‹ L'UniversChapitre 27 sur 42 · L’UNI · texte numérisé non relu

L’UNI

contraire, portant 5 .six le nombre des règnes de cette dynastie, vont inscrit les noms des rois Pasteurs occupant l’Égvpte de fait en l'accablant de calamites, et qu’ils ont ainsi abandonné a l’oubli les noms et les actions des souverains de la race égyptienne, qui ne cessèrent de lutter contre les barbares, et qui, après deux siècles et demi de combats, purgèrent enfin le sol de la patrie de ces immondes vainqueurs.

La surprise que cette remarque a fait naître cessera en se rappelant l’origine de ces abréviateurs de Manéthon et de leurs li stes. Le plus ancien de tous est le Juif Josèphe; il considérait les Pasteurs comme les ancêtres de sa nation ; il les inscrivit de préférence dans sa liste des rois d’Égypte; il en rejeta les Pharaons, les véritables rois; et les chroniqueurs venus après Josèphe ont copié ses listes, quoique étrangers a des intérêts, à des préjugés, et à des prétentions que l’histoire n’a pu justifier.

Il en est tout autrement dans la table d’Abydos et dans les autres monuments de la piété des rois et des peuples de l’Égypte : immédiatement avant le prénom royal du premier

firiiice.de la XVI II* dynastie, on trouve es cartouches de six Pharaons de la XVIP. Dans les monuments égyptiens, les Pasteurs ne sont rappelés que sous des formes propres à entretenir la haine universellement vouée h cette race d’impurs, la véritable plaie de l’Égypte.

On compte 3ix règnes de Pharaons entre la mort de Timaos et l’expulsion des barbares; ces Pharaons formèrent la XVII* dynastie qui régna 260 ans. Le cartouche du premier roi est le premier, de droite à gauche, de la ligne intermédiaire de la table d’Abydos; d’autres monuments ont fait connaître la légende entière de ce roi; i) se nommait Aménemdjôm.

Plusieurs stèles, dont quelques-unes sont peintes, et d’autres se distinguent par une exécution soignée, portent des dates tirées du règne de ce roi. Une de ces stèles est datée de l’an 3. et le roi Aménemdjôm Ier, et un Osortasen,

VF. Il S.

l’un et l’autre de la XVII* dynastie, sont mentionnés dans les inscriptions de ce monument. D’autres stèles portent des dates de la 3", de la H*, de la 19*, et de la 29* année du règne de cet Aménemdjôm, qui est le 11* de ce nom. A Beni-Hassao-el-Qadim, la légende entière du même roi se trouve deux fois dans les inscriptions du tombeau de Névôtli, avec la date de l’an 9 de son règne; enfin on voit au mutée de Genève une autre stèle qui est relative à une campagne entreprise par ce même roi, en l’an 19 de son règne, contre les Éthiopiens. Dès les antiques époques , les ennemis les plus menaçants pour l’Égypte furent a ses frontières du midi : a chaque régne, on voit se renouveler les tentatives pour les repousser ou les contenir ; Aménemdjôni U eut aussi ce devoir a remplir; la durée du régné de ce roi , le premier de la XVII* dynastie, fut au moins de 29 ans.

Il eut pour successeur un autre Osortasen, qui fut ainsi Osortasen IL ■Son prénom est , sur la table d'Advdos , à la gauehe de celui de son prédécesseur ; trois autres monuments contemporains font connaître son nom propre, écrit des mêmes signes que celui du premier Osortasen. On a vu au inusée du Louvre une jolie statuette de ce roi , eu cornaline, avec cette inscription : le roi Osortasen, fils du roi Amcuemdjôi». Une belle stèle en calcaire blanc porte In date de la 2* année de son règne. Les tombeaux de Beni- Hassan renferment aussi la légende entière de ce roi ; un scribe royal présente a son supérieur une tablette dont l'inscription porte la date de l’an « du règne d'Osortasen II : ce règne eut donc au moins cette durée.

Il paraît toutefois qu’elle fut courte, car Osortasen U eut pour successeur son frère, qui porta aussi le nom d'Osortasen. Son cartouche prénom est à son rang dynastique sur la table d’Abydos, et la légende entière de ce roi existe encore sur un grand nombre de monuments contemporains. Dans I inscription de l’un d’eux, les signes du cartoucbt’-prénom sont précédés dtt

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titre de fils de roi. C’est dans la Nubie principalement que les souvenirs d'Osortasen in se sont conservés sur les monuments. Dans le temple de Semné , au-dessus de la seconde cataracte, la légende de ce Pharaon est sculptée dans le sanctuaire , et les tableaux qui ornent ce lieu représentent le roi adoré en même temps que le Nil; ce qui a fait supposer, non sans vraisemblance, que ce souverain était le roi Nilus des Historiens; on le voit, en effet, adoré comme une divinité, et placé parmi les dieux, dans une des stèles sculptées à Mnschakit, lieu situé au sud d’ibsamboul. Dans le même temple de Semné, le roi Mœris, de la XVIII* dynastie, rend ses hommages au dieu Nil et à Osortasen 1 II en même temps.

Un autre bas-relief du même temple représente ce même roi portant les titres : Ije fils du soleil gui l’aime, Osortasen vlvifcateur, et ligure en pied, revêtu du costume d'Osiris, et assis dans un naos sur la barque du soleil; enfin une inscription du même temple prouve que cet édifice fut dédié au dieu Nil et au roi Osortasen divinisé , circonstances plus que suffisantes pour que cette communauté d'adorations et d'hommages ait établi une communauté de dénomination entre le dieu et le roi. Ce prince n’a pas été oublié dans la table royale de Karnac à Tlièbes; on y lit son nom au rang

Î[ui lui était assigné. On ignore quelle ut la durée de son règne.

Ce successeur d’Osortasen III fut un autre Amènemdjôm, le III’ de ce nom; et si nous avons oublié de le faire, c’est à l’occasion des princes ui viennent d’être nommés , que nous evons rappeler l’usage adopté de toute antiquité en Égypte, et dont les monuments égyptiens de tous les temps fournissent des exemples , celui de donner habituellement le nom du grand-père au petit-fils ; c’est pour ce motif sans doute que les Osortasen et les Amènemdjôm se succèdent si régulièrement dans la liste des princes de la XVI' et de la XVII* dynastie. Ce prénom d’Amèncmdjôm III se trouve sur beaucoup de monuments ; dans la

table d’Abydos comme dans celle de Karnac , sur une stèle funéraire de lu bibliothèque royale, un amulette en terre émaillée de la galerie de Florence, et une autre stèle où se lit la date de l'an 2ô de ce roi. D'autres monuments encore , revêtus du plus haut caractère historique, concourent à compléter ces données sur cet ancien Pharaon , et ne permettent pas de douter qu'il ne fût resté le maître des possessions égyptiennes en Arabie. I)e riches mines de cuivre existaient à El- Magarah , dans cette province; Sabout-el-Kadim y était également situé ; et l'on a retrouvé dans ces deux lieux des stèles sculptées sur les ro chers mêmes , et qui portent des dates des années 3, 31 ,41, 42 et 44 du rogne d’Amènemdjûm III.

On ne connaît de son successeur, après son prénom royal inscrit à son rang dans les tables royales d’Abydos et de Karnac, que quelques monuments isolés , sur lesquels ce mémo prénom est figuré, deux scarabées, et une stèle funéraire qui existe à Paris.

Mais aucun d’eux ne nous donne ni le nom que porta ce roi , ni la dureo de sou régné; espérons dans les monuments pour faire cesser notre ignorance.

Le sixième roi de la XVII* dynastie se nomma Ahmôs ( le fils du dieu Lune), dont les Grecs ont fait Amosis; son prénom .signifiait le soleil seigneur de la vigilance. Avant de dire comment il justifia ce beau titre, et accomplit les devoirs qu’il lui imposait envers sa patrie, revenons aux Pasteurs que nous avons laissés maîtres de Memphis, soumettant toute la contrée à leur brutale autorité, et régularisant en quelque sorte Nbdieux exercice de leur pouvoir, en déférant à l'un de leurs chefs , à Salathis , le titre de roi.

Tout ce que nous savons de ses successeurs dans la lignée des barbares, c'est leurs noms et la durée de leurs régnés , grdee a la vaniteuse attention de Josèphe pour ces étrangers qu’il voulait bien considérer comme scs ancêtres en Israël. Il nous en donne cette

liste : après Salatliis qui régna 19 ans, les Pasteurs eurent pour chefs Koeon , 44 ans; Apachnas, 36 ans 7 mois; Apopliis,6l ans; Anan, 50 ans I mois; Assès ou Assètli , 49 ans 2 mois ; total , pour le règne des 6 rois pasteurs , 259 ans 10 mois.

On ne doit chercher ni dans les manuscrits ni dans l’histoire de l’Égypte, les noms ou les actions de ces prétendus rois, d’origine inconnue: il ne resta d’eux , dans le pays , que la haine profondcqui anima , à toujours, toutes les classes. Ils n'édifièrent rien; l'écriture sacrée ne pouvait pas conserver leurs noms sur le frontispice des temples, ils rejetèrent la religion nationale; ni sur les palais, ils habitaient les camps et détruisaient les cités. Ils permettaient la culture des champs, afin d'en tirer des tributs onéreux au peuple asservi, mais suffisants pour l'entretien de l’armée, les besoins des chefs , et les exigences de la guerre.

C’est donc un fait d’une grande singularité, que le nom d’un des rois pasteurs se trouve dans un texte égyptien, écrit à la gloire d’un des Pharaons, proche descendant de celui qui les chassa; le nom d’Apophis , tracé dans le cartouche consacré , et précédé du cartouche» prénom dont le premier signe est aussi le disque du soleil , se trouve dans un manuscrit en écriture hiératique , relatif au règne et aux victoires de Sésostris.

Josèphe convient que tous ces rois nouveaux ne cessèrent de ravager le pays par leurs incursions et leurs pillages , s'efforçant avec persévérance de détruire la race égyptienne tout entière. Il avoue aussi que la première syllabe du mot /lyksos par lequel on les désignait, exprltiie, en langue égyptienne, l'idée de captif; et la vérité dé'cette étymologie (*) indique, sans nul doute, que cette dénomination , inodifiéepar Josèphe en celle de Pasteur, leur fut donnée jiar les Égyptiens. Manéthon, à qui l'historien des Juifs emprunte ces curieuses données , ajoute , selon le même liis-

(•) ?||K , ru égj ptien , signifie, en effet, ké, •Haché, captif.

toricn , qu’en effet c’est à l’état de captif qu’on avait üguré ces étrangers sur les temples des dieux en Égypte:

l'étude des monuments confirme pleinement l'assertion de Manéthon; la ligure des Pasteurs enchainés y fut très- fréquemment reproduite par la peinture et la sculpture : c’était une idée nationale que le gouvernement s'appliquait à entretenir dans toutes les classes ; toutes avaient sous leurs yeux des tableaux multipliés des actions les plus funestes à leurs intérêts : les femmes et les hommes trouvaient partout cette leçon sous leurs yeux.

Ce fut aussi durant le règne de ces étrangers que Joseph , fils du patriarche Jacob, parut en Égypte , d’abord comme esclave acheté par un des principaux officiers du rot , et successivement comme intendant de la maison de cet officier; ensuite condamné aux fers comme ravisseur; plus tard, honoré comme devin interprète des songes, et enfin premier ministre et favori du roi.

D’après le texte de la Rible , qui contient la naïve narration de la vie ou de la légende de Joseph , les marchands ismaélites qui l'avaient acheté de ses malheureux frères, l’emmenèrent en Égypte, et le vendirent a un Égyptien nommé Putiphar. Ce nom, ramené à sa véritable orthographe, Pétiphrê , est en effet un nom égyptien qui signifie celui qui appartient à Piiré ( le dieu soleil) , et il est analogue à d'autres noms égyptiens, tirés aussi de ceux de divinités, tels que Pet-Ammon , et Pet-Isis. On sait comment , par la malice de la femme de Pétcphré, Joseph , investi d’abord de la confiance entière de ce chef des troupes égyptiennes, fut bientôt après jeté dans une prison, où, comme par l’effet d’une certaine prédestination au gouvernement des hommes, le geôlier lui remit une partie de son autorité et la surveillance de tous les autres prisonniers. Parmi eux se trouvaient le pannetier et le sommelier du roi: ils eurent des songes , Joseph les expliqua , et les prédictions de Joseph se réalisèrent.

r.io

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Deux années après , le roi d’Égypte eut aussi des songes , que ses devins ni les savants du roi n’expliquèrent pas. Sur l’avis du pnnnctier, qui avait été réintégré dans sa charge , comme Joseph l’avait prédit , le jeune Hébreu fut tiré de la prison; et, après lui avoir coupé les cneveux et changé d’ha* hit , on le conduisit auprès du roi. Joseph expliqua ses songes , et n’épargna pas au Pharaon de sages conseils : ■ Il faut, lui dit-il, que le roi donne à un homme habile et probe l'administration du territoire de l’Égypte; que ses délégués dans toutes les" provinces lèvent , pendant les sept années de fertilité qui vont se succéder, un cinquième des récoltes ; que ces approvisionnements soient fermés dans les greniers publics , et qu’ils y restent, dans toutes les villes , sous l'autorité royale : on préparera ainsi les ressources nécessaires contre les sept années de stérilité qui doivent frapper l’Égypte. » Ce conseil plut au Pharaon ; et" ce roi fut assez heureusement inspiré pour confier l’exécution de ce sage dessei n à l’homme qui l’avait conçu. Il donna à Joseph I administra tion'supérieurede l'Égypte; lui remit l’anneau royal , le revêtit de la tunique de byssus, et du collier d’or ; changea son nom hébreu en celui de sauveur du monde , selon la langue égyptienne ; le présenta au peuple, assis a” ses côtés dans son char royal , et le maria avec la fille d’un prêtre d’Héliopolis, nommée Asséneth , autre nom égyptien d’une étymologie trèsrégulière. Josepii , qui était d’une belle figure et d’une physionomie agréable, avait 30 ans quand il fut conduit auprès du roi : il se passa à peine un jour entre son abjecte prison et son élévation à la plus éclatante fortune.

Les écrivains grecs , commentateurs de la Bible , et parmi eux les plus savants , reconnaissent unanimement

Îue les malheurs et le triomphe de oseph en Égypte se passèrent pendant le règne du roi Apophis, le quatrième de la XVIIe dynastie, de celle des Pasteurs, qui avaient fait de Memphis le lieu de (a résidence royale. Ces mêmes écrivains fixent il la 17' année

du règne d’Apophis l’élévation de Joseph au gouvernement de l’Égypte.

Les dates historiques , tirées des monuments originaux précédemment exposés, nous paraissent convenir avec ces mêmes indications : nous devons au lecteur de le rendre juge de ce sentiment.

Selon le tableau des dynasties égyptiennes , qui se trouve a la page 269 de ce précis, la 17* année du règne d’ Apophis répondait à l’an 1967 avant l’ère chrétienne : Joseph était alors âgé de 30 ans ; si , à ce dernier nombre, on ajoute 91 ans pour l’âge de Jacob à la naissance de Joseph ", 60 ans pour l’âge d’Isaac à la naissance de Jacob, et les 25 ans dont la venue d’Abrahain en Égypte précéda la naissance d’Isaac, oii aura un total de 200 années qui , ajoutées à l’an 1967 ui répondait à la 17' aimée d’Apophis e la XVII' dynastie , donnent l’année 2173. Or, cette année 2173 , d’après le même tableau précité , appartient à la XVI' dynastie égyptienne ; et c’est en effet durant le régné de cette même dynastie que nous avons déjà indiqué ( page 293) la venue d’Abraham en Egypte : les temps de Joseph , premier ministre du Pasteur Apophis, s’accordent ainsi très-bien avec les temps d’ Abraham et avec l’ordre généralement reconnu des dynasties d’Égvpte pour les époques qui précédèrent son invasion.

Il en est de même pour les temps qui la suivirent; aux sept années de fertilité succéda , en Égypte et dans les contrées voisines, une famine générale. Les frères de Josepii se rendirent en Égypte pour acheter des grains; la seconde année de la famine, ils amenèrent Jacob auprès de leur frère qui s’était fait connaître ; et (7 ans après Jacob mourut ; Joseph comptait alors la 56' année de son âge, et Apophis la 43' de son règne.

Ce roi parvint jusqu’à la 61'; et, a sa mort, l’an 1922 avant J. C., Joseph était âgé de 74 ans. Or , qu’on prolonge sa vie jusqu’à 110 ans, comme le disent les écrivains bibliques, ou qu’on lui donne âge d'homme comme

a oo

à tous les hommes ses contemporains dans l'histoire , le règne des deux rois pasteurs qui succédèrent à Apophis dépassera toujours de près d'un siècle la durée de la vie de Joseph ; et, dans ces mêmes supputations, Joseph aura pu voir les petits* (ils de ses (ils Éphraïm et Manassés ; enfin, de la mort de Joseph jusqu'à l'Exode, ou la sortie des Hébreux de l'Egypte sous la conduite de Moïse, la suite des années suffira pour placer dans un ordre régulier de succession tous les événements que la Bible raconte à la suite de la mort de Joseph : celle de ses frères , de sa parenté, la multiplication des Israélites, et l'avéncment de ce roi nouveau, qui , selon la Bible, ignorant et Joseph et sa renommée, opprima le peuple d’Israël, et le soumit à la plus dure servitude. C’est ainsi que les annales de l'Égypte, dressées d'après l’autorité des monuments originaux , se prêtent exactement aux relations synchroniques des annales des peuples uui la connurent, et que la concordance de ces rapports |iour les temps et les lieux produit, pour ces annales diverses, rédigées dans des intérêts mutuellement inconnus les uns aux autres, des certitudes mutuelles.

On ne sait rien du règne des deux derniers rois pasteurs, depuis la mort de Joseph. On dit que ce fut le dernier de tous, Assèth, qui ajouta cinq jours au calendrier égyptien , et qui fixa ainsi la durée de l'année solaire à 365 jours; mais des monuments encore subsistants indiquent à une époque bien antérieure au règne d’ Assèth cette importante réformation (vou. page 234 ci-dessus). D’ailleurs les habitudes des barbares ne se tournent pas d’ordinaire vers le perfectionnement des institutions publiques.

Pendant que tous ces événements se passaient à Memphis et dans la moyenne et la basse Egypte , les Pharaons au midi de Thèbes ne cessaient de penser et d'agir contre ces etrangers maîtres d’une partie de leurs Etats. Josèphe, dans son livre contre Apion, rapporte, d’après Manéthon , que les rois de la Thcbaïdc faisaient

aux Pasteurs une guerre continuelle et poussée avec vigueur ; qu'après de longs efforts , un de ces Pharaons, à force de succès, réussit à expulser ces étrangers des divers points de l’Égypte qu’ils occupaient , et à les enfermer dans leur ville ou camp retranché d’Aouaris, dont il entreprit de faire le siège.

Ce Pharaon fut Ahmosis ; ses campagnes contre les Pasteurs furent pénibles et multipliées. I.'inscription funéraire d’un de scs officiers de marine nous apprend qu'il entra au service de ce roi au moment où le Pharaon se trouvait à Tanis ; que plusieurs com bats sur l’eau furent livrés : qu’un corps de troupes , dont cet officier faisait partie , fut dirigé contre l'ennemi vers le Sud ; que ces guerres duraient encore dans la G" année du règne d'Ahmosis; et que, dans les années suivantes , le roi se rendit en Éthiopie pour lever des tributs.

Il ne laissait point, pour cela, de pousser l’ennemi principal dès qu'il l’eut enferme dans Aouaris; mais Ahmosis mourut sur ces entrefaites , avant d’avoir terminé cette guerre sacrée.

Son fils , le roi Ainénophis Thethinosis , dit Manéthon , continua le siège de cette place ; et , n’ayant pu la forcer ni l’enlever, après des tentatives infructueusement renouvelées, il entra en négociation, et , par l'effet du traité qui fut conclu, les Pasteurs quittèrent l’Égypte avec leurs troupeaux , leurs familles, tout ce qu'ils possédaient, et se rendirent en Assyrie par la route du désert.

Telle fut la fin , en Égypte , de cette horde conquérante , apres en avoir occupé souverainement une grande partie pendant 2G0 ans. Le prince qui contribua le premier à en délivrer le pays fut Ahmosis, le G' roi de la XVII* dynastie, le soleil seigneur de la vigilance, que nous avons déjà nommé ( page 2U7). Le sixième cartouche de la table d'Ahydos (ligne intermédiaire) est celui de son prénom royal ; et ce prénom , accompagné de son nom propre , n’est pas très-rare sur les munumeuls. Ou les trouve sur une stèle et

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sur un cercueil de momie du Musée de Turin, dans un manuscrit qui contient les litanies des rois, au temple de Semné dans la liante Nubie, et dans un des tombeaux de Tlièlics. Deux autres monuments essentiellement historiques , rappellent encore le nom et les actions du roi Ahmôsis : ce sont deux stèles sculptées à même dans les deux lus vastes carrières de la montagne de lassarah ; les inscriptions de ces stèles annoncent que ces carrières ont été ouvertes l'an 2 2 du règne d'Ahmôsis , et que les pierres qui en ont été extraites ont été destinées à la réparation des temples de Plitlia, d’Apis et d’Ammon à Memphis : souvenirs mémorables de la piété d'Ahmôsis qui, venant de délivrer Memphis de l'occupation des Pasteurs, et de les refouler dans leur camp retranché, relève aussitôt les temples des dieux , et les implore pour qu’ils protègent ses nouveaux efforts contre les impies. Cette date , la seconde connue du règne de ce roi , remonte vers l’an 1825 avant Père chrétienne.

La femme d'Ahmôsis est aussi désignée dans les inscriptions de Massarah ; elle s'appelait Alimôs-Nofré- Atari, et son nom est accompagné des titres : la royale épouse principale , royale mère, la dame du monde, line autre femme du môme nom est mentionnée dans le môme monument, avec les ualilications de lille de roi et sÆ'ur e roi ; ce fut la soeur du roi Ahmôsis qui est l'Amosis des listes de Manét lion , le dernier de la XVII" dynastie des rois égyptiens.

Après les glorieux succès de ce erand prince, les actions des rois de la XVIII' dynastie, régnant sur l’Égypte délivrée d’une odieuse invasion , seront encore remarquables dans les fastes historiques. De mémorables événements s'accomplirent alors en Égypte , et l'on ne refusera pas cette qualification à l’expulsion complète des Pasteurs, à la restauration de l'antique monarchie , à la construction des plus beaux édifices de Thébcs et de la Nubie, à la sortie des Hébreux conduits par Moïse, à l’émigration en Grèce des

colonies égyptienne? , enfin à des con • quêtes plusieurs fois renouvelées e.i Afrique et en Asie. Et, comme si l’éclatant triomphe obtenu enfin sur les barbares avait agrandi la puissance des esprits, les ressources publiques, et multiplié les inspirations du génie et du goût, la splendeur de l’Égypte, parvenue dés lors au plus haut point, se révèle dans tous les ouvrages de cette epoque, et les témoignages historiques, temples, palais, colosses, obélisques, s’offrent encore à nos yeux dans des proportions grandioses comme le siècle qui les a produits , et comme les rois qui le dominèrent. Nous n'aurons ainsi , dans l’histoire des arts , que des merveilles à décrire , et les actions des hommes ne resteront pas au-dessous de ces admirables productions.

Ainénophis, le premier de ce nom, ouvre la liste des princes de cette XVIIIe dynastie. Manéthon nous apprend que ce roi régna 25 ans et 4 mois, après que les Pasteurs eurent quitté l'Égypte; indication qui porte, la durée du règne d’Aménophis 1er à près de trente années. I.e môme Manéthon nous dit, en effet , qu’après la mort d’Ahmôsis, Aménopliis, à la tôle d'une armée de 480 mille hommes , continua à pousser vivement la guerre contre les Pasteurs renfermes dans Aouaris ; qu'il essaya vainement d'emporter cette place d'assaut, et qu'il n'en reconnut l'impossibilité que par d'infructueuses tentatives plusieurs ibis renouvelées : un traité mit fin à cette guerre et à cette cruelle invasion.

Le trône national fut dès lors relevé ; l'Égypte entière et toutes ses dépendances se trouvèrent de nouveau réunies sous l'autorité protectrice d'un seul priuce, descendant des anciens rois , et ramenant avec lui dans le pays les anciens dieux et les anciennes lois de la monarchie. La restauration fut opérée dans toutes les brandies de l'administration publique; tous les efforts furent réunis pour rétablir les lieux saints, les édifices publics, la police des cités, l'influence des coutumes et des croyances nationales , et

Iiarticulièrement les anciennes règles d’aménagement du fleuve sacré, le père nourricier de l’Égypte ; car l'incurie des rois pasteurs a l’égard des canaux du Nil suffit pour expliquer la famine qui lit la fortune de Joseph.

Le règne d'Ainénophis I" fut d’environ 30 ans; il nous reste de ce prince de nombreux monuments contemporains, et un plus grand nombre encore , consacres à sa glorieuse mémoire par les rois ses successeurs, qui l’honorèrent d’un culte presque divin. Son nom est inscrit dans les litanies royales dont des manuscrits sur papyrus nous ont conservé le texte; sur une foule dé bas-reliefs, l'image de ce Pharaon est placée au milieu de celles des divinités de l'Égypte, et associée aux actes de piété, qui sont accomplis par des rois , des princes ou des personnages de diverses castes. Une statue d’Ainénophis I*r, divinisé, en calcaire blanc, est au Musée de Turin ; an Musée égyptien de Paris , on voit , sur des monuments de formes et de matières diverses, ce même Pharaon combattant contre des peuples étrangers ennemis de l’Égypte, ou bien porté sur un palanquin a côté de la déesse Thméi , la justice et la vérité , qui le couvre de ses ailes ; enfin recevant en même temps que le dieu Osiris les offrandes de fruits et de fleurs , présentées par une famille du pays.

La reine sa femme est' habituellement associée aux honneurs du roi.

Elle se nommait Ahmos-Nofré-Ari , V engendrée du dieu Lune , la bienfaisante Ari ; on pourrait s’autoriser de quelques données monumentales pour croire qu’elle fut Éthiopienne ; et le séjour en haute Égypte des rois de la XVII* dynastie , " d’Aménophis luimême pendant sa jeunesse , expliquerait cette alliance du fils d’Ahmôsis avec la fille de quelque personnage puissant en Éthiopie. La reine Nofré- Ari est aussi inscrite dans les litanies royales ; une statuette en bois peint , du Musée de Turin, représente cette reine; et l’inscription tracée sur la base lui donne les titres de royale épouse d’Ammon, royale épouse prin-

cipale , dame du monde , tutrice de la région d’en haut et de la région d’en bas ( la haute et la basse Égypte). Son nom fut aussi conservé dans les actes d’adoration adressésà la mémoire de son mari par les rois et les reines qui leur succédèrent sur le trône. Notre planche 67 donnera une idée de ces pieuses pratiques : une reine, nommée Nofré- Ari , est à genoux en acte d’adoration devant le roi Aménophis II , h côté de qui est assis le prince son fils ; au-dessus d’eux sont assis Thoulhmosis III, Mœris , la tête casquée; puis en avant, Thouthmosis II , coiffé en dieu Sockaris ; et à droite , sur deux sièges séparés , Aménophis I*r et sa femme Ahmos-Nofré-Ari , dont la tête est ornée d’une coiffure divine. Les noms de tous ces personnages sont inscrits dans des cartouches auprès de leurs images.

On pourrait aussi penser, d’apres un tableau qui se voit dans un des tombeaux de Gournah , à Tlièbes , que le roi Aménophis 1" aurait eu une seconde femme , nommée Ahôthph , et de race blanche; elle a les titres de royale fille, royale épouse, royale mere; elle ne fut peut-etre que la fille d'Ainénophis; et l'on voit au Musée du Louvre une statuette de cette princesse, dont les deux derniers titres peuvent être des qualifications religieuses.

Le tombeau d’Aménophis I" n’a pas été reconnu dans la vallée funéraire de Biban-e 1-Moloiik , où les dynasties thébaines choisirent leur dernière demeure; c'est dans la vallée de l’Ouest que le chef de la XVIII* dynastie avait lait creuser son tombeau, ainsi que ses premiers successeurs ; mais d’immenses déblayements , opérés au pied des grands rochers à pic dans lesquels ces tombeaux furent creusés , seraient nécessaires pour rendre ces sépultures royales aux arts et à l’histoire : il nous reste assez d’autres monuments de l’illustre renommée d’Amenophis I*r, qui mourut après avoir tiré la monarchie égyptienne des mains impies des barbares.

Son fils lui succéda ; il se nomma

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Thôthroes , le fils de Thûth ; c’est un des Thouthmosis des écrivains grecs.

Son prénom est le onzième cartouche de la table d’Abvdos ( planche 47), ligne intermédiafre , en commençant par le premier cartouche à gauche.

La construction des grands édifices de Médinet-Habou, à Thèbes, remonte jusqu’au règne de ce Pharaon ; il s’occupa , comme son père , à relever pieusement les temples des dieux du pays.

La partie la plus ancienne de ces édifices , monument qui présente à la fois le double caractère de temple et de palais, consiste en un sanctuaire environné de galeries formées de piliers ou de colonnes , et de huit salles de dimensions diverses. Toutes les parties sont chargées de sculptures en relief, remarquables par l’exacte correction du style et par la finesse du travail : ce sont là des travaux de la plus belle époque de l’art en Égypte. On voit à Ibrim , en Nubie , lieu nommé Prirnis par les géographes grecs , un Spéos , ou temple creusé dansle rocher, exécuté pendant le règne de ce Thouthmosis , le premier des princes qui portèrent ce nom.

Le fond de ce Spéos est occupé par quatre figures assises, dont deux sont celles de ce Pharaon qui est placé entre le dieu seigneur d'Ibrim (une des formes dn dieu Thôth, à tête d’épervier), et la déesse Saté, dame de Nubie. Dans le temple d’El-Assasif, non loin du Rhamesséum de Thèbes, ce Pharaon est adoré par ses successeurs qui lui font les mêmes offrandes qu'aux dieux. Sur d’autres monuments il est associé au culte d’Aménophis I", son père. Une magnifique statue colossale de Thouthmosis I" orne le Musée de Turin; et, sur ce bel ouvrage en granit noir à taches blanches , on a inscrit ses titres de dieu gracieux , soleil grand du monde, etc., aimé d’Ammon, vivificateur à toujours, fils du soleil TMlhmés, chef semblable au soleil , aimé d’Ammon-Ra, roi des dieux , etc.; il ajouta aussi à ces divers titres la qualification particulière d’image du soleil ; et ce Pharaon est ainsi désigné sur le premier obélisque du palais de Karnac à Thèbes , et dans les tableaux

de la troisième cour du même édifice.

rtans le temple d’Kl-Assasif , ou voit, dans un bas-relief, ce même Pharaon accompagné de la reine sa femme; elle se nommait Ahmôs , et portait les titres de royale sœur, royale épouse principale, dame du inonde; et, auprès du couple royal , se voit leur jeune fille, nommée Sotennofré. D’autres monuments nous ont conservé le nom d’un prince ou gouverneur d’Éléthya, attaché au service personnel de la reine A limés, et celui d’un officier supérieur de la marine de Thouthmosis l*r : ce roi mourut après un règne de treize ans.

Il eut pour successeur son fils , qui s'appela aussi Thouthmosis , et fut le deuxième de ce nom de la XVIII* dynastie. Comme ses prédécesseurs , il s'occupa particulièrement de relever les monuments religieux dans la capitale et les grandes villes de l’Égypte.

11 existe encore à Esnèh , en beau granit rose, des débris des édifices qu’il y avait fait construire, et qui portent son nom. 11 contribua aussi à fa décoration de la partie la plus ancienne du palais de Médinet-Ilahou à Thèbes, principalement des six dernières salles ; et ces ouvrages sont également remarquables par leur belle exécution. Sa piété s’étendit sur les édifices même de la Nubie; et ceux de Senrné et de Contra-Semné conservent encore les preuves de sa munificence. Le nom de ce roi est plusieurs fois tracé au milieu de leurs sculptures, et les titres de dieu gracieux , seigneur du monde , chef des biens, sont plusieurs fois mêlés aux signes qui expriment phonétiquement le nom de Thouthmosis ; enfin il se trouve à son rang dynastique dans les litanies royales. Ï1 régna vingt ans et sept mois , selon les listes de Manéthon.

La reine sa femme porta le nom d’Amon-Maï, et les titres ordinaires de royale fille , royale épouse princi-

[>ale , dame du monde , tutrice de la laute et de la basse Égypte. Le nom de cette princesse se retrouve dans une des excavations funéraires -de la vallée des Reines à Thèbes ; il se lit

aussi dans les inscriptions peintes sur une des momies de Turin , et enfin à Éléthya , si toutefois ce n’est pas une autre reine du même nom que mentionne le monument de ce lieu. Des amulettes en terre émaillée portent sur l’une de leurs faces le prénom royal du roi , et sur l’autre le titre de chéri d’Amou-Ra : il ne faut pas, à l'imitation de ceux qui débitent par habitude les plus aventureuses inter-

Jirétations , voir dans ce dernier titre e nom même de la reine au revers de relui du roi ; la reine se nommait Amon-Mal ; et on lit , sur les amulettes, Amon-Ra-Maï, le chéri d’Ammon-Ra , qualification ordinaire des rois, et signe constant de l’efficace protection ue leur accordait le grand dieu de hèbes et de l’Égypte.

Avec le règne du successeur de Tbouthmosis II, surgissent les premières difficultés qui procèdent d’un désaccord manifeste entre les données tirées des écrivains anciens , et les notions non moins précises que fournissent les monuments historiques; entre les listes de Manéthon et les monuments; entre les monuments euxmêmes attentivement comparés.

D’une part, la table d’Abydos, la liste royale du Rhamesséum celle de Médinet-Habou , et les tombeaux de Gournah , donnent pour successeur à Tbouthmosis II, le roi dont le cartouche est immédiatement placé a la gauche du sien. Dans ces listes généalogiques , ce cartouche est reconnu , sans opposition , pour être celui de Tbouthmosis III.

D’un autre côté, les monuments d’KI-Assasif, les propylons et l’obélisque de Karnac, nomment évidemment trois personnages royaux, qui existèrent et régnèrent entre Tliouthmosis II et Tbouthmosis III; enfin Manéthon rapportait que Thoutlimosis 11 avait eu pour successeur immédiat la reine Amensé sa sœur, fille, comme lui , de Tbouthmosis 1" , et qu’elle régna vingt-deux ans.

Voici toute l'explication de ces énigmes historiques, explication tirée de l’examen même des monuments

originaux , par Champollkm le jeune.

« La vallee d 'El-, tssasif, située au nord du Rhamesséum , se termine brusquement an pied des rochers calcaires de la chaîne libyque : la existent les débris d’un édifice" au nord du tombeau d’Osymandyas. Mon but spécial était de constater l’époque encore inconnue de ces constructions, et d’en assigner la destination primitive; je m’attachai à l’examen des sculptures et surtout des légendes hiéroglyphiques inscrites sur les blocs isolés et les pans de murailles épars sur uo assez grand espace de terrain.

« Je fus d’abord frappé de la finesse du travail de quelques restes de basreliefs martelés à moitié par les premiers chrétiens; et une porte de granit rose encore de bout au milieu de ces ruines en beau calcaire blanc , me donna la certitude que l’édifice entier appartenait à la meilleure époque de l’art égyptien. Cette porte, ou petit propyloii , est entièrement couverte de légendes hiéroglyphiques. On a sculpté sur les jambages , en relief très-bas et fort déiicat, deux images en pied de Pharaons revêtus de leurs insignes.

Toutes les dédicaces sont doubles et faites coutemporainement au nom de deux princes : celui qui lient constamment la droite ou le premier rang, se nomme Aménenthé ; l'autre ne marche qu’après, c’est Thoulhmosis 111”, nommé Mceris par les Grecs.

« Si j’éprouvai quelque surprise de voir ici et dans tout le reste de l’édifice, le célèbre Mocris orné de toutes les marques de la royauté , céder ainsi le pas à cet Aménenthé qu’on chercherait en vain dans les listes royales , je dus m’étonner encore davantage , à la lecture des inscriptions, de trouver qu’on ne parlât de ce roi barbu , et en costume ordinaire de Pharaon , qu’en employant des noms et des verbes ail féminin, comme s’il s’agissait d’une reine. Je donne ici pour exemple la dédicace même des propyions.

* L’Aroëris soutien dès dévoués , le roi seigneur, etc., soleil dévoué à la vérité! (Elle) a fait des constructions en l’honneur de son père (le père d 'elle) ,

■ EGYPTE

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