‹ L'UniversChapitre 20 sur 42 · INSTRUMENTS BT PRODUITS DES · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS BT PRODUITS DES

arts et métiers. — Jrmes. — Arcs en bois, conservant quelques débris de la corde à boyau . — Flèches de chasse, jonc, armées de fragments de silex :

quelques-unes sont barbelées. — Os et bronze. Pointes de flèches et de javelines , triangulaires ou en forme de carreau.

Instruments de musique. — Tambour à timbre et à double peau tendue au moyen de lanières de cuir, sur une caisse en bois, de forme bombée, et composée de petites douves. — Tympanum très-analogue à nos tambours de basque. — Tambour en forme de demi-poire avec les restes de la peau dont il était recouvert. — Manches de sistres, ornés de la tête symbolique de la déesse Hathôr. — line harpe a cordes nombreuses , recouverte de marouin vert, décorée en-dessous de fleurs e lotus découpées à jour. — Sambuca ou petite harpe portative à quatre cordes. Débris d’un instrument semblable. — Roseau percé en forme de flûte.

Tissus. — Une poignée de fil teint au henné. — Écheveau de lil très-fin.

• — Morceaux de toile de lin, avec franges de diverses espèces. — Vingt échan-

tillons de toiles de lin égyptiennes untiques. — Tissu quadrille remplissant l’effet du tissu moderne nommé Louisine. — Tissu du même genre, un peu plus fin. — Tissus rayés par l’ourdissage.— Tissu de lin "d'une grande réduction , à lisière rayée bleue. — Toile de lin avec frange" très-fournie à la lisière, formée par un broché lié dans cette lisière et produisant l’effet d’une bordure cannelée. — Tissu rayé par l’ourdissage, dont la trame est entièrement recouverte par la chaîne. — Toile peu fournie en chaîne , teinte au henné. — Toile de lin avec un chef rouge de l’Inde. — Tissu très-fin, présumé coton , de la réduction de la turquoise. — Autre plus fin que le précédent. — Vingt échantillons de toiles égyptiennes de coton, de laine, etc.

— Mousselines variant de finesse. — Tissu imitant la mousseline des Indes.

— Tissu peluché, raffiné par la chaîne sur fond toile. — Tissu broché, produisant le travail des Gobelins , par la réunion des deux fils travaillant isolément dans la toile. — Turquoise brochée dans le principe des Gobelins , avec quelques parties de broderies au petit point. Les caractères brochés sur ce tissu forment le prénom et le nom propre d’un Pharaon.

Objets relatifs aux jeux et

AUX AMUSEMENTS DE L’ENFANCE. — Bois. Une poupée ou mannequin, bras mobiles; sur la tête existent encore des cheveux implantés. — Ivoire. Une très-petite poupée. —Idem. Un forgeron , à bras mobiles, d’un travail grossier.—Cuir. Paumes formées de sections de sphère en cuir, cousues et bourrelées de bâle d’une plante céréale. —Bois. Paume à compartiments peints en bleu et en rouge. — Un osselet en ivoire. — Bois. Sabots auxquels on im-

( trimait un mouvement de rotation par e moyen d’un fouet. — Latrunculi , ou petits cônes en terre émaillée bleue, ayant servi de pions et de pièces pour un jeu analogue à nos jeux de dames ou d’échecs ; très-petits modèles en bois de tous les instruments d’agriculture.

L’étude des monuments originaux

nous apprend avec certitude à qualifier chacun de ces objets si nombreux et si variés , et nous en montre l’usage. On les reconnaît aussi dons les tableaux qu'un personnage distin-

Sué a fait peindre dans son tombeau, ès la plus liante antiquité égyptienne, et où il s'est occupe à faire figurer tous les détails de la vie intérieure d'une famille nombreuse et puissante.

On v retrouve toutes les parties du service , tel qu'il était admis ou exigé par les usages de l'époque, soit pour l’ordre et la bonne tenue de la maison, soit pour la représentation nécessaire au rang de ce riche citoyen , ou en rapport avec sa fortune.

Sa famille se composait de sa femme légitime et de ses sept enfants . dont quatre sont des fils ; d'une autre femme et de son fils; enfin de la nourrice et de la fille de la nourrice : ces douze personnages étaient tous également de la famille, et ils étaient rangés auprès de son chef dans l’ordre de préséance où nous venons de les désigner; ils sont présents dans les scènes qui représentent les usages de la maison de la ville et ceux de la maison des champs.

Au service de la première nous trouvons attachés trois prêtres et quatre jeunes clercs , charges du service religieux intérieur, chaque particulier pouvant établir chez lui des chapelles pour les dieux du pays et de la contrée, à la condition de pourvoir aux dépenses du culte et des cérémonies.

Après eux viennent les grammates . ou secrétaires, soit pour les choses religieuses, soit pour les affaires civiles.

Le valet de chambre, domestique de confiance, est auprès du maître; venaient ensuite l'intendant de la maison , portant un bâton courbé pour marque de son autorité; la ménagère, appelée la gardienne des vivres ou des offrandes, et qui avait deux filles; l'homme charge du soin des sièges, et le portc-siége du maître; le vannier et sa femme, à qui était laissé le soin des nombreux ustensiles et meubles en vannerie; les jardiniers et leurs sous-ordres; l'intendant de

la maison rurale et sa femme; les conducteurs de boeufs, de veaux, de chèvres , et les porteurs de lièvres , de hérissons, etc.; le surveillant des chemins aboutissant à b maison du chef; les portiers ; les pécheurs et les chasseurs; les employés au sacrifice domestique des bœufs et autres animaux.

Ces emplois étaient très-subdivisés en fonctions spéciales ; toutes celles qqi viennent d'être indiquées sont relatives à l’intérieur de l'habitation.

Dans ce qui est de l’extérieur, on peut classer le blanchissage du linge, qui employait sept personnes, y compris leenef de la lingerie ; viennent ensuite le scieur de bois , le menuisier , le potier de terre, les bûcherons, occupés à fendre le bois ; les charpentiers , les constructeurs de barques; les porteurs de la litière du maître , et ceux 'qui conduisent le traîneau ; les mariniers et rameurs pour les voyages sur le Nil , sous les ordres d'un chef de tout le service du voyage; un officier de navigation , le directeur pour le mât et le timonier-chef du gouvernail; le maître, sa femme et ses enfants y étaient dans une large chambre qui occupait le pont, et qui était éclairée par des fenêtres garnies de verres de couleur; quelquefois le voyage exigeait plusieurs canges, à cause des nombreux serviteurs : tel aujourd'hui un kiaia-bey voyage sur le Nil, suivi de son harem et" de la plu-

ert des officiers de sa maison. Au nome des serviteurs nécessaires étaient aussi tous ceux qu'exigeait la boulan-

f'erie ; les femmes occupées à filer le in , à démêler les échevcaux , à les dévider, à tordre le fil au fuseau et b ourdir la toile au métier, sous les ordres du chef du tissage. Une foule de serviteurs subalternes attachés à chaque partie du service intérieur et extérieur de la maison de ville se voient aussi dans les scènes où ces détails sont figurés.

La maison de campagne avait également un nombreux domestique; à la suite du jardinier étaient les garçons chargés de cueillir et de conserver les fruits, tels que les ananas, les figues.

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et les approvisionnements en légumes rangés dans les serres pour l’hiver: le berger en chef et les pâtres s’occtiient d’une partie très-importante de propriété rurale, l’éducation des bestiaux étant en grande vogue et trèsdévcloppée en Egypte; aussi voit-on dans la liste des serviteurs non seulement le médecin vétérinaire, mais les valets de ferme chargés spécialement du soin de certains animaux ; un pour les chèvres, un autre pour les oies et les canards , un troisième pour les moutons; et sous les ordres du chef des bouviers, ceux qui dirigeaient la race bovine , mission trèsimportante , car il parait que le combat des taureaux entrait dans leur éducation ou comme moyen d'améliorer la race, ou comme spectacle donné au maître de la maison ; c’est le chef des bouviers qui préparait les taureaux à cet exercice. Les chefs de chacun de ces services venaient prendre directement les ordres de leur maître , ayant leur main droite posée sur l’épaule gauche, et leur autre bras pendant , en signe de respect ; il en était de même du gardien et du conducteur des ânes et de ceux des bouvillons. Des chiens d’espèces diverses appartenaient à la maison , et ils avaient aussi leurs gardiens, qui les soignaient en santé et en maladie.

Il vient d’être dit nue l'éducation des bestiaux était une des grandes richesses agricoles de l’Égypte; les capitaux de cette espèce étaient considérables dans ce pays : ce ne pouvait pas être pour une vaine ostentation; mais cette industrie dut être plus fructueuse dans la basse Égypte, vaste plaine entièrement arrosée’ par le Nil, que dans l’Égypte supérieure, vallée étroite où la terre féconde ne pouvait pas être en grande partie destinée à des pâturages. Aussi est-ce dans un hypogée des environs des pyramides que se trouve un tableau qui est un témoignage authentique de nos assertions. On y voit un Égyptien faisant l'inspection de ses troupeaux ; il est debout, couvert de sa calasyris serrée par une ceinture ; une cchaïqic

est jetée de son épaule gauche sur le côte droit; il s'appuie sur une longue canne ; à ses pieds est un jeune chacal mâle, apprivoisé et portant un collier ; un serviteur ombrage la tête du maître au moyen d’une double bannière de toile. Le troupeau défile en sa présence; un gardien ou lierger pousse devant lui le troupeau de chaque espèce de bétail, et au-dessus de chaque troupeau , le nombre des têtes est soigneusement indiquépar des chiffres, qui sont en grande évidence. La marche est ouverte par les ânes et les ânesses ; un ânon est en tête , efc leur nombre est de 860 ; le berger qui les surveille porte au bout d’un bâton appuyé sur son épaule la dépouille d’un de ces animaux mort aux pâturages. Viennent ensuite les brebis et les béliers , au nombre de 974 ; un berger de ce troupeau porte dans un panier la tête d’un animal sans cornes, et qui ressemblerait plutôt à un loup qu’a un bélier. La race bovine vient ensuite ; on y compte 834 boeufs et 220 vaches ou veaux. Les chèvres mâles et femelles ferment la marche ; leur nombre est porté à 2234. Dans un autre tombeau on voit que le nombre des ânes appartenant a, un riche habitant de la moyenne Égypte était de 1304 , et celui des vaches de 830. Il paraîtrait aussi , d’après d'autres renseignements, que les bœufs des fermes royales étaient d’une espèce supérieure ‘et des individus de choix. On a remarqué dans les peintures d’un autre tombeau, qui paraît avoir été celui d’une grande famille de Memphis, des serviteurs faisant l’offrande au défunt des principales productions de ses domaines, telles que des dattes, des figues, des ananas ; des veaux , des oies , des gazelles; des fruits et des fleurs : parmi ces serviteurs, il y eu a plusieurs qui conduisent en laisse des bœufs de haute taille, blancs et rouges, blancs et noirs , ayant un collier terminé par un ornement en forme de fleur de lotus, et deux de ces bœufs portent sur leur cuisse gauche une grande marque, de forme carrée, de couleur noire,

et on lit dans un : Maison royale , n" 43; et dans l'autre, avec les mêmes indications, le n° 80, chiffres qui indiquent vraisemblablement le nombre des boeufs de chacune des deux couleurs combinées ; d’où résulte encore la preuve que les grandes maisons faisaient marquer de leur nom et d’un chiffre chaque tête de gros bétail qui leur appartenait.

Dans toutes ces représentations, le maître de la maison se reconnaît à la longue canne qu’il tient à la main , ou sur laquelle il s’appuie pour se reposer ; ce qui a fait dire à un novice interprète des symboles de l’antique Egypte, que le biton y figurait comme le plus ingénieux emblème de l'autorité et du gouvernement, et il ne trouve pas tout-à-fait bon que les sociétés modernes aient adopté des signes et des moyens un peu moins significatifs. Quoi qu'il en soit, nous pouvons ranger des cannes égyptiennes , plus ou moins élégantes , en bois étrangers pour la plupart , et portant des inscriptions où se trouvent des noms propres et des dates , parmi les objets antiques qui donnent à nos collections un intérêt si varié et si puissant.

D'autres scènes civiles, peintes dans les tombeaux, nous portent h croire ue le chef de famille était revêtu 'une grande autorité dans sa maison, et qu’il avait sur tous scs serviteurs le droit de haute et basse justice. Nous avons mentionné déjà des employés infidèles qui , au temps de la vendange ( pl . 38), prosternés à terre sur leurs genoux et leurs mains, reçoivent en présence de leur maître des remontrances et la bastonnade; ailleurs, le chef des bergers dénonce un des gardiens des vaches; il s'agit d'un veau; l’accusé se défend ; des membres épars d'un bouvillon sont exhibés comme pièces de conviction , et le gardien reçoit encore la bastonnade en présence ae son maître, qui a prononcé contre lui.

A ces détails si curieux de l’intérieur des maisons égyptiennes , pour une époque antérieure de dix (siècles

aux poèmes d’Homère, nous aurions encore beaucoup à ajouter, si nous devions dire tout ce que les monuments nous apprennent à la fois et sur les occupations et sur les amusements des habitants des bords du Nil septentrional ; la (liasse et la pêche étaient pour eux des distractions d'un usage général (pl. 37 et 43). On chassaitaux oiseaux et aux quadru|>èdcs; des lévriers couraient l’autruche et la gazelle, 1a flèche atteignait le quadrupède du désert, le filet enlaçait le volatile aquatique; et les peintures de ces scènes si riches de détails inconnus (pl. 58) nous montrent en même temps les diverses es|ieces d'animaux recherchés ou pris par les chasseurs; les espèces, diverses aussi, de chiens employés à les poursuivre; ainsi que toutes les ressources de la pêche a la ligne , à la cordelle , au filet et au trident. La préparation de tous ces comestibles , résultats de l'industrieuse activité de l'homme, est le sujet d’une partie de ces riches décorations (pl. 38 et 43); et, comme pour assurer aux curieuses recherches des temps futurs une entière satisfaction, les Égyptiens n’oublièrent pas les scènes joyeuses qui animaient des délassements plus bruyants :

des musiciennes jouant de la harpe, montée de cordes nombreuses, de la lyre, du théorhe et de la double flûte, exécutent des chants accompagnés de ces instruments ; des danseuses, couronnées de fleurs et de guirlandes de verdure, figurent des scenes animées nu bruit du tamliour de basque ; d'autres montrent leur habileté dans le jeu des balles, la saltation et les tours de force on d'agilité ; enfin , des hommes, accroupis devant des tables basses, jouent aux dames ou aux échecs avec, des pièces nombreuses, mobiles, et de couleurs différentes : et ceci fut peint long-temps avant les célèbres inventions de Palamède durant le siège de Troie (pl. 59).

Qu’aucun doute ne s’élève dans l’esprit du lecteur sur l'antiquité et l’avancement de la civilisation égyptienne, telle que la révèlent aux siècles modernes les ouvrages des siècles primitifs de l’histoire ! L’examen nous conseille

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la foi , et les dépositions de l'antiquité classique tout entière nous ont laissé igi mémorable exemple d’une telle confiance. Il n'y a rien de monstrueux ni de chétif dans les créations successives du génie égyptien ; tout son secret. ce fut le temps. Ce secret est aussi à l'usage des sociétés modernes; et à moins de supposer que la nature, par une dérogation qui seule serait une monstruosité, aurait jeté l'intelligence de la population égyptienne dans un moule plus exigu qu’elle ne l'a fait pour les populations européennes, il faut reconnaître que l’ Égypte a pu, par l'action constante et naturelle de la génération des siècles, arriver à la génération des idées qui l'avaient mise en possession de la connaissance rationnelle de l’univers , et l'avaient portée à diriger l’application de cette science vers la félicite publique. Que ne ferait pas une des nations modernes les plus avancées , qui serait pendant mille ans à l'abri de toute perturbation naturelle ou sociale! Kt ces mille ans de paix ne manquèrent certainement pas à l’Égypte : on n’est embarrassé qu’à l’égard de la véritable place chronologique de cette période de bonheur pour cette portion de l’espèce humaine.

Si , de ces détails de moeurs , nous portons notre attention sur l’état de ['agriculture, de l’industrie et du commerce de l’ancienne Égypte, nous la trouverons également instruite , expérimentée. et le temps, si propice en bonnes observations , fut encore ici son véritable maître. .

On l’a déjà dit, l’Egypte c’est la vallée du Nil, le lit même du fleuve, rien de plus , ni rien de moins que le terrain qu’il occupe chaque année à l’époque de sa plus grande élévation.

Ij ou ses eaux n’arrivent pas, il n’y a plus de végétation; c’est le désert, sol inculte et incapable de fécondité, quand même les eaux du ciel viendraient suppléer à celles du fleuve.

Chaque année, après l’inondation périodique du Nii (inondation dont le maximum porte le volume du fleuve à vingt fois au-delà de ce qu'il est lors-

qu’il commence à croître), le sol reste couvert d’une couche plus ou moins épaisse de limon. La couleur de ce dépôt fécond , d'abord noire, se change en brun jaunâtre par l'effet de la dessiccation à l’air; déposé, comme l’argile, par couches horizontales , il en a tous les autres caractères. Ce limon a été soumis aux analyses chimiques; on y a reconnu que les quantités de silice et d’alumine diminuent en raison de sa plus grande distance du Nil; il perd en chemin tout le sable qui s’y trouve mêlé , et ce n’est plus, sur les points les plus éloignés, que de l’argile presque pure.

Ce limon renferme tous les principes qui servent à la végétation; les cultivateurs l'ont toujours regardé comme un engrais suffisant dans les terres; ils le transportent encore sur celles qui leur paraissent en avoir besoin, et les observations de la physique corroborent en ce point cette très-ancienne pratique agricole.

Le tableau de la fécondité extraordinaire de l'Égypte a été exposé aux yeux de nos lecteurs (§ I et IV, pag.

3 à 11), tel qu’il a été composé par les observateurs les plus attentifs. Il nous reste à dire quelques mots des travaux périodiques par lesquels l’homme aidait au plus grand développement de ces germes inépuisables.

Les plus utiles, les plus considérables de ces travaux étaient, sans nul doute , ces canaux nombreux , et leurs dérivations plus nombreuses encore, qui sillonnaient les terres cultivables de l’Égypte. Les uns arrêtaient par leurs berges élevées les envahissements du desert, d'autres, par les épaisses végétations de roseaux qui croissent naturellement sur leurs bords. C’est à ces canaux que les dérivations si multipliées venaient se rattacher; et des lacs, existants sur les points les plus opposés , recevaient les eaux qui n’étaient point employées à l’irrigation , ou dissipées par l’évaporation. Lorsque le fleuve avait rempli ces canaux , et qu’il commençait à baisser , on élevait à leur tête un barrage qui retenait les eaux ; on fermait également

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les ouvertures pratiquées pour l’écoulement sur le sol inferieur. On conservait ainsi les eaux nécessaires à l’arrosement des terres après l'inondation ; elles étaient réservées d’une année à l’autre dans l’intérieur du pays, et les bienfaits du Nil y répandaient perpétuellement l’abondance et la vie. La fécondité de l’Égypte dépendait de l'cn- Ircticn et de la nonne disposition des canaux; l'administration publique en faisait l’objet essentiel d’une surveillance non interrompue. Des postes militaires gardaient les ouvrages construits <l la prise d’eau de chaque canal, ainsi que les digues principales. L’inscription de Rosetjç, au nombre des actions de Ptoléméê Épiphane qui scrventde motif aux honneurs extraordinaires uni lui sont décernés par ce décret de l’ordre sacerdotal, rappelle que dans la huitième année du règne de ce roi, le Nil ayant fait une erueextraordinaire, il a fortifié les bouches des canaux , en y employant des sommes très-considérables, et qu’il y a établi des |>ostes d'infanterie et ue cavalerie pour les garder : cela se passait eu l'année l!)G avant l’ère chrétienne, à l’époque même du siège de la ville de Lycopolis, qui s’était révoltée. Dans l'ancienne croyance égyptienne , tout ce qui se rapportait a l'état périodique du Nil ••tait sacré comme le fleuve lui-même.

La religion intervenait dans les principales circonstances, et consacrait, par l’assistance des dieux, les faits phvsiques les plus indépendants de la volonté des hommes. On a appelé la clef du Nil le symbole même de la vie divine. Enfin toute l'antiquité classique est remplie des souvenirs du culte du Nil, père nourricier de l’Égypte.

Les Égyptiens, en effet’, considéraient le Nil comme une manifestation réelle d’Ammon-Clinouphis, leur divinité suprême, qui, sous une forme visible, vivifiait et conservait l'Egypte. Homère disait que ce fleuve tirait son origine de Jupiter. Les Grecs, pénétrés des doctrines égyptiennes, ont appelé le Nil le Jupiter-égyptien , et les Égyptiens le nommaient le Très- Saint, le pcrc et le conservateur du

pays. Enfin ce fleuve fut un dieu qui eut ses prêtres et son culte, et du temps de Néron encore, les habitants de Uusi ris élevaient u ne statue en l’honneur du préfet romain Kalbillus, parce que, par les grâces et les bienfaits de ce gouverneur, l’Égvpte jouissait, plus que jamais, de l’inondation juste et exacte du fleuve-dieu. On sait aussi quelles fêtes , quelles réjouissances animent chaque année parmi la population actuelle de l'Égvpte, la rupture des digues qui ferment les canaux : comme dans la plus haute antiquité, la crainte de la stérilité et l’espérance d'abondantes récoltes s’y renouvellent avec les commencements de l’inondation.

Lorsque le Nil était rentré dans son lit, le travail de la culture commençait. «Chacun, dit Hérodote, vient alors jeter les semences dans ses terres et y biche ensuite des animaux; la semence est ainsi retournée et enterrée, et il n’y a plus qu’à attendre la moisson. Les Egyptiens, particulièrement ceux qui habitent au-aessous de Memphis, sont ceux qui recueillent avec le moins de travail les fruits les plus abondants : ils n’ont point à creuser inutilement les sillons avec la charrue, ils n’ont ni la fatigue de retourner la terre, ni celle de la bêcher. Ils ne sont assujettis à aucun des travaux auxquels les autres hommes sont condamnés pour récolter , le fleuve se répandant ae lui-même dans les champs, et se retirant après les avoir arrosés. » Les tableaux des scènes agricoles, si multipliés dans les représentations égyptiennes , confirment généralement ces rapports d’Hérodote (p/. 31);onyvoit sans équivoque et selon ce qu’exigeait la nature o’un sol meuble et léger comme l’était le limon du Nil, quon lui donnait un premier labour à la charrue, à laquelle deux boeufs ou deux vaches étaient attelés au moyen d’un collier, et non pas d’un joug, comme dans d’autres pays. Un laboureur dirigeait les boeufs avec un bâton , un autre tenait les bras de la charrue. Quelquefois on y employait des hommes, au nombre de trois ou quatre,

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lirant paisiblement à force de bras la corde h l'extrémité de laquelle était liée la charme. Celle-ci est ordinairement en bois dur, le sol n’exigeant que rarement que le soc filt armé de métal. Il en était de même de la boue et de la bêche, qu’on coudoyait dans des travaux de mains dnomme moins considérables que le labourage des champs. On jetait ensuite la semence sur le sol ainsi préparé, et au lieu de la couvrir par un second labourage, on conduisait sur le sol ensemencé des troupeaux d’animaux domestiques, alln de faire fouler la terre et les grains ensemencés. Hérodote dit que cette opération se faisait à l'aide de pourceaux; mais n’auraicnt-ils pas dévoré les grains plutôt que de les enterrer?

Les monuments n'indiquent comme employés à cette portion de l’ensemencement des terres que les chèvres et >es moutons : on voit des chèvres occupées à ce travail dans les (teintures des tombeaux de Giseh et de Koumei-Hamar. Dans celles de Beni-Hassan, et au milieu des autres représentations des travaux agricoles, on remarque trois hommes armés de corbasch qui frappent un troupeau de béliers et de moutons , en les poussant devant eux ; de l'autre côté de ce même tableau , trois autres hommes frappent également les moutons et les toussent dans une direction opposée : il faut voir ici l'intention de mettre les moutons en mouvement, de les agiter sur le terrain circonscrit où les gardiens les contiennent, afin, soit de piétiner ce terrain frais et léger, pour tenir lieu d’un léger labourage et y ensemencer quelques grains particuliers, soit pour enterrer les grains déjà semés sur cette terre. Nulle part l'on n’a vu les porcs employés à cette opération, malgré l'opinion d’Hérodote répétée par Pline l’ancien ; et Diodore de Sicile est plus près de la vérité, lorsqu'il dit qu'on faisait fouler les semences sousles pieds des bestiaux qu’on y avait léchés. Le grain foulé par ces animaux avait été répandu méthodiquement sur la terre labourée; un ou plusieurs semeurs suivaient la charrue; une poche ou

un sac était pendu h leur main gauche ou à leur cou , et de la main droite ils lançaient les semences à la volée.

Les chevaux, les Unes et les boeufs étaient également employés aux travaux de l’agriculture, et il est à présumer que pour mettre une seconde récolte, dans la même année, sur la même terre, qui était moins meuble qu'immédiutement après l'inondation , on employait pour le second labourage une charrue dont le soc en bois était garni de métal ; on a cru en reconnaître d’ainsi construites sur les monuments. Les chars à deux roues, tral nés par des bœufs ou des chevaux , étaient employés aux travaux agricoles, et cet équipage rural était convenablement construit pour le sol de la contrée.

Peu de mois après les semailles, arrivait celui de la récolte des blés; des moissonneurs les coupaient par poignées au-dessous de l’épi (pl. 31); derrière eux les femmes et les enfants ramassaienteesépis et les mettaient dans des sacs; des vases rafraîchissants, remplis d’eau et placés sur des trépieds non loin des moissonneurs , servaient à les désaltérer pendant leur travail; ces vases, d'argile poreuse, sont encore en usage en Egypte. Celui qu’on y appelle qonleh , ou bardaque, est le plu*/onnu; il est léger, portatif et d’une forme élégante, d'un usage commode, et on le trouve partout. Ses parois minces et d’un tissu poreux permettent à l’eau de transsuder d’une manière imperceptible ; aussi la surface extérieure est-elle toujours couverte d’une couche humide qui se renouvelle sans cesse aux dépens de l’eau renfermée dans le vase, et c’est

Ïiar cette continuité d’évaporation que a température de l’eau intérieure s’abaisse très - sensiblement. L’eau du Nil, qui a 23 drgrés de température au coucher du soleil , descend dans la bardanue, pendant la durée de la nuit, à 13 degrés, celle du neuve étant la même, et laquantité primitive de l'eau du vase s'étant réduiteà moins de moitié. Cela arrive en rase campagne, près du Nil et dans un courant près-

que permanent. On n’obtieiulrait donc |ws le même résultat dans l'intérieur des maisons, mais on le recherche par quelques moyens artificiels. Les anciens Egyptiens y employaient des éventails très-solide , qu ils agitaient avec force près des vases; par là ils renouvelaient continuellement l’air , favorisaient l’évaporation et accéléraient le refroidissement.

Notre planche 31, en regard de la page 125, représente le labourage de la terre à la houe, et à la charrue tirée par deux hommes au moyen d'une cordelle ; deux autres laboureurs aident à cette opération :

l’un appuie fortement sur la charrue , alin que le soc entre plus avant dans la terre; l'autre la dirige d'une main et porte dans l’autre le sac où la semence est contenue. On doit remarquer qu'il n’y a aucune différence de costume entre les quatre personnages iiui concourent à cette operation , que les deux derniers ne portent aucune marque d’autorité, et ne paraissent pouvoir exciter l’ardeur des deux premiers que par la parole. On ne peut point voir ici des serfs attachés à la glèlie , et employés à la place des animaux, a la cultiver au gré de son seigneur. En Egypte il y avait si peu de fatigue à couper et à ouvrir la terre déposée par l’inondation, que le laboureur tirant la charrue ne nous paraît pas réduit à une condition pire que nos manouvriers attelés à une petite charrette , ou pliant sous le poids d’insupportables fardeaux. Pour l’Egypte agricole, comme pour les exploitions rurales des temps modernes, tous les bras étaient utiles, et employés avec une réserve que la fertilité du sol et le concours des phénomènes naturels dépouillent de toute espèce de mérite philanthropique.

La même planche 3 1 représente aussi le labourage par la charrue a laquelle des bœufs sont attelés : le semeur jette le grain dans le sillon qu’il vient de tracer; toutefois, selon la place que le dessin lui donne, on pourrait, s’il n’y avait point un défaut de perspective, y voirie second labourage de la terre,

lequel a pour objet réel de couvrir les semences, en renversant sur elles la berge du sillon où le semeur les a répandues, et cette opération dans le second ensemencement de la même terre dans la même année devait tenir lieu du foulage par des moutons ou des chèvres, qui suffisait dans le premier, si voisin de la retraite des eaux.

On reconnaît dans la première, à auclie, des scènes du registre inférieur e la même planche, la moisson du blé au-dessous de l’épi, et l'usage des bardaques, tel qu’il vient d’être mentionné. On y retrouve aussi la forme de la faucille égyptienne , moins arrondie que celle de nosoontrées,et plus rapprochée de la forme de nos faux.

La scène suivante inspirerait quelques réflexions, comparée avec la première; les gerbes que des hommes lient ou transportent sur les épaules , sont formées de brins bien plus longs que ne le serait la paille du blé coupé près de l’épi. Ces longues gerbes sont formées de tiges de lin; on ne le coupait pas, on l’arrachait ; lié en gerbes, il était ensuite égrené au moyen d’un peigne qui détachait la graine en ménageant la tige. L’ouvrier qui procède à cette opératiou appuie un pied sur le talon du peigne, et consolide ainsi sa machine qui seconde efficacement son travail.

Le dernier sujet de notre planche nous représente l’inventaire de ces récoltes en blés : le propriétaire le fait mesurer au boisseau, et un scribe , accroupi sur un monceau de ce grain , en écrit le compte. On trouve ailleurs cette même scène, un peu moins abrégée ; elle mérite encore quelques détails.

L’antiquité classique a rappelé quelques traits des mœurs nationales de r Egypte, qui prouvent combien l'agriculture y fut honorée. Dans des ceremonies consacrées, les rois, dirigeant la charrue de leur main, ouvraient eux-mêmes le premier sillon de b nouvelle année rurale.

Dans ces encouragements publics, 1a religion apporta aussi le tribut de son influence. le naradis promis aux

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bons et aux justes était comme un jardin délicieux, planté d’arbres célestes, où les saisons sc succédaient dans l'ordre le plus régulier; où le Nil du ciel, comme celui de la terre, répandait périodiquement les bienfaits de ses eaux divines, et dans les plus utiles proportions; où les plus riches récoltes couvraient, sans interruption, ces champs d’une culture qui ne coûtait pas de sueurs, et où les Heurs de l'odeur la plus suave occupaient le terrain délaissé par les fruits du goût le plus exquis. Les âmes placées dans ce lieu de prédilection l'habitaient sous l’autorité du Seigneur de la joie du coeur, c'est-à-dire de la cons' .encc sans reproche. Elles cueillaier librement ces Ileurs et ces fruits. Ces champs étaient le séjour et la récompense des hommes vertueux. C’étaient les champs de la vérité, et ceux qui les habitaient ornaient leurs têtes de la plume qui en était l’emblème. Parmi ces âmes bienheureuses, les unes tenaient en main la faucille propre à cou- |ier la moisson, et d’autres présentaient des offrandes auxdieux;ces scenes sont souvent répetéesdansles tombeaux, et annoncées par ces paroles : «Les âmes « pures font des libations de l’eau, et

• des offrandes des grains des campa- « unes de gloire; elles tiennent une

• faucille et moissonnent les champs

• qui sont leur partage; le dieu soleil

• leur dit : Prenez vos faucilles, mois- « sonnez la récolte ; emportez la ré- « coite dans vos demeures, jouissez - « en , et la présentez aux dieux en « offrande pure. »

Dans le livre de la manifestation de la lumière, ou Rituel funéraire (voy.pag. 123, r'colonne), on retrouve aussi des scenes d’agriculture parmi les peintures religieuses dont cet ouvrage est orné; mais dans l’ordre réel de ces mêmes scènes , la culture des champs ne se voit qu’après les cérémonies d’embaumement de In momie du défunt, et qu’après qu’elle a été déposée dans la chambre sépulcrale. L’autre vie a donc commencé pour lui , c’est son aine, sous les formes humaines de son corps, qui accomplit ses

nouvelles obligations , et les champs qu’on cultive sont aussi ceux de la vérité : elle a été admise avec ces âmes p res , dans les champs élysées.

Les champs en culture y sont sillonnés de canaux tires du fleuve de l’eau primordiale; des arbres s'élèvent sur le sol. Les âmes, sans distinction de sexe, s'y livrent aux mêmes travaux : elles labourent avec la charrue, tirée par deux vaches, qu’elles excitent avec un fouet; successivement elles sèment le grain, le coupent, lorsqu’il est mûr, avec une faux , le font fouler par des vaches, qu'elles dirigent attentivement, et font, immédiatement après, l’offrande des prémices de cette récolte sur un autel placé devant le dieu Nil, qui est assis sur son trône. O11 trouvera dans toutes ces représentations une reuve nouvelle des analogies nomreuses qui existaient dans les croyances égyptiennes entre l’ordre des choses divines et les choses humaines, l’organisation du ciel et celle de la terre. On en trouvera d’autres encore dans le tableau des préceptes religieux de l’ancienne Egypte, et des symboles qu'elle adopta pour les faire connaître aux yeux, en même temps qu’elle s’efforçait de les inculquer dans les esprits.

Du reste , les pratiques des anciens pour purilier, serrer et conserver les grains, différaient peu de celles des modernes : on le vannait, en le laissant tomber au travers d’un courant d'air qui emportait le sable et la poussière; on l’enfermait ensuite dans des sacs pour le transporter au grenier, ou il était soit entassé , soit déposé dans des coffres plus ou moins vastes. Si l’on s'en rapporte à des peintures nouvellement découvertes en Égypte , l’usage de silos n’y aurait pas été inconnu, ün y voit, en effet, que le blé, porté par des hommes, est versé dans de vastes récipients rangés ou taillés sur une même ligne, tous de forme conique , et qui paraissent pouvoir être fermés par le haut dès qu’ils ont été remplis. Une ouverture en forme de petite fenêtre carrée était pratiquée vers le milieu de leur hauteur, et servait, soit à vider la parti*

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supérieure du grain, soit à l’aérer lorsqu'il n’était pas plein.

La fécondité de l’Égypte et le commerce de ses grains, qu elle transportait ou loin (pi. 44). lui avaient nécessairement faitcherclier et découvrir les moyens de les conserver sains et frais (tendant des mois et des années. Il parait aussi qu’on enfermait de même le blé dans son épi et sans être battu ; des peintures représentent bien clairement cet usage.

La culture du lin n’était ni moins abondante ni moins étendue en Égypte que celle des céréales. Les écrivains arabes du moyen tige en ont décrit la récolte en ces termes : On arrache le lin , brin à brin , quand it est devenu jaune et qu’ii conserve encore de l'humidité*, on l'arrache le matin, puis on l’étend , par couches légères , sur différentes lignes, l’étalant sur la terre afin qu’il scelle. Au bout de quatre ou cinq jours , on le lie par petites poignées de la grosseur de eequ’un homme peut embrasser avec ses deux mains réunies, ou de ce qu’on peut lier avec un bout de corde long d’une coudée ou tant soit peu plus. On le frotte ensuite entre les deux mains, pour faire tomber les feuilles; puis on l’expose au soleil sur des racines, en serrant les bottes l’une contre l’autre. Si on ajoute à ce passage arabe , dont le texte est emprunté aux notes de M. le baron de Sacv, à la suite de sa traduction française d’Abdailatif, ce qui a été déjà dit sur l’usage d’égrener le lin au moyen d’un peigne, l’auteur arabe aura décrit les procédés mêmes des Égyptiens, tels qu'ils sont fréquemment représentés dans les peinturesdes tombeaux, notamment dansceux de Beni-Hassan.

I.e lin récolté était déposé dans des couffés dont on chargeait les ânes ; il était ensuite teille, peigné, filé , tissé, pour produire cette grande quantité de toile de lin dont l’abondance en Fgvptc était aussi une branche importante de commérer , favorisée par l'abondance même de cette production, par la finesse et la blancheur auxquelles on pouvait l’amener, et par l’habileté des ouvriers qui le travaillaient pour

l’usage de toutes les classes, et spécialement pour les familles royales et sacerdotales.

Une autre substance, le byssus, parait avoir été, pour l'ancienne Égypte, un autre objet tic grande consommation. C'est avec des bandelettes de cette matière que les momies étaient enveloppées, selon Hérodote, et on ('employait habituellement dans l'habillement. Bien des écrivains , après Héro dote, parlent diversement de ce tu substance, et ils ont jete des doutes sur sa nature et sur sa patrie : les uns ont considéré le byssus comme une espèce de lin, plus blanc et plus doux que 'e lin ordinaire; d’autres, comme une e, uèce de laine; enfin on le disait originaire de l’Inde et transplanté en Ègx pte. On s’accorde assez a reconnaître que cette espèce de lin était produite par un arbre. La partie arabique de l'Égypte supérieure, dit Pline, engendre des arbres qui portent une laine que les uns appellent Gossipion et les autres Xylon. On trouvait aussi dans l’Inde, dit Hérodote, un arbre sauvage qui avait pour fruit une espèce de laine supérieure, par sa beauté et ses qualités , à celte que donnent les moutons ; et c’est avec cette laine que les Indiens fabriquaient leurs vêtements. Le rapprochement de tous ces passages montre assez clairement que le byssus des anciens n’était pas autre chose que te coton ; que cet arbre était cultivé en Égypte; et S. Jérôme ajoute u’il y était en grand nombre. C’est onc le coton qu'il faut reconnaître dans tous les passages des anciens relatifs à l'usage du byssus en Égypte.

L’inscription de Rosette fait mention de cette matière, et rappelle un fait important, quand elle nous apprend quo les temples de l'Égypte renfermaient des fabriques de toile de byssus, et qu’ils étaient tenus chaque année à une redevance de ces toiles envers le fisc royal; et quoique le monument qui rapporte ce fait curieux ne remonte qu’au temps des Ptolémées , comme la domination grecque ne changea rien à l’organisation intérieure des temples, on peut conjecturer avec quel-

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que confiance , que l’existence des fabriques de toile de byssus dans les maisons sacerdotales était bien plus ancienne encore. La substance et l'étoffe qui en était faite furent dans tous les cas counues en Égypte dès la plus haute antiquité.

Lorsque le Pharaon eut entendu Joseph, et, satisfait de ses avis, voulut lui témoigner sa gratitude, il lui donna le gouvernement de l’Égypte, lui remit l’anneau royal , et le fit revêtir d’une tunique d’e byssus ; aussi Clément d’Alexandrie a-t-il assuré que le byssus fut connu en Égypte dès les temps de Sémiramis, qui fut à peu prés contemporaine de Joseph. On peut toutefois reculer encore la fabrication et l’usage des étoffes de byssus en Egypte; ses relations politiques, son commerce avec la Syrie et l'Inde, la l'onnaissance réciproque des productions propres à tous ces pays, par ('intermédiaire des Phéniciens , qui en étaient les intrépides courtiers, font vraisemblablement remonter l’usage des toiles de BVssus aux premiers temps de l’histoire du commerce en Asie. Pour l’Égypte , ses momies de toutes les époques sont enveloppées de langes et de bandelettes de coton , généralement reconnu pour une des espèces du byssus des anciens : il fut un objet d’une grande importance pour l’agriculture, l’industrie et le commerce de l’ancienne Égypte. Moïse orna le tabernacle de tissus égvptiens; le prophète Isaïe prédisant à la classe industrielle égyptienne de prochains malheurs, s’écrie : « Ils seront réduits à la misère, ceux qui cardent le coton en fin, et les tisserands de tissus blancs. » Le travail de ces ouvriers se voit dans des peintures antiques, et les ouvriers en ce genre étaient trèsnombrenx en Égypte. La barbarie des conquêtes les priva de ces avantages :

le gouvernement actuel y a ramené l’ancienne prospérité en renouvelant les anciennes plantations de coton : on referait l’ancienne Égypte tout entière en rétablissant ses anciennes institutions. Le gouvernement des Pharaons y avait découvert et rendu

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fécondes toutes les sources de la prospérité publique.

Au nombre des productions naturelles employées habituellement à la nourriture dès hommes, il faut ajouter celles qui sont désignées uar Hérodote comme particulières aux habitants des contrées marécageuses de l’Égypte.

Pour se procurer leur nourriture, ditil, ils ont recours à divers genres d’industrie : lorsque le fleuve, gonflé, se déborde et couvre les champs voisins, il croit dans ses eaux une grande quantité d’une espèce de lis que les Egyptiens appellent Lotus ( le nymphæa lotus des botanistes modernes). Ils moissonnent ces plantes et les font sécher an soleil ; ils réunissent la graine et en forment une pâte avec laquelle ils fabriquent un pain qu’ils font cuire. La racine du lotus était également bonne à manger, et assez douce au godt; une autre variété de lis produisait des graines de la grosseur d’un noyau d’olive, bonnes à manger fraîches ou séchées; la tige du papyru?

était aussi une nourriture usuelle : pour la rendre plus délicate, on la cuisait au four; enfin, le poisson, vidé et seulement séché au soleil, était la plus habituelle nourriture des habitants des parties du territoire égyptien ira plus numides.

Les légumes entraient particulièrement dans le régime nutritif des enfants, en général très-nombreux dans toutes les familles, par l’effet de la loi qui , sans distinction des femmes légitimes de celles qui ne l’étaient pas, considérait comme frères aux mêmes droits tous les enfants du même père.

Les Egyptiens, selon Diodore de Sicile, les nourrissaient sans faire de dépense et avec une incroyable facilité , en leur donnant des aliments cuits très-simples, tels que les rejetons du papyrus, qui pouvaient être rdtis au feu’ou sous le cendre, ou bien les racines et les tiges de plusieurs plantes marécageuses, soit crues, soit bouillies ou rôties ; et si l’on ajoute à l’économie d’un tel régime, le concours d’une économie encore plus complète au sujetdel’habillementetde la rhaus-

sure, dont les enfants se passaient fort bien dans un climat aussi favorable , on sera porté à croire à ce que Diodore ajoute à ces premiers renseignements, c'est-à-dire, que la nourriture et l’habillement d’un enfant ne coûtait pas, pour toute son enfance, plus de 18 à 20 fr. de notre monnaie. Un comprend aussi, par ces faits avérés, la grande population de l’ancienne Égypte, et comment elle put élever ou creuser en aussi grand nombre ses prodigieux monuments.

Plusieurs auteurs anciens ont expressément distingué diverses qualités de vins produits par le sol égyptien.

Le vin maréotiquc, récolté dans le voisinage du lac Maréotis, près d'Alexandrie (ce qui faisait aussi donnera cette espèce de vin le nom d’ Alexandrin), provenait, selon Athénée, d’un excellent raisin, et il était blanc, léger, parfumé et diurétique. Le même auteur n'accorde pas de moindres éloges aux vins de la Tliébaïde , notamment à ceux de Coptos; il ajoute aussi que le vin de chacune des diverses parties de l'Égypte avait ses qualités particulièles et un goût assez prononcé pour les faire distinguer les uns des autres. Ces témoignages sur la culture de la vigne dans toute l'Égypte, sur l’abondance et la variété de ses produits, sont tirés d’un écrivain grec postérieur de six siècles à Hérodote qui assurait que les Égyptiens n’avaient pas de vignes. Il est vrai que cette assertion d'Hérodote peut ne regarder que les habitants de la partie ensemencée de l'Égypte, car c’est d’eux qu’il parle expressément dans le chapitre où il affirme qu’il n'v a pas de vignes, et c’est par cette ex plication decette même assertion que les paroles d’Hérodote ne se trouveront plus en contradiction manifeste avec les monuments les plus authentiques, et, sans nul doute, antérieurs de bien des siècles au temps où l’écrivain grec visita l’Egypte, comme le sont ceux d’Éléthya, Benillassan, Gizèli et Thèbes. Il n’est pas rare, en effet, de retrouver dans les monuments de l'Égypte les preuves incontestables de la culture de la vi-

gne , et des tableaux représentant toutes les opérations pratiquées pour faire la récolte du vin : le raisin est coupe par les veudangeurs , déposé dans des paniers , transporté dans des cuves , et est foulé par des hommes; le vin clair est tiré de cette cuve et mis dans des vaisseaux de bois, d'où il est ensuite déposé dans des amphores.

Le vin qui reste dans le marc de raisin en est extrait par divers procédés, par la torsion ou par la pression , soit a bras d’homme soit à levier, et les amphores où le vin est réuni sont ensuite soigneusement bouchées et rangées dans la partie basse de l'habitation, celle qui est le plus à l’abri de l’atteinte de la chaleur. Ces procédés eux-mêmes sont une preuve de l’existence de la vigne dans toutes les parties de l'Égvpte; le vin est souvent mentionné dans les inscriptions hiéroglyphiques ; on y en distingue même de plusieurs qualités : il nous paraît donc avoir été d’un usage général dans l'ancienne Égypte.

Plusieurs espèces de bières ou autres liqueurs fermentées, et l'eau du Nil, étaient aussi une boisson universellement adoptée.

Une assez grande variété de fruits ajoutait encore à la variété de la nourriture; le Uguier et autres arbres analogues croissaient sur le sol égyptien ; les terrains marécageux donnaient aussi leurs productions particulières ; les espèces de melons et de pastèques y étaient diversifiées, et les peintures des hypogées en donnent des figures assez exactes, pour reconnaître ces productions placées sur les tables d’offrandes religieuses, ou sur la. table domestique. L’ail et l’oignon d’Égypte ont presque de la célébrité ; du moins l’histoire a consacré leur agréable saveur. La Bible raconte que les Israélites , dans le désert , dégoûtés de la manne, leur unique nourriture, murmurèrent tout haut, se plaignant de n’avoir plus de viande à manger, et regrettant avec douleur le poisson dont ils se nourrissaieut gratis en Egypte, et surtout les pastèques, les concombres , les poireaux , l’ail et

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l'oignon de cette contrée; privés de ces fruits de la terre du Nil , leur vie était languissante , ne voyant que manne devant leurs yeux. Hérodote et Pline ont conservé "une vieille tradition , bien incertaine tant elle est vieille, d’après laquelle la seule dépense des raves, ail et oignons consommés par les ouvriers qui construisirent la pyramide de Chéops , se serait élevée à six cents talents d’argent , plus de huit millions de notre monnaie. Ceci ne prouve que l'antiquité de l'usage de ces fruits comme nourriture des peuples égyptiens ; on sait, du reste, que l’ail et l'oignon peroent beaucoup de leur saveur âcre et désagréable à mesure qu’ils croissent dans des climats d’une tempéra turc plus élevée. Les Européens d'Égypte n'ont pas pour ces deux productions l’éloignement qu’elles inspirent dans nos contrées; leur godt est en effet bien moins importun.

Il ne parait pas que les Égyptiens aient connu le riz ; les écrivains anciens qui nomment les lentilles de Péluse, ne parlent pas du riz d’Égypte. Théophraste mentionne le riz de l’Inde, et on peut conjecturer qu’il n’a été introduit en Egypte , ou sa culture est aujourd’hui generale, qu’au temps des califes , qui favorisèrent l’introduction des plantes étrangères.

Du reste, on peut considérer comme applicables aux temps primitifs de l’Égypte civilisée ce qui s'y passe aujourd'hui sur le terrain cultivable, l’uniformité des phénomènes naturels avant exigé l'uniformité des pratiques agricoles , et les anciens Egyptiens n’étant restes en rien au-dessous des modernes pour la connaissance et l’exploitation de leur pavs. Alors comme aujourd’hui les depots limoneux du Nil produisaient les plantes propres aux marais et aux terrains humides, tandis que le sol du désert s'était réserve les plantes à tiges dures et ligneuses , armées d’épines , et à fleurs a peu près incolores; néanmoins l’Égvpte n’était pas tout à fait de l’Afrique, et ses productions végétales étaient plus analogues à celles de la Syrie et

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des îles de la Mediterranée, qu’à celles de la Guinée ou même de l’Abyssinie. F.n Égypte, le froid ne suspend pas la végétation , la défoliation des arbres n’a lieu qu’en décembre et janvier, et la verdure renaît en février ou mars : c’est un hiver semblable à un long printemps. L'acacia, les sycomores , les cassiers et d'autres arbres touffus ornaient les jardins et donnaient beaucoup d’ombre, et le dattier était d’une grande utilité jusque dans ses derniers filaments : son fruit sain et nourrissant était un aliment agréable ; son bois poreux et léger se prêtait facilement au travail du menuisier et du charpentier ; ses débris fournissaient un bon combustible ; avec ses feuilles on faisait des paniers, des couffes et des nattes ; et avec le réseau de ses feuilles de bons cordages peu coûteux. Le dattier croissait également dans les sables du désert et dans le limon du Nil. Un grand nombre de plantes y croissent aussi spontanément, sans être particulières à l’Égypte; le Nil et les vents les y ont apportées de la Barbarie, de la Syrie, de l’Arabie, de la Nubie et de l’Inde , et leur végétation annuelle y a confondu les plantes étrangères avec les espèces primitivement indigènes.

Quelques-unes ont presque disparu , et le papyrus, autrefois si abondant, est aujourd’hui très-rare, et reste en Abyssinie, d’où il ne descend plus avec le Nil. Le papyrus , comme les, nymphsea et le pistia ont existé en Égypte avant que le riz et la canne à sucre v fussent transportés de l’Inde. Les roseaux et les joncs fournissaient autrefois comme aujourd'hui ces belles nattes qui sont devenues un objet de commerce. Nous avons parlé des vastes pâturages de la basse Égypte et de l’Heptanomide; il est très-vraisemblable qu'ils consistaient surtout en prairies artificielles; car alors , comme aujourd’hui , les dépôts du Nil auraient produit plus de roseaux et de plantes coriaces et épineuses que d’herbes propres à la nourriture des bestiaux; la paille des divers grains cultivés servait au même usage ; enfin , les tiges vertes

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des pois , des lupins , des gesses , des haricots, pouvaient ajouter à cette espèce de ressource dans un pays où I éducation des bestiaux était une partie très-importante de l’agriculture.

La race des chevaux y était fort belle , semblable à celle qui vient aujourd’hui du Dongola; Salomon s’approvisionnait de chevaux dans les riches haras de l’Égypte. Mais un fait très-digne de remarque, c’est qu’on ne trouve sur aucun monument la ligure ni la mention du chameau; habitant de l’Arabie, ce précieux animal parait avoir été inconnu aux anciens Égyptiens pour leur service.

Nous ne devons pas omettre de rap-

fieler ici un des moyens qui , avec es produits de l’agriculture , contribuèrent le plus à assurer à l’habitant de l’Égypte une nourriture excellente et dont l’abondance garantissait le bas prix ; nous voulons parier des poulets produits par l’incubation artificielle.

Cette méthode singulière, qui fait encore l’admiration ues voyageurs modernes , et qui u’a été introduite dans aucun pays d’Europe, fut connue et pratiquée par les anciens Egyptiens.

Comme ceux d'aujourd’hui, ils faisaient éclore les (mulets par le moyen des fours. Diodorc de Sicile en parle comme d'un art depuis longtemps en usage parmi eux; Pline a dit à peu près la même chose que Diodore ; Aristote a décrit, le premier, cette singulière opération, et l’empereur Hadricu, qui la vit encore en vigueur à l’époque de son voyage eu Égypte, ne manqua ps de la mentionner dans sa lettre relative aux mœurs et usages de cette contrée. Ainsi avant Aristote, du temps d'Hadrien, et de nos jours encore, les fours à poulets ont été connus des Égyptiens. Les auteurs qui ont consigné dans leurs écrits quelques données sur ce procédé remarquable , paraissent s’accorder sur un point fort contestable, lorsqu’ils disent qu’on n’y employait que la chaleur du fumier.

Mais un second passage de Pline luimême est bien plus instructif; les œufs, dit-il, étaient mis sur de la paille dans une étuve dont la tempé-

rature était entretenue à l’aide d’un feu modéré, jusqu’au moment où les poulets venaient a éclore, et, pendant tout ce temps , un ouvrier s'occupait jour et nuit à les retourner. Ce passage de Pline est la meilleure exposition sommaire de ce qui se pratique encore aujourd’hui. Le bâtiment est un carré long , coup à l’intérieur et dans toute sa longueur pr un corridor qui sépare deux rangées de petites pièces , nu nombre de douze au plus.

Chaque pièce est à deux étages; le plus bas est le couvoir; au-dessus, le chauffoir ; une ouverture au milieu de son plancher répandait la chaleur dans le couvoir. Des hommes sont élevés de pre en Gis à la conduite des fours à poulets. Les œufs apportés sont inscrits avec le nom du propriétaire ; on les place ensuite dans le couvoir sur un tas de paille hachée; ôn eu met jusqu'à trois run sur l’autre : complètement rempli , un couvoir en contient quatre à cinq mille. Le chauffoir est ensuite garni de braise allumée, et provenant de diverses matières ou combustibles , notamment de fumier mêlé de paille hachée, ce qui a pu induire en erreur ceux qui ont dit que l’incubation s'opérait par la chaleur du fumier ; méthode que Hadrien n’a ps cru devoir se permettre d’indiquer, pudet dlcerc. On renouvelle cette braise deux fois par jour ; on retourne et on remue plusieurs fois les œufs pendant les dix premiers jours; on continue de les soigner durant un égal intervalle. Le vingtième jour on commence à trouver quelques poussins; le jour suivant, ils sont éclos en très-grand nombre : ou aide à ceux qui ne peuvent briser leurs coquilles. Les plus faibles sont placés dans le corridor qui est échauffé par le voisinage des fours ; les plus forts sont réunis dans une chambre, pour être delivres aux propriétaires des œufs, qui ont l’art non moins utile d'elever ces poulets sans le secours des poules , et au moyen de soins qui sont indispensables pour réaliser le résultat de l'incubation ellemême. Ils sont conüés à des femmes expérimentées , qui ne se chargent

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que de trois ou quatre cents poulets a la fois; elles les gardent quinze à vingt jours , soigneusement nourris , loges sur un terrain sec , et préservés surtout de l'humidité des nuits. Ces nombreux produits sont ensuite vendus. Le P. Sicard, qui a voyagé en Égypte dans le siècle dernier, a reconnu qu'il y existait alors près de quatre cents fours à poulets, dont chacun fournissait deux cent quarante mille têtes, ce qui portait à cent millions de poulets ceux que les fours produisaient chaque année en Égypte.

Quand on les vend , on ne les compte nas, on les mesure au boisseau comme les grains : il y en a toujours quelques-uns d’étoufl'és, mais on s’épargne ainsi la peine de les classer et de les apprécier selon leur grosseur. On rend en poulets les deux tiers des œufs qu'on a reçus.

Si l’on voulait remonter à l’origine de cette méthode, et en expliquer la réussite, on ne devrait pas oublier de faire remarquer deux choses essentielles ; la première, combien il était utile de multiplier une nourriture aussi saine que celle que fournit la viande de volaille, et la seconde, que, sans cette méthode artificielle, cet avantage aurait manqué à l’Égypte , puiser ' >st constant que dans la saison Jes^oules commencent à couver, leur de l'atmosphère les pousse dan*«i société des mêles et leur fait abandonner leurs œufs. L'étude attentive du pays avait dd faire remarquer aussi qu’il* suffisait de la chaleur du sable pour faire couver les œufs d'autruche et de crocodile abandonnés dans le désert ou sur le rivage du Nil. Enlin, les oies, les canards, et peut-être aussi d’autres oiseaux domestiques, étaient également multipliés par ces incubations artificielles : on a lait jus-

3u’ici d’inutiles efforts pour l’introuire dans nos climats.

Nous aurions à indiquerencore quelques autres pratiques particulières à l’Égypte; mais il suffit à notre plan , pour faire apprécier ces procédés, de rappeler qucsurces pratiques agricoles et economiques était fondée cette fé-

condité extraordinaire de l’Égypte, et que le Nil , dont les eaux étaient habilement dirigées au moyen d’un système d’arrosement longtemps étudié , et conduit à une incontestable perfection locale , était , en effet , le créateur , le père nourricier et la providence de cette contrée.

Les produits de la terre étaient aussi variés qu’ils étaient abondants ; et l’f/idustrie égyptienue sut les approprier aux besoins de toutes les classes. Cette industrie, si l’on considère la diversité de ses résultats, ne fut point resserrée dans les étroites limites où végète celle de l’Égypte moderne ; l’ancienne possédait tous les arts de première nécessité, confectionnait tous les objets d’un usage universel ou de consommation journalière, fabriquait les plus communes comme les plus riches étoffes, servant à couvrir le fellah, à habiller les familles riches ou puissantes , à orner leurs demeures, à satisfaire leurs goûts , et le commerce exportait dans des contrées voisines ou lointaines la plupart de ces produits , sources de grands bénéfices, réalisés par les ventes ou les échanges.

Nous avons déjà donné plus haut une nomenclature qui suffira pour justifier ce qui vient d'être dit : des vases de toutes formes et de toutes matières pourvoyaient largement aux usages domestiques , à la décoration des palais, au service des prêtres et des dieux. Les fabriques de toiles de coton , de lin ou de laine, grossières pour un emploi plus commun , ou d’une finesse égale à celle des plus parfaits ouvrages de l’Indcen ce genre, brochées ou brodées, blanches, teintes ou peintes, pouvaient abondamment fournira toutes les classes delà société , et les pays étrangers se faisaient pour cet objet encore les tributaires de l’Egypte. Les étoffes babyloniennes, peintes atec l'aiguille, comme le disaient les anciens, furent célébrés dès la plus haute antiquité historique. La rivalité contemporaine des étoffés égyptiennes n’est pas moins remarquée par les historiens, et ils distinguaient les toiles peintes de couleurs diverses fabriquées

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à Babyionne, des toiles tissées de couleurs non moins riches et non moins variées fabriquées en Egypte. Ainasis envoya en présent aux Lacédémoniens une cotte d'armes (ou un ornement de

Soitriue), ouvrage remarquable d'étoffe e lin , dont le tissu représentait de nombreux dessins de ligures diverses.

Elle était relevée de broderies d'or et de franges de coton; et ce qu’il y avait de plus merveilleux encore dans ce tra- ■ vail, c’est que cliacun des fds qui formaient le tissu de l’étofTe, quoique très-fin, était composé de trois cent soixante brins , tousvisibles. Il n existait qu'un second chef-d’œuvre semblable , celui que le même Amasis avait consacré à Minerve, dans le temple de Linde. Tel est le récit d'Héro-

Cette abondante production de tissus, et la richesse des costumes reproduits sur plusieurs de nos planches (voy. pl- 24 et 25) , prouvent aussi que l’art du teinturier devait, être aussi perfectionné en Égypte que celui du tisserand.

L’Egypte possédait les principales substances colorantes; elle rivalisait en ce point avec Tvr, Babylone et I Inde, et l'on sait que les principaux commerçants tyriens avaient un établissement à Memphis.

Pline parle avec admiration d un procédé siugulieremployé par les Egyptiens pour peindre sur les tissus, et, avec son goût habituel pour l’antithèse, il dit que ce n’est pas avec des couleurs qu’ils peignent de cette manière, mais avec des drogues qui détruisent les couleurs : l’étoffe est plongée dans le liquide chaud ; elle en est retirée d une seule couleur , et bientôt elle se trouve ornée de plusieurs. Nous pensons qu il s'agit ici d’un procédé qui fut de tout temps connu dans l’Inde, qui est corn, munément mis en pratique par I industrie européenne, et qui est connu sous le nom de dessins réservés. On imprime en effet ce dessin même sur l’étoffe en un mastic inattaquable par une teinture liquide chaude ou froide, et d’une couleur quelconque; 1 étoffe plongée dans cette teinture en sort d’une seule couleur , et elle se trouve

ornée de plusieurs dès qu’un lavage de l’étoffe dans un autre liquide composé, a détruit le mastic qui préservait de cette teinture le fond primitif de l’étoffe, ou même d’autres dessins préalablement iniprimés. Dans tous ces procédés, l'Égypte employait avec succès les moyens perfectionnés de l’art du teinturier , éclairé par les plus sûres expériences de la chimie appliquée * la connaissance des plantes et des métaux colorants.

L’idée de ces pratiques usuelles, perfectionnées par la véritable science , amènerait à l'examen d’une question très -importante pour l'histoire des connaissances humaines et celle des découvertes qui appartiennent réellement aux anciens, ou auxquelles les modernes peuvent prétendre avec une évidente raison. L examen, d une telle question offrira toujours à la bonne foi, dans un de ses côtés du moins, d’inextricables difficultés. Les textes des écrivains de l'antiquité, qui concernent les procédés des arts, présentent en effet trop d’incertitude à la critique, pour qu'elle puisse en déterminer le sens avec cette rigueur étymologique et traditionnelle qui ne permet à personne de douter que tel mot indique en effet tel procède des arts techniques, ou tel produit de l’industrie chimique ou manufacturière. En un autre côté tout est certitude ; c’est celui qui ne concerne que les faits matériels et d’une incontestable évidence. Tout ce que nous montrent au grand jour les monuments égyptiens est vrai pour I Egypte , et ne saurait lui être conteste. Des savants et des voyageurs modernes ont soigneusement cherche à connaître ce nui lui appartient dans la théorie et la pratique des arts utiles à la civilisation , et leurs observations , que nous résumons dans cet écrit , et qui sont corroborées par le témoignage des monuments originaux que nous avons eus sous les yeux , nous donnent une idée avantageuse de la haute expérience de l'Égypte en ce point, à des émiques très-reculées de l histoire de I industrie humaine.

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L’Égypte avait élevé de grands monuments d’architecture plusieurs siècles avant la venue d’ADraham. Des barbares les démolirent; et, au XIX* siècle avant l’ire chrétienne , délivrée deeette soldatesque meurtrière aux arts et aux lois , elle rebâtit de nouveaux temples à ses dieux ; elle y employa des débris des anciens édifices, et on trouve encore ces débris à leur place dans les masses des monuments nouveaux qui datent aujourd’hui de trentosept siècles. La sculpture et la peinture ornaient ces édifices, et le luxe des jostumes et do mobilier sacré répondait à leur magnificence. Les pierres et les métaux précieux , les étoffes de prix, dont le travail avait augmenté encore la valeur, étaient [employés dans la pompe des cérémonies, ouvrés avec art et ornés avec goût. Les métaux communs et toutes les productions utiles étaient en même temps appropriés à tous les besoins , et secondaient, comme d'actifs auxiliaires, les efforts de toutes les classes. On n’en pourra douter à l’exposé sommaire des laits recueillis et décrits par les plus exacts observateurs , dont nous résumons ici les attentives recherches, qui ont embrassé à la fois l’Égypte souterraine qui renfermait les plus précieux renseignements , et la surface du sol couvert des débris de semblables témoignages.

C est dans les hypogées qu’on trouve les métaux mis en œuvre, des peintures dont les couleurs sont dues a des oxides métalliques, des frittes, des verres, des émaux colorés par ces mêmes oxides. Les étrangers qui ont séjourné en Egypte à une époque trèsreculée ^ faisaient usage des métaux qu’ils s’étaient procures dans ce pays.

Abraham donne à Rebecca une bague et des bracelets d’or; Joseph reçoit de Pharaon un anneau et un collier d’or, et fait mettre sa coupe d’argent dans je sac de blé de son frère Ëeujamin.

Les Israélites, lors de leur sortie d’Égypte, emportèrent frauduleusement, dans le désert, d’immenses richesses empruntées aux Égyptiens. L’or, l’argent, le cuivre, les pierres précieuses.

les étoffes teintes en pourpre, en écarlate, en cramoisi, la laine, ou poU de chèvre ou de chameau, le lin, le byssus , les substances tinctoriales et aromatiques, sont mentionnés dans les écrits de la même époque. Les Israélites, qui sjétaient instruits dans les arts ne l’Egypte, mettent en œuvre tous ces matériaux . et exécutent tous les ouvrages qu’exigeait ie nouveau culte qui leur est imposé par Moïse, et qui demandait le concours des sculpteurs, fondeurs, menuisiers, charpentiers , orfèvres , brodeurs , parfumeurs, graveurs en pierres fines, etc., etc.; Moïse lui-même fait la dissolution du veau d'or. La même industrie se retrouve encore sous Salomon, par suito de nouvelles communications avec les Égyptiens, et le plan du temple du vrai Dieu n’est que l’exacte copie de chacun des grands temples de l'Egypte.

Cette même tradition des arts passa successivement dans ta Grèce et chez les Romains; et si ceux-ci , qui , parmi les peuples de l’antiquité, sont entrés les derniers à la civilisation par la voie des sciences et des arts, ont su, comme on n’en peut douter, raffiner l’or parle plomb, le mettre en feuilles, ‘ dorer les métaux à l’aide du mercure retiré du cinabre, dorer le marbre et le bois au moyen du blaoc d’œuf, souder i’or avec un borax artificiel, souder les autres métaux les uns par les autres, étamer le cuivre, composer le bronze, préparer ia litharge, le minium, la céruse, la potée d’étain et le vert de gris; employer dans leurs peintures des couleurs soit terreuses, soit métalliques; l’antique Égypte leur en avait donné le précepte et l’exemple.

Elle leur avait appris aussi à apprécier les riches tissus dont se paraient ses dieux et ses rois. L’Égypte savait de même se procurer les produits moins recherchés, mais non moins utiles à l’économie publique ou domestique; elle fabriquait aussi les noirs de fumée, de iie et d'ivoire, la colle forte avec le cuir de bœuf; elle teignait en pourpre les moutons en vie , blanchissait ia lame par la vapeur du soufre; savait encore que si une lampe allumée , qu'on plonge

dans une cuve ou dans un lieu souterrain, venait à s'y éteindre, il était dangereux d’v entrer.

L’art de l'émnillcur était certainement pratiqué par les anciens habitants de Thèbes, à la même époque que les arts du potier de terre, du verrier, du peintre, du sculpteur, du batteur d’or, du doreur, du statuaire en pierre et en métaux , du constructeur de barques , du graveur, du stucateur, du fabricant de papyrus et des cuirs teints et inaroquinés, du tisserand et du teinturier. On trouve partout les produits de l’art de l'émailleur, et la porcelaine blanche ou colorée portée au plus haut degré de perfection; à la finesse de la matière se joignait aussi l’elégance des formes. Sèvres a reproduit plusieurs de ces modèles égyptiens (voy. pl. 44) , et le suffrage public a consacré d’avance le jugement que nous eu portons ici. Rien u'est plus commun non plus, dans les ruines égyptiennes, que des poteries émaillées de diverses couleurs, le verre et les pâtes de verre colorées et non colorées. Un beau et grand plateau de verre blanc orne notre musée du Louvre. Le stuc , composé vraisemblablement comme le nôtre, de plâtre et de colle forte, ou, comme «relui des Romains, de marbre blanc et de chaux, n’est pas rare dans les anciens monuments. Un mastic fort dur est aussi appliqué en relief, et doré ensuite comme ornement de meubles divers; des sculptures qui devaient être dorées étaient couvertes d’une toile très-line et d'une couche de plâtre, sur lequel l’or était appliqué et se retrouve encore. Les momies d'hommes offrent les ornements peints, sculptés, coloriés ou dorés, les plus diversifiés ; et les membres des êtres embaumes sont parfois couverts ou enveloppés de feuilles d'or; des statues de bois ou de bronze sont dorées. Des caisses de momies sont aussi ornées de sujets exécutés en mosaïque de pierres ou d’émaux de couleur. Les faïences et les porcelaines émaillées prouvent suffisamment d’ailleurs qne les Egyptiens travaillaient facilement l'étain et le cobalt. l.'étain se trouva dans le butin

que les Israélites firent sur les Madianites; Homère parle de l'étain; et, quant au cobalt , l’illustre Davv en retrouva dans neuf échantillons de verre bleu transparent des fabriques égyptiennes. Le bleu de cobalt est une couleur très-fréquente sur les sculptures égyptiennes, et la chimie moderne a constaté que, par l’effet d’un mordant d’une grande puissance, le cobalt et les autres couleurs à base métallique, qui couvrent les sculptures égyptiennes, ont pénétré le grès et le granit à plus d’une ligne de profondeur.

Il est donc hors de doute que l’art de faire et de traiter le verre et l’émail fut porté en Égypte à un très-haut degré de perfection. Les Égyptiens recousaient aussi le verre avec du fil de fer, et le soudaient avec le soufre; ils employaient le verre et l'émail à l'embellissement des temples et des palais, qui étaient pavés de carreaux brillants du plus vif éclat. La nature avait ouvert cette voie au génie égyptien , en plaçant à profusion , à la portée de l'Egypte", le sable du désert, le nitrate, êt les cendres de kali, matière première dont le verre est composé.

On ne doit pas être surpris si la petite verroterie, et tous les objets utiles ou de fantaisie qu’il était possible d’en fabriquer, se retrouvent en très-grande quantité dans les ruines de l’Égvpte.

Toutefois, on appliqua ces connaissances, fruit d'une longue expérience, à de plus nobles usages, et si l’on en croit l’antiquité classique, l’Egypte aurait excité à un haut degré l'étonnement et l'admiration de la Grèce et de Rome, par des productions réeljement merveilleuses de l’art de traiter le verre et les émaux. Strabon affirme qu'on fabriquait, de temps immémorial, à Thèbes, au moyen de procédés tenus secrets, des verres très-beaux, très-transparents, dont la couleur imitait l’hyacinthe, le saphir, le rubis ou le cyanus , et que Sésostris avait fait couler, en verre de couleur d'émeraude, une statue, qu’on dit ailleurs avoir existé à Constantinople jusqu’au temps de Théodose: Appien affirme aussi qu’un colosse de même matière

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se voyait dans le labyrinthe d’Égypte.

On y fabriquait encore du faux jayet avec la scorie des métaux , et ils en connurent les oxides, notamment ceux du fer, du cuivre, du plomb et de l'étain, sans lesquels ils n'auraient pu réussir à faire les verres et les émaux colorés, à incruster les pierres précieuses; aussi les ouvrages en verre furent-ils compris par Auguste, avec le blé et le froment , dans la liste des produits que l’Égypte devait payer à Home comme tribut. Pline dit avoir vu les images d’Auguste et quatre éléphants de pierre obsidienne donnés par cet empereur, comme ouvrages merveilleux, au temple de la Concorde; enfiiij une statue de Ménélas en verre noir, imitant le jayet, enlevée du temple d’Héliopolis par un gouverneur romain, fut renvoyée en Égypte par l'ordre de Tibère.' Nos musées abondent en bijoux en or, en argent et autres métaux, sur lesquels les émaux furent appliqués par l’industrie égyptienne.

Au nombre de ses produits . sans nui doute les plus célèbres , il faut comprendre les vases murrhins artificiels. L’antiquité les distingue trèsbien des vases murrhins naturels que Rome tirait de la Perse , et dont les plus beaux furent payés plusieurs centaines de mille francs; il est vrai qu'on les jugea dignes d’étre consacrés aux dieux : les six premiers qui y furent connus provenaient du trésor de Mithridate, et on les déposa dans le temple de Jupiter au capitole. Auguste, après la défaite d’Antoine et de Cléopâtre, enleva d’Alexandrie un de ces vases,

3ui fut aussi destiné au service des ieux. Il résulte des recherches soigneuses et érudites de M. de Ruzière , ue la matière murrhine était le spath uor. L’industrie égyptienne imita parfaitement cette matière , et la fabrication des vases murrhins occupait à Thèbes plusieurs manufactures. Arrien les mrntionne expressément dans son Périple; les fragments de matières vitreuses coloriées aliondent dans les ruines égyptiennes; des vases imitant le spath fluor et d'autres matières mi-

nérales, ornent la plupart de nos mu sées. Le luxe romain fit peu de cas de ces petits meubles , devenus fort communs dans l'empire par l'activité des fabriques thébaincs ; mais il parait que bien antérieurement h la domination romaine en Égvpte, les vases murrhins de Thèbes, et surtout la verroterie de Coptos, étaient expédiés par la mer Rouge, et qu’ils étaient recherchés souvent par les peuplades de l’Arabie et de la côte d'Afrique.

L’usage du bronze pour les ustensiles et les armes y était général ; d’où l’Égypte tirait-elle cette quantité de cuivre? Cette question mériterait un long examen ; un fait résulte cependant de quelques monuments ; une stèle trouvée à Kl-Magara, en Arabie, une inscription gravée sur un rocher dans le même lieu, et une autre inscription sur un rocher de Sabout et Kadin, dans In même contrée, prouvent que dans les 31*, 42" et 44*’ années du quatrième roi de la XVII' dynastie, vers l’an 1950 avant l’ère chrétienne , les riches mines de cuivre de ces deux localités étaient en pleine exploitation sous l’autorité des Pharaons.

Homère énumère les présentsqu’Hélène et Ménélas reçurent du roi et de la reine d'Égypte: ce fut une corbeille, deux cuvettes et deux trépieds en argent; une quenouille d’or, et une autre corbeille en argent dont les anses étaient en or.

Homère et son siècle croyaient donc à la splendeur de Thèbes , à la haute fortune de l’Égypte. Les monument»

antérieurs à Homère, encore subsistants , justifient assez son admiration; lui et ses contemporains connaissaient, sans nul doute, les merveilles du royaume des Pharaons , sa terre si prodigue de bien, son agriculture si féconde , son industrie si puissante et si variée, et les prodiges de tous les arts réunis en elle à ceux de la nature. Homère avait vu ce sublime spectacle , et l’Égvpte , sous les rois de sa vingtième dynastie, inondée de gloire et de prospérité; et, à la vue de tant de calme et de bonheur dans l’Égypte monarchique , le souvenir des

agitations auxquelles l’Ionie et la Grèce avaient été livrées par tant d’ambitions rivales, lui inspira peut-être ce précepte qu'il met dans la bouche du prudent Ulysse : « Ce n'est pas une bonne chose que legouvcrnement de plusieurs ; qu’il n'y ait qu’un seul chef, qu'un seul roi.» Dans les pays que le divin Homère connaissait le mieux, les monarchies venaient de Unir en même temps que les siècles héroïques , si propices au génie de la poésie; esprit observateur, Homère ne put se soustraire à des rapprochements, affligeants, peut-être, pour lui-même , mais d’une grande utilité pourses ouvrages, dans lesquels il dota la Grèce qui survécut à la guerre de Troie , de connaissances variées qu’elle n'estima qu'après que ses vers les lui eurent révélées. Ce n'était pas en effet dans la Grèce contemporaine qu'Homèreavaitpu voir, comme il le vit en Égypte, des institutions] politiques heureusement appropriées a l'état des lieux, et propices également au prince etaux sujets; une croyance unique donnant à une population nombreuse les espérances d une autre vie ; la pompe des cérémonies ajoutant à l’éclat du culte de la Divinité; les rois inclinant leur front couronné devant ses emblèmes sacrés; des lois protectrices assurant le maintien de l'ordre et la tranquillité sur tous les points d'un vaste empire; les premières classes de la société donnant l’exemple de la soumission, et la foule les imitant avec empressement ; des villes florissantes succédant à l’aridité du désert ; les arts portés à un très- haut degré de perfection; une architecture savante dans l’art de la disposition des plans et la science des proportions, et des monmnentsque n'a égalés aucun autre ouvrage des hommes, s’élevant de toutes parts; le sol du pays étudié , et son étendue mesurée ; les phénomènes célestes observés, leurs lois les plus utiles découvertes et connues, leur théorie fixée par une série de connaissances positives, et l’écriture d'un usage général dans toutes les classes.

Bien d’autres merveilles encore fièrent frapper l'esprit singulier d’un tel

homme, surtout les produits remarquables des arts, encore si rares de son temps chez les Grecs. Au temps d’Homère, l’Égvpte depuis hieu des siècles exécutait des ouvrages presque encore inconnus en Europe ; ainsi, sur les bords du Nil , des quais antiques ont une courbure horizontale dont la concavité est tournée du côté de l'eau. Cette espèce de vodte horizontale renferme un grand principe de solidité , puisque un mur ainsi construit oppose une plus grande résistance à la poussée des terres, et quelque élevées qu'elles soient, ces quais en soutiennent la pression sans s'ébranler : ces résultats supposent que les extrémités de Parc sont .ellesmêmes les points d'appui de la voûte.

L’expérience des siècles est ici la meilleure preuve de sa solidité, et elle donne une idée d’autant plus avantageuse des constructions égyptiennes , que, malgré l’avancement dé nos connaissances, l’exécution de ces voûtes horizontales offre , en Europe, do trèsgrandes difficultés.

On a dit très-haut que les anciens Égyptiens ignorèrent l’art de construire les voûtes : on n’en a vu dans aucun de leurs nombreux monuments, et l’on a cru pouvoir en conclure qu’ils ne les connurent pas. D'abord on a reconnu des voûtes à voussoir , de peu de portée, il est vrai , dans quelues constructions de la Thcbaïde; e plus, supposant même que ces voûtes ne sont -pas des époques les plus anciennes , au lieu de considérer cette circonstance comme une preuve négative, il eût peut-être été nécessaire d'envisager la question sous un point de vue plus particulier. Nulle part, en effet, on ne trouve de fabriques dont les proportions soient aussi grandes que celles des monuments de FÉgypte, et cependant des plafonds et des plates-formes d’une vaste surface y ont été établis sans le secours des voûtes. En Europe , au contraire , on trouve des voûtes partout, quoique aucune des constructions européennes, si l'on en excepte une seule, n’approchc de l’étendue des monu-

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ments de l’Egypte. Si donc l’on conçoit bien l’état des arts dans ces deux contrées célèbres, on trouvera la cause de cette différence, qui a droit de surprendre, et l’on verra que l’Égypte n’eut point de vodtes , parce que sa méthode d’exploiter les carrières lui fournissait des pièces de grès ou de granit de cent pieds en longueur , et que l’Europe au contraire a dd s'en servir , parce qu’elle ne peut extraire et mettre en œuvre que des matériaux dont le volume est beaucoup moins considérable. Ainsi donc l'usage des vodtes est pour l’Europe une perfection qui prouve son infériorité sous ce rapport ; c'est une industrie née de la nécessité.

Si nous considérons ensuite l’architeoture égyptienne dans ses procédés matériels, nous v trouverons aussi quelques règles differentes de celles qu'emploie l’Europe, puisqu’elle eut d’autres moyens. L’architecture égyptienne naquit en Égvpte ; c’est le premier fait que son étude a démontré. Chaque peuple imita la nature qu'il eut sous ses yeux : les Egyptiens firent leurs chapiteaux avec les feuilles du palmier, et les Grecs y substituèrent les feuilles te l’acanthe ; l’Europe a imité laGrcce, et n’a point égalé sa perfection. Dans l’architecture grecque, comme dans l’architecture moderne , l’architrave repose immédiatement sur le chapiteau; dans l’architecture égyptienne, au contraire, un dé carré", placé au centre du chapiteau, supporte l’architrave, parce que les Égyptiens avaient senti que cette partie dé l’entablement, qui a toujours une apparence de pesanteur, ne pouvait pas, sans manquer à toute convenance , poser sur des chapiteaux composés de feuilles, de fleurs et d’ornements délicats. Il résulte de ce principe véritablement égyptien, ueles chapiteaux se trouvant éloignés e l’architrave , les grandes lignes, qui sont toujours une source de beautés dans l’architecture, n’éprouvent aucune interruption , et c’est là le caractère éminent de l’architecture égyptienne. Toutes les colonnes de l'Egypte diminuent de la base au chapi-

teau d'une manière uniforme; c’est cette diminution régulière qu’imitent les belles colonnes doriques elevées en Grèce dans le plus beau siècle de son architecture, et des monuments égyptiens d’une très-haute antiquité nous montrent encore en place le type parfait de cette même colonne dorique des Grecs. Des constructions de plus de quatre cents pieds de longueur, sur plus de quarante pieds de hauteur, ne présentent pas le plus petit dérangement dans les nombreuses assises de pierres qui les composent; l’œil ne voit sur ces vastes surfaces que des lignes parfaitement droites et des plans parfaitement dressés; les monuments grecs et romains sont tous ruinés, et les monuments de l’Europe ne résistent point à quelques siècles.

Pii les uns ni les autres ne peuvent être comparés à un temple égyptien sous le rapport des ornements et de leur savante distribution : leur profusion n’est remarquable qu’en Éuypte, et le mur de circonvallation d'un seul de ses temples est décoré de cinquante mille pieds carrés de sculptures religieuses ou symboliques.

Nulle part non plus la mécanique n’a produit (le si grands résultats; tous les ouvrages des Égyptiens prouvent cette vérité : elle est encore mieux démontrée par les obélisques de cent pieds de hauteur , par les statues de cinquantecinq et de soixante pieds de proportion; et chacune de ces merveilles d'un art rarement aussi puissant, est d'un seul morceau de granit transporté de Svènc à Thèbes, que séparent plus de 40 lieues, et jusqu'à Alexandrie.

On peut donc, sans s'exposer à des contradictions fondées, et d’après les faits qui viennent d’étre sommairement exposés, considérer l’Égypte dans sa splendeur civile, agricole et industrielle, comme le type antique de la civilisation créée, agrandie et perfectionnée par la culture de l’intelligence, l'amour de l’ordre, le respect des dieux. In sagesse des institutions politiques , la puissance des lois, des arts, des sciences et de toutes le* connaissances qui honorent l'esprit humain. Ce qui

nous reste à dire de l'une des principales sources de sa prospérité, de son commerce, rendra également témoignage en sa faveur.

Pour connaître le plus exactement qu'il est possible de le faire, après tant de siècles et de révolutions, l'état du commerce en Égypte, on ne peut se dispenser de rechercher ce qu'il était dans les contrées limitrophes dont la civilisation, égale à celle de l’Égypte, ne saurait être mise en doute. Ainsi , les produits de l'Inde sont désignés dès les premières pages de l’histoire écrite comme objets de jouissance et de luxe chez les peuples dont elle indique l'avancement social; les tissus de laine ou de soie, et les pelleteries provenant de la Chine ou de l’Asie supérieure, les aromates et l’encens, produits de l’Arabie, sont aussi mentionnés dès la plus ancienne époque des annales indiennes. Dans le vaste empire d’Assyrie, les parfums, l’ivoire, les bois précieux , les perles , les diamants, les épices et les étoffes de l’Inde, ses tapis et les plus beaux ouvrages de ses riches manufactures, ornent les palais de Sémiramis et de la somptueuse Itabylone. De vastes espaces séparaient ces |>opulations; mais des jalons commerciaux rapprochaient les distances ; des entrepôts invitaient à les parcourir, et la llible nous dit que Joseph fut vendu à des Ismaélites qui venaient de Galaad, sur les bords du Jourdain, et transportaient en Égypte, sur leurs chameaux, du parfum, de la résine et de la myrrhe.

Ainsi, l’Inde, l’Assyrie et l’Arabie, s'enrichissaient par l'agriculture , l’industrie et le commerce; l’Égypte, non moins féconde en produits variés, non moins industrieuse, non moins empressée d’échanger ses productions naturelles contre celles qui étaient étrangères à son sol, ne dut pas rester spectatrice inerte de tant d'avantages.

L’Éthiopie et Méroé n’étaient ni moins avancés ni moins avides des avantages que la civilisation retire du commerce, et bientôt l’Éthiopie et l’hgvptc se lièrent par des relations qui durent s’étendre sur les côtes et sur

les terres intérieures de l’Afrique. La guerre et la conquête facilitèrent cette extension en révélant les meilleures routes; l’Égypte fournissait du blé à tous les peuples ses voisins qui en manquaient, et qui durent rechercher avec soin un moyen d'échanger avec l’Égypte leurs propres produits, des métaux divers, les aromates surtout, dont il se faisait en Égypte une si grande consommation pour le service des dieux, pour l’usage des vivants, et pour les honneurs à rendre aux morts.

La pratique de la mer, quelque bornée qu’on la suppose , dut bientôt seconder toutes ces entreprises ; les distances n'étaient pas considérables, et le désert était sans danger, au moyen des entrepôts rt des comptoirs où les caravanes trouvaient toujours sûreté et assistance; et si le commerce de mer est inséparable de la piraterie, sur terre la probité qui résulte de l'intérêt mutuel protégeait les transactions , et peut-être qu’alors , comme au temps de l'historien arabe Makrisi, on trouvait souvent déposées sur la route du golfe Arabique en Égypte, des cargaisonsentières d’épices, qui y restaient intactes jusqu'à ce que les possesseurs vinssent les retirer. Il est vrai que l’Égypte et la partie de l’Afrique située'dans son voisinage, manquent de bois propres à la construction des vaisseaux de mer; mais les forêts de la Syrie devaient y pourvoir, et l’Kgvpte 11e manqua jamais de moyens n’échange pour se procurer chez les peuples limitrophes les matières qui lui étaient utiles; Tyr et Sidon n’avaient >u garder à leur seul usage l’art et es moyens de construire des embarcations, et la Méditerranée, la mer Rouge et le Nil furent sans nul doute fréquentés par la .marine égyptienne à des époques contenqioraines du haut degré de prospérité du commerce et de l’industrie de l’Assyrie et de l’Inde.

1,’état des constructions navales égyptiennes ne se révèle pas comme trés-perfeclionné dans les bas-reliefs dont des combats sur mer sont le sujet (voyez pl. 49); mais si les rapports de l’histoire 11e permettent pas de

douter que les Egyptiens furent réellement navigateurs, parcoururent la mer Kouge, et eurent des relations suivies avec les peuples des côtes méridionales de l'Afrique, et avec les Indes orientales; que Sésostris avait fait construire une flotte de 400 voiles avec laquelle il subjugua toutes les provinces maritimes et toutes les iles de cette mer Érythrée, jusqu'aux Indes; que ce fut alors pour la première fois que de grands vaisseaux parurent sur cette mer; que ces expéditions maritimes ne se réduisirent pas a de simples incursions ; qu’elles n'avaient pas pour objet des conquêtes, mais des etablissements durables; que les tributs imposés aux peuples de l'Afrique méridionale, de l'Inde et de l'Arabie, font supposer que ccs relations étaient entretenues avec vigilance , que les peuples du midi de l'Afrique fournissaient à l'Égypte l'or, l'ébene, l’ivoire, les dents d’elépiiant, des dents et des peaux d'hippopotame, ainsi que des animaux rares et curieux; l'Arabie, l'or, l’argent, le fer, le cuivre, la myrrhe et l’encens , i’î.ide , des pierres précieuses, divorces matières minérales, et des riches étoffes, enfin, que le roi Nécos fit entreprendre un voyage autour du inonde, et qu'après trois ans de navigation, ses vaisseaux, partis de la mer Kouge, entrèrent dans l’Océan . suivant toujours les côtes qui étaient sur leur droite , et que tournant la Libye, ils vinrent surgir dans les ports Je la Méditerranée : si tous ces détails sont fidèlement exposés par l'histoire, il faudra accorder à l’art nautique en Égy pte un peu plus de perfectionnement, un peu plus de puissance qu'on ne lui en attribue d'ordinaire; et c’est un fait assez concluant dans la discussion présente, que celui qui a été recueilli par Champollion le jeune dans le inusee de Turin , où , mettant en ordre un grand nombre de papyrus royaux, c’est-à-dire, portant des dates tirées des règnes des anciens rois, il a vu sur un de ces manuscrits, qui est du temps de Sésostris, et sur une grande page sans écriture, le dessin d'un grand vaisseau armé de gran-

des voiles, avant tous ses agrès et des mousses qui manoeuvrent sur les nuits.

Les colonies égyptiennes qui se rendirent en Grèce, avant et après les temps de Sésostris, ne purent y être transportées que par de grandes embarcations propres à tenir la mer avec quelque sûreté.

Du reste, la position géographique de l’Égypte et la variété de ses produits n'en faisaient-ils pas l’un des pays les plus commerçants du globe , et ce commerce ne fut-il pas pour elle l’un des plus ardents besoins de la civilisation? Sans lui, qu’aurait servi son abondance extraordinaire en grains, et comment serait-elle parvenue a donner à toutes scs institutions, à ses établissements nationaux , cct aspect de grandeur et de richesse qui les caractérisait? Il lui fallait pour y parvenir une fort habile industrie, et un commerce non moins actif, non moins habile, au dedans et au dehors.

La solennité des panégyries, qui duraient plusieurs jours, ne put manquer de favoriser ccs deux branches de prospérité ; de grandes masses de population y étaient attirées de diverses provinces, et de pareilles réunions d’hommes ne pouvaient pas avoir lieu sans qu’il se fît des transactions commerciales. Il est vrai que les Égyptiens avaient un éloignement marqué pour les étrangers, et ils avaient cela de commun avec tous les peuples dont la croyance religieuse a réglé, pardesévères prescriptions, le régime diététique et alimentaire; mais cet éloignement n’excluant pas absolument les relations de toute nature, les caravanes du midi se rendirent à Thèbes, celles de la Syrie à Memphis, et les étrangers, comme aujourd'hui les négociants chrétiens chez les musulmans non moins intolérants que les vieux Égyptiens, devaient posséder dans ces villes des établissements plus ou moins isolés, où, comme les Européens dans leurs fondoukisde la Barbarie, ils pouvaient pratiquer leurs coutumes nationales, cuire leur pain , enterrer leurs morts, et prier selon leur foi. Du reste, l’É-

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gypte, ouverte sur la Méditerranée au nbnl, devait se défier des arrivages maritimes, tant qu’elle ne se erut point par sa marine sur un pied respectable de défense. Nous avons déjà dit qu’elle se fit, au sud, des cataractes du Nil à Syène, un rempart puissant contre les descentes des Éthiopiens , qui , néanmoins réussirent plusieurs fois à troubler et à occuper l'Égypte.

Thebes, capitale religieuse et politique de l’Égvpte, était donc aussi sa ville commerciale la plus riche et la plus fréquentée ; elle était un point central entre la Méditerranée, la mer Rouge et l'Éthiopie, et, par cette position, l’entrepôt nécessaire de tous les arrivages de ces diverses contrées. C’est dans cette cité toute royale , le centre du commerce de l’Orient, que toute espèce de richesses, dit Homère, se trouvaient entassées , et les caravanes qui s'y rendaient la mettaient en relation tout à la fois avec les contrées voisines du Niger et avec la puissante Carthage.

Hérodote donne des détails circonstanciés sur la route commerciale de Thèbes à Carthage , et l’antiquité des échanges commerciaux porte à croire à l’antiquité de cette grande voie africaine. De la capitale de l’Égypte, elle se dirigeait au nord-ouest, ve",-s l'Oasis d’Ammon et vers la grande Syrte par Augéla, d'où une autre route conduisait, par le sud-ouest, dans le pays des Garamantcs; c’est par là que les caravanes, parties de Thèbes, pouvaient rencontrer celles des Nasamouns et des Lotophages. Une autre route, également indiquée par Hérodote, se dirigeait, de l’est a l’ouest, de Thèbes vers les colonnes d’Hercule et le cap Soloès, et touchait ainsi à l’Océan; et, quelque opinion qu’on se fasse sur l'exacte direction de ces routes, ou ne pourra que reconnaître la réalité de cette grande communication entre la vieille Thèbes et la vieille Carthage, la Carthage des Chananéens, qui fut contemporaine du successeur de Moïse, et qui recevait ainsi, par la voie de terre, les produits de l'Inde, de l’Arabie, de l’Egypte et de l’Afrique inté-

rieure et méridionale; et ce grand mouvement des peuples fabricants ou commissionnaires tirait tle son objet et de ses bénéfices une activité éminemment favorable aux bonnes rencontres du hasard ; aussi d’habiles critiques n’hésitent-ils pas aujourd'hui à affirmer que les Nasamouns poussèrent jusqu’au fleuve Joliba ou Niger, secondés, comme ils pouvaient l'être, par le service du chameau dans ces mêmes contrées.

Deux autres routes commerciales conduisaient de Thèbes en Éthiopie et à Méroé; l’une était établie sur les rives mêmes du Nil, et l'autre au travers du désert de Nubie. Les voies dirigées vers le golfe Arabique n'étaient pas moins fréquentées; il y en avait une qui partait d’Edfou; une autre de Thèbes, se dirigeant sur Cosséir; et, dès que les Pharaons eurent des vaisseaux dans la mer Rouge, les communications les plus courtes durent s’établir entre les côtes de cette mer et la ville de Thebes.

D’un autre côté, Memphis et la basse Égypte communiquèrent facilement avec toute la côte de la Méditerranée, et le canal des deux mers les liait avec la mer Rouge.

Une route très-connue, surtout depuis Memphis , conduisait en Phénicie , où d’autres routes s’ouvraient vers l’Arménie et le Caucase, vers Babylone par Palmyre et Thapsaque sur l’Euphrate ; et, de Babylone et de Suze , on communiquait avec l’Inde, qui était en rapport avec la Ractriane, laquelle touchait à son tour à d’autres peuples commerçants : c’est par eux que se faisaient tes échanges entre l'Orient et le midi de l’Asie, d’où les routes se repliaient sur l’Égypte par la Syrie et la Phénicie; et l’Egypte ne dut point entrer sans quelques avantages , ni sans étendre ses connaissances industrielles et géographiques, dans cette grande communauté d'intérêts commerciaux.

Nous considérons ici les temps de la grande splendeur de l’Égypte. Durant ce long période, et tant que subsistèrent sans mélange et sans relâchement ses institutions nationales et même ses

ÉG

préjugés, il ne s’opéra pas de grands changements dans ses coutumes commerciales; mais l’invasion des Éthiopiens leur porta le premier coup, et la décadence fut manifeste lorsque Amasis, usurpateur et guerrier, edt ouvert l'Egypte aux étrangers. Ils y formèrent de vastes établissements, des especes de colonies, protégées par leurs propres dieux et leurs propres lois. Les avantages du commerce d'entrepôt touillèrent dès lors en partage entre les Égyptiens et les étrangers, à la faveur des nouvelles lois, et cette révolution fut complète par l’invasion des Perses.

L’Égypte y perdit son caractère national , et fut livrée à l’active influence de la caste des interprètes, composée des courtiers du commerce , des trafiquants de tous les pays , parlant alors , comme aujourd'hui, toutes les langues, et introduisant à la fois dans l’Égypte les marchandises et , les idées importées de l’étranger. L’Égypte était à la fois égyptienne , grecque et asiatique ; toute unité s’y trouvait abolie; les troupes étaient recrutées parmi les mercenaires, le trône était gardé par des auxiliaires européens , et des guerres continuelles semblaient être le résultat nécessaire de leur concours soldé. Les étrangers étaient dès lors les maîtres en Égypte; aussi, quand les Perses accourent pour l’occuper, une seule bataille et le siège de Memphis, pendant dix jours, suffirent pour leur livrer l’empire des Pharaons. Tout fut sédition et guerre intestine durant la domination des Perses; la religion animait contre eux ce qui restait dans les cœurs encore de l’antique patriotisme, et de cruelles représailles anéantissaient peu à peu l'ancienne caste sacerdotale.

Alexandre chassa les Perses, laissa respirer l’Égypte, et, en fondant Alexandrie, ouvrit au commerce du monde des routes nouvelles, sans que l’Égypte cessât d’en être le plus riche entrepôt.

L’Égypte avait ainsi conquis par son propre genie tous les avantages qu'assurent à la civilisation une agriculture perfectionnée , une industrie éclairée par 1er conseils de la science, et un commerce immense, protégé par la

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lionne foi publique et la prévoyance des règlements. Les lois avaient prohibé l'usure, et réglé les bases des plus importantes transactions. L’Égypte était, pour l'univers d’alors, le centre nécessaire des opérations commerciales, à titre de grand entrepôt ; elle en réalisait sans risque les premiers bénéfices, et ces bénéfices furent dans ce pays , où le génie patient de la nation et la sagesse des lois étaient déjà des germes si féconds de prospérité, le véhicule actif d’une civilisation qui se manifesta par la puissance des arts , les prodigalités d’un luxe recherché, et par la jouissance commune des avantages les

tilus désirables pour les nations poicées.

La guerre fut aussi quelquefois l'auxiliaire du commerce; ils avaient l’un et l’autre ouvert à l’Égypte , et au monde de son époque, ces routes diverses et lointaines que sillonnaient en sens opposés toutes les productions de l’ancien monde, et qui souvent étaient le fruit de la victoire. On les reconnaît dans les listes des tributs, listes dressées en vue de la gloire du triomphateur , et aussi des intérêts nationaux attentifs à l’examen de ceux de ces produits qui étaient particuliers aux contrées soumises, et dont l’importation pouvait être pour l’Égypte une conquête agricole ou industrielle.

Avec les auimaiix extraordinaires oc les animaux utiles, on transportait aussi les plantes et les arbres qui devaient l’être, et ces guerres prenaient ainsi l’aspect et avaient l’effetréel d’une conquête de la civilisation sur la barbarie.

Tel était l'ordre d’idées sociales auquel l’Égypte s’était élevée dès le dix-huitièmè siècle avant l'èrc chrétienne , et il nous en reste d’admirables et d’imposants témoignages, notamment dans un des tombeaux de Gournah, territoire de la vieille Thèbes.

Ce tombeau est situé à mi-côte de la montagne , derrière le Rhamesséion, et, comme tous les tombeaux de la même région, il est creusé dans le roc. Il sc compose d’une grande salle en parallélogramme , et d’un long cor-

ridor ; Ifs parois des deux pièces sont peintes et non pas sculptées : ces peintures ont dépéri , mais il reste encore dans la première salle un tableau historique du premier ordre , et qui suffirait seul pour la gloire de l'Egypte.

Un personnage est peint en grand a l’une des extrémités de cette première salle; c’est le défunt, dont une inscription, aujourd’hui en très-mauvais état, rappelait le nom, les titres et les services sous le règne du Pharaon Thouthmosis III ou Mœris.dontle nom se lit dans cette inscription, et se trouve souvent répété dans les autres légendes de ce tombeau. Devant le personnage, une grande scène histoque se déroulé sur cinq registres superposés , où près de cent personnes remplissent des rôles divers.

En présence du défunt , sont debout un certain nombre de scribes , dont cinq sont occupés à enregister les faits représentés dans les cinq parties principales d'un vaste tableau. Dans la première, la plus élevée, les scribes enregistrent deux obélisques en granit rose, deux corbeilles d’anneaux d'or, deux corbeilles et deux monceaux de cornalines, une corbeille de grenats, une corbeille de sacs de poudre d’or; ces objets précieux sont exposés devant les scribes. Viennent ensuite quinze individus , de race nègre et de race barabra , qui ajoutent à ces premières richesses d’autres corbeilles de cornalines , des chapelets de corail ou de grains de corna line arrondis, des peaux de panthère, des dents d’éléphant, des pièces de bois d’ébène; qui amènent vivants des cynocéphales, une antilope à cornes recourbées, et une panthère; qui apportent des œufs et des plumes d’autruche, et dans une pouffe soigneusement suspendue par des cordes a une barre de bois portée par deux hommes , un arbre avec scs racines enveloppées de terre, et tout garni de scs feuilles. C’est ici l’introduction en F.gvpte, sous le règne de Maris, d'un "arbre exotique , inconnu sans doute jusque-là sur les rives du Nil.

Dans la seconde partie ou second registre de ce tableau , les scribes en-

registrent deux corbeilles remplies de lingots d’argent, une autre remplie d'une matière bleu de ciel (peut-être de l’indigo) , une corbeille d'anneaux d’argent , et une série de vases d’argent ou d’or, émaillés ou en émail pur, des formes les plus riches et les plus variées (voyez notre pl. 61). Vient ensuite une file d’étrangers , au nombre de seize, de couleur basanée, sans barbe et à longs cheveux , les reins couverts d’une large ceinture de tissu , ornée de dessins très-variés , et portant des brodequins non moins élégants et non moins diversifiés ; ils apportent en offrande ou en tribut des vases riches et variés comme ceux qui se voient auprès des scribes, et de plus des colliers en grains de couleur, et une dent d’éléphant.

Au troisième registre , les scribes inscrivent de nouveau des plumes d’autruche, des masses d’ébène, un cynocéphale privé , des corbeilles d’anneaux et de. lingots d’or, de sacs de poudre d’or, des dents d’éléphant , des peaux de panthère , et une corbeille de globules île couleur rouge foncé ; treize etrangers, de deux races différentes , mais toutes deux de l’Afrique, des Nègres et des Barabras, alternés, et couverts pour la plupart d’une simple pagne, qui est un morceau de peau d'animal avec son poil , apportent à la suite les uns des autres , des corbeilles remplies d’anneaux , de lingots ou de poudre de métaux précieux , de plumes et d’œufs d’autruche; des massues et des pièces de bois d'ébène , des dents d’éléphant et des peaux de panthère et d’autres animaux : ils amènent des singes et des animaux de tout âge et d'espèces différentes; une panthère , une girafe conduite par des hommes qui la gouvernent au moyen de deux cordes nouées à ses deux pieds antérieurs, et un jeune singe grimpe sur le long cou du grand quadrupède. Enfin un troupeau de bœufs, et une meute de chiens de chasse ayant chacun un collier, terminent ce tableau.

Au quatrième registre est une série nouvelle. On voit encore devant les

F. G Y PTK.

scribes , un grand nombre de personnages offrant des vases en métaux précieux ; ces métaux aussi sous diverses formes, et de plus, des masses de cuivre ajoutées aux lingots d'or et d'argent: mais c’est une race nouvelle d'hommes , qui n'est plus des climats de l'Afrique; elle est blanche, vêtue de longues robes blanches, dont les bords sont ornés d'un liséré de couleur, et les manches étroites; un tarbouch ou bonnet blanc retient étroitement leurs cheveux, et leur barbe est longue et pointue. Ils apportent aussi devant les scribes, entre autres productions, des dents d’éléphant, des arcs, des carquois, des fléchés, des massues, et des bottes de joncs de longueurs différentes. Ils mènent avec eux un char de guerre richement orné, des chevaux de belle race; enfin, un ours et un éléphant.

La cinquième scène est entièrement occupée par une file de personnages étrangers, conduits isolément ou en groupes par des soldats égyptiens, et I on doit y reconnaître des prisonniers de diverses nations , comme l’indiquent la diversité de la couleur des individus, qui sont basanés ou blancs, et la diversité des costumes. Après ces groupes de soldats on voit plusieurs femmes basanées, emmenées avec leurs petits enfants qu'elles portent sur leur dos , assis dans une couffe attachée à leurs épaules et à leur tête, ou qu’elles conduisent par la main. Des jeunes filles de la meme couleur marchent après les femmes; viennent ensuite deux groupes d’hommes de race blanche, couverts d’une longue tunique blanche, et apres eux des enfants encore conduits ou portés par des femmes vêtues d'amples tuniques à longues manches et à triple rang de falbala (voy.p/. Cl et 62).

Deux scènes agricoles occupaient dans la même salle la partie de la paroi correspondante à celle qui porte le riche tableau dont nous venons de retracer une esquisse. Tout ce qui s’y voit nous révèle donc une étude trèsvariée des productions de la nature, et un avancement remarquable dans celles de l’industrie de l’homme, qui était 14' IJvraison. ( Égypte. )

déjà capable de satisfaire, par la pratique perfectionnée de tous les arts, a toutes les exigences d’une civilisation et d’une condition sociale très-analogues à celles de nos temps modernes; affectant le même goût pour les mêmes jouissances, et les satisfaisant par des moyens semblables, les métaux précieux, les animaux rares ou utiles, la pompe des cérémonies publiques, les plaisirs nobles par leurs moyens et par leur objet, et par l’effet de cette conviction plus noble encore, qui élève les prodiges des arts, dans l’estime générale, au-dessus de toutes les productions de la nature.

Telle était l’Égypte au XVIII' siècle avant l’ère chrétienne. Des rapports si singuliers avec notre Europe, et dans ce qui dépend le plus de la volonté et des inclinations naturelles de l’homme , sont un fait historique d’une haute valeur. Pendant trente-six siècles, sur les bords du Nil, de i’Ilissus, du Tibre et de la Seine, qui se sont réciproquement étrangers, les lois générales, les principes des mœurs, comme les besoins du luxe, qu’engendre une civilisation perfectionnée , se sont manifestés par des signes semblables. Serait-ce donc là l'inévitable destinée d’une portion de l’espèce humaine et les bornes de sa perfectibilité intellectuelle?

Pour résumer, à l’égard de l’Egypte , en un tableau succinct, éloquent et fidèle, l'énumération déjà détaillée des causes de tant de durables prospérités, qu’il nous soit permis d'emprunter les paroles remarquables de l’un des hommes éminents dans la science, qui étudièrent le plus l’Égypte, de l’illustre Fourier, qui a retracé en ces termes l’état général et les époques principales de la civilisation égyptienne :

« La haute antiquité des arts à Thèbes et à Memphis, dit-il, est attestée par le livre des Hébreux. Ces peuples arabes, dont les ancêtres avaient fait un long séjour en Égypte , conservèrent aussi avec beaucoup de soin l'histoire de leur origine, et nous avons aujourd'hui plusieurs copies de leurs annales sacrées qui étaient déposées dans les temples. La seule diversité des textes

suffirait pour rendre incertaine la chronologie des temps qui précédèrent les voyages des Hébreux en Égypte ; mais les" époques subséquentes sont mieux connues, et il n’y a aucun doute que l’on ne puisse déduire de leurs annales une partie importante de l'histoire de l'Egypte. Par exemple, elles nous font connaître quel était l'état de la société civile et des arts, lorsque les premiers llebreux arrivèrent à Memphis, et surtout lorsqu'ils entreprirent de s’établir eu Palestine; elles nous apprennent que, plus de vingt siècles avant Père chrétienne, l’Égypte était soumise à un gouvernement fixe qui subsistait depuis longtemps, et était fondé sur le respect des mœurs et sur les principes d’une monarchie régulière. Il est évident (tue les llebreux sortant de ce pays durent conserver plusieurs des arts qui étaient d’un usage général.

Quoique leur condition les séparât et leur donnât des mœurs fort différentes , un grand nombre d’entre eux participaient aux connaissances communes; c’est ce que l’on voit clairement dans énumération des arts et des préceptes qu’exigèrent la construction du tabernacle et l’établissement de la loi hébraïque. Il est très-important de comparer, sous ce point de vue, les arts que les Juifs connaissaient alors, avec ceux dont il subsiste encore tant de vestiges sur les liords du Nil. On retrouve en effet dans les descriptions de l’Exode les éléments de l’architecture égyptienne, l’ordonnance du plan, les proportions numériques des parties, l'emploi des colonnes avec leurs bases et leurs chapiteaux , et les principes de la décoration des édifices. On y remarque aussi l'usage de divers métaux, l’art des tissus et des broderies en or. celui de teindre les peaux et les étoffes de couleurs vives et variées; enfin, l’art de polir et de graver les pierres précieuses, art qui en suppose plusieurs autres, et qui était perfectionné en Égypte et en Asie longtemps avant que Gécrops eût paru dans l’Attique.

« Les memes conséquences sont confirmées par l’étude des monuments; elle nous montre que les arts dont on

vient de parler fiorissaient dans la première capitale de l’Égypte; on les trouve sur toutes les parties des temples, dans les habitations des rois, dans leurs sépultures et dans celles des particuliers. Il est manifeste que la nation possédait alors des connaissances fort etendues , et qu’elle s’appliquait depuis plusieurs siècles aux grands ouvrages d'architecture et de sculpture.

Ainsi l’époque intermédiaire que nous avons déduite des monuments astronomiques (2500 ans avant J. C.) s'accorde avec les antiquités de Thèbes et les annales des Hébreux.

« Non-seulement elle est une conséquence nécessaire de la perfection des arts physiques, mais elle résulte aussi de l’état général de la civilisation, et des progrès que les Égyptiens avaient faits dans la science du gouvernement; enfin, elle dérive des chroniques égyptiennes, de l’opinion de la Grèce et de tout le corps de l’histoire des anciens peuples. Les Égyptiens possédaient les principes des lois et des mœurs, les éléments des sciences et ceux de tous les arts, c’est-à-dire tout ce que les connaissances humaines ont de plus important et de plus difficile à découvrir. Les notions fondamentales, fruit du temps et du génie , peuvent être mal appréciées depuis qu’un long usage les a rendues familières : la plupart des hommes réservent leur admiration pour les découvertes récentes.

« En général , tous les ouvrages de l'Egypte ont un caractère commun; ils annoncent le même principe et le meme énie. I.es bas-reliefs dont les surfaces es édifices sont couvertes représentent des offrandes et des cérémonies graves et pompeuses, où les magistrats et le peuple qui les suit font hommage aux dieux des fruits de la terre et des productions dues au travail de l'homme, a son industrie, aux beaux-arts et au commerce. Les sculptures rappellent les combats, les sièges et les victoires; elles font connaître l’ espèce des armes, les chars et les instruments de guerre : elles montrent la puissance du monarque, l'infortune des captifs, les marches triomphales et les honneurs su-

EGYPTE

primes réservés aux vendeurs de la

Fatrie. Les scènes innombrables que on y observe se rapportent aux usages publics, aux sciences, aux coutumes funéraires, aux jugements prononces par les hommes ou par lesdieux ; enlin , a tous les arts physiques et à tous les éléments qui constituaient alors la société.

« On voit aussi combien il est important d'acquérir une connaissance exacte de l'époque où quelques-uns de ces grands édifices ont été construits ; rien ne pourrait contribuer davantage h rendre la description des monuments plus intéressante et plus utile : ils forment en quelque sorte une scène immense que l’on doit réunir à tous les témoignages de l’histoire. Cette comparaison résout, sans aucun doute, plusieurs questions qui s’étaient élevées sur l’origine de nos connaissances ; appliquée à l’histoire civile de l’Égypte, elle fournit des résultats incontestables et sert à distinguer les faits les plus anciens de ceux qui appartiennent aux derniers âges de la monarchie.

« C’est d’après ces principes que nous avons entrepris de représenter fidèlement, mais dans un tableau peu étendu, l’ancien état de l’Égypte, les traits les plus remarquables dé ses institutions, et les principes fondamentaux de ses moeurs, de son gouvernement, de sa religion et de ses arts.

« L’étude de l’Égypte doit agrandir le champ de l’histoire, elle reporte la

r ensée sur l’antique civilisation de Asie, oui a précédé les temps fabuleux de la Grèce, et nous présente la société politique sous des formes qui diffèrent à plusieurs égards de celles que les nations modernes ont adoptées.

Aucun objet n’est plus digne de notre attention que cette ancienne philosophie des Égyptiens ; car ce peuple , dont l’Europe a reçu la plupart de ses institutions, possédait les connaissances morales qui servent de fondement à une police sage et régulière; il exerçait son industrie sur toutes les substances naturelles; il a inventé, perfectionné et conservé tous les arts physiques; il

a rendu son territoire plus salubre, plus fécond et même plus étendu, et en a développé Ira avantages avec un art admirable. L'Egypte a donné à son architecture un caractère sublime, et enseigné aux Grecs les procédés sans lesquels la sculpture et la peinture n’auraient pu faire aucun progrès; elle consacrait à ses dieux la poésie et la musique, et toutes les nations lui doivent, selon le témoignage de Platon, l’écriture alphabétique et les vérités fondamentales de la géométrie et de l’astronomie. »

Sur nos planches sont Gourés, en signes non équivoques, quelques-uns des traits les plus saillants de ce véridique tableau ; et l’on devra principalement consulter, en ce qui regarde l’architecture, pour les façades des temples, lespf. S, 14, 41 et 52; pour les intérieurs, les pl. 6, 17, 27, 42 et 56; les plans , les pl. 7 et GO; les détails , la pl. 9 ; les palais , les pl. 23 et 55; les maisons et jardins, les pl. 53 et 64; l’agriculture, les pl. 31 et 38; la pêche et la chasse, les pl. 37, 43 et 58; l'économie domestique et le commerce, les pl. 88 et 44; costumes, musique et amusements, les pl. 24, 25 , 32 et 59 ; les meubles utiles et d’oruement, les pl. 23, 44 et 57; arts et métiers, les pl. 32,47, 45 et 46; litières , voitures et palanquins , pl. 63 ; caricatures politiques, la pl. 34; armes, la pl. &l ; combats sur terre et sur mer, les pl. 16, 49 et 50; pompes triomphales, les pl. 13 et 26.

On trouvera dans une des sections suivantes les notions relatives au calendrier, à la monnaie, aux poids et aux mesures, autres institutions du premier ordre dans l’état politique d’une nation civilisée et qui ne manquèrent point à l’Égypte.

La parole et l’écriture furent pour elle les principaux agents de son développement; nous ne pouvons omettre ici quelques notions précises, quoique abrégées, sur la langue et sur l'écrllure des anciens Égyptiens.

s XVII LANGCR ET éCUTCU.

L’origine de la langue égyptienne

sia

est inconnue; on la trouve employée sous des formes régulières dans les plus anciens monuments de l'Egypte et de la Nubie, et si elle est descendue, avec la population, des régions supérieures du Nil, ce serait dans ces ré-

Î;ions antiques qu'il faudraiten chercher e berceau. La science a fait de vains efforts pour le découvrir, et l'on ignorera peut-être toujours les origines de la langue égyptienne. On ne saurait même s'éclairer avec quelque certitude par des analogies évidentes outre les formes et les mots de cet idiome et ceux de toute autre langue de l’Asie ou de l’Afrique; au milieu d’elles la langue égyptienne est seule et comme isolée, sans origine et sans descendance, mais montrant sur d'immenses monuments la haute antiquité de son existence dans la longue vallée du Nil. Elle y fut en usage pendant toute la durée de l’empire égyptien, et malgré les invasions successives et violentes des Perses, des Grecs et des Romains; et nous ne mentionnons pas les invasions des Éthiopiens, parce que les monuments élevés par les princes éthiopiens et en Égypte et en Éthiopie, indiquent, par les inscriptions dont ils sont couverts, que la langue égyptienne , comme les autres institutions de l’Égypte, fut commune aux deux contrées'. Les monuments écrits subsistant depuis Naga et le mont Barcal, à deux cents lieues au midi des frontières de l’Égypte, jusqu’aux ruines d'Alexandrie, s’expliquent par cette même langue, et tous ceux qui l'ont étudiée à fond se sont réunis dans cette opinion , qu'elle est une langue mère qui n’a de rapports avec aucune autre. Les anciennes relations des Assyriens, des Hebreux et Arabes avec

I Égvptcexpliquentsumsaininent pourquoi quelques mots des langues de. ces peuples se trouvent dans 1 égyptien, et réciproquement pourquoi des mots de la langue égyptienne se sont introduits dans l' idiome de ces mêmes peuples Il est à remarquer seulement, en ceci , que le peuple le plus civilisé a dû exercer la plus grande influence, et qu’en conséquence les mots qui se

trouvent a la fois dans l’égyptien et dans l’hébreu, on peut même dire dans le syriaque , le chaldécn et le samaritain , dialectes de la riche famille arabe, furent vraisemblablement introduits dans l’hébreu par l’effet des rapports des Israélites avec l’Égypte , et des institutions de Moïse , élève des sciences égyptiennes. 11 en fut de même à l’égard des autres nations qui fréquentèrent l’Egypte à des époques diverses, antérieurement à l’cre chrétienne : aussi les écrivains de l’antiquité grecque ont-ils mentionné dans leurs ouvrages un certain nombre de mots de la langue égyptienne, dont l’acception par eux indiquée se trouve en général exacte.

Il vient d’être dit que des inscriptions de toutes les époques de la monarchie égyptienne, soit pharaonique , éthiopienne ou persane, soit grecque ou romaine , prouvent , sans nul doute , le constant usage du même idiome national en Égypte. Dans une foule de contrats réglant les affaires civiles entre particuliers, ou d’écrits assez variés par leur sujet, et dont les uns remontent au delà du temps de Moïse, et dont les autres sont contemporains des empereurs romains, le même idiome est employé. Devant les tribunaux, aux temps de la domination grecque, le contrat écrit en langue égyptienne avait seul de 1 autorité en justice, et l’expédition de ce contrat traduit en grec, ne suffisait pas pour soutenir un droit. Du temps même des Romains, les prières dévotes enfermées dans les cercueils avec les momies étaient écrites aussi en langue égyptienne; et tous ces faits sont démontres par les manuscrits sur papyrus conservés dans nos musées. Les écrivains anciens joignent leur témoignage à celui des monuments; Plutarque rapporte que Cléopâtre, laudernière reine d’Égvptc, répondait sans interprète aux étrangers, tandis que quelques-uns des rois ses prédécesseurs s'étaient mis très-peu en peine de savoir la langue égyptienne, ürigène parle deux fois de cette langue comme d’un idiome vivant de son temps. Les soldats romains

Di<

EGYPTE

élevèrent à l’empereur Gordien III, sur les frontières de la Perse, un tombeau sur lequel ils gravèrent une inscription en langue égyptienne et en

Quatre autres idiomes , afin que le sujet e cette inscription pût être connu par tous les étrangers. On rapporte au second siècle de l’ère chrétienne un ouvrage égyptien qui contient la philosophie dés Gnostiques. C’est au cinquième siècle qu’on fixe l’époque de la traduction en langue égyptienne des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Saint Jérôme a fait plusieurs fois mention de la langue égyptienne dans ses écrits; il rapporte que saint Paul, ermite, était également instruit dans les langues grecque et égyptienne; que saint Antoine ne parlait que l’égyptien; que le prêtre Chronius et lé moine Isaac servirent quelquefois d’interprètes à ce saint, et qu’il avait écrit en égyptien plusieurs lettres adressées à des monastères de la Haute-Égypte, où l’on dit qu’elles furent longtemps conservées , et un savant moderne a publié deux fragments de ces mêmes lettres.

Des faits non moins concluants que ceux-ci , en faveur de l’existence de la langue égyptienne, se produisent de siècle en siecie dans les écrits de l’Égypte chrétienne; et, jusqu’à l'invasion dès musulmans en Égypte, il fut d’un usage général , soit de réciter simultanément les litanies et autres prières dans les deux langues grecque et égyptienne, soit, dans la célébration des offices, de lire en grec les leçons de l’Écriture et de les expliquer aux fidèles en langue égyptienne. Il existe un grand nombre de manuscrits ascétiques ou théologiques en cette même langue ; la plupart ont été publiés. Tous les livres théologiques aujourd’hui en usage parmi les chrétiens égyptiens sont écrits dans les deux idiomes égyptien et arabe. L’église chrétienne d’Égynte nous a conservé cette langue jusqu'au milieu du XVII* siècle; et le P. Vansleb, voyageant à cette époque dans le levant", par l’ordre de I.ouis XIV, a vu le prêtre chrétien qui ,1e dernier de tous, a eu quelque usage de la langue

égyptienne. Bien peu d'idiomes ont eu comme elle une durée constante de quatre mille ans au moins.

Il résulte naturellement de ce qui vient d’être dit, que nous considérons la langue vulgairement nommée copte comme identique avec la langue égyptienne. Nul doute, en effet, ne pouvait en ce point s’élever dans l'esprit des hommes sensés après les preuves évidentes qu’ont réunies , en faveur da cette identité, l’abbé Renaudot, Jahlonski, l’abbé Barthélemy, et, de nos jours, MM. S. de Sacy et Èt. Quatremère. Une masse nouvelle de témoinages semblables résulte des travaux e Cliainpollion le jeune sur les monuments existants de l'ancienne Égypte, et du très-grand nombre d’exemples employés dans sa Grammaire égyptienne. Les textes antiques en caractères hiéroglyphiques y étant transcrits signe par signe , "d’après son alphabet , en caractères coptes , ils produisent une fouie de mots et de phrases régulières de la langue copte qui, se trouvant ainsi exister sur les plus anciens monuments de l'Égypte, ne peut être que la langue égyptienne ellemême ; et non-seulement les mots et les phrases prouvent avec toute évidence cette identité et cette unité de deux idiomes qui n’ont de différent que le nom, mais elles ressortent surtout des éléments mêmes du langage, de ses plus intimes parties constituantes, des articles, des pronoms, des prépositions, etc. , qui sont écrits dans la langue copte en signes de l’alphabet grec . comme ils sont écrits, de toute antiquité, en signes sacrés dans la langue égyptienne des monuments. Il serait superflu de chercher sur ce point de plus manifestes témoignages. La langue copte est donc la langue égyptienne ;c’est toujours leméme idiome à toutes les époques de son existence.

Mais cette existence se divise en deux périodes inégales, pendant lesquelles ou usa successivement de deux écritures différentes pour écrire cette même langue : d’abord des signes antiques et primitifs nommés hiéroglyphe t, et ensuite des signes mêmes de l’alphabet

grec , augmenté de quelques signes de Pancien alphabet populaire égyptien; de sorte que la langue copte u’ést plus autre chose que la langue égyptienne même, écrite avec les signes grecs au lieu de l’étre avec les signes hiéroglyphiques. la langue allemande , écrite avec les caractères gothiques ou avec les caractères romains, n'en est pas moins toujours la langue allemande.

La constitution grammaticale de la langue égyptienne était propre à la préserver "de la corruption et de la décadence; mais elle ne pouvait prévenir absolument l’introduction, dans l'idiome écrit et parlé, des mots tirés de la langue des peuples étrangers fréuentés par les Égyptiens; et c’est un es caractères de la langue égyptienne a sa seconde période, que d'accepter des mots exotiques composés de toute* pièces , radical , préposition et désinence, et de les employer sans les soumettre à ses propres règles. Isa mots recs surtout s’v introduisirent sous influence de l’autorité grecque; les termes de l’administration nouvelle furent acceptés avec le pouvoir qu’ils désignaient; les noms des mois macédoniens furent employés dans les dates de quelques dédicaces de temples élevés durant le règne des Ptolémées. Un mot grec est écrit en caractères égyptiens dans la partie intermédiaire "au monument de Rosette. Avec la religion chrétienne sc répandirent une foule d’idées nouvelles, pour lesquelles il fallut des mots nouveaux, et ce fut la langue des prédicateurs de la foi chrétienne qui dut les fournir. Ces mêmes mots et une foule d’autres s’introduisirent dans les traductions égyptiennes des nouveaux livres religieux qui étaient écrits en grec, soit parce que la langue égyptienne n’avait pas de mot pour exprimer une idée semblable, soit parce que le traducteur n’entendant pas complètement le mot grec, ou ne voulant pas prendre le temps d’en chercher l’expression absolue, transcrivait ce mot grec dans sa version égyptienne- Il arriva donc à la langue égyptienne de subir une double in-

fluence grecque, d’abord lorsqu’elle adopta par nécessité un grand nombre de locutions grecques , et ensuite lorsque les signes de I alphabet grec furent substitués à ses signes hiéroglyphiques.

Ce sont ces deux influences réunies qui peuvent servir à constater l’état présent de la langue copte, qui n’en sera pas moins la langue égyptienne, écrite avec les lettres de l’alphabet grec et ayant adopté un certain nombre de mots de la langue grecque, sans presque perdre, d’aucun de ces mots grecs, les éôui valents égyptiens ; de sorte que , en définitive , les dénominations de langue égyptienne et de langue copte ■l’indiquent que deux époques, l’une primitive et l’autre secondaire, d’un seul et même idiome.

La haute antiquité de son origine et de son usage sur des monuments publics excite la plus vive curiosité, et l’esprit doit se complaire à rechercher et a reconnaître le procédé employé par le génie humain, dans ces temps considérés comme primitifs, pour la formation du langage, et comment la pensée sut se produire oralement par des signes systématiquement ordonnés ; comment enfin se manifestèrent ces leux créations jusque-là inouïes, cette première logique de la langue, cette remière grammaire de la pensée, sulimes révélations de l’intelligence humaine dans sa toute-puissance.

Exposons sommairement les faits généraux de la constitutionde la langue égyptienne, telle quelle est connue dans la primitive antiquité.

La langue égyptienne est monosyllabique dans ses mots primitifs: Ce principe ne souffre absolument aucune exception; et l’on peut dire avec certitude que tout mot de plus d’une syllabe est un mot dérivé ou bien un niot composé.

De ces mots primitifs ou racines se forment, par dérivation ou par composition, nue foule de mots employés pour présenter, sous divers aspects qui les modifient, l’idée dont le primitif est, par convention, le signe représentatif.

Les dérivés naissent de la racine

ÊGYPTK.

d’après des règles uniformes et constantes.

Ces règles sont fixes et limitées; chacune d'elles apporte une modification différente à 1 idée que représente la racine; et chaque racine subit un nombre plus ou moins grand de ces modifications, selon que l'idée dont ■ Ile est le signe peut s’v prêter plus ou moins.

Des mots formés de la racine par dérivation deviennent eux-mémes primitifs, relativement à d’autres mots auxquels ils donnent naissance d’après les mêmes principes; on peut les appeler racines secondaires.

D’union de deux ou de plusieurs racines primitives ou secondaires forme les mots composés.

Les mots composés se partagent en deux classes distinctes : I» ceux qui sont formés par la combinaison de deux racines primitives ou secondaires indifféremment ; 2° ceux qui résultent de la réunion d’une racine quelconque à un certain nombre d'autres racines qui entrent constamment dans la formation des mots com/x>sés , en modifiant d’une manière uniforme les idées exprimées par les racines avec lesquelles on les combine.

Des mots composés, des deux classes, peuvent être considérés comme primitifs par rapport à plusieurs autres mots qui en dérivent , d’après les principes communs aux racines primitives et secondaires. On peut considérer tous ces mots composes comme des racines composées.

Les dérivés des racines primitives, secondaires vX composées, forment des mots cotnposés en se combinant entre eux indifféremment.

Ces principes généraux sont puises dans la nature même de la langue égyptienne. Ils donnent une idée claire et précise de la marche qu’on a suivie dans la combinaison des éléments qui la composent.

Le sens d'un mot-racine monosyllabique employé d'après ces principes, et modifié dans ses expressions autant que le permet l’idée dont il est le signe , peut subir quarante-deux transforma-

tions exprimant autant de modifications régulières de cette idée-racine.

Le sens de chaque monosyllabe ou mot primitif est en effet changé par l'addition d'autres monosyllalics, signes constants des genres, des nombres, des personnes, des modes et des temps. Ces marques distinctives, qui font successivement passer le radical à letat de nom commun, de nom abstrait, de nom d'action, d’adjectif privatif, d’adjectif intensif if, de participe, de verbe actif, négatif et transitif, se placent toujours en augmentant, et les modifications grammaticales ne s'opèrent que fort rarement par le moyen des désinences ou des terminaisons.

La langue égyptienne se prête avec une admirable facilité à la formation des mots composés, et joint à cet avantage celui d’une extrême clarté, les formes et les mots déterminatifs y étant très-multipliés.

La construction ou syntaxe est dans l’ordre logique comme dans la langue française, en tenant compte toutefois des monosyllabes qui établ issent les rapports des mots de la proposition entre eux, et qui sont soumis aux règles que nous venons d'indiquer.

Cette langue a un certain nombre de niots communs à l’hébreu et à l'arabe; ils sont dus aux rapports suivis qui ont toujours existé entre ces peuples dès les plus anciennes époques; mais la grande masse des mots et toute la grammaire diffèrent essentiellement de ces deux autres idiomes et de leurs analogues.

On doit faire remarquer aussi que la langue égyptienne renlerme un grand nombre de mots formés par onomatopée.

Nous ne pouvons nous dispenser de présenter ici quelques traits saillants de la langue égyptienne; ils nous paraissent propres d'abord à prouver l'originalité de cet idiome , et ensuite à expliquer quelques-uns de ses plus curieux procédés : ce sont là des éléments essentiels de l’étude philosophique d'une langue.

Comme toutes celles qui sont primitives, la langue égyptienne procède

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