‹ L'UniversChapitre 18 sur 42 · L’UN T VI* R S · texte numérisé non relu

L’UN T VI* R S

laie, à penser que lesprêtresdes dieux , des temples et des rois, devaient être honorés par de pompeuses funérailles.

Les monuments recueillis en Kay pic sont d’accord avec cette présomption.

Les plus riches cercueils, en bois peint comme en matières dures, sont des cercueils de prêtres , et leurs momies sont d'ordinaire enrichies de dorures ou d’objets en or massif , plus abondants quand le prêtre appartenait à une classe plus elevée. On remarque au Musée du Louvre les riches cercueils de deux momies môles; ils ont appartenu à deux prêtres de Thèhes :

le corps embaumé de chacun d’eux était enfermé dans un double cercueil, et il n’est pas rare d’en trouver jusqu'à trois, enfermés successivement l'un dans l’autre, et tous les trois couverts de peintures religieuses parfaitement conservées et accompagnées d’un très-grand nombre d’inscriptions hiéroglyphiques. Nous donnerons une idée de la magnificence de ces sépultures par la description , mais sommaire , de quatre cercueils sacerdotaux du Louvre; ils sont tous les quatre en bois peint.

Le premier cercueil avait renfermé la momie d’un prêtre de Thèhes, chargé des offrandes faites à Ammon, à Mouthis-Neïth , à Khons et à tous les autres dieux des régions supérieures et intérieures, hiérogrammate, serilie des temples de 'thèhes , nommé Soutimès.

I je couvercle de ce cercueil offre l’image du défunt avant les liras croisés sur sa poitrine. Les peintures qui le couvrent, et qui sont d’une finesse très-remarquable, représentent ce personnage , adorant successivement les dieux Phré (le soleil), Chnounhis , Osiris assisté d’Isis ou de Nephthvs ; divers animaux sacrés, et le dieu Osiris se levant do son lit funèbre. Sur les pieds sont figurées les déesses Isis et Nephlhvs, pleurant la mort de leur divin frère Osiris. Toutes les parois extérieures et intérieures de ce magnifique cercueil sont couvertes de scenes peintes, dans lesquelles le défunt adore successivement la plupart des divinités égyptiennes, dessinées en pied, ou sous

la forme mystique de sphinx décorés d’insignes variés.

Le second cercueil de la momie de riiiérogrnmmate Soutimès renfermait jadis le précédent ; les peintures qui décorent cette caisse sont exécutées avec plus de soin et de recherche que celles du premier cercueil. On \ remarque également le défunt adressant ses supplications aux dieux Phrc, à Chnouphls assisté de .Neïth , à Osiris, à Isis veuve, et à Nephthvs, déplorant la mort d’Osiris. Lès inscriptions contiennent le nom et les titres de Soutimès, et mie prière qu’il est censé adresser à la grande aine du monde céleste.

Un cartonnage de toile peint servait de couvercle intérieur au second cercueil de la momie de rhiérogrammate Soutimès. Le scarabée du soleil décore la poitrine du défunt. Au-dessous est la déesse Netphé ( Rltéa, inère d’Osiris) , les ailes déployées et tenant l’emblème de la vie. \ droite et à gauche, l’hiérograminate adresse scs prières à divers dieux rt déesses. Les deux colonnes verticales d’hiéroglyphes contiennent le nom et les titres de Soutimès , et se terminent par des invocations à la déesse Netphé.

Le premier cercueil de la momie d’un autre hiérogrammate de Thèhes est celui du nommé Poéris. Sur le côté gauche du cercueil sont les scènes suivantes : I” Le dieu SÔou , .soutenant le ciel par le secours du dieu Clmoupliis, rame du monde; à leurs pieds est le dieu Sèv ( Saturne ) , couché, et dont les chairs sont de couleur verte; 2” le défunt Poéris, adorant les quatre génies des morts; au pied du cercueil la déesse Isis portant les emblèmes de la vie, de la stabilité et du bonheur. Sur le côté droit, I” Osiris, assis sur son trône et assisté de la déesse de l’occident, reçoit de son fils Uorus , accompagné dû dieu Thoth , l’œil symbolique gauche; 2° le défunt Poéris, adorant les quatre génies des morts.

Vers la tête du cercueil on a peint la déesse Nephthvs Ptérophore. Le fond du coffre est "occupé par une magnifique figure en pied de la déesse Isis.

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I.e second cercueil de la momie de l'hiérogrammate prêtre d’Ammon Poeris est sans couvercle. A l'extérieur, vers la tête, est peinte la déesse Nepfathys, entre deux symboles de l'Occident. Côté droit du cercueil :

1° Isis et Nephthys-, odorant Osiris stabiliteur; 2° le défunt Poéris, à la |iorte d’un palais, contemple la scène de la présentation de l'ccil mvstique, faite par les dieux Uorus et Tbôth a Osiris, assisté de la déesse A menti et du dieu Héki ; 3° le défunt adore le dieu soleil, Pliré, dans sa bari ou vaisseau mystique remorqué par des schacals et quatre divinités secondaires :

la bari navigue sur le caractère ciel placé au-dessus d’un serpent, emblème du cours des planètes ; 4° Isis et Nephthys, adorant leur frère Osiris ; S’ la deesse Netphé, au pied de l’arbre mystique, nourrissant de son fruit Pâme du défunt Pocris, et lui versant le breuvage divin. Côté gauche du même cercueil : 1* Isis, Osiris et Nephthys ; 2“ scène déjà écrite , n* t du premier cercueil (Sôou) ; 3° le jugement de l’aine du défunt Poéris, lequel est figuré non loin de la balance, iiortant sur sa main ses yeux et sa bouche, comme pour attester la pureté de ses regards et de ses discours ; 4* le défunt adorant la vache mystique de la déesse Hathôr, sortant d’une montagne sur le flanc de laquelle est la porte de l’hypogée qui devait recevoir la momiedu défunt.

Le musée royal possède aussi :

1* un cartonnage 'de toile peint, avant contenu la momie d’un Tnébain, employé dans la maison royale, nommé Pétof, et qualifié de prêtre d’Ammon.

Le masque est dore. Au centre du ••ollier est une image de la deesse Thmei (la justice) ; au-dessous, le scarabée du I" Hermès déployant scs ailes ornées d'émaux. A droite et à gauche sont les emblèmes de la déesse Netphé (Rhéa) et du dieu Sèv ( Saturne). — l*r registre : le dieu Thôtli, a tête d’ibis, présente le défunt Pétof, assisté de la déesse Amcnti , au dieu Phré assis sur son trône. — Dans le 2* registre sont peintes 17 ensei- 10* Livraison. (Égypte.)

gnes sacrées. — 3* registre : l’Égypte supérieure et l’Égypte inférieure personnifiées, adorant Osiris Sarapis, le dieu de l’inondation. — 4” registre :

le jeune dieu Horus et son Épervier sacré. — 5* registre : la déesse Selk •■tendant ses ailes sur les pieds de la momie.

2” Un autre cartonnage provenant de la inoinic d’un prêtre d Amnion , nommé Afomoutlus. Au-dessus du collier, richement peint, est 1° l’Épervier criocéphale du dieu Chnouphis, la tête surmontée du disque lunaire; 2° une scène représentant le 2e Hermès, Thôth, conduisant le défunt à Osiris assisté d’Isis et des quatre Génies des morts ; 3“ l’Épervicr du dieu Phré ( le Soleil ), les ailes éployées ; 4" les déesses Isis et Nephthys ptérophores; 5° les Éperviers du 1"’ Hermès, affrontés; 6° sur les pieds de la momie, les schacals gardiens des deux hémisphères.

3“ Des scarabées funéraires avec des noms de personnages de divers grades de la caste sacerdotale.

4° Des images funéraires d’individus du même ordre ; lesdites images en bois, terre émaillée, porcelaine, terre cuite ou serpentine , et rappelant par leurs inscriptions les titres variés des personnes défuntes pour lesquelles ces images furent faites , et ces images étaient renfermées dans des coffres placés à côté des momies dans les tombeaux. Enfin, il existe aussi, provenant des tombeaux de la caste sacerdotale, des vases funéraires contenant les parties intérieures des corps, séparées de la momie et embaumées. On comprendra qu’en Égypte, comme dans tous les pays, toute la pompe des funérailles était surtout déployée pour la caste qui dispensait sur la terre les bienfaits du ciel et les gages de la protection divine.

Telle fut la caste sacerdotale en Égypte. Elle posséda à la fois les honneurs, le pouvoir et la richesse. A côté d’elle la loi de l'état avait placé la caste militaire : essayons d’en faire connaître l'antique constitution.

$ XV. Il K. S Mil II AIRKS.

Tous les liistoriens de l’antiquité donnent à la classe ou caste militaire le second rang dans l’organisation sociale de l'Égypte, et les monuments comme les écrivains déposent de sa puissance , et de son concours aux affaires comme à la défense de l’état.

L’existence de cette caste puissante remonte aux premiers temps des etablissements civils de l’Égypte; sous le gouvernement théocratique , elle était aussi le second ordre de l’état ; elle devint le premier quand les soldats, las d’obéir à un prêtre-roi, choisirent dans leurs rangs le plus illustre d’entre eux, l’élevèrent sur le pavois, et faisant succéder , dans l’exercice de l’autorité suprême, des hommes aux dieux , fondèrent les dynasties de rois , et reconnurent Ménès comme chef du nouveau système de gouvernement.

Ce fut alors que la théocratie vit réduire son autorité jusque-là, souveraine, en une influence presque aussi puissante, et qui, dans ses limites légales, lui laissait encore, même en ne les dépassant pas, un pouvoir illimité pour faire le bien. On a vu plus haut quelle fut, après cette révolution militaire , la nouvelle position de l’ordre sacerdotal ; il la conserva jusqu’aux derniers jours de la puissance égyptienne.

La constitution politique de la caste militaire reposait sur les mêmes bases (lue celle de l’ordre des prêtres ; avec d’autres devoirs , elle avait été dotée des mêmes droits , elle tenait au sol par la propriété. Elle était une portion considérable de la nation ; chargée de la défense de l’état, eile veillait à sa sûreté pendant que les prêtres instruisaient les peuples , invoquaient les dieux, et que la caste industrieuse secondant la fertilité du sol, et pratiquant tous les arts utiles, assurait la subsistance de tous, et fournissait à tous les besoins de la vie, à tous les désirs d’une civilisation avancée.

L’idee de troupes nationales ou troupes soldées n’était pas venue à l’esprit des sages de l’Égypte; il n’v avait

pas en ces régions de population flottante, sans feu ni lieu, inerte ou fainéante, à laquelle il ne restât d'autre ressource que celle de vendre sa vie à son pays ; la loi avait donc déféré le service militaire, comme un privilège, à une classe de la nation, qu'elle avait pourvue d’une dotation territoriale, héréditaire comme son office. Les Égvptiens pensaient qu'il était raisonnable de remettre la défense de l'état à ceux qui possédaient quelque chose qu’ils avaient intérêt de protéger.

On ignore d’apres quelles règles les produits de la dotation de cette caste étaient annuellement répartis entre les chefs de divers grades et les soldats de diverses armes. La tradition autorise à penser que la portion possédée par choque soldat n’était pas au-dessous de six de nos arpents ( douze aroures) ; mais c’était plutôt l'habitation de sa famille et la sienne en temps de paix que sa solde en temps de guerre. Une portion du revenu public était expressément affectée aux dépenses de l’armée ; les terres militaires étaient affranchies de toute imposition.

Au temps d Hérodote, ces guerriers étaient connus sous deux dénominations différentes ; les Calasiries et les Hermotvbies, suivant les différents nomes de l'Égypte d’où ils étaient tirés. Peut-être trouvera-t-on quelque jour, de ces dénominations, une meilleure explication que celle qu’en donne notre historien. Il a recueilli la nomenclature des nomes qu’habitaient les Ilermotybies, dont le nombre s'élevait jusqu’à cent soixante mille ; les Calasiries, qui résidaient dans d’autres nomes , fournissaient jusqu’à deux cent cinquante mille hommes : leurs possessions étaient aussi bien plus considérables que celles des premiers.

Ces nombres u'hommes indiqués par Hérodote sont ceux des soldats égyptiens. quand la population militaire de l’Egypte était dans un état trèsprospère ; car l’armée, par sa constitution, était soumise à tous les désavantages des variations inévitables dans l’état de toutes les populations.

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Iæs nombres donnés par Hérodote, et dont le total indique une armée de quatre cent dix nulle hommes, ne s’appliquent peut-être qu’aux temps même île l'historien. A cette époque, l’Égypte avait subi d’affreuses invasions, celles des Ethiopiens et celles des Perses; les prospérités de l’Égypte avaient sensiblement décliné, et les temps de sa décadence approchaient.

Au jour de sa splendeur, sous ses rois de la dix-huitième dynastie, la population militaire, proportionnelle à celle de l’Égypte entière, devait être bien plus considérable, et par l'effet naturel des lois de l’institution militaire. Aussi Strabon portait-il plus qu’au double du nombre donné par Hérodote, celui des soldats sous les rois dont les tombeaux existent encore à Thèbes. I.’ Égypte, long-temps environnée de nations incultes et barbares, dut avoir, pour sa sûreté, sur toutes ses frontières, de puissants établissements militaires. La plupart de ses guerres furent défensives. Les tribus nomades, les nations voisines, attirées par ses richesses et la fertilité de l’Égypte, la menaçaient incessamment ; et plusieurs fois elle fut impuissante pour leur résister.

Elle faisait garder sa frontière d’Éthiopie par ses forces réunies à Éiéphantine, celles d’Arabie par les garnisons de Daphné, qui défendaient l’Égypte contre les Arabes et les Syriens, et celles de la Libye des Grecs, par ses troupes réunies â Maréa. Péluse était aussi une place considérable et la clef de l’Égvpte à l’orient; enfin, des camps retranches subsistaient aussi sur divers points de l’Égypte. Le service, dans ccs stations militaires ou dans les garnisons des villes frontières, était temporaire et successivement déféré aux divers corps de l’armée ; ce service actif était lixé à deux années, et il arriva, sous le roi Psammétichus, que les troupes stationnées à Éléphantme désertèrent en Kthiopie et s'y fixèrent, parce qu'elles étaient dans cette garnison depuis trois ans, et que le roi avait négligé de les faire relever.

On dit aussi que cette émigration eut un plus noble motif. Psamméti-

chus I*r s’était particulièrement allié avec les Ioniens et les Cariens ; il permit aux commerçants de ces deux nations grecques établies en Asie, de se fixer en Égypte ; il leur concéda des terres, et prit à sa solde un corps très-considérable de leurs troupes. La caste militaire, égyptienne vit dans cette mesure une violation flagrante de ses privilèges, s'irrita de ce que le roi confiait a des étrangers encore barbares la défense de la terre sacrée; et l’irritation de cette caste fut portée à son comble quand elle vit les premiers postes de l’armée occupés par ces Grecs. Cent mille soldats quittèrent spontanément la garnison où le roi les avait à dessein rélégués , et ils allèrent former un établissement audelà des cataractes.

Plus de vingt siècles avant l’ère chrétienne, des barbares venus de l’Orient fondirent comme un torrent sur l’Égypte, se jetèrent dans Aouara, campement fortifié, non loin des lacs amers vers la mer Itouge, et s’y maintinrent pendant près ae trois siècles.

Un blocus qui dura plusieurs années et les efforts successifs de deux rois illustres furent nécessaires pour les chasser de cette place de guerre.

Aux environs de Thèbes, dans la plaine rocailleuse qui s'étend vers la chaîne libyque, existe encore une enceinte d’une grande étendue, assise sur des monticules factices, et entourée de larges fortifications. Ce fut aussi un établissement militaire, un camp permanent occupé par les troupes de la garnison de Thèbes et la garde des Pharaons.

Cent Hermotybies et cent Calasiries composaient cette garde, chaque jour sans doute; et tous les corps de l'armée étaient à tour de rôle chargés de fournir cette garde pendant une année, afin que tous, sans exception, pussent profiter des avantages que présentait le service auprès de la famille royale. Ceux qui le faisaient recevaient, en effet, outre leur part dans le produit de la dotation territoriale, cinq livres de pain, deux de viande et deux mesures de vin chaque jour. On se

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proposait par ces largesses de porter >e soldat à se marier, afin de maintenir au taux désire la population de la caste militaire.

On porte à un taux moyen de 180 mille hommes la foroe ordinaire de l’armée égyptienne en temps de paix, mais on ignore les détails et les proportions de sa composition. Si l’on interroge les sources les plus authentiques, c’est-à-dire les monuments contemporains des anciennes époques de l’histoire égyptienne, on distinguera facilement les diverses espèces de troupes qui composaient ces armées.

D’abord les combattants en char, nécessairement en moindre proportion ue les autres armes. Chaque char à eux roues , ouvert par le tond et attelé de deux chevaux , était monté par un combattant armé de flèches ou de haches ; il avait à sa gauche, debout à côté de lui, un cocher chargé de ouverner les chevaux. Le surplus de armée était formé de fantassins ; les uns, les soldats de ligne, étaient armés d’une cuirasse, d’un bouclier, d'une lance ou d’une hache et de l’épée; les autres étaient des troupes légères, composées de compagnies d'archers, de frondeurs et d’autres soldats portant la bâche ou la faux de bataille (voy.»/. 16).

Les troupes se mouvaient selon des manœuvres régulières, marchaient ou manœuvraient par légion ou par compagnie , et les évolutions s’exécutaient au son du tambour ou de la trompette.

Le roi était le chef suprême de l’armée ; il déléguait à ses fils , à des princes de sa race ou aux fils des familles les plus marquantes, le commandement des différentscorpsou des différentes divisions des forces nationales.

Comme partout ailleurs , la hiérarchie de l’autorité procédait decelle des grades. Des rois guerriers commandèrent eux-mêmes de lointaines expéditions, et prirent, par leur présence , une part active à toutes les circonstances comme à toutes les fatigues de la guerre. Montés sur un char, excortés par leur garde et par les principaux officiers, armés de pied en cap,

ils lançaient des flèches contre l'ennemi ou le frappaient de la hache de bataille. On les vit au milieu de la mêlée encourager l’armée par leur exemple, et concourir ainsi à la conquête de la victoire. Un lion apprivoisé et éduqué pour les combats, suivait ordinairement ou précédait le char du roi.

11 n’y eut point de troupes de cavalerie proprement dite : cette opinion est tirée du témoignage unanime des monuments et des tableaux militaires.

L’usage de monter et de guider les chevaux n’était pas inconnu , mais il n’était pas employé dans l’armée ; on a remarqué dans deux ou trois basreliefs historiques, un homme monté sur un cheval qui court à toutes jambes. Mais dans un de ces bas-reliefs, l'homme à cheval est un courrier portant en toute hôte une lettre qu'il tient dans sa main ; et dans l’autre basrelief, la physionomie de l'homme monté est celle d’un étranger qui cherche son salut dans la vitesse de son cheval, sans harnais, sur lequel il s’est jeté. Ainsi les Ixis-reliefs historiques observés jusqu’ici en Égypte, et ils sont en fort grand nombre et d’époques diverses, prouvent que les trounés de cavalerie furent inconnues dans l’Egypte, et n’entrèrent pas dans la composition de son armée.

Toutefois , une tradition antique et révérée semblerait contredire hautement cette conclusion tirée des monuments. Cette tradition remonte au temps de Moïse. Il raconte, au chapitre XIV de l’Exode, la marche des Israélites à leur sortie d’Égypte et le passage de la mer Rouge. Aussitôt que le Pharaon fut informé que les Hébreux avaient pris la fuite, dit la Bible, il attelle son char de guerre et se fait suivre par tout son peuple; il prend six cents chariots choisis et tous les chars de l’Égypte, et les chefs sur eux tous. Jusqu’ici la tradition est conforme aux monuments; mais presque aussitôt le texte sacré dit : « Les Égyptiens se trouvèrent bientôt près du camp d'Israël , sur le bord de la mer, et toute la cavalerie et les chariots du Pharaon, avec toute son or-

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niée, s’arrêtèrent à Pihahiroth. >< Plus bas , Dieu doit être glorifié dans Pharaon , dans son char et dans sa cavalerie; enfin, poursuivant les Israélites sur le fond de la mer, qu'ils viennent de traverser à pied sec, le Pharaon s'y engage avec toute sa cavalerie , ses chariots et ses chevaux, qui furent enveloppés par les flots, et y périrent tous. — Cette mention si souvent répétée de la cavalerie égyptienne n' infirme cependant pas l'autorité des monuments ; et en se tenant plus près des textes originaux , on y trouverait mentionnés plutôt des cavaliers que de la cavalerie ; les mots du verset 23 disent que les Kgyptienssuivirentles Hébreux, et entrèrent après eux, tous les chevaux de Pharaon, son char et ses cavaliers, c’est-à-dire les hommes montés sur les chars de guerre.Avec cette modification dans l'acception des mots, la tradition historique ne sera plus contredite par tes monuments qui, soit antérieurs, soit postérieurs à Moïse, rendent constamment le même témoignage contre l’usage des corps de cavalerie dans l’armée égyptienne. Aussi , dans leur cantique d’actions de grâces, les Hébreux ne parlent-ils que des chars du Pharaon tombés , comme une pierre , au fond des eaux.

On tirera la même conséquence des notions assez positives, et des mêmes temps , qui nous sont parvenues au sujet de l'éducation de la caste militaire. Parmi les exercices variés qui font partie de cette éducation , et qui sont figurés sur de nombreux monuments, on ne retrouve aucune idée de l'équitation. Tous ces exercices se font à pied , et sont dirigés selon les préceptes de la gymnastique la plus perfectionnée. Rien n’est plus varié (pie les poses et les attitudes des lutteurs , attaquant , se défendant , reculant et avançant tour à tour, se baissant, ou renversés , se relevant , et triomphant de l’adversaire par la force , la ruse et l’adresse. Dans ces exercices, les lutteurs étaient nus; une large ceinture soutenait et favorisait leurs efforts (voy. pl. 32). Les exercices militaires proprement dits n’étaient pas

moins variés; l'éducation du soldat était longue et sérieuse, et depuis le Me à droite , jusqu'à la petite guerre, il en parcourait tous les degrés sous .l’autorité d’une discipline sévère. Du reste , il en prenait de bonne lieure le goût et les habitudes : tous les mâles de la caste militaire étaient de véritables enfants de troupe ; la loi leur défendait toute autre profession.

Les grandes pages historiques dont les surfaces des monuments égyptiens sont ornées, nous enseignent aussi tous les détails des camps. Lue palis sade en formait l’enceinte ; un peloton de fantassins en gardait l’entrée; la tente du roi ou du chef était au point opposé à l’entrée; de petites tentes, destinées aux officiers principaux, étaient dressées près de la première; le lion apprivoisé du roi était tout auprès, accroupi, les deux pattes de devant liées ensemble, et surveillé par un gardien armé d’un long bâton.

Les chevaux et les ânes sans harnais étaient symétriquement rangés du côté de l’entrée; les fourrages leur étaient distribués, soit à terre, soit dans des mangeoires; les cliars, en files régulières, étaientdans la partie opposée. Dans les intervalles libres, on plaçait les bagages et les harnais, ceux des chevaux pour les atteler aux chars ; ceux des ânes, comme pour des bêtes de charge, consistaient en un bât , auquel sont attachés deux paniers ou autres ustensiles propres au transport des vivres et des liquides.

Sur la droite du camp étaient les hommes valides, se livrant aux exercices ou aux amusements que conseillait la règle ou le loisir; les recrues sont instruites dans les manoeuvres ; les anciens jouent, jodtent ou se querellent; plus loin l’ordonnance militaire est mise à exécution , et un insubordonné subit la peine à laquelle il a été condamné; des officiers en char ou à pied inspectent partout et donnent des ordres qui sont écoutés avec attention, et exécutés vraisemblablement de même.

Sur la gauche du camp étaient les hôpitaux et les ambulances ; les cl\e-

vaux et les Unes malades y étaient réunis ; des vétérinaires les soignaient et les pansaient; enfin, on voit à l’angle droit de ce même côté , les soldats malades auxquels l’infirmier administre une potion qu’ils boivent avec empressement. Ias> exercices des chars et les manœuvres des corps de fantassins se passaient autour de la palissade en dehors du camp.

C’est à ces deux espèces d'armes seulement qu’il nous paraît que les Égyptiens se bornèrent dans la composition de leur armée. Toutefois les corps de fantassins furent variés, et si nous nous en rapportons au témoignage des monuments, nous y reconnaissons : l°des soldats portant un bouclier qui couvre leur corps de la ceinture à la tête, armés d’une lance dans la main droite , d’une courte hache dans la gauche , et couverts d’une courte tunique , ceux-ci marchent en colonne serrée et formaient le gros de l’armée; 2» des soldats composant sans nul doute les troupes légères, portant de la main gauche un petit bouclier rond, de la droite la harpé, ou sabre recourbé garni d’un manche; leur tête était couverte d’un casque en cuir ou en métal diversement orné à son sommet ; 3“ les archers proprement dits , habillés de longues tuniques, portaient un arc triangulaire de grande dimension et un énorme carquois sur l'épaule.

Dans les marches de l’armée , les chars de guerre étaient à l’avant , à l’arrière et sur les flancs; au centre, les fantassins pesamment armés , protégés par leur grand bouclier; et les troupes légères à l’avant-garde et sur tous les points menacés.

Un chef militaire afait orner son tombeau de tous les instruments de sa profession ; ce tombeau a été étudiépar des voyageurs modernes , qui ont eu la satisfaction d’y reconnaître un arsenal antique tout entier : plusieurs faisceaux de longues piques , des casques de formes différentes et diversement ornés d’inscrustations en métaux ou eu matières précieuses; des poignards longs et droits dans leur fourreau et non moins ornés; des carquois de plu-

sieurs substances solides en forme de gaines , et fermés avec un couvercle orné d’une tête de lion dorée; des fouets, des cravaches de combat de formes assez différentes ; enfin , de belles côtesdr mailles en métaux assortis. Ces curieux objets militaires peints dans ce tou iieau représentent sans nul doute des objets d'armement à l’usage de l’artnee dans l’antique Égypte.

Chaque corps avait aussi son enseigne , et c’est dans ce même tombeau qu'on a retrouvé plusieurs types de ces signaux égyptiens; ils étaient placés à l’extrémité d’une grande hampe qui , par son élévation , les rendait visibles a tous les yeux. 1-es enseignes étaient, comme on devait le penser, empruntées à la religion. Les unes consistaient dans la coiffure même et les insignes caractéristiques des divinités représentées sous forme humaine , telles que Ammon , Phtha , Osiris ou Isis ; d’autres substituaient aux traits humains du dieu ou de la déesse, la tête de l’animal qui était son emblème vivant, tel que l’épervier, le lion, et quelquefois même la ligure complète de ce symbole , comme l’ibis et le schacal.

' Avec les ressources d’une population militaire aussi nombreuse, et le perfectionnement successif qu'elle acquit dans l’art de la guerre, par l’étude et par la pratique , l’Égvpte était en ce point aussi avancée qu’ait pu l’être toute autre nation ancienne ou moderne, tant que l'usage des armes à feu fut inconnu; et ceux qui, d’après une opinion irréfléchie, disent et répètent que la nation égyptienne ne fut pas guerrière, parce qu’ayant plutôt étendu sa domination par îles colonies que par des conquêtes , elle n’eut pas l’avantage d’aguerrir ses soldats par les batailles; ceux-là n’ont point étudié les monuments où sont retracés en un nombre infini d’actions les faits militaires de l’antique histoire de l'Égypte. Nous avons déjà dit qu’environnée de peuplades nombreuses, elle dut être habituellement sous les armes pour défendre ses richesses et sa civilisation contre leurs entreprises , et qu'obligée

ÉGYPTE

parfois de poursuivre les conséquences de ses victoires pour se garantir contre de nouvelles invasions , elle porta ses armes très-loin au-delà des frontières de l’Égypte , vers l’est et le midi. Ses armées combattaient en rase campagne , dans les bois et les défilés , passaient les rivières , assiégeaient les villes et les forteresses, les réduisaient par la tortue et le bélier , ou par l'escalade; et elles ajoutaient à leur force et à leur courage le secours de machines diverses, offensives et défensives , et dont quelques-unes lançaient vivement , et a une grande distance , un certain nombre à la fois de flèches ou de javelots.

A tous ees détails il serait peut-être possible d’en ajouter quelques antres, non moins minutieux, et déduits de l'examen attentif des scènes militaires dont les monuments nous présentent l’aspect infiniment varié; cette nomenclature aurait sans doute son mérite archéologique : mais il nous est permis d’esnércr que l'intérêt et la satisfaction des lecteurs seront plus sûrement excités par des descriptions exactes de l’ensemble de ces scènes éminemment historiques dont on a décoré les grands monuments de l’Égypte; de ces compositions immenses qui méritent à tant de titres la dénomination de tableaux homériques , d’oeuvres de la sculpture héroïque , parce qu’ils sont pleins de ce feu et de ce désordre sublime qui nous entraînent si fort à la lecture des batailles de l’Iliade. On l’a déjà remarqué : chaque groupe de ces vastes compositions, considéré à part, sera jugé certainement défectueux dans quelques points relatifs à la perspective, ou à tes proportions , comparativement aux parties voisines ; mais ccs défauts de détail sont rachetés, et au-delà, par l’effet des masses ; c’est, on peut le dire , comme les plus beaux vases

Èrecs peints , représentant des comats , qui pèchent aussi , si péché il y a , sous les mêmes rapports que les basreliefs égyptiens.

Des scenes de cet ordre ont été observées sur tous les grands monuments de l’Égypte ; elle appartiennent à des

époques diverses , et l’on peut classer parmi les plus modernes, la commémoraison des campagnes du roi Sésoochis, sculptées sur une partie du palais de Karnac à Thèbes. Ony voit re roi, traînant enchaînés aux pieds de ia trinité thébaine, les chefs de plus de trente nations vaincues , parmi lesquelles fi-

Sire très-distinctement loudahamak , le royaume de Juda ou des Juifs personnifie ; et la Bible rapporte , au chapitre 14 du III* livre des Rois , que le pharaon Sésonchis, nommé Sclieschonk par les Égyptiens , et par la Bible Sèsac ou Schéschôk , prit Jérusalem dans la 5* année du règne de Roboam : c’est cette même victoire de Sésonchis qui est représentée dans les bas-reliefs de Karnac; et d’après la fidelité de physionomie que les Égyptiens apportaient

gers , cette figure du royaume de Juda peut être considérée comme un type de la physionomie du peuple juif âu X’ siècle" avant l’ère chrétienne , et peutêtre comme un portrait de Roboam lui* même.

Sésostris régnait six siècles avant le vainqueur de Juda; les vastes parois de la grande salle du temple d'Insamboul sont couvertes des représentations qui rendent témoignage des nombreuses victoires de ce prince illustre, en Asie et en Afrique; en voici un abrégé pris sur une partie de ce grand temple ( ou spéos , temple creusé dans la montagne) :

1*' tableau. Rhamsès -le -Grand est sur son char, les chevaux sont lancés au grand galop ; il est suivi de trois de ses fils montes aussi sur des chars de guerre ; il met en fuite une armée assyrienne et assiège une place forte.

2*. Le roi à pied , venant de terrasser un etief ennemi , et en perçant un second d’un coup de lance. Ce groupe est d’un dessin et d’une composition admirables.

3". Le roi est assis au milieu des chefs de l’armée ; on vient lui annoncer que les ennemis s'avancent pour l’attaquer. On prépare le char du roi , et des serviteurs modèrent l'ardeur des chevaux , qui sont dessinés , ici comme

ailleurs, dans la pcrfcctiou. Plus loin se voit l'attaque des ennemis , montés sur des chars de guerre et combattant sans ordre une ligne de chars égyptiens méthodiquement rangés. Cette partie du tableau est pleine de mouvement et d’action : c’est comparable à la plus belle bataille peinte sur les vases grecs, que ces tableaux nous rappellent involontairement.

4*. Le triomphe du roi et sa rentrée solennelle (a Thèbes , sans doute), debout sur un char superbe, traîné par des chevaux marchant au pas et richement caparaçonnés. Devant le char , sont deux rangs de prisonniers africains, les uns de race nègre et les autres de race barahra , formant des groupes parfaitement dessinés , pleins d’effet et de mouvement.

b' et 6°. I.c roi faisant hommage de captifs de diverses nations aux dieux de Thebes et à ceux d'Ibsamboul.

Des monuments de la gloire du père de Sésostris existent aussi dans nn autre lieu de la Nubie. Champollion le jeune, qui l’a explorée au mois de janvier 1828, en donne la description en ces termes :

« Près de Kalahschi est l’intéressant monument de Bet-Oually, qui nous a pris les journées des 28 , 29 , 30 et 31 janvier jusqu’à midi. Là mes veux se sont consolés des sculptures barbares du temple de Kalabschi , qu’on a faites riches parce qu’on ne savait plus les faire belles, en rontemlant les bas-reliefs historiques qui écorcnt ce spéos , d’un fort beau style et dont nous avons des copies complètes. Ces tableaux sont relatifs aux campagnes contre les Arabes et des peuples africains , les Kouschi ( les Éthiopiens), et les Schari qui sont probablement les Bischari a’aujourd'hui; campagnes de Sésostris dans sa jeunesse et du vivant de son père , comme le dit expressément IJiodore de Sicile qui, à cette époque, lui fait soumettre en effet les Arabes et presque toute la Libye.

« Le roi Rhamsès , père de Sésostris , est assis sur son trône dans un naos, et son (ils, en costume de

prince, lui présente un groupe de prisonniers arabes asiatiques. Plus loin , le pharaon est représenté comme vainqueur, frappant lui - même un homme de cette nation, en même temps que le prince ( Sésostris ) lui présente les chefs militaires et une foule de prisonniers. Le roi , sur son char, poursuit les Arabes, et son fils frap|>e de sa hache les portes d’une ville assiégée; le roi foule aux pieds les Arabes vaincus, dout une longue file lui sont amenés captifs par le rince son fils : tels sont les tableaux istoriques décorant la paroi de gauche de ce qui formait la salle principale du monument, en supposant que cette portion du speos ait jamais été couverte.

« La paroi de droite présente les détails de la campagne contre les Éthiopiens, les Bischari et des Nègres. Dans le premier tableau , d’une grande étendue, on voit les Barbares en pleine déroute, se réfugiant dans leurs forêts, sur lés montagnes, ou dans les marécages. Ce second tableau , qui couvre le reste de cette paroi , représente le roi assis dans un naos et accueillant , avec un geste de la main, son fils aîné (Sésostris), qui lui présente, l° un prince éthiopien nommé Aménémoph fils de Poéri , soutenu par deux de scs enfants, dont l’un lui offre une coupe comme pour lui donner la fone d’arriver au pied du trône du père de son vainqueur; 2“ des chefs militaires égyptiens ; 3“ des tables et des buffets couverts de chaînes d’or et avec elles des peaux de panthère ; des sachets renfermant de l’or en poudre, des troncs de bois d’ébène, des dents d’éléphant, des plumes d'autruche, des faisceaux d’arcs et de flèches , des meubles précieux et toutes sortes de butin pris sur l’ennemi ou imposé par la conquête; 4° à la suite de ces richesses, marchent quelques Bischaris prisonniers, hommes et femmes, l’une de celles-ci portant deux enfants sur ses épaules et dans une espèce de couffe , suivent des individus conduisant au roi des animaux vivants, les plus cti-

EGYPTE

rieux «le l’intérieur «le l'Afrique, le liou , la panthère , l’autruche , des singes et la girafe , parfaitement dessinés, etc., etc. On reconnaîtra là, j’espère, la campagne de Sésostris contre les Éthiopiens, lesquels il força, selon Diodore de Sicile encore, de payer à- l'Égypte un tribut annuel en or, en ébène et en dents d'éléphant.

Les autres sculptures du s|>éos sont toutes religieuses, et de nombreuses inscriptions contemporaines de ces

firécieuscs représentations militaires es accompagnent et en expliquent les sujets.»

Le spéos de Silsilis , commencé par le roi Horus,dela XVIIIe dynastie, en fournit plusieurs autres exemples. Cette belle excavation devait être d’abord un temple dédié à Ammon- Ra, ensuite au dieu Nil, divinité du lieu, et au dieu Sevek (Saturne à tête de crocodile), divinité principale du nome Ombite, auquel appartenait Silsilis. C’est dans cette intention qu’ont été exécutés, sous le règne d’ilorus, les sculptures et les inscriptions de la porte principale, tous les bas-reliefs du sanctuaire, et quelques-uns de ceux qui décorent une longue et belle galerie transversale qui précède ce sauctuaire.

Cette galerie, très-étendue, forme un véritable musée historique. Une de ses parois est tapissée dans toute sa longueur de deux rangées de grandes steles ou de bas-rehefs sculptés sur le roc, et, pour la plupart , d’époques diverses; des monuments semblables décorent les intervalles des cinq portes qui donnent entrée dans ce curieux muséum.

Les plus anciens bas-reliefs, ceux du roi Ilorus, occupent une portion «le la paroi ouest : le Pharaon y est représenté debout, la hache d’armes sur l’épaule, recevant d’Ammon-Ra l'cmbléme de la vie divine et le don de subjuguer le nord et de vaincre le midi. Au-dessous sont des Éthiopiens, les uns renversés, d'autres levant des mains suppliantes devant un chef égyptien oui leur reproche, dans la legende, d'avoir fermé leur cœur à la

prudente et de n'avoir pas écouté lorsqu’on leur disait : » Voici que le lion s’approche de la terre d’Éthiopie ( Kousch ). » Ce lion - là était le roi Ilorus «lui fit la conquête de l’Éthiopie et dont le triomphe est retracé sur les bas-reliefs suivants.

Le roi vainqueur est porté par des chefs militaires sur un riche palanquin , accompagné de flabell itères. Des serviteurs préparent le cheir in que le cortege doit parcourir; à la suite du Pharaon viennent des guerriers conduisant des chefs captifs; d’autres soldats, le bouclier sur l'épaule, sont en marche , précédés d’un trompette ; un groupe de fonctionnaires égyptiens, sacerdotaux et civils, reçoit le roi et lui rend des hommages.

La légende hiéroglyphique de ce tableau exprime ce qui suit : « Le dieu gracieux revient ( en Égypte ) , porté par les chefs de tous les pays ( les Nomes ) ; son arc est dans sa main comme celui de Mandou , le divin seigneur de l’Égypte; c’est le roi directeur des vigilants , qui conduit ( captifs) les chefs de la terre de Kousch (l’Éthiopie), race perverse; ce roi directeur des mondes, approuvé par I’hré, fils du soleil et de sa race, le serviteur d’Ammon , Hôrus, le viviOcateur. Le nom de sa majesté s’est fait connaître dans la terre d’Éthiopie que le roi a châtiée conformément aux paroles que lui avait adressées son père Ammon. »

Un autre lias- relief représente la conduite , par les soldats, des prisonniers du commun en fort grand nombre; leur légende exprime les paroles suivantes qu’ils sont censés prononcer dans leur humiliation : « O toi vengeur! roi de la terre de Kémé (l’Égypte ) , soleil de Niphaïat ( les peuples libyens), ton nom est grand dans la terre de Kousch (l’Éthiopie), dont tu ns foulé les signes royaux sous tes pieds! »

Mais c’est à Thèbes, la ville des merveilles , que ces tableaux militaires sont surtout exécutés sur de vastes proportions. Au Memnonium, ou plutôt au Rhamcsséum , élevé par

Rhamsès-Sésostris, au grand dieu de Tlièbes Animon-Ra, les tableaux militaires, relatifs aux conquêtes du roi, couvrent les faces des deux massifs du pylône sur la première cour du palais; ils sont visibles en assez grande partie, parce que l’éboulcment des portions supérieurs du pylône a eu lieu du cité opposé. Ces scènes militaires offrent la plus grande analogie avec cel.es qui sont sculptées dans l’intérieui du temple d’Ibsamboul et sur le pylône de Louqsor, qui font

Iiartie du Rhamesséum oriental de Tbè- >es. Les inscriptions sont semblables , et tous ces bas-reliefs se rapportent évidemment à une même campagne contre des peuples asiatiques qu'on ne peut, d’apres leur physionomie et d’après leur costume, "chercher ailleurs que dans cette vaste contrée sise entre le Tigre et l'Euphrate d’un côté, l’Oxus et l’Indus de l’autre , contrée que nous appelons assez vaguement la Perse. Cette nation, ou plutôt le pays qu’elle habitait, se nommait ('ni o , Chtlo, Schéto ou Sehto. Les Egyptiens désignèrent ces peuples ennemis sous la dénomination de la plaie de Schéto, de la même maniéré que PÉthiopie est toujours appelée la mauvaise race de Kousch, et tout porte à croire fermement que c’est de peuples du nord-est de la Perse, des Bactriens , ou Scythes-Bactriens, qu’il s’agit ici.

On a sculpté sur le massif de droite la réception des ambassadeurs scythobactricns dans le camp du roi"; ils sont admis en la présence de Rhamscs, qui leur adresse des reproches; les soldats, dispersés dans le camp, se reposent ou préparent leurs armes, et donnent des soins aux bagages ; en avant du camp, deux Égyptiens administrent la bastonnade a" deux prisonniers ennemis , afin , porte la légende hiéroglyphique, de leur faire dire ce ue fait la plaie de Schéto. Au bas u tableau, est l’armée égyptienne en marche, et à l’une des extrémités se voit un engagement eRtre les chars des deux nations.

La partie gauche de ce massif offre

l'image d’une sérié de forteresses, desquelles sortent des Égyptiens emmenant des captifs : les légendes sculptées sur les murs de chacune d’elles donnent leur nom, et apprennent que Rhamsès-le-Grand les a prises de vive force , la huitième annee de son règne.

Près de là on trouve un grand tableau de guerre, mais qui se partage en deux parties principales : dans une vaste plaine , le roi Rhamsès vient de vaincre les Schéto, qu’il a mis en pleine déroute. Deux princes sont à la poursuite de l’ennemi ; ces fils du roi se nomment Mandouhi Scbonsh et Schathemkémé : c’étaient le 4* et le 5* des enfants de Rhamsès. Les vaincus sont encore des peuples de Schéto ( des Bactriens?); ils se dirigent vers une ville placée à l’extrémité droite du tableau, où s’ouvre une nouvelle scène.

Quatre autres fils du conquérant, les V, 8*, 9* et 10e de ses enfants, appelé Méîamoun, Amenhemwa, Noublei et Setnanré, sont établis sous les murs de la place ; les assiégés opposent une vigoureuse résistance; mais déjà les Égyptiens ont dressé les échelles , et les murailles vont être escaladées. Une fracture a malheureusement fait disparaître la première partie du nom ae la ville assiégée : il finissait par.... apottro.

Quelquefois les représentations des hauts faits militaires des rois égyptiens s'exprimaient emhlématiquement ; c’était comme des trophées élevés à leur gloire, et pour ainsi dire consacrés par la religion. Aussi dans le vaste édifice de Medinet - Habou, qui est à la fois un temple et un palais, on remarque dans l’intérieur de la petite cour deux massifs de pylônes ornés, ainsi que les constructions qui les unissent au grand pavillon, de frises anaglyphiques portant la légende du fondateur Rhamsès-Méïamoiin , et de bas-reliefs d’un grand intérêt, parce qu’ils ont trait aux conquêtes de ce Pharaon.

La face antérieure du massif de droite est presque entièrement occupée par une figure colossale du conqué-

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rant levant sa hache d'amies sur un groupe de prisonniers barbus dont sa ■nain gauche saisit les chevelures ; le dieu Ainon-lla, d’une stature tout aussi colossale, présente au vainqueur la harpe divine en disant : « Prends cette arme, mon fils chéri, et frappe les chefs des contrées étrangères ! »

Le soubassement de ce vaste tableau est composé des chefs des peuples soumis par Rhamsès-Méïamoun , agenouillés , les bras attachés derrière le dos par des liens qui, terminés par une houppe de papyrus ou une (leur de lotus, indiquent s’i le personnage est un Asiatique ou un Africain.

Os chefs captifs, dont les costumes et les physionomies sont très-variés, offrent, avec toute vérité, les traits du visage et les vêtements particuliers à chacune des nations qu’ils représentent : des légendes hiéroglyphiques donnent successivement le nom de chaque peuple. Deux ont entièrement disparu ; celles qui subsistent , au nombre de cinq, annoncent :

Le chef du pays de Kouschi, mauvaise j race ( l'Éthiopie) , I

Le chef du pays de l en Afrique; Térosis, |

Le chef du pays de I Toroao , /

et

Le chef du pays de Robou, , .

Le chef du pays de 1 L' Moschausch ,"

lin tableau et un soubassement analogues décorent la face anterieure du massif de gauche ; mais ici tous les captifs sont des chefs asiatiques : on les a rangés dans l’ordre suivant :

Le chef de la mauvaise race du pays de Schéto ou Chéta ;

Le chef de la mauvaise race du pays d’Aumôr;

Le grand du pays de Fekkaro;

Le grand du pays de Schairolana, contrée maritime;

T.e grand du pays de Scha (le

reste est détruit).

Le grand du pays de Touirscha , contrée maritime;

Le grand du pays de Pa ( le

reste est détruit).

Sur l’épaisseur du massif de gauche, Rhamsès-Méïamoun casqué, le carquois sur l’épaule, conduit des groupes de prisonniers de guerre aux pieds d’Amon-Ra. Le dieu dit au conquérant :

« Va! empare-toi des contrées ; soumets leurs places fortes, et amène leurs chefs en esclavage. »

lin peu plus loin s’offre le premier pylône du grand et magnifique palais du même Pharaon Rhamsès-Méïamoun. Tout y prend des proportions colossales. Les faces extérieures des deux énormes massifs du premier pylône, entièrement couvertes de sculptures, rappellent les exploits du fondateur de l’édifice, non-seulement par des tableaux d’un sens vague et général, mais encore par les images et les noms des peuples vaincus, par celles du conquérant et de la divinité protectrice oui lui donne la victoire. On voit sur le massif de gauche, le dieu Phtah-Sochnris livrant à Rhamsès- Méïamoun treize contrées asiatiques, dont les noms, conservés pour la plupart, ont été sculptés dans des cartels servant comme de boucliers aux peuples enchaînés. line longue inscription, dont les onze premières lignes sont assez bien conservées, nous apprend ue ces conquêtes eurent lieu dans la ouzième année du régné de ce Pharaon.

Dans le grand tableau du massif de droite, le dieu Amon-Ra, sous la forme de Phré hiéracocéphale, donne la harpé au belliqueux Rhamsès pour frapper vingt- neuf peuples du nord ou du midi ; dix-neuf noms de contrées ou de villes subsistent encore : lo reste a été détruit pour appuyer contre le pylône des masures modernes. Le roi dés dieux adresse à Mcïamoun un long discours ; voici le contenu des dix premières colonnes : « Amon-Ra a « dit : Mon fils, mon germe chéri, « maître du monde, soleil gardien de • justice, ami d’Ammon, toute force « t’appartient sur la terre entière ; jes « nations du septentrion et du midi « sont abattues sous tes pieds ; je te

L’UNIVEUS.

» livre les chefs des contrées méridio- « nales ; conduis-les en captivité , et « leurs enfants à leur suite ; dispose •> de tous les biens existant dans leur « pays : laisse respirer ceux d’entreeux « qui voudront se soumettre, et punis » ceux dont le cœur est contre toi.

» Jet'ai livréaussileNord.... (lacune); » la Terre-Rouge (l’Arabie; est sous tes « sandales, etc., etc.»

Une grande stèle, mais très-fruste, constate que ces conquêtes eurent lieu la onzième année du régné du roi.

C’est à la même annee du règne de Rliamsès-Méïamoun que se rapportent les sculptures des massifs du premier pvlone au côté de la cour. Il s'agit ici d'une campagne contre les peuples asiatiques nommés Moschausch.

Au fond de cette première cour s’élève un second pylône, décoré de figures colossales sculptées, comme partout ailleurs, de relief dans le creux; celles-ci rappellent les triomphes de Rhamsès-Meïamoun, dans la neuvième année de son règne. Le roi , la tête surmontée des insignes du (ils aîné d’Ammon , entre dans le temple d’Ainon-Ra et de la déesse Mouth , conduisant trois colonnes de prisonniers de guerre, imberbes et enchaînés dans diverses positions : ces nations, appartenant à une même race , sont nommées Schakalascha, Taônaou et Pourosato. Plusieurs voyageurs, examinant les physionomies et le costume de ces captifs, ont cru reconnaître en eux des peuples hindous. Sur le massif de droite de ce pylône, existait une énorme inscription , aujourd’hui détruite aux trois quarts par des fractures et des excavations. On voit, par ce qui en subsiste encore, qu’elle était relative à l’expédition contre les Schakalascha, les Fekkaro, les Pourosato, les Taônou et les Ouschascha. Il y est aussi question des contrées d’Aumôr et d’Orcksa, ainsi que d’une bataille navale.

Une magnilique porte en granit rose unit les deux massifs du second pylône. Des tableaux d’adoration aux diverses formes d’Amon-Ra et de Phtha en décorent les jambages, au bas desquels on lit deux inscriptions dédicatoires

attestant que Rhamsès-Méïamoun a consacré cette grande porte en belîe pierre de granit a son pere Amon-Ra , etqu’enfin les battants ont été si richement ornés de métaux précieux , qu'Ammon lui-même se réjouit en les contemplant.

On se trouve , après avoir franchi cette porte , dans la seconde cour du palais, où la grandeur pharaonique se montre dans tout son éclat : la vue seule peut donner une idée du majestueux effet de ce peristvle, soutenu à l’est et à l’ouest par d’enormes colonnades, au nord par des piliers contre lesquels s’appuient des cariatides , et derrière lesquels se montre une seconde colonnade. Tout est chargé de sculptures revêtues de couleurs très-brillantes encore : et c’est là qu’il faut envoyer, pour les convertir, les ennemis systématiques de l’architecture peinte.

Les parois des quatre galeries de cette cour conservent toutes leurs décorations : de grands et vastes tableaux sculptés et peints appellent de toute part la curiosité des voyageurs. I/ocil se repose sur le bel azur des plafonds ornés d’étoiles de couleur jaune doré ; mais l’importance et la variété des scènes reproduites par le ciseau absorbent bientôt toute l’attention.

Quatre tableaux, formant le registre inferieur de la galerie de l’est,' côté gauche , et une partie de la galerie sud , retracent les principales circonstances d’une guerre de Rhamsès- Méïamoun contre des peuples asiatiques nommés Robou, teint clair, nez aquilin, longue barbe, couverts d'une grande tunique et d’un surtout transversalement rayé bleu et blanc : ce costume est tout-à-fait analogue à celui des Assyriens et des Mèdes figurés sur les cylindres dits babyloniens ou persépoli'tains.

I" tableau. Grande bataille : le héros égyptien, debout sur un cliar lancé au galop, décoche des fléchés contre une foule d'ennemis fuyant dans 1e plus grand désordre. On aperçoit sur le premier plan les chefs égyptiens montés sur des chars, et leurs soldats entremêles à des alliés.

les Fehkaro, massacrant les Robou épouvantas, ou les liant comme prisonniers de guerre. Ce tableau seul contient plus de cent figures en pied, sans compter les chevaux.

2* tableau. Les princes et les chefs de l’armée égyptienne conduisent au roi victorieux quatre colonnes de prisonniers : des scribes comptent et enregistrent le nombre des mains droites et des parties génitales coupées aux Robou morts sur le champ de bataille. L'inscription porte textuellement : « Conduite des prisonniers en « présence de sa majesté ; ceux-ci sont « au nombre de mille; mains coupées, » trois mille; phallus, trois mille. »

Le Pharaon , aux pieds duquel on dépose ces trophées , paisiblement assis sur son char, dont les chevaux sont retenus par des officiers , adresse une allocution à ses guerriers ; il les félicite de leur victoire, et prodigue fort naïvement les plus grands éloges à sa propre personne.

En dehors de ce curieux tableau existe une longue inscription malheureusement fort endommagée, et relative à cette compagne , qui date de l'an 5* du règne de Rhamsès-Méïamoun.

3e tableau. Le vainqueur , le fouet en main et guidant ses chevaux , retourne ensuite en Égypte ; des groupes de prisonniers enchaînés précèdent son char; des officiers étendent au-dessus de la tête du Pharaon de larges ombrelles; le premier plan est occupé par l’artnée égyptienne divisée en pelotons marchant régulièrement en ligne et au pas , selon les règles de la tactique moderne.

Enfin Rhamsès rentre triomphant dans Thèbes (4' tableau); il se présente à pied , traînant à sa suite trois colonnes de prisonniers , devant le temple d’Amon-Ra et de la déesse Mouth; le roi harangue les divinités et en reçoit en réponse les assurances les plus flatteuses.

A cdté de ces faits d’un intérêt général , retracés dans ces vastes compositions militaires, se trouvent exprimées des circonstances d’une moin-

dre importance , maiÿ-Jion pas moins utiles pour l’histoire. Ainsi , la femme et la famille entière du roi vainqueur assistaient à son triomphe; la critique a retiré de ces représentations les noms et l’ordre de succession de ces enfants, et des données de ce genre ont servi à éclaircir avec certitude plus d’un doute sur le rang des princes qui composèrent les nombreuses dynasties égyptiennes.

’ Ainsi , sur la paroi du fond de la galerie de l’ouest de la même cour, galerie formée par une double rangée de piliers cariatides et de colonnes, 24 grands bas-reliefs retracent les hommages pieux du roi envers les dieux, ou les bienfaits que les grandes divinités de Thèbes prodiguent au Pharaon victorieux. Une série de figures en pied ornent le soubassement de cette galerie et méritent une attention particulière.

Les légendes hiéroglyphiques inscrites à côte de ces personnages revêtus du riche costume des princes égyptiens , dont ils tiennent en main les insignes caractéristiques, constatent qu’on a représenté ici les enfants de Rhamsès-Méîamoun par ordre de primogéniture. On a seulement fait deux groupes distincts des enfants mêles et des princesses. Les princes, dont les noms et les titres ont été sculptés h côté de leurs images, sont au nombre de huit, savoir :

1. Rhamsès - A monmai , basilicogrammatc commandant des troupes;

2. Rhamsès- A monhischopsch , basilico-grammatc commandant de cavalerie.

3. Rhamsès-Mandouchischopsch, basilieo-grammate commandant de cavalerie;

4. Phréhipefhbour, haut fonctionnaire dans I administration royale;

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