique réduite cependant à son rôle naturel, celui de diriger l'administration des choses sacrées, d’instruire les peuples par les préceptes de la morale et la pratique des arts.
Elle conserva de plus les magistratures civiles; mais chez un peuple éminemment religieux, les ministres des dieux durent exercer toujours un grand empire sur l’état , sur la marcne et les progrès de la nation qu’ils avaient long-temps gouvernée ; et les lois du pays ne. se dépouillèrent jamais de cet aspect religieux dont la première forme de gouvernement les avait profondément empreintes. Le pouvoir nouveau fut contraint de s’entendre avec le pouvoir déchu, et le sceptre civil d'admettre encore au partage de l’autorité le sceptre sacerdotal. Thebes, chef-lieu du gouvernement théocratique, devint aussi le siège du gouvernement civil; cependant Menés, le premier roi, jeta les fondements de Memphis, qui devint la rivale de Thèbes , une seconde capitale de l'Égypte, et une ville fortifiée. Le fils de Menés poursuivit l’exécution des idées de son père; et c’est de cette ville nouvelle que sortit la famille de rois qui forma la troisième dynastie de ceux de l'Égypte ; les pyramides de Delisebouret ae Sakkarâ furent construites pour leur sépulture, et à cette même époque qui en fait les plus anciens monuments du génie de l'homme, dans le monde connu. ( Voy. planche 10.)
C’est sous le gouvernement royal que l’Egypte prit tout son développement intellectuel; elle montra, disent les anciens , une grande sagacité dans l’étude de la nature et une grande pénétration dans l'invention des arts. Les sciences comme les arts se perfectionnèrent, leur culture s’a-
méliora; les connaissances les plus utiles à la prospérité publique furent particulièrement recherchées, encouragées; l’administration de la cité se completta par leur progrès successif ; elles concoururent au perfectionnement de toutes les institutions civiles : ce que les nations, modernes ont découvert par de longs efforts, l’Égypte l’avait découvert aussi, en avait fait les plus utiles applications à sa propre félicité; et devenue forte et puissante dans tous les arts de la civilisation , elle s'engagea avec succès dans de grandes entreprises militaires, dont l’histoire a conservé quelques souvenirs. Elle fut , par l’effet même de ces progrès, soumise à cette diversité de fortunes dont toutes les grandes nations ont dû subir la commune loi, et l’Egypte n’en fut pas même préservée par cette sagesse profonde aon l’antiquité sacrée et l’antiquité profane lui ont assuré l'honorable renommée, et dont nous allons reconnaître les traces dans un tableau très-sommaire de ses institutions publiques, (ielles-ci remontent à une si haute antiquité, qu'il devient impossible d’indiquer l’anciennetc relative de chacune de ces institutions; les historiens grecs l’ignoraient eux-mêmes, ou ne pensèrent peut-être pas à s’en enquérir :
à leur exemple, nous rappelons les faits dont le souvenir est conservé dans les annales qu'ils nous ont transmises, ou dans les monuments nouvellement interprétés par la critique moderne.