‹ L'UniversChapitre 21 sur 42 · IC · texte numérisé non relu

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par imitation, en attachant un son plutôt qu’un autre à l’expression d’une idée donnée, comme si ce son était imitatif de l’idée môme. Ainsi, dans l’Égypte, le nom de la plupart des animaux n’est que l’imitation approximative, selon notre oreille, du cri propre à chaque animal. Elle nommait donc l’âne iû, le lion moût, le bœuf thé , la grenoui Ile crour, le chat chaou , le porc rir, la huppe pétépép, le serpent hfo, hof.

De même, des objets inanimés ou des manières d’être physiques ne furent pas oralement représentés par des sons arbitraires; il y avait encore imitation dans sensen , signifiant sonner, rendre un son; thophïheph , rracher; ouodiouedj , mâcher; kim, frapper; krmkem, sistre, instrument de percussion; kremrem, bruit; kradjradj, grincer les dents ; teltel, tomber goutte à goutte; schkelkil, sonnette; nmk, avaler; rodjredj, frotter, polir; kherkher, ronfler; nef, nifé, souffler.

Mais ces moyens d'imitation furent bientôt épuisés dans la langue égyptienne; on chercha alors des similitudes, et, par le choix de sons doux, rapides , durs , on rappelait des objets dont les qualités physiques paraissaient analogues à ces mêmes sons; c’est ainsi qu’on exprimait en égyptien par sousou un instant très-rapide ; par ouô , voix; par chouchou , flatter, louer, caresser ; par bridj, éclair; par chercher , détruire; par loti, loulal, se réjouir.

Enfin , on en vint aux assimilations, toutes tirées de l’ordre physiaue seul , quand il fallut exprimer les idées abstraites et les objets intellectuels. En voici de curieux exemples fournis par un seul mot, hét, qui signifie cœur, et par suite esprit, intelligence, comprenant l’idée de la plupart des qualifications morales, et s’exprimant par les modifications grammaticales de ce mot radical hét. Les Égyptiens disent donc hètehim , qui signifie à la lettre petit cœur, et exprime l’idée craintif, lâche; harchihèt, cœur pesant ou bien lent de cœur, c’est-à-dire patient ; ssaci hét, cœur haut ou haut de cœur, orgueilleux; ssab-hét, cœur débile oïl

débile de cœur, timide; hét-nascht, cœur dur, inclément ; hèt-snaou, ayant deux cœurs, indécis; tam-hét, cœur fermé, fermé de cœur, obstiné; ouômhèt, mangeant son cœur, repentant; athètoaat-hèt, sans cœur, insensé. Et avec ces mêmes mots qualificatifs, par la simple addition du monosyllabe mét , qui signifie attribution , on formait les noms abstraits mét-hét-schem , l’attribution d’avoir le cœur petit, c’està-dire la patience, la longanimité.

Enfin , une foule de verbes égyptiens se sont formés de ce même inôt hét, cœur, |iour exprimer par des similitudes, tirées de l’ordre physique, des actions ou des manières d’être purement intellectuelles; en voici quelques exemples : Ei-hét, qui signifie proprement sentir venir son cœur, exprime les idées rêver, réfléchir; thôt-hèt, mêler le cœur, tempérer, persuader; ka-hét , placer son cœur, se confier; ti-hèt, donner son cœur, observer, examiner ; djem-hét , trou ver de cœur, savoir; meh-hèt, remplir le cœur, satisfaire, contenter. On voit par ces exemples quelle variété d’idées expriment les modifications grammaticales du mot radical hét, cœur. Il en est de même d’une fotile d’autres mots primitifs , et c'est ainsi que de tôt , main , on a fait titot, donner la main, aider; hitot, jeter la main , commencer. D’autres mots d'acception physique ont aussi servi à exprimer des idées métaphysiques; apdjir, étymologiquement, rechercheur de mouches, c’est-à-dire avare; djerbal, œil pointu, impudent; djacebat, œil levé, audacieux ; bat hét , cœur dans l’œil, ingénu, naïf; e/ekscha, retirer le nez, se moquer; naschtmakh, cou dur, obstiné.

Tous ces mots nous révèlent les véritables procédés de formation de la langue égyptienne, et en même temps son originalité, faits d’un haut intérêt à l’egard de nos modernes idiomes, qui sont de dernière formation , semblables en cela aux roclies venues après les grandes révolutions de la terre, et qui sont formées d’irregulières agglomérations des restes dispersés des roches primitives.

ÉG Y PT K

Du reste, on remarque, dés une assez haute antiquité, quelque différence dans la manière de prononcer cette même langue égyptienne dans les différentes provinces' du pays ; ces différences furent constatées, et servent à caractériser trois dialectes principaux, le thébain, ou de la haute Egypte , le memphitique , ou de la moyenne et de la basse Égypte, et le baschmourique, ou du Fayyoum, l’ancienne provincede Bascluhour; les deux premiers sont communément nommés par les modernes dialectes sâtdi et bahhiri. Le plus ancien des trois dialectes est le saïdique ou thébain, qui fut le fond même de la langue égyptienne. Le memphitique vint après, mais très-anciennement sans nul doute.

Le dialecte baschmourique tenait à la fois du memphitique et du thébain, et le Fayyoum , nommé Basclunour, est une province intermédiaire à l’égard des provinces de Thèbes et de Memphis. Ces dialectes étaient caractérisés par quelques permutations de consonnes de l’un à l’autre; le « thébain devenait ph dans le memphitique; A et t thébain étaient ch et th en memphitique; r de l’un et de l'autre devenait t dans le dialecte de Basclimour; les voyelles, vagues de leur nature, se permutaient avec, plus de facilité encore. On verra plus bas comment une seule écriture représenta cependant ces trois manières différentes d’orthographier un mot, et c'est ainsi qu'à chaque observation nouvelle l’Égypte nous montre une preuve de plus de l'intelligence laborieuse qui présida à toutes scs institutions.

Telle fut cette langue à son époque primitive; à l’époque seront taire,

3uand elle se nomma langue copte, ans l'Égypte devenue chrétienne, elle était encore la même, mais elle avait admis un grand nombre de mots grecs et arabes, et quelques mots latins, employés conctrrremmcnt avec les mots égyptiens exprimant les mêmes idées, et dont l'introduction était l'effet des longs et intimes rapports qui s’établirent entre cette nation et scs dominateurs successifs, les Grecs, les Ro-

mains et lesArabes. Mais la grammaire de cette langue ne subit pas'de notable changement; de sorte que la phrase d’un manuscrit copte des derniers siècles sera logiquement construite comme le fut la phrase correspondante sur un monument des temps antérieurs à Sésostris. Il n’y aura de différents que les mots étrangers qui se seront introduits dans cette phrase copte, et qui sont les synonymes exacts de mots égyptiens restés néanmoins dans le langage.

Du reste, il existe des grammaires de l'idiome copte, composées soit par des Coptes mêmes, soit par des savants u’Kurope, et des dictionnaires ou plutôt des nomenclatures de mots dont l’ordre a été déterminé par la nature de l’écriture figurée de l’ancienne Egypte, antérieure à l’alphabet copte; et aux ouvrages indiques plus haut, comme écrits en copte, nous u’avons à ajouter qu’une collection d’hymnes chrétiennes en strophes et en vers rimés , et un recueil de Recettes médicales contre les maladies les plus communes en Égypte, recueil déjà mentionné dans ce précis.

A l’ancienne Égypte aussi nous pouvons attribuer la culture de la langue en ce qui pouvait s’approprier et servir aux dons de l’esprit, comme à l’expression des passions de l'âme. Line chanson rustique est écrite dans un tableau à la suite d’une scène peinte d'agriculture , et dans cette chanson , comme dans les strophes chrétiennes, c’est toujours la langue égyptienne qui sc montre dans les deux époques que nous avons déjà signalées, et dans les

Productions d’une second période, avec empreinte non équivoque des influences qu'elle avait subies.

Ce fut plus qu'une influence, ce fut une révolution réelle par ses effets, à la fois politique et religieuse, que la langue égyptienne eut à éprouver, quand , au système des signes par lesquels elle s’était exprimée pendant toute la durée de sa longue prospérité, on substitua un système graphique tout nouveau, quand 1 écriture hiéroglyphique fut remplacée par l'alphabet copte. Une science ha-

bile et profonde inventa ce moyen puissant d’élever entre l’ancienne et la nouvelle Egypte cette impénétrable barrière de l'ignorance des temps anciens, afin que les opinions, les souvenirs et la gloire en fussent complètement effaces dans l’esprit des nouveaux citoyens. Les nombreux témoignages écrits qui en subsistaient dans tous les lieux étaient pour eux illisibles : aussi , peu de nations ont été plus complètement étrangères à leurs propres origines, à leur primitive illustration. La destruction, d’autorité impériale, des livres qui renfermaient l'histoire et les doctrines des ancêtres, et l'introduction d’un alphabet nouveau, qui fit perdre complètement la connaissance de l’ancien , opérèrent cette monstruosité politique, et il a fallu quinze siècles pour en faire cesser, dans l’intérét des sciences, les effets trop longtemps destructeurs.

Ce grand fait de l'histoire de l’Égypte peut être considéré sous deux aspects principaux : 1° l’état ancien du système graphique ou des écritures usitées dans l’ancienne Égypte; T la cause, l’époque et l’effet de "l introduction du nouveau.

L'exposé, même très-sommaire, des règles de l'ancien système graphique égyptien intéressera à un très-haut degré par la singularité de sa théorie, qui est absolument étrangère à nos idées comme à nos pratiques usuelles.

Rien n'est plus commun, dans les sociétés modernes, que l’usage de l’écriture composée d’un très-petit nombre de signes suffisants pour représenter aux yeux et rappeler a l’esprit tous les sons de la langue, et, par leurs combinaisons diverses, tous ses mois, toutes ses phrases et toutes les idées de ceux qui la parlent; mais rien n’est plus rare que l’examen analytique de l’origine, de la formation et des règles de cette écriture, et que ^appréciation du laps de temps et des efforts inouïs de l'intelligence humaine pour arriver à cette théorie si simple, si exacte de l’écriture alphabétique, institution d'une utilité sans égale, l’auxiliaire indispensable de la civilisation, «*» nui

fut , à l’exclusion de toute autre , le plu» fidèle courtier de l’intelligence. Du reste, ce qui va être dit de l’invention et du premier usage de l’écriture chez les Egyptiens, s’appliquera directement a tous les peuples qui furent inventeurs aussi des mêmes choses; car, en de telles matières, l’esprit humain est incapable de deux bonnes inventions à la fois.

L’ancienne écriture égyptienne est généralement connue sous' fe nom d'Écriture hiéroglyphique, composée de signes nommés hiéroglyphes, et qui sont en effet, comme le ait l'étymologie, des caractères sacrés sculptés.

Ces signes n’ont pas une expression uniforme, et les différences, qui les divisent en trois classes, indiquent très-vraisemblablement l’origine et le perfectionnement successif du système graphique tel qu’il est aujourd'hui constitué. Ce qui s’est passe presque sous nos yeux, parmi les peuples du nouveau monde, nous révèle plus vraisemblablement encore ce qui se passa dans l’ancien, et en F-gypte comme ■ailleurs, quand l’idée d’écrire se révéla à l’homme.

a. Les objets matériels frappèrent ses regards; il reconnut leurs formes, et quand il voulut conserver ou transmettre le souvenir d’un de ces objets, il en traça la figure, et ce tracé fiit un caractère d’écriture, caractère purement figuratif, peignant directement 1 objet et non pas indirectement Vidée de ce même objet, toutefois sans indication de temps ni de lieu; c’est à ce point que sont parvenus et que se sont arrêtés les peuples de l’Océanie.

b. L’insuffisance de ce premier moyen dut se faire sentir bientôt; en traçant la figure tf un homme, on n’indiquait pas un individu en particulier; il en était de même des figures des lieux. Le besoin de distinctions individuelles créa l’usage d’une autre sorte de signes dont chacun devint particulier à un homme ou à un lieu : ces signes furent pris ou des qualités phvsi-

3ues des individus ou d’assimilations à es objets matériels; et comme ces signes n étaient plus proprement figura-

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