SOS
Amon-Ra , seigneur des trônes du monde; elle lui a élevé ce propylon (qu’Ammon protège l’édifice !) en pierre de granit : cfest ce qu'eUe a fait (pour être) vivifiée à toujours. »
L’autre jambage porte une dédicace analogue , mais au nom du roi Thouthmosis III' , ou Mœris. En parcourant le reste de ces ruines , la même singularité se présenta partout. Non-seulement je retrouvai le prénom d’Aménenthe précédé des titres te roi souveraine du monde, mais aussi son nom propre lui-même à la suite du titre la Jille du soleil. Enfin , dans tous les bas-reliefs représentant les dieux adressant la parole à ce roi Aménentlié , on le traite en reine comme dans la formule suivante :
« Voici ce que dit Amon-Ra, seigneur des trônes du monde, à sa fille chérie , soleil dévoué à la vérité : L’édifice que tu as construit est semblable à la demeure divine. •
De nouveaux faits piquèrent encore plus ma curiosité ; j’ohservai surtout dans les légendes du propylon de granit, que les cartouches -'prénoms et noms propres d’Aménenthé, avaient été martelés dans les temps antiques, et remplacés par ceux de Thoullimosis 111 , sculptés en surcharge.
Ailleurs, quelques légendes d’Aménenthé avaient reçu en surcharge aussi celles du Pharaon Thouthmosis II'.
Plusieurs aulrrs enfin offraient le prénom d’un Thouthmosis encore inconnu , renfermant aussi dans son cartouche le nom propre de femme Amensé, le tout encore sculpté aux dépens des légendes d’Aménenthc, préalablement martelées. Je me rappelai alors avoir remarqué ce nouveau roi Thouthmosis, traité en reine , dans le petit édifice de Thouthmosis III" à Médinet-Habou.
C'est en rapprochant ces faits et ces diverses circonstances, de plusieurs observations du même genre , premiers résultats de mes courses dans le grand palais et dans le propvlon de Karnac, que je suis parvenu à compléter mes connaissances sur le personnel de la première partie de la X.VIII" dynastie.
SO* Livraison. (Égyptf.)
Il résulte de la combinaison de tous les témoignages fournis par ces divers monuments, et qu’il serait hors de propos de développer ici ;
1“ Que Thouthmosis 1" succéda immédiatement au grand Aménothph I", le chef de la XVYII' dynastie, l’une des Diospolitaines; 2° "Que son fils Thouthmosis II occupa le trône après lui , et mourut sans enfants ; 3“ Que sa sœur Amensé lui succéda comme fille de Thouthmosis I'r, et régna 22 ans en souveraine ; 4” Que cette reine eut pour premier mari un Thouthmosis, qui comprit dans son nom propre celui de la reine Amensé son épouse; que ce Thouthmosis fut le pere de Thouthmosis III ou Mccris, et gouverna au nom d’Amensé ; 5“ Qu’a la mort de ce Thouthmosis, la reine épousa en secondes noces Aménenthé , qui gouverna aussi au nom d’Amensé, et qui fut régent pendant la minorité et les premières années de Thouthmosis III ou Mœris; 6° Que Thouthmosis III, le Mœris des Grecs, exerça le pouvoir conjointement avec le régent Aménenthé, qui le tint sous sa tutelle pendant quelques années.
La connaissance de cette succession de personnages explique tout naturellement les singularités notées dans l’examen minutieux de tous les restes de sculptures existant dans l’édifice de la vallée d 'El-Assasif. On comprend alors pourquoi le régent Amérienthé ne paraît dans les nas - reliefs que pour y recevoir les paroles gracieuses que les dieux adressent a la reine Amensé , dont il n’est que le représentant; cela explique le style des dédicaces faites par Aménenthé , parlant lui-même au nom de la reine, ainsi que les dédicaces du même genre , dans lesquelles on lit le nom deThouthmosis, premier mari d’Amensé, qui joua d’abord le premier rôle passif, et ne fut, comme son successeur Aménenthé, qu’une espèce de figurant du pouvoir royal exercé par la reine.
Les surcharges qu’ont éprouvées la plupart des légendes du regent Aménenthé , démontrent que sa régence
fut odieuse et pesante pour son pupi le Thoutlunosis III. Celui-ci semble avoir pris à tâche de condamner son tuteur à un éternel oubli. C’est en effet sous le règne de Thouthmosis III que furent martelées presque toutes les légendes d'Ainénenthé , et qu’on sculpta à la place soit les légendes de Thouthmosis III, dont il avait sans doute usurpé l'autorité, soit celles de Thouthmosis , premier mari d'Amensé, le pcre même du roi régnant. J’ai observé la destruction systématique de ces légendes dans une foule de bas-reliefs existant sur divers autres points de Thèbes. l 'lit-elle l'ouvrage immédiat de la haine personnelle de Thouthmosis III , ou une basse flatterie du corps sacerdotal?
C'est ce qu’il nous est impossible de décider; mais le fait nous a paru assez curieux pour le constater. (Voyez Lettre xv'.)
Cette curieuse explication d’une difficulté à la fuis historique et généalogique , est tirée d’une lettre de Champollion le jeune, datée de Thèbes, le 18 juin 1829, et rendue publique peu de temps après: néanmoins, il s’est trouvé quelqu'un , en 1832 , qui , par une habitude de plagiat, protégé devant la loi , mais non pas devant l’honneur, par une frontière étrangère, s’est approprié cette explication sans en nommer le véritable auteur, dans un livre , il est vrai , où sont fréquemment remarqués de pareils oublis que nous aurons bientôt l’occasion d’indiquer à l'équité publique.
En reprenant notre narration , delaquellc nous nous sommes détournés en cédant à un impérieux devoir , nous voyons que, à sa mort, le Pharaon Thouthmosis II n'ayant pas laissé de successeur en ligne directe, la constitution politique appela au trône la ligne collatérale , dont le chef fut la princesse Amensé, sœur du roi défunt, fille, comme lui, de Thouthmosis I":
et, si l’on se représente quel est le caractère spécial des listes royales d'Abvdos , du Rhamesséum et de Médinet- Habou , on comprend aussitôt pourquoi la reine Amensé ne fut pas ipeutiounée
dans ces listes, qui étaient généalogiues par les générations, et non nas ynastiques parles régnes successifs; cesliste.sdevaientdoncnommerThouthmosis III immédiatement apres Thouthmosis II, parce que la reine Amensé, sœur du dernier roi , ne formait avec lui qu'une seule génération , selon les règles de tout temps adoptérs par les généalogistes. Mais Manéthon , qui donnait la liste successive des règnes, n’eut garde d’oublier celui de la reine Amensé ; il le place au quatrième rang dans l’ordre de ceux de la XVIII' dynastie, comme on le voit dans la copie des listes conservée par Jules l'Africain; et comme Eusèhe a omis ou bien oublié ce même règne d'Amensé, le Syncelle ne s'est pas dispensé de relever cette méprise de l’évêque de Césarée.
La durée du règne de la reine Amensé est fixée à vingt et un ans et neuf mois, ou vingt-deux années en nombre rond : ce qui vient d'être dit de la vie de oette princesse, revêtue du pouvoir souverain , porte l’historien à diviser la durée totale de ce règne en deux portions distinctes, les temps du premier mariage de cette reine, et les temps du second.
Quelques monuments nous portent à croire que la fille du roi Thouthmosis I" ne régna que bien |>eu de temps avant son premier mariage : ce regne en effet ne dura que vingt-deux ans , et le fils d’Amensé , Thouthmosis-Mœris , parait sur un monument elevé durant ce règne, à El-Assasif, dans une cérémonie religieuse, où il est accompagné d’un jeune enfant que l’inscription dit être sa fille.
Ces détails paraîtront peut-être bien minutieux , mais ils ne sont pas inutiles pour nous éclairer avec certitude sur l’état véritable de quelques-unes des plus importantes institutions publiques de l'Égypte, la succession a la couronne royale , et aussi sur les signes officiels que la loi avait consacrés comme marques de l’autorité suprême.
Amensé, à son avènement, adopta le prénom royal , soleil dévoué à (a vérité ; et le second cartel renferma son
ÉGYPTE. Sut
nom propre : Amensé (la fille tl'.linon).
Elle épousa , en premières noces , un Thouthmosis , qui fut peut-être de la famille rovale de ce nom , un parent de la reine. Ce Thouthmosis prit le prénom royal de : soleil grand du monde ; et , dans le second cartel de la légende royale , il inscrivit à la fois le nom de la reine et le sien , Amensé- Thouthmosis ; c'est dans cet état que ces deux cartouches subsistent encore à Médinet-Habou. Enfin, Amensé ayant contracté un second mariage, son nouveau mari n'eut pas d'autre prénom roval que celui de la reine même , soleil dévoué à la vérité; et son nom propre, Aménentbé, n'est inscrit, dans les monuments, qu’au second rang, après le cartel de la reine.
Il y eut une différence sensible dans la condition comparée des deux maris de la reine; et ce qu’il y a de plus élevé , de plus royal en quelque sorte dans celle du premier , s'explique par la naissance d'un fils qui , devant succéder à la reine Amensé, donna à Thouthmosis , le premier mari , la qualité et le privilège de père du roi. Il parait que le droit de légende royale était un de ces privilèges; mais, pour cela, faut -il inscrire ce Thouthmosis dans la liste des rois de la XVIII* dynastie ? Nous ne le pensons pas , puisque c'est dans la personne de la reine que résidait le droit d'hérédité de la couroune , qu’elle en conféra quelques circonstances honorifiques seulement nu (1ère de l’enfant-roi a qui elle venait de transmettre ce droit avec la vie , et que Thouthmosis son père, qui n’avait aucun titre au pouvoir royal , ne put jouir que des honneurs secondaires déférés au père du roi , qui n’etait pas roi. Ce Thouthmosis ne peut donc pas être inscrit dans la liste des rois d'Égypte; aussi c’est le nom d’Amensé qui se lisait dans les annales sacrée* consultées et copiées par Manéthon , et elles attribuèrent à cette reine les vingt-deux années entières de son règne , quoique ce règne comprit tout le temps qu'elle vécut avec son premier et arec son second inari , celui même
de la minorité du jeune roi. Nous ne donnerons donc ni à l’un ni a l’autre le titrede roi ; et , ayant nomme Tliouthmosis II le frère île la reine Amensé, nous reconnaîtrons, comme le troisième roi de ce nom , le jeune roi , fils d'Aiuensé et de son premier inari , et Mœris restera le Thouthmosis III, comme l’a dit Mancthon.
I-e nom de la reine Amensé se lit audessous de son image qui est peinte sur le premier cercueil d'une belle momie du musée royal de Turin. On voit, a Ombos , les restes d’un petit propylon qu’elle avait fait construire, et que l'inscription qualifie de « Porte de la reine Amense, conduisant au temple deSévek-Ka. » La même divinité avait, dans la ville d’Èléthya , un autre temple construit et décoré par la même reine , qui y avait associé au culte du Saturne égyptien, celui de la déesse Sowan ou I.ucine. Dans le temple de Médinet-Habou , les témoignages de sa piété envers les grandes divinités de Thèbes , subsistent encore ; on les retrouve dans la portion la plus ancienne des vastes édilices de ce lieu.
La plupart des bas-relifs qui la décorent portent le nom de la reine , et sont remarquables par leur parfaite exécution; il en est de même des sculptures exécutées par l’ordre d’ Amense, dans les dernières salles du palais de ce même quartier de Thèbes , de Médinet-Habou.
S’il était possible d’en juger avec certitude par le plus grand nombre de monuments subsistants , on serait autorisé à croire que Thouthmosis mourut peu de temps après son mariage avec la reine , et apres la naissance ae leur Ois , le nom du second mari , qui se nomma Aménenthé , se trouvant bien plus fréquemment que celui du premier , sur ces monuments de divers ordres, et toujours associé au prénom royal de la souveraine : on les voit l’un et l’autre inscrits dans la légende royale qui décore une belle stèle du Vatican , et sur un amulette en terre emaillée du Cabinet du roi, à Paris.
On sait aussi que les édifices d’El- Assasif furent l’ouvrage de cette reine
pendant son second mariage : cela résulte en effet des inscriptions encore subsistantes, où le prénom royal de la princesse et le nom du régent Aménenthé se trouvent souvent répétés; le jeune Thouthmosis III y est aussi nommé quoique encore mineur ; et les dédicaces qui subsistent dans des salles moins maltraitées, par le temps ou par les hommes, que l'édifice intérieur, annoncent que cet édifice était un temple consacré à la grande divinité de Thèbes , à Amon - Ra , le roi des dieux , u’on y adorait sous la figure spéciale e Amon-Ra seigneur des trônes et du inonde. Ce temple , d’une étendue considérable, était décoré de sculptures du travail le plus précieux , précédé d’un dromos , vraisemblablement aussi d’une longue avenue de sphynx ; il s'élevait au fond de la vallée d’EI- Assasif, et son sanctuaire pénétrait dans les rochers à pic de la montagne.
Des offrandes faites aux dieux ou aux ancêtres du Pharaon fondateur du temple, sont les sujets des tableaux sculptés dont cet édifice religieux est orne. On y voit aussi le jeune Thouthmosis-Mœris rendant de pieux hommages à son père qui ne tut pas roi , et a son oncle le Pharaon Thouthmosis II. Les plafonds de quelquesunes de ces salles sont remarquables , ayant la forme d’une voûte; enfin, c'est dans une de ces salles que l'on voit un grand bas-relief peint , oecu-
E1 toute la paroi de gauche, dans el on a figuré la grande bari sa- , ou arche d’Amon-Ra. Ce dieu du temple est adoré par le régent Aménenthé, marchant avant son pupille Thouthmosis - Mceris , qui est suivi d’une très-jeune enfant , richement parée, nommée Rannofré, et que l’inscription qualifie de fille du roi. En arrière de la bari sacrée, et comme recevant une portion des offrandes faites par les deux rois agenouillés, sont les images en pied du Pharaon Thouthmosis I", de la reine Ahmosis et de leur fille Sotennofré; l’histoire écrite n’avait pas conservé les noms des trois princesses qui figurent dans ce riche tableau de l’époque et du règne
d'Amensé. Mais les grands obélisques du temple de Karnac à Thèbes doivent être considérés comme les plus beaux monuments qui nous restent du règne de cette reine , comme ils sont aussi au nombre des plus admirables productions de l'art égyptien.
Celui de ces deux obélisques qui est encore sur pied , est le plus beau de tous ceux qui subsistent sur le sol de l’Egypte ; il est en granit rose , haut de 90 pieds nu moins, et d’un seul bloc , comme le sont tous les obélisques égyptiens antiques. Cet obélisque fut érigé par la reine Amensé en l'honneur d'Amon-Ra et à la mémoire de son père Thouthmosis I*r; le régent Aménenthé est nommé dans le texte relatif à l’érection du monolithe. Les images de la reine, de son mari , et de son fils Mocris, se voient dans les scènes des offrandes , et le monument n’a reçu aucune addition postérieure , à l’exception de la figure d'un des rois successeurs de Mœris , qui s'y trouve représenté en acte d’adoration devant le dieu auquel l'obélisque est consacré. Il repose sur une base ornée de belles inscriptions dédicatoires , dont letexto s’exprime au nom de la reine désignée par cette phrase remarquable : le roi du peuple obéissant ( soleil dévoué a la vérité), la fille du soleil (Aménemhé): nouvelle preuve de la condition singulière des reines exclues comme femmes de certaines attributions expressément dévolues à leur mari , quoiqu’ils ne jouissent pas de l'autorité royale.
L’autre obélisque, malheureusement renversé et brisé , était aussi un magnifique monument de la piété de la reine Amensé : dans les tableaux du pyramidion , c’est encore le régent Àménemhé aux pieds d'Amon-Ra ; et, dans ces tableaux religieux , on reconnaîtrait, sa us lesecours des inscriptions, la figure de ce même régent , tant l'art égyptien a su faire ressemblantes celles dé ce personnage qui se voient encore et sur l'édifice d’El-Assasif, et sur cet otiélisque de Karnac. Le jeune roi Mocris y est aussi représenté , associé, aux offrandes faites par son tuteur ; et
EGÏPXE.
postérieurement un autre Pharaon, qui lit faire quelques ouvrages dans ce même temple , s'y est substitué dans les images et les inscriptions, aux personnages nommés primitivement dans oet obélisque: Moeris lui -même, devenu roi , n’y épargna pas non plus le prénom royal du second mari de sa mère : il remplaça par son nom celui d’Aménemhé (ou Aménenthé) qui fut martelé.
On ignore si ce même Aménemhé survécut à la reine Amensé : dans tous les cas , ses honneurs durent Unir avec la vie de la reine , dont le tombeau existe encore dans la vallée funéraire de Thèbes. Elle mourut vers l’an 1736 avant l'ère chrétienne.
Son fils lui succéda immédiatement , et porta le nom de Thouthmosis , l'engendré de Thôth, surnommé Mœris (Mai-ré , qui aime Phré, le dieu soleil ) ; on lui donne aussi d'autres surnoms : bienfaiteur des mondes (à Karnac) ; serviteur du soleil , président de la première des dix régions (sur un obélisque de Rome); approuvé par le soleil (obélisque de Constantinople); modérateur de justice (Amada). Son
E rénom royal , formé de trois signes ,
! disque dû soleil , le mur crénelé , le scarabée, et signifiant soleil stabiliteurde l’univers , est quelquefois augmenté d’un quatrième signe , la ligne brisée écrite avant le scarabée; on le voit ainsi sur les monuments de la Nubie ; et dans les listes en écriture hiératique, le prénom de ce Thouthmosis III contient toujours quatre signes.
Le règne de Mœris n’eut pas une longue durée; il fut de moins de treize années (lî ans et 9 mois); mais il dut être glorieux ; il y a peu de souverains égyptiens dont il reste autant de monuments, dont l'antiquité ait autant exalté la gloire et proclamé le renom.
Tous ces souvenirs, tous ces travaux du règne de Mœris sont empreints d’un caractère particulier : tous les monuments de sa piété sont édifiés à des dieux de la paix ; toutes ses grandes actions sont des faits d'administration civile: la sagcssse de l’Égypte se révé-
lerait-elle aussi dans >3 renommée immortelle de ce grand prince , ami de la paix et des arts ?
L'Égypte et la Nubie sont encore couvertes de magnifiques ruines provenant des belles constructions élevées durant le règne de Mœris ; et de riches villes modernes , Rome elle-même , en ont recueilli des débris qui dominent encore par leur éclat les chefs-d’œuvre des arts renouvelés.
Parvenu à la suprême puissance, Mœris donna d’abord ses soins à faire terminer les ouvrages publics commencés pendant le régné de sa mère ; il en haïssait le second mari, Aménemhé , dont la tutelle avait pu lui être incommode ou oppressive ; et , comme pour le punir d'une usurpation , Mœris Ht marteler soigneusement , sur tous les édifices publics, le prénom et la figure en pied de son beau-père, v substituant quelquefois les siens à côte de celle de sa mère. L'obélisque de Karnac, les édifices d’El-Assasif et de Médinet-Habou portent encore les traces de ces royales récriminations.
Mœris fut plus respectueux envers son père : il s'occupa d’assurer la conservation de ses honneurs presque souverains; et, dans quelques salles du palais dont il commença la construction à Médinet-Uabou ,"il fit inscrire, dans deux cartouches accolés, le nom de Thouthmosis son père à côté de son cartouche royal.
Mœris construisit ensuite la plupart des édifices sacrés qui s'élevèrent en Égypte et en Nubie après l’expulsion des" Pasteurs , effaçant ainsi , avec une pieuse persévérance, les traces profondes de la barbarie. La ville d T.létliva ne fut pas oubliée; il orna Esnèh, ville importante en ce temps-là , d'un temple au dieu Chnouphis, le seigneur du pays , créateur de l'univers , principe vital des essences divines , soutien de tous les mondes; il associa au grand dieu les deux autres personnages qui complétaient la triade du nome d Esnèh, Nèith, et le jeune Haké, représenté sous la forme d’un enfant; et la dédicace de 1% temple au nom de Mœris était encore, du temps des
LU NJ VERS.
Ptolémées , au nombre des fêtes commémoratives célébrées dans ce temple.
A Edfou , Mœris éleva un temple au grand dieu Har-Hat, qui était aussi le seigneur liturgique du lieu. A Ombos, il contribua à la construction du mur général d'enceinte; une porte, ornée de son nom , subsiste encore, il éleva les propylées 'du grand temple de Memphis , et Diodore de Sicile assure qu’ils surpassaient en magnificence tous les autres ouvrages de ce genre. A Eléphaptine, un mur du quai, de construction romaine , renferme des débris des édifices consacrés aux dieux de cette ville par Mreris. Thèbes surtout nous montre Ips témoignages de son inépuisable munificence : un palais à Médinet-Habou , une grande partie des immenses constructions de Karnac, le temple d’El-Assasif terminé, en ont consacré le souvenir. C’est en effet par les soins de Mœris que la plus ancienne partie de l’édifice de Médinet- Habou reçut sa décoration. Les dédicaces portent son nom ; et celle qui se lit encore sous la galerie de droite s'exprime ainsi : « La vie ! l’Horus puissant , aimé de Phré, le souverain de la haute et de la bosse région, grand chef de toutes les parties du monde , l’Horus resplendissant , grand par sa forme, celui qui a frappé les neuf arcs (les peuples nomades); le dieu gracieux, seigneur du monde, soleil stabiliteur de l’univers , le fils du soleil, Thouthmosis, bienfaiteur du monde, vivifié aujourd'hui et à toujours. Il a fait exécuter ces constructions en l’honneur de son père Amon- Ra , roi des dieux ; il lui a érigé ce grand temple dans la partie occidentale du Thouthmoséïum d'Amon, en belle pierre de grès : c’est ce qu’a fait le roi , vivant toujours. » La plupart des bas-reliefs qui décorent les galeries et les chambres , représentent re roi Mœris rendant des hommages aux dieux , ou recevant d'eux des dons et des grâces. Sur la paroi de gauche de la grande salle ou sanctuaire , ce Pharaon casqué est conduit par la déesse Athôr et par le dieu Amon, qui se donnent la main , vers l’arbre mystique
de la vie. Le roi des dieux , Amon-Ra , assis, trace avec un pinceau le nom de Thouthmosis sur l’épais feuillage de cet arbre , en disant : « Mon fils , stabiliteur de l’univers, je place ton nom sur l’arbre Oscht, dans ie palais du soleil. » Cette scène se passe devant les vingt -cinq divinités secondaires adorées à Theoes, rangées sur deux files ; une inscription les annonce en ces ternies : Voici ce que disent les autres grandes divinités d’Opht (Thèbes):
« Nos cœurs se réjouissent à cause du bel édifice construit par le roi soleil stabiliteur de l'univers. » Les hommes et les dieux célébrèrent ainsi la gloire du roi Mœris. .
Les ruines historiques de la Nubie en rendent encore témoignage. Le plus grand des temples construits à Ouadi- Halfa , l’antique Béhéni, auprès de la seconde cataracte au sud de Thèbes , fut aussi un ouvrage de Mœris. Il fut construit en briques , orné de pilierscolonnes d'ordre dorique primitif , et de portes en grès ; il était dédié aux dieux Amon-Ra et Phré. A Ibrun , un spéos ou chapelle creusée dans la montagne , remonte au règne de Mœris ; sa statue , assise entre celles du dieu seigneur d’Ibrirn et de la déesse de Nubie, occupe la niche du fond; et ce spéos a été creusé par un prince nommé Nahi , qui prend le titre de gouyerneurdes terres méridionales ( la Nubie).
Ce prince est debout devant le roi assis sur un trône , et accompagné de plusieurs autres fonctionnaires publics ; il présente à Mœris les tributs en or, en argent et en grains, provenant des terres méridionales dont il a le gouvernement.
Les bas - reliefs du sanctuaire du temple d’Ainada nous apprennent que cet édifice fut aussi le fruit de la pieté de Mœris , et le nom du roi se lit encore dans le texte des dédicaces ainsi conçues: «Ledieu bienfaisant, seigneur du monde , le roi stabiliteur de l’univers, le fils du soleil, Thouthmosis, modérateur de. justice , a fait ses dévotions à son père le dieu Phré , le dieu dos deux montagnes rélestes , et lui a élevé ce temple en pierre dure ;
su
EGYPTE
il l'a fait pour être vivifié à toujours. • Moeris mourut avant que cet édifice fût terminé ; ses premières vues de restauration s'étaient naturellement portées sur l'Égypte: la Nubie n'eu était uu'une dépendance, et ne tenait que le second rang dans l’ordre des fondations pieuses ordonnées par ce roi. Kguisseet Semné , autres villes de Nubie, eurent aussi leur part dans ses bienfaits.
L'obélisque de Saint-Jean de Latran a Rome , l'un des plus considérables monuments de cet ordre, l'obélisque d'Alexandrie, et celui de Constantinople . sont aussi au nombre des admirables ouvrages d'art du règne de Mreris ; et c'est à lui qu’il faut faire un éternel honneur de la plus vaste et de la plus hardie entreprise d'utilité publique, que le génie de l'homme ait jamais 'conçue et exécutée, le lac qui porte son nom , et qui maîtrisait pour ainsi dire, selon l’intérêt de l'Etat, les prodigieuses inondations du plus grand fleuve de la terre. (Voyez à la page 12, la Description du lac Moeris.)
Une statue colossale de Mœris , en granit noir, à taches blanches, est au musée de Turin. Plusieurs stèles du musée égvptieu de Paris rappellent des actions ou des époques du règne de ce grand roi ; et son nom royal est le plus fréquent de tous sur les bijoux et les amulettes.
Enfin, ce priucc honorait scs ancêtres à l’égal des dieux , selon la foi du pays; il a laissé de ce respect un monument non moins utile à l'histoire qu'à sa propre gloire. C’est Mœris en effet qui orna le palais de Karnac de la Table historique et généalogique des rois qui , avant lui , occupèrent le trône d’Egypte. I,es voyageurs modernes ont donné le nom de salle des rois à une de celles de ce temple , laquelle est remarquable par sa décoration et sa destination également singulières, comprée aux autres parties analogues dans les édifices de l'Égypte. Les trois côtés sud-est, sud-ouest et nord-ouest de cette vaste salle sont occupés par quatre files de figures assises , placées l'une derrière l'autre; les files sont sculptées l’une au-dessus de l’autre;
chacune est de quinze personnages; mais, dans chaque file, les huit premières figures regardent le sud-est , et les sept suivantes le nord-ouest : à ces deux points opposés le roi Mœris est debout, devant le premier personnage de chaque file ; une table chargée d’offrandes s’élève entre le roi et la première figure; leur pose et leurs insignes annoncent que ce sont des rois ; le cartouche-prénom qui est à côté de chaque figure ne laisse aucun doute à cet égard : ce riche et précieux Tableau nous représente donc le roi Mœris faisant des offrandes et des prières! à soixante rois , ses prédécesseurs sur le trône d’Egypte. On reconnaît dans cette longue série plusieurs des princes de la XVIIe et de la XVI* dynastie, qui sont déjà nommés à leur place dans notre précis historique ; mais le plus grand nombre des noms de la Table royale de Karnac s'élève à des époques où la critique historique n’a pas encore pénétré. Mœris consacra ce monument à la mémoire de ses ancêtres, vers l’année 1725 avant l’ère chrétienne.
C’est au règne de ce même roi , et à l'année 1732 avant la même ère, qu’appartient le plus ancien manuscrit égyptien connu avec une date, précise: ce manuscrit existe au musée de Turin ; c'est un contrat daté de la cinquième année du règne de Mœris.
Dans les bas-reliefs du temple de Médinet-Habou, le roi associe à ses offrandes la reine sa femme ; elle porte les titres ordinaires de royale épouse principale , et a le nom de Rhamaithé.
Dans le tombeau d’Amensé, mère du roi , on le voit accompagné de sa ieune fille, nommée Réninofré, soleil des bienfaits. Mœris eut aussi de ce mariage un fils qui lui succéda, et il mourut après un règne trop court , toul rempli de grandes et de bonnes action!
dont les témoignages éclatants subsis tent encore. Les plus célèbres historiens de l’antiquité grecque en ont , à l’envi , célébré Ta gloire; et ils en ont raconté des merveilles que l’autorité des monuments a fait inscrire parmi les vérités de l'histoire.
Le fils et le successeur de Mœris (l’an 1723 avant J. C.) se nomma Aménophis; il est le second roi de ce nom dans In XVIII' dynastie; son prénom royal (le 8* de la ligne intermédiaire de la table d’Abydos, de gauche à droite) signifiait le soleil grand des mondes.
On ne peut s'abstenir de remarquer que le nom d'Aménophis II se lit plus fréquemment sur les monuments de la Nubie que sur ceux de l’Egypte :
comme si ce prince s’était appliqué à continuer l’exécution des projets de son père, qui, après avoir élevé en Egypte d’abord de si grands édifices, put a peine , à cause de la courte durée de son règne, voir commencer ceux dont il voulait orner la Nubie.
Aménophis II concourut cependant à accroître les splendeurs de Thèbes; son nom se lit sur le troisième propylée et les colosses de Karnac.
A Snem (Beghé), Aménophis II érigea un temple en l’honneur ae Chnouphis et de la déesse Athdr; un des pylônes de l’édifice était décoré d'une statue colossale de ce roi.
En pénétrant dans la Nubie , nous trouvons à Calabschi , l'ancienne Talmis des Grecs, les restes d’un temple qu’Aménophis II y avait élevé en l’honneur du dieu Malouli , jeune dieu qui formait, avec Horus, son père, et Isis , femme et mère d’Horus, la triade finale du système religieux de l'Égypte, dont Ammon , Mouth et Khons composaient la triade initiale. Ce même temple , détruit par le temps ou par les guerres , fut relevé par un des rois Ptolémées; et, après une nouvelle destruction , réédifié encore par les Romains, commencé par Auguste, continué par Caligula, parTrajau ; mais son état actuel annonce qu'il ne fut jamais terminé. Ce temple fut ii toutes ces époques dédié au même dieu ; il était le seigneur suzerain du lieu, sa divinité locale : il n'y a pas d’exemple hors de l'Égypte de' cette persistance dans le même culte, dans la même religion , malgré les invasions ennemies et la mobilité des croyances humaines.
Dans une autre ville de Nubie, à Amada,
Aménophis II continua le temple commencé par Mœris son père ; il fit scul|>ter les quatre salles à la droite et à la gauche du sanctuaire ; et ce roi fit inscrire , sur une grande stele placée au fond du sanctuaire , le détail des ouvrages exécutés par ses ordres.
On voit encore à lbrim un spéos du règne d'Aménophis II ; alors les terres du midi, la Nubie, étaient administrées par un prince nommé Osorsaté.
Sur la paroi droite du spéos , le roi assis reçoit d’Osorsaté et d’autres fonctionnaires, les tributs de ces terres méridionales et des productions naturelles du pays , y compris des lions , 40 lévriers et 10 chacals vivants: la statue du roi était placée au milieu de celles des divinités locales. Enfin , à Ouadi-Halfa , près de la seconde cataracte, Aménophis II dédia un temple à Horammon ; la fin de l’inscription dédicatoire se lit encore sur les débris de la porte antique , et les colonnes en pierre de l'interieur du temple sont du stvle dorique, taillées à pans trèsréguliers et peu marqués , type incontestable des ordres grecs , et qui remonte évidemment au règne de notre Aménophis II. On a aussi retrouvé des souvenirs de son règne à Sabout-el- Qadim , vers les cotes de la mer Rouge , où l’Égypte possédait alors des établissements commerciaux ou industriels.
Une statue colossale de ce roi orne le musée royal de Turin; elle est de granit rose , et monolithe comme tous les colosses de l’Égypte.
Aménophis II mourut après avoir régné 25 ans et 10 mois ; son tombeau est perdu avec celui des autres premiers rois de la XVIII' dynastie, dans la vallée de l’ouest, où il n’a pas été découvert.
Un autreThouthmosis, le 4' de cette même dynastie , fut le successeur d'Aménophis II , son père. Il continua aussi et termina le temple d’Amada , en y ajoutant le pronaos et les piliers; les architraves sont occupées par des inscriptions en l'honneur de ce roi ; une d'elles est ainsi conçue : » Voici ce iiue dit le dieu Thoth , le seigneur des divines paroles, aux autres dieux qui
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résident dans Thyri : Accourez et contemplez ces offrandes grandes et pures, faites pour la construction de ce temple par le roi Thouthmosis , a son pere le dieu Phré, dieu grand, manifesté dans le firmament. » La sculpture de ce temple montre partout la belle époque de Part en Égypte. Le nom de Thouthmosis IV se voit aussi sur une frise dans les débris des édifices de Ouadi- Halfa.
Le règne de ce Pharaon fut troublé par les soins de la guerre; les frontières méridionales de l’Égypte étaient constamment menacées par les peuplades insoumises de la Libye : Thouthmosis IV fut contraint de les combattre vers la fin de son règne ; et il existe encore, sur les rochers de Philæ, une inscription commémorative d'une victoire qu'il remporta sur ces Libyens, le 8 du mois phaménoth, l’an 7 de son règne, 1691 ans avant i’ère chrétienne.
Deux stèles du règne de ce roi , d’un très-beau travail , sculptées et peintes, sont dans le musée de Turin; et le bel obélisque de Saint-Jean de Latran, h Home , porte aussi le nom de Thouthmosis IV ; il est dans les colonnes latérales des quatre faces du monolithe, et elles nous apprennent que ce Pharaon avait ajoute de grandes constructions à un des temples d'Amon-Ra à Thèbes , fondé par un de ses prédécesseurs , vraisemblablement par Thouthmosis III, qui y avait fait ériger cet obélisque, transporté depuis dans la capitale du monde romain. Le prénom royal de Thouthmosis IV signifiait le soleil stabiliteur des mondes; il prit aussi le titre de chef des chefs. Le portrait de la reine sa femme se trouve dans les tombeaux de Rourna à Thèbes , mais sa légende est détruite.
Le Thouthmosis mourut après un règne de 9 ans et 8 mois , vers l’année 1687 avant l’ère chrétienne.
Il eut pour successeur un des princes les plus illustres parmi les races royales égyptiennes, etues plus connus parmi les populations occidentales : il se nomma Aménophis III ; c'est le Memiion des Grecs , le roi à la statue par-
lante, dont les merveilles ont ému les plus vulgaires esprits.
T. a naissance même de cet Améoopliis eut aussi ses miracles ; et nous avons déjà rapporté (page 56) les circonstances religieuses de l'annoncintion , de la naissance et de l’éducation de ce roi. Thèbes et les villes principales de l'Égypte sont encore couvertes des restes et des preuves de sa magnificence: nous avons aussi donné (page 76 et suiv.) une idée de l'ensemble du palais de Thèbes qui porte son nom , connu dans les relations anciennes et modernes sous la dénomination de Memnonium , et nui a dans ses inscriptions celle d Aménophiuin. Le grand palais de I.ouqsor fut aussi l'ouvrage d'Aménopliis III , il en jeta les premiers fondements : écoutons le voyageur qui eu a donné , le premier, la description historique :
• Le fondateur du palais de Louqsor, ou plutôt des palais de Louqsor, a été le Pharaon Aménophis-Meainon (AmenothphlII'de la XVIH'dynastie).
G’ est ce prince qui a bâti la série d’édiliccs qui s'étend du sud au nord , depuis le Nil jusqu’aux 14 grandes colonnes de 45 pieds de hauteur, et dont les niasses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salles intérieures , colonnes au nombre de 105 , la plupart intactes, on lit , en ronds hiéroglyphes d’un relief trèsas et d'un excellent travail , des dédicaces faites au nom du roi Ainénopliis.
Je mets ici la traduction de l’une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres , qui ne (liftèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins. »
« La vie! l'IIorus puissant et modéré, régnant par la justice, l'organisateur de son pays, celui qui tient le monde en rejios , parce que , grand par sa force , il a frappé les barbares ; te roi seigneur de justice, bien aimé du soleil , le fils du soleil, Aménophis , modérateur delà région pure (l’Égvpte), a fait exécuter ces constructions consacrées à son père A mon , le dieu seigneur des trois zones de l'univers.
dans l'Oph du midi; il les a fait exécuter en pierres dures et tonnes , alin d’ériger un édifice durable; c’est ce qu'a l'ait le fils du soleil Aménophis, chéri d’Amon-Ra. »
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor.
Les bas-reliefs qui décorent le palais d’Aménophis sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion deTlièbes, qui étaient t“ Amon- Ra, le dieu suprême de l’Egypte, et celui qu’on adorait presque exclusivement à Thèbes, sa ville éponyme; 2° sa forme secondaire, Amon-Ra-Générateur, mystiquement surnommé le mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien , mentionné dans les écrivains grecs ; 3° la déesse Thamoun ou Tamon, c’est-.’i -dire Anton femelle, une des formes de Neîth, considérée comme compagne d’Amon générateur; 4" la déesse Moutli , la grand’ mère divine , compagne d’Amon-Ra; 5’ et 6“ les jeunes dieux Khons et Iïarka , oui complètent les deux grandes triades adorées à Thèbes , savoir :
Pères. Mères. Fils.
Amon-Ra. Mouth. Khons.
Amon générateur. Thamoun. Harka.
I,e Pharaon est représenté faisant des offrandes, quelquefois très - riches , à ces différentes divinités , ou accompagnant leurs bari ou arches sacrées, portées processionnellement par les prêtres.
L’une des dernières salles du palais , d’un caractère plus religieux que toutes les autres , et qui a dû servir de chapelle royale ou de sanctuaire, n’est décorée que d'adorations aux deux triades de Thèbes par Aménophis ; et, dans cette salle , dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire embottédans le premier, et dont voici la dédicace qui en donne très-clairement l’époque tout à fait récente , en comparaison de celle du grand sanctuaire : « Restauration de l'édifice faite par le roi (chéri de Phré, approuvé
par Amon), le fils du soleil , seigneur des diadèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Ainon-Ra, gardien des régions de Oph (Thèbes); il a fait construire le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi Soleil , seigneur de justice , le fils du soleil Aménophis , modérateur de la région pure.
Ainsi , ce second sanctuaire remonte seulement à l’origine de la domination des Grecs en Égypte , au règne d’A lexandre , fils d' A lexà ndre le G rand, comme le prouve la figure enfantine du roi : et l’on ne trouve que cette partie moderne dans le magnifique palais d’Aménophis.
Au Memnonium plusieurs statues colossales furent érigées en l’honneur de ce roi ; les bas-reliefs où se montrait la protection des dieux pour ce grand prince , ornaient toutes les parties de l’édifice ; et deux grandes inscriptions annonçaient la dédicace du Memnonium aux dieux d^ Thèbes par ce roi reconnaissant.
La forme et la rédaction de cette dédicace sont d'un genre tout spécial ; on en jugera par une courte analyse.
Cette consécration du palais est rappelée d’une, manière dramatique; c'est d’abord le roi Aménophis qui prend la parole dès la première ligne et la garde jusqu'à la treizième. Le roi Aménophtn a dit: Viens, ô Amon- Ra , seigneur des trônes du monde , toi qui résides dans des régions ri* Oph ( Thèbes) ! contemple la demeure que nous t’avons construite dans la contrée pure , elle est belle : descends du haut du ciel pour en prendre possession I » Suivent les louanges du dieu mêlées à la description de l'cdifice dédié, et l’indication des ornements et décorations en pierre de grès , en granit rose, en pierre noire, en or, en ivoire et en pierres précieuses , que le roi y a prodigués, y compris deux grands obélisques dont on n’aperçoit plus aujourd'hui aucune trace.
Les sept lignes suivantes renferment le discours que tient le dieu Amon-Ra , en réponse aux courtoisies