‹ L'UniversChapitre 36 sur 42 · CI · texte numérisé non relu

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ÉGYPTE

touches existent encore dans la grande cour du palais de Karuac : le cartoucheprénom se lit : Soleil gardien de vérité, approuvé par le soleil, et son cartouche nom propre, Aïnou - Mai Si- Pascht - Scheschonk , c’est-à-dire le chéri d’Amon , (ils de Fascht Sohescbonk ; c’est le Sésonchis II de la XXII* dynastie. I.a déesse Pascht était la grande divinité de Bubaste ; elle devait être honorée par la famille royale originaire de cette ville, et Sésonchis Il était un des princes de cette famille; il régna 29 ans au moins; l’inscription précitée de Karnac porte cette date : c’est tout ce qu’il est possible jusqu’ici de savoir de sa vie et de son régné.

Les listes de Manéthon lui donnent deux successeurs qu’elles ne nomment pas ; les monuments ne fournissent aucun indice de leur existence ; la durée totale des règnes de la XXII' dynastie, après avoir laissé à Scheschonk II les 29 ans que l’inscription de Karnac lui assigne irrévocablement, exclut la supposition de Icurexisteuce : on peut donc considérer le roi nommé après Osorelwn, dans la liste de Manéthon, connue !e successeur de Scheschonk II.

Selon ces listes , ce roi porta le nom le Takelôthès. C’est à Karnac encore, dans la cour à juste titre nommée des rois ilubastites, puisque les monuments de la piété de ces rois y attendent , qu’on trouve la mention de Takelôthès. Il est liguré faisant des offrandes à Anton -Ra; son prénom signifie : le soleil du monde méridional, approuvé par Anton; et son nom propre se lit : l'aimé d'Anton et d’Isis Takelôt. Les monuments de son règne sont très-rares , et les souvenirs de scs actions plus rares encore. Il nous est parvenu un tableau peint sur bois de sycomore , dont une partie se voit au musée de Turin, et l’autre au Vatican , à Rome. On y a représenté un jeune prêtre, la tête rase et la tunique couverte de la peau de panthère ; il est en acte d’offrande , et la légende écrite auprès de sa figure annonce qu'il est le royal fils de Takelôt et de Tampedj , fille de l’aimé des dieux Horus défunt

Cette femme de Takelôthès se nomma donc Tampedj , et leur fils occupa , selon l’usa ce, un des premiers emplois du sacerdoce. Mais un autre monument qui subsiste à Karnac nous fait connaître une autre femme et un autre fils de Takelôthès ; et ce fils , qui porte des titres de fonctions civiles et militaires, succéda à son père au trône d’Égypte : il s'ensuit que la femme mère" du jeune prince qui devint roi , fut la première femme de Takelôthès , et son (ils leur premier-né, puisqu’il porta la couronne royale ; et que l’autre prince fut le fils d’une seconde femme , et destiné au sacerdoce, ne pouvant pas être roi , ce titre étant dévolu au premier-né. Ce premier-né se nommait aussi Osorchôn , et sa mère la chérie de Mouth , Keromamas. L’inscription précitée de Karnac porte une date de la 25* année du régue de Takelôthès.

Son fils Osorchôn II lui succéda ; on trouve les légendes de ce roi dans les décorations de la grande cour du temple de Karnac, dans les parties que ses prédécesseurs ne firent pas terminer : le cartouche-prénom signifie soleil gardien du monde, approuvé par le soleil ; et son nom , le chéri d’Amon- Osorchôn. On voit aussi la légende complète de ce roi dans les ruines du grand temple de Bubaste. Les rois de la XXII* dynastie n’avaient pas oublié que cette ville était leur berceau , et ils l’avaient ornée de grands édifices.

Selon les listes de .Manéthon , Osorchûn II aurait eu deux successeurs:

elles ne donnent pas leurs noms , et ils sont d’ailleurs inconnus à toutes les sources de l'histoire. Eusèbe avait , on ne sait pourquoi, réduit à trois le nombre des rois de cette dynastie que Jules l’Africain porta à neuf.

Nous avons retrouvé sur les monuments les trois princes que ces deux abréviateurs de Manéthon nomment également; nous y avons reconnu aussi deux autres rois qu'ils ne nomment pas , et que leurs noms et leur filiation placent sans difficulté dans cette même dynastie; elle fut donc composée au moins de cinq rois; ta

durée connue de leurs règnes réunis ne s’élève qu’à 91 ans ; celle de la dynastie entière est portée à 120 ans dans la liste de l’Africain; il faut donc supposer deux ou trois rois inconnus pour la lacune de 30 ans que le silence des monuments ne nous permet pas de remplir : la XXIP dynastie cessa donc de régner après une durée de 120 ans, vers l'année 85t avant l’ère chrétienne.

Si , comme il parait , Osorchôn II eut un ou plusieurs successeurs, ils furent de res pauvres rois qui perdent les dynasties : le silence de l’histoire est peut-être à leur égard un haut témoignage d’indulgence, s’il ne l’est d’un grand mépris : il est certain qu’après ces pauvres rois il s'éleva une famille nouvelle qui forma la XXIII* dynastie : elle était originaire de la ville de Tanis.

C’est un fait bien digne de remarque : après la fin de la XX* dynastie , Thèbes et la haute Égypte paraissent épuisées : elles ne produisent plus ni rois ni merveilles des arts , et la vieille capitale théocratique ne conserve prèsue plus d’autre privilège que celui es grandes cérémonies. La basse Egypte semble en même temps croître et s'élever en intelligence et en autorité : ses villes principales , Tanis , Ilubaste , Sais , Menées , Sébennytus , engendrent les familles royales; mais la puissance de l’Égypte semble comme attachée par son origine aux sources du Nil ; elle s’affaiblit et s'abaisse , comme les forces d’un vieillard qui s’éteint , à mesure que le fleuve s’approche de la mer qui l’engloutit.

La XXIII* dynastie fut originaire de Tanis , composée de 4 rois qui régnèrent ensemble 89 ans. Voilà tout ce qu’il est possible de savoir de ces ternps-là de l’histoire égyptienne : c'est tout ce que nous ont dit les obréviateurs de Manéthon.

On peut , toutefois , attribuer au premier roi de cette dynastie et à ses descendants , quelques monuments que la critique archéologique a interprétés avec certitude.

On voit en effet sur le célèbre mo-

nolithe de Tanis, ville qui fut la patrie de la XXIII* dynastie, les cartouches d'un roi dont aucun autre monument n’assigne ailleurs la place, et qui se lisent : Soleil esprit aimé des dieux , le fils du soleil , Ptahavtep ; et le premier nom des listes de Manéthon est Petubastis.

Sur deux belles stèles du musée du Louvre , on retrouve un Osortasen , fils de Ptahavtep, et un Amen-Hein- I)jain ou Djom, fils d'Osortasen : et les mêmes listes de Manéthon disent que I’etubastis eut pour successeur le roi O. sort hû n , et celui-ci le roi Psammus ; noms fort analogues , Osorthôn à Osortasen , et Amen -üem-O/am à Psamin ou Pjamm, devenu Psaimnoux pour les Grecs et les Latins. Enfin une statue d’une collection de Rome porte le nom de la reine Ranofré, femme du roi Amen-Hem-Djom.

C’est au règne d’un de ces rois Osortasen que remonte le bel hypogée de Béni • Hassan qui s’annonce par un portique en colonnes doriques , modèle antique de cet ordre de l’architecture grecque. Ce tombeau est celui d’un chef militaire nommé Amentéh. Les inscriptions sculptées sur les jambages et le bandeau de la porte sont du règne de cet Osortasen.

La XXIV* dynastie s’éleva à Sais, autre grande et "célèbre ville de la basse Egypte. Mais elle ne put fournir qu’un seul roi , nommé Bocchoris : les désordres publics multipliaient les familles nouvelles, portaient la division dans frs esprits , affaiblissaient le patriotisme, favorisaient l’anarchie, et ouvraient la voie à tous les malheurs publics. Le temps des invasions étrangères et celui de la complète décadence de l’Égypte était arrivé : la destinée commune aux institutions humaines s'accomplissait : l'empire égyptien touchait à sa vieillesse, intérieurement miné par les maux précurseurs de la mort.

Diodore de Sicile rapporte que le roi Bocchoris était d’une taille et d’uue figure tout à fait abjectes , mais supérieur, par la pénétration de son esprit et par sa prudence , à ceux qui l'avaient

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précédé sur le trône. Scs grandes qualités peuvent être prouvées par son avènement au trône , sur lequel il se plaça comme chef d’une dynastie nouvelle, et par la longue durée de son règne : mais les malheurs des temps furent plus puissants que lui : l’Kthiopie se leva contre l’Egypte, l'envahit et s’en empara : Bocciioris fut pris et brillé vif après un règne de 44 ans.. ,

Le chef éthiopien, maître de l'Egypte , se nommait Sabacôn : il fut le fondateur d’une dynastie nouvelle, la XXV, dite des Ethiopiens.

On ne sait comment accorder sa cruauté à l’égard de Bocchoris , selon Mnnéthon , avec sa piété envers les dieux et sa bienfaisance envers les hommes, qui, selon Diodore de Sicile, distinguèrent ce roi éthiopien des rois auxquels il succédait. (Test à ce roi que le même historien fait honneur de l’abolition de la peine de mort , ainsi que de grandes chaussées , de nombreux canaux , et d’autres vastes travaux d’utilité commune. Toutefois , il rst facile de croire à cette dernière partie du récit : les désordres intérieurs entraînaient la ruine des établissements publics , et quand I ordre renaissait par la présence d'un monarque sage ou puissant , sa première pensée devait être de les réparer : l’état de l’Egypte après son invasion imposa ce devoir au vainqueur, et Sabacôn ne le négligea point. Du reste , l’Éthiopie n'était pas assez étrangère h l’Egypte pour qu’un chef éthiopien ignorât I état de l’administration publique de ce dernier pays : il y avait, entre la populat ion des deux contrées, confraternité d’origi ne , identité de race , et plus d’un usage caractéristique devaient être communs aux deux régions : des rois de 1 Ethiopie, contemporains de la XXV dynastie égyptienne formée aussi de rois éthiopiens, élevaient dans leur pays des monuments h des dieux qui étaient les mêmes que ceux de l’Egvpte , en style égyptien , et les inscriptions de ces monuments étaient tracées dans le même idiome , dans la même écriture que l’étaient les inscriptions des monuments de I Egypte.

Aussi les édifices religieux de l’Egypte conservent-ils encore les témoignages du soin que Sabacôn et ses successeurs se donnèrent pour les réparer ou les embellir.

A Louqsor, par exemple, où tout révélait la munificence de Sésostris , on reconnaît des restaurations faites

Îar l’ordre de i’Éthiopien Sabacôn.

I paraît que, du temps de ce roi, l’ancienne décoration de la grande porte, située entre les deux massifs du pylône , était en mauvais état , et les niasses entières furent alors refaites à neuf; mais les anciens bas-reliefs de Sésostris furent remplacés par des nouveaux, et Sabacôn s’y mit à la place de Rhamsès le Grand. On l’y voit encore faisant les offrandes d'usage aux dieux du palais et de la ville de Tlièbes ; et quoique le nom de ce roi ait été postérieurement martelé, ces bas-reliefs n’en sont pas moins d un très-grand intérêt par leur style : les figures en sont fortes et très-accusées; leurs muscles vigoureusement prononcés , mais sans avoir rien de ia lourdeur des ouvrages des temps postérieurs. Le roi y est figuré dans des proportions colossales. Il adopta les nom et prénom royaux usités par les Pharaons ; ses cartouches se lisaient :

Le roi , soleil bienfaisant des offrandes , le fils du soleil, le chéri d’Amon, Schabak. On retrouve sa légende rovale sur une des portes du palais de Karnac , sur un des monuments de Tliebes avec la date de l’an 12 , où M. IA ilkinson l’a recueillie le premier; enfin le nom propre du roi , Sabacôn , sc trouve aussi sur la base d une. statue en plasme d’émeraude, d'un pied environ de hauteur, et d’un bon travail, représentant ce roi assis ; morceau précieux qui orne un des appartements supérieurs de la villa Albani, à Rome.

Ce nom se lit encore, comme date, sur quelques amulettes et autres monuments de petites proportions du musée du Louvre. Sabacôn mourut après un règne de douze années.

Les listes de Manéthon lui donnent pour successeur un autre Ethiopien , qu’elles nomment Sévcchos ; et I on

trouve à Abydos le rartouche d’un roi soigneusement le nom de l'Éthiopien qui se lit Sévékowtpli. Deux stèles du Tahraka, leur prédécesseur : le nom musée égyptien du Louvre portent le de Sahacnn reçut le même affront sur même nom propre précédé du cartou- les édifices de Louqsor; et cependant che : Soleil , gardien régulateur du l’ Éthiopien avait donné a ses succesmonde. Mais ces deux monuments, seurs des exemples d’une piété moainsi que le véritable nom de ce roi, deste qu’ils n’imitèrent pas dans leurs sont restés jusqu’ici inconnus ; et c’est fastueuses dédicacés : Tahraka n’avait par erreur que certains critiques , peu mis que ces mots dans celle du pylône sévères dans leurs déductions, ont cru qu’il avait élevé: «La vie! lé roi reconnaître ce nom dans d'autres mo- Tahraka, le bien-aimé d'Anion-Ra, numents qui appartiennent réellement seigneur des trônes du monde. » au prédécesseur de Sévéchos. On lui attribue toutefois, mais il

La plus grande des deux stèles du n'en reste pas de tradition écrite, la musée royal, et un autre monument conquête de toute l'Afrique soptendu même genre , du musée de Vienne, trionale, jusqu’aux colonnes dllercuie; nousfontconnaltreplusieurspersonnes sur les bas-reliefs de Médinet-Ilabou , delà famille du roi Sévéchos, sa femme, ce roi est en effet symboliouement deux de ses filles, sa mère, ses fils et figuré de proportions colossales, teson petit-fils. Il nous reste peu de sou- nant, d’une main robuste , les chevevenirs historiques de son règne ; on lui lures réunies en groupe de plusieurs rapporte . toutefois, ce que dit la Bible peuples vaincus qu’il menace de sa du roi d’Israël, nommé Osée, qui. masse d’armes. Son nom se lit aussi pour résister au roi d’Assyrie Satina- sur les monuments voisins du mont nasar, implora le secours et l’alliance Barkal, dans la haute Nubie; on lo d’un roi d'Egypte que la Bible nomme trouve, enfin, sur plusieurs amulettes Sua; et si l’on a remarqué que le nom du musée royal, de ce roi est emprunté de celui d’une M. Cailliaûd a copié aussi le nom de divinité nommée indifféremment Sew la reine, épouse de ce roi; elle se noniou Sevk , ou ne trouvera plus une ah- niait Amentéh ; on connaît aussi deux

solue différence entre le nom du roi de leurs filles. On ignore s'ils eurent

d’Égypte nommé par la Bible , et notre des descendants mâles; mais on sait Sévéclios : ce fait historique se passa avec, certitude que le règne deTahraka d’ailleurs, selon la Bible, peu de temps finit après une durée de vingt ans : les avant le régné d'un roi nommé Tah- listes de Manéthon nous l’apprennent , raka; et les listes de Manéthon nom- et les inscriptions de Barkal confirment ment ainsi le successeur de Sévéchos. leur témoignage : ces inscriptions sont On trouve en effet sur plusieurs en effet datées de la vingtième année monuments de l'Égypte les cartouches de Tahraka.

d’un roi , qui se lisent : Soleil Atmou , La Bible, dans l'histoire des rois ,

bienfaisant , le fils du soleil Tah- rapporte que. lorsque Sennachérib,

raka : ils sont ainsi sur un édifice roi des Assyriens, attaqua Ézéchias,

qui fait partie des constructions de roi de Jurla, l'Éthiopien Tahraka, Médinetliabou à Thèbcs; pylône de allié d'Ézéehias , conduisit une armée médiocre étendue, dont les massifs, à son secours: l’Assyrie et l’Égypte d’une belle proportion, ont souffert nourrissaient d’antiques rivalités, "mudans plusieurs de leurs parties. Le tuellcment haineuses, et les régions nom , le prénom , les titres, les louan- intermédiaires des deux grands royauges de Tahraka avaient été le sujet mes étaient le théâtre habituel de leurs des bas-reliefs et des inscriptions qui dissensions armées : l'Assyrie ne poudécoraient les faces des deux massifs vait se mouvoir vers les bords orienet la porte qui les sépare; mais, plus taux de la Méditerranée sans que l’Étard , des rois d’origine égyptienne gvpte s’avançât à sa rencontre pour firent marteler ces décorations, et plus Peu tenir écartée; c'est ainsi que l'É-

Digitizec

EGYPTE

gyptc se trouvait l’alliée naturelle des peuples et des villes de la Syrie et de la Palestine. Hérodote dit ' quelques mots de Sennacliérib ; mais il confond les temps et les lieux ; il paraît n’avoir recueilli sur ces circonstances que d'incertaines traditions. I.a Iliblc ne dit point que Sennacliérib alla attaquer l'Égypte; il fut défait par l'ange du Seigneur dans les environs de Jérusalem, et il ne descendit pas jusqu’à Péluse, comme le suppose le récit d’Hérodote. Il dit, d’ailleurs, que ceci se passa sous le règne d'un roi nommé Séthon , prêtre de Phtlia , divinité qui fit pour ce roi un grand miracle, car le dieu suscita une innombrable quantité de rats des champs , qui se répandirent pendant la nuit dans le camp ennemi , et rongèrent si bien les cordes des arcs, les carquois, et jusqu'aux attarhes des boucliers, ouc l’armée, privée de toute espèce d'armes , fut contrainte de prendre la fuite dès le lendemain. En mémoire de cet événement , ajoute Hérodote , on plaça , dans le temple de Phtlia, une statue du roi Séthon , tenant un rat dans sa main , et avec cette inscription: « En me voyant, apprenez à révérer les dieux. »

Si l'on pouvait s'en remettre aux récits d'Herodotc, la mort du troisième roi de la dynastie éthiopienne aurait été suivie de troubles qui auraient fait surcéder l'anarchie à l'autorité royale : mais cette partie du récit d'Hérodote abonde tellement en confusions de temps et de noms , elle est si contraire, dans ses circonstances les plus clairement exprimées , aux indications tirées et des abréviateurs de Manéthnn et de l'autorité des monuments, qu’il est difficile à l’historien éclairé par toutes ces lueurs de la critique, d'adopter la relation de l'élégant écrivain d'ilalicarnasse. Selon lui , le roi Psammélirhus était le fils du roi Néchos,que l'Étbiopien Sabacûn avait fait mourir; mais , selon Manéthon et les monuments , ce Psammetichus était fils du roi Néchao qui fut le cinquième successeur de Sabacûn , au lieu d’en être le prédécesseur. Nous n’inscrirous donc pas , après le règne de Tah-

Wt

raka , ni un période d'anarchie , ni un gouvernement compose d’un conseil de douze rois , que Psatnmétichus abolit à son avantage personnel en s'emparant seul de la royauté.

Nous nous arrêterons toutefois à une autre circonstance qui pourrait nous porter à, croire que la dynastie éthiopienne d’Egypte ne fut pas supplantée et remplacée sur le trône par une famille nouvelle, sans que l’Egypte en fût troublée. Cette famille nouvelle était originaire de Sais.

I.e premier de ses rois se nommait Stéphinatès , selon les listes de Manéthon, conservées par Jules l'Africain; mais , selon ces mêmes listes , d'après Eusèbe , le règne de Stéphinatès , premier roi de la dynastie saïte , aurait été précédé de celui d'un quatrième Éthiopien , nommé Ammerris. On trouve en effet, sur les monuments de style égyptien des environs du mont llarkal , les cartouches prénom et nom propre, en caractères hiéroglyphiques, d'un roi Amonasô, précèdes du litre de fils du soleil , et de tous les signes honorifiques du protocole égyptien. Ces noms se lisent sur le piédestal d’un lion en granit rose ; cet Amonasô régna en Éthiopie quand les Éthiopiens furent rejetés hors de l’Égypte par les Saïtes qui leur succédèrent; Amonasô put ainsi aller continuer son règne dans sa patrie; et lalisted’Eusèbenousconserverait la tradition de ce règne de peu de durée, auquel mit fin l’avenement du premier Saïte. On connaît aussi par les monuments du mont Itarkal deux autres rois d'Éthiopie, nommés Piôuchéi,«t Asplt ou Asphrl, mais il est difficile de déterminer précisément l'epoque à laquelle ils régnèrent. On ]ieut toutefois considérer leur existence comme la suite de l’occupation du trône d'Égypte par des Éthiopiens qbi durent d abord réunir sous un sceptre commun l'Éthiopie et l’Égypte , être relégués ensuite dans l' Éthiopie seule , et y régner tant qu'un roi égyptien ne la soumit pas de nouveau à son autorité : nous verrons d'autres exemples de ces vicissitudes dans l'existence politique dcl'Élhiopie .

habituellement rangée sous l’autorité des rois d'Egypte , et quelquefois temporairement indépendante, se donnant des rois qui inscrivaient leurs noms sur des monuments en langage et en style de l’Égypte , la métropole de l’Ethiopie.

Quoi qu'il en soit , l’Égvpte , qui devait ne supporter qu’avëc amertume une race étrangère sur le frêne de ses anciens rois , fit d'heureux efforts pour les en chasser, et y réussit par l’influence d'une famille originaire de la ville de Sais.

Cette cite célèbre par la somptuosité de ses édifices et par le collège de prêtres que les philosophes de la Grèce venaient si religieusement visiter , cette cité, berceau même d’Athènes, selon les traditions grecques , n’est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines , mais de ruines monumentales par leur immensité. Champollion le jeune les a étudiées et décrites en ces termes :

«Le 16 septembre (1828), à six heures du matin , nous nous trouvâmes amarrés dans le voisinage de Ssa-el- Hagar ; je voulus visiter les ruines de l’antique Sais.

• Nos fusils sur l’épaule , nous gagnâmes le village qui est à une demiheure du fleuve. Nous nous dirigeâmes sur une grande enceinte que nous apercevions dans la plaine depuis le matin.

L’inondation qui couvrait une partie des terrains nous obligea de faire quelques détours, et nous passâmes sur une première nécropole égyptienne bâtie en briques crues. Sa surface est couverte de débris de poterie , et j'y ramassai quelques fragments de figurines funéraires : la grande enceinte n’était abordable que par une porte forcée tout à fait moderne. Je n’essayerai point de rendre l’impression que j’éprouvai après avoir dépassé cette porte , et en trouvant sous mes veux des masses énormes de 80 pieds de hauteur , semblables à des rochers déchirés par la foudre ou par des tremblements de terre. Je courus vers le milieu de cette immense circonvallation , et reconnus encore des constructions ésvptiennes en briques crues, de

1 S pouces de long , 7 de large , et & d’épaisseur. C’était aussi une nécropole , et cela nous expliqua une chose jusqu’ici assez embarrassante, savoir, ce que faisaient de leurs momies les villes situées dans la basse Egypte et loin des montagnes. Cette seconde nécropole de Sais , dans les débris colossaux de laquelle on reconnaît encore plusieurs étages de petites chambres funéraires (et il devait y en avoir un nombre infini ) , n'a pas moins de 1 ,400 pieds de longueur, et près de 500 de largeur. Sur les parois de quelquesunes des chambres, on trouve encore un grand vase de terre cuite , qui servait,! renfermer lesintestins des morts, et faisait l’office des vases nommés <ÿnopes. On trouve du bitume au fond de quelques-uns de ces vases.

« A droite et à gauche de cette nécropole existent des monticules, sur l'un desquels nous avons trouvé des débris de granit rose , de granit gris , de beau grès rouge, et aussi du marbre blanc, dit dcThèbes. Des légendes de Pharaons sont sculptées sur ce mar bre blanc , matière rare en Égypte.

« Les dimensions de la grande enceinte qui renfermait ces édifices sont véritablement étonnantes. Le parallélogramme , dont les petits cdtés n’ont pas moins de 1,440 pieds, et les grands 2,160, a ainsi 7,000 pieds de tour. La hauteur de cette muraille peut être estimée à 80 pieds , et son épaisseur , mesurée , a été trouvée de 54 ieds : on pourrait donc y compter les riques par millions.

« Cette circonvallation de géants me parait avoir renfermé les principaux édifices de la ville de Sais. Tous ceux dont il reste des débris étaient des nécropoles; et, d’après les indications fournies par Hérodote, l’enceinte que j’ai visitée renfermerait les tombeaux d'Apriès et des rois saïtes de la XXVI' dvnastie , ses ancêtres. De l’autre cdté serait le monument funéraire d'Amasis. La partie de l’enceinte vers le Nil a pu aisément contenir le temple de Nèïtli , la grande déesse de Saïs.

« A quelques centaines de toises de l’angle voisin de la porte forcée, exis

tint des collines qui couvrent une troisième nécropole. Elle était celle des grandes familles , et on en a tiré un grand sarcophage en basalte vert, qui était celui d’un gardien des temples sous le roi Psammétielius. >

Hérodote et Strabon , qui ont vu cette ville avant sa décadence, donnent , des monuments publics dont elle était ornée , des descriptions qui nous en laissent une grande opinion. Le temple de Nèïth était le plus somptueux de ces édifices; son frontispice était décoré de grands obélisques, et un vaste bassin , revêtu en pierres , était tout auprès. Une grande fête annuelle v attirait un grand concours de inonde : c’était celle des lampes ardentes , qui se célébrait pendant la nuit , et qui était précédée par de grandes cérémonies religieuses. Les Grecs disaient que Cécrops était originaire de Sais.

La dynastie que oette ville vit sortir de son sein fut composée de neuf rois, et il nous reste de leur règne des monuments nombreux et variés. Ces rois, qui succédaient à une dynastie de conquérants étrangers , semblaient s’efforcer de multipl ièr les monuments, comme pour manifester leur ardent amour du pavs, sentiment né de leur origine meme.

Le premier des rois de cette XXVI' dynastie, celui qui en fut le chef, est nommé Stéphinatis dans les listes de Manéthon; il parvint au trône vers l’année 674 avant l’ère chrétienne.

Son règne dura sept années , voilà tout ce qu’il nous est possible de savoir de son existence. Il en est de même de ses deux successeurs Néchepsôs et NéchaA ; le règne du premier est porté à six années , celui au second à huit dans ces mêmes listes de Manéthon.

L'histoire, par les faits, de cette XXVIe dynastie ne commence qu’avec le règne de Psammétichus. Ses cartouches prénom et nom propre se lisent sur plusieurs monuments ; le premier signifie : Soleil bienfaiteur du cœur, et le second Paamitik. Cette légende royale se voit sur l’obélisque de Monte Citorio, à Rome, sur la ceinture d’une statue en basalte

vert, représentant ce roi, et appartenant au cabinet des antiques à Paris ; sur un petit naos du musée de Marseille; dans les inscriptions d'une statue naophore , en basalte vert , du musée du Vatican, et sur un vase canope de Florence, comme sur plusieurs scarabées et autres monuments de petites proportions.

Les édifices de Thèbes et d’autres lieux de l’Égypte oonserveut aussi les souvenirs historiques du règne de Psammétichus. On les trouve sculptés sur les grandes colonnes de la première cour du palais de Karnac ; dans l’ile de Snem , près de Pbilæ: ses légendes royales rappellent, soit que ce prince se rendit dans cette fie, soit qu’il fit faire, dans les belles carrières de granit rose de cette localité, de grandes exploitations pour servir aux édifices qu'il construisit ou qu’il répara. On voit aussi dans les carrières de grès à Thorrah, près de Memphis, un monolithe tracé à l'encre rouge sur les parois, avec une finesse extrême et une admirable sûreté de main ; la corniche de ce monolithe , qui n’a existé qu'en

E, porte la légende rovale de néticlms. Le musée des Studi , à Naples , possède un beau morceau de granit , portant les cartouclies de Psammétichus : c’est un fragment de la base de l’obélisque de Monte Citorio. Il y a aussi , au Vatican , un papyrus daté de la 20' année du règne de ce roi ; plusieurs figurines portent aussi le nom de ce roi.

Le règne de Psammétichus est fort célébré dans les éorivains de la Grèce , parce qu’il fut le premier des rois d'Égypte qui , s’affranchissant du joug des anciennes coutumes, rendit l’accès île ce pays plus facile aux étrangers. Selon les relations d’Hérodote, Psammétichus accueillit les Cariens et les Ioniens qui se rendirent en grand nombre dans ses Etats ; il leur donna des terres , les traitant a l’égal de la caste militaire dont il les pritppur auxiliaires; il leur donna de jeunes Égyptiens à clever , afin que ces enfants apprissent la langue grecque et servissent d’interprètes aux deux nations : c’est depuis

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cette époque, ajoute Hérodote, que nous autres Grecs , dans nos relations commerciales avec les Égyptiens , avons pu nous instruire exactement, par le secours de ces interprètes, de l’histoire d’Égypte à dater du régne de Psammetichus , et sous les rois qui lui ont succédé ; car ces Grecs sont les premiers étrangers qui , parlant une langue différente de celle du pays , l'ont habité librement.

Psammétichus fit construire les pro-

ylées méridionaux du temple de Phtha,

Memphis, ainsi que le promenoir du bœuf Apis. Ce promenoir était situé en face du péristyle ; le mur d’enceinte était couvert de sculptures, et au lieu de colonnes, on y avait employé des statues colossales de ta coudées de hauteur.

Psammétichus fit aussi la guerre aux nations voisines de l’Égypte; Hérodote prétend qu’il assiégea, durant vingt-neuf ans consécutifs, une ville deSyrie qu’il nomme Azotus. Le règne de ce roi fut en effet très-long; les listes de Manéthon et le texte d'Hérodote le fixent également à cinquantequatre ans.

Cet historien et Diodorc racontent presque dans les mêmes termes une grande émigration de troupes égyptiennes en Éthiopie ; ils en portent lé nombre à deux cent quarante mille hommes, mais les motifs de leur mécontentement sont diversement exposés ; la préférence que le roi montra jiour les troupes grecques fut un de ces motifs ; un autre provenait de ce que Psammétichus avait négligé de relever les Égyptiens des garnisons méridionales apres le terme fixé par l’usage. Ce fut en vain que le roi , par ses généraux et par ses propres exhortations , pressa ces troupes de rentrer; elles s’établirent en Éthiopie; le chef du pays leur donna des terres , et la contrée en prit le nom de pays des transfuges égyptiens.

Diodorc , qui a pris le récit d’Hérodote pour guide , ajoute que Psammétichus , de retour en Égypte , se livra aux soins de l'administration , assura la perception de ses revenus , contracta

des alliances avec les Athéniens et quelques autres peuples de la Grèce; qu’il reçut et traita très-favorablement les étrangers qui venaient visiter l’Égypte : qu’affectionnant les Grecs particulièrement, il fit donner à son fils une éducation toute grecque, et qu’il fut le premier des rois d’Égypte ui ouvrit aux étrangers des comptoirs ans diverses parties de ses Etats, donnant les plus essentielles garanties aux navigateurs qui y abordaient.

Par de telles alhancesPsa,mmeticlni.s nous semble prévoir déjà les intentions des Perses, vouloir les prévenir,et se préparer à les faire avorter en s’associant avec les peuples qui devaient les redouter aussi : mais la nation égyptienne , qui ne comprit pas la portée de ces alliances, murmura contre son roi et le désapprouva : la nouvelle invasion étrangère n'était pas alors imminente à tous les yeux.

Du resté, l’art, sous le règne de Psammétichus, recouvra quelque chose de son antique perfection; ce roi contribua à cette renaissance par les grands ouvrages qu'il fit exécuter; oc qui nous est parvenu de cette époque justifie pleinement notre assertion :

c’était au Vil* siècle avant l’èrc chrétienne,et on ne connait rien de beau pour ces temps-là chez les Grecs alors presque inconnus dans l'histoire des arts.

Hérodote nous dit que Nécos , fils de Psammétichus, succéda à son |ièrc. En effet, les listes de Manéllion nomment Nécliaô II comme successeur de Psammétichus l,r ; de plus , deux belles stèles de l'ancienne collection de M. d’Anastasi nomment ce roi Néchaô et le qualifient de fils de ce Psammétichus. Ces stèles commencent par cette inscription : « Dans l’année I". du mois d’épiphi le l"r jour, sous le sacerdoce du roi soleil... du cœwr, le fils du soleil, Néchaô, etc. »

Les deux cartouches du roi se retrouvent, avec deux variantes remarquables , dans un dessin fait à Rosette , en l'année 1777, par un nommé Cloquet, et appartenant depuis longtemps au cabinet des eslain|>es de la bibliothèque royale de Paris. Champollion le jeune

EGYPTE

a consigné cette remarque importante , et expliqué ces variantes dans son manuscrit sur les dynasties égyptiennes , et son illustre plagiaire n'a pas hésité à s'emparer de cette remarque comme l’ayant faite lui -même à Rosette. Que répondrait-il à un honnête homme qui le prierait de lui indiquer le lieu, la roccia, oii ces deux cartouches existent, stanno scolplti ? Une note écrite sur le dessin dit qu’ils étaient sur un bloe de pierre isolé; et qu’est devenu ce fragment depuis l’annee 1777?

Je trouve aussi dans le même manuscrit de mon frère le dessin et la traduction d'une stèle funéraire qu’il a vue à Alexandrie, dans laquelle le roi Néehaô est nommé, et dont les dates et les nombres seront d’une utilité immédiate pour l’ordre chronologique des rois de la XXVI' dynastie égyptienne. Voici le texte de la portion importante de ce précieux monument :

• Le prêtre Psammétichus naquit heureusement l’an III, le 1" jour du mois de paôni , sous le règne du fils du soleil Néehaô. I J durée de sa vie fut de LXXI ans, IV mois et VI jours , et il mourut l'an XXXV, le 6' jour du mois de paôni du règne du fils du soleil Amasis. »

Cette date de la troisième année du règne de ISérliaô est la plus élevée que l’on connaisse; il est porté à huit années dans les listes de Manéthon. Hérodote attribue à Néehaô les premiers travaux pour établir le canal de communication entre les deux mers, la Méditerranée et la mer Rouge.

L’importance commerciale et politique de ce canal fut connue de l’antiquité : cet ouvrage fut plusieurs fois entrepris et plusieurs fois abandonné.

Selon Hérodote, Néehaô y aurait vu périr cent vingt mille hommes employés à le creuser. Il fut ouvert sur le point où se trouve la moindre distance entre le Nil et la mer Rouge. Il tirait son origine de la branche pélusiaque du fleuve , dont il était une dérivation, près de Rubaste, se dirigeant de là, à l’est, jusqu'à l’entréedel’Ouady actuel; le cours de l’Ountly en était la prolongation , aussi à l’est , sur une longueur 24e Livraison. (Égypte.)

de quinze lieues; le canal traversait ensuite les lacs amers par une inflexion au sud-est , sur huit a neuf lieues d’etendur. ; enfin , par une autre inflexion vers le sud , et cinq lieues de longueur, il atteignait le golfe Arabique : ce canal avait donc vingt-cinq lieues de développement , et la navigation totale du Nil au golfe Arabique était de trente-trois lieues , y compris le trajet des lacs. Hérodote ajoute que la traversée exigeait quatre journées , ce qui fait supposer qu’elle sc faisait à la rame ou à la cordelle. La largeur du canal était variable selon la nature du terrain ; sa profondeur ne devait pas être moindre que celle qu’exigent des bâtiments tirant de douze a quinze pieds d’eau , et saqicnte devait être plus considérable durant les hautes eaux du Nil que dans l'état ordinaire du fleuve. Il reste , toutefois , quelques doutes sur la complète exécution de ce canal dès le temps des Pharaons, et les traditions sont diverses sur ce point important.

Aristote rapporte que les Pharaons discontinuèrent les travaux de ce canal après qu’ils eurent été informés que la mer Rouge était plus élevée que les terres d'Egypte ; et , sur cet avis , l'entreprise n aurait été conduite que jnsqu’aux lacs amers. La mer Rouge est, en effet, plus élevée de trente pieds au moins que la Méditerranée : les nivellements exécutés par les géomètres de l’expédition française en Égypte ne laissent subsister aucun doute' sur ce sujet : que ceux qui voudront l’approfondir s’éclairent, comme nous venons de le faire , aux savantes investigations de M. l'ingénieur Le Père :

nous y avons cherché les vestiges de la grande entreprise attribuée par Hérodote au Pharaon Néehaô IL Il est certain que ce même roi porta la guerre en Syrie; il s’y prépara en faisant d’abord construire des vaisseaux ; les traces de ses chantiers subsistaient encore quand Hérodote visita l’Égypte. Néehaô conduisit ensuite son armée par terre, et défit les Syriens près de Magdole, ou plutôt Mageddo selon la Bible. On lit en effet, dans le quatrième livre des Rois , que du temps

de Josias, roi (le Juda, Néchaô avant marché contre le roi d’Assyrie vers l'Euphrate, Josias alla au-devant du Pharaon et fut tué à Mageddo ; que son (ils Joachaz fut élu roi à sa place.

A peine Joachaz régnait depuis trois mois, qu'il fut détrôné par Néchaô, ui lui substitua Éiiachim, autre fils e Josias, et envoya Joachaz prisonnier en Égypte, après avoir mis à contribution Jérusalem et le royaume de Juda. Éliachim, nommé aussi Ioacim, demeura tributaire de l’Égypte, jusqu’à l’époque où le roi d’Àssvrie se substitua, par la force des armes, au roi d’Égypte dans la perception de ces tributs , et ceci arriva , selon les prophéties de Jérémie, dans la quatrième année du règne de Ioacim.

La courte durée de celui de Nécliaô II , qui n’est porté qu’à six années dans les listes de Manéthon, s’accordera-t-elle avec les indications chronologiques de la Bible? Aucun doute ne peut s’élever à ce sujet; car Néchaô attaqua Josias, et celui-ci perdit la vie dans cette rencontre. Joachaz succéda à son père, mais il ne régna que trois mois. Ioacim vint après, et c'est à la quatrième année de son règne que Néchaô perdit sa conquête en Syrie, par suite d’une bataille donnée sur l’Euphrate, et gagnée contre lui par Nabuchodonosor, qui le repoussa dans la frontière ordinaire de l’Égypte: ces rapports historiques se corroborent donc réciproquement.

A Néchaô succéda Psammétichus IL Les rapports de la Grèce avec l’Égvpte étaient devenus de plus en plus 'fréquents ; les Éléens y envoyèrent des députés chargés d’étudier ses institutions publiques comparées avec celles de la Grèce. Ils reçurent de sages conseils des prêtres égyptiens.

Les nom et prénom du second Psammétichus se trouvent sur un assez grand nombre de monuments encore subsistants. Le nom y est écrit avec les mêmes caractères que celui de son aïeul ; mais le prénom royal diffère par un signe, et il signifie soleil se réjouissant dans le coeur. Il avait élevé un propylon pour un des temples de Mem-

phis, et les matériaux de l’édifice pharaonique ont servi à la construction de la citadelle arabe du Caire; on y voit encore un bas-relief représentant Psammétichus II faisant la dédicace de ce propylon; d’autres blocs épars, provenant aussi de Memphis, offrent cette particularité vraiment historique, de porter encore une légende royale gravée dans une aire carrée et’ creuse, annonçant sous quel roi le bloc a été tiré de’la carrière, et pour quel édifice il était destiné : plusieurs de ces blocs sont signés du règne de Psammétichus II. l)es inscriptions de l'Ile de Snem, à l’extrémité méridionale de l’Egypte, contiennent le nom de ce même roi; il se voit aussi sur un beau sarcophage, sur une figure thalamophore et sur la base d'une autre ligure en bronze du musée du Louvre; on l'a aussi recueilli dans quelques tombeaux des environs de Memphis. L’obélisque de la Minerva, à Rome, fut élevé en Égypte par Psammétichus II. Ce roi fut honoréd'un sacerdoce ;unestatuette en basalte vert porte une inscription qui se lit: Aménowthph, fils d'IIorus, prêtre de Nèïth et de Psammétichus, chéri de Nèïth, né de l’adoratrice de Néïth , dame de la région de Sésaw, Tsanisis.

Une autre figure en basalte noir, qui était à Florence, porte la date suivante : l’an XI, de phaménoth le l,r, du roi soleil, etc., Psammétichus. Plusieurs recueils archéographiques font connaître d'autres monuments isoles du même règne, et le nom de ce roi n’est pas rare sur les scarabées et les amulettes; on le voit même accompagné d’une inscription en caractères cunéiformes (de Babylone) sur un cylindre : un prêtre est a genoux devant le cartouclie royal.

Le règne de Psammétichus II fut de dix-sept ans srlon tous les textes d'Eusèbe tirés de Manéthon ; Hérodote ,

3ui nomme ce roi Psammis , et la liste e Jules l'Africain, ne lui assignent que six années; on verra, par quelques chiffres tirés de quelques stèles égyptiennes , que le nombre 17 , donné par Eusèbe , est confirmé par les monuments.

EGYPTE

Les restes Je Médinet - Habou , à Tliel>es , et les excavations d'ÉI - Assasif, fournissent plusieurs renseignements sur la famille de Psammétichus.

Il parait, d’après ces renseignements, que le nom de Nitoeris (Nèïth victorieuse) fut adopté pour les femmes de cette race royale ; il fut porté en effet |»nr l'épouse "de l’sammétichus I",par celle de Psamméticiius 1 1 , et peut-être aussi par une de ses tilles, comme on pourrait le conclure de réparations faites aux colonnes protodoriqnes du palais de Medinet-Haliou , sous le Pharaon Acoris, ou moyen de pierres provenant d'un petit édifice élevé par cette princesse, qui est nommée avec son père a Kl-Assasif. On trouve aussi le nom de la Nitoeris , femme de Psanimétichus II, sur un amulette de porcelaine émaillée, ayant la forme d’un cartouche roval , et sur les débris d’une statuette de bronze, l’un et l’autre objets appartenant au musée royal de Paris. Les deux cartouches de cette reine se lisent : La mère dame des grâces, la chérie de Mouth, Nitoeris.

Nous aurons bientôt l’occasion de parler d'une de ses filles, qui devint la femme de l'usurpateur Amasis ; et c’est en rappelant quelques circonstances du régne de ce dernier, que nous retrouverons le lieu d’indiquer avec quelque certitude, la durée du règne de Psammétichus II , et de celui de son successeur.

Les listes de Manéthon nomment ce successeur Vaphris, Vaphrès; la Bible Lhophra ou Hoplira . et Hérodote Apriès, en le disant fils de Psammétiehus II. Diodore de Sicile n’est pas moins formel à l’égard du rang que cet Apriès doit occuper dans la dynastie des Saîtes. lorsqu'il le comprend dans les quatre règnes (Suites) qui suivirent la mort de Psammétichus I"; Apriès fournit le troisième de ces règnes, et A masis le quatrième, qui fut, de fait, le dernier, Cambyse occupant déjà une portion de l’Égypte à la mort d’Amasis.

Hérodote dit aussi que le Pharaon Apriès fut, après Psammétichus II, son bisaïeul , le plus heureux de tous

les rois ses prédécesseurs , pendant une partie de son règne. Il fit la guerre contre Sidon , vainquit les Tyriens sur mer ; il obtint les mômes succès sur les Cypriotes et les Phéniciens réunis , si l'on s’en rapporte à l'assertion de Diodore de Sicile. Apriès prêta aussi quelque secours à Sédécias, roi de Juda, contre le roi d'Assyrie et ses Chaldéens; mais ces secours ne furent point efficaces; le roi de Juda perdit la vie, Jérusalem fut prise, le temple du Seigneur dépouillé de ses richesses en or et en bronze ; et libre un instant au sein de ces calamités, le peuple des Juifs s’enfuit en Égypte, maigre les lamentations et les menaces de Jérémie.

Du reste, le prophète annonça que Dieu avait mis Apriès dans les mains de ses ennemis, de ceux qui cherchaient son âme. Les succès d’ A priés, en effet, touchèrent bientôt à leur terme.

Il avait pris pour prénom un cartouche qui peut signifier soleil qui se réjouit dans le cœur, et pour nom propre le cartouche-prénom de Psammétichus II , son père. On trouve ces signes onomastiques et royaux dans une inscription de l’Ile de Philæ, où ils ont été recueillis par le savant voyageur anglais Wilkinson; on les voit aussi réunis ou isolés sur une statue thalamophore du musée royal du Louvre, sur un fragment de revêtement en bronze d’une antique porte en bois, ornée d’un mufle de lion , remarquable par la perfection du travail ; on les lit de même sur deux faces de l'obélisque de la Minerva à Rome, qui porte aussi les noms du père de ce Pharaon. Les cartouches d’Apriès existent de même parmi les nombreuses inscriptionscommémoratives gravées sur les rochers de l’ile de Snem , près de Philæ ; enfin , sur les débris de constructions égyptiennes employés par le grand Saladin pour élever la citadelle du Caire.

Tous ces monuments appartiennent aux temps où les affaires du roi Apriès prospérèrent. Ces succès rengagèrent a porter une armée contre Barce et la Cyrénaïque; elle fut défaite. Ce qui survécut vit dans cette entreprise une

trahison ; cette opinion s'accrédita, et les troupes égyptiennes se mirent en pleine révolte.- Le roi , pour les apaiser et les ramener au devoir, dépêcha vers elles Amasis, homme considéré parmi les Égvpticns. Amasis haranguait les troupes mutinées ; il remplissait ce devoir, mais sans succès; un soldat qui se trouvait derrière lui pendant qu'il discourait, lui mit un casque sur la tête, en s’écriant; Qu’il soit notre roi! Et la volonté d' Amasis se trouva tout aussitôt d'accord avec ce voeu confirmé par l’assentiment général. Amasis fut salué roi par l’armée; ce fut en vain qu’Apriès tenta par ses envoyés dé le rappeler au devoir et à la soumission ; l’oujet de la contestati on fut remis à la force des armes. Les soldats égyptiens se réunirent sous les enseignes "d’Amasis : les mercenaires cariens et ioniens vendirent leurs secours à Apriès; ils furent vaincus dans un combat livré près de Momemphis, la Manouf-Eisefny, ou Manouf rinférieurc, des nomenclatures arabes.

Amasis triomphant entra dans Sais , résidence des rois saïtes ses prédécesseurs , et s'établit dans leur palais. Il y conduisit avec lui Apriès, qui continua d'habiter cette demeure royale où il fut quelque temps fort bien traité.

Mais les clameurs populaires imposèrent à Amasis une rigoureuse résolution ; il fallut livrer Apriès à la populace qui l’étrangla. Il fut ensuite , par les soins d’Amasis sans doute, inhumé dans les tombeaux royaux de sa famille.

Hérodote dit que ces tombeaux existaient dans l’enceinte de l’Hicron de Nèïth , auprès du principal édifice , le temple proprement dit, a main gauche en entrant. On a vu, par la description de l’état actuel des ruines de Sais, que la vaste étendue de la grande enceinte suffisait à tous ces édifices , et qu’une attentive restauration y marquait distinctement la place de chacun.

Telle fut la fin du Pharaon Apriès.

Il parait que la haiue pnhlique s attacha à sa mémoire, que l’humanité d'Amasis ne put pas l'en préserver; et l’on a cru en reconnaître les preuves

trop évidentes sur que.ques monuments , notamment sur une stèle où , parmi plusieurs rois nommés , on trouve immédiatement avant le nom d'Amasis celui d’un prince qualifié de Rômesto, mot qui emporte étymologiquement l'idée de hame profonde. Le môme cartouche se retrouve sur une statue naophore du Vatican ; et , comme la stèle est d'une époque postérieure au règne meme d'Amasis , et date du règne de Darius , on a présumé que ce cartouche outrageant pour le roi Apriès avait été substitué au cartouche consacré durant sa prospérité , et adopté dans les inscriptions publiques ; les rois perses n’avaient aucune inclination à protéger l’honneur des rois égyptiens saïtes.

Le règne d 'Apriès fut de 19 ans selon Jules l’Africain, et de 25 ans selon Kusèbe et Hérodote. La môme incertitude subsiste à l'égard de la durée du règne de Psammctichus II , portée à 17 ans par les uns, et à 6 années seulement par d’autres critiques. De précieux monuments vont décider de tous ces doutes , et compléter nos renseignements sur l'état , les actions et les règnes de la XXVI* dynastie. Le lecteur verra , par un exemple , quelle est la valeur historique des monuments égyptiens, de ceux môme des moyennes castes, quand les inscriptions égyptiennes qui nous les expliquent renferment des dates clairement exprimées.

On a vu plus haut la traduction de quelques lignes de la stèle funéraire d’un prôtre nommé Psnmmétichus , ui naquit le lrr paôni, de la 3* année u règne de Nécnaô II, mourut le 6 de paophi , de la 35* année du règne d’Amasis, ayant vécu 71 ans, 4 mois et 6 jours.

J’ai sous les yeux le dessin d'une autre stèle de la môme famille ; c'est encore un Psammétichus qui naquit le 1" épiphi de l’an 1" du règne de Nécliaô II ; mourut le 28 pharmouthi de la 27' année du règne d'Amasis, ayant vécu 65 ans, 10 mois et 2 jours.

La première stèle a déjà été men-

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