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tifs, ils ne furent que des symboles, et on les nomma pour cette raison caractères tropiques ou symboliques , signes auxiliaires des caractères figuratifs, et employés simultanément avec eux. C’est là que sont arrivés les Mexicains, et ils ne sont pas allés au delà. Il nous est parvenu des listes d'indivklus et des listes de noms de lieux en écriture mexicaine; chaque individu est désigné par une tête humaine, signe figuratif, et auprès de sa bouche est tracé un objet choisi ou dans la nature ou dans l’industrie humaine , et qui était un signe symbolique, de sorte nue l'on volt clairement que les individus s'appelaient le Serpent, le Loup, la Tortue, la Tàhle, le Bâton , et les villes, dont un carré était le signe figuratif, et un serpent, un poisson le signe symbolique , se nommaient la ville du Serpent, la ville du Poisson , etc.
c. I)e la représentation de ces objets physiques à I expression des idées métaphysiques, le pas à faire était immense : les peuples de l’ancien monde le franchirent; ils exprimèrent par des signes écrits les idées dieu, ame, et celles des passions humaines; mais ces signes furent arbitraires et conventionnels en quelque sorte, quoique tirés d’analogies plus ou moins vraies entre le monde physique et le monde moral; le lion fut pris comme l’expression de l’idée force. Cette nouvelle espèce de signes, nommés énigmatiques et ajoutés aux deux premières classes, les figuratifs et les symboliques, furent inventés et employés parles Égyptiens et par les Chinois, et le système d’écriture qui résultait de ces trois éléments était entièrement idéographique, c’est-à-dire composé de signes qui exprimaient directement l 'idée des objets, et non pas les sons des mots qui désignaient ces mêmes objets. Ce genre d’écriture était aussi une peinture, puisque la fidélité de leur expression dépendait de la fidélité du tracé de chacun d’eux, qui devait être un portrait.
d. Ce système d’écriture pouvait suffire aux usages du peuple qui, Payant
imaginé, en possédait complètement la théorie et la pratique, mais seulement tant qu'il n'eut pas besoin de rendre son écriture intelligible à des sociétés ou à des individus étrangers.
Mais dés que ce besoin se fut manifesté et qu'il fallut seulement écrire le nom d'un seul individu etranger à ce peuple, les signes figuratifs, symboliques ou tropiques, ne suffisaient plus, parce que le nom de l’individu étranger, n'ayant aucun sens dans la langue du peuple qui voulait l’écrire et ne lui présentant ainsi aucune idée, ce nom ne pouvait pas être écrit par des signes qui n’exprimaient que les idées.
On s’arrêta donc, on ne sait comment, aux sons qui formaient ce même nom, et on comprit en même temps de quelle utilité seraient des signes qui exprimeraient ces mêmes sons : nouveau et dernier progrès dans l’art graphique, et qui en fut le plus ingénieux perfectionnement, si régulièrement favorisé par la nature des langues de ce temps -là, qui étaient généralement formées de mots et de racines d'une seule syllabe. On introduisit donc dans l’usage' les signes des sons, signes généralement nommés phonétiques, et dont le choix ne fut pas difficile, puisu'on n’eüt qu’à choisir dans les signes gurés , pour chaque svllabc à exprimer phonétiquement, le signe représentant un objet dont le nom dans la langue parlée était cette syllabe même : ainsi le disque du soleil exprima la syllabe re, parce que cette syllabe était le nom même du soleil, et ainsi de suite, los Chinois arrivèrent à ce procédé syllabique, et ils l’ont conservé sans progrès jusqu’à nos jours, pour écrire les noms et les mots étrangers à leur langue. Les Égyptiens parvinrent par cette même voie à un véritable système alphabétique , et l'introduisirent dans leur système d'écriture sans changer la nature de leurs signes figurés.
Nous allons dire en quoi consistaient le système ancien del’écriture égyptienne, la diversité de scs éléments, leur mode de combinaison, et les modifications, dans la forme des signes seulement, que le temps et les besoins sociaux y
Oigit
firent introduire. Nous prions aussi le lecteur attentif d’éviter toute confusion des deux idées, si differentes d’ailleurs, que représentent ces deux mots écriture et langue; dans la langue le mot parlé était le signe direct de l’idée, et dans l’écriture le mot phonétique écrit n'était que le signe direct du mot parlé, et ainsi le signe indirect de l’idée.
Dans le système d’écriture hiéroglyphique des Égyptiens on doit principalement considérer deux choses :
A. La forme matérielle des signes qui constitue trois espèces de caractères nommes
t Hiéroglyphiques;*),
2 Hiératiques,
3 Démotiques.
II. La valeur ou expression particulière de chaque signe, laquelle constitue trois espèces de signes, qui sont Figuratifs,
Symboliques,
Phonétiques.
A. 1. L'écriture hiéroglyphique proprement dite est celle qui se compose de signes représentant des objets du monde physique , animaux , plantes , figures de géométrie, etc., etc., dont le tracé est ou simplement linéaire, ou bien entièrement terminé, et même colorie, selon l’importance du monument qui porte l’inscription, ou selon l’habileté (lu sculpteur. Le nombre de ces signes différents est d'envron huit cents.
A. 2. L’écriture hiératique est une véritable lachygraphie de la précédente.
Les signes de l’écriture hiéroglyphique ne pouvant être convenablement tracés qu'avet la connaissance du dessin, et cette connaissance ne pouvant être universelle, on créa en faveur de ceux qui ne l’avaient point, un système d’écriture abrégé, dont les signes pouvaient être facilement exécutés; mais ce système ne fut point arbitraire, chaque signe hiératique ne fut qu’un abrégé d’un signe hiéroglyphique : au
(*) Soigneusement dessinés, ou sculptes et coloriés , ou simplement linéaires ou silbouc! les.
lieu de la figure entière du lion couché par exemple , on exprima la silhouette de la partie postérieure , et cet abrégé du lion conservait dans l’écriture la même valeur que sa figure entière.
Ainsi l’écriture hiératique était composée du même nombre de signes que récriture hiéroglyphique, dont elle était une abréviation a l’égard de la forme des signes seulement, et cet abrégé des signes avait la même valeur que les signes entiers.
A. 3. L’écriture démotique (ou populaire, ou épistolographique) se composait des memes signes que l’écriture hiératique ; c’était aussi une abréviation des signes hiéroglyphiques , et conservant encore la meme valeur :
seulement, le nombre des caractères de l'écriture déinotique, employés pour les usages ordinaires de la vie, était moindre.
On voit donc que les trois sortes d’écriture usitées simultanément en Égypte n’en formaient réellement qu'une seule en théorie, et que, pour la pratique seulement, on avait adopté une taehygraphie des signes primitifs, imitation iidele des objets naturels reproduits par le dessin ou par la peinture. Ces trois sortes d’écriture étaient d’un usage général; toutefois, la première, l’ecnture hiéroglyphique, était seule emplovée pour Tes monuments publics; mais les plus humbles ouvriers s’en servaient pour les plus communs usages, comme on le voit par les ustensiles et les instruments des plus vulgaires professions, ce qui , soit dit en passant, contredit tant d’assertions hasardées sur les prétendus mystères de cette écriture, dont les prêtres égyptiens avaient fait un moyen d’ignorance et d’oppression pour’ la population égyptienne. La deuxième espèce, l’écriture hiératique ou sacerdotale, était plus particulièrement à l’usage des pretres, qui l’employaient dans tout ce qui dépendait de leurs attributions religieuses et judiciaires. La troisième espèce enfin, l’écriture populaire et la plus facile, la plus simple de toutes , servait à tous les usages que son nom même indique suffisamment.
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Clément d’Alexandrie dit que, parmi les Égyptiens, ceux qui reçoivent de l’instruction, apprennent d'abord l’écriture démotique, ensuite l'écriture hiératique , et ensuite l'écriture hiéroglyphique : c’est l'ordre inverse de leur invention , mais l’ordre direct quant à la facilité de leur étude. On trouve souvent les trois écritures employées à la fois dans le même manuscrit.
Quant à {'expression ou valeur graphique. des signes, la théorie n’en est pas moins certaine que leur classilication matérielle.
B. I. Les signes figuratifs expriment tout simplement l’idée de l’objet dont ils reproduisent les formes; l’idée d'un cheval, d’un lion, d’uu obélisque, d’une stcle, d’une couronne, d'une chapelle, etc., etc., est exprimée graphiquement par la figure même de chacun de ces objets; le sens de ces caractères ne peut présenter aucune incertitude.
B. 2. Les signes symboliques , ou tropiques, ou énigmatiques, exprimaient une idée métaphysique par l’image d'un objet physique dont les qualités avaient une analogie, vraie selon les Égyptiens, directe ou indirecte , prochaine ou éloignée , selon eux encore, avec l'idée à exprimer. Cette sorte de caractère paraît avoir été particulièrement inventée et recherchée |Kiur les idées abstraites, qui étaient du domaine de la religion, ou de la puissance royale si intimement liée avec le système religieux. L'abeille était le signe symbolique de l’idée roi ; des bras élevés, de l'idée offrir et offrande; un vase d’où l’eau s' épand, la libation, etc., etc.
B. 3. Les signes phonétiques exprimaient les sons de fa langue parlée , et avaient, dans l’écriture égyptienne, les mêmes fonctions que les lettres dt l’alphabet dans la notre.
L’écriture hiéroglyphique diffère donc essentiellement de l'ecriture généralement usitée de notre temps ; en ce point capital qu’elle employait a la fois , dans le même texte , daus la même phrase et quelquefois dans le même mot, les trois sortes de caractères/îÿu-
rali/s, symboliques et phonétiques , tandis que nos écritures modernes, semblables en cela aux écritures des autres peuples de l’antiquité classique, n’emploient que les caractères phonétiques, c’est-à-dire alphabétiques, à l'exclusion de tous les autres.
Il n'en résultait néanmoins aucune confusion , la science de cette écriture étant généraledans le pays;eten supposant cette phrase , Dieu a créé les hommes, l’écriture hiéroglyphique s’exprimait très-clairement : V le qiot Dieu par le caractère symbolique de l’idée Dieu; 2° a créé par les signes phonétiques représentatifs des lettres qui formaient le mot égyptien créer, précédé ou suivi des signes phonétiques grammaticaux , qui marquent que le mot radical créer était à la troisième personne masculine du prétérit de l’indicatif de ce verbe; 3° les hommes, soit en écrivant phonétiquement ces deux mots selon les règles de la grammaire, soit en traçant le signe figuratif Aomme suivi de trois points, signe grammatical du pluriel; et il n'y avait |>oint d’équivoque dans l’expression de ces signes, 1° parce que fe premier, qui était symbolique , n'avait une valeur ni comme signe figuratif ni comme signe phonétique, 2° parce que le signe figuratif homme, qui termine la phrase, n’avait que ce même sens figuratif, 3° parce que les signes phonétiques intermédiaires exprimaient des sons qui formaient le mot indispensable à la clarté de la proposition ; et malgré cette différence de signes, l’Égyptien qui lisait cette phrase écrite la prononçait comme si elle avait été entièrement écrite en signes alphabétiques.
La théorie de l’enseignement du système graphique égyptien n'offrait pas plus de difficultés : l’élève, averti de la nature des signes figuratifs, n'avait aucun effort d'intelligence a faire pour en retenir lesens. La science des signes symboliques était une affaire de nomenclature, il devait la mettre dans sa mémoire , et apprendre successivement la raison de ces assimilations do certaines figures à certaines idées : la connaissance de la nomenclature suf-
Dig
L’UNI VF. R S.
lisait mime au plus grand nombre.
Quant aux signes phonétiques ou alphabétiques , voici comment procéda l'Egypte pour les déterminer. Habituée à une écriture idéographique, peignant les idées et non les sons de la langue , elle ne pouvait s'élever du premier bond h la simplicité tout arbitraire de nos alphabets. Obligée de combiner la forme des nouveaux signes avec ceux dont elle avait déjà consacré l'usage par une longue pratique, elle ne renonça pas à la ligure des objets naturels, elle en continua l'emploi, et décida seulement, après avoir analysé les syllabes de son langage et en avoir décomposé les sons jusqu’aux plus simples éléments, qui sont les lettres, ue la figure d’un objet dont le nom ans la langue parlée commencerait par la voix A , serait, dans l’écriture, le caractère A ; que la ligure d'un objet dont le nom, dans la langue parlée, commencerait [Kir l'articulation 6, serait, dans l’écriture, le caractère II, et ainsi de suite. Dans l’écriture phonétique, l'aigle, qui se nommait Antim en égyptien, devint donc la lettre A; une cassolette , Herbe, la lettre B; une main, Tôt, le T et le D; une hache, Kelebin , le K et le C dur ; un lion couché, l.abo, le L; une chouette, MouJadj , le M ; une bouche Rô, le R , etc., etc. Il résulta ainsi de ce premier principe, non pas que tous les objets dont le nom commençait par R, devinrent le signe graphique de cette lettre (il en serait né trop de confusion) , mais que quetaues-uns de ces objets seulement, les plus connus, les plus ordinaires, ceux (font la forme était le plus sdrement déterminée, et pouvait être le plus facilement transcrite , furent aflectés d'autorité à représenter le son R , et ainsi des autres.
Il y eut donc un certain nombre de signes homophones, ou exprimant le même son, dans l'alphabet écrit des Égyptiens, et cela était nécessaire dans une sorte d’écriture où la combinaison et l’arrangement matériel des signes étaient soumis à des règles dictées par la convenance de la décoration des monuments , dans un pays surtout
où les murs de tous les édifices publics étaient couverts d'inscriptions servant d’explication aux tableaux sculptés qui rappelaient les grandes actions des rois ou les bienfaits des dieux du pays. Du reste, le nombre des hiéroglyphes phonétiques ne s’élevait guère au delà de deux cents, et quelques-uns des alphabets européens ne contiennent pas un bien moindre nombre de sons ou de lettres. Toutefois , c’est cette espèce de caractère qui domine dans tous les textes hiéroglyphiques; ils s’y trouvent dans la proportion des deux tiers , le surplus appartenant par portions à peu près égales aux caractères figuratifs et aux caractères symboliques.
On comprend' par là toute l’importance, pour les sciences historiques , de la découverte de l'alphabet des hiéroglyphes égyptiens. En disant comment on a réussi à la faire, on dira aussi toute sa certitude.
Ou ne parvient à connaître une langue ou une écriture qu’on ignore qu'avec le secours d’un interprète ; c’est un homme, ou un livre, ou un écrit quelconque. Cet interprète de l'ancienne Egypte fut trouvé en Égypte même par la France : c’est la célèbre inscription de Rosette, pierre de quelques pieds de hauteur et sur laquelle furent gravées trois inscriptions à la suite l’une de l’autre; la première, tronquée par le haut, en caractères hiéroglyphiques, la deuxième en caractères demotiques , et la troisième en grec. On sait par cette dernière qu’elle est la traduction même de ce qui précède : voilà donc l’interprète des hiéroglyphes égyptiens, qui manquait à l'érudition moderne.
Cette traduction grecque d'un texte égyptien devait ouvrir une voie nouvelle. L’inscription de Rosette fut publiée et reçue avec empressement; mais ce ne fut qu’après vingt ans et vingt essais sans résultats que la lumière jaillit enfin de ce monument, et pour l’en tirer, il fallut s'arrêter aux données suivantes après avoir épuisé toutes les autres : 1“ le texte grec prouve que l’inscription est un décret des prêtres de l’Égypte en l’Iion-
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nrur do Ptolémée Épiphanc ( Suprà , pape 61) ; 2" ce decret contient plusieurs fois le nom de ce roi et plusieurs autres noms propres ; 3“ on a pu traduire et écrire en égyptien toutes les idées exprimées dans le texte grec; mais les noms propres grecs n’exprimant aucune idée en égvptien , ils n’ont pu être traduits; il a donc, fallu écrire en caractères égyptiens les sons que forment ces noms propres dans le grec; 4" il doit donc y avoir dans l’inscription égyptienne de Rosette des signes hiéroglyphiques exprimant ces sons; il pourrait donc aussi y avoir dans l’écriture hiéroglyphique des signes phonétiques , ou exprimant les sons et non pas les idées ; ô° le texte égyptien présente un groupe de signes hiéroglyphiques, distingué par un encadrement elliptique qui l’entoure : ce groupe est répété plusieurs fois dans ce texte égyptien; le nom propre du roi Ptolémée était aussi répété plusieurs fois dans le texte grec: le groupe d’hiérogl vphes encadré peut donc être le nom de Ptolémée, et, dans cette supposition, les signes ainsi groupés écrivant ce nom en hiéroglyphes, ces signes sont alphabétiques ,’ et le premier est un P, le second un T, etc.
Voila déjà plusieurs des hiéroglyphes alphabétiques retrouvés, et il ne reste qu'a compléter cet alphabet si désiré. 5‘ Bien des obstacles s’v opposent encore : le groupe encadré dans une ellipse , ou cartouche , est le nom de Ptolémée, ou bien il ne l’est pas : dans le premier cas, il est nécessaire d’éprou» er la vérité dece premier résultat alphabétique, sur d autres noms propres écrits à la fois en hiéroglyphes et en grec , et dans lesquels se retrouvent toutes les lettres déjà reconnues, ou sup|tosées l’être, par le nom de Ptolémée. I.’inscription grecque de Rosette contient plusieurs autres noms propres vers son commencement; mais le texte hiéroglyphique étant tronqué vers ce point, nous sommes privés de ce moyen de comparaison. Il n’y avait donc rien de rigoureusement certain jusque-là dans le résultat de tant de recherches, et le temps seul pouvait
mettre lin a tant d’incertitudes : il ne refusa pas ce grand bienfait aux lettres et a l’histoire. 6” L’infortuné Belzoni découvrit à Philae un cippe portant une inscription grecque , et un petit obélisque portant aussi une inscription hiéroglyphique : on reconnut que le cippe et i'obelisque formaient un seul et même monument; ce point capital fut publiquement constaté :
l'inscription grecque nommait aussi un roi Ptolémée, une reine Cléopâtre, et l’on remarquait dans l’inscription hiéroglyphique , au lieu même où devait se trouver le nom du roi Ptolémée, le même groupe encadré que, dans l'inscription de Rosette , on avait supposé être le mot Ptolémée: ce premier résultat tiré de l’inscription de Rosette était donc pleinement confirmé; on avait donc avec certitude le nom du roi grec Ptolémée écrit en hiéroglyphes; dès lors le groupe d'hiéroglyphes encadrés qui , sur l'obélisque , suivait le nom de ce roi, ne pouvait être que le nom de la reine Cléopâtre , et le premier signe du mot Ptolemée, P, se trouva être en effet le cinquième de celui de Cléopâtre ; le deuxième de l’un, le T, le septième de l’autre; le quatrième du premier, le L, était bien le deuxième du second : le nombre deà signes reconnus s'accrut donc de tous ceux qui composaient le nom de Cléopâtre, et on eut la moitié de l’alphabet. Et une fois que les groupes d’hiéroglyphes encadres, ou cartouches, eurent été reconnus pour des noms de rois et dereinesainsi distingués par l'étiquette, et ces cartouches étant nombreux sur les monuments , l'alphabet fut sans peine complété, et la découverte la plus désirée et la plus inespérée depuis la renaissance des lettres était enfin accomplie. Tel fut le résultat des recherches de Champollion le jeune; la suite de scs investigations analytiques et la persévérance qui les caractérisa ont fait le reste: les mystères de l’ancienne Egypte ont été ainsi dévoilés; les applaudissements du monde savant ont été la récompense d’un dévoûment qui ne se démentit pas un seul instant pendant vingt-cinq années, et une mort
soudaine et prématurée en a consacré les immortels résultats.
Il nous resterait à exposer les princi[>es généraux de la grammaire de cette écriture , si l’on peut ainsi parler, ou du moins à indiquer ici quelquesuns de ses procédés les plus singuliers, comme étant tout a fait étrangers à nos procédés graphiques si simples, si analogues à nos habitudes sociales qui n'admettent que peu d’inscriptions sur nos monuments publics et qui les excluent de leur décoration; mais cette Grammaire est déjà publiée , et il nous sera permis de nous borner à l'indiquer au lecteur.
Nous pourrions aussi considérer l'influence du procédé phonétique égyptien sur la création et l'introduction parmi les peuples de l'antiquité secondaire, de l’usage de l’alphabet pour leur écriture, et comment ces alphabets, tels que nous les connaissons, pourraient, d'après leur constitution particulière et différente , être classés généalogiquement, si on peut le dire, en alphabets de seconde et de troisième formation, et tous les alphabets de l’Europe ancienne et moderne sont de cette troisième classe; mais cet examen d’un intérêt général dans l’étude critique de la philosophie des langues et de l’écriture , ne se rattache pas assez particulièrement au sujet de notre Précis , et nous n’ajouterons plus que quelques mots sur r antiquité de l’usage de récriture en Égypte.
L’antiquité grecque et romaine, Platon, Tacite, Pline, Plutarque, Diodore de Sicile et Varron font honneur h l’Égypte de l’invention de l’écriture alphabétique. La critique moderne a reconnu par l’étude des monuments, qu’aucun peuple de l’ancien monde ne pouvait à cet égard infirmer ce jugement consacré par l’autorité des siècles; l’examen des plus anciens alphabets connus prouverait peut-être aussi, quant à leur constitution même, l’imitation d’un type primitif qu’on n’a encore retrouve que dans l’antique Égypte, et il y aurait là quelques données importantes pour ('histoire des origines de quelques peuples morts ou
vivants. On peut donc assurer que l’Kgvpte arriva très-nncicnncmcnt au complément réel de son système graphique, à l’alphabet. Maïs les causes et I époque de ce perfectionnement mémorable nous sont absolument inconnues : est-il le résultat des efforts de la philosophie égyptienne?... n’est-ce qu’une transmission faite à l’Égypte par un peuple qui l'aurait précédée dans les voies delà civilisation?... L’esprit se confond dans l'examen de telles questions , où se manifestent une antiquité incontestablement supérieure a tous les temps historiques de l’Occident , et un perfectionnement de système graphique pour l’écriture, de système grammatical pour la langue , ue les principes de l’idéologie nioerne n’ont ni dépassé ni prévu. Résultat bien singulier de l’autorité des faits les plus avérés ! quand on construisit les pyramides de Memphis, aux anciens règnes des premières dynasties , l’usage de l’ecriture était inconnu, on n’en trouve aucune trace sur les pyramides royales ; et au XXII 1* siècle avant l’ère chrétienne , au temps de la XVr dynastie, le système graphique tout entier était employé pour orner les monuments publics contemporains, d’inscriptions historiques ou religieuses; et alors déjà le système graphique est le même que pour les siècles des Sésostris, des Ptolémées et des Césars , et le système grammatical du langage a lès mêmes principes généraux qu’aux temps des ermites chrétiens de la Thébaïde. On sait donc tout sur la civilisation égyptienne, à l’exception de son origine et de ses commencements. La France n'a retrouvé dans les sables du désert que la magnificence des Pharaons , le temps lui a ravi leur berceau.
lin dernier mot sur l'écriture hiéroglyphique en démontrera toute la perfection , pour l’Égvpte du moins, eu égard aux trois dialectes de sa langue : le même signe graphique exprimait le son du L et du R ; un autre signe, le son du P et du Ph ; un autre enfin, T et Th; l’inscription pouvait donc être également lue selon les di-
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ilS
vers dialectes de la langue égyptienne, <|iii étaient précisément caractérisés par la permutation réciproque de ces mêmes lettres. Un phénomène d’une plus grande portée encore existe à l'égard de l’écriture chinoise; la même phrase est lue par des peuples qui parient des idiomes différents : c’est le propre de toute écriture idéographique ; l'idee est une, mais les mots qui ['expriment diffèrent selon la nature des idiomes : le signe figuratif arbre donnera à tous l'idée d’un arbre; mais cette idée sera exprimée, et ce signe sera lu au moyen d'un mot qui différera dans chaque pays.
On a déjà vu sur là planche 22 l’alphabet égyptien tel qu’il fut découvert et publiéau mois de septembre 1 822, par Champollion le jeune; il fut tiré spécialement des monuments de l’époque grecque et de l’époque romaine; appli-
Jué ensuite aux inscriptions du temps es pharaons, cet alphabet s’accrut d’un certain nombre des signes de même nature, et enfin il a été publié complet en 1836, dans la Grammaire égyptienne, des pages 35 à 46, et tel que l’a détermine l’étude attentive des monuments de toutes les éjioques , soit en Égypte même, soit dans les collections formées en Europe.
Notre planche 22 représente à la fois
cet alphaliet en caractères hiéroglyphiques, tels qu'on les retrouve sur des monuments de tout ordre et dans la première partie de l’inscription de Rosette ; et en caractères démotiques ou populaires, qui étaient employés dans les contrats civils, les lettres , les affaires domestiques , les actes administratifs d'un intérêt général , comme on en voit tant d’exemples dans les nombreux manuscrits sur papyrus recueillis en Égypte, sur des stèles funéraires, des inscriptions vulgaires, enfin dans la partie intermédiaire de l'inscription de Rosette, et son texte grec nomme ce caractère enchorial ou du pays. Ces signes démotiques donnent aussi l'idée de la forme des signes hiératiques ou sacerdotaux , d’ou les démotiques avaient tiré leur origine.
Enfin on voit par la colonne de gauche de notre planche, à quelle lettre de l’alphabet grec répond phonétiquement chaque signe démotique et chaque signe hiéroglyphique; à la différence près des formes, ces signes s’employaient comme s’emploient les lettres de notre alphabet.
Pour ne rien laisser à désirer, nous citerons ici deux lignes d’une inscription en caractères hiéroglyphiques , d’une haute antiquité , et dont voici l’explication graphique et grammaticale.
Cette inscription doit être lue de droite à gauche ; nous avons déjà dit que toute inscription en caractères hiéroglyphiques se lit en commençant par le coté vers lequel regardent les têtes d'hommes ou d’animaux qui font partie de l’inscription.
CeHe-ci se compose de huit groupes !5' Livraison. (Égyptk.)
de signes séparés les uns des autres, et de quatre signes isolés qui sont quatre particules nécessaires pour la construction de la phrase.
Le premier groupe est composé de deux signes; l’un est la figure même du dieu Chons, reconnaissable à ses insignes particuliers ; cette figure est
gle
le sujet de la proposition, et signifie : je, le dieu Chons ; le signe au-dessus est phonétique, et se lit ti ou éili, qui signifie donne, accorde.
Le deuxième groupe est également phonétique , et se lit sche-m (ou schchem), qui signifie aller.
Dans le troisième groupe le pronom est exprimé phonétiquement, et il est suivi de la figure d'un roi; ce groupe se lit pephlmnt, sa majesté.
Le signe isole qui suit, le 4", est la lettre L, article au.
Le groupe d'après , n° £, est terminé, à gauche, par deux signes qui avertissent que les quatre qui les précèdent forment le nom d'un pays : ces quatre signes sont en effet les lettres des sons II, sel 1, t, n, et se lisent Baschlen.
Le signe n° C est le même que le quatrième, et il a ici le sens du mot pour.
Le groupe suivant est phonétique, et se lit nohem, avec le sens de délivrer.
Le groupe n“ 8, tout phonétique, se compose des lettres T. S.; la première est l’article féminin, et la deuxième, le signe S , l’abréviation de Si, fils , et ici tille, comme l’exige l’article féminin.
Le signe suivant est la tet(rel«,quj se prononce an, et qui est notre article de dans la langue égyptienne.
L’homme debout avec une canne à la main est le signe figuratif de l'idée chef.
Le signe N est déjà expliqué, de; ainsi que le groupe final qui est le même que le cinquième de notre texte.
Cette inscription se lit donc mot à mot : Je, dieu Chons, accorde aller Sa Majesté au pays de Haschtanpour délivrer la fille au chef du pays de Daschtan; c'est-à-dire : « Je consens à ce que Sa Majesté (le roi d’Égypte) se rende dans le pays de Bascbtan , pour délivrer (ou pour épouser) la fille du chef de Basrlitnn , •> et c’est le dieu Chons qui parle ainsi dans le texte (ligne 15*) d'une stèle historique qui existe dans les ruines du sud-est de Karnak , à Thèbes , stèle copiée par Champollion le jeune, et dont la traduction existe dans ses notes.
Tel fut l'état de l’écriture sacrée en
Kgypte pendant une longue succession de régnés et d’événements , qui u'apportèrent , dans cet Etat , aucune variation notable. Ce n’est pas cependant que l’Égypte ignorât l’existence des langues et des systèmes d'écriture particuliers à d'autres peuples, et qui différaient entièrement de ceux qu'elle avait adoptés : et quoiqu'il ne nous soit pas donné de connaître complètement les usages, en ces graves matières, des nations civilisées contemporaines de la haute splendeur de l’Égypte, quelques faits avérés suffisent toutefois pour nous démontrer ces différences. Le patriarche Joseph ne parla d’abord à ses frères que par le secours d’un interprète qui connaissait à la fois la langue de Jacob et celle des Égyptiens. La variété des écritures devait être connue aussi bien que la variété des idiomes; deux papyrus écrits en phénicien ont été trouvés |Kirmi des papyrus égyptiens dans un tombeau delà Thébaïdc ; et l'on n’a pas appris que les invasions éthiopiennes aient, à cet égard, rien introduit de nouveau en Egypte. Sous les Perses , l'écriture et la la’nguedcs monuments et celles des contrats particuliers furent les mêmes que du tempsdes pharaons; les Perses y laissèrent cependant quelques traces d’écriture en caractères cunéiformes. Durant la domination des Grecs , les usages égyptiens ne subirent en ce point aucune modification , la langue égyptienne pour la population indigène, ta langue grecque pour les Grecs; l’écriture hiéroglyphique pour les monuments , l’écriture hiératique pour les choses sacrées; la démotique pour les contrats, et pour ceux-ci une antigraphie ou seconde expédition en langue grecque ( la langue du gouvernement) , et avec ces deux circonstances assez remarquables, savoir : 1" que ces contrats étaient soumisau droit d’enregistrement, et que l’enregistrement était inscrit en langue grecque sur le contrat conçu en langue égyptienne; 2»
que , devant les tribunaux , le contrat en langue égyptienne avait seul de l'authenticité, mf'inc à l'égard des nationaux grecs. On devine aisément corn-
as?
bien de tels usages durent contribuer à étendre réciproquement parmi les deux populations la connaissance simultanée des deux langues. I.e décret connu sous le nom de pierre Rosette, fut à la fois rédigé en égyptien et eu grec, et publié en écriture hiéroglyphique , en écriture démotique , et en écriture grecque.
Durant la domination romaine, les anciens u suites égx ptiens furent conservés ; la langue grecque continua d'être celle du gouvernement ; les inscriptions des monuments publics furent tracées en caractères hiéroglyphiques ; les contrats particuliers continuèrent d'être écrits en caractères démotiques, parmi les Égyptiens. Il nous est parvenu de modesies stèles funéraires, ou cette écriture populaire se retrouve encore; et ces vieilles institutions de l’Égypte devaient durer jusqu'au temps marqué |iour la lin des anciennes croyances dans l'ancien inonde , et pour la substitution du christianisme à toutes les philosophies antérieures qui semblèrent se prêter, presque sans combat , a voir se résumer en une doctrine nouvelle et domiuaute , tout ce qu’il y avait eu en elles-mêmes de vrai , de bon et d'utile.
C’est en effet à l’établissement du christianisme parmi les Égyptiens , ipi’on rapporte généralement ta substitution de l’alphabet copte aux anciennes écritures égyptiennes : opération aussi simple dans son action, que profonde et efficace dans ses effets; car la langue égyptienne, écrite jusque-là au moi en des caractères hiéroglyphiques , hiératiques ou démotiques , fort nombreux , et d’expressions diverses , soit figurative, soit idéographique ou alphabétique , et représentant les uns les idées mêmes , les autres les mots signes des idées, ne fut plus écrite (iii’avecunesérie de trente et un signes, d’une expression identique, tous représentant alphabétiquement les voix et les articulations propres à composer les syllabes et les mots de la langue parlée, et de ces trente et un signes, vingt-quatresont ceux mêmes qui composent l'alphabet grec, et les sept autres
sont autant de signes de l’ancien alphabet démotiqueégyptien, introduits dans le nouveau pour exprimer les sons propres à la langue égyptienne qui , inconnus dans la langue des Grecs , ne pouvaient pas se trouver dans leur alphabet. Tel est l’alphabet copte qui fut substitué aux anciennes écritures égyptiennes pour écrire la langue égyptienne, opération semblable à celle qui aurait aujourd’hui pour objet d’écrire la langue française avec les caractères grecs ou tous autres : ce seraient d'autres signes alphabétiques , mais ce serait toujours la même langue française.
L’époque et la cause de la substitution de ce nouvel alphabet à l’ancien , sont généralement rapportées. à l’introduction du christianisme en Égypte ; il serait plus exact de dire que ce fut à son inlluence, dès qu'il fut devenu dominant. C’est l’évangéliste saint, Marc qui est considère comme l'apôtre de l'Église d’Alexandrie, que saiut Pierre aurait désigné à cet eflet, et qui y serait mort vers le temps de .Néron. Cette première époque du christianisme en Egypte fut sans inlluence sur les anciennes institutions nationales ; le temps seul pouvait les oblitérer insensiblement ; et nous trouvons, en effet, jusqu'en l’an 211 , les monuments publics ornés des tableaux etde l'écriture de l'ancienne religion. Les noms de Caracalla et de Géta sont inscrits sur ces tableaux.
A cette même époque, un Démétrius , le onzième successeur de saint Marc, était pourvu de l’évéchéd’ Alexandrie ; vintensuite Dioclétien, qui traita les chrétiens de telle sorte , que l’ère de son règne fut pour eux I ère des martyrs ; et ce n’est pas dans de telles circonstances que l'Eglise chrétienne pouvait être dans la nécessité de faire écrire sa liturgie dans une écriture plus expéditive que ne l’était l’écriture égyptienne démotique. C’est de cette ineme écriture que la généralité des savants pense que les soldats de Gordien se servirent dans l'inscription en plusieurs langues dont ils firent décorer le tombeau de cet empereur; cir-
aosle
(■(instance qui date aussi du troisième siècle , et qui , soit dit en passant , Infirme hautement l’opinion des critiques qui , tels que Lacroze et le P. Georgi , font remonter l’usage de l'alphabet copte jusqu'au règne du Pharaon Psammctichus ; ou bien tels que le P. Bonjour, D. Montfaucon , Jahlonski, ValpergaetSchow.qui le rapportent aux règnes d’Alexanare ou des Ptolémées, ou plus généralement à un tem[>s antérieur à l’cre chrétienne.
Mais le docte Zoéga, malgré tant d’autorités contraires , n’a pas hésité à déclarer que l'alphabet copte ne lui paraissait pasavoirété adopté, au plus tôt, avant le troisième siècle de l’èrc chrétienne. Ajoutons que, dans l'tle de Philæ, on adorait encore, Isis et Osiris dans la seconde moitié du sixième siècle chrétien. Enfin , il reste assez d'incertitudes , dans l’esprit des meilleurs critiques , sur l’époque de la version copte de l’Ancien et du Nouveau Testament , pour qu'on ne puisse tirer, de ces opinions diverses , aucune donnée précise, et utile à la question présente. Le savant Michaélis a résumé toutes ces opinions, dont les unes tendent à démontrer des rapports patents entre la version copte et la version latine, et dont les autres la trouvent plus conforme, au grec des Septante ; et il existe peu de manuscrits coptes de ces textes sacrés, dans lesdivers dialectes coptes, qui paraissent antérieurs au septième siècle: les plus anciens sont écrits sur papyrus; les autres sur peau de gazelle, sur vétin , ou sur papier. On connuît aussi en langue et en caractères coptes, et des inscriptions funéraires , et un assez grand nombre de lettres missives écrites sur des fragments de poterie recueillis dans les ruines des anciennes villes égyptiennes; mais bien peu de ces débris portent des dates; et la plus ancienne qu’on y ait retrouvée jusqu’ici est de Van 945 de l’ère chrétienne. Il est remarquable toutefois que cette inscription copte chrétienne porte une double date , dont l’une est tirée de l’ère de Dioclétien ou des martyrs, et l'autre de l’ère de Mahomet ou de l'hégire ,
( l’an de Dioclétien U62, et du Sarrasin 334) ; il est vrai aussi qu’à l'epoque de cette inscription , déposée sur la tombe d'une chrétienne, les Arabes gouvernaient l’Egypte depuis trois siècles révolus. I,es Coptes conservèrent leur alphabet longtemps encore après, comme le prouvent des manuscrits coptes qui ne sont pas antérieurs au seizième siècle de notre ère , époque qui fut , comme nous l’avons déjà ait , celle où In littérature copte jeta ses dernières lueurs, et qui vit finir, sans espoir de retour, la langue et tous les systèmes d’écriture successivement usités en Egypte, dont nous avons essayé de donner ici une idée sans doute trop sommaire ; mais nous avions aussi quelques mots à dire sur d'autres institutions de l'Egypte des pharaons.
5 XVIII. SYSTEME NDMÊRIQDH. SYSTfcMF tlft.
TRIODE. MONNAIE. CAI.ENURIER.
Ce que nous avons appris par les monuments , au sujet du système numérique des anciens Egyptiens , nous prouve que leur arithmétique n’était pas plus perfectionnée que celle des Grecs; ils ignorèrent l’admirable fonction du zéro, et pour les signeschiffres, la valeur de position : ingénieux et féconds procédés au moyen desquels, avec neuf chiffres dont la valeur augmente en progression décuple à mesure qu’on les avance vers la gauche , nous pouvons , dans le système moderne venu des Indiens par les Arabes, exprimer commodément les nombres les plus considérables.
Il ne nous est parvenu aucune notion écrite sur l’arithmétique des Egyptiens; les signes de nombre une lois reconnus, on a recueilli tout ce qu’on a trouvé écrit en chiffres sur les monuments, et on en a tiré des données nécessairement incomplètes, en ce sens qu’on ne doit pas croire (pie les Egyptiens ignorèrent une partie quelconque de la science des nombres, parce qti on n’en trouve pas d'application sur leurs monuments. On sait en combien de circonstances la connaissance de la géométrie était nécessaire à leur ci-
ÉGYPTE
vilisation; on voit aussi leurs monuments exactement orientés , et sur les magnifiques créations de leur architecture , tous les secours qu’ils surent tirer de cette science : on ne peut donc leur refuser d'avoir possédé des règles dont il nous reste de si nombreuses applications. Voici .dans leurs limites reelles, les résultats tirés de l’étude des monuments , et un résumé de ce qui se trouve plus au long exposé dans le IX* chapitre de la Grammaire égyptienne de mon frère, sur les mots et les signes qui ont serv i à la numération chez. 1rs Égyptiens.
Remarquons d'abord , à ce sujet , que les nations modernes sont tombées dès longtemps dans une contradiction manifeste : le système graphique de tous les mots de leur langue est alphabétique , et les signes des mots de la numération sont entièrement idéographiques ; ces signes étaient aussi idéographiques chez les Égyptiens, mais du moins ils se trouvaient en cela dans une. parfaite analogie avec leur écriture nationale.
Les numératifs ou noms de nombre se divisaient aussi en ordinaux et cardinaux ; ceux-ci exprimant la quantité des objets , et ceux-la déterminant leur ordre relatif.
Chacune des trois subdivisions du système, général d’écriture avait aussi sa série ae signes de nombre.
L’écriture hiéroglyphique avait un signe particulier pour chacun «les nombres un, dix , cent, mille, et dix mille; ils étaient écrits autant de fois que l'exigeait la somme à exprimer; ou figurait jusqu’à neuf fois le signe de l’unité pour exprimer l’idée 9 ; neuf fois le signe de la dizaine pour exprimer 90 ; neuf fois le signe cent pour figurer le nombre 900 , et ainsi de suite pour les autres chiffres ( voyez notre planche 66. n“ A).
L’écriturehiératiqueprocédaitd’une aulre manière ; elle avait un signe particulier pour chacun des nombre* un, «leux , trois , quatre, et neuf; au contraire. les nombres 5,6, 7 et 8, s’exprimaient au moyen des chiffres combinés 3 et 2 . 3 et 3 , 3 et 4 . 4 et 4 ;
le signe dix était également spécial , et il était ensuite modifié par l’adjonction des chiffres des unités pour former des caractères qui offraient l’expression des idées deux fois dix , trois fois dix , quatre fois dix, etc.; un signe particulier signifiait cent; et, par une combinaison très - analogue à celle des dizaines, ce même signe exprimait les nombres 200, 300, etc., jusqu’à 900; le signe spécial du nombre mille était soumis à la même règle , et figurait sans équivoque les multiples de mille par les neuf premières unités ; ensuite un signe particulier disait dix mille , et, en le répétant neuf fois, on arrivait à exprimer l’idée 90 mille; enfin, pour les quantités supérieures, on les exprimait facilement par une combinaison systématique des signes des centaines et des mille avec celui de la myriade, et ces chiffres combines se lisaient : cent fuis mille ou cent mille, cent fois dix mille ou un million , cent fois vingt mille ou deux millions, etc.
Dans l’écriture démotique , ou po-
fiulaire , le système de numération était e même que pour l'écriture hiératique , et les signes-chiffres presque semblables aussi. Ces chiffres étaient employés à la numération de toutes sortes d’objets, à l’exception formelle des dates pour les quantièmes du mois.
Il est digne de remarque, en effet, que ce quantième fut exprimé par des chiffre* particuliers pour les nombres un , deux , trois et quatre ; et pour les nombres 5, 6, 7 et 8, on s’attacha à reproduire, par la combinaison de ces chiffres , les groupes hiéroglyphiques qui représentaient ces mêmes nombres. Le signe du nombre 9 était également spécial. Enfin , pour les dates composées de dizaines et d’unités, les signes 20 et 30 avaient aussi une forme particulière , et leur tracé était un groupe qui se décomposait en 10, 3 et 2, pour dire 15; en 20, 3 et 3 pour dire 26, et ainsi de suite jusqu’à 30 figuré par un chiffre social (voyez la même planche Gfi , n" B).
Les contrats, les manuscrits , et notamment les registres de comptabilité des temples, ont fourni les cléments
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de ces notions sur le système numérique des Égyptiens ; on y trouve aussi des exemples nombreux de l’emploi de ces chiffres dans des sommes exprimées par les unités , les dizaines , les centaines, les mille et les myriades.
C’est l’épreuve certaine des théories qui viennent d’être exposées.
Quant aux numératifs ordinaux, ils étaient écrits au moyen des signes des nombres cardinaux, qui étaient précédés d’un caractèrecomplexe placé audessus de ce signe cardinal. Il en était de même pour exprimer les nombres fractionnaires , et on a aussi des exemples d’additions composées h la fois de nombres entiers et de fractions. On ne connaît pas d’exemple écrit des autres parties de l’arithmétique, telles que la soustraction, la division, la multiplication , etc.; on ne connaît pas non plus de signe pour exprimer directement un nombre supérieur à la myriade : mais on ne doit pas prendre les limites de nos recherches pour les limites de la science des Égyptiens dans l’arithmétique : d’autres monuments peuvent nous en enseigner davantage. Concluons , toutefois , de tout ce qui vient d'être exposé, que le système numérique des Égyptiens avait des rapports intimes avec celui que les Grecs adoptèrent ensuite, et que les théories durent être appliquées par des procédés analogues.
L’intérêt réel , historique , archéologique des notions qui précèdent, se réalisé essentiellement dans leur application à la recherche des dates qui se trouvent très-fréquemment sur les monuments égyptiens : chaque date est un fait de’ grande considération , et très-fécond en résultats utiles à la certitude historique; nous avons tâché de réunir sur nos deux planches numérotées 65 et G6, les moyens et les exemples les plus propres à les faire reconnaître , et à les traduire exactement en supputations modernes.
Système métritfiie. On est porté à croire, d'après l’autorité que quelques savants modernes ont imprimée à leur opinion , que longtemps avant le siècle d'Alexandre quelques peuples de l’an-
tiquité firent avec succès des observations astronomiques, les employèrent dans la description de la terre , et déterminèrent arec exactitude la situation de quelques points principaux du globe. Les résultats de leurs observations furent exprimés en mesures authentiques : il faut donc supposer qu’alors déjà ces mesures étaient systématiquement déterminées, et furent des divisions astronomiques du degré terrestre. Les mêmes mesures eurent des rapports précis avec les divisions du temps ; et si on a entrevu dans les rap|>orts comparés de l'antique littérature , une division commune du ciel , de la terre, de l’année et du jour en 720 parties , d'après d’autres aperçus l’unité aurait été divisée d'abord en trois grandes parties, pois en douze, en trente-six , et finalement en trois cent soixante. Ce qu’il y a de certain , c'est l’association habituelle de trois divinités dans le même culte, dans le même temple ; l’union religieuse des trinités locales, assimilation régulière à la trinité primitive; enfin la division de l'année civile en trois saisons , comme l’année agricole et l'état de la surface du sol qui changeait sensiblement d’aspect tous les quatre mois.
On a remarqué avec toute raison qu’un goflt naturel, que l’état constamment normal du gouvernement et des lois, fortifié par sa régularité même, portait les Égyptiens vers la stricte pralique des choses exactes; qu’ils attribuèrent a Thdth , le plus savant des dieux, l’invention des poids et des mesures; et que le mesurage des accroissements périodiques du Nil, et la reconnaissance des limites des terres annuellement confondues par l'inondation , avaient rendu nécessaires la connaissance et l’emploi de ces mesures dès les premières idées de la propriété , dès les premiers labours donnés au sol de l'Egypte; et , comme toutes ses autres institutions , le temps et le progrès naturel des sciences durent perfectionner aussi son système métrique.
Il comprenait a la" fois les mesures itinéraires ou de longueur; celles de superficie , ou agraires , divisées ou
ÊGTPTE. J3|
multipliées scion que l'usage l'avait successivement exigé, et toujours respectivement à un étalon primitif, dont l’origine était rattachée à une grande operation astronomique ou gcodésiquc, d’où le degré avait été déduit.
C'est à ce degré que l’on rapportait en effet les schœnes, les milles, les stades , les aroures , les plèthres , les cannes, les orvgcs , les pas , les pieds , et les coudées, types divers et d’inégales dimensions, nous a-t-on dit, qui composaient ce système. Mais il faut reconnaître qu’on n'a trouvé que dans la littérature occidentale ces noms , ces mots , et les acceptions qui leur ont été attribuées; il serait difficile de les ramener tous à des origines égyptiennes; et, afin de ne pas nous détourner du plan de notre travail et de la considération des monuments originaux , c’est de la coudée , principale mesure égyptienne, comme étant la plus usuelle, que nous parlerons ici particulièrement. Comme à l'égard de toutes les autres mesures égyptiennes, il existe une foule de passages sur la coudée, sa longueur et scs divisions , ces passages ont été diversement expliques, et peut-être un peu trop au
Î:ré des divers systèmes généraux sur es mesures égyptiennes, nouvellement publiés avec une égale masse d’érudition , avec un semblable dévouement à la recherche naïve de la vérité.
Il nous est parvenu des coudées égyptiennes intactes , originales , en bois ou en pierre, divisées, graduées, signées , authentiques : un seul de ces monuments nous en dit plus que tous les passages des anciens ensemble ; et les notions que nous allons en déduire seront b la fois certaines et complètes.
I.es écrivains de l’antiquité paraissent avoir établi une différence entre la coudée qu’ils qualifient de royale, et d’autres mesures auxquelles ils donnent aussi le nom de coudée; mais, en général , ils s’accordent à dire que la coudée royale était divisée en six palmes, et chaque palme en quatre doigts. Celte coudée se composait donc de vingt-quatre doigts. Il nous en est
parvenu plusieurs d’originales de cette même dimension ; et l’examen attentif qui en a été fait , leur assigne pour longueur exacte 444 millimètres , dont le palme était la sixième partie, et le doigt la vingt-quatrième. Il y a aussi des coudées de sept palmes, qui sont ainsi plus longues d un sixième que celle qui vient d’être indiquée.
On trouvera , sur notre planche 65 au n° I , la figure d’une portion de la coudée , contenant exactement les neuf premiers doigts , formant les deux premiers palmes, plus un doigt. On reconnaît facilement que la forme de la coudée était parfaitement appropriée à son usage. Celle que nous reproduisons est en bois dur, dit de Méroe.
Cest comme une règle ayant deux millimètres d’épaisseur et le double de largeur, et dont la partie supérieure est divisée en deux parties, l'une des deux étant coupee eu biseau , mais chacune des deux portant une inscription hiéroglyphique, où se trouvent parfois des noms et des dates.
L’aspect général de la coudée nous montre cette règle divisée en parties égales, qui sont les vingt -quatre ou les vingt-huit doigts, et en trois bandes longitudinales. Aux cases qui correspondent aux quinze premiers doigts, en allant de gauche à droite, et dans la bande la plus éloignée , on a inscrit la figure ou le nom des quinze divinités auxquelles chacune de ces divisions était consacrée; la première est le soleil , et la dernière Thdlh. Dans la bande intermédiaire, on a écrit les principales divisions de la coudée; les premiers signes , en allant de gauche a droite , sont les lettres S T N ( ionien, roi , royal); le signe suivant, un bras plié jusqu'au coude, est le signe figuratif de la coudée elle -même; de sorte que ce groupe doit se lire coudée royale. D’autres groupes indiquent les subdivisions de la coudée , et successivement un doigt, deux doigts, trois doigts , quatre doigts ou le palme; ensuite le pied, etc. Lulin, on trouve dans la troisième bande , les doigts et leurs subdivisions en fractionsdc doigt; le premier, à gauche, est divisé eu
moitié de doigt, et le signe qui est au- dessus est un M , lettre initiale du mot méii, qui signifie moitié. Les autres divisions croissent successivement du tiers au seizième de doigt, et le signe qui surmonte ces chiffres est un R, initiale de re, monosyllabe qui fait passer le nombre que ce signe ou que ce mot précède, à l’état de dénominateur d’une fraction.
Voilà les traits principaux à observer dans une coudee. On en voit dans les musées de Paris , de Turin, et ailleurs ; elles sont uniformément construites, soit qu’elles soient de bois, et épaisses comme celle dont nous venons de parler , soit qu'elles soient en matières calcaires, et, dans ce cas, quatre fois plus larges qu'elles ne sont épaisses. Sur toutes celles qui nous sont parvenues , et qui toutes ont été recueillies dans des tombeaux , on voit des inscriptions funéraires sur le côté opposé à celui qui porte les divisions métriques , quelquefois aussi sur les franches; et une de ces inscriptions offre le nom du roi Horus, de la dixhuitième dynastie , ce qui prouve que cette mesure était en usage plus de 1600 ans avant l'ère chrétienne.
Toutes ces notions nous amènent à reconnaître , d'après les recherches les plus récentes , que la coudée égyptienne de six palmes était égale à 444 de nos millimétrés ; sur cet étalon trèsauthentique , on peut se procurer des données qui ne le seront pas moins sur les autres mesures égyptiennes qui n’étaient que des multiples ou des fractions de cette même coudée.
Quant aux poids en usage en Égypte , la seule notion certaine que nous puissions en donner ici , est tirée d'un poids antique , en basalte vert , dont la figure , de la grandeur de la moitié de l’original, se trouve sous le n° 8, de no(rc planche 65; ce poids, très-régulièrement taillé, pèse exactement 62 grain, j; on voit qu'il est marqué du nombre cinq; il représente donc cinq fois une unité, qui était réglée à 12 grain, et qui devait aussi avoir de nombreux multiples : dans un État riche et puissant couuue l'était l’Egy pte, où les
productions les plus précieuses étaient abondantes, où le commerce de tout l’Orient était centralisé, les unités de compte devaient être fortes, le système numérique et le système métrique devaient être capables de représenter de très-grandes quantités: les pays pauvres et les petits États ne peuvent pas même avoir l'idée des myriades de myriades ; ils ont des petits poids et dés petites monnaies.
A l’égard de la monnaie , nous avons déjà dit que l’Égypte n’eut pas l'idée d’un système monétaire légal , ni peutêtre même le besoin ; et il en sera ainsi pour toute nation qui, ne faisant de commerce qu’avec elle-même, ou bien avec des alliés dont les intérêts ne seront pas différents des siens , n'éprouvera pas la nécessité d’un signe d'échange généralement reconnu comme ayant la valeur intrinsèque à lui assignée par l'autorité qui le met en circulation. Il lui suffit, en réalité , d’un signe d'échange dont la valeur arbitraire, ne sera contestée par aucun des individus auxquels ce signe sera présenté pour cette valeur. Les billets de banque donnent l'idée de ce signe monétaire conventionnel ; et il n'y a peut-être pas de matière dont la minime valeur soit plus au-dessous de la somme que représente chacun de ces billets, frêle morceau de papier, qui ne vaudrait ps matériellement un centime , si les lettres historiées dont il est orné cessaient d'être l'expression d'un engagement public, hypothéqué sur des tonnes d'or existantes réellement dans un dépôt inviolable. Dès que, en Egypte, l'état de la société eut fait succéder aux échanges de gré à gré, la vente et l’achat de toutes sortes de choses vénales , par le moyeu d’une sorte particulière de ces marchandises, sorte utile et nécessaire à tous, au gouvernement comme aux citoyens , dont la valeur invariable n'était contestée par personne, avec laquelle on se procurait de suite tout ce qui était nécessaire à la vie , et qu'en conséquence tous voulaient acheter au moyen des produits soit de la terre, soit dès arts , il y eut alors en Égypte
ÉGYPTE
une monnaie légale. Toutefois elle ne consista qu'en une monnaie de convention, nécessaire au petit commerce ; on croit qu'une classe de ces nombreux produits de l’industrie égyptienne , qu'on appelle scarabées, pari* qu’ils ont la forme de cet animal , et sur lesquels on lit les noms des Pharaons , servit , à cet effet , de petite monnaie. Mais , pour les transactions considérables, on se servait d'anneaux d’or pur, d’un poids et d’un diamètre déterminés, on se servait aussi d'anneaux d’argent à un titre et à un poids egalement réglés par l’autorité publique : on n’a rien découvert en Egypte qui donnât l'idée des monnaies en usage chez d'autres nations de l’antiquité , ou chez les peuples modernes.
Tel fut, à cet égard , l'état de l'Égypte tant que durèrent ses institutions nationales. Conquise par les Perses, Darius , fils d’Hvstaspe , y mit en circulation des monnaies dé l’or le plus pur, et elles y eurent cours légal , ainsi ue dans les autres parties de l’empire es Perses; on les appelait doriques, du nom du roi qui les avait fait frapper. A son exemple, Aryandès, gouverneur de l’Égypte , lit des monnaies d'argent qu’on appela aruandiques ; et, jtour ce fait, accusé d'usurpation 'les droits royaux , il fut mis à mort, f.a monnaie d’Alexandre succéda à «die des rois persans ; celles des villes et des rois de la Grèce, de l’Italie et de la Sicile, ne durent pas y être inconnues; les Ptolémées frappèrent des monnaies particulièresàl’Égypte , mais ils ne s’écartèrent pas du système monétaire des rois grecs et’ de ceux de Syrie. Il nous est parvenu des pièces frappées à l'effigie des rois et des reines de la famille des Ptolémées , en or, en argent et en bronze , et de plusieurs dimensions. Celles des premiers successeurs d'Alexandre sont remarquables par la pureté du métal et la perfection de l'art : pour les dernières pièces de cette race, le métal et l’art sont tous deux de mauvais aloi ; elles portent l’effigie du prince , et au revers une date tirée de l’année de son règne;
ces revers ne sont point diversifiés, et, sans ces dates , ils seraient inutiles à l'histoire.
La domination romaine en Egypte , y introduisit le système monétaire romain; la langue grecque y fut conservée pour les légendes. On frappa, en Égypte , la monnaie romaine égyptienne , à l'effigie de l’empereur , comme dans le reste de l’empire, mais avec des dates et des revers tirés des coutumes égyptiennes; et on ajouta, à la série îles monnaies générales de l'Égypte , une série de pièces frappées pour chacun de ses nomes ou provinces. Sous Tibère et sous Néron , on commença d'abaisser le titre des monnaies d'argent ; sous Antonin , ce titre s'altéra de plus en plus; sous Marc-Aurèle et sous Commode, l’alliage fut encore plus fort; on n'employa bientôt plus que le potin , ou argent à très-bas titre ; eubn , les monnaies de cuivre prirent insensiblement le dessus à mesure que la déeadeuce de l’empire s'accroissait ; et Ton n’éri connaît pas d’un autre métal depuis Aurélien jusqu’à Dioclétien. Ce dernier empereur ajouta à ses autres actes de rigueur envers l’Égypte, ta suppression de son atelier 'monétaire : on y frappa cependant encore quelques monnaies semblables à celles du reste de l’empire; mais la légende était latine , et, en ç« point encore, la nationalité de l’Égvpte fut abolie à la fin du troisième siècle de i’ère chrétienne. Les Romains n’y firent point frapper de monnaie d’or ; la collection des pièces en argent , en potin ou en bronze , est fort nombreuse; et la variété des dates et des revers les rend trèsutiles pour les recherches historiques.
Depuis les Romains, l’Égypte a connu toute sorte de monnaies , parce qu’elle a connu toute sorte de maîtres. .Scs monnaies nationales, en métaux divers, remontent au grand Alexandre, et finissent avec Dioclétien : on dit que la belle reine de Talmyre , Zénobie, s'attribua momentanément, eu Égypte , le partage de l'autorité impériale monétaire.
puant au calendrier, on sait, d’après son usage même dans les sociétés modernes, par quelle importance et quelle utilité est caractérisé ce simple tableau de la division légale du temps pour les usages civils. On pensa à un calendrier en Égypte , dès qu'on y pensa à quelque civilisation ; mais il ne reste point de traces authentiques de son institution première. Il est vraisemblable qu'elle manqua d’une base certaine, puisque l’exactitudedu calendrier dépend de la certitude avec laquelle on est parvenu, par des procédés très-compliqués, à déterminer la longueur réelle de l'année solaire, dont le calendrier ne doit représenter qu’une division exacte en parties ou périodes d'une durée également fixe. Il ne nous est parvenu sur l’Égypte qu’une vague notion sur une année civile de :i(>0 jours seulement, et sur une addition de cinq jours complémentaires, qui aurait été faite h ce premier nombre dès les plus anciens temps de l'histoire de l’Égypte; de sorte que l’usage d'une année de 365 jours est attribué à ce pays dès la plus haute antiquité.
Cette année était divisée en 12 mois de 30 jours chacun, suivis de 5 jours complémentaires ou épagoinénes ; mais cette période de 365 jours était réellement plus courte que la durée de l'année solaire, à peu près d'un quart de jour. Il en résultait que cette période rétrogradait sur la révolution solaire a peu près d'un jour tous les -I ans , d’un mois tous les 120 ans, et d'une année de 365 jours tous les 1460 ans.
Une telle institution aurait donc été erronée dans ses éléments, et il eu aurait pu résultcrdegraves perturbations dans les affaires generales , les pratiques du culte et les usages publics. Lie plus, elle ferait supposer que les Égyptiens furent peu avancés dans la physique générale, et ne possédèrent pas les pratiques fondamentales de l’étude du ciel , et la plus necessaire aux intérêts d’une nation civilisée.
Mais l'antiquité classique a de quoi nous rassurer sur ce point. Strabon disait que les prêtres de Thèbes laissaient pour être très-versés dans l'as-
tronomie et dans la philosophie. C’est d'eux , ajoutait-il , que vient l'usage de régler le temps, non d'après la révolution de la (une, mais d'après celle du soleil; ils ajoutent aux 12 mois de 30 jours chacun , cinq jours tous les ans; et comme il reste encore, pour compléter la durée de l'année, une certaine portion de jour , ils en forment une période composée d’un nombre rond de jours et d'années suffisants pour que les parties excédantes étant ajoutées, soient absorbées en un jour entier. Le même écrivain rapporte aussi que Platon et Eudoxe passèrent plusieurs années à Hétiopolis dans le commerce des prêtres de cette ville, qui s'adonnaient particulièrement à l'étude de la philosophie et de l’astronomie ; que ces deux voyageurs grecs obtinrent de ces prêtres, fort peu communicatifs d'ailleurs, la connaissance de quelques théorèmes; mais que ers prêtres laissèrent ignorer à l’Iaton et a Eudoxe, qu’ils ajoutaient aux 365 jours de l’année la portion du jour et ae la nuit nécessaire |>our la compléter, et que c’est par suite de cette réserve que les Grecs ignorèrent cette intercalation, jusqu'à ce que les astronomes plus modernes la connussent au moyen des traductions en langue grecque des livres égyptiens , où l'on puisait encore du temps de Strabon, ainsi que dans les écrits des (.huldéens.
On voit donc par ces témoignages formels , et malgré lo silence d'Hipparque, d'Éralosthenes et de Ptoléiiiec, au sujet des secours qu’ils ont trouvés dans les écrits des Égyptiens , que les prêlres astronomes d'Héliopolis et de Thèbes connaissaient la véritable longeur de l'année solaire de 365 jours et un peu moins d'un quart de jour ; ut sur d’autres témoignages non moins irrécusables, que le calendrier, tel qu’il fut institué en Égypte, et tel qu'il y fut en usage pendaut une longue série de siècles , ne donnait à l'année civile que 365 jours juste , sans aucune intercalation.
Toutefois il n’y a pas lieu ici d'accuser l'Égypte d'ignorance; les traditions
ÉGYPTE. ' Mo
historiques, au contraire, nous jiortent à croire que 1rs Egyptiens (ireut réellement connaître a’ la Grèce le quart de jour qui complète à peu près la révolution annuelle du soleil, quoiqu'ils n'en tinssent pas compte dans leur calendrier civil. On sait qu’il y avait eu Égypte des collèges de prêtres spécialement attachés a l’étuae des astres, et que Pythagore et les philosophes des générations suivantes étaient allés s'instruire parmi eux. Les écrivains grecs attestent que ces prêtres observaient régulièrement les solstices, dont la connaissance leur indiquait assez exactement le commencement de la crue du Nil. Hérodote n’hésite pas à assurer qu'ils savaient très-bien que la durée de leur année civile était plus courte que celle de l’année solaire , et qu’après un certain nombre de révolutions , ces deux années inégales recommençaient le même jour.
Nous devons donc nous représenter les sages de l'Égypte comme ayant des notions exactes sur la duree de l’année solaire, et neanmoins comme ne l’avant pas introduite dans l'institution du calendrier civil en usage dans l'empire égyptien ; ce calendrier sciemment irrégulier ne comptait que 365 jours complets , et rétrogradait ainsi presque d’un quart de jour chaque année sur la révolution solaire.
Ce fut ce calendrier qui fut seul en usage dans toute l’Égypte, dès les plus anciens temps auxquels ses annales peuvent remonter, et malgré les vicissitudes qui troublèrent à diverses époques l’ordre établi et les coutumes nationales de l'Égypte. L’usage de ce calendrier fut du nombre des institutions publiques que la politiqnc d’Alexandre ordonna de respecter; la puissance romaine se contenta de le modilier, mais en même temps elle l'adopta dans tous les actes de son administration qui intéressaient spécialement r Égypte.
Ce calendrier de 3CS "jours ne représentait qu’une année vague, et elle était ainsi appelée, parce qu'elle rétrogradait à chaque période sur la marche du soleil. les mois qui composaient cette
année se nommèrent : I*', Thoth; 2, Paûphi; 3, Athyr; 4 , Choïak ; 5, Tvbi ; C, Mécbir; 7, Phaménoth; 8, Pliarmoutlii; 9, Pachôm; 10, Payni; II, Kpiphi ; 12, Mésori; et iis étaient suivis des cinq jours célestes , ou jours épagomènes , désignés seulement par leur ordre numérique 1", 2*, 3*, 4* et 5'.
Nous avons reproduit sur notre planche 66 , n* C , la série des signes au moyen desquels ces noms des mois sont exprimés dans les inscriptions hiéroglyphiques. On doit remarquer d'abord que ces 12 noms se divisent en trois séries dont chacune est caractérisée par un signe particulier, surmonté de la figure du croissant de la lune renversé, et tracé 1, 2, 3 ou 4 fois. Ces trois séries qui représentent les 12 mois, nous prouvent que l’année égyptienne était partagée en trois saisons seulement, et ces trois signes de série indiquent en effet, le premier, la saison des plantes ou de la végétation; le second, la saison des récoltes ; et le troisième , la saison de l 'inondation, lin croissant au-dessus du premier signe dénote le premier mois de la saison de la végétation , ou le mois de thoth ; un croissant suivi du signe du nombre 4, désigne le quatrième mois de la même saison, ou le mois de choïak , et il en est ainsi des trois saisons et des douze mois.
Les jours épagomènes sont aussi indiques par un groupe dans lequel entrent les idées ciel et soleil, et les nombres 1,2,3, 4 , 5 exprimés par autant de chiffres détermines , donnent aussi le quantième de chacun de ccs jours.
Telle fut la notation graphique des noms des mois et des jours complémentaires du calendrier égyptien , découverte par Champollion le jeune qui b rendit publique en 1828.
Ce n’est pas ici le lieu de remonter à l’origine de cette division de l’année égyptienne en trois parties seulement , de'l20 jours chacune ; mais on ne peut omettre de faire remarquer que la périodicité du débordement annuel du Nil, et sa durée, partagent de la même
maniéré I année agricole. Au solstice d’été, le lleuve se gonfle, croît successivement, se déborde, s'abaisse ensuite, et se retire; on sème en octobre , et la germination s’opère ainsi 1 20 jours après le solstice ; c>st la durée de la saison de Vinondation. Après le même espace donné à la saison de la végétation, la récolte commence en mars, et une autre période de 120 jours ramène l’année au solstice où elle a commencé. La religion avait aussi consacré le calendrier civil ; les noms des mois étaient ceux de douze divinités ; chaque jour et chaque partie de jour étaient également mis sous une protection spéciale. C’est aussi par l’influence de ces mêmes idées nue l’on explique le long usage d’un calendrier civil aussi imparfait; et un auteur ancien affirme que l’usage de cette année vague fut religieusement conservé par les Egyptiens, vu que, par reflet de la rétrogradation annuelle, le commencement de l’année arrivant un jour plus tard tous les quatre ans , ce commencement se trouvait ainsi, dans une série connue d’années, tomber dans toutes les saisons ; toutes les fêtes religieuses attachées aux divers jours de l’année mobile v tombaient aussi successivement, et' les sanctifiaient tous. Il parait , enfin , que le collège des prêtres persista invariablement dans l’usage de cette espèce d’année , puisqu'il obligeait chaque roi, à son avènement, h s’engager, par un serment solennel , de maintenir l’année ainsi fixée , et de ne jamais y intercaler ni de jour, ni de mois; en un mot, de la maintenir telle qu'elle avait été réglée par les anciens.
La rétrogradation de l'année civile ou vague sur l’année solaire, a donné naissance à une période très-connue, des astronomes et des chronologistes , sous le nom de période soUiique, ou cynique f ou de 1400 ans ; et ces noms sont tires de ceux de l’étoile de .Sirius , ui est la principale de la constellation u chien ( cynos) , qu’on a nommée aussi sut/iis, et qui était, ixiur les Égyi>tiens, V étoile triais.
Or, pendant plus do trois mille ans
avant l’ère chrétienne, et quelques siècles après, cette belle étoile s’est levée le même jour Gxe, en Égypte ( parallèle moyen) , un peu avant le soleil (lever héliaque), et ce jour a été le 20 juillet de notre calendrier julien ; et , s’il est vrai , d’après certaines traditions , que les Egyptiens considérèrent ce lever liéliaquede l’étoile Sirius comme ayant présidé à l’origine du monde , et comme servant de signe dominateur dans l’organisation astrologique de l’univers , ils durent naturellement donner à ses phases une singulière attention. Mais, ce qui est plus certain encore, c’est que l'apparition matinale de cette étoile d’Isis , un peu avant le soleil , était religieusement liée, en Égypte, avec le premier jour du mois de thoth, qui était aussi le premier jour de l'année; et Champollion le jeune a recueilli de cette importante liaison , du lever de Sirius et du commencement de l'année , des témoignages que nous rapportons ici textuellement.
« Je l’ai observée, dit-il, dans le tableau astronomique sculpté au plafond de la salle du Rhamesséum (àThèbes), appelée le Promenoir, et qui date de la dix-huitième dynastie. Là , Sirius, ou Sothis, est désigné au-dessus du mois de thoth, sous la forme d'une femme coiffée de longues plumes , et portant le nom d’Isis -Thoth, accompagné, comme déterminatif, d'une étoile sculptée; c'est le nom égyptien de Sirius dans tous les monuments. Au plafond du tombeau de Ménepbtba I", plus ancien encore que le Rhamesséum , quoiqucpareillcment de la dix-huitième dynastie, la déesse Thoth porte en même temps le nom d 'étoile d’Isis. que toute l’antiquité nous atteste avoir été la désignation de Sirius chez les Égyptiens. Une autre preuve de cette relation se trouve encore dans la présence du même nom de Thoth, accompagné d'une étoile , .au-dessus de la vache couchée dans une barque avec une grande étoile entre les cornes, qui se voit dans les tableaux astrouoniiques d’Ombos , de Dendérah et d’Eshell.
Sur le zodiaque rectangulaire de l)cn-
ÉG Y PTE.
(lerah, la déesse qui est figurée en pied est appelée Isi.s- Thoth; la vache couchée est désignée par le même nom écrit à côte d’elle, et sur le zodiaque du petit temple au nord d'Ksneh, la déesse et la vache avec le nom de Thoth , sc trouvent ensemble dans un même bateau. Il n'est pas un monument astronomique égyptien qui ne confirme cette relation de l'étoile Isis avec le premier mois de l’année. »
Ce lever héliaqtic de Sirius, Sothis ou Isis-Thoth , était , en effet , un événement en Égypte ; il arrivait d'abord que cet astre cessait , pendant un mois et demi environ , d'être visible sur l'horizon , parce qu’il se levait et se couchait pendant le jour. On commençait ensuite à l'apercevoir à l'orient, un peu avant le lever du soleil , et les jours suivants il se montrait de plus en plus sur l'horizon avant la fin de la nuit. Ces premières apparitions de l'étoile d'Isis avaient lieu quelques jours après le solstice d’été , et elles concouraient exactement avec les premières crues du Nil. Cette étoile, par son lever, concourait donc avec le plus grand phénomène naturel de l’Égypte ,
I inondation; et l'on comprend' qu’il dut être observé tous les ans avec une inquiété exactitude. Ces observations firent bientôt connaître que ce lever ayant eu lieu , par exemple, le premier jour de l’année , le premier du mois de thoth , il n’était visible, quatre années plus tard , que le deuxieme jour du même mois; quatre ans plus tard encore, que le 3 . et qu'après 120 années, cette même apparition de Sothis n’arrivait plus que le premier jour du second mois de l'année, ün connut ainsi la cause véritalrie de ce retard apparent, des qu’on eut remarqué que l’année réglée par le calendrier civil ne renfermait que 365 jours, tandis que je lever héliaque de l'étoile n'arrivait qu'après 365 jours et j. On apprécia ainsi les causes de cette rétrogradation de l’étoile d’Isis sur le calendrier ; on détermina ainsi deux cs- |ièces d’années, l'une de 365 jours et j , qui fut appelée fixe, et l’autre de 365 jours seulement , nommée vague, puis-
que son premier jour arrivait successivement dans toutes les saisons de l'année ; on apprécia aussi cette rétrogradation, qui était d'un mois tous les 120 ans, et d'une année entière de 365 jours après 1460 années Axes. On trouva ainsi une période qui ramenait le premier jour de l’année vague au lever héliaque de l’étoile, ou à une année naturelle; alors le premier jour du premier thoth de l'année Axe correspondait au premier jour de l'année vague; les deux années avaient un point initial commun à toutes deux; et comme ce puint initial était le lever héliaque de cette étoile Sothis , on appela période sothiaque la scrie des 1460 années Axes et des 1461 années vagues après lesquelles les deux années recommençaient au même instant; car 1460 années de 365 jours et j renferment exactement le inètne nombre de jours que 1461 années de 365 jours; il y en a 533,265 dans chacune des deux séries.
Nous venons d'indiquer l’origine et la composition d’une période célébré dans l'antiquité et dans les ouvrages tnodernes , période incontestablement connue des prêtres de Tlièbes etd’Héliopolis , puisqu'elle n’est autre chose que la connaissance de l'année de 365 jours et £ , dans scs rapports avec le calendrier civil de l’Égypte ; et à l’égard de cette année Gxe , les témoignages d'Hérodote , de Strabon , et de Diouore de Sicile, déjà cités, ne sauraient être plus formels. Platon s’exprime en termes plus honorables encore pour les prêtres de l’Égypte : ils considéraient les astres comme les instruments du temps , et cherchaient la division et la mesure de toutes ses parties dans l'observation du ciel. Il parait aussi qu'ils connaissaient une période lunaire fort courte , composée de 25 années civiles qui formaient 309 lunaisons ; ils avaient aussi établi la période de sept jours, et une autre période de trente ans ou des grandes panégyries , plus religieuse peut-être que’ physique ou astronomique. I-es prêtres égyptiens connaissaient donc a la fois l’année vague ou sacrée, et
l’année fixe ou agricole, qui dépendait du retour périodique des équinoxes et des solstices.
La coïncidence du premier jour de l'année vague avec le premier jour de l'année fixé, coïncidence qui n'arrivait qu’après 1401 années vagues, lut une epoque mémorable dans les annales égyptiennes ; et si la science a pu déterminer le jour fixe, dans l'année julienne proleptique, où cette coïncidence, ce renouvellement des deux années a pu avoir lieu une seule fois , on a pu en déduire facilement tous les renouvellements précédents. C'est ce qui est arrivé en effet; on pouvait, il est vrai , déduire de ce qui a été exposé plus haut (surla coïncidence, pendant une suite de siècles bien plus longue que la durée d’une période sothiaque , du lever de Sotliis avec le 20 juillet julien), que bien certainement ce même 20 j illet avait été aussi un jour de coïncidence du 1e' thotb vague avec le t*r thotb fixe; mais les traditions écrites ne rendent pas même cette déduction necessaire: Üensorin, qui écrivait au troisième siècle de l'ére chrétienne, nous a dit de cette période sothinque tout ce qu'il fallait |K)iir la connaître exactement. Son origine , dit-il , se compte a partir de l’époque où le premier jour du mois de thuth vague coïncide avec le lever heliaque de Sirius, lever qui, pour l'Égypte, arrive ordinairement le 20 juillet. Censorin ne nous apprend jias en même temps à quelle ejioque remontent l’observation , la théorie et la conséquence de cette coïncidence , mais il nous instruit que la dernière a eu lieu le 20 juillet de l'année 139 de l’erc chrétienne. Ce fut doue là un renouvellement de lu période solhiaque ; •e renouvellement s'opéra le 20 juillet 130, et il suit que le précédent remontait au même jour de l'an 1322 avant Jésus-Christ. Ce renouvellement est , en effet , expressément mentionné par l’astronome Theon d'Alexandrie, comme un fait conservé par l'histoire.
On peut encore remonter u un renouvellement antérieur, et qui sera de l’année 2782; enfin , à un antérieur en-
core , celui de l’année 4242 , si les supputations égyptiennes paraissent jamais l’exiger.
Voilà donc les véritables éléments do la période sothiauue; leur détermination était du plus haut intérêt pour les lumières indispensables à l'histoire; car l'élément do cette période est une année entièrement conforme à notre année julienne; de sorte qu’un jourde cette périodeest, pour l'histoire, un jour du calendrier julien supposé en usage dans ces temps reculés; enfin, c’est à l’aide de cette même période que les innombrables dates historiques , exprimées selon le calendrier de l’année vague , sont rajqiortées à leur concordance avec l’année julienne, et sont ainsi revêtues d'une expression intelligible dans le style moderne et les supputations générales de l'histoire.
On a en effet dressé des tables de concordance des deux sortes d’aunées pendant toute la durée d’une période , et rédigé des méthodes piur traduire immédiatement, en style julien, les dates exprimées selon le calendrier vague dus Egyptiens. Le jour initial de ces tables est un 20 juillet répondant à un 1" thotb vague et à un 1" thotb fixe; et comme la rétrogradation annuelle n'était que d’un quart de jour, il en résultait que le I" tholh vague correspondait, pendant quatre ans, à ce I" thotb fixe et au 20 juillet; mais, dès la cinquième année, il y avait un jour complet de retard; eh conséquence, cette cinquième année vague commençait avec le 19 juillet et avec le cinquième jour épagomene fixe, et, de rétrogradation en rétrogradation, tous les jours de l’année fixe s’épuisaient par le cours entier de ce cycle, et le jour du renouvellement de la période arrivait. L’astronomie et l’histoire ont retiré de ces notions, trèssommaires ici , de grandes lumières et de grands services; mais la période solhiaque n’a jamais été employée comme cre chronologique.
Le calendrier vague subsista en Egypte durant un temps immémorial , et l'année, dont il était l’image, fut réellement adoptée pour établir une
ÉGYPTE
ère célébré, fréquemment nommée et employée comme ère chronologique, soit dans l'histoire des sciences, soit dans celle des hommes. Ce fut l’ère de Nahonassar, dont le premier jour fut le 1" thoth vague qui correspondit au 2fi février julien de l'année 747 avant Jésus-Christ. J.es anciens astronomes l'avaient adoptée, et l’un de ceux des temps modernes (Iiouilliaud) n'a pas hésité à en faire usage dans ses écrits, vraisemblablement parce que l'année égyptienne vague, qui réglé cette ère, étant composée d’un nombre fixe de jours sans fractions, les calculs en devenaient plus faciles, et aussi, peutêtre, parce qu'en se servant du calendrier vague égyptien, comme l’avaient fait Ptoiémée et ses devanciers, il lui était plus facile d'apprécier en jours l'intervalle qui séparait ses propres observations de celles des astronomes grecs qu’il étudiait. Sous les rois grecs d’Egypte, quoique d'origine macédonienne, le calendrier national fut conservé dans son intégrité : ainsi l’avait ordonné Alexandre.
Auguste en décida autrement. Après avoir corrigé les irrégularités de son calendrier, par les conseils et la science de Sosigéne d’Alexandrie, Rome l'imposa a I Egypte même, et un ordre du •ils adoptif de César arrêta tout court la marche paisible de l’année vulgaire en Egypte, et, de vague qu'elle était, cette année devint fixe au moyen d’une année de trois cent soixante-six jours tous les quatre ans, provenant de l'addition (Ton sixième épagomene aux cinq épagomènes de l’antique année civile de l' Egypte. Après l’occupation d’Alexandrie,’ Auguste abolit donc l’usage de l'année vague, et ordonna que cette année fixe iilt la seule admise daus les affaires publiques. A l’époque où cette institution, si nouvelle pour l’Egypte, fut établie, le t" thoth de l'année vague répondait au 29 août du calendrier julien, et, comme toute rétrogradation fut arrêtée par l’introduction du jour bissextile dans le calendrier égyptien, le premier jour de la nou velle année fixe égyptienne se trouva immuablement attaché à cc 29 août
romain ; de pins , les deux années étant conqiosees d’un nombre égal de jours , la concordance des jours des deux calendriers romain et égvptien fut aussi invariablement établie; le fr thoth répondait au 29 août,, le 2' au 30, le 3* au 3 1 , le 4’ au 1" septembre, et ainsi de suite, sauf l’exception temporaire qui résultait du bissextile romain et du sixième épagomène égygticn. Cette grande réforme s'opéra quand le 1“’ thoth vague répondait au 29 août, et les tables de concordance des deux années vague et fixe montrent que le 29 août julien répondait au t" thoth vague dans les années 25, 24, 23 et 22 avant l’ère chrétienne; ce fut aussi le temps ou le génie d’Auguste asserv it l’Egypte à l’autorité des armes romaines. Ces faits sont contemporains, et l’Égypte vaincue dut se prêter à consacrer celte innovation anti- nationale par une seconde non moins obséquieuse. L’époque de ces ordonnances romaines devint l'origine d’une ère chronologique, qui lut nommée l'cre d’Auguste. Dés cette époque l'année fixe, réglée par les rescrits impériaux, se trouve employée daus une foule d’actes publics où privés; clic le fut surtout a Alexandrie. Il est vrai que le reste de l'Egypte peut offrir quelques rares exemples de l’emploi de l'anuéc vague, que les astronomes, il est vrai, n'abandonnèrent jamais, comme on le voit par les précieux ouvrages de Ptolcmée et de Théou; mais l’eglise chrétienne d’Égypte adopta l’année fixe, et tel est encore aujourd'hui le calendrier légal parmi les Coptes; c’est encore cefui qu’on retrouve dans le texte des conciles (l’Orient; enfin, le précieux manuscrit chronologique, connu sous le nom d'Héinérolugc de Florence, a fidèlement représenté le tableau complet de la concordance du jour de ce calendrier de l’année fixe égyptienne avec le calendrier romain , et avec celui de plusieurs autres nations de l’Orient, des Syriens, des Tyricns, etc., qui avaient aussi, en ces anciennes coutumes , subi lejoug de la volonté romaine. Du reste, ce n’est qu’en Egypte qu’on trouve l’exemple de la duree, presque
infinie, d'un établissement tel que le calendrier national. Il subsiste encore, et les recherches de nos savants contemporains, fondées sur des faits astronomiques recueillis par Champolliou le jeune dans les tombeaux des vieux rois de Thèbes, en font remonter l'institution régulière à l’an 3285 avant l'ère chrétienne; il y a aujourd'hui plus de cinq mille ans.
Les monuments originaux qui servent de preuve à cette opinion remontent jusqu'au dix-huitième siècle avant cette même ère; les phases de l’année vague sont notées, écrites sur ces monuments. Ces notes, recueillies et publiées par le savant Français que je viens de nommer, sont, de l'avis de nos astronomes, les plus anciennes traces de division civile du temps et de numération qui nous soient parvenues des époques antiques. M. Iîiot en a développé la théorie et les conséquences dans un ouvrage spécial ; il y a reconnu la simplicité de la notation de l'année vague égyptienne sur ces monuments, simplicité telle, qu’elle n'a exigé que des yeux et de l’intelligence pour être établie; que sa contexture et la série des idées qu’elle exprime, se rapportant toutes aux phases, du Nil, montrent qu’elle est propre à l’Egypte, et qu’elle n’y a pas été importée de quelque autre’ pays, où elle aurait été usitée antérieurement; que cette notation était alors l’expression naïve, mais exacte pourtant et numérique, de la succession et de la durée des phénomènes que le débordement périodique du Nil amenait pour l’agriculture; que cette notation , constamment fidèle pendant tous les siècles qui l'ont employée , l’est aujourd'hui encore; et le savant géomètre, dont nous rapportons ici les propres paroles, en a conclu que, dans cet intervalle de cinq mille ans , le gonflement du Nil s’est opéré constamment à la même époque de l'année solaire, et qu'il a amene une masse moyenne d’ea il sensiblement égale, par les mêmes périodes d’accroissement et de diminution , puisque le débordement a duré et dure encore le même temps.
Il nous reste aussi quelques débris
du calendrier des fêtes religieuses de l’Egypte; le grand temple d’Ksneh nous en oflre un exemple, et on y lit encore l’ordre des principales fêtes célébrées dans ce magnifique édifice, en l'honneur de ses trois principales divinités, qui étaient Chnouphis, Néïth rt le jeune llaké. Il y est dit que le 23 du mois d’athvr oh célébrait la fête de la déesse. Tnébouaou , le 25 du même mois celle de la déesse Menhi (formes de Neïth), et le 30 celle d'isis, tertiaire de la même Néïth. I.e t" du mois de choïak , on tenait une panégvrie (assemblée religieuse) en l'honneur du jeune dieu llaké, et dans ce même jour la panégyrie de Chnouphis. Un autre article du calendrier sacré, sculpté sur l'une des colonnes du pronaos, porte ce qui suit : A la néomenie de choiak , panécyries et offrandes dans le temple de Chnouphis, seigneur d’F.sneh. On étale tous les ornements sacrés; on offre du pain, du vin et autres liqueurs, des bœufs et des oies; on présente des collyres et des parfums au dieu Chnouphis et à la déesse sa coin- ' pagne; ensuite, le lait à Chnouphis.
Quant aux autres dieux du temple, on offre une oie à la déesse Menhi, une oie à la déesse Néïth, une oie à Osiris, une oie à Kliem et à Tlioth, une oie aux dieux Phré, Atmou , Thoré, ainsi qu’aux autres dieux adorés dans le temple; on présente ensuite des semences , îles fleurs et des épis de blé, au seigneur Chnouphis, souverain d’F.snch, et on l'invoque en ces termes , etc. , etc. Le texte de cette prière solennelle est un précieux document de l'histoire mytliologique de l'Égypte.
Au palais de Médinet-Uabou , on trouve sur la muraille extérieure, au côté sud, sculpté en grandes lignes verticales, le calendrier sacré en usage dans cette magnifique habitation royale de Rhamsès-Meïamoun. Avec des fouilles, notre dernier voyageur français fit mettre à découvert toute la portion de ce calendrier sculpté, qui contient les mois de tlioth , paôphi , athyr, choïak et tybi , et vers l'extrémité du palais se voit aussi un article à la date du mois de pachôm, le neuvième de l'année. Ce
ÉGYPTE
précieux calendrier offre le tableau de toutes les fêtes de l'année, mois par mois; et, à la suite de l’indication de chaque fête, on a énuméré svnoptiquement la quantité et l'espèce des offrandes présentées dans chaque cérémonie.
On y lit : mois de thoth , néoménie (nouvelle lune, plus ordinairement le I" jour du mois), manifestation de l'etoile sothis ; l’image d’Amon-Ra , roi des dieux, sort procèssionnellement du sanctuaire, accompagnée par le roi Rhamsès , ainsi que par les images de tous les autres dieux du temple. = Mois de paôphi, le 19, jour de la principale panégvrie d’Amon-Ra, qm se célébré poinjieiisement dans Oph (le palais de Karnac); l’image d’Amon-Ra sort du sanctuaire, ainsi que celles de tous scs dieux synthrdncs; le roi Rhamsès l'accompagne dans la panégvrie de ce jour.
*= Mois cTattyr, le 26’, panégvrie de l’htath-Socharis; le roi accompagne l'image du dieu gardien du Rliamesseum de Meîamoun (le palais de Médinetllabou) de Thèbcs dans la panégvrie de ce jour, et cette panégyrie continuait encore le 27 et le 28 de ce même mois. On se fait une idée de ces cérémonies , a la fois civiles et religieuses, par la représentation de celle-ci , qui est le sujet des grands bas-reliefs supérieurs des galeries de l’est et du sud de la seconde courdu palais de Médinet-Habou.
Nous ajouterons, pour terminer ce qui nous restait à dire sur ce sujet, qu'on a recueilli en Égypte assez de renseignements pour restituer tout entier son calendrier civil et religieux; tableau imposant et légal des devoirs imposés, pour honorer les dieux, aux prêtres et aux citoyens d’un pavs où la croyance religieuse était aussi une loi de l’État.
Nous-avons réuni sur les planches 65 et 60 tous les exemples d’expressions graphiques nécessaires pour la connaissance des mesures, du calendrier et des dates, et tous ces éléments sont d un usage général et constant dans I étude de toute sorte de monuments, les mesures et les dates étant des notions du premier ordre dans la recherche des faits de l’histoire.
18* Livraison. ( Égypte. )
I.e sujet n» l de la planche 65 représente les neuf premiers doigts de la coudée égyptienne, c’est-à-dire, deux palmes et un doigt de la grandeur de I original ; mais if ne faut pas oublier que ces coudées en bois ou en pierre, trouvées dans les tombeaux, u’étant que des simulacres de ces mesures, et non pas des étalons absolus , on ne doit pas y chercher une longueur exacte du type légal, ni une scrupuleuse division de toutes ses parties. On remarquera donc seulement ('ensemble de cet instrument et ses principales parties ; mais I uniformité de tous les simulacres connus, sauf quelque différence dans le texte de leurs inscriptions funéraires, nous autorise à croire qu’ils représentent exactement la forme générale des mesures usuelles.
Ij religion nationale se montrait partout en Éjjypte, et toutes les divisions et subdivisions des mesures publiques étaient placées sous l’invocation d’une divinité : ainsi on voit sur le modèle que nous reproduisons (n° t ,pl. 65) que chaque doigt de la coudée porte, dans la figne supérieure, le nom ou l« symbole d’un dieu; le 1", de droite à gauche, est le soleil; le 2*, Thméï ou la justice; le 5*, Osiris; le 6', Tsis ; le 7* Anubis, etc.
Dans la ligne au-dessous est la désignation d’abord de la mesure ellemême, coudée royale, et de ses principales parties.
Les chiffres et les traits perpendiculaires qui sont plus au-dessous , indiquent la division en doigts ; et , de plus, les subdivisions du doigt lui-même, de droite à gauche, en moitié , en tiers , en uart, en 5', G*, 7”, 8*, 9* et 10” de oigt, subdivision qui est portée jusu’a la 1 6* partie du doigt dans les couées originales. Tous ces détails de la coudée portent sur notre planche 65 le n« t.
Par les chiffres suivants , on désigne tous les signes d’écriture nécessaires pour exprimer les divisions du temps et les dates; le signe figuratif du soleil se trouve dans tous, parce que la division du temps était fondée sur la marche de cet astre, qui fait aussi le
jour et la nuit; le n* 2 est le signe de Xheure, et de l’heure de la nuit, particulièrement caractérisée par l’étoile; le signe n° 3 signiiie un soleil, c’està-dire, un jour; le n° 4, caractérisé par le croissant lunaire renversé, exprime l'idée mois; le signe du soleil précédé de la branche du palmier, arbre qui , selon Horapollon, poussait chaque année une de ses branches, exprime l'idée année f le signe n* 0 est le sceptre des panégyrtes, auquel est suspendu le simulacre d’une grande salle hypostyle , où se tenaient les grandes assemblées politiques et religieuses, à des époques déterminées, et qu’on appelait panégyries : ce sceptre est extérieurement dentelé, et chaque cran y indique une année ; le groupe qui porte le n° 7 est un exemple de l’emploi des signes précédents; ils sont tirés d’une stèle funéraire, et indiquent la durée exacte île la vie du défunt, qui vécut : années, 77; mois, 9; jours, 20.
Les chiffres de cette date sont en écriture hiéroglyphique. Le tableau complet des signes de cette écriture , suffisants pour exprimer, par de faciles combinaisons, tous les nombres, depuis un jusqu'à un million, et au delà, est exposé sur notre planche G6 (tableau A). Le tableau B présente les chiffres hiératiques et les chiffres démotiques. La connaissance de ces trois classes de chiffres est indispensable pour rétude fructueuse des monuments égyptiens; car il y a peu d'inscriptions dans lesquelles ôn ne trouve ou des nombres ou des dates , qui sont exprimés sur les monumcntsdela sculpture, en chiffres hiéroglyphiques (tableau A) ; sur les manuscrits provenant des temples , en chiffres hiératiques (tableau B) ; et sur tous les contrats, lettres et autres écrits des particuliers, en chiffres démotiques (meine tableau R). On voit que ce système numérique n’était pas arrivé à’Ia perfection du système des modernes, quoique certains signes aient des formes semblables, et la lecture de ces signes était aussi embarrassée que leur expression graphique. La série des chiffres hiératiques abonde en singularités de cet ordre; on y lit en effet, de
droite à gauche, un, deux, trois, quatre, truis-deux (cinq), trois-trois (six), trois-quatre (sept), quatre-quatre (huit), neuf, dix, di.r-un (onze), dix-deux (douze), dix- trois (treize), dix-quatre (quatorze) , dix-t rois-deux (quinze), dix-trois-trois (seize), dixquatre-trols (dix-sept), dix-quatrequatre (dix-huit), dix-neuf (dix-neuf), dix-dix (vingt) , double-dix-un (vingt et un), double -dix-deux (vingt -deux), double-dix-trois (vingt-trois) , doubledix-deux-deux (vingt-quatre) , doubledix-trois-deux (vingt-cinq), doubledix-trois-trois (vingt-six), double-dixquatre-trois (vingt-sept), doub/e-dixqualre-quatre (vingt-huit), double-dixneq/ïvingt-neuf), trente.
A l’exception de quelques variétés de forme dans les signes, le système démotique se produit par les mêmes combinaisons. On trouve de ce dernier système graphique numérique un trèsgrand nombre d’exemples dans les contrats très-fréquemment découverts en Égypte , et dont les dates , exprimées au moyen de ces chiffres, sont d’un intérêt supérieur pour l’histoire; et ce grave motif est plus que suffisant pour assurer à cet ex|»osé, malgré la minutie des détails, l’attention bienveillante du lecteur.
Elle sera attirée non moins vivement sans doute par le tableau C des signes hiéroglyphiques destinés à désigner chacun des douze mois de l'année; ils sont répartis en trois saisons : la première est celle de la végétation , figurée par un sol planté d’arbres et de fleurs. Ce signe de saison est surmonté du croissant lunaire renversé, répété jusqu’à trois fois , ou bien accompagné des chiffres exprimant les nombres I, II, III, IIII, ce qui fait lire les signes: première lune (ou premier mois) de la végétation, seconde lune, etc. Cette notation des mois est uniforme, pour chacune des deux autres saisons ,’ et le cinquième groupe de notre tableau se lira, d’apres le même principe: première lune ou premier mois de la saison des récoltes; enfin, le neuvième groupe, où le signe figuratif de l’eau est trois fols répété, se lira également pre*
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ÉG Y PTK.
uiière lune ou premier mois «le la saison de r inonda lion. On voit à côté de chaque groupe le nom de eliaque mois du calendrier. Enfin, ou nommait les cinq jours célestes les cinq jours épagomcnes qui terminaient et complétaient l'année vague égyptienne. On voit sur notre planche, a la suite des signes des mois, le signe des jours épagomènes ou célestes; le chiffre qui termine ce groupe indiquait assez clairement si le jour noté était le premier ou le cinquième.
Nous ne saurions trop nous arrêter ici sur une singularité que présente un tel calendrier, qui sera sans doute remarquée par nos lecteurs , et laissera dans leur esprit quelques doutes sur la régularité des rapports d'une année vague de sa nature avec les signes de ses divisions tirés de la révolution solaire ; car le sens des caractères solaires des mois ne pouvait sç raccorder avec l’état physique de l'Égypte que pendant de courtes périodes «pii ne se renouvelaient qu’à de grands intervalles. Mais la science sait tirer de telles données, des faits utiles à son histoire, et qui font disparaître en même temps d'un tel état de choses toutes les apparentes anomalies.
Terminons sur cette importante matière , en rappelant que Hérodote avait appris que , chez les Égyptiens , eliaque mois de l’année et chaque jour du mois étaient placés sous la protection d'un personnage divin qui y présidait, et en ceci , on trouve l'intime rapport de toutes les institutions égyptiennes avec les croyances religieuses.
On ne pouvait manquer de reconnaître encore en ce (ioint , par les témoignages des monuments, la véracitéd'Hérodote. Deux tableaux sculptés, l’un dans le temple d'Edfou, l'autre au Rhamesseum dcThèbes, sont composés chacun d'une série de personnages mythologiques, mâles ou femelles, et leur ligure est accompagnée de leur nom, qui est un des douze groupes connus comme étant Jes noms des mois du calendrier. Dans les deux tableaux , les personnages sont indentiques, ou par leur forme même, ou
par leurs emblèmes , et ils sont figurés dans faction de marcher. Dans le tableau du Uhamesseum de Thèlies, qui date du règne de Sésostris, les mois ne figuraient que comme une portion seulement d'une vaste composition à la fois astronomique et religieuse.
On s’est donc attaché à l’exacte détermination de tous ces personnages emblématiques , et il a été possible d’y discerner ceux qui personnifient les douze mois, au moyen des noms propres et des attributs particuliers qui les accompagnent. C’est cet important travail que Champollion le jeune entreprit avec une attention et une patience que soutenait la conviction de l'utilité des résultats qu’il en tirerait; il expliqua donc ces noms, caractérisa les attributs qui les accompagnent, et parvint à classer les douze personnages des mois dans la série hiérarchique des divinités égyptiennes. Jl étudia a fond tous les attributs physiques , afin de mettre en évidence tous leurs rapports avec les phases de l'année solaire qui correspondent aux saisons où ils sont placés ; il parvint jusqu’à déterminer et faire reconnaître dans ces mystérieuses compositions les personnages représentatifs des deux solstices et de l'equinoxe du printemps. La place de ces personnages dans la série des mois correspond d’une manière précise à la distribution de ces phases de l’annee solaire dans les plus anciens temps de l’histoire; et cette série de notions scientifiques fut complétée par une détermination non moins exacte des jiersonnages qui , dans ces tableaux si éminemment historiques , représentent les jours et les heures; il en rechercha ensuite les traces antiques, afin de remonter, s'il est possible, à l'origine de l'institution dont ces tableaux rendent témoignage : il rétrograda ainsi de monument 'en monument jusqu'au 15 paôphi de la 40" année du règne d'Osortasen I", qui est du XXI* siècle avant l’ère chrétienne, et il ajoute à la suite ces graves paroles : « Cette date prouve que cette notation égyptienne des divisions du temps était déjà en usage alors, et rien n’autorise a
supposer qu'au XXI* siècle avant l’ere chrétienne ce système de notation fllt nouveau ou récemment introduit.
Plusieurs monuments témoignent en faveur d’une opinion toute contraire à une telle supposition; mais l'époque de ces monuments , bien certainement antérieurs à la XVII* dynastie , reste encore incertaine, ou se"|>erd dans les ténèbres des temps primitifs. •
Nous abrégeons ici l’analyse de ce grand travail sur le calendrier égyptien ; ce que nous venons d'en dire suffira à l’ensemble de notre plan.
N’oublions pas, toutefois, d’ajouter ces mémorables paroles d’un de nos plus habiles astronomes, M. Biot, qui a dit : « La notation de l’année vague que Champollion le jeune nous fait connaître est peut-être le plus ancien monument de temps et de numération qui soit resté dans la mémoire des hommes. • (’.’est donc toujours l’Égypte qui fut la primitive école de la science et celle de toute civilisation.
S xtx. RELIGION.
En écrivant ces premières lignes sur une des plus importantes institutions de l’antique Égypte, nous nous rappelons, sans le vouloir, ces paroles tirées d’un des anciens livres philosophiques égvpgtiens, attribués à Hermès : ■ O Egypte, Égypte, y est-il dit, « un temps viendra où , au lieu d'une <■ religion pure et d’un coite pur , tu
• n’auras plus que des fables ridicules, « incroyables à la postérité, et qu’il ne » te restera plus que des mots gravés « sur la pierre , seuls monuments qui
• attesteront ta piété. »
Le temps et les malheurs qui frappèrent l’Égvpte réalisèrent aussi cette fatale prophétie, et les peuples lettrés que 1’Egvpte éduqua, se chargèrent à l’envi de lui prêter les plus ridicules croyances, les plus monstrueuses pratiques.
Selon quelques écrivains grecs ou romains , l’adoration des animaux et de certaines productions de la terre était un des préceptes de la religion égyp-
tienne. Les premiers voyageurs grecs, témoins des cérémonies du culte , n’en comprirent pas l'expression emblématique, et nen virent que la partie matérielle. D’après le rapport de quelques-unes de ces mêmes cérémonies avec les phénomènes célestes, ils jugèrent que cette religion était toute astronomique , et cherchèrent à interpréter par ce moyen tous les mythes sacrés, même les plus opposés dans leurs sources et dans leur motif réel ; des suppositions astronomiques, il n’y avait qu’un pas aux rêveries astrologiques, et on ne se lit faute d’en doter la sagesse égyptienne. Les monuments publics de’ l’Égvpte démentaient hautement toutes ces suppositions , mais les voyageurs etrangers en ignoraient le langage et l’interprétation; les suppositions les moins fondées, les moins raisonnables s’accréditèrent ainsi , ré- |>étées par quelques écrivains de l’antiquité, et ceux des temps modernes ont encore ajouté à toutes ces erreurs par des suppositions nouvelles, non moins hasardées que celles dont ils sc faisaient les bénévoles plagiaires.
C’est sur de si incertains témoignages que les anciens philosophes égyptiens, instituteurs d’une des plus illustres nations qui aient jamais existé , ont été déclarés ignorants de la divinité, enfoncés dans les ténèbres du polythéisme, n'adorant que des agents matériels, en un mot, aveugles , impies, et athées pour tout dire.
Quelques philosophes cependant, plus disposés à bien voir , animés de uelque impartialité, et plus capables e serieuses études , approchèrent peu à peu de la vérité, et furent ainsi récompensés de la fatigue de leurs veilles. Porphyre osa affirmer que les Égyptiens ne connaissaient autrefois qu’un seul dieu ; Hérodote avait dit aussi que les Thébains avaient l’idée d’un dieu unique qui n’avait pas eu de commencement, et qui était immortel; lamblique, très-curieux scrutateur de la philosophie des anciens siècles, savait, d’apres les Égyptiens eux-mêmes, qu'ils adoraient iiu dieu maître et créateur de l'univers , supé-
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rieur à tous les éléments , par lui-même immatériel, incorporel, mcréé, indivisible, invisible, et tout par lui-même et en lui-même , et qui , comprenant tout en lui, communiquait a tout; et la doctrine symbolique, ajoute le philosophe que nous citons , nous enseigne que par le grand nombre des divinités elle ne montra qu'un seul dieu , et, par la variété des pouvoirs émanés de lui, l'unité de son pouvoir. C'est ainsi que parlaient les philosophes égyptiens eux-mêmes, et qu'ils s'exprimaient dans leurs livres sacrés.
Un tel témoignage a une tout autre autorité que les plaisanteries des satiriques anciens ou modernes; et l'élude récente des ouvrages mêmes des Égyptiens, les tableaux religieux qui couvrent leurs monuments, et les textes écrits qui en donnent l’interprétation , ont ratilié enfin l'opinion des |iersonnes de bonne foi que n'offensc pas l’antiquité de la raison humaine, et qui 11e réservent pasorgueilleuscment pour leur siècle et pour leurs amis, les révélations de l’esprit et les plus nobles inspirations de l'âme.
Quelques mots peuvent suflire pour donner une idée vraie et complète de la religion égyptienne : c'était un monothéisme pur, se manifestant extérieurement parmi polythéisme symbolique, c’est-à-dire , un seul dieu dont toutes les qualités et les attributions étaient personnifiées en autant d’agents actifs ou divinités obéissantes.
Dans cette religion antique, comme dans toutes celles de l’ancien monde, on remarque trois points principaux , savoir : le dogme , ou la morale ; la hiérarchie, indiquant le rang et l’autorité des agents; enfin le culte, ou la forme de ces agents , et las cérémonies sacrées pratiquées en public ou dans le secret du sanctuaire.
Le premier point, à l'égard des Égyptiens , est clairement établi par les faits et l'opinion des hommes les plus distingués, et il est très-vrai que les Égyptiens s'étaient élevés, par leur pensée et la longue observation de la nati.'rc, à l' idée de l'unité de Dieu , de l'immortalité de l'âme, et d'une autre
vie qui serait celle des peines ou des récompenses.
Le second point peut se résumer par ces paroles de Cliampollion le jeune, écrites en la contemplation des monuments mêmes qui avaient si vivement éclairé son esprit dans la recherche studieuse des traces de la philosophie égyptienne.
« C'est dans le temple de Kalabschi, en Nubie (qu'il visitait le 27 janvier 1829) , que j’ai découvert une nouvelle génération de dieux , et qui complète le cercle des formes u’Amon, point de départ et point de réunion de toutes les essences divines. Amon- Ra, l 'être suprême et primordial, étant son propre père , est qualifié de mari de sa mère (la déesse Mouth), sa portion féminine renfermée en sa propre essence à la fois mâle et femelle, AfoivtOxîtu; : tous les autres dieux égyptiens ne sont que des formes de ces deux principes constituants , considérés sous différents rapports pris isolément. Ce ne sont que de pures abstractions du grand (Ire. Ces formes secondaires, tertiaires, etc., établissent une chaîne non interrompue qui descend des cieux, et sc matérialise jusqu’aux incarnations sur la terre, et sous forme humaine. La dernière de ces incarnations est celle A' Horus , et cet anneau extrême de la chaîne divine forme, sous le nomd’Horammon, l’n des dieux, dont Amon-Horus (le grand Amon, esprit actif et génér.v teur) est l’A. Le point de départ de la mythologie égyptienne est une triade formée des trois parties d' Jmon-Ha , savoir : Amon (le mâle et le père), Mouth (la femelle et la mère), et Khous (le fils enfant). Cette triade s'étant manifestée sur la terre , se résout en Osiris, Isis et Horus. Mais la parité n’est pas complète, puisque Osiris et Isis sont frères. C’est à K.alabschi que j’ai enfin trouvé la triade finale, celle dont les trois membres se fondent exactement dans trois membres de la triade initiale : Horus y porte en effet le titre de mari de la mère ; et le fils qu’il a eu de sa mère , et qui se nomme Malouti ( le Mandat U
L’UNI V KRS.
dans les Proscynéma grecs ) , est le dieu principal de Kalabschi, et cinquante bas-reliefs nous donnent sa généalogie. Ainsi la triade finale se formait d’Horus, de sa mère Isis et de leur fils Malouli , personnages qui rentrent exactement dans la triade initiale, Amon, sa mère Moût et leur fils Klions. Aussi J Malouli était-il adoré à Kalabschi sous une forme pareille à celle de K lions , sous le même costume , et orné des mêmes insignes ; seulement , le jeune dieu porte ici de plus le titre de Seigneur de Talmis, c’est-à-dire de Kalabschi, que les géographes grecs appellent en effet Talmis, nom qui se retrouve d’ailleurs dans les inscriptions des temples. »
Ainsi l’ensemble du système de la hiérarchie religieuse égyptienne était composé d’une série de triades, diversifiées sans être isolées, s'enchaînant les unes aux autres par des alliances collatérales attentivement constituées, et chaque temple de l'Égypte était spécialement consacré à une de ces triades.
Chaque nome ou province avait sa triade ; et celle qui était adorée dans le temple de la capitale d’un nome, était aussi l’objet du culte public dans tous les temples des autres lieux du même nome ; chaque nome ayant ainsi , on pourrait dire, un culte, particulier voué à trois portions distinctes de l’être divin , lesquelles avaient leurs noms et leurs formes spéciales.
Quelquefois un grand édifice était consacré, divisé conventionnellement en deux portions, à deux triades en même temps ; ainsi le grand temple d’Ombos, dont les ruines ont encore un aspect très-imposant , était occupé par deux triades, et chacune d’elles résidait dans une moitié de l'édifice divisé longitudinalement. De ces deux triades . l'une cstcomposée des divinités Scvek-Ra (la forme primordiale de Saturne , Kronos), a tête de crocodile, de Hathôr, la Vénus égyptienne, et de leur fils Khons-Ilôr ; Vautre comprend Aroëris, la déesse Tsonénoufré et leur fds Pncvtho.
D’autres divinités étaient en même temps adorées dans un même temple pour des motifs particuliers : c’étaient des divinités synthrônes auxquelles on adressait des prières et des offrandes après avoir fait ce qui était dd à la Triade.
Par une déférence toute politique, la divinité principale d’un nome était adorée comme divinité synthrône dans le nome le plus voisin. Des règles fixes et conformes avaient établi ces préséances, et elles sont assez certaines pour aider l’arebéologue à reconnaître, aux tableaux religieux qui subsistent encore dans les ruines des édifices, quelles divinités y furent adorées en première ou en deuxième ligne.
Ainsi, au petit temple de Thèbes situé derrière l'Aménophium , et dans un lieu solitaire dénué de toute végétation , les tableaux qui ornent le bandeau de la porte du propylon , représentent Ptolemée Soter II1 faisant des offrandes, du côté droit, à la déesse Hathôr (Vénus) et à la grande triade de Thèbes , Amon-Ra, Mouth et Chons; du côté gauche , à la déesse Thmé ou Thémeï (la vérité ou la justice, Thémis ) et à une triade formée du dieu hiéracoeéphale Mandou , de son épouse Ritho et de leur fils Harphré. Ces trois divinités, celles qu’on adorait principalement à Hermonthis, occupent la partie du bandeau dirigée vers cette capitale de nome.
Ces courts détails suffisent, lorsqu’on est un peu familiarisé avec le système de décoration des monuments égyptiens , pour déterminer avec certitude, 1» à quelles divinités Ait spécialement dédié le temple auquel ce propylon donne entrée; 2* et quelles divinités y jouissent du rang de synthrônes; et il devient ici de toute évidence qu'on adorait spécialement dans ce temple le principe de beauté confondu et identifié avec le principe de vérité, de justice , ou, en termes mythologiques , que cet édifice était consacré à Ta déesse Hathôr, identifiée avec la déesse Thméî. Ce sont, en effet, ces deux déesses qui reçoivent les premiers hommages de Soter II*; et comme l’c-
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tiificc faisait partie üe Tlièlies et avoisinait le nome d'Hermonthis, on y offrait aussi , d’après une règle de saine politique, des sacrifices en l'honneur de la triade thébaiue et de la triade bermonthite. La suite de la description de l’intérieur de ce temple n’est pas étrangère à notre sujet : elle nous montre en réalité des laits et des coutumes religieuses dont la description, plutôt qu'un exposé détaillé, peut être agréable au lecteur.
Les adorations pieuses figurées sur le propylon de ce temple sont répétées sur la porte du temple proprement dit, qui s'ouvre par un petit péristyle que soutiennent des colonnes à chapiteaux ornés de fleurs de lotus et de noupes de papyrus combinées ; les colonnes et les parois n'ont jamais été décorées de sculptures. Il n'en est point ainsi du prouaos, qui est formé de deux colonnes etdedeux piliers ornés de têtes symboliques de la déesse Hathùr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fût des colonnes représentent des offrandes faites a cette déesse et à sa seconde forme Thmeï, ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou, Tmouth, et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hathùr, adorée par le roi Ptolémce-Épiphane , sous le règne duquel a été faite la dédicace du monument, comme le prouve la grande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos , et dont voici la traduction qui n'est que la formule ordinairement adoptée pour les dédicaces des temples.
( Partie de droite. ) Première ligne.
• Le roi (dieu Épipliane que Pljtali- Tlioré a éprouvé , image vivante d'Amon-Ra), le chéri des dieux et des déesses mères, le bien-aimé d’ Amon- Ra, a fait exécuter cet édifice en l’honneur d’Amon-Ra, etc., pour être vivifié à toujours. »
( Partie de gauche. ) Première ligne.
« Le fils du soleil (Ptoléméc toujours vivant, dieu aimé de Phtah), chéri des dieux et des déesses mères, bieuaiiné d'Hathôr, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de sa inère, la rectricc
de l’Occident , pour être vivifié à toujours. »
La reine Cléopâtre est aussi associée à cette dédicace, dans la suite de cette inscription.
Ces textes justifient entièrement ce que nous venons de dire, d’après les sculptures du propylon , relativement aux divinités honorées dans ce temple.
Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade formant le fond de ce même pronaos, appartiennent tous au règne d'Épipnane. Tous se rapportent aux déesses Hathùr et Tbméï , ainsi qu'aux grandes divinités de Thèbes et d’Hermontis.
On a divisé le naos en trois salles contiguës; ce sont trois véritables sanctuaires: celui du milieu, ou le principal, entièrement sculpté, contient des tableaux d'offrandes à tous les dieux adorés dans le temple, les deux triades précitées, et principalement aux déesses Hathùr etThméî, qui paraissent dans presque toutes les dédicaces du sanctuaire, inscrites sur les frises de droite et de gauche au nom de Ftolémée-Philopator.
• L’Uorus, soutien de l’Égypte, celui qui a embelli les temples comme Tliùtli deux fois grand , le seigneur des panégyrics comme Phtah , le chef semblable au soleil, le germe des dieux fondateurs, l'éprouvé par Phtah, etc. ; le fils du soleil , Ptoléuiée toujours vivant, bien-aimé d’Isis, l’ami de son père (Philopator), a fait cette construction en Vhonueur de sa mère Hatliôr, la rectrice de l'Occident. »
C’est à la déesse Hathùr qu’appartenait plus spécialement le sanctuaire de droite; cette grande divinité y est représentée sous les formes variées, recevant les hommages des rois Philopator et Épipliane ; les dédicaces des frises sont faites au nom de ce dernier.
Le sanctuaire de gauche fut consacré à la déesse Thméï, la Dicè et l’Alétè des mythes égyptiens; aussi, tous les tableaux qui décorent cette chapelle, se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité
dans l’Amenthi, les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.
Le grand et magnifique temple d’Edfou était consacre à une autre triade composée, 1° du dieu Har-Hat, la science et la lumière célestes personnifiées; 2° de la déesse Hatliôr ou Vénus; 3° de leur (Ils llarsont-Tho (l’Horus soutien du monde , qui est à peu près Eros ou Amour des mythes de la Grèce). Ces trois divinités' sont figurées dans les tableaux sculptés à Edfou, avec des qualifications, des titres et sous des formes qui jettent un grand jour sur plusieurs parties importantes du système théogonique égyptien. On y voit aussi, représentés sur quatorze bas-reliefs dans l’intérieur du pronaos, le dieu Har-Hat identifié avec le soleil, ainsi que son lever et son coucher comme cet astre , et ses formes symboliques à chacune des douze heures du jour : et cet ensemble de représentations à la fois mythologiques et symboliques , doit être d'un grand secours pour la connaissance de la petite portion de la religion égyptienne à laquelle il se mêlait quelques idées astronomiques.
Le grand temple d’F.snéh était dédié à l’une des plus grandes formes de la divinité, à Chnouphis, qualifié des titres NF.v-F.v-Tiio-ssK , seigneur du paysd'Esnéh, esprit créateur de l’univers, principe vital des essences divines , soutien de tous les mondes, etc. A ce dieu sont associés la déesse Néith représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de Menhi, Tntbouaou, etc., et le jeune Hâké, représenté sous la forme d’un enfant ; ce qui complète la triade adorée à Esnéli.
C’était a ces trois personnages qu'étaient consacrées les principales fêtes et panégyries célébrées annuellement à Esnéh.
Le temple de Dakkèh , l’ancienne Pselcis, en Nubie, présente un double intérêt sous le rapport mythologique ; il donne des matériaux infiniment précieux pour comprendre la nature et les attributions de. l’être divin que les Égyptiens adoraient sous le nom de Thoth ( l’Hcrmès deux fois grand ) ;
une série de bas-reliefs offre , en quol-
3ue sorte, toutes les transfigurations e ce dieu. On l’y trouve il abord (ce qui devait être) en liaison avec /tarifât ( le grand Hermès Trismégiste) , " sa forme primordiale, et dont lui, Thôth, n’est que la dernière transformation , c’est-à-dire , son incarnation sur la terre à la suite d’.fmou- Ha et de Mouth incarnés en Osiris et en Isis. Thôth remonte jusqu'à 17/ermès céleste (Har-Hat), la sagesse divine , l'esprit de dieu , en passant par les formes; I •> de /'<iA<7no»p (celui dont le cœur est bon); 2“ d’ .trihosnofri on Àrihosnoufi (celui qui produit les chants harmonieux); 3° de Aïeul ( la |>ensée ou la raison) : sous chacun de ces noms Thôth a une forme et des insignes particuliers, et les images de ces diverses transformations du second Hermès couvrent les parois du temple de Dakkèh. On y voit aussi ce Thoth (le Mercure égyptien) armé du caducée, c’est-à-dire , le sceptre ordinaire des dieux , entouré de deux serpents et d’un scorpion.
A Beit-Oually , les sculptures du spéos sont en grande partie religieuses. Ce monument était consacre au grand dieu Amon-lta et à sa forme secondaire Chnouphis. Le premier de ces dieux déclare plusieurs fois, dans ses légendes, avoir donné toutes les mers et toutes les terres existantes à son fils Chéri, " le Seigneur du monde (Soleil gardien de justice), Rhamsès (II"). »
Dans le sanctuaire, ce pharaon est représenté suçant le lait des deesses Anouké et Is’is. « Moi qui suis ta mère, la dame d'Éléphantine , dit la première , je te- reçois sur mes genoux , et te présente mon sein pour que tu y prennes ta nourriture, ô Rhamsès! » • Et moi , ta mère Isis, dit l’autre déesse, moi, la dame de Nubie, je t’accorde les périodes des panégyries (celles de trente ans) que tu sucés avec mon lait et qui s’écouleront en une vie pure. »
Nous avons déjà rappelé une liste des dons et des grâces accordés par plusieurs divinités à lin roi qu'elles déclaraient prendre sous leur protection spéciale.
KG Y PTK.
On trouve dans quelques temples des tableaux représentant des dieux secondaires venant adorer le grand être Amon-Ra, en compagnie même des rois. Ainsi au Rhamttseum de Tlièbes, dans une pièce voisine de la salle hypostvle, et qui était dans la partie privée de ce palais, destinée à l'habitation de la race royale, on reconnaît le sanctuaire spécial du grand dieu de Thèbes.
f,es bas-reliefs sculptés sur les parois, à la droite et à la gauche de la porte, représentent quatre grandes barques ou bari sacrées, portant un petit naos sur lequel un voile semble jeté, comme pour dérober à tous les regards le personnage qu’il renferme. Ces bari sont portées sur les épaules par vingt-quatre ou dix-huit prêtres, selon P importance du maître de la bari. Les insignes qui décorent la proue et la poupe des deux premières barques sont les têtes symboliques de la déesse Mouth et du dieu Chons, l’épouse et le fils d’Amon-Ra; enfin , la troisième et la quatrième portent les têtes d’un roi et d’une reine, coiffées des marquesde leurdignité. Ces tableaux, comme l’apprennent les légendes hiéroglyphiques, représentent les deux divinités et le couple royal venant rendre hommage au père (les dieux, ■imon-lla. qui établit sa demeure dans le palais de Rhamscs le Grand. Les paroles que prononce chacun des visiteurs ne laissent d’ailleurs aucun doute à cet égard : « Je viens , » dit la déesse Mouth , rendre hommage « au roi des dieux, Amon-Ra, modé- » rateur de l’Égypte, afin qu’il accorde * de longues années à son fils qui le chérit, le roi Rhamsès. »
■ Nous venons vers toi , dit le dieu «Chons, pour servir Ta Majesté, ô « Amon-Ra, roi des dieux! Accorde « une vie stable et pure à ton fils qui « t’aime, le Seigneur du monde. »
Le roi Rhamscs dit seulement : « Je ■ viens h mon père Amon-Ra, à la « suite des dieux qu’il admet en sa pré- « sence à toujours. ■
Mais la reine Nofré-Ari , surnommée ici Ahmosis (engendrée de la lune), exprime ses voeux plus positivement; l’inscription porte : « Voici ce que dit
« la déesse épouse, la royale mère, la
• royale épouse, la puissante dame du « monde, Ahmosis-Nofré-Ari : Je viens
• pour rendre hommage à mon père « A mon. roi des dieux; mon coeur est
joyeux de tes affections (c’est-à-dire, « de l’amour que tu me portes); je suis « dans l’allégresse en contemplant tes « bienfaits. O toi, qui établis le siège « de ta puissance dans la demeure de « ton fils le Seigneur du monde, Rharn- «sès, accorde-lui une vie stable et » pure; que ses années se comptent par « périodes de panégyries ! »
Il existe encore aux environs de Médinet-Habou , à Thèbes, un édifice de petites proportions et qui n’a pas été termine. La dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Éver~ gèle II, et sa sœur la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice, et l’ont consacré a leur père, le dieu Thôth, ou Hermès Ibiocéphale.
C'est le seul des temples encore existants en Égypte qui soit socialement dédié au dieu protecteur des sciences , à l’inventeur de l’écriture et de tous les arts utiles, en un mot à l'organisateur de la société humaine.
On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle, et surtout celles du sanctuaire. On l’y invoquait sous son nom ordinaire dé Thôtl, que suivent constamment soit le titre sotf.m qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification lloen-flib, c'est-à-dire, qui aune face d'ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu , sculptées dans ce temple , empruntent la tête, ornée de coiffures variées.
On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Nahamouo, déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure, et l’image d’un
fietit propylon s’élevant au-dessus de a coiffure’ symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thûlh, qui, d’après son nom même, parait avoir présidé à la conservation des germes , l’assimilent à la déesse
Saschfmoué , compagne habituelle de Thôlh, régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.
Le bandeau de la porte qui donne entrée dans la dernière salle du temple, le sanctuaire proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant l’tolémée taisant de riches offrandes , d'abord aux grandes divinités protectrices de Thèbes, A mon- Ha, Mont h et Chons , généralement adorées dans cette immense capitale , et en second lieu aux divinités particulières du temple, Thôlh et la déesse Nakamouo.
bans l’intérieur du sanctuaire , on retrouve les images de la grande triade thébainc, et même celles de la triade adorée dans le nome d’Hermonthis ui commençait à une courte distance u temple. Deux grands tableaux, l'un sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche , représentent , selon l’usage, la bari ou Arche sacrée de la divinité à laquelle appartient le sanctuaire. L'Arche de droite est celle de Tbôth-I’eho-KN-Hib ( Thôth à face d’/bis ) , et l’Arche de fauche, celle de Thôth Psotkm (Thôth le surintendant des choses sacrées). L’une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes décorées de têtes d’épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu Chons, le fils aîné d’Amon et de Mouth, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n’est qu'une forme secondaire.
Un autre petit temple de Thèbes, situé au sud de l'enceinte fortifiée nommée improprement Hippodrome, et qui est de l’epoqtie romaine, sert a démontrer la réalité de l’usage qui a été plus haut mentionné, sur les divinités particulières à chaque nome; et l'ancienne division géographique de l'Égypte tire parfois de' ces données d'utiles renseignements.
Les salles intérieures de ce petit temple sont couvertes de tableaux qui, presque tous, surtout ceux du sanctuaire, appartiennent à l'époque d 'Hadrien. Ce successeur de Trajan comble de dons et d'offrandes les divinités adorées dans le temple; et à
côté de chacune de ces images, on a répété les mots : l'empereur César Trajan-Haifrten.
« Quatre grands bas-reliefs super-
Sosés deux à deux couvrent la paroi u fond du sanctuaire. Les deux basreliefs supérieurs représentent l’empereur Hadrien , costumé en liis aîné d'Amon, adorant une déesse coiffée du vautour, emblème de la maternité, et surmonté des cornes de vache, du disque et d’un petit trône. Ce sont les insignes ordinaires d'tsis, et la légende sculptée à côté des deux images de la deesse , porte en effet : Isis la grande, mère divine qui réside dans la montagne de l'Occident. Les bas-reliefs intérieurs nous montreot le même empereur présentant des offrandes au dieu Mont h ou Manthou, le dieu éponyme d'Hermonthis , et au roi des dieux Amon-Ra , le dieu éponyme de Thèbes.
« Ainsi , ce temple fut consacré à la déesse Isis , puisque ses images occupent sans partage la place d'honneur au fond du sanctuaire; au-dessous d’elle paraissent les grandes divinités du nome de Thèbes et du nome Hermanthite , dieux synthrônes , adorés aussi dans ce même temple. Mais le dieu Manthou, occupant la droite, quoique tenant dans ces mythes sacrés un rang inférieur à celui du roi des dieux Amon-Ra, qui occupe ici la gauche, il devient certain que le temple d'isis, situé au sud de l'Hippodrome, dépendait du nome d'Hermonthis et non du nome Diospolite, puisque le dieu Nandou reçoit immédiatement après Isis et avant Amon-Ra , dieu éponyme de Thèbes , les adorations de l’empereur Hadrien.
«Ainsi la divinité locale, celle que les habitants de la bourgade du nome Hermonthile, qui exista jadis autour du temple, regardaient comme leur protectrice spéciale , fut la deesse Isis, qui réside dans Ptôou-eji-emïrt ( ou la Montagne de l’Occident ) ; et cette qualification nous paraît analogue aux titres Hitem l’selk, résidant à Pselchis; Hitem Manlak, résidant à i’hilæ ; Hitem Souan, résidant
ÉGYPTK.
à Syène ; HUem Ebôu , résidant à Eléphantine ; HUem Stic, résidant à Latoiiolis ; t/item F.bdt, résidant à Abyuos , etc. , que reçoivent constamment Thôtli, Isis, Clinouphis, Satc, Keith, Osiris, etc., dans les temples que leur élevèrent ces anciennes villes, placées sous leur protection immédiate.
« Les bas -reliefs sculptés sur les parois latérales et sur la porte du sanctuaire, ainsi que ceux qui décorent la porte extérieure du naos, et les restes du grand propylon, représentent aussi l’empereur Otlion ou ses successeurs, faisant des offrandes à Isis, déesse de la montagne d’Occident, en même temps qu’aux dieux synthrônes Manthou et Jiit/io, les grandes divinités du nome Hermontliite. De semblables hommages sont aussi rendus aux dieux de Tlièbes, Amon-Ra, IMouth et Liions, suivant l'usage établi d’adorer à la fois dans un temple d’abord les divinités locales, ensuite celles du nome entier, et enlin un dieu du nome le plus voisin :
comme pour établir entre les cultes particuliers de chacune des préfectures uc l’Égypte, une liaison successive et continue qui les ramenait ainsi à l’unité. Tous les temples de l’Égypte et de la Nubie offrent les preuves de cette pratique, motivée sur de graves considérations d'ordre public et de saine politique. » ( Lettres de ChampoUion jeune. )
Et l’époque où ce temple fut élevé ne doit en rien diminuer l'autorité des données qui en ont été si évidemment tirées : la perpétuité des usages et des croyances de l’ancienne Égypte, durant sa plus mauvaise fortune, est mise hors de doute par une foule de monuments, et il est reconnu que les temples élevés sous la domination des Grecs ou des Romains ne sout que des reconstructions des édifices pharaoniques , et qu’elles étaient consacrées aux mêmes divinités. C’est ainsi qu’il y a eu a Tnimis trois constructions successives du même temple dédié au dieu Malnu/i j une sous les pharaons et du règne d'Aménophis II, successeur de Moeris; une du temps des Ptolémées,
et la dernière, le temple actuel qui n’a jamais été terminé, sous Auguste, Caîus Caligula et Trajan; et la légende du dieu Malouti, dans un fragment de bas-relief du premier temple, employé dans la construction du troisième, ne diffère en rien des légendes les plus récentes. Ainsi donc, le culte local de toutes les villes et bourgades de la Nubie et de l’Égypte n’a jamais reçu de modification; ou n’innovait rien, et les anciens dieux régnaient encore le jour où leurs temples ont été fermés par le christianisme. Les dieux de l’Égypte ‘ s’étaient aussi, en quelque sorte, partagé l’Égypte et la Nubie, constituant ainsi une espèce de répartition féodale. Chaque ville avait son patron ; Chnoupliis et Saté régnaient a Élépliantine, a Syène et à Béglié, et leur juridiction s’étendait sur la Nubie entière; Pliré, à lbsamboul, à Derri et à Amada; Plltah, à Ghirsclié; Anouké, à Maschakit; Tliôth, le surintendant de Clinouphis sur toute la Nubie, avait ses fiels principaux à Ghebel-Addeh et à Dakkè; Osiris était seigneur de Dandour; Isis, reine, à Phiïæ; Hatliôr, à lbsamboul, et enlin Malouli, à Kalabschi. Mais Amon-Ra règne partout et occupe la droite des sanctuaires.
Il en était de même en Égypte, et l’on conçoit que ce culte partief ne pouvait changer, puisqu'il était attaché au pays par toute la puissance des croyances religieuses. Du reste, ce culte, pour ainsi dire exclusif dans chaque localité, ne produisait aucune haine entre les villes voisines, puisque chacune d'elles admettait dans son temple (comme synthrônes), et cela par un esprit de courtoisie très-bien calculé, les divinités adorées dans les cantons limitrophes. Ainsi on voit à Kalahschi les dieux de Ghirsclié et de Dakkè, au midi; ceux de Déboud, au nord, occultant une place distinguée; à Dchoud, les dieux de Dakkè et de Philæ; à Philæ, ceux de Déboud et de Dakkè, au midi; ceux de iiéghé, d’Élepliautinc et de Syène, au nord; à Syène enfin, les dieux de Pliilai et ceux d'Ombos.
Ce que nous venons d'exposer si sommairement sur un sujet aussi
L’UN IV ÉRS.
étendu que l'exposé de la religion d'un peuple éclairé, donnera, nous l’espcrons , une idée suffisante de l'objet réel des temples égyptiens, tous consacrés à une triade, diflércnte dans chacun; et ces trois dieux, le père, la mère et leur lils, n’étaient que la personnification, à des degrés différents dans la hiérarchie, des trois agents immédiats du rand être, qui occupaient le premier egré de l'échelle des puissances et des générations; car l’ordre hiérarchique était fondamentalement réglé et déterminé par l’ordre généalogique.
Il y avait donc des triades pour toutes les régions du monde. Kn ce point, le ciel et la terre avaient reçu une organisation identique, et l'autorité comme le rang diminuaient à mesure que le dieu s'occupait plus directement des affaires terrestres. Osiris, Isis, llorus, formaient la triade à laquelle était commise la conservation de l'ordre dans le monde sublunaire; ils étaient, en quelque sorte, le dernier anneau de cette grande chaîne théogoniquc qui embrassait l'univers entier, et qui , de triade en triade, remontait à Amon-Ra, le grand être, le père des dieux, le créateur de toutes choses. Osiris, Isis et leur fils llorus , devaient donc être plus habituellement l’objet de l’adoration et des prières des hommes ; ils étaient en Égypte comme les dieux populaires ; leurs "noms ont dd l’être aussi; et les foules incultes qui s’introduisirent, des diverses parties de l’ancien monde, dans les cités égyptiennes, ne purent y apprendre que lés noms et les idées religieuses répandus parmi la population égyptienne qu’ils purent fréquenter, et ce fut toujours celle du dernier rang. On voit donc pourquoi les noms de ces trois divinités du dernier ordre sont parvenus jusqu'à nous, comme étant les plus connus populairement, et ont été répétés d’âge en âge par l’antiquité classique , qui ne s’éleva pas , dans ses incomplètes remarques sur la religion égyptienne, au delà de ces noms et de ces pratiques populaires. Il n’en est pas moins certain que Osiris , Isis , Horus , qui étaient, un pourrait dire, les dieux les plus à la portée de l’ignorance et
de la misère humaine, et quoique occupant presque la dernière place du système religieux, n’y perdaient rien en puissance ni en dignité; Horus enfin devenait à son tour le chef d’une triade , c’est-à-dire, qu’il en faisait partie comme père, Isis comme mère, Malouli comme fils, et, par cet extrême anneau de la chaîne des êtres divins, Horus, qui n’était que la dernière incarnation d’Amon, le grand être, sc rattachait à cette puissance suprême et rentrait en elle-même, pour que ce même être fût tout en lui-même, le commencement et la fin.
C’était comme pour retracer le mythe de la personnification de la triade, qu’on élevait, à côté de chaque temple, un autre petit édifice, auquel on a donné le nom de Mammisi. Des petits temples de ce genre existent a Hermonthis , à Philæ, à Omhos; et il devait en subsister un semblable auprès de chaque grand temple, pour l'histoire mythologique de la triade qu’on y adorait. A Hermonthis, par exemple, le mammisi qui a été construit sous le règne de la dernière Cléopâtre , Bile de Ptolémée-Aulétès , est une conimémoraison de la grossesse de cette reine, et de son heureuse délivrance de Ptolémée - Cæsarion , fils de Jules-César.
La triade de ce temple était composée du dieu âlandou, de la déesse Ritho, et de leur fils Ilarphré ; les trois |iersonnages royaux sc substituent symboliquement aux trois divinités dans les scènes figurées sur les bas - reliefs de l’édifice.
La cella du temple est en effet divisée en deux parties : une grande pièce (la principale), et une toute petite, tenant lieu ou la place du sanctuaire.
On n’entre dans celle-ci que par une petite porte; vers l’angle de droite, toute la paroi du mur de fond de cette petite piece (laquelle est appelée te lieu rie l'accouchement, dans les inscriptions hiéroglyphiques) est occupée par un bas-relief représentant la déesse Ritho , femme du dieu Mandou , accouchantdu dieu Harphrt. La gisante est soutenue et servie par diverses déesses du premier ordre : Y accoucheuse dl-
ÉGYPTE
rine tire l’enfant du sein de la inèrc ; In nourrice (Urine tend les mains pour le recevoir, assistée d'une berceuse.
Le père de tous les dieux , Ammon , (Amon-Ra) , assiste au travail , accompagné de la déesse Soven , l’Ililthya , la I. urine égyptienne, protectrice des accouchements. EnOn, la reine Cléopâtre est censée assister à ces couches divines, dont les siennes ne seront ou plutôt n’ont été qu'une imitation. L’autre paroi de la chambre de l’accouchée représente l’allaitement et l’éducation du jeune dieu nouveau-né ; et sur les parois latérales sont figurées les 12 heures (lu jour et les 12 heures de la nuit, sous la forme de femmes ayant tin disque étoilé sur la tête. Le tableau astronomique du plafond pourrait bien n’étre que le thème natal de cet Harphré , ou mieux encore celui de Cæsarion , nouvel llarphré.
En sortant de la petite chambre pour entrerdans la grande , on voit un vaste bas-relief sculpté, sur la paroi , à gauche de cette principale piece ; il représente la déesse Kitho, relevant de couche , soutenue encore par la Lucine égyptienne Soven , et présentée à rassemblée des dieux ; le père divin , Amon-Ra, lui donne affectueusement la main comme pour la féliciter de son heureuse délivrance, et les autres dieux partagent la joie de leur chet.
Le reste de cette salle est décoré de tableaux dans lesquels le jeune Harphré est successivement présentéà Ammon , à Mandou son pere , aux dieux P h ré, l’htah, Sev (Saturne) , etc. , qui l'accueillent en lui remettant leurs insignes caractéristiques , comme se démettant , en faveur de l’enfant , de tout leur pouvoir et de leurs attributions particulières : et Ptolémée-Cacsarion , a face enfantine , assiste à toutes ces présentations de son image, le dieu llarphré , dont il est le représentant sur la terre. Tout cela est de la flatterie sacerdotale , mais tout à fait dans le génie de l'ancienne Égypte , qui assimilait ses rois à sesdieiix. Du reste, toutes les dédicaces et inscri plions i ntérieures et extérieures du temple d’Hermonthis, sont faites au nom de ce
Ptolémée-Cæsarion et de sa mère Cléolâtre. Il n’y a donc point de doute sur e motif de’ sa construction. Il est vrai que les colonnes de l’espèce de pronaos qui le précède n’ont point toutes été sculptées ; le travail est demeuré imparfait , et cela tient peut-être au motif même de la dédicace du temple : Auguste et ses successeurs , qui ont terminé tant de temples commencés par les Lagides , ne pouvaient être trèsempressés d’achever celui-ci, monument de la naissance du lils même de Jules-César, roi enfant dont ils ne respectèrent gucre les droits.
A Ombos, le grand temple était consacré à deux triades; le petit temple était aussi un double mammisi, où sont représentées la naissancede Kons- Ildr, (ils de Serak-lla et d’Hathôr; et celle de Pnevtho, lils de Aroèri et de la déesse Tsoncnoufré. On trouve aussi , dans l’existence de ces monuments, la preuve presque superflue du maintien de l'ancien culte égyptien sous les dominations étrangères en Élgvpte. Si l’on cherchait un très-ancien exemple d’un mammisi, on le trouverait au rxtlaisde Louqsor, où, dans deux des salles decevasteedilice eleve par le roi Amenophis-Memnon.de la X VI ll'dynastie, on remarque une série de bas - reliefs relatifs à la personne même du fondateur, et à sa naissance. On y a successivement représenté: le dieu Tluilh annonçant à la reine Tmauhemva , femme du pharaon Thoulltmosis IVe , qu'Ammon générateur lui a accorde un lils. — La même reine, dont l'état de grossesse est visiblement exprimé , conduite par Chnouphis et llathôr (Vénus) vers la chambre d'enfantement (le mammisi ); cette même princesse, placée sur un lit, mettant au monde le roi Amrnophis ; des femmes soutiennent la gisante , et des génies divins, rangés sous le lit , élèvent l'emblème de la vie vers le nouveau-né. — La reine nourrissant le jeune prince. — Le dieu Nil peint en bleu ( le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en rouge (le temps de {'inondation), présentant le petit Améoophis, ainsi que le petit dieu llarka et autres eu-