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SI. ÉTAT POLITIQUE DE LA HATIOE

Bien des rechercher, ont été faites pour parvenir à la détermination de fa quantité d’bommes qui existait en Égypte à l’époque de sa prospérité; on a tait entrer, comme une donnée importante dans cette recherche, les immenses travaux exécutés par la nation égyptienne, ses vastes édifices sur terre, ses souterrains, plus vastes encore , creusés dans le liane des montagnes.

(V. planche 12). Aucun peuple ne peut, sur ce point , rivaliser avec l’Égvpte ; il est juste , toutefois , de faire remar»

L’UNI VF, RS.

3 uer que le temps est aussi une autre onnée non moins importante dans la recherche proposée. J .« s prends monuments construits en Egypte, comme les grandes excavations, portent avec eux le témoignage écrit de travaux successivement exécutés durant de longues années , et même pendant plusieurs règnes ; et cette succession (Tannées a dd produire les ouvrages qu'aurait exécutés, en moins de temps, une population plus nombreuse , employée simultanément à ces travaux. Quoi qu’il en soit, celle de l'ancienne Égypte ne paraît pas s'étre élevée au-dela d’un terme moyen entre six et sept millions.

Après la révolution gui substitua le gouvernement des rois à celui des prêtres, Indivision en classes diverses continua de subsister. Cette division était la base fondamentale de lu constitution égyptienne, et la royauté en était le sommet. On peut réduire à quatre le nombre réel de ces classes : les prêtres, les militaires, les agriculteurs et les commerçants. Les bergers, ou gardiens de troupeaux , dont parle Hérodote, devaient etre au service des agriculteurs; les interprètes appartenaient à la classe sacerdotale ou a celle des commerçants , et les marins a l'armée : le surplus de la population était esclave. Elle était assez egalement répandue sur la surface cultivée de l’Égypte. La loi attachait les enfants à la profession de leur père , ils ne pouvaient pas la quitter; et il est vraisemblable que la force d’activité de chaque classe était portée et maintenue au point reconnu nécessaire à l’intérêt général , à la prospérité de l'état et à celle des fanulies : l’histoire dit que cette pros|<érité, fondée sur ces bases, fut d’une longue durée. Le royaume était divisé en préfectures ou nomes , et l’administration religieuse , civile et militaire, y était exercee par des fonctionnaires dont la hiérarchie bien réglée assurait la complète exécution des lois. Il y en avait pour l'établissement des impôts ; ils étaient régulièrement répartis , et on ne peut guère douter qu'd ait existe dans chaque nome uu

terrier ou cadastre authentique qui servait à rendre ces impôts plus équitables. les produits servaient à l’entretien de la famille royale, des prêtres et de l’armée : c'étaient , si l’on veut , les consommateurs ; les deux autres classes seules, les agriculteurs et les commerçants étaient les producteurs:

cela est vrai pour l’Égypte , cela est vrai partout; et partout aussi l'apologue des membres et l’estomac servit à redresser les conclusions trop tôt tirées de ce simple rapprochement. On affirme aussi, et avec une vraisemblance qui a pour elle quelques traditions anciennes , que des assemblées politiques et solennelles étaient ronvo-

3uccs par le roi ou par la loi, soit dans es circonstances extraordinaires, soit pour régulariser le taux et la nature des impôts, soit enlin lorsque, les changements de règne , et surtout les changements de dynastie, les rendaient nécessaires. Chaque nome envoyait un nombre de députés à rassemblée générale de ceux de la nation , et c'est dans le labyrinthe qu’elle se réunissait.

Cet édifice célèbre a été vu par Hérodote; il subsistait encore au temps de Sfrabon : il nous semble rappeler , par sa forme et sa distribution , une des plus importantes institutions politiques de l'antiquité; et c’est sous ce rapport qu’un vif intérêt doit s’attacher à la description qu’l lerodote donne du labyrinthe , en ces termes :

>• J'ai vu ce monument, dit-il, que j’ai trouvé supérieur à sa réputation ; je crois même qu'en réunissant tous les bâtiments construits, tous les ouvrages exécutés par les Grecs, on resterait encore au-dessous de cet édifice, et pour le travail et pour la dépense, quoique le temple d'Éphèse et celui de Samos soient justement célèbres ; les pyramides mêmes étaient certainement alors des monuments qui surpassaient leur renommée ; chacune d'elles pouvait être comparée à ce que les Grecs ont produit de plus grand , et cependant le labyrinthe l'emporte sur elles. On y voit , dans l’intérieur, douze aulie recouvertes d'un toit, et

ÉGYPTE

dont les portes sont opposées alternativement les unes aux autres. Six de ces <>uhr sont exposées au nord, et six au midi; elles sont contiguës et renfermées dans une enceinte formée par un mur extérieur; les chambres <jue renferment les bâtiments du labyrinthe sont toutes doubles, lis unes souterraines, les autres élevées sur ces premières; elles sont au nombre de trois mille, quinze cents à chaque etage. Nous avons parcouru celles qui sont au-dessus du sol , et nous en parlons d’après ce que nous avons vu; mais pour celles qui sont au-dessous , nous n’en savons que ce que l'on nous en a dit, les gardiens n'ayant voulu, pour rien au inonde, consentir à nous les montrer; elles renferment, disentils, les tomlieaux des rois qui ont anciennement fait bâtir le labyrinthe, et ceux des crocodiles sacrés ; ainsi nous ne pouvons rapporter sur ces rïiambres que ce que nous avons entendu dire. Quant à celles de l'étage supérieur, nous n’avons rien vu de plus grand parmi les ouvrages sortis du la main des hommes : la variété infinie des communications et des galeries rentrant les unes dans les autres, que l'on traverse pour arriver aux mille, cause mille surprises à ceux qui parcourent ces lieux , en passant tantôt d'une des au/a: dans des chambres qui les environnnent, tantôt de ces chambres dans des portiques, ou de ces portiques dans d'autres auU v. I.es plafonds sont partout en pierre, comme les murailles, et ces murailles sont chargéesd’unefoulede figures sculptées en creux ;chacune de ces a// 4c est ornée d’un péristyle exécuté en pierres blandies parfaitement assemblées; à l’angle qui termine le labyrinthe, on voit une pyramide de quarante orgyes de haut , décorée de grandes figures sculptées en relief : on communique à cette pyramide par un chemin pratiqué sous terre. »

Voilà ce ou'a vu Hérodote du labyrinthe, et l'impression que ce vaste édifier produisit sur son esprit. Stralion n'en prie pas en termes moins rlogieux ; il dit que le labyrinthe est

un palais composé d'autres palais , et ce dernier mot donne le sens des aula: d'Hérodote. Il y avait, ajoute Strnbon, autant de cés palais qu'il y avait jadis de nomes. C était un ouvrage admirable, puisque chaque chambre était couverte par une seule pierre, et les cryptes ou couloirs l'étaient aussi par îles pierres portant, sur toute leur longueur, d’un mur à l’autre. Aussi, en montant sur le haut de l'édifice, on avait sous les yeux une vaste plaine en pierres. Les dimensions de l’ensemble sont estimées à 050 pieds de côté. Enfin, comme complément des données relatives à la forme et à la destination du labyrinthe, Strabon ajoute ce qu'il avait appris, que le nombre des plais égalait celui des nomes ou provinces de l'Égypte, parce qu'il était d'usage que les députés vinssent s’y réunir, chacun envoyant scs prêtres ’ct scs prétresses pour faire des sacrifices et pour juger les affaires importantes.

A ces rapports de l'antiquité grecque se lient directement les notions recueillies de nos jours sur les grandes Panêgyries égyptiennes, assemblées à la fois politiques et religieuses, présidées d'ordinaire par le roi ou l'un des princes ses fils, et dont lu célébration est mentionnée sur des monuments encore subsistants, comme un des devoirs les plus essentiels de la royauté. On condutdonc de tout ce qui précède, qu’il y avait dans l'ancien nome Arsinoïte, où était le lac Maris, contrée plus connue aujourd'hui sous la dénomination El- t'aroum , un vaste édifice formé de la reunion de douze plais composés d'un très-grand nombre d'appartements ; que cet édifice était entièrement construit et couvert en pierres assemblées avec une grande perfection; que ces palais étaient adossés ou contigus, sans se communiquer; qu'ils étaient dans une grande enceinte formée de murailles et ornée de colonnes ; que l'accès de ces plais était très-difficile, à cause de la multitude de galeries et de couloirs se croisant dans tous les sens, qui y conduisaient ; et que, privedu secours d'un conduc-

te'jr, un étranger s'y égarait infailliblement. L’ensemble de ce monument frappa d'étonnement et d'admiration tous les Grecs qui le virent, et ils déclaraient que tous les monuments de la Grèce réunis n'égalaient pas celuilà. Cet édifice se nommait le Labyrinthe; le nombre des palais fixé à 12 fait supposer qu’à l’époque où il fut édifié, l'Égypte n’était divisée qu’en 12 nomes , nombre qui fut ensuite accru successivement et porté jusqu’à 36.

L’époque indiquée par le nom du fondateur, selon Mnnéthon, appuie cette dernière conjecture ; ce fut, d’après cet historien , le roi Labarys qui éleva ce merveilleux palais : ce prince était le quatrième roi de la douzième dynastie; u’après les époques connues de l’histoire des Pharaons, le règne de Labarys et la fondation du labyrinthe remontaient à trois mille cinq cents ans avant l’ère chrétienne ; et selon les listes du même Manéthon, Sésostris, à qui la division en 36 nomes est attribuée, est postérieur de dix-neuf cents ans à Labarys. Cet intervalle de temps entre ces deux princes aurait donc suffi aux progrèsdela civilisation égyptienne, qui rendirent nécessaire sa division en provinces moins étendues et conséquemment plus nombreuses. Par une singularité digne de remarque, le labyrinthe était construit dans une province en dehors de la vallée de l’Égypte ; elle était centrale pour tous les nomes; elle en avait un nombre égal au nord et au midi , et , des douze palais , six regardaient aussi au nord , et les six autres au midi. Sur un des côtés du labyrinthe, s’élevait la pyramide qui ornait le tombeau de son ‘fondateur.

Si le labyrinthe fut destiné aux assemblées nationales de l'Égypte, à réunir, dans des occasions solennelles et d’un grand intérêt pour l’état, les députés sacerdotaux, civils et militaires des nomes du royaume, il faut convenir qu’on ne pouvait imaginer une construction plus dignement et plus convenablement appropriée à sa destination. Il était tout-à-fait conçu dans i’esprit général des institutions égyptiennes , qui laissaient si peu libres de

leurs mouvements, et les classes, et les corporations , et les individus. Le sacerdoce toutentier se retrouvait dans ces occasions mémorables ; et ces réun ions du corps sacerdotal étaientcomme de grandes cérémonies religieuses, où l’Égypte tout entière venait s'incliner au même instant devant la divinité; peut-être était-ce là le lieu du conclave pour l’élection du grand-prêtre-roi; pour l’intronisation et le sacre du nouveau roi , quand, après Mènes, ce roi ne fut plus le grand-prêtre; comme le fut plus tard le grand temple de Phtha à Memphis sous les Ptolémées, sans doute à l’imitation des Pharaons , nui abandonnèrent le labyrinthe. Dans les mêmes circonstances ‘et dans ce même lieu , les grandes mesures d'administration , les grands intérêts de la guerre et de la paix, l’examen des ressources publiques, de leur variation et de ses causes, leur emploi au développement des plus utiles etablissements publics, à des entreprises militaires dans lesquelles il pouvait entrer, quoiqu’offensives, plus de prévisions de sûreté que d’esprit de conquête, tous ces grands intérêts de l’Egypte pouvaient être traités dans ces assemblées formées de tous les pouvoirs de l’état , le roi , l’église et l’armée.

On s’expliquerait ainsi ces limites légales mises à l’exercice de l’autorité royale, que l’antiquité mentionne particulièrement parmi les sages institutions publiques de l’Égypte. — Le labyrinthe de Cnosse fut construit sur le plan de celui des Égyptiens, mais les Grecs n’en firent, en l’imitant, qu’une fabuleuse monstruosité, comme de tant d’autres institutions orientales, qu'ils ne cherchèrent même pas à comprendre.

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