‹ L'UniversChapitre 37 sur 42 · ÉG Y P T E · texte numérisé non relu

ÉG Y P T E

lionnée, et même expliquée par un <k>itsefi.\erpour la duréedes règnes sucécrivain italien qui explique tout har- cessifsdc Psammétichus II et Apriès, (liment, et qui ne s'est pas toutefois et comme la liste d’F.uscbe, dans ses diaperçu qu’il y a un déficit de cinq jours vers textes , s’accorde à fixer la durée dans la somme de la durée de la vie du règne de Psammétichus II à 17 ans, du défunt Psammétichus ; car les plus nous adopterons ce nombre , et nous simples notions du calendrier égyptien laisserons une durée égale au règne démontrent que 71 ans, 4 mois et 6 d'Apriès, qui n’est porté qu'à 19 ans jours donnent 26,041 jours , et qu’il y dans les listes de l'Africain, a réellement cinq jours de plus du rr Nous nous abstenons d'examiner ici jour du 10* mois égyptien de la 3* les notions précises que ces deux dates aimée de Néchaô, au 0* jour du 2* renferment sur l'état du calendrier mois de la 71* année suivante, qui égyptien au sixième siècle avant Père était la 35° d’Amasis. Le biographe chrétienne , et particulièrement sur la égyptien a oublié de compter les cinq manière alors en usage de compter les jours complémentaires, qui, après la années du règne des rois, notions du 7 l'année révolue, se trouvèrent entre plus haut intérêt pour la supputation le 1" paôni, où commençait la 72°, et de la chronologie égyptienne: nous lefipaôplùque mourut Psammétichus; n’avions en vue que d'éclaircir les difet le savant italien n’en a pas moins facultés qui subsistaient encore sur trouvé la parfaite explication de ce quelques points de ('histoire des rois nombre erroné. La seconde stèle est ae la XXVI' dynastie, exacte dans ses déductions : elles nous Amasis en fut réellement le dernier, apprennent, par leur commun témoi- l’enfant qui lui succéda de droit ayant gnage , qu’il s’était écoulé 65 années a peine touché aux marches du trône, entières entre la 1” du règne de Né- Amasis était originaire de la petite ehadllet la 27* du règne d’Amasis, ville de Siouph, dans le voisinage de etaussiqu’un intcrvallede7i annéesen- Sais. Son origine plébéienne ne le mit tières séparait la 3° année de ce même pas d’abord en grande considération NéchaÔ , de la 35° de ce même Amasis. parmi ses sujets ; il sut se relever par Si donc , sur les 65 ans du premier sa prudence et son habileté : il se coincompte, on soustrait 5 ans pour le para , dans une occasion solennelle , à reste du règne de Néchaô, et les 26 un vase d’or, employé d’abord à de déjà écoulés du règne d’Amasis, il res- vulgaires usages, et qui, changé en tera 34 ans pour les deux règnes suc- statue de dieu , fut en grande vénéracessifs de Psammétichus II et Apriès, tkm parmi les Égyptiens. Il passait et il sera dès lors difficile d’accorder pour savoir concilier les plaisirs et le à l’un 17 ans, et à l’autre 25 selon commerce familier de ses amis avec Eusèbe , ou bien de ne donner aux les devoirs et la dignité de son rang, deux règnes réunis que 25 ans, selon Comme tous les rois nouveaux ve- Jules l’Africain. nus , Amasis déploya une grande ma-

Si encore, sur les 71 ans de l’autre gnificcnce, fit élever ou réparer un stèle , nous laissons à Néchaô II 3 ans grand nombre d’édifices , orna les tempour le reste de son règne , et à Ama- pics de riches ouvrages , et l’histoire sis les 34 années déjà révolues , il nous écrite a rapporté comme véridique restera encore 34 ans , comme par les tradition que jamais l’Égypte ne fut supputations de l’autre stèle , pour les dans un état aussi florissant qu’elle deux règnes successifs de Psamméti- l’était sous le règne d’Amasis ; que le chus II et d’Apriès. fleuve ne fut jamais si bienfaisant , ni

C’est donc à ce nombre , tiré de la terre plus féconde : on y comptait deux monuments que leur espèce place jusqu’à vingt mille villes , toutes haau nombre des plus authentiques , bitees.

comme leur texte au nombre des plus Memphis etSaîs furent les deux villes précieux , c’est à ce nombre 34 qu’on plus particulièrement embellies par

Ainasis. Dans la première , il éleva un temple à Isis, remarquable par sa grandeur et sa magnificence; il fit placer devant le temple de Plitlia un colosse couché, de 76 pieds de longueur, et deux statues en granit rose de 20 pieds de hauteur. A Sais , les propylées du temple de Néïth furent son ouvrage , et l’antiquité les signala pour leur magnificence. Hérodote pensait que ces propylées surpassaient en élévation et en étendue tous les autres monuments du même genre , particulièrement par la masse et la qualité des pierres. Amasis y ajouta des colosses de proportions extraordinaires , des sphynx à tête humaine également colossals ; et les matériaux de ces belles constructions furent tirés ou des carrières en face de Memphis (les carrières de Thorrah), ou des environs d'Élépliantine (les carrières de granit): Saladin les employa aussi a sa citadelle du Caire, ou là science moderne reconnaît ces blocs doublement historiques, au nom d’Amasis qui est gravé dans une aire en creux sur une de leurs faces intérieures.

Amasis fit aussi tirer des carrières de Syène le célèbre naos monolithe qu’il consacra à la déesse Nèïth dans son temple de Sais. On mit , dit Hérodote, trois années à le transporter; deux mille mariniers y furent employés; ses dimensions étaient de 21 coudées (Il mètres) en longueur; 14 ( 7 mètres 4 ) en largeur, et 8 (4 mètres 4 ) en hauteur. Le. même historien a vu ce temple d’une seule pierre à la porte du grand temple; on ne l’avait pas placé dans l’intérieur; l'entreprise avait été interrompue par des circonstances sur lesquelles l’histoire s’est diversement exprimée : de plus grandes masses de granit ont été extraites , transportées et employées dans la basse Egypte par les Égyptiens. On voit aussi , au musée royal de Paris, un magnifique naos monolithe en granit rose, ou a vécu l’oiseau sacré de Nèïth ( la chouette) dans le temple même de Sais , ouvrage admirable par sa masse comme par l’excellence du travail et des sujets mythologiques dont il est orné. Ama-

sis fut un ami sincère des arts; et, si l’on veut juger de l’eflicacité de ses efforts et de son influence pour prévenir leur décadence, il suffira de comparer, au Louvre, le monolithe d’Amasisqui vient d'être indiqué, avec un ouvrage du même genre tiré de Phihe et exécuté du temps des Ptolémées. C’est donc sans en être surpris qu’on lit sur les rochers granili-

3 u es des environs de Philæ, le nom 'Amasis parmi ceux des Pharaons qiy les firent exploiter pour les édifices publics qu'ils élevèrent.

Les monuments de son règne ne sont pas rares dans les collections d’Europe. Une statue en basalte noir de la villa Albani , à Rome , conserve encore les traces du nom de ce roi. Au Vatican , le même nom se lit sur une statue naophore, en basalte noir : c'est l’image d’un chantre du roi Amasis. Celle d'un des prophètes, autre classe de prêtres, du même roi , existe à Florence ; elle est aussi naophore, en basalte vert.

Un vase, dit canope , se voit dans la même ville , portant aussi le prénom royal du même roi. On reconnaît ce nom sur un grand nombre de scarabées, d’amulettes et d’ouvrages de petites proportions. Sa légende complété se lit a Eiéphantine et les fies voisines ; et le cartouche nom propre se compose indifféremment de trois ou de quatre signes. Dans ce dernier cas , la ligure de la chouette s’y trouve le troisième signe ; il est ainsi composé dans la légende royale d'Élépliantine, et sur un sarcophage du musée britannique; mais plus ordinairement le prénom roval se coinpose du disque du soleil , d'un vase a une seule anse vu de profil , et du vase à deux anses vu de face. Le cartouche nom propre se lit Se-rè AaJims, le fils du soleil A limasis, ou bien Nt-ceAams, le fdsde Nèïth Alunasisicesdeux variantes sont constatées par les monuments ; et à ces titres Amasis ajoute quelquefois celui de modérateur du monde; nn scarabée du musée de Turin en fait foi.

Amasis laissa un fils qui lui succéda; mais l'histoire n’avait pas conservé le nom de la reine son épouse : Chain-

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pojlion le jeune l’a retrouvé dans les ruines de Karnae à Thèbes , où il est gravé sur un petit édifice situé hors de la grande enceinte, entre la porte élevée par le roi Méneplitha et le propylon du nord. La reine est figurée dans la frise sculptée qui orne ce monument ; le roi Amasis , son époux , fait son pendant dans le même sujet de cette frise. Les deux cartouches de la reine contiennent son nom Onk-nas, les signes du cartouche prénom de Psammétichusrr, et l'indication qu'elle est sortie de sa royale race. Si ce témoignage unique avait laissé quelques doutes sur la généalogie et Pétât de cette princesse , un autre monument , récemment découvert , servirait à les détruire.

Le voyage fait à Thèbes par le bâtiment français le t.uxor avait fait découvrir par un officier de l’équipage, derrière le Rhamesséum de Sesostris , et au fond d’un puits funéraire creusé dans le roc à t25 pieds de profondeur, un sarcophage du plus beau basalte vert , couvert d’inscriptions hiéroglyphiques et de sculptures sur toutes ses faces extérieures et intérieures; son couvercle est également chargé d’inscriptions, le dessus étant occupé par la figure en relief de la déesse Athyr. Ce sarcophage est celui de la reine' Onk- Nas; elle y est nommée comme fille d’un roi Psammétichus et d’une reine Nitocris ; et le témoiguage des monuments nous fait reconnaître dans ce roi Psammétichus IL Ce prince avait donc eu de la reine Nitocris deux enfants , Apriès , qui lui succéda , et une fille nommée Onk-Nas, qui fut l'épouse d’Amasis, usurpateur de la couronne royale sur Apries ; le même Amasis , maître du trône, épousa la sœur du roi détrôné, n’oubliant pas que les filles succédaient à la couronne à délaut d'enfants mâles , et se garantissant ainsi des embarras éventuels des prétendants. La reine Onk-Nas mourut pendant les temps prospères du règne d’Amasis , qui la fit inhumer à Thèbes , où la profondeur du puits funéraire ne devait cependant pas la garantir des outrages d'un conquérant étranger.

Ceux qui ont recueilli le sarcophage de la reine ont remarqué que ce puits avait été violé très-anciennement; que le sarcophage avait été ouvert, que la momie en avait été arrachée et brûlée près du sarcophage même , où existaient encore des débris d’ossements charbonnés , dont quelques-uns conservaient des traces de dorure.

Tous ces outrages au corps embaumé d’une reine révèlent une fureur impie; et les souvenirs de l'histoire désignent Cambyse, roi de Perse, comme s’en étant rendu coupable. On sait que ce conquérant, maître de Sais , fit retirer du tombeau la momie d’Amasis, la fit battre de verges et percer de coups d'aiguille; il voulut aussi qu’on lui arrachât les cheveux et qu’elle fût brûlée. Dans l’année d’après , maître de Thèbes , il viola les tombeaux , voulut voir les corps qu’ils renfermaient , et il n’oublia pas celui de la femme du roi dont il avait profané les restes à Sais : tel fut le sort de la dépouille mortelle de cette reine , dont le sarcophage, déposé momentanément à Paris , a passé dans le musée royal de Londres. Les historiens parlent d’une autre femme d’Amasis , native de Cyrène, nommée Ladicè, que Cambyse trouva encore vivante, et renvoya honorablement à sa famille :

mais les expressions d’Hérodote et le silence des monuments ne permettent pas de reconnaître dans la Grecque de Cyrène une seconde femme d’Amasis.

On cite, il est vrai, les Cyrénéens parmi les peuples dont Amasis rechercha l’alliance : leur voisinage de l’Égypte rendait nécessaires de pacifiques relations entre ces deux peuples. Du reste, Amasis continua de favoriser les Grecs ; il leur accorda la ville de Naucratis pour résidence, leur concéda des enceintes consacrées , et la liberté d'y adorer leurs dieux; les villes grecques les plus commerçantes s'associèrent pour y élever un Helténium ; d’autres villes consacrèrent des temples à des divinités particulières ; et Amasis, s'identifiant de plus en plus avec les intérêts de la Grèce, contribua pour raille talents à l’édification du

nouveau temple de Delphes. Il donna ’ui-même plusieurs statues et des ouvrages de prix à divers temples de la Grèce; Hérodote nous affirme les avoir vus lui-même dans ces temples. Il dit aussi que , pour la première fois , l’ile de Chypre tut soumise et réunie à l'Egypte par Amasis.

Rien n’est plus connu , parmi les faits singuliers de l’antiquité, que l’histoire de l’anneau de Polycrate, tyran de Samos. Il était le plus heureux des hommes , et entretenait ses relations d’affection , et vraisemblablement aussi de politique, avec Amasis. On a conservé la copie d'une lettre que le roi d'Égypte écrivit au chef samien , pour l’engager à se défier de la fortune et à se préparer à ses revers , en s’imposant lui-même les plus pénibles privations. Selon ce sage conseil , Polvcrate fit jeter dans la mer cet anneau qu’il aimait par-dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait été avalé par un magnifique poisson qui fut jugé digne de la taule de Polycrate, et l’anneau fut retrouvé en le préparant pour son repas. Le temps des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis.

L'histoire grecque a aussi fait connaître les relations de Solon, l'un des sept sages de la Grèce, avec le roi d’Égypte.

* Ce roi, qui s’est fait dans la mémoire des hommes une juste renommée, mourut après un règne de 44 ans, selon les témoignages historiques les plusdignes de foi , accrédités directement par un bas-relief égyptien, qui porte pour date (le ce règne ce même nombre a’années:

Amasis fut inhumé dans le tombeau qui lui avait été préparé dans l’enceinte de l’Hiéron de Nèïth à Sais. Ce tombeau était situé dans la cour extérieure du temple; il consistait en une très-grande salle soutenue par des co»

lonnes à chapiteau imitant le palmier; un naos fermé par deux portes contenait le sarcophage et la momie du roi.

Amasis eut pour successeur son fils qui porta le nom de son aïeul maternel le roi Psammétichiis ; il fut le Psanime- (ichus III de la dynastie saïte. Les

historiens et les listes de Manéthon le nomment Psammachérites , Psamménite, et les monuments Psamniétiqiie , comme ses aïeux. Son cartouche prénom , qui signifie soleil vivificateur des offrandes, se trouve, suivi de son nom propre , sur un des édifices de Karnac, sculpté à côté de celui de son père Amasis. Mais l'histoire ne rapporte de ce prince que les infortunes qui signalèrent son règne, presque inaperçu, de six mois. Alors les destins dè l’antique royaume des Pharaons s'accomplissaient; Cambyse armait contre I Égypte : le torrent dévastateur allait déborder sur elle et l’engloutir. La XXVI* dynastie avait fait son temps après une durée de t.r>0 années, pendant lesquelles huit rois s'étaient succédé sur le trône. On était à l’an S25 avant l’ère chrétienne.

Il y avait alors à peine douze années qu'une peuplade de l’Asie occidentale, presque inconnue et presque inculte , quittant inopinément les bords de rAraxe, et entraînant avec elle d' innombrables auxiliaires plus incultes encore et tirés des régions limitrophes, s’avancait, invincible, vers le nord-ouest de ce vaste continent, conduite parCyrus déjà chef de toutes les tribus et suivi de ses mages, et commandée par les princes Acliniéuides et la caste privilégiée des Pasargades. Le Tigre et l'Euphrate avaient été franchis; Suse, llabylone et les vastes provinces dont ces splendides cités furent l’ornement, étaient soumises et occupées ; la Syrie , dont le patriotisme mercantile, nativement indifférent sur la personne du maître, avait acheté du vainqueur, à assez bon prix , la permission de continuer en paix ses trafics et son lucre avec l'Europe et l’Asie, avait aussi accepté sans murmure le titre de satrapie persane , et ses rois celui de vassaux tributaires de la nouvelle puissance. Ainsi les Perses étaient à la porte dé l'Égypte lorsque Cyrus mourut.

Cambyse , son fils , continua son règne , f’exécution de ses vues et ses conquêtes. Les historiens grecs ont cherché et recueilli avec grand soin les

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causes de l'invasion de l'Égypte par Ciunbyse ; et ils racontent , à ce sujet , un certain nombre d’anecdotes, réellement indignes de la gravité de l'histoire. Cambvse aurait demandé au Pharaon Amasfs sa tille pour épouse, et Atnasis lui aurait envové la fille d’Apriès , engageant ainsi le roi de Perse dans une inégale alliance. Cambvse avait demandé un habile oculiste; et le chirurgien envoyé par Atnasis, considérant sa mission comme un exil , aurait séduit Cambyse à marcher contre l’Égypte. Cambvse serait aussi le petitfils d’ A pries, et serait venu venger son grand -père contre l’usurpateur Amasiset sa descendance. Cambvse, enlin , aurait voulu venger sa mère à laquelle Cyrus, son père, avait préféré une esclave égyptienne : ces historiettes n’ont d'autre 'mérite que celui, si c’en est un , de nous protirer qu’il y avait aussi dans l'antiquité des bons esprits disposés à tout croire : l’histoire du beau caniche de la duchesse de Malborough n’est peut-être pas bien moderne.

L'invasion de l’Egypte par les Perses ne fut que la conséquence nécessaire de la marche d'une peuplade barbare, passant de la vie nomaae à la vie conquérante; se portant , comme toutes les invasions des nomades asiatiques , de l’est à l'ouest , et rencontrant l’Égypte riche et puissante sur son chemin. Cambyse avait succédé à Cyrus depuis cinq ans.

Il avait pour auxiliaires des Perses un corps d’ioniens et un corps d’Éoliens qu'il regardait comme les esclaves de son père. Un traité avec les Arabes le préserva de tous les inconvénients du désert , et il s’avança vers Péluse. Psaminénitc s’y était établi avec l’armée égyptienne; elle fut défaite, et courut en désordre se jeter dans Memphis. Des parlementaires envoyés par Cambyse furent massacrés ; mais .après un assez long siège , les Égyptiens n’eurent d’autre ressource que de se rendre : Memphis et son château furent livrés aux Perses , et Psamménite descendit du trône apres un règne de six mois : l’Égypte fut dès lors soumise à l’étranger vainqueur: l'histoire

a dit comment l’insensé Cambyse usa de sa victoire.

Ce chef persan fut le premier roi de la XXV Ir dynastie : il occupa et gouverna l’Égypte militairemeut ; la barbarie y fit une guerre ouverte à la civilisation , et le fanatisme des mages de la Médie porta la désolation dans les sanctuaires de l’Égypte. Psamménite , dépouillé de la royauté , fut exposé à toutes les douleurs , à toutes les humiliations de sa cruelle condition ; il vit sa fille réduite au service des esclaves, son fils conduit au supplice; mais il ne s’en émut pas : ces malheurs domestiques, disait- il, étaient trop grands pour être pleurés. Sa noble contenance intéressa un moment Cambyse et ses Perses ; et des historiens oiit cru que Psamménite en aurait obtenu le gouvernement de l’Égypte, s’il n’avait préféré la mort en essayant de lui rendre l’indépendance, au’misérable honneur d'en être le satrape.

Convaincu de patriotisme, c’est-à-dire, de complot et de tentatives de révolte envers les Perses , il fut condamné à boire du sang de taureau , et il en mourut sur-le-champ.

Dans l’enivrement de sa toute-puissance , Cambyse se rendit de Memphis à Sais, pour "se donner le plaisir d’insulter aux restes d’Amasis , qu’il fit arracher du tombeau. Héliopolis ne fut point épargnée; le Perse en ravagea par le fer et par le feu les édifices sacrés ; il les mutila avec une féroce attention. Strabon vit encore de ses yeux les traces manifestes de ces ravages. La grande capitale de l'Égypte en révélait de non moins profondes :

la plupart de ses édifices publics furent maltraités. A Memphis, la célébration de la fête d’Apis occasionna la mort des magistrats de la ville ; ses prêtres furent battus de verges ; et , pour prouver que le bœuf Apis n’était pas un dieu, Cambyse le frappa de son poignard.

Contre l'usage des Perses, Cambyse épousa deux de ses propres sœurs. Il entreprit à la fois trois expéditions ; l’une contre Carthage : elle échoua par la désobéissance d une partie de la flotte; l’autre contre les Éthiopiens

macrobiens , qui déjouèrent ses projets en ne se méprenant point sur la véritable mission des ichtliyophages d’Elcpliantine , parlant la langue des Éthiopiens, qui étaient chargés des présents de Cambyse ; la troisième expédition, par terre , fut dirigée de Thèbes contre t'Oasisd’Armnou ; et l’histoire rapporte que les soldats de cette expédition ne revirent jamais l’Egypte, ayant etc ensevelis dans le sable du désert soulevé par un vent tempétueux du midi.

Cambyse envoya à Suze une colonie de six mille Egyptiens : ainsi l’ Égypte éprouva toutes les calamités que pouvait engendrer une invasion de barbares, fanatisés par l’ignorance et par une intolérante crédulité. La Perse n’avait pas triomphé sans combats et sans payer ses succès du sang de ses soldats. Hérodote visita le champ de bataille près de Pélusc, et il y vit amoncelés séparément les ossements des hommes qui y avaient péri de part et d’autre. C’est là qu'il remarqua ces singuliers caractères physiques qui différenciaient les Perses des Egyptiens : les crânes des premiers, minces et sans résistance, pouvaient être facilement percés en les frappant légèrement avec un caillou , tandis que les crânes des Egyptiens étaient si durs qu’on parvenait péniblement à les fendre en y employant une grosse pierre : et l’on expliquait ce phénomène par l’usage de la tiare , qui, dès leur enfance, enveloppe et garantit de l’air la tête des Perses, tandis que les Égyptiens , au sortir de l'enfance, se faisant raser la tête, elle était exposée à l’air et à la chaleur qui la durcissent. L’examen des momies a fait récemment reconnaître que les os des têtes égyptiennes étaient épais, solides et très-durs.

Le règne de Cambyse sur l’Egypte ne dura que trois années : Aryandès en avait été nommé gouverneur; mais ce règne y laissa de bien longs souvenirs , et Ta haine nationale les a reudus durables jusque dans les temps modernes. Un des chrétiens coptes, dont les écrits nous sont parvenus, parlant d'un lieu de la liante Egypte qu'il nomme

le temple , s'exprime ainsi: «Perpè, bourg que Cambyse détruisit par le feu. -

On trouve cependant sur quelques monuments égy ptiens le nom de Cambysc tracé en caractères sacrés (vovez notre planche 87, cartouche isolé à droite) : on le comprend , son règne était un fait, et son nom devenait une date. C’est à ce titre qu’il se lit dans l'inscription d’une statue naopliore du musée du Vatican : ce noin est écrit Kxiboth ou Rmbath, et il est précédé du titre royal égyptien , le roi du peuple obéissant. On cite aussi le nom de Cambyse dans une inscription gravée sur "un rocher, dans la route de Qéné à Cosséïr; nous aurons l'occasion de revenir sur cette inscription.

Quand la Providence eut mis un terme à la vie et aux fureurs insensées de Cambyse, dont la cruauté n'avait pas épargné ses plus proches, le désordre régnait dans les pays soumis à son autorité. Un mage se donnant pour Smerdis , frère de Cambyse , dont il portait par hasard le nom , s'était emparé du trône de Perse, et il l’occupa pendant quelques mois encore.

Durant cette usurpation , l’Egypte fut gouvernée par un autre mage dont l'autorité dura, dit-on, pendant sept mois : le succès de la conjuration à la tête de laquelle se mit Darius , le lils d’Hystasne , gouverneur de la Perse, rétablit l’autorité royale, et l’Egypte eut un nouveau roi. Ce fut le premier essai et le premier fruit de la rivalité et des efforts des Mèdes pour reprendre la supériorité sur les Perses leurs vainqueurs.

C'est du règne de Darius que l'histoire date l'établissement de quelque ordre dans l'administration des vastes pays dont Cyrus et Cambyse venaient dé faire la conquête en moins de vingt années. Darius les divisa en vingt satrapies ou gouvernements ; et il s’occupa si particulièrement d’enrichir son trésor, que les Perses l’avaient surnommé le banquier, parce qu’il savait tirer de l’argent de tous , donnant à Cambyse l'épithète de maître, et à Cvrus celle Je/iere. L’Égypte, la por-

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lion de la Libye qui lui confine , et les provinces de Cyrène et de Barcè en Afrique, réunies en un seul gouvernement , formaient la sixième satrapie :

elle était imposée, à sept cents talents babyloniens ou d’argent ; les produits de là pêche du lac Mœris appartenaient aussi au fisc : ils étaient d'un talent par jour pendant les six mois où le Mil entre dans le lac, et de vingt mines seulement durant le reste de l’année.

De plus l'Égypte fournissait annuellement la quantité de mesures de blé, qui était nécessaire pour nourrir cent vingt mille hommes , Perses ou auxiliaires, occupant le château blanc de Memphis ; quantité qui ne devait pas s’élever au-dessous de quinze cent mille boisseaux , dont un seul pouvait suffire à la nourriture d’un homme pendant un mois. Après Babvlone et l’Assyrie , qui formaient le neuvième gouvernement, l’Égypte était aussi le plus imposé de tous en argent.

O n peut conclure de plusieurs circonstances historiques, que la portion de la Nubie sur laquelle les rois d’Égvpte avaient conservé l’autorité, comme annexe de l’ Égypte , s en détacha lors de l’occupation des Perses.

L’état des gouvernements du grand empire de Darius n’indique, en effet, aucune partie de territoire au sud de Pile d’Eléphantine ; et le pavs des Éthiopiens limitrophes de l’Égypte, ne Contribuait, comme la Perse ellemême, aux charges de l'État, que par des dons volontaires. Les Éthiopiens et les habitants de Nyse envoyaient , tous les trois ans , deux boisseaux d’or natif, deux cents troncs de bois d’ébène , cinq jeunes Éthiopiens et vingt défenses d’éléphant. Les monuments des victoires des Pharaons nous prouvent que ces mêmes peuples payaient les mêmes tributs à Sesostris et aux grands rois ses ancêtres et ses descendants.

Darius fit frapper à son nom des monnaies en or , qui eurent cours dans tous ses États; ce furent les premières dont l’Égypte connut l'usage; elles se nomment encore doriques, et on en voit dans les collections munismati-

ques. Arvandès , à- qui Darius^ avait continué 'le gouvernement de l’Egypte auquel Cambyse l’avait élevé , mutant son maître , fit frapper des monnaies d’argent , et Darius le fit condamner comme coupable de projets de révolte.

Ces établissements de Darius lui ont fait attribuer la volonté de faire régner l’ordre dans ses vastes possessions par l’influence d’une administration régulière. On en a conclu que l’Égypte respira plus heureuse , quoique soumise et gouvernée par des rois etrangers : elle subissait le sort commun à tout l’Orient, et dévorait, sans l’oublier, l’affront d’avoir été vaincue. Des mages intolérants y professaient une religion étrangère; et si le gouvernement laissa aux Égyptiens l'usage public et privé de leur système d'écriture sacree , lui et ses Perses se servaient, en Égypte même , de leur écriture nationale, ou devenue telle i>our eux , quoique d’emprunt : des monuments en caractères cunéiformes , originaires de l’antique Babylonc , à qui Tes Mèdes , instituteurs des Perses , les avaient aussi empruntés , ont été trouvés en Égypte. On a même cru y lire les noms de quelques - uns des rois perses conquérants.

I,e règne de Darins I*’ fut heureusement d’une longue durée : il compta 36 années : il en reste , dans les ouvrages des Égyptiens, de nombreux souvenirs. Ce roi est nommé dans les inscriptions de la statue naophore du Vatican déjà indiquée nu sujet de Cambvse. Le musée de Turin possède cinq contrats en écriture démotique, datés de l’an 5, au mois de pharmouti; de l’an 15, même mois; de l’an 16 , mois de paôphi ; de l’an 31, mois de mécliir ; enfin de l’an 35, au mois de phamenoth , du règne du roi Darius. Des monuments religieux furent aussi élevés sous son règne aux dieux de l'Egypte : l’inscription suivante subsiste encore sur l’entablement des colonnes du grand temple de l’Oasis d’El-Kbardjeli : Le dieu bienfaisant, seigneur du monde, le chéri d’Amon-Ra, seigneur de la région Héb-Oscli, le fils du soleil Nt-Triouch (Darius), toujours

vivant. Et , dans cette Oasis d’Ammon que Camhyse voulait ravager et qu’il ne lui fut pas donné d’atteindre, des temples à Amon-Ra s’élevèrent sous les auspices du même roi perse , dont le nom se lit encore sur les débris de ces édifices. Notre planche 87 nous montre Darius faisant l'offrande du feu (adoré par les Perses) , à plusieurs des dieux de l’Égvpte.

L’intolérance dès mages se serait-elle montrée moins absolue pour les Iles des déserts de l’Égvpte, et aurait-elle politiquement, à cause des grandes voies suivies par le commerce , ménagé les pratiques religieuses de leurs habitants ? Quoi qu'il en soit , on n'a lu sur aucun monument public de l'Égypte le nom d’aucun des rois perses, ses conuérants. Ils s’emparèrent habilement c toutes les ressources qu’offraient au (isc royal les provinces occupées, et ils s'appliquèrent à ne pas affaiblir les sources des revenus publics. La route de l’Égypte en Asie, de Coptos ou d'Apollinopolis-Parva à Cosséir, sur la mer Rouge, fut particulièrement entretenue; et il y reste encore écrites sur les rochers lés preuves de l’attention que les rois perses donnèrent à l'entretien de cette communication importante: les noms de Cambvse, Darius et Xercès y sont gravés 'avec des dates de leur régné : l’an 6 pour le premier (la !r* annee de son règne en Egypte) ; l’an 36 pour Darius, et l’an 1 2 pour Xercès. Strabon dit aussi : • Darius 1" lit reprendre les travaux du canal du Nil à la mer Rouge, commencé par Sésostris avant la guerre de Troie , continué et non terminé par Néehaô, Gis de Psammétichus. Darius abandonna aussi cette entreprise au moment de la mener à fin , cédant à la crainte sans fondement que la mer Rouge étant plus élevée que l’Égypte, le pays ne fût submergé si l’isthme était rompu, u Hérodote, Diodore de Sicile et Pline , comme Strabon , rendent témoignage des travaux ordonnés par Darius pour terminer ce canal; entreprise que l’impuissance de l’art, à cette époque , ne pouvait pas sûrement exécuter; et c’est dans le voisinage

du lit de ce canal que M. de Rozière a trouvé les débris d'un monument orné d'une inscription en caractères cunéiformes. La route de Cosséir dut devenir plus importante , et l'objet de l’attention particulière du gouvernement dès que les travaux du canal furent abandonnés.

Du reste, Darius n'habitait pas en Égypte. Les grandes villes d'Asie étaient les lieux de sa résidence ordinaire ; néanmoins il avait des Égyptiens pour médecins , d’après la réputation que l’Égypte s’était acquise dans l’art de guérir.

Quand Darius, faisant sa retraite devant les Scythes, voulut repasser l'Istherdont les Ioniens avaient retiré une partie du pont, il se trouva dans l’armée persane un Égyptien fameux par l’étendue et la force de sa voix.

l)u rivage il appela Hystiée de Milct, qui l’entendit au premier cri, fit avancer les bateaux , rétablit le pont , et délivra Darius de ses vives alarmes.

Darius avait aussi fait en Égypte la guerre de la conquête, servant dans les gardesde Cambvse. On connaît sa rencontre à Memphis avec leSamicn Sycoson, couvert d'un manteau couleur de feu, que Darius lui enviait. Le Grec donna son manteau au Perse ; et celui-ci, devenu roi, témoigna par sa générosité envers Sycoson qui s’était rendu à Suze , qu'il n’avait pas oublié la politesse et le don qu'il en avait reçus , n'étant encore que simple garde du roi.

Mais , malgré la sévérité et l'omnipotence des satrapes, les peuples conquis n’acceptaient pas leur joug sans retour. Non loin de la ville capitale, demeure du roi. les Babyloniens proclamèrent leur liberté , et la défend i rrnt avec vigueur pendant un siège de vingt mois : la ruse en triompha , et Darius rétablit son autorité dans la splendide Babylone.

L'Égypte imita l'Assyrie: elle tenta aussi de secouer le joug des Perses.

Hérodote dit que ceci arriva dans la 35* année du règne de Darius, qui mourut l’année d'après, en s’efforçant de rétablir son autorité n Egypte.

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I,e contrat précité, «In mois de phaménoth de I an 35 de Darius, ne contredit pas ce récit d’Hérodote; ce mois est le 7* de l’année; l’insurrection égyptienne dut donc se déclarer dans les’ cinq derniers mois qui , pour ces temps-la, selon le calendrier vague, étaient les mois de l’été et de l’automne, ceux mêmes où l'inondation périodique du Nil couvrant la liasse et la moyenne Égypte , opposait d’invincibles obstacles à la marche des armées et à la facile communication des villes entre elles.

Quand Darius mourut, l’Egypte n’était pas encore soumise: son fils Xercès lui succéda vers l'année 486 avant l’ère chrétienne. Peu de mois après son avènement, il avait rétabli l’autorité persane en Égypte : il la punit de sa révolte par une complète oppression , et lui donna son frère Achéménès pour satrape.

L’Egypte étant soumise , Xercès employa quatre années à organiser son armée , et se mit en campagne l’année suivante. Il fit faire en Egypte une trèsgrande quantité de câbles en papyrus pour la construction des ponts. Les Egyptiens établirent un pont de cette matière qui joignit Abydos à la côte d’Europe.

Dans l’armée de Xercès, l’Égypte avait fourni deux cents vaisseaux ; les hommes qui les montaient avaient la tête couverte d’un casque en mailles de fer, et leurs boucliers creux étaient entourés d’un très-grand cercle de fer ; ils portaient pour armes des lances ropres aux combats de mer, et des acnés de fer très-fortes. Le plus grand nombre avait des cuirasses et de longues épées.

On lit encore à Cosséïr le nom de Xercès, ainsi que sur un beau vase d'albâtre du Cabinet des antiques de Paris, où il se lit Schèarcha ; une inscription en caractères cunéiformes est au - dessous de l'inscription égyptienne; le même nom du roi s’y lit aussi ; et il est résulté du rapprochement comparatif de cette inscription bilingue, publiée par Chainpollion le jeune en 1824 , quelques certitudes

dans l'ensemble des doutes qui enveloppent encore les études qui ont pour objet laconnaissancrdesélémentsgraphiques des divers alphabets en caractères cunéiformes. A Cosséïr, le nom de Xercès est précédé du titre de dieu bienfaisant, seigneur du monde, expressions du protocole qui ne peuvent témoigner ni de la félicité, m de l’affection de l'Egypte pour cette autorité étrangère et oppressive. La fin du règne meme de Xercès est une preuve du contraire. Dès que les Egyptiens apprirent sa mort, ils essayèrent encore une fois de ressaisir leur indépendance : courageuse persistance qui prenait sa source dans l’amour de la patrie, l’amour de ses lois et des institutions nationales, dans cette foi aux dieux et au culte du pays, qui, dans tous les temps, a fait dès peuples de héros prêts à tous les sacrifices; car l’histoire le proclame de toutes ses voix , il n’y a rien à attendre d’une nation qui n'éprouve pas la vive et invincible influence des convictions ou des préjugés. La prédominance des intérêts matériels n’a-t-ellc pas ouvert à tout ennemi qui apportait des bénéfices, les portes de toutes les villes où la bourse est le temple du dieu du pays?

A son avènement au troué de Perse, Artaxercès, fils de Xercès, dut d’abord songer à rétablir son autorité dans l’Égypte insurgée. La l’erse menaçait la Grèce ; et la Grèce s’allia avec l'Égypte : elle éloignait de ses bords un ennemi retoutalilc, en le cliassant de l’Égypte. Les Athéniens mirent leur flotte en mer contre celle des Perses ; ils envoyèrent une armée alliée à celle de l’Egypte , et leurs premiers efforts réunis furent couronnés d’un plein succès. L’armée d’ A rtaxereès fut battue et se retira du côté de Memphis, où l’armée égyptienne poursuivit les vaincus. Mais" Artaxercès avant réussi a séparer les troupes athéniennes de celles des Égyptiens, vint plus facilement à bout des unes et des autres, et l’autorité persane fut rétablie sur les rives du Nil : l’Égypte fut de nouveau soumise h une dure condition ; Achéinéuès , frère de Xercès , lui fut donne

pour gouverneur, et le joug du vainqueur fut encore plus pesant.

Les historiens les plus renommés de la Grèce sont presque contemporains de ces événements , et les narrent avec leurs plus particulières circonstances : il parait toutefois que la succession des divers rois qui portèrent le même nom , les Xerces et les Darius, a jeté, dans le récit de ces historiens , quelque confusion dans l'ordre chronologique des faits ; on accorderait difficilement Hérodote et Thucydide sur ce qu’ils en rapportent; Diodore de Sicile y ajoute encore quelques variations : nous continuerons à prendre pour guide l'annaliste le plus instruit des affaires de l'Egypte , Manéthon , dont les monuments accréditent si positivement les témoignages.

Après avoir rétabli son autorité en Égypte, Artaxcrcès régna encore 38 ans (en tout 40 ans); pour ce laps de temps, les écrits de l'antiquité ne relatent aucun fait particulier relatif n l'Égypte : elle était immobile et soumise comme l'esclave courbé sous le poids de ses fers. Le nom d’Artaxercès fut cependant tracé en écriture sacrée égyptienne ; il existe encore , avec le titre de roi, seigneur du monde, .Irtakhschsech , gravé sur les rochers qui bordent une partie de la route de Qéné à Cosséïr.

Il eut pour successeurs un Xercès II , qui régna deux mois; Sogdianus, sept mois, et Darius - Nothus , fils de Xercès II , qui régna 19 ans.

Si l’on consulte la liste des rois de la Perse , telle qu’elle a été adoptée et conservée par les chronologistes et les astronomes de l’antiquité , on n’y retrouvera ni ce Xerxès II , ni ce Sogdianus. La table chronologique des rois, placée en tète de l’Almageste de Ptolémée , et dont les années des règnes servent à la date des observations astronomiques, nomme pour l'intervalle de temps qui s’est écoulé pour l’histoire d'Égypte, depuis la mort de Psamméniie jusqu'à ce point où nous sommes parvenus , Cyrus , Camhyse , Darius 1”, Xercès , Artaxercès et Darius II. C’est dans la liste de Mané-

Ihon , soigneusement dressée pour l’Égypte , que sont mentionnés les règiies éphémères d’un Xercès II et de Sogdianus. Ce Darius II est qualifié de nothus, ou enfant illégitime.

Il paraît que c'est au' règne d’Arta xercès qu’il faut rapporter les nouvelles entreprises des Égyptiens alliés avec les Athéniens contre l'occupation persane. Thucydide et Ctésias nous ont transmis les détails les plus circonstanciés de ces nouvelles guerres, auxquelles se mêla aussi, comme allié des Égyptiens, un chef libyen, que ces historiens nomment Inarus. La Hotte des Perses fut détruite ou prise par eelle des Athéniens : les Grecs remontèrent le Nil et débarquèrent leurs troupes sous le commandement de Charitimès. Acliéménès , à la tête de trois cent mille hommes, fut défait par les alliés et perdit le tiers de son armée; lui-même périt dans ce sanglant combat. Le reste de l'armée se réfugia dans les fortifications de Memphis. I.es Égyptiens les y assiégèrent pendant trois années, les y tenant étroitement enfermés. Mais une seconde armée persane s'avançait, commandée par Artabaze, satrape de la Cilicie, et par Mégabyzc, qui l’était de la Syrie. Kattus par ces nouvelles forces, malgré leur vigoureuse résistance, et le chef libyen ayant reçu de graves blessures , les Égyptiens et les Athéniens se retirèrent dans l'Ile de Prosopitis , baignée par deux branches du Nil : dans l'une d’elles, b Hotte égyptienne et la flotte athénienne trouvèrent un refuge et un abri. I.es Perses les attaquèrent , et les alliés s’y défendirent pendant une année et demie.

Mais les Perses mirent à sec la branche du Nil où la Hotte athénienne était mouillée; ces forces navales devinrent inutiles, et les Perses s’ouvrirent un chemin de terre dans l'Ile. Alors Inarus se rendit avec les siens à la condition de la vie sauve; mais les Athéniens, nu nombre de six mille , mirent le feu à leurs vaisseaux , préférant la mort glorieuse du combat à l'ignominie de l'esclavage : des conditions honorables offertes par les Perses sauvèrent ce*

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braves Athéniensd’une mort prochaine, line nouvelle (lotte envoyée par les Athéniens fut attaquée et prise par les Perses , et leur triomphe fut complet.

L’Égypte fut encore une fois soumise; Sartamas lui fut donné pour gouverneur ; et l'héroïque Inarus , conduit à Suze , y fut mis en croit contre la foi des traités. Inarus passait pour être le fils d’un Psammétichus.

Ces défaites ne lassèrent point le courageux patriotisme des Égyptiens :

sous Darius -Nothus, ils arborèrent de nouveau la bannière de l’indépendance . un Égyptien était à leur tête ; il se nommait Anivrtée , originaire de la ville sainte de ’Saïs. D’après quelques témoignages fugitifs de l'histoire, Amyrtée aurait secondé les premiers efforts d'Inarus ; et , après sa défaite , se serait tenu en repos dans les coutrées marécageuses de la basse Égypte , d’où l'impatience de ses concitoyens l’aurait de nouveau rappelé pour la délivrance de la patrie.

Amyrtée résista aux troupes du lieutenant de Darius -Nothus; et, à la mort de ce dernier, Amyrtée se trouva en possession de toute’ l’Égypte : il y rétablit l’ancienne domina’tion des Pharaons , avec les anciennes lois et le culte des dieux du pays.

Ainsi la première dynastiedes Perses, qui forme la XXVII' dynastie égyptienne , s’éteignit après une durée de 130 ans.

Amyrtée, roi d’origine égyptienne, et peut-être de l’ancienne race royale, forma à lui seul la XXVIll* dynastie.

Il ne régna que six ans, à compter de l’an 404 avant l'ère chrétienne.

Sa première pensée eut pour objet de réparer les désastres de l’occupation étrangère , et de rétablir les honneurs des dieux ; les temples d’Éléthya , dédiés à Sévek (Saturne), et à Sowan (Lucine), construits et décorés sous les règnes de la reine Amensé et des rois Mceris et Memnon , mutilés par les Perses , furent réparés par tes soins d' Amyrtée. D’autres monuments de l’Égypte conservent encore les marques Je ces pieuses restaurations. I.e court règne d’Amyrtée, qui

ne commença qu'après que cet illustre Égyticn , à la suite de longs combats, eut réussi à délivrer son pays de l'occupation persane, laissa peu de temps à ses soins réparateurs. Une famille originaire de la ville de Mendès lui succéda et forma la XXIX' dynastie , qualifiée de Mendésienne à cause de son origine.

Le premier roi se nomma Noufrôuthph . dont les Grecs ont fait Né.

phéritès. Son nom se lit sur les deux côtés du trône d'une statue de ce roi, en basalte noir, haute d’un empan et demi , dans la collection de l’Institut de Bologne. Le nom de ce roi n’a pas été aperçu sur les monuments encore subsistants en Égypte; mais le mallieur des temps et toutes les causes de destruction qui se sont succédé depuis, expliquent ce résultat négatif.

Ce roi d'Égypte ne cessait pas d'être menacé par le roi de Perse et par ses innombrables soldats. De son côte, Né.phéritès ne négligeait aucun des soins qu'exigeait le salut du pays : à cet effet , il conclut avec Sparte un traité d'alliance que cette cite grecque lui avait proposé contre l’ennemi commun. Diodore de Sicile donne pour époque à ce traité la première année de la quatre-vingt-seizième olympiade, ou l'an 39â avant l'ère chrétienne .

Néphéritès , parvenu au trône dès l’an 398 , régnait en effet à l'époque assignée par Diodore de Sicile a ce traité.

On trouve aussi son nom sur les rochers des environs de Philæ, dans un proscynéma ou acte d’adoration à Horammon, à Saté et à Mandou, fait à ces divinités pour le salut de ce roi Néphérôthph. Toutefois sou règne ne dura que six années.

Il eut pour successeur un roi nommé Hôkôr; les Grecs ont écrit ce nom Achoris. La durée de son règne est portée $ 13 années par les listes de Manéthon. Ce règne fut très-laborieux ; sans cesse menacée par la Perse, l’Égypte eut à s’occuper de sa défense , et elle forma, à cet effet, d’utiles alliances. Achoris amena dans une ligue défensive Evagoras, roi de Chypre, les Arabes, les Tyriens et les Libyens

de Barré; un Égyptien qui avait passé au service des Perses, (iaiis, dont la famille avait été cruellement traitée par Psainméticlius , mécontent du chef perse sous les ordres duquel il se trouvait dans l'expédition contre Chypre , déserta ce service, emmenant avec lui une partie de la Hotte et de l’armée. Il se réunit à Achoris; les Lacédémoniens entrèrent aussi dans cette alliance : la mort de Gaüs et de quelques autres chefs des alliés en amenèrent la dissolution.

Achoris en forma une nouvelle avec plusieurs peuples de la Grèce qui se rendirent en Égypte sous le commandement de l'Atliénien Chabrias. De leur côté , les Perses , occupés à de plus grands desseins, poussèrent mollement la guerre contre l’Égypte : sur ces entrefaites, Achoris mourut.

Les soins de la défense du pays ne l’avaient pas détourné de ceux qu'exigeait la réparation des outrages faits aux temples des dieux par les étrangers dont l'Égypte était délivrée. On voit encore sur l’édilice de Médinet-llabou, à Thèbes, les preuves des réparations

au'Achoris Ht faire aux colonnes protooriques qui soutiennent les plafonds des galeries , et pour lesquelles on employa des matériaux d’un petit temple édiiié par l'ordre de la princesse Nitocris, femme de Psainméticlius II , et que la barbarie des Perses avait trèsvraisemblablement détruit.

Achoris lit réparer aussi quelquesuns des dépôts qu'avait éprouvés le temple d'Éléthya : on voit encore dans les carrières de’Thorrah , près de Memphis , que , dans la seconde année de son règne , Achoris en lit extraire des matériaux employés dans les édifices qu'il lit élever ou restaurer. Enfin le musée égyptien de Paris possède un sphynx dont la hase porte le nom de ce roi en caractères hiéroglyphiques , avec le titre de chéri de Chnouphis.

On a remarqué quelques variantes dans les signes des (leux cartouches : mais ces signes variés sont toujours des homophones; et Gliampollion le jeune a donné de ces variétés des explications que ses plagiaires se sont appropriées.

A Achoris succéda , selon Manélhon , un roi nommé Psammulhès, qui ne régna qu’une anuée. Le nom de ce prince se trouve cependant encore sur les sculptures du palais de Karnac à Thèbes, et auprès de celui d’Achoris, son prédécesseur. Sa légende royale signifie : Soleil gardien approuvé par Plitlia , le fils du soleil , Psimouth : elle existe aussi dans les ruines d'un petit édifice entre deux des propylées de Karnac , où Champollion le jeune l’a copiée le 23 novembre 1828.

Ce roi eut pour successeur, selon les listes de Manéthon dans Eusebe , Mutins , qui régna une année , et Néphéréus , qui ne régna que quatre mois. Il ne reste du premier aucun souvenir sur les monuments; et on possède, du règne du second, un sphynx qui orne la musée royal de Paris. Son cartouche prénom est celui d'un des anciens Pharaons , et son nom propre se lit Naîfroué. Un savant anglais a aussi recueilli la légende de ce roi de quatre mois sur les restes d'un édifice égyptien. Ce prince fut le dernier de la XXIXe dynastie égyptienne , laquelle ne subsista que pendant 21 ans.

La XXX* dynastie fut originaire de Sebennitus, autre ville de la basse Égypte : les cités de la haute n'étaient plus nommées dans l'histoire; elles paraissaient alors ensevelies dans la stupeur de l’esclavage et la douleur de voir s'éteindre les antiques honneurs de la patrie.

Le règne de Ncctanèbe, premier roi de cette nouvelle dynastie, ne fut pas plus paisible que celui des rois égyptiens, ses éphémères prédécesseurs.

Dès la seconde année de son autorité, il eut à repousser les nouvelles tentatives d'invasion faites par les Perses.

Leur armée et leur (lotte se présentèrent devant Pélusc : Nectaneue, qui avait réuni des moyens suffisants de defense, résista avec succès. La discorde se mit aussi parmi les Perses; ils entrèrent toutefois dans la branche iiicndésicnnc du Nil, après s'étre emparés de la forteresse qui la défendait. Mais Ncctanèbe , après avoir pourvu à

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la conservation de Memphis , entra en campagne , poursuivit vivement Pharnabase, général en chef des Perses; et, l’inondation périodique du Nil les incommodant sur tous les points , ils furent obligés de se rendre après avoir perdu beaucoup de monde. L’Egypte fut ainsi de nouveau délivrée.

Quelques années après . le roi Agésilas se rendit en Egypte a titre d'ambassadeur; il venait demander à Nectanèbe , de la part des Lacédémoniens, des secours contre les Thébains qui les avaient réduits aux dernières extrémités.

La suite du règne de Nectanèbe fut paisible; et il reste de nombreux témoignages des soins qu’il donna à l'administration et aux affaires de son royaume.

On voit parmi les débris d’ouvrages égyptiens amassés à la citadelle du Caire, un bas-relief représentant le roi Nectanèbe faisant une offrande aux dieux ; à Keft, l’ancienne Coptos, dans une église copte bâtie avec les restes d’édifices égyptiens , la légende royale de ce même prince ; à Médinet-Habou, un édifice d’une exécution assez élégante, qu’il y a fait élever, et dont les bas-reliefs le représentent adorant le dieu Amon-Ra , et recevant les dons et les bienfaits des autres dieux de Thèbes; à Philae, un petit temple dédié à tlathôr, et un propylon engagé dans le premier pylône du temple d’Isis.

D’autres monuments isolés appartiennent aussi au même règne : une belle figurine funéraire en terre émaillée, brisée, trouvée à Pompéï, et déposée au musée des Stueti, à Naples , porte la légende royale de Nectanèbe ; cette légende a été aussi copiée sur un monolithe qui existe à Sccft, l’ancienne Tacasarta. Enfin , il existe à Rome une stèle d’un grand intérêt pour l’histoire du règne de ce roi , qui dura 10 ans selon certains textes, et 18 selon d’autres : la stèle décide cette importante question ; elle porte la date de i'an XIII du règne de Nectanèbe, et accrédite ainsi le nombre 18 des textes anciens.

Apres Nectanèbe 1" régna, pen-

25” livraison. ( Egypte. )

dant deux ans, un autre prince que les listes de Manéthon nomment Téos ou Taclios. Occupé aussi de la défense de l’Egypte contre les Perses , il resserra l’alliance avec les Lacédémoniens, qui lui envoyèrent une armée sous les ordres d’Agésilas , à qui Tachos avait promis le commandement suprême de toutes les forces réunies de terre et de mer. Mais le roi d’Egypte , jugeant malheureusement Agésilas, non d’après sa renommée , mais sur la simplicité de ses habits et de scs manières , ne lui donna que le commandement des troupes de terre , laissa à Chabrias celui de la flotte , et se réserva le titre et les droits de généralissime. Contre l’avis d'Agésilas qui voulait attendre les Perses en Egypte , Tachos alla les attaquer en Phénicie.

Des qu'il eut franchi les limites du royaume , les Égyptiens se soulevèrent contre lui , et proclamèrent pour leur roi un autre Nectanèbe, son neveu.

Dans ces conjonctures difficiles, Agésilas , pour se venger peut-être de Tachos, se déclara pour Nectanèbe II :

il ne resta au roi détrôné qu’à chercher un refuge auprès du roi de Perse • il s'y rendit en traversant l’Arabie. On ne trouve de Tachos aucun souvenir sur les monuments égytiens connus.

Bientôt se leva un compétiteur de Nectanèbe II, un chef issu de la villa de Mendès, secondé par une armée nombreuse. Agésilas engagea le roi à dissiper les rebelles par une attaque vigoureuse, avant qu’ils eussent le temps de se former en armée régulière : mais ce conseil parut suspect; bientôt après le roi fut contraint de s’enfermer dans une de ses villes principales, et il y fut assiégé par les rebelles. Agésilas ne fit rien pour le secourir. Toutefois, dans un moment opportun , il lui conseilla de faire une sortie ; elle fut couronnée de succès; les assiégeants furent repoussés, et bientôt apres, poursuivis par Agésilas, ils furent complètement défaits; leur chef fut fait prisonnier, et Nectanèbe II rentra enfin dans la paisible possession de l’autorité royale.

Dans la douzième année de sen

règne, il lit une alliance avec les Si- < Ioniens et les Phéniciens : les Perses les mettaient dans un commun péril , et les obligeaient à une commune défense. Les Perses furent arrêtés dans leur marche contre l’Egypte par la guerre de Phénicie. Nectanebe y avait envoyé un corps de Quatre mille Grecs qu’il avait à sa solde , et commandés par le Rhodien Mentor. Les Cypriotes se mirent aussi dans l'alliance : mais le roi de Perse , irrité de la défaite de ses lieutenants, se mit lui-même à la tête de l'expédition contre l’Égypte.

A lors effraye par la grandeur de ses préparatifs militaires, le Rhodien Mentor passa du côté de celui qu'il considéra i-omme le plus fort , le roi de Perse.

Darius-Ochus l'accueillit comme un transfuge à qui était bien connu le pays qu'il allait attaquer.

Nectanèbe prépara aussi les moyens de défense nécessaires contre un si puissant ennemi : il se mit à la tête d'une armée composée de vingt mille Grecs, vingt mille Libyens et soixante mille Égyptiens; les principaux passages et les places les plus importantes étaient gardés par de bonnes garnisons : Pélnsc renfermait cinq mille hommes. Diophante d' Athènes , et Gamins de Lacédémone , secondaient Nectanèbe de leur prudence et de leur valeur. Mais d'autres Grecs guidaient aussi les Perses. I,eur premier corps était commandé par Lacharis le Thébain ; le second , embarqué sur la flotte, par Nicostrate, et le troisième par le déserteur Mentor. Nicostrate remonta le Nil bien en avant dans le pays, débarqua ses troupes et s'v retrancha.

Ciiuias, de l'ile de Cos, rassembla toutes les garnisons égyptiennes du voisinage , attaqua Nicostrate, et fut tué et ba ttu dans ce combat opiniâtre où cinq mille Égyptiens restèrent sur la place.

Nectanebe , à cette nouvelle , courut à la défense de Memphis, qu'il craignait de voir attaquée et prise par Nicostrate. Sur l’avis du départ de Nicostrate des environs de Péiuse, les Grecs, eu garnison dans cette ville, se croyant abandonnés et perdus, se rendirent à condition d'être transportés dans leur

patrie , et Mentor profita de cette défection pour occuper la basse Égypte ,

J* répandre ses troupes, avec l’avis, de a part du roi de Perse , de la grâce pleine et entière à tous ceux qui se soumettraient, et de l'extermination de tout coupable de résistance. La plus humble soumission se manifesta de tout côté; les Grecs d'Égypte et les Égyptiens naturels rivalisèrent d’hunufité devant les lieutenants du roi de Perse : il ne resta d'autre ressource à Nectanèbe , battu , trahi et détrôné , que de s’enfuir avec son trésor en Éthiopie, d'où il ne revint jamais. Il fut le dernier roi de la XXX' dynastie égyptienne , le dernier roi de race égvptiennequi régna sur l'Égypte, et l'asservissement de cette grande et immortelle nation à un sceptre étranger dure encore depuis les malheurs de’ Nectanèbe II .c’est-à-dirc, depuis vingt et un siècles complets : la nouvelle occupation de l'Égypte par les Perses date de l’an 338 avant l'ère chrétienne.

Ce fut Darius-Ochus qui rétablit l’autorité des Perses en Égypte. Elle avait échappé à ce joug des barbares (vendant soixante-cinq ans. Cet intervalle est exactement donné par les listes des règnes des rois de Perse, et par celles des rois égyptiens assez heureux pour leur avoir résisté avec un plein succès. Le Pharaon Amyrtée rétablit en effet l'administration égyptienne à la mort de Darius IL A ce prince succédèrent sur le trône de Perse Artaxercès 11 , dont le règne fut de 4G ans selon le canon des rois, placé en tête de la Grande Composition de Ptolémée , et Ochus , qui rétablit l’autorité persane en Égypte dans la 20' année de son règne, ce qui arriva quelques mois après l’accomplissement de la Ci' année depuis la mort de Darius II et l'avènement d'Amyrtée : or, Amyrtée et ses successeurs, formant la XXVIII', la XXIX' et la XXX' dynastie égyptienne, ont régné ensemble Ci ans et 4 mois. Les rapports remarquables de ces deux supputations exigent que le règne du dernier Pharaon qui occupa le trône d’Égypte, Nectanèbe Il , soit porté h 18 ans , comme

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le veulent les listes de Manéthon , selon Jules l'Africain. Ce roi avait adopté le cartourhe-prénotn de Nectanèbe Ier, considérant son règne comme lacontinuationdeccliiideson deuxième prédécesseur dont il portait le nom , et ne tenant pas grand comptera règne éphémère de Taclios , obligé Je s’enfuir en Perse : la différence tranchée des signes employés à écrire le nom propre des deux Nectanèbe les fait facilement distinguer, malgré l’identité du cartouche-prénom.

Vainqueur de Nectanèbe II à la bataille de Péluse, Ochus remit les troupes persanes en possession de l’Égypte , et lui donna Ferendate pour satrape; il la dépouilla deses richesses eten composa le trophée de sa victoire. Le nom du roi perse, écrit Okouch, existe néanmoins dans une inscription hiéroglyphique avec une date qui, dépassant la 20' année , est évidemment comptée de son avènement nu trône de Perse.

Il l'occupait en effet depuis vingt ans lorsqu’il remit l’Égypte sous son obéissance; cette 20' année fut la première de son règne en Égypte; il mourut l’année d'après : Manéthon n’a donc dd donner que deux ans au règne d’Ochus en Égypte. Manéthon nomme comme son successeur Arsès , son fils , qui régna aussi deux années , et dont les monuments égyptiens, à notre connaissance , n’ont fait aucune mention. Il en est de même du dernier roi des Perses , de l’infortuné Darius III ; il régna 4 ans sur l’Égypte comme sur le reste du vaste empire des Perses.

Mais cet empire s'écroulait de toutes parts: Alexandre le Grand étant désigné par la Providence comme le vengeur des peuples subjugués par le grand Cyrus, et comme son héritier, mais temporaire.

Les successeurs de Cyrus avaient connu la Grèce, et appris par elle de quoi était capable une nation européenne peu nombreuse, mais animée du plus pur amour de la patrie, secondée par les nobles inspirations et 'es conseils industrieux de la civilisation. F.n Grèce, un des peuples de la confédération était arrive à son tour de

suprématie , et son origine septentrionale semblait avoi r imprimé à son caractère, comme à son courage, la vigueur et l’âpreté du climat des lieux qu’il habitait. La Macédoine gouvernait la Grèce ; et , au génie politique de Philippe , avait succédé l’épée valeureuse d Alexandre. Ce jeune héros ne connut pour bornes à ses victoires que les mers impraticables ou les déserts. Il traversa toute l’Asie et pénétra dans l’Inde : il détruisit l’empire des Perses et en hérita. L'Égypte fut pour lui une conquête facile : l'Égypte , soumise à un sceptre de fer, au despotisme intolérant de l’Asie, reçut Alexandre comme un libérateur : il y établit son autorité en l’an 332 avant l’ère chrétienne. Huit années après, en l’an 324, Alexandre mourut aBabylone, au centre de ses conquêtes : les dieux, ui l’avaient comblé de tous les biens, e toutes les gloires humaines , ne le préservèrent pas du poison des hommes oude celui de l'intempérance. Ainsi la domination de fait ou de droit des Perses dura , en Égypte , autant de temps que l’empire de Cyrus dans les mains de ses successeurs , depuis Cambyse jusqu’à la mort de Darius III.

' Les effets de celte domination ennemie se révèlent encore aux yeux de l’observateur attentif à l’intèrprétation des grands faits archéologiques consignés sur le sol antique et dans les ouvrages de l’Égypte. Depuis Thèbes

C’a Dukkëli "en Nubie, sur une de plus de soixante lieues, les édifices élevés par les Ptolémées et par les Romains sout fréquents; et, de ceux des Pharaons , il n’en reste que des ruines : ceci s’explique par les ravages des Perses remontant la vallée du Nil pour se rendre en Éthiopie, abandonnant le fleuve à la hauteur de Sébouâ , et prenant en ce point la route du désert, plus courte que celle du Nil qui était d’une difficile pratique pour une armée, à cause de ses fréquentes cataractes. C’est cette même route que suivent de nos jours les caravanes et les voyageurs. Ainsi le tanple bâti par Mflcris à Amada , un peu au midi de Sébouâ, existe encore ; et,

L’UNI VE HS.

;iu nord de ce lieu , jusqu'à Tbèbes , il n’y a que des édifices élevés ou relevés par les Grecs ou les Romains , effaçant les traces des ravages des Perses. Et , si les monuments pharaoniques de Ghirsehé et de Bet-Oualli subsistent encore, comme exception à ce qui vient d'étre dit , ce ne fut pas la faute des Perses; ces temples sont des spéos creusés dans des montagnes qu'ils ne pouvaient pas démolir : ds se contentèrent de mutiler ces deux temples.

Le gouvernement des Pharaons, modéré à la fois et par le contrepoids des castes et par la douceur des mœurs, qui naissait de l’aisance générale, fut remplacé par le despotisme oriental , hiérarchie de satrapes de tout rang , exerçant , chacun dans sa sphère , la plus absolue autorité, et foulant ainsi, chacun à son tour, le sol conquis et 'sa population ; ainsi l’Égypte n’était plus qu’une province du grand empire perse, occupée et pressurée militairement.

T.es mages, prêtres d’une doctrine religieuse qui n’était pas celle des Égyptiens, n’élevèrent à leurs propres dieux nia leurs génies aucun temple sur lesol de l'Égypte ; mais ils firent détruire les temples des dieux égyptiens , et ne laissèrent à la piété religieuse des habitants d’autre refuge que leur foi et les oratoires de famille. Les propriétés de la classe sacerdotale ne durent pas titre épargnées par le fisc conquérant; et les fausses divinités de l'Égypte durent subir de fortes amendes au profit des véritables dieux qui sont toujours ceux des vainqucurs.Du reste, ni le plan ni l'architecture des temples, ni les symboles des deux cultes n’avaient entre eux aucun rapport dans les formes.Lcs écritures des deux peuples étaient essentiellement différentes, dans leur origine comme dans leurs formes. L’Égypte avait créé la sienne par l'effet d’inventions successivement perfectionnées , conduites de la figure d unr objet qui en donnait l'idée a l’esprit, jusqu'aux signesalphabétiques nui en exprimaient le nom parla parole : les Perses avaient adopté celle des Mèdes, qui l’avaient empruntée des antiques Babyloniens .

système non pas rationnel dans ses successives formations , mais de formation arbitraire , qui a voulu que les combinaisons variées d’un seul et unique signe ayant la forme d’un coin, représentassent toutes les voix et les articulatàms nécessaires pour exprimer par la parole les mots de la langue. Les deux écritures se mêlèrent quelquefois par l’effet d’un caprice plutôt que par besoin : sur des cylindres égyptiens, en terre cuite, portant des inscriptions égvptienncs , on a ensuite ajouté des inscriptions cunéiformes.

Les deux langues différaient radicalement l’une de l’autre. L’idiome persan , comme la nation qui le parlait , n’avait rien de primitif, était une branche d’une puissante famille : la langue égyptienne n’a jamais laissé deviner son origine ; elie existait parce qu’elle existait.

J .es Perses conservèrent leur costume national en Égypte; les Égyptiens ne paraissent pas avoir été troublés dans la conservation de celui qui leur était propre : on n’a trouvé aucune figure persane sur les monuments égyptiens: maisdes Mèdes sont représentés dans les triomphes des plus anciens Pharaons.

Aucun des successeurs de Cvrus ne mourut et ne fut enterré en Égypte :

on croit avoir reconnu leurs tombeaux dans les dépendances du palais de Persépolis. Le respect des Perses |H>ur le feu , selon les préceptes traditionnels de Zoroastre, leur faisait inhumer les corps de leurs rois, et les détournait de l’usage de les briller. La loi exigeait aussi qu’ils eussent leur sépulture dans la Perse même , quelque art qu’ils finissent leurs jours. Camyse fit transporter le corps de Cyrus à Parsagada, où Alexandre le visita :

Alexandre fit aussi enterrer Darius auprès de ses ancêtres. Comme les Égyptiens, et peut-être à leur exemple, les tombeaux de ces rois furent creusés dans une montagne qui en avait pris le nom de montagne royale.

A l’imitation encore de l’Égvptc , Darius 1" ordonna de son vivant les travaux nécessaires pour son tombeau , et

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Il l'aurait visité si les devins ne l'en La destruction de la dominât ion perçussent détourné. sane ouvre dans l'histoire de l'Égypte

La civilisation paraissait proportion- une ère nouvelle : la conquête qui sucnellement répandue dans les diverses céda aux Perses fut plus légère à l’Écastes égyptiennes : chez les Perses , à gypte; la nation la plus spirituelle l'exception de la tribu noble des Ache- devait facilement s'entendre avec la ménides , le reste de la population plus sage de ces vieux temps : d’anétait inculte et barbare, presque sans ciennes alliances les avaient déjà réudéveloppement intellectuel , ignorant nies; la culture des arts et de la philoles arts et le luxe, ne connaissant que Sophie, qui a produit de part et d’autre le service militaire et ne pratiquant tant d’admirables ouvrages, était pour que la guerre. Cyrus devança par les elles un lien de plus et une cause d’in- ' mêmes moyens le triomphe Je Gengis- tinies rapprochements.

Khan ; il avait aussi à ses ordres ses Alexandre» roi de Macédoine , vainhordes de Mongols aguerris, toujours queur à la bataille d'issus, qui fut si prêts à marcher à des conquêtes qui fatale à Darius III , souverain de l’emn’étaient réellement que des migrations pire perse , marcha vers la Phénicie, de peuplades vers de meilleurs climats. pritTyr, Gaza, pénétra dans l’Égypte, La forme perfectionnée du gouver- et l'occupa tout entière. Ses historiens nernent égyptien dut exciter l’attention nous ont conservé le souvenir de sa des principaux personnages de la cour modération. Toute la politique du condeCambvse; cette remarque peut faire quérant, tout son système se révèle considérer comme moins extraordi. par cette courte phrase de son histonaire la délibération et les discours des rien latin Quinte-Curee : Parvenu par conjurés contre ie faux Smerdis, au la voie du Mil jusqu’à Memphis, il sujetdelaformedegourernementàdon- s’avança dans l’intérieur du pays, et, nerà la Perse. L’undes orateurs propo- en ayant réglé l’administration de telle sait une monarchie pure, l’autre une sorte qu’il ne fut rien changé aux anaristocratie , et le troisième une démo- ciens usages des Égyptiens , il se diricratie toute populaire. Du reste, la divi- gea vers l'oracle de Jupiter Amnton. sion de l'empire en satrapies par Darius Alexandre voulut en effet leconsul- Ier, à l’imitation peut-être de l’Égypte ter; il se rendit donc à l’Oasis de ce divisée en nomes, où l’action de l’auto- nom : les prêtres le reconnurent et le rité suprême pénétrait si facilement proclamèrent le fils d'Amon-Ra, la partout par le concours des fonction- grande divinité de l'Égypte, dont le naires de divers rangs, fut le premier temple principal était à Thelies, d’où acte qui donna une organisation régu- l’emblème du dieu avait été transporté hère aux possessions persanes, et en dans le sanctuaire de l’Oasis. Il n’y soumit l’administration à une loi gé- subsiste aujourd’hui aucune trace du nérale , première base d’un gouverne- .voyage du vainqueur, ment civil et politique, séparé du gou- ' Il tut frappé de la belle disposition •vernement militaire. d’un isthme formé par le lac Marœo-

Enfin , s’il fallait faire ressortir les tis et la Méditerranée à l’ouest du Ml , avantages que conservèrent les nations et il le destina à remplacement d’une les plus civilisées conquises par les ville à laquelle il donna son nom. Sur Perses, sur leurs propres conquérants, ce même emplacement se trouvait uns nous dirions que la civilisation ne cessa bourgade égyptienne nommée Rhade miner les plus solides fondements cotis ; elle fut comprise dans l'enceinte de cette conquête, et que le grand em- delà ville; elledonna son nom auquarpire despotique des Perses périt, mal- tier qui lui succéda. Alexandre traça gré les cinq millions d’hommes armés lui - même le plan de la nouvelle cite ; par Xercès , par l’effet des révoltes de il lui donna la forme de la chlamyde l'Égypte et de l’héroïque résistance de macédonienne. La farine destinée à la Grece. l’approvisionnement du soldat servit

a marquer la place des murailles ; l'enceinte n’eut pas moins de quatre-vingts stades de diamètre; l'arclntecte Dinarnue fut chargé de diriger l'exécution de ce vaste plan. Alexandre désigna lui -même remplacement des places publiques, celui des temples à construire , soit pour des divinités grecques, soit pour des divinités égyptiennes, témoignage remarquable’ de tolérance, qui n'était pas venu h l'esprit des Perses ; une haute civilisation pouvait seule l’inspirer. Ces temples aux dieux de l’Égypte étaient nécessaires dans la nouvelle ville; le fondateur la peupla en y appelant une partie de la population des autres villes égyptiennes. Il y laissa une garnison macédonienne, permit à un grand nombre de Grecs et d’Asiatiques de s’y établir, l’ouvrit à tous les peuples , et il en fit dans sa pensée comme dans la réalité l’entrepôt nouveau de tout le commerce entre l’orient et l’occident de la terre. Alexandre laissant en Égypte Cléomène pour gouverneur, remonte en Syrie, poursuit le cours de ses conquêtes , pénétré aux confins de l’Asie, retourne à Babylone malgré les préd jetions des devins , y reçoit des députations de presque tous lès peuples de la terre , et les honneurs funèbres qu’il fait rendre à Hephæstion ne sont que les préludes de ceux qu’il varecevoir.il meurt du poison oua’intempérance.le 21 mai de l’an 324 avant l’ère chrétienne.

Le nom d’Alexandre le Grand ne se lit sur aucun édifice de l’Égypte; le seul monument qui reste de lui cil ce pays, c’est la ville qui porte son nom, et qui n’a pas cessé de réaliser les vues et les espérances de son fondateur : elle est encore le lien essentiel du commerce de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, lin autre conquérant, dont le nom est aussi immortel , avait préparé de plus hautes destinées à cette ville , et la renaissance de son antique gloire sous l’égide de la France : le temps , sur les traces de l’intelligence, parait devoir bientôt réaliser les grandes |>ensées d’Alexandre et de Napoléon; et l'Europe reconnaissante va rendre

à l’ancien monde les lumières qu'elle en a reçues.

La mort surprit Alexandre au milieu de scs conquêtes , lorsque l’Asie soumise l’admirait comme homme, et l’adorait presque à l’égal d'un dieu.

Vivant et vainqueur, son autorité devait lui garantir la fidélité ou du moins la soumission des peuples subjugués.

A sa mort , le prestige cessait de luiméine, et les droits acquis par la force périssaient avec celui qui s’était fait un jeu de violer les plus légitimes indépendances ; jeu cruel que la Providence a puni quelquefois dans ceux même qui se complurent à ses chances redoutables.

Alexandre ne laissa pas auprès de son trône un héritier qui pilt de suite succéder, sinon à sa toute-puissance , du moins à l’empire qu’il avait reçu de Philippe, et dont la possession ne pouvait lui être contestée. Alexandre avait un frère , fils , comme iui , de Philippe, mais qui était né d'une danseuse nommée Philline; il laissait aussi de Barsinc, tille de Darius, un fils nommé Hercule; enfin Koxanc sa veuve , fille du roi de la Bactrianc , était enceinte , le terme même de sa grossesse très -avancé; elle pouvait donner le jour à l’héritier si nécessaire pour l’accomplissement des projets d’Alexandre.

Mais l’incapacité d’Aridée son frère , l’inexpérience du fils de Barsinc , l’incertaine espérance d’obtenir d’une autre un rejeton du sang royal, enfin la faiblesse d’une régence pouvaientelles suffire aux graves circonstances où la mort prématurée du vainqueur de tant de rois plaçait ses peuples et son armée? Pour conserver son empire, il edt fallu un second Alexandre ; l’union intime de tous ses généraux pouvait rendre l’état des choses moins périlleux sans doute, mais dcvait-on l’attendre de leur ambition?

Tous distingués par leur naissance ou d’éclatants services, ils joignaient à la noblesse des formes corporelles , l’élévation des sentiments et la puissance de la sagesse et de la raison ; c’étaient , parmi plusieurs autres , Pcrdiccas ,

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I.éonnat, Antipater, Lysimaque, Python , Peuceste , Ptolémée.

Le lendemain de la mort d’Alexandre, ils se réunirent autour de son trône, sur lequel on avait placé ses insignes et ses armes. Pcrdiccas se déclara pour le fils que Roxane pouvait mettre au monde ; Néarque pour celui de Barsine , et Ptolémée contre l’un et l’autre. ■ N’aurions-nous vaincu les « Perses , dit-il , que pour les placer sur « le trône de Macédoine? » et il proposa de déférer le gouvernement a un conseil formé «les principaux lieutenants d'Alexandre. Mais une voix s’éleva de la foule dont l’assemblée était environnée, et proclama roi le frère du roi , Aridée , sous le nom de Philippe, nom chéri des Macédoniens.

Meléagre, soutenu de toute l’infanterie, s'attacha à son parti. F.n vain Perdiccas, secondé par Léonnat, et par Ptolémée à la tête de la garde royale , essaye de s’y opposer , appuyé par les troupes à cheval. Aridée se montre revêtu des ornements royaux , et il est salué roi par la majorité du peuple et de l’armée. Les gouvernements des provinces , ainsi que les charges de la cour, furent distribués aux officiers ou aux favoris les plus réputés, et l’on s'occupa enfin de faire embaumer le corps d’Alexandre délaissé jusque-là et privé de soins et d’honneurs , quoique depuis sept jours déjà il eût cessé de vivre.

Ce fut ce même jour et dans le même conseil que le gouvernement de l'Égypte , de la Libye et de la portion de rArabie limitrophe de l’Égypte, fut donné à Ptolémée. Ce gouvernement devint ensuite le royaume d’Égypte, et n’éprouva aucun démembrement.

Quelques possessions éloignées , telles que Chypre et la Cyrénaïque , y furent réunies par la guerre , et la guerre aussi les en détacha quelquefois. Mais le royaume proprement dit, et tel qu’il subsista pendant trois siècles, se trouva renfermé dans les limites naturelles de l’Égyptc.

Ptolémée songea bientôt à se rendre dans son gouvernement. Pendant le temps qu'il passa encore à Babylone ,

Cléomène , laissé par Alexandre en Égypte en qualité de trésorier, y réunit'celte de lieutenant du gouvernement , et l’exerça jusqu’à l’arrivée de Ptolémée.

L’époque précise n’en est pas connue; mais l’intérêt que Ptolémée devait mettre naturellement à jouir d’un titre auquel il pouvait déjà peut-être rattacher de plus hautes espérances, dut l’amener sans retard dans la capitale de ses provinces. Sa libéralité, sa justice et la douceur de son autorité attirèrent bientôt , de toutes parts , ceux que la guerre et les dissensions publiques éloignaient des pays qui en étaient le théâtre.

Le titre de sous-gouverneur donné à Cléomène qui était en Égypte depuis sa conquête par Alexandre, permet néanmoins de supposer l’absence temporaire du gouverneur lui-même. Il paraît que Ptolémée passa quelque temps encore à Babylone où sa présence pouvait être nécessaire pour régler, selon ses vues et les nouveaux intérêts qu’il venait de se créer, beaucoup de difficultés que l’état des affaires devait faire naître; et comme la lin de l’été, dans ces régions asiatiques, favorisait, bien mieux que les mois de juin et juillet, le long voyage d’uu personnage nécessairement accompagné de beaucoup de monde, ce dut être vers l’automne que Ptolémée , quitta la Chaldée pour se rendre en Egypte , vraisemblablement vers le mois d’octobre qui suivit la mort d’Alexandre.

Ses premiers soins eurent pur but de mériter l’affection des habitants de l’Égypte, et il se la concilia par la douceur de son administration. Bientôt instruit que Pcrdiccas formait secrètement le dessein de lui ravir par les armes un titre qu’il devait à la foi des traités, il se prépara à le défendre.

Il leva par ses agents une contribution de huit mille talents , et mit une armée sur pied. En même temps il contracta une alliance avec Antipater déjà engagé dans une guerre contre les Grecs , que le rappel des exilés par Alexandre a son retour de l’Inde, avait sourde-

ment excités contre lui , et que sa mort arma aussitôt contre Antipater, gouverneur de la Macédoine et de la Grèce pour Aridée, successeur d’Alexamlre.

Après cette alliance, et pendant qu'Antipater opposait ses forces et celles de ses alliés , sur terre et sur mer , aux Grecs confédérés pour échapper au joug macédonien, Ptolémee donnant tous ses soins au gouvernement de l'Égvpte, s’attachait de plus en plus scs habitants , et jetait ainsi les fondements de sa future souveraineté. Une circonstance que sa politique sut s’approprier, rangea la Cyrénaïque sous ses ordres, en l'année

Au commencement de l'année suivante, Antipater, Cratère et Antigone résolurent d'envoyer un message à Ptolémée, pour l'engager dans une alliance où leurs communs intérêts et l'imminente obligation de résister à Perdiccas devaient sûrement le faire entrer ; et Ptolémée n'hésita pas à s'y engager. Perdiccas, de l’avis de ses généraux , envoya Eumène sur l'Ilellespont , pour arrêter Antipater et Cratère s’ils teutaient de passer en Asie.

Il partit de la Pisidie pour attaquer l'Égypte dont la conquête devait le laisser sans inquiétude sur ce point , lorsqu’il entreprendrait celle de la Macédoine.

Mais cet espace de temps qui s’était écoulé depuis la mort d’Alexandre, et ue ses généraux ont. consumé à se isputer par les armes les provinces de son empire, Arrhidée, l'un d'eux, qui fut ensuite gouverneur de la Phrygie, l’avait consacré tout entier à de plus honorables soins , à l’accomplissement d'un pieux devoir, en faisant construire le char funèbre d’Alexandre et transporter son corps en Égypte.

Ces soins l'occupèrent deux années, et la magnificence du cliar mortuaire du triomphateur, si l'histoire ne l’a point exagérée , ne dut pas demander moins de temps. Arrhidée partit de Itabylone et se rendit en Égypte par Damas.

Perdiccas ne voulait pas laisser à Ptolemce ces précieuses dépouilles , con-

fiant peut-être daus les prophéties d’Aristandre , qui promettaient un bonheur éternel à la contrée qui les posséderait. Polémon , lieutenant de Perdiccas , tenta de s’opposer aux projets d’Arrhidée, mais celui-ci réussit malgré lui à se réunir à Ptolémée qui se rendit en Syrie avec des troupes, pour honorer la mémoire du roi , dit Diodore de Sicile, mais plutôt pour protéger Arrhidée contre les projets de Perdiccas. Ceci se passait au printemps de l’anuée 322.

L’été suivant , l’entreprise de Perdiccas contre l'Égypte, et les préparatifs d'Antipater secondé par Antigone et Cratère, étaient déjà parvenus à ce point de maturité qui annonce un prochain dénoùment. Eumène fut heureux et repoussa avec succès les efforts de ces trois chefs alliés , pendant que Perdiccas parvenait à Damas à la tête d’une armée nombreuse soutenue et rendue plus dévouée par la présence des deux jeunes rois. Perdiccas traverse la Syrie , se dirige sur Péluse et établit son camp près de cette ville, la clef de l’Égypte vers l'Orient. Ayant imprudemment fait repurger un" ancien canal du Ni) , une subite irruption des eaux du fleuve détruisit ses ouvrages militaires et mit le découragement et la désertion parmi ses troupes.

Il essaya de les ramener par des démonstrations de bienveillance, par des discours que la hauteur et la dureté de son caractère pouvaient démentir , et il donna l'ordre de se tenir prêt à marcher. A l’entrée de la nuit il leva le camp; on se mit en marche et on arriva vers la pointe du jour sur le Nil, non loin d’une petite ville nommée le Mur des Chameaux , que Perdiccas fit attaquer. Il essaya vainement de la prendre de force : Ptolémée qui avait tout prévu et s’était même défait de Cléomène qu’il croyait attaché à Perdiccas , se trouva "là à la tête d’un corps de cavalerie pour défendre la ville. Convaincu de l'inutilité de son entreprise, Perdiccas y renonça sur le soir, et profita de la nuit pour se diriger vers une île que formait le Nil du côté opposé à Memphis , vraiseinbla-

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Moment l’ile de Myecphoris formée par la branche de Péluse , un peu à l'orient de Bubaste. Il tenta bien malheureusement le passage des eaux , deux mille hommes y perdirent la vie : la sédition s’empara de tous les esprits , et Perdiccas fut égorgé dans sa tente. Ptoléinée s'empressa de traverser le Nil et de se rendre au camp macédonien auprès des jeunes rois , de leur offrir des présents et ses hommages, et de fournir aux plus pressants besoins de l’armce, de protéger même les plus intimes amis de Perdiccas contre le ressentiment des soldats.

, Ce fut alors que Ptolémée reçut en Egypte les deux jeunes rois dont il lui aurait été facile de se faire donner la tutelle ; mais il la jugea au moins inutile à ses projets sur l'Égypte , et il la fit accorder a Pytiion et Àrrhidée , le même qui lui avait livré le corps d'Alexandre.

Les deux Tois continuèrent leur route vers la Macédoine; ils firent alors une nouvelle distribution des gouvernements. Ptolémée conserva celui de l'Égypte , qu’il eût été difficile d’ailleurs île lui enlever, tant son courage et l'esprit de justice de son administration lui en assuraient la possession.

Dans cette dernière distribution des gouvernements, Laomédon de Mitylène avait obtenu celui de la Syrie ; il y fut attaqué par Ptolémée qui avait résolu de réunir à l’Égypte la Célé-Syrieetla Phénicie. Nica’nor, l’un de ses généraux chargé de cette expédition et de cette conquête , y réussit complètement , emmena même Laomédon prisonnier en Égypte, après avoir mis garnison dans toutes les villes des provinces conquises. Jérusalem fut de ce nombre. Ainsi , à la fin de la troisième année de son gouvernement , Ptolémée avait réuni à l’Égypte, Cyrène, la Syrie , la Célé-Syrie et la Phénicie.

Cassandre cherchait à mettre Ptolémée dans ses intérêts; il lui dépêcha ' dans le même temps un messager sûr, pour lui demander, avec son alliance, qu'il envoyât sa flotte de la Phénicie dans l'Hellespont. Il s'y rendit luimême , et de là il passa auprès d'An-

tigone en Asie , lui donnant l'assurance que Ptolémée seconderait son entreprise. Mais Polysperchon , tuteur des jeunes rois , pour rendre leur alliance illusoire , voulut pouvoir compter sur celle des repub] i/jnes grecques , et , de l’avis des plus considérables person nages de la cour, il lit porter un décret qui leur rendait à toutes leur liberté avec la jouissance des lois et coutumes qui les régissaient avant leur conquête par Philippe ou par Alexandre.

En même temps qu’il proclamait la liberté des villes grecques , Polysperchon en appelait à la fidélité ’d’Eumène, mettant à sa disposition de l'argent et des troupes , et tâchait , par toutes sortes de prévenances , de ramener a la cour Olympias, mère d’Alexandre , qui s’eu était éloignée du vivant d’Antipater.

Eumène se voua courageusement à la défense de la cause des jeunes rois , quitta la Phrygie , passa le mont Taurus, entra en Cilicie et chargea ses amis les plus intelligents et les plus dévoués de faire des levées d'hommes et d’argent chez les Pisidiens , dans la Lycie et en Chypre. Quelques-uns même parvinrent jusqu'en Célé-Syrie et dans la Phénicie , dépendantes du gouvernement de Ptolémée.

Celui-ci se rendit dès lors avec sa flotte à Zéphyrion en Cilicie , vis-à-vis de l’ile de Chypre , et tenta sans succès d’ébranler la fidélité des chefs qui suivaient la fortune d'Eumène. Mais Ptolémée fut bientôt rappelé de ces parages par t’entreprise d’Eumène contre la Phénicie soumise à Ptolemée.

En attendant, la reine Olympias cherchait à reprendre à la cour de Macédoine l'influence que lui donnaient son nom , son rang et le respect profond qu’inspirait encore tout ce qui touchait de près à la mémoire d’Alexandre.

Polysperchon entreprit de reconduire en Macédoine la reine Olympias et le fils d’Aleiandre. Eurydice, femme du roi Philippe Aridée, redoutant l’influence d'Olympias , osa solliciter contre elle Cassa mire qui était sur l'ilellcspont , et se porta elle -même

avec des troupes à Eria sur les frontières de ta Macédoine, pour en défendre rapproche à la reine : les deux armées étaient près d'en venir aux mains ; mais le vieux respect des Macédoniens pour le sang d’Alexandre l'emporta sur tout autre engagement , et ils se déclarèrent pour Olympias.

Aridée fut fait prisonnier ; Eurydice , qui était retournée a Amphipopolis avec Polyclès, l’un de ses affidés, fut bientôt prise aussi , et l’un et l’autre furent plis à mort par l’ordre d’OIympias , Aridée , successeur immédiat d’Alexandre, ayant régné six ans et quatre mois.

Ainsi mourut le premier roi macédonien successeur d'Alexandre le Grand ; l'Égypte le reconnut fidèlement; ses monuments en font foi, notamment le premier et le deuxième sanctuaire du grand édifioe de Karnacà Tbèbes ; on y lit cette légende royale : L’approuvé et le chéri d’Ammon et de Phré , le fils du soleil, Philippe (Phlipos). A Aschmounéin , l’ancienne Hermopolis-Magna , cette légende se trouve deux fois sur le temple de cette ville; le nom propre y est écrit PheUelpot. Ce n’est pas que Philippe Aridée fut présent en Égypte lorsque les ouvrages de Karnac et d'Hermopolis - Magna , qui portent encore son nom , furent exécutés : mais ce roi était l'autorité suprême légale en Égypte, et J'ai sous les yeux un contrat, en écriture démotique, daté de l’an cinq, du règne de cc prince, car Ptolémée n’était que le gouverneur de l’Égypte sous l’autorité du roi : il fut fidèle à sa mission subordonnée ; mais il est juste toutefois de lui rapporter les bienfaits de ces restaurations , preuve patente de l’empressement de Ptolémée à réparer les ravages commis par les Perses , et de son attention à flatter ainsi l'opinion , les vœux et les crovances des Égyptiens , captant par la de plus en plus leur affection et leur confiance.

Après la mort de Philippe Aridée, vers le mois d’octobre de l’année 318 avant l’ère chrétienne, la septième du gouvernement de Ptolémée en Égypte, un second successeur au trône d’A-

lexandre le Grand fut proclamé dans tous ses États d’Europe et d’Asie; ce fut son fils Alexandre, né de Roxane.

Dans ces mêmes temps, la reine Olympias se vengeait d’Antipater mort sur ses amis vivants, non pas comme un roi, dit Justin, mais bien comme une femme, et Eumène passait l’hiver dans la Babvlonie. Deux années après, Olympias et Eumène n’existaient plus :

tous deux avaient péri assassinés, l’un par les ordres de Cassandre, l’autre par ceux d’Antigone.

Antigone s’était ensuite rendu dans la Babylonic, gouvernée par Séleucus , qui le reçut avec magnificence. Mais Antigone, 'devenu plus exigeant, trouva enfin quelque résistauce dans Séleucus.

Celui-ci cependant , par la crainte d’être traité comme tant d’autres personnages éminents dont Antigone avait mis une attention réfléchie à se défaire, se décida dès lors à se rendre en Égypte. Ptolémée n’y avait jamais refusé un asile à ceux que les caprices de la fortune et les malheurs de ces temps d’anarchie amenaient auprès de lui.

Séleucus était en Égypte au commencement de la neuvième année du ouvernemeut de Ptolémée. Ce chef haile avait été jusque-là presque simple spectateur des débats sanglants élevés entre les autres généraux d’Alexandre.

Séparé du théâtre de leurs malheureux exploits par la mer et les déserts, il ne songeait qu’à affermir son pouvoir en évitant avec soin de le compromettre, et à préparer une heureuse résistance à des attaques dont sa prudence lui faisait prévoir la possibilité. Sa justice et sa modération lui avaient acquis la conflance des peuples au’il gouvernait; sa grandeur d’âme fui avait fait des amis de tous ceux qui s’étaient commis à sa foi. Séleucus ne devait pas être moins heureux.

Ainsi s'accomplissaient les immuables décrets de la Providence. De nouveaux trônes s’élevaient sur les débris de ceux que la fougue d'Alexandre avait renverses; et, de tous ses généraux, quelques uns seulement étaient destines à s'y asseoir, vainqueurs des am-

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bitiotis rivales de la leur. Léonnat, Python, Perdiccas, Antipater, Eumène, Polvsperchon , n’avaient déjà plus d'intérêt dans ces suprêmes dissensions : ils avaient cessé d'exister.

Parmi ceux qui leur survivaient, Antigone. restait alors le plus puissant.

Tous les autres devaient le redouter :

ils se liguèrent contre lui. Cétaient Cassandre, qui , en assassinant la mère et en épousant la nièce d’Alexandre, se rapprochait déplus en plus du trône de la Macédoine ou il commandait ainsi ne dans la Grèce; Lysimaque, chef e troupes aguerries et des peuplades à demi sauvages de la Th race; Ptoléméc, maître de l’Égypte, de Cyrène, de la Syrie et de la Phénicie; Seleucus enfin, qui ne renonçait pas à son gouvernement de Babylone : ces quatre chefs signèrent contre la puissance d’Antigone une alliance qui devait y mettre fin.

Au printemps de l’année 315, Antigone reprit sa marche par la Cilicie, et, parvenu dans la haute Syrie, il y fli t joint par les envoyés de Cassandre, de Lysimaque et de Ptolémée , chargés de lui demander le partage des provinces et de l'argent nui étaient le fruit d’une guerre à laquelle ils avaient concouru. Ces propositions furent mal reçues par Antigone, qui se mit en mesure de soutenir par les armes un refus aussi formel, en cherchant des alliés et des secours à Chypre, à Rhodes, faisant ses dispositions en Cappadoce et sur l’Hellespont, se portant en Phénicie, campant devant Tyr, et établissant dans ses mers trois points de réunion pour la flotte qu’il pensait à construire. Mais les chefs ligués contre lui ne préparaient pas leur attaque avec moins de soins, avec moins de promptitude, et bientôt Séleucus, courant la mer de Syrie avec cent vaisseaux, vint attiédir le zèle des partisans d’Antigone. Celui-oi chercha à le soutenir, en leur annonçant que dans Pété même il tiendrait la mer avec une flotte de cinq cents voiles.

Antigone se porta aussi pour allié des défenseurs du trône de M acédoine , contre les entreprises de Cassandre.

Il le fit proclamer l’ennemi de l’État, s’il ne rendait la liberté à Hoxane et au jeune roi son fils qu'il tenait enfermés, et s’il ne reconnaissait Antigone comme régent du royaume. Pour se faire encore de plus nombreux partisans, il se déclara le protecteur de la liberté des villes grecques, renvova Alexandre, fils de Polysperchon , dans le Péloponèse , et , ayant reçu des galères de l‘f le de Rhodes", il cerna la ville de Tyr du côté de la mer.

Ptoléinée reconnut aussi la liberté des villes grecques, ayant pour but, sans doute, de les désintéresser dans une lutte où leur intervention pouvait efficacement servir le parti qu’elles se décideraient à souteuir.

En attendant, un autre Cassandre, gouverneur de la Carie, s’était déclaré pour Ptolémée, et avait envoyé à Chypre des troupes commandées par Polyelitus. Celui-ci se réunit d’abord à Seleucus, soutint heureusement plusieurs combats contre les navarques d’Antigone, retourna à Chypre, et se rendit à Péluse en Égypte, où Ptolémée le combla d’honriëurs et de présents.

Parmi les prisonniers de marque faits par Polyelitus était Périlaüs, Pun des généraux d’Antigone, qui sollicita sa délivrance et celle de plusieurs autres officiers. Ptolcmée les lui rendît, et eut alors , même avec Antigone , une entrevue à Écrcgma où il ne refusa pas de se rendre, toutefois sans obtenir ce qu’il espérait d’Antigone.

Au commencement de Phiver suivant , Antigone , pour s’opposer à Cassandre de Carie, fut surpris par les neiges en traversant le mont Taurus.

Dans l’été de l’année julienne 314, Cyrène, réunie depuis quelque temps au gouvernement de Ptolémée, cherchait à s’y soustraire et à chasser la garnison qui occupait la citadelle. Ptolémée tenta de ramener Cyrène à l’obéissance par des envoyés" qu’elle ne respecta pas. Il chargea Agis de la soumettre, et ses vues furent heureusement remplies. L’exemple de Cyrène agitait Chypre, et Pygmalion, son gouverneur, communiquait avec Anli-

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gone. Ptolémée s'y rendit en personne, punit exemplairement l’infidele gouverneur, le remplaça par Nicocréon, détruisit Marium, en transporta les habitants à Paphos, se dirigea ensuite sur les côtes de Syrie, où il débarqua son armée, prit Posidium ainsi que Potamos, et, poussant jusqu’en Cilicie, arriva dans Mallos, ravagea les contrées voisines, et rentra enfin à Chypre. Cette expédition était déjà terminée lorsque Démétrius, qui l’apprit en Syrie, arrivait en Cilicie pour s’y opposer. C’était trop tard, et Démetriusalla reprendre sa station en Syrie, pendant que Ptolémée rentrait en Égypte.

Dans l'automne de la mente année 314, Tyr se rendit aux troupes d’Antigone , après avoir été bloquée par mer pendant quinze mois.

L’hiver suivant, celui de l’an 313, Ptolémée était rentré en Égypte. Séleucus s’y trouvait, et l’excita pour attaquer Démétrius qui l’observait toujours dans ses cantonnements de Syrie.

Cédant à ces insinuations, Ptolémée réunit une armée nombreuse, quitte Alexandrie, se rend à Péluse, et de là se dirige vers Gaza. Instruit de scs desseins, Démétrius rappelle ses troupes de leurs quartiers uhiver, et leur assigne Gaza pour le lieu du rendezvous.

Contre l’avis des généraux les plus expérimentés, Démétrius engagea la bataille à Galama, en avant de Gaza; il fut vaincu et alla en toute hôte prendre position sous les murs de la ville avec sa cavalerie; mais le désordre fut tel que le soir même les troupes de Ptolémee entrèrent à Gaza. Démétrius se retira par la Syrie jusqu’à Tripolis; de là , il envoya demander du secours à son père Antigone qui avait passé l’hiver dans la Propontide, et, en attendant, il se renforça de quelques troupes venues de la Cilicie, et des garnisons qu’il rappela de quelques places fortes éloignées.

Ptolémée s’occupa de poursuivre ces rcmiers succès, s'avança dans la yrie, prit Sidon , occupa Tyr, et donna à Séleucus, qui l’avait secondé, un

corps de troupes avec lequel il devait tenter de rentrer dans son gouvernement de Babvlone. Il y réussit en |ieu de temps : la douceur de son administration pendant les quatre années de sa durée était son plus utile auxiliaire. En même temps Ptolémée, étant parvenu jusqu’en Céié-Syrie, apprit que Démétrius, de retour de la Cilicie, campait dans la Syrie supérieure. Il chargea le Macédonien Cillés de l’y attaquer; mais Démétrius, profitant de l'imprévoyance de ce général, le surprit lui-nïéme à Myounta et le fit prisonnier avec son armée. Antigone était alors en Phrygie ; il y apprend ce succès de Démétrius , traverse de nouveau le mont Taurus , et opère sa jonction avec son fils.

Ptolémée ne trouva pas prudent de se mesurer avec des forces aussi supérieures, et, de l’avis de ses généraux, il résolut de retourner en Egypte. Il quitta donc la Syrie, démantela les villes principales qu’il abandonnait, Aces, Joppé, Samarie, Gaza, et, chargé d'un immense butin, il rentra dans son gouvernement : il se prépara à s’y défendre.

Bientôt après, Cassandre, Lvsirnaque et Ptolémée, firent avec Antigone une paix qui ne fut pas de longue durée : Cassandre devait commander en Europe, Ptolémée en Égypte et dans les contrées voisines, Lysimaque en Thrace, Antigone à toute l’Asie; mois les prétextes ne manquèrent pas pour rompre le traité. Cassandre plus qu’aucun autre pouvait le désirer, car son pouvoir et son influence devaient bientôt décroître , cesser peut-être entièrement par la prochaine majorité du jeune Alexandre, fils d’Alexandre le Grand et son successeur au trône de la Macédoine, et déjà ses habitants demandaient hautement que le nouveau roi fût proclamé. Cassandre convoitait ce trône; il ne pouvait y par venir que par des crimes : il chargea donc Glaucias, jusque-là gardien du jeune Alexandre et de Boxane sa mère , de les égorger secrètement et de faire disparaître leurs dépouilles. Ce forfait rendit pour Cassandre le trône de Ma

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eédoine d’un plus facile accès, et les autres généraux, Lysimaque, Antigone, Séleucus, Ptolémée, libres de toute dépendance, se trouvèrent investis dès lors de la suprême autorité dans leur gouvernement.

Tel était l’état des choses aux premiers jours de l’été de l’an 31 1 de l’ère vulgaire, treize ans après la mort d’Alexandre.

Son second successeur venait de périr victime de l’ambition effrénée des chefs qu’il avait élevés par ses bienfaits. Ptolémée ne s’était point détaché de la fidélité qu’il devait au jeune roi Alexandre, et c’était en son nom qu’il avait exercé en Égypte son autorité secondaire; les monuments en font foi.

A Béni- Hassan se trouve l’ancien spéos de Diane, la Bubaste des Égyptiens.

Ce temple est cerné par des hypogées où furent déposés les chats sacrés, animal qui fut le symbole de la déesse, et un de ces hypogées, visité par Champollion le jeune, le G novembre 1828, porte la légende royale de cet Alexandre, fils d’Alexandre le Grand.

I.e cartouche prénom est le même que celui de son prédécesseur Philippe Aridée, le roi chéri d’Amon-Ra, approuvé par Phré, le fils du soleil A lexandre (sllksantrs). On trouve toutefois quelques variantes dans son prénom à Élephantine. A Louqsor, un sanctuaire, habilement exécuté en granit, fut construit dans le temple par l’ordre et avec le nom du même roi.

Ce second sanctuaire est emboîté dans le premier élevé par le Pharaon Aménophis; il porte rinscription suivante : « Restauration de l’édifice faite par le roi chéri de Phré , approuvé par Ammon, le fils du soleil, seigneur des diadèmes, Alexandre, en l’honneur de son père Amon-Ra, gardien des régions de Oph (Tlièbes). Il a fait construire le sanctuaire en pierres dures et bonnes à la place de celui qui avait été fait sous la majesté du roi soleil, seigneur de justice, le fils du soleil, Aménoplùs, seigneur de la région pure. » Et le jeune roi , au visage enfantin , est représenté sur les sculptures du sanctuaire, à l’extérieur comme

à l’intérieur, faisant ses adorations aux triades de Thèbes. Dans un de ces basreliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la ville de Thèbes, personnifiée sous la forme d’une femme, avec cette légende :

« Voici ce que dit Thèbes (Oph) , la grande tutrice du monde : Nous avons mis en ta puissance toutes les contrées (les nomes) ; nous t’avons donné Kéme (l’Égypte), terre nourricière. » C’est au jeune roi Alexandre que la déesse adresse ces paroles; Ammon, générateur, dit en même temps au prince :

» Nous accordons que les édifices que tu élèves soient aussi durables que le firmament. »

Tous ces monuments déposent du respect de Ptolémée pour l’autorité des rois qu’il représentait en Égypte; c’est en leur nom , et quoiqu’ils ne fussent point présents en Égypte, que tous les monuments publics étaient élevés ou restaurés.

Dans les ruines des deux temples d’Éléphantine, il reste celles d’une porte en granit, dédiée au nom du même prince, aux dieux du lieu, Chnouphis, Saté et Anouké.

Bientôt après la mort du jeune roi, les hostilités entre Antigone et Ptolémée recommencèrent. Le traité conclu entre les quatre généraux avait reconnu l’indépendance des villes grecques, et cependant Antigone mettait des garnisons dans quelques-unes d’elles. Ptolémée le desapprouva et chargea Léonis de faire une invasion en Cilicie. En même temps il engageait Cassandre et Lysimaque à se reunir à lui , afin de s'opposer a l’accroissement de la puissance d’Antigone. Celui-ci envoya son second fils Philippe sur l’Hellespont, et Démétriusà la défense de la Cilicie. Léonis, lieutenant de Ptolémée, fut vaincu; dans le même temps, Ptolémée, à qui Chypre obéissait, informé que Nicoclès, qui régnait à Paphos, avait de secrètes intelligences avec Antigone, chargea Callicrate et Argée de le faire mourir.

Ménélas, qui commandait en Chypre, leur donna des troupes, et le résultat de cette expédition fut la destruction

totale de la race royale de Paplios.

Ptolémée, apprenant bientôt a près les revers éprouvés en Cilicie, réunit une flotte et une année, va débarquer à Phaselis , et , côtoyant la Lycie, s empare de Xanthe, ensuite dé Canne et de sa citadelle, successivement d'IIéraclée, enfin de Me de Cos, occupée par un autre Ptolémée, neveu d’Anti-

one, parenté qui ne le rendit pas plus

évoue, et ne l’empécha pas de se jeter dans le parti de Ptolémée d'Égypte.

Celui-ci , partant ensuite de Myiulus en Carie, et parcourant l'Archipel avec une flotte considérable, réduisit la garnison d’Andros, et, arrivant dans l'isthme, s’empara de Sicyone et de Corinthe; il prit cnlin Megare, où il chercha, par des présents, a s'attacher Stilpon le philosophe, qui préféra se retirer à Ægine. Le hut de Ptolémée, dans cette expédition, était de laisser moins d’alliés au parti d'Antigone à mesure qu’il rendrait plus de villes grecques à l’indépendance. Il fut en cela (l'accord avec Cassandre, convint avec lui que chacun d'eux garderait les villes qu’il occupait, et il retourna en Égypte.

Peu d’années s’étaient écoulées depuis que Ptolémée avait ramené Cyrène sous son obéissance; Ophella y commandait pour lui depuis la mort de Thimbrou. Les dissensions qui divisaient les généraux d'Alexandre, et surtout leur exemple, faisaient naître le désir de l'indépendance dans chaque chef qui gouvernait des provinces isolées. Ophella , commandant de la Cyrénaïque pour Ptolémée, avait aussi conçu le projet de s’élever à une plus haute fortune. Agathocle de Syracuse faisait alors la guerre contre les Carthaginois ; il lui envoya quelqu’un , qui , le flattant d'une future domination sur l’Afrique, l’entraîna dans une alliance bien fatale. Arrivé après deux mois de marche et de fatigues inouïes auprès d' Agathocle, Ophella fut traité en ennemi, attaqué et tué dans le combat.

Cyrène, sans défense, rentra facilement sous les ordres de Ptolémée.

La guerre, sans changer de but, avait changé de théâtre; l'expédition

de Ptolémée dans l'Archipel y avait attire toutes les forces des combattants. Démétrius, qui avait poursuivi les généraux de Ptolémée dans la Cilicie, arriva bientôt devaut Athènes, défendue par Denvs, qui commandait à Muuychia , et par Démétrius de Pha- 1ère, gouverneur de la ville depuis dix ans. Les succès du fils d’Antigone rendirent Athènes à la liberté, et Démétrius de Phalére se retira d’abord à Tiièbes de Béotie, ensuite en Egypte,' auprès de Ptolémée (l’an 307).

Démétrius reçut à Athènes, d'Antigone, son père, l’ordre d’attaquer Me de Chypre et de l'enlever à Plolemée. Pour l'exécuter, il se rendit d'abord en Carie, et engagea les Rhodiens , mais sans succès, a se déclarer contre Ptolémée. Parvenu ensuite en Cilicie, où il trouva des soldats et des vaisseaux, il alla débarquer à Chypre, ayant trois mille hommes sous ses ordres, pendant qu’Antigone occupait la Syrie supérieure. Démétrius fut heureux dans cette entreprise. Ménelas, commandant en Chypre pour Ptolemée, essuya plusieurs échecs et sc renferma dans Salamis; Démétrius en entreprit le siège. Ptolémée, qui était en Égypte, ayant appris la fâcheuse position de Ménélas a Chypre, s’einressa d’arriver à Paphos , sur un point e l’ile opposé à Salamis, avec une flotte nombreuse et des forces considérables. Il envoya trois mille fantassins à Ménélas, et, après l’avoir informé de son plan d'attaque, il se rendit à Citium, peu distant de Salamis. Bientôt la bataille s’engagea sur mer et sur terre; elle eut pour résultat la défaite totale de Ptolémée, son retour en Égypte, et l’occupation de l’Ilc entière par Démétrius.

Antigone, en apprenant d’aussi grands succès, ne douta plus du prochain accomplissement de ses vues , et , ne reconnaissant point de puissance ui lui fût supérieure, il prit le titre e roi et le donna aussi à son (ils Démétrius. Ptolémée vaincu ne croyait pas y avoir moins de droits qu’Antigone triomphant : il ne voulut pas consacrer en quelque sorte sa défaite, en

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laissant son rival prendre seul un titre qu'il n’ambitionnait pas moins que lui , et il se le donna comme lui. Séleucus, Lysimaque et Cassandre n'hésitèrent pas à l'imiter; mais, tant qu’il resuit un héritier d'Alexandre, ils s'abstinrent tous de revêtir les ornements et les insignes du pouvoir royal.

Dans l’année suivante (l’an 306 avant l’ère vulgaire), Antigone, qui résolut enliu d’attaquer l’Egypte, rappela auprès de lui Démétnus alors à Chypre, et lui assigna pour rendezvous la ville d’Antigonia, qu’il avait fondée dans la Svrie supérieure sur l’Oronte. Il prend le commandement de l'armée de terre, et donne celui de la flotte à Démétrius : sous leurs ordres se trouvaient réunis quatre-vingt mille fantassins, huit mille hommes de cavalerie, quatre-vingt-trois éléphants, cent cinquante galères avec cent vaisseaux de transport. Il se dirige par la Célé-Syrie, après avoir ordonné à la flotte de côtoyer le rivage et de régler sa marche sur celle de l’armée. Néanmoins, les navarques ayant dit qu’il fallait avoir égard au coucher des Pléiades, qui devait avoir lieu huit jours après, il blôma hautement leur prévoyance qu’il taxait de timidité, et porta son camp à Gaza, voulant y prévenir l’arrivée des forces de Ptolémée.

Ces troupes de terre, munies de provisions |iour dix jours , s’avancèrent par le désert. La flotte sortie de Gaza tint heureusement la mer pendant quelque temps, mais l’influence des Pléiades se lit bientôt sentir; les vents du nord sc levèrent, et un certain nombre des plus grandes galères fut jeté sur la côte de ltaphia. Les vaisseaux de transport furent submergés ou contraints Je rentrer à Gaza ; les mieux gouvernés parvinrent jusqu'à Casium, non loin du Nil, mais d'un difficile accès. Antigone arriva bientôt avec l’armée, opéra sa jonction avec la flotte, et campa à deux stades du Nil , c’est-à-dire, Je la branche de Péluse.

Ptolémée avait fortifié les places principales de l’Égypte inférieure. Il fit répandre parmi les soldats d'Antigone

u’il récompenserait ceux qui l’abanonneraient. Ces promesses produisaient leur effet; la désertion était dans l’armée. Antigone disposa sur les bords du canal du Nil des archers et des frondeurs pour en défendre l'approche aux agents de Ptolémée , et il se dirigea , avec les vaisseaux qui étaient arrivés tard , vers le lieu nommé Paeitr dostoma (fausse embouchure), où il avait l'intention de placer un poste.

L'ayant trouvé fortifié, l’approcne de la nuit le força de se retirer; il recommanda aux navarques de se guider par les feux du vaisseau principal , et il se dirigea vers l’embouchure de la branche phathmétique ( la brandie du milieu).

Mais Ptolémée, ayant eu le temps d’en être averti, se nâta de conduire des renforts à ses troupes et s’établit avec son armée sur le rivage même.

Démétrius, jugeant le débarquement impossible, fa plage du Nil voisine du point qu’il occupait étant naturellement défendue par des lacs et des marais (les marais de Thennêsi, qui sont devenus le lac Menzaleh), se retira avec toute la flotte. Un vent du nord la surprit, et jeta à la côte d'Egypte plusieurs vaisseaux qui furent pris' par Ptolémée; le reste parvint à rejoindre ceux d’Antigone. Ptolémée avait fortifié toutes les embouchures du fleuve et réuni une grande quantité de bateaux prêts à porter du secours sur tous les points; ces dispositions contrariaient fort Antigone , car la bouche de Péluse étant défendue, les forces de mer lui étaient inutiles, et les forces de terre, empêchées par la largeur du fleuve , restaient inactives.

Le temps s’écoulait, et les provisions étaient près de manquer. Antigone réunit ses généraux pour décider si l’on devait continuer la guerre ou se retirer en Syrie, y préparer plus convenablement une nouvelle expédition , attendu que pendant ce temps les eaux du fleuve baisseraient. Ce dernier parti fut jugé le meilleur, et l’armée et la flotte retournèrent en Syrie. Ptolémée remercia les dieux de ce nouveau succès , s'empressa d’en informer Lysi-

iliaque , Séleucus et Cassandre, et rentra dans Alexandrie (l'an 300).

Antigone entreprit alors son expédition contre l’ile de Rhodes, et en confia l’exécution à son fils Démétrius , qui réunit à cet effet plus de deux cent voiles et de quarante mille hommes.

Les Rhodiens se préparèrent à résister à cette attaque; en même temps ils demandèrent du secours à Lysimaque, à Cassandre et à Ptolémée. Celui-ci leur envoya cinq cents hommes, parmi lesquels sc trouvaient plusieurs flhodiens déjà à son service. Ce renfort arriva après les premiers succès obtenus par les habitants de Hle contre les attaques réitérées de Démétrius. Il n’avait pas réussi dans ses manœuvres par mer, et il résolut de prendre la ville du côté de terre. Ptolémée eut le soin de l’approvisionner, et lui envoya d’abord trois cent mille mesures de grains. Cassandre et I.vsimaque imitèrent l'exemple de Ptolemée, qui, peu de mois après, fournit de nouveaux approvisionnements en grains, et quinze cents hommes commandés par le Macédonien Antigone : en même temps il donnait aux Rhodiens le conseil secret de ne pas laisser échapper l’occasion de faire la paix avec Démétrius. Antigone avait envoyé, les mêmes avis à son fils, et le traite fut conclu à cette condition, entre autres, que. les Rhodiens seraient les alliés d’Antigone, excepté dans la guerre contre Ptolémée. Démétrius se dirigea ensuite vers la Réotie, après avoir été retenu devant Rhodes pendant une année.

Cette dernière indication de Diodore de Sicile nous porte aux premiers mois de la quatrième année de la cxviir” olympiade, à l’automne de l’an 305 avant l’ère vulgaire, dix-neuf ans complets après la mort d’Alexandre.

I.es Rhodiens reconnaissants accordèrent de gtands honneurs à Ptolémée ( l'an 305) , consultèrent l’oracle d’Ammon pour savoir s’ils ne devaient pas l’adorer comme un dieu , lui dédièrent un bois sacré, un portique, et, s’il faut en croire l’ausanias , lui décernèrent le surnom de Soter, Sauveur, que l'histoire lui a conservé.

Alors Ptolémée avait obtenu sur son puissant rival Antigone des succès éclatants; sa formidable expédition contre l’Égypte avait été pour Ptolémée une grande occasion de prouver qu’il pouvait la défendre. Antigone avait reconnu les effets de sa puissance devant Rhodes même qu’elle avait sauvée.

Des trois héritiers du nom et de la couronne d’Alexandre, il n’en existlit plus un seul; trop d’intérêts, trop d’im. probes ambitions conspiraient contre leur vie pour qu'ils pussent la conserver. Philippe Aridée, Alexandre, fils de Roxane , avaient été assassinés par Cassandre; il avait aussi acheté de Po- Ivsperchon la vie d’Hercule, fils de Rarsine; et les antres généraux, non moins ambitieux que lui, profitait comme lui du défaut d’héritier légitime de l'empire, se trouvaient associés à tous les succès de Cassandre , sans l’être à ses forfaits.

I^s Perses avaient détrôné la race légitime des rois d’Égvpte : Alexandre avait conquis ce trône sur les Perses, et Alexandre n’était plus. Les titres que deux siècles avaient pu faire aux successeurs de Cambyse n’étaient réclamés par personne. Ilans les circonstances où se trouvait l’Égvpte, la nation n’entreprit pas de placer la couronne royale sur la tête d’un homme de son choix. Depuis la mort d’Alexandre, l’Égypte n’avait connu que Ptolémée; il avait été son maître et son protecteur; elle payait de son affection et de son dévouement les bienfaits d’une administration régulière et bienveillante : Ptolémée était en Egypte le père du peuple, il en devint le roi; il en prit le titre, en revêtit les insignes, les consacra par les cérémonies de la religion, se fit couronner à Alexandrie, et sans doute introniser à Memphis, selon l'ancienne coutume des rois du pays; il fit frapper des monnaies à son nom, à son image, et, rattachant à la mort même d’Alexandre l’origine d’un pouvoir dont cette mort avait été la source, il se considéra comme roi depuis cette époque mémorable, et l’année même où il prit la couronne fut comptée comme

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la vingtième de son régné : il l’inscrivit sur scs premières monnaies.

Cela se passait 0 la fin de l’été ou au commencement de l’automne de l’an 305 avant l’ère vulgaire, entre le mois * de mai et le mois de novembre juliens de la même annee

Ainsi s’ouvrit encore une ère nouvelle pour l'Égypte : une dynastie d’origine grecque venait s’asseoir sur le trône des Pharaons , revêtir leurs insignes royaux, continuer leur autorité sous l'égide des memes lois , des mêmes coutumes, sous la protection des mêmes dieux. Remontons à l’origine du chef heureux de cette nouvelle dynastie, qui fut la XXXII*, et voyons dans un court résumé les noms, la succession et le caractère des princes de fctte race royale qui devait continuer l’oeuvre du plus grand des héros de l'antiquité.

Le nom patronymique des rois successeurs immédiats d’Alexandre au trône de l’Égypte, et qui l’occupèrent jusqu'à l’asservissement du royaume par Auguste, fut celui de Ptolémée.

Chacun d’eux eut encore un surnom particulier; ils composèrent ensemble la famille royale des Lac.ides, dénomination dérivée du mot grec Lagos, qui fut le surnom que porta le père du premier des Ptolémées.

Étant originaire de la Macédoine, le nom et le surnom de cette race royale doivent appartenir à la langue et au dialecte qui furent en usage dans cette contrée. Le nom de Ptolemée avait la signification de guerrier, belliqueux.

La flatterie ne manqua pas d’environner de prodiges et de mensonges l’origine de cette famille. I'tolémée, le premier des rois lagides, fut donc à sa naissance, et comme par une prophétique inauguration, élevé sur un bouclier d’airain; un aigle prit soin de le garantir de l’ardeur du soleil, de l’inclémence de l’atmosphère, et des animaux nuisibles; il déchirait ses proies pour le nourrir de sang au lieu de lait. Voilà ce qu’on a raconté de lui lorsque sa lignée fut puissante et redoutée.

On n’a cependant pas entièrement étouffé la vérité, ce qui du moins lui

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ressemble davantage, et l’on sait encore qu'une Arsinoé, fille de Méléagre, fut unie à Ptolémée, surnommé I.agus , et qu’elle accoucha d’un fils qui fut le chef de la race royale des Lagides.

Ptolémée, fils de" ce Lagus, naquit à Eordéc, petite ville de la province de Mygdone en Macédoine, dans la cm* olympiade. On ne sait rien sur son éducation; mais la faveur même dont il jouit d’abord à la cour de Philippe donne quelque fondement à la tradition qui rapporte qu’il n’était pas étranger à ce roi. Il fut exilé ensuite, soupçonné de trop de dévouement à Alexandre, qui était devenu suspect à Philippe après la répudiation de la reine Olympias. Ptolemée, à la nouvelle de la mort de Philippe, se hâta de se rendre auprès d’Alexandre, qui, devenu roi, le plaça au nombre des sept lieutenants qu’il nommait ses gardes . le compta au nombre de ses plus affidés compagnons, l’associa aux vastes entreprises où lui-même devait trouver une mort prématurée, et le favori une couronne qu’il n'espérait pas. C’était ainsi que le fils de Lagus se préparait aux soins de la royauté par les travaux de la guerre : ses rares qualités et d’éclatants exploits avaient rendu sa personne et son nom plus dignes du diadème.

Sa race fut puissante, compta de nombreux descendants et d’illustres alliances. Elle ne prépara pas sa perte par sa propre ambition; ce fut assez de celle de Rome, favorisée par des dissensions intestines qui firent arriver comme médiateur un peuple qui, bientôt, voulut rester comme maître.

Une femme qui porta toutes les passions à l’excès , et fut douce d’un courage viril, ne put pas réparer, par la force de son caractère , les brèches que le temps et la fausse politique de quelques rois ses prédécesseurs avaient faites à cette puissante monarchie grecque , et cette monarchie périt après avoir subsisté près de trois siècles dans une contrée ou rien cependant n’était grec, ni la langue, ni la religion, ni les moeurs, ni les opinions, ni les préjugés. Sous tous ces rapports, l’Égypte

resta libre de la domination macédonienne établie par l’toléniée, (ils de I-agus.

Après un très-long règne et âgé de plus de quatre-vingts ans, celui-ci s'occupa de se donner un successeur au trône qu’il avait conquis. L’ordre de succession à la couronne de Macédoine, constaté par les historiens, prouve que les (ils du roi en étaient les héritiers de droit selon l’ordre de primogéniture, et qu'au défaut de males les femmes héritaient de la couronne.

Si l’on examine ce qui s’est passé à cet égard parmi les successeurs du iils de Lagus , on y trouvera la véritable cause des dissensions qui troublèrent cette famille, et mirent fin à l'empire égyptien en la précipitant du rang suprême.

Un tableau sommaire de la succession royale dans cette race mettra cette assertion dans tout son jour.

Le premier des Ptolémées , qui porta le surnom de Soter, Sauveur, eut quatre femmes et onze enfants. Il choisit pour lui succéder le fils qui naquit le premier de la quatrième , nommée Bérénice, et il le fit asseoir sur son trône, qu’il quitta deux années avant de mourir. Eurydice, en effet, fille d’Antipater, avait donné plusieurs enfants à Ploléméc avant qu’il épousât Bérénice. Le fils aîné d’Eurydice protesta contre le choix du fils de Bérénice, revendiqua ses droits et prit les armes pour les faire valoir. Céraunus, c’était son nom, perdit la vie dans un combat. Un second frère de Ptolémée , fils de Soter, né comme lui de Bérénice, nuis d’un autre père, fut accusé de conspiration et mis à mort, et le nouveau roi, qui combattit ses deux frères et les vit mourir, porta le surnom de Philadelphe, comme s’il les avait tendrement chéris.

Il eut pour successeur le fils qui lui était né d'Arsinoé , fille de Lysimaque , roi de Thrace. , laquelle , étant fille d une soeur du roi Ptolémée, était tout à la lois sa nièce et sa femme. Aucune dissension ne vint troubler l’élévation au trône de ce fils connu par le surnom d’Evergète, la seconde femme du roi, qui fut tout à la fois aussi sa sœur, sa

femme et la mère de la première, ne lui ayant point donné d’enfants.

Bérénice, fille de Magas, roi de la Cyrénaïque et de la Libye, avait été mariée à Ptolémée Évergète, et de ce mariage naquirent plusieurs enfants;»

le premier-né des deux princes succéda à son père , qu’il aima beaucoup, si son surnom de Philopator est une preuve de son affection. Philopator épousa sa sœur Arsinoé, et fit mourir son frère Magas dont il redoutait l'inlluence.

Il eut assez tard d'Arsinoé un enfant unique, et mourut bientôt après.

A peine âgé de cinq ans, ce fils lui succéda au trône, en butte aux dissensions intestines et aux ambitions étrangères. Le fils de Philopator leur résista, et régna vingt-quatre ans avec le surnom d'Epiphane, ou Illustre, qu’il portait déjà, quoiqu'à peine âge de quatorze ans.

En mourant, il laissa de sa femme Cléopâtre de Syrie, qui lui survécut, deux fils et une fille, tous trois en bas âge. L’atné , appelé au trône , reçut le surnom de Philométor, et il le mérita , s’il reconnut par les témoignages de sa tendresse les services que lui rendit sa mère, qui, en qualité de régente du royaume, l’administra pendant huit ans avec une sagesse dont l’histoire a voulu conserver le souvenir. Après sa mort, des tuteurs inconsidérés engagèrent Philométor dans une guerre contre Antiochus Epiphane, roi de Syrie, guerre dont le résultat fut trèsfuneste au roi, qui fut fait prisonnier la onzième année de son regne. Son frère , qui prit le surnom d'Evergète II , connu aussi sous celui de Physcon à cause de son excessif embonpoint, occupa le trône vacant, appelé par les vœux des Égyptiens. Six années se passèrent dans la plus grande confusion. Antiochus, qui, en taisant prisonnier Ptolémée Philométor, avait ouvert à son frère Évergète II le chemin du trône, entreprit une nouvelle guerre

Fourenchasserson protégé.Philométor occupa de nouveau, le partagea quelque temps avec Évergète, jusqu à ce qu'une décision des envoyés de Home lit rentrer Évergète dans la Cyrénaï-

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que, dont ils lui avaient assigné la pâtre, femme répudiée de Soter II, possession, et Philométor régna seul venait de quitter en épousant Antioencore pendant dix-huit ans. Il mourut chus Philopator. Mais la haine de la laissant deux filles déjà mariées , et un reine mère ne cessa de poursuivre Sofils en bas âge sous la tutelle de sa ter II , et son ambition lui faisant tout mère Cléopâtre, soeur et veuve du roi. espérer de la condescendance qu’elle Évergète II, surnommé encore Ca- supposait dans son second fils Alexanhergétes à cause de son improbité, dre, elle parvint à le placer sur le instruit de la mort de Philométor, son trône, en soulevant la populace contre frère, se hâta de quitter Cyrène, et Soter, qui se sauva sur un vaisseau de venir, à la tète d’une armée, deraan- après dix années de règne, et se retira der la tutelle du jeune roi Eupator, et la à Chypre seul, sépare de Sélène, sa régence du royaume. Il obtint l'une et femme, dont il avait déjà deux enfants, l’autre, à la 'condition d’épouser la et que Cléopâtre donna ensuite en mareine mère, qui était de plus sa sœur, riage au meme Antiochus Épiphane de Il célébra son hymen par l’assassinat Syrie, déjà veuf de Tryphæne. du jeune prince, et devint, ' par un Alexandre couronné trompa les coucrime, possesseur du sceptre et de la pables projets de sa mère Cléopâtre, couronne. Il eut de Cléopâtre, sasœur, il se sépara d'elle d’abord pour aller à un fils né à l’époque de son inaugura- Chypre, d’où Soter était parti; mais, tion à Memphis , et de là appelé Mem- rappelé peu après, Alexandre prit, phite; il le fit tuer et répudia la reine selon les ordres de sa mère, le comsa femme, pour épouser une autre mandement de la flotte, et la conduisit Cléopâtre, fille de celle-ci et de Philo- en Phénicie, pendant qu 'elle-même atmetor, son frère. Il en eut deux fils et taquait avec son armée la ville que son trois Utles , Triphæne, mariée à An- fils Soter était venu défendre. Mais ces tiochus Épiphane, roi de Syrie, Cléo- dissensions, intimement liées à celles pâtre née la seconde, et Sâène née la qui divisaient la famille royale de troisième. Un autre fils, né d’Irène, Syrie, s’étant calmées par la'rentrée sa concubine, eut la Cyrénaïque pour de Soter II à Chypre, Cléopâtre fut apanage. tout entière à son ardent désir de ré-

I.e fils aîné de Cléopâtre la jeune, sner seule : elle tramait la mort de son seconde femme d’Évergète II, déjà fils Alexandre au moment où celui-ci marié à Cléopâtre, qui était sa sœur la prévint en la faisant périr, dix-huit de père et de mère, relégués l’un et ans environ après l’expulsion de Soter. l’autre dans Plie de Chypre, y apprit Mais le peuple, irrité par tant de la mort de son père Évergète II. Par crimes, tourna naturellement les yeux son testament, ce roi avait transmis la vers celui qui en avait été la première couronne à la reine, sa veuve, et à victime, et rappela Soter II au trône; celui de ses deux fils qu'elle désigne- il venait d’en chasser Alexandre, qui rait. Elle aurait préféré voir sur le périt bientôt après dans un combat trône son second fils, qui lui était plus naval, laissant un fils retiré alors à dévoué; mais l’ordre de succession ne Co, et plus tard, connu, comme son favorisant pas ses vœux , elle appela de père, par le surnom d’Alexandre, fille de Chypre le fils aîné, que l’usage Après un nouveau règne de sept années faisait l’héritier légitime de la cou- et demie, Soter II mourut, ne laissant ronne, et lui imposa l’obligation de de ses deux femmes qu’un seul enfant, répudier sa femme Cléopâtre pour Bérénice, qui lui succéda, à l’exclusion s’unir à Sélène, la plus jeune de ses des deux fils et d’une autre fille, «on sœurs. A ces conditions, Ptolëmée, légitimes, qui survécurent aussi au qui prit le surnom de Soter II , fut roi.

inauguré, selon l’usage du pays, à Mais le jeune Alexandre, fils île Pto- Memphis. Son jeune frère Alexandre lémée Alexandre, s’était jeté entre les s'établit aussitôt à Chypre, que Cléo- bras de Mithridate, roi de Pont, et

bientôt après dans ceux de Sylla, qui le prit sous sa protection , et à ce titre le conduisit à Rome. Instruit de la mort de Soter II, le dictateur voulut placer son pupille sur le trône des Ptolémées, et le fit passer en Égypte entouré, d'un cortège royal. Bérénice régnait seule depuis six mois, lorsque, à la satisfaction générale, elle reçut Alexandre II pour époux et pour roi.

Il paya les généreuses résolutions de la reine par un crime; il la fil assassiner dix-neuf jours apres l'avoir épousée, et régna seul dès lors quelques années encore. I.es fils de Sélène, soeur et seconde femme de Soter II , et par là tante d’Alexandre II, élevèrent des prétentions au trône de l’Égypte, étant, comme cet Alexandre, neveux de Soter et germains de Bérénice, sa lille, héritière de l'empire. En même temps les Alexandrins, irrités contre Alexandre II, et ne pouvant lui pardonner la mort de Bérénice, leur reine, se soulevèrent contre lui et le chassèrent du trône. Il se. réfugia à Tyr, où il mourut, et, disposant d'une couronne qui ne lui appartenait pas, il la légua, par son testament, au peuple romain.

I.es Égyptiens, peu empressés de hâter l’éfioque d’un asservissement qu'ils ne devaient pas éviter, et que préparait leur recours trop fréquent à de fallacieuses protections, cherchèrent à prévenir les effets du testament d'Alexandre II. Ils appelèrent donc les deux fils illégitimes de Soter II, placèrent le premier sur le trône de l'Égypte, et donnèrent Chypre au second, l.e nouveau roi d’Égypte prit le surnom de Néos Dionysos, nouveau Denys ou Bacchus, et llome n'hésita pas à"le reconnaître, refusant la couronne que lui léguait le testament de Ptolémée Alexandre II, parce qu’elle aurait dd la conquérir par les armes, et n’acceptant que les trésors réunis à Chypre , qu’il ne fallait que faire transporter en Italie. Mais Selène, comme seconde femme de Ptolemée Soter II, et plus encore comme lille d'Évergète 11 et petite-lille de Philometor, chassée par Tigrane du trône de Syrie, où l’avait

placée son mariage avec Antiochus Épiphane, voulut faire reconnaître les droits qu’elle avait au trône de l’Égypte, et envoya ses deux (ils à Rome pour chercher’ dans le sénat quelques défenseurs. Les tentatives des deux princes syriens furent sans succès; Ptolémée ’Denys les prévint en tout point, et resta paisible possesseur de la couronne, oubliant les devoirs de la royauté pour obtenir d’ignobles triomphes dans l’art de jouer de la flûte, d’où lui vint le surnom A'/4ulétès qu’on lui donna. Avec de l’argent, il sut faire que Jules César, devenu consul, ne soutint plus la validité du testament de Ptolémée Alexandre II, dont Jules César, édile, avait demandél'exécution.

Effrayé néanmoins des hostiles dispositions de ses sujets , excitées par ses constantes exactions, Denvs quitta l'Égypte, alla s’exposer aux sévères dédains de Caton , envoyé comme questeur et préteur à Chypre, et courut à Rome solliciter la pitié publique. Ignorant son départ pour l’Italie et le croyant mort, les Alexandrins donnèrent le gouvernement de l’Égvpte à l’alnée des enfants du roi fvigitit , Bérénice, qui appela, pour le placer avec elle sur le trône, Antiochus de Syrie, dont on ignorait la mort, et apres lui son frère Séleucus, tous deux fils de Sélène , fille de Ptolémée Évergète II , les mêmes qui avaient déjà cherché a récupérer le trône de leurs aïeux maternels. Séleucus arriva en Égypte, épousa Bérénice, qui , impatiente de la sordide avarice du roi, l’étrangla bientôt après. Elle épousa ensuite Arcliélaus, compagnon de Gabinius, proconsul en Syrie, qui se donna auprès d’elle pour le fils de Mithridate Eupator. Six mois après, Arebélaus mourut dans le combat qu'il livra pour défendre sa couronne contre Marc-Antoine, ramenant, sous les ordres de Gabinius, commandant en Syrie , Ptolemée Denys en Egypte. Ce "roi remonta sur le trône après une absence de plus de deux années, pendant lesquelles Bérénice avait régné jusqu'au retour de son père; il la punit de ce succès en la faisant mettre à mort, régna trois ans

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encore, et mourut, laissant pour lui succéder quatre enfants, Cléopâtre, l’aînée de, tous, et avec laquelle dévalait finir l’empire et la race des Laides; une autre fille qui' porta le nom ’Arsinoé, et deux fils plus jeunes qu'elles. 11 désigna pour lui succéder les premiers-nés de ses deux Gis et de ses deux filles, qui devaient s'unir ensemble, et, dans le testament qui contenait ses royales volontés , Rome était encore appelée à protéger leur exécution.

Cléopâtre monta sur le trône avec Ptolémée son frère aîné , qu'on croit avoir porté le surnom de Denys ; mais leur accord ne fut pas de longue durée. Les secrets conseillers de Ptolémée encore mineur, l'entraînèrent à une rupture, et le conduisirent à Péluse où le grand Pompée réclama sans bonheur sa protection , quoiqu'elle ddt lui être assurée par les services qu'il avait autrefois rendus à Ptolémée Denys,

rre du jeune roi, lorsqu’il implorait Rome l'assistance du sénat. Jules César, qui poursuivait Pompée, descendit à Alexandrie, et au nom du peuple romain , exécuteur testamentaire nommé par Ptolémée Denvs, il entreprit de régler les différends qui divisaient tes enfants de ce souverain , en reconnaissant pour rois d'Égypte Cléopâtre et son frère l'ainé. Mais les chefs de la faction populaire , excitée en faveur du jeune Ptolémée contre sa soeur Cléopâtre , restèrent à la tête des insurgés; Arsinoé, soeur de Cléopâtre, vint soutenir par sa présence les efforts de ces rebelles qui la déclarèrent reine d’Égypte, et bientôt après demandèrent le jeune roi , promettant de se soumettre s’ils l’obtenaient.

Jules César, qui ne pouvait méconnaître tout ce que cette demande avait de favorable à ses secrètes préférences pour Cléopâtre, livra le jeune roi qui périt bientôt, après trois ans et quelques mois de règne, à la suite d'un nouveau combat engagé malgré leurs promesses par les insurgés. Cléopâtre triompha , et César la proclama de nouveau reine d’Égypte , lui associant Ptolémée le jeune, qu’elle épousa. Mais

ce prince, âgé de onze ans, ne fut ni époux ni roi ; Cléopâtre s’en défit bientôt et resta seule enfin maîtresse d'un, trône qui devait cesser d’exister avant qu’elle cessât de vivre. I*a jeunesse et la minorité des deux rois qu’elle avait vus mourir, ayant laissé a Cléopâtre seule, pendant tout le temps de leur existence, les soins de l’administration de l’empire, Cléopâtre fut reine en effet depuis ta mort de Ptolémée Denys, son père.

Mais il devait arriver que Rome, qui avait si souvent réglé les destinées de l’Égvpte, verrait les siennes propres décidées en Égypte même. La guerre civile qu'alluma la mort de Jutes César porta souvent sur cette contrée les. regards des triumvirs. Cléopâtre ne s’en inquiétait point; elle espérait d’en triompher, confiante moins dans ses armées de terre ou de mer, dans sa politique ou dans ses trésors , que dans la puissance des charmes accomplis dont la nature l’avait libéralement dotée. Elle avait vu à scs pieds le fils aîné du grand Pompée; Jules César auprès d’elle avait oublié pendant plusieurs mois et sa gloire et scs devoirs; enfin le triumvir Antoine qui avait mandé la reine à Tarses , subjugué â son tour, courut bientôt après sur ses traces à Alexandrie , laissant son armée prendre les quartiers d’hiver en Phénicie. Rappelé â Rome par ses différends avec Octave , il les termine en épousant Octavie, la soeur de son rival ; mais , ramené bientôt par les souvenirs de Cléopâtre, il retourne en Orient, et semble ne faire combattre les armées de Rome que pour accroître les possessions de cette reine. Vaincu en Arménie, moins peut-être par les armes des Parthes que par les regrets que lui causait son éloignement de Cléopâtre, et cédant à leur entraînenicnt , il s’enfuit en Syrie , va aussitôt oublier en Égypte ses nouvelles résolutions sur l’Arménie, et ne se décide à marcher contre Artabaze , son roi , que lorsque Cléopâtre se résout aussi a l’accompagner. Bientôt elle voit amener à ses pieds ce roi couvert de chaînes qui , pour être d’argent , n’c-

taient pas moins humiliantes , et cette femme , livrée à toutes les passions humaines, y mit enfin le comble en osant se revêtir des ornements de la divinité, et prendre le nom de nouvelle Isis. Mais Antoine paya bientôt de sa vie un dévouement qui ne fut estimé que tant qu’il fut profitable : Octave pouvait-il en connaître les effets sans qu’Antoine fût expose aux suites de son jaloux ressentiment? Au nom de l'interét oublie Octave excita le sénat contre Cléopâtre : la guerre lui fut déclarée, et Antoine sacrifia les intérêts de sa patrie à une femme qui n'hésitait pas de le sacrifier lui-même à sa silrete. Cléopâtre le seconda mal à Actium; et, assez téméraire pour croire au succès de ses artifices a l’égard d’Octave vainqueur, elle le flatta par des présents secrètement envoyés, et ne consola point d’un seul regret la mémoire d’Antoine oui se donna la mort , croyant qu’elle l'avait déjà reçue. Elle ne lui survécut que peu de jours : trompée dans ses espérances sur Octave, qui voulait l’attacher à son char de triomphe et non lui obéir, elle ne supporta pas l’idée de l’humiliation , et lui préféra une mort volontaire. Avec elle finit l’empire des Lagides , les fils que laissa Cléopâtre n’ayant succédé ni à son nom ni a son rang. Le premier-né fut nommé Césarion , de Jules César dont on le disait le fils ; il avait porté le titre de roi des rois, mais il ne fut jamais roi, et mourut assassiné. Deux autres fils , et une fille nommée Cléopâtre comme sa mère, nés tous les trois du triumvir Antoine, conduits à Rome parmi les dépouilles de 1’Égvpte , ornèrent avec elles le triomphe d'Octave. Ce royaume fut inscrit au nombre des provinces romaines , et celui qui venait enfin de l’asservir en méprisa assez les derniers rois pour refuser de voir leurs froides reliques , n’accordant cette marque de respiect qu’à la mémoire et aux dépouilles d’Alexandre , comme lui vainqueur de l’Égypte , et comme lui réglant, mais non pour toujours, son sort et ses destinées.

Telle fut la lignée de Ptolémée . fils

de Lagus , surnommé Soter , qui fut en Égypte l’héritier des conquêtes d’Alexandre le Grand.

Dès la première année de son avènement , considérant les deux règnes qui le séparaient d’Alexandre comme nominaux , et comme inconnus a l’Egypte . si ce n’est dans les vaines formules du protocole, il rattacha l’origine de son autorité royale à la mort même du héros dont il avait été le lieutenant : et , de fait , l’Égypte n’en avait point connu d’autre.

Ptolémée Soter fit donc frapper des monnaies d’or, d’argent et de bronze à son nom , à son effigie ; et il v fit inscrire la vingtième année de "son règne.

Le calendrier égyptien était du nombre des institutions publiques que le génie d’Alexandre avait protégées. Ce calendrier, dans sa forme antique, ne cessa pas d’être en usage 'tendant toute la durée de la domination des Ptolémées. Nous avons déjà dit qu’il représentait une année vague de 3G5 jours ( suprà , page 234). C’est d’après ce calendrier que les années des règnes sont comptées ; et , pour la durée entière de ces règnes des Lagides , pendant près de 300 ans , il ne se trouve qu’une différence de 74 jours successivement absorbes par le rapprochement des dates selon le calendrier Julien.

Les dates des monnaies des Ptolémées offrent encore cette singularité :

à l’avénement d’un prince, on comptait la première année de son règne du jour même de cet avènement ; et la deuxième année dès le renouvellement de l’année , quelque rapproché qu’il filt du iour de Pavénement On voit par là qu’une médaille portant la date de la deuxième annee d’un règne , peut avoir été frappée peu de mois ou peu de jours apres que le prince dont elle porte l’effigie est réellement monté sur le trôné. Cette règle singulière fut constamment pratiquée pendant toute la durée des régnés de Ptolémée Soter et de ses successeurs.

Ce Ptolémée, en se plaçant enfin sur le trône d'Égypte, voyait autour de lui des héritiers qui pouvaient en

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perpétuer la possession dans sa descendance. Il avait épousé en troisièmes noces Eurydice, fille d’Antipater, et quelques temps après Bérénice , venue en Égypte en même temps qu’Eurydice.

Il avait, entre autres enfants , un fils d'Eurydice, surnommé Céraunus, et de Bérénice, celui qui lui succéda et qui porta le surnom de Philadelphe :

ce sont les seuls dont les noms sa rattachent à l’histoire d'Égvpte, le sort .des autres, au nombre de neuf, oe l'intéressant point spécialement.

Ainsi le fils de Lagus , Ptolémée Soter, réunissait alors en lui tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise aussi importante que la fondation d'une dynastie souveraine , un nom illustré par de grandes actions militaires , une réputation de sagesse éprouvée par de graves circonstances , vingt ans d’une administration essentiellement bienveillante et protectrice, la confiance des corps de l’État , l’amour du peuple, enfin plusieurs héritiers qui ne laissaient aucune incertitude sur la transmission de la couronne royale.

Eu attendant, Démétrius parcourait l’Archipel , et attaquait Siçyone gardée par les troupes de Ptolémée , qui capitulèrent et retournèrent en Égypte.

Cassandre ne voyait pas sans effroi les succès de Démétrius; et il tenta de s’associer Lvsimaque , en lui faisant partager les craintes qu’inspiraient la puissance et l'ambition d'Antigone.

Lysimaque ne s’v refusa pas, et, d’un commun accord, ils proposèrent à Ptolémée et à Séleucus de se réunir à eux , dans l'intérét même de leur couronne que menaçaient également les projets d'Antigone ; car , s’il parvenait au trône de Macédoine, se considérant dès lors comme le successeur d’Alexandre, il voudrait réunir sous sa domination toutes les provinces de l'ancien empire. Séleucus et Ptolémée consentirent à cette alliance , bien convaincus qu’elle serait funeste à Antigone qui jusque-là avait été vainqueur.

A la suite d’événements et de succès divers en Asie et en Europe, Séleucus s’était avancé de la Babvlonie, s’était porté en Cappadoce où ii avait pris ses

quartiers d'hiver, et Ptolémée, parti de l’Égypte avec une armée nombreuse , avait occupé les principales villes de la Syrie et de la Gélé-Syrie. Sidon résistait, et il en faisait le siège lorsqu'on lui annonça qu'à la suite d’une grande bataille Séleucus et Lysimaque , vaincus par Antigone, s’étaient retirés à Héraciée, et qu’Antigone s'avançait avec une armée considérable vers la Syrie. Trop conGant dans ce rapport qui était sans fondement, Ptolémée fit arec Sidon une trêve de quatre mois , laissa des garnisons dans les villes qu’il avait prises, et rentra précipitamment en Égypte où il passa aussi l’hiver.

C'était celui de l’année 30t avant l’ère vulgaire. L’état où étaient alors les affaires des généraux d’Alexandre se disputant l’héritage de son empire, annonçait , pour le printemps qui suivrait , le dénodinent de cette sanglante tragédie : c’étaient cinq gouverneurs militaires qui s’étsient faits rois, et qui , sur cette scène de crimes et de malheurs, entraînaient presque tous les peuples de l’Europe et de l’Asie , non comme spectateurs désintéressés , mais comme acteurs involontairement associés à la fortune du chef qui les avait conquis.

La journée d’Ipsus décida du sort d’Antigone. Ce fut auprès de la ville de ce nom , en Phrygie , qu’il livra aux uatre rois alliés là bataille où il périt la vie de la main même de Séleucus ; son armée fut détruite , et Démétrius sou fils alla , avec une poignée de soldats , chercher à Éphèse , ensuite à Chypre , une retraite et des ressources nouvelles contre cette catastrophe inattendue.

Les provinces et les villes où ils avaient commandé devinrent le prix de la victoire, et les quatre rois songèrent à se les diviser; mais leurs prétentions particulières pouvaientelles laisser espérer qu’ils régleraient aimablement ce partage? Leur intérêt commun les avait réunis contre Antigone, leur commune ambition les divisa; le sort des armes devait encore en décider. Seleucus s’unit à Dénié-

trius qui trouva un secours inespéré ilans cette alliance; un traité associa l.v simaque à Ptolémée . et de nou velles guerres furent le résultat de ces nouveaux succès.

Ptolémée pensa dés lors à reprendre i'Ile de Chypre , à s’assurer la possession de la Syrie que ses troupes occupaient en partie depuis prés d’une année , enfin à remettre aussi sous son obéissance Cyrène qui , depuis quelque temps, méconnaissait son autorité. Démétrius, contre son attente, vit ses affaires se relever ; Sélcucus épousa sa fille Stratonice; et il retourna à Antioche. Déidamie , l’une des femmes de Démétrius, étant morte, Séleucus lui fit accorder par Ptolémée la main de Ptolémaïs, l’une de ses filles. Démétrius, bientôt après, attaqua Athènes, qui souffrit une cruelle famine , quoique Ptolémée lui eût envoyé cent cinquante galères pour la soutenir. Mais Démétrius en avait déjà réuni trois cents venues du Pélo[>onèsc ou de Chypre qu’il tenait encore; la flotte de Ptolémée se retira , et Lacharès ayant abandonné Athènes , Démétrius y entra. Il attaqua ensuite la Laconie , défit Archidamas à Mantinée, et poussa droit à Lacédémone. Ce fut alors qu’il fut informé que Séleucus avait pris plusieurs de ses villes d’Asie , et que Ptolémée occupait I’Ile de Chypre , à l’exception de la ville de Salamis où étaient ses enfants et leur mère.

Bientôt après , Démétrius apprit que Ptolémée les lui renvoyait comblés de présents et d'honneurs.

Tel était l'état des choses dans ces contrées, la trentième année après la mort d’Alexandre. A cette époque, Ptolémée avait repris possession de I'Ile de Chypre , de Cyrene , et commencé la construction' du phare dans I’Ile qui porta ce nom.

Deux ans après , Ménandre , fils de Diopithès, cessa de vivre : une inscription grecque , trouvée à Rome , dit que cela arriva dans In trente - deuxième année du règne de Ptolémée Soter , et sous l’arcbontat de Philippe à Athènes.

Ptolémée, tranquille possesseur de l’Égypte, profitait des loisirs de la

paix pour embellir Alexandrie et y faire construire plusieurs temples.

Lorsqu’il voulut les consacrer, un songe mystérieux d’abord négligé, écouté ensuite à cause des circonstances effrayantes qui l'accompagnaient , le détermina à envoyer consulter Apollon Pythien et à demander au roi de Synope les images du dieu qu’il avait vu pn songe; il lui fit offrir en même temps de riches présents. Trois ans se passèrent sans que cette négociation edt uu résultat ; elle avait commencé dans la trente - cinquième année du règne de Ptolémée.

Sur ces entrefaites , Démétrius avait réuni une armée de cent dix mille hommes et une flotte de cinq cents vaisseaux ; on en construisait encore a Chalcis , à Corinthe , à Pelia , et leurs dimensions n’étonnaient pas moins que leur nombre. Effrayés par de si grands préparatifs, Lysimaque, Séleucus et Ptolémée jugèrent que ce ne serait pas trop de leur alliance pour résister à Démétrius : ils la contractèrent et y entraînèrent Pyrrhus. Ils le chargèrent de surveiller là Macédoine ; Ptolémée parcourut la Grèce avec une nombreuse flotte pour s’y faire des alliés; et bientôt Démétrius perdit le trône de Macédoine après l’avoir occupé sept années.

Ce fut après ces événements que In négociation de Ptolémée avec le roi de Synope traînant trop en longueur au gré du dieu qui en était le sujet, le dieu quitta lui-méme brusquement son temple , monta sur une galère , mit en mer, et, après une traversée qui ne dura que trois jours , entra dans le port d’Alexandrie à la grande satisfaction de Ptolémée. C’était Apis.

L’annéesuivante, la trente-neuvième de Ptolémée , fut aussi la dernière de son règne; ce fut dans le courant de cette année que Ptolémée , déjà trèsavancé en âge , s’occupa d’assurer à sa famille la jouissance d’une couronne qu’il avait conquise par sa valeur et méritée par sa sagesse. Il voulut , de son vivant , placer lui-même son successeur sur le trône qu’il se décidait à quitter. Tout secondait ec noble projet :

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Ptolémée était en paix avec ses anciens compagnons d’armes qui avaient échappé à quarante années de guerres et de malheurs : des traités ou des alliances de famille rattachaient à Lysimaque , à Séleucus , a Pyrrhus même ; Démélrius, que ses hauts faits rendaient le plus redoutable, expiait sa gloire prisonnier de Séleucus auquel il s’était volontairement livré ; Ptolémée jouissait enfin des fruits de son courage , de sa prudence et de sa modération. Constant, dès le premier jour de son gouvernement en Egypte, a ne s’occuper que de cette riche contrée, il songea non pas à acquérir, mais à posséder. Attaqué dans l’Égypte , il sut la défendre et la préserver de toute invasion. 1,’attaehement et la reconnaissance des peuples affermirent sur sa tête la couronne royale, et , comme s’il ne devait rien faire d’inutile à sa gloire , il n’ajouta pas moins à sa renommée en cédant volontairement la couronne à son Ois , qu’il n'en avait acquis en ia prenant.

Des deux femmes que Ptolémée avait épousées depuis qu’il était le maître de l’Égvpte , il lui restait alors trois Ois : un d’Eurydice, que ia violence de son courage avait fait surnommer Céraunus , et deux de Bérénice, dont le premier fut surnommé Philadelphe , dont le second, Argæus, mourut quelque temps après , soupçonné de conspiration contre le roi.

Ptolémée consulta ses amis sur le choix d’un héritier, qu'il se proposait de faire avant de mourir. L’usage désignait le Ois d'Eurydice , parce qu’il était l’aîné des trois. Déuiétrius de Phalère le dit au roi qui lui préféra le premier-né des enfants de Bérénice; il le proclama son successeur à la couronne d’Égypte , et cette exception à la règle généralement suivie dans ces temps , dut contribuer à la détermination <jue prit Ptolémée de descendre du trône , pour y affermir par sa présence l’héritier de son choix qu’il venait d’y placer.

L’autorité de Ptolémée Soter avait été constamment secondée de l’assentiment public , de l'amour des peuples

et du concours empressé de toutes les classes. Sous son régné, i’Égypte avait reconquis son antique splendeur , et les arts de la Grèce avaient uni leurs riches produits à ceux des arts nationaux. Les preuves de la magnificence de Ptolémee , de sa piété envers les dieux du pays , de son active attention à encourager les arts et les lettres, subsistent encore sur les monuments et dans les témoignages de l’histoire.

Nous 11e pouvons les indiquer ici que bien sommairement , tant ces preuves sont multipliées.

On croit avoir reconnu le nom de Ptolémée Soter et celui de la reire Bérénice, sa femme, dans quelques parties des édifices religieux de Rarnac à Thèbes, et sur le couronnement du temple de Bohbaït, l’ancienne Isidis- Oppidum. La légende royale de Ptolémée est renouvelée des Pharaons; ce roi grec y est aussi approuvé d' A mon et de Phré , le gardien de la vie, Ptolémée vivant à toujours et chéri de Phlha. Le nom de ia reine Bérénice est sculpté à côté de celui du roi , avec le titre de dominatrice du monde. Il faut , sans doute , accuser le temps et les événements, de la rareté des monuments signés du nom de Ptolémée Soter : ayant ceint le diadème royal vingt ans après la mort d’Alexandre le Grand , et jusque-là n’ayant inscrit sur les monuments que les légendes de l’autorité légitime , possédée par le frère et le fils du conquérant, il n'eut aussi , et pour les mêmes motifs , à placer son propre nom que da ns la dédicacé des édifices publics qu’il fit construire ou réparer après s’étre déclaré roi.

LepAareétait une haute touren pierres blanches et à plusieurs étages, élevée dans l’île de Pharos, que Ptoléniée réunit à Alexandrie par une chaussée.

Ce phare , qui devait faciliter la navigation dans le voisinage du port d'Alexandrie , est un des plus utiles monuments entrepris par Ptolémée Soter. Chaque étage allait en se rétrécissant , et avait une galerie extérieure prise sur la fabrique de dessous. On dit qu'il eut d'abord mille coudées de haut; il n'en reste plus rien aujourd'hui de visible.

Die

Des escaliers habilement construits conduisaient dans de nombreux appartements; des bûtes de somme pouvaient y monter , tant les pentes étaient artisteïnent ménagées. Au douzième sièclede notre ère, il restait encore cent cinquante coudées des constructions du phare. Il est figuré sur plusieurs médailles ; les poètes célébrèrent cette merveille des arts ; en élevant le phare d’Ostie, l’empereur Claude prit pour modèle celui d’Alexandrie.

Ptolémée ne dédaigna pas les productions de l'art égyptien ; il donnait par là une satisfaction à l'opinion nationale ; les restes de l’antique Alexandrie rendent témoignage de cette attention. Un des obélisques encore debout dans les ruines de la ville grecoue , avait été d’abord érigé par un Pharaon devant un des temples de la ville d’Héliopolis ; il fut transporté dans la ville nouvelle.

Mais le plus mémorable établissement pour lequel l'humanité doive le plus se montrer reconnaissante envers Ptolémée Soter, c’est l’école savante qui porte encore le nom d 'école d’Alexandrie.

Au milieu des exigences de la guerre, Ptolémée avait du temps à donner aux jouissances de la paix. Il savait la puissance des arts et des lettres sur la prospérité des empires : il les appela auprès de lui de toutes les régions où ils fiorissaient , de la Grèce surtout , la patrie du génie et du bon goût , déjà riche de tant de chefs-d’œuvre de l’intelligence : il réussit à former une intime et durable union entre eux et l’étude des plus riches productions de la nature, dont l’Égypte était si féconde.

Ptolémée y attira les savants de la Grèce , et Alexandrie devint la nouvelle patrie des lettres et le sanctuaire de la science. Le roi ouvrit son paiais aux philosophes , cultiva leur société, et fit amasser pour eux une immense bibliothèque. Les hommes les plus distingués de tous les pays affluèrent en Égypte, et Alexandrie conserva pendant six siècles le litre de métropole des sciences et des lettres

On a donné le nom d’école b ce centre de toutes les études , de tous les progrès dans la culture de toutes les sciences. Non-seulement elle ajouta au domaine général de l’intelligence par de nouvelles découvertes , mais encore elle prit soin de conserver Jes conquêtes déjà faites, en donnant de nouvelles éditions des écrits les plus remarquables ; des fragments d’Romère, des livres d’astronomie, des compositions poétiques , écrits sur papyrus , recueillis en Égypte et portés a Paris , rappellent les t ravaux des critiques grecs de cette écolo.

Toutes les branches des sciences y furent cultivées : la cosmographie, les mathématiques, l’histoire naturelle, la médecine et la grammaire : la philosophie eut aussi son tour, quoiqu'un peu plus tard; et il suffira à l'éternelle gloire de cette école de ciier parmi ceux qui l’illustrèrent, Dérnétrius de Phalère, Zénodote et Ans-* tarque pour la critique grammaticale; Hérophile et Érasistrate pour la médecine ; Timarque, Aristide, Hi pparque et Ptolémée pour l’astronomie; Euclide , Apollonius de Perga , Diophante ,

Saur la géométrie; Eratosthène et trabon pour la géographie; Cnésidème , Sextus l'empirique , Potamon , Ammonius SaUkas parmi les philosophes; enfin l’influence durable de cette école s'étendit par la suite des temps sur les Juifs, les chrétiens et les Grecs d’Alexandrie tout à la fois : Aristobule et Philon font honneur à l’école judaïque; saint Panténe et saint Clément d’Alexandrie à l’école chrétienne. La poésie et l’histoire n’ajoutèrent rien de marquant aux chefsd’œuvre que les Grecs avaient déjà produits.

La destinée de cette admirable institution fut celle de toutes les créations humaines ; sa gloire brilla ou s'obscurcit comme celte des rois grecs, qui se succédèrent sur le trône d'Égypte.

Sous les trois premiers Ptoieihées, l’éclat de leurs règnes rejaillit sur l’école qu’ils avaient fondée par leur munificence et agrandie parleurs bienfaits. Les trois règnes suivants furent

moins heureux, l’école déclina et la Grèce , plus calme , offrit aux maîtres et aux disciples un théâtre plus digne de leur science et de leurs efforts.

Bientôt après , les désordres publics inquiétèrent les Muses amies du repos et ae la sérénité; les savants d'Alexandrie s’exilèrent et allèrent enseigner à Rhodes, en Grèce et en Syrie. Les causes qui ruinèrent le, trône des Ptolémées ruinèrent aussi l’existence de l'école d’Alexandrie.

Du reste , Ptolémée Soter était un prince lettré; il passe pour avoir composé une relation des conquêtes d’Alexandre : il se plaisait à la fréquentation des poètes et des philosophes; il avait destiné une portion de son palais à leur logement : il l'avait comme consacrée aux Muses, en lui donnant le nom de Musæuin qui est venu jusqu’à nous , et il renfermait les collections les plus utiles au progrès de toutes les sciences, et notamment les principaux écrits composés en Grèce , en Asie et en Afrique. Les savants qu'il ne pouvait attirer près de lui , il les recherchait par ses bienfaits, et plusieurs d’entre eux éprouvèrent les effets de sa munificence. U entretenait une correspondance suivie avec le célèbre Tliéophraste. C’est Ptolémée quiréalisa les vues d’Alexandre sur Alexandrie : il fonda la puissance de cette grande cité , et lui donna une importance qui dure encore. Il l’orna aussi de magnifiques édifices , dont il ne subsiste plus que peu de ruines : tant de maîtres se sont depuis succédé dans cette ville ! Ptolémée Soter lui avait attentivement ouvert ou entretenu les plus fructueuses voies commerciales avec le monde entier. Les astronomes secondaient, éclairaient lea navigateurs : il nous reste encore quelques-unes des observations faites à Alexandrie par Timochahs , notamment celles de plusieurs étoiles principales et des Pléiades dans les années 295 , 294 , et 283 avant l'ere chrétienne; antiques observations trèsutiles aux supputations comparées des observateurs modernes.

Ptolémée Soter avait conGé au philosopha Straton , disciple de Théo-

phraste, et à Philétas de Cos, poète imité nr Tbéocrite, l’éducation de son Gis Ptolémée Philadclphe ; de telles leçons fructiGèrent; le règne de Philadelphe est un de ceux qui ont jeté le plus d’éclat dans l’histoire ; et , tout en faisant une juste part aux exagérations des poètes, il reste encore assez de sérieux témoignages des soins de ce grand prince pour la prospérité et la gloire de son empire.

Ptolémée PhÙadelphe succédait à son père encore vivant. Après avoir quitté le trône, Ptolémée Soter jouissait en quelque sorte des honneurs réservés a sa mémoire; il voyait sa propre apothéose, son image 'et son nom associés dans les cérémonies publiques à ceux du grand Alexandre :

préludes du culte dont il devint l'objet , et qui lui lit consacrer des autels, des chapelles et des prêtres. Il assista avec Bérénice, sa femme, mère de Philadeiphe, à la magniGque cérémonie qui fut comme l'inauguration du règne de leur fils. Cette fête publique, que rien n'égala jamais dans notre Occident, et où l’Égypte avait comme accumulé toutes les richesses de l’Asie, de l’Afrique, est connue du lecteur par la description qui a été mise sous ses yeux.

Cette fête eut lieu au milieu de l’hiver qui suivit l’abdication de Ptolémée Soter, au commencement de l'année 284 avant l’ère vulgaire.

Dès que le choix fait par Ptolémée Soter fut déclaré, Céraunus, son Gis, né d'Eurydice, appelé au trône par l’ordre de primogeniture, ne voulut pas rester dans une cour où ses droits venaient d’être si publiquement méconnus : il quitta l'Egypte et se retira auprès de Lysimaque, roi de Tlirace, dont le fils, Agathocle, avait épouse sa sœur Lysandra, née comme lui d’Eurydice. Mais Lysimaque, déjà avancé en âge , avait aussi épousé une fille de Ptolemée Soter et de Bérénice, Arsinoé, soeur de PhHadelphe. Celle-ci craignant, disent les historiens, que scs enfants, après la mort de Lysimaque.

ne devinssent les sujets d’Agathocle, trama la perte du jeune prince son

beau-fils. Elle réussit à devenir criminelle sans que Lysimaque s'occupât de l’empêcher, et Lysandra , sœur de Céraunus, veuve d’Agathocle, effrayée d’un tel attentat, courut chercher un refuge non pas à la cour de Ptolémée Philailelphe , son frère de père , devenu roi d’Égypte, mais auprès de Séleucus, entraînée d’ailleurs par les conseils de Céraunus qui ne la quitta pas, et qui l'accompagna , ainsi que ses enfants, un autre frère de Céraunus, appelé Méléagre, et Alexandre, fils de J.ysiniaque, né d’une femme odrysienne.

Arrivés à la cour de Séleucus, ce roi refusa de seconder leurs vues ou leurs prétentions sur l’Égypte-, ses traités le liaient avec Ptolémée Soter; mais il se déeida à faire la guerre à Lysimaque.

Celui-ci se hâta de passer en Asie pour prendre lui-même l’offensive; il perdit la vie dans une bataille qu’il avait engagée, et qui se livra auprès de Coroupedion , dans la grande Phrygie. Cette victoire rendait Séleucus le maître du trône de Macédoine, et il pensait à s’y asseoir. Il ne restait plus que lui des anciens compagnons d’Alexandre : Ptolémée Soter avait cessé de vivre.

Séleucus céda donc ses États d’Asie à son fils Antioc.lius, et se mit en marche pour la Macédoine à la tête d’une armée composée de troupes grecques et de troupes étrangères. Ptolémée Céraunus l’accompagnait et secondait son entreprise avec un zèle que la bien veillance de Séleucus pource prince ftigitif ne devait pas faire soupçonner d’infidélité. Cependant, parvenu à Lysimachia avec son armée, Séleucus fut trahi par Ptolémée Céraunus, qui lui donna la mort, abandonna aux soldats le pillage du trésor royal, s’empara du royaume de Macédoirie,et le gouverna comme roi jusqu’au moment de son invasion par les Gaulois, qui le tuèrent dans un combat.

Lysimaque, Séleucus et Ptolémée, périrent presque en même temps, et survécurent peu àPtoléméeSoter.Tous les historiens sont d’accord que ce prince vécut deux ans encore après son

abdication, ce qui porte sa mort vers la fin de l’an 283.

C’est à l’époque de l’avénement de son fils que durent être frappées les monnaies qui portent les têtes accolées de Soter et de Philadelphe, avec celle de Bérénice au revers.

Philadelphe était né dans l’île de Cos, lorsque Soter, son père, fit une expédition dans les Cvclades, et l’époque en a etc fixée à l'année 308 avant l’ère vulgaire. Théocritc, qui a décrit en poète la naissance de Philadelphe, dit que Bérénice fut surprise dans cette île par le terme de sa grossesse, ce qui nous apprend qu’elle accompagnait Soter dans cette expédition militaire, se croyant peut-être plus en sûreté au milieu des hasards de la guerre qu’à la cour même d’Alexandrie, si Eurydice y était restée. Ce fut donc après vingttrois années entières, et lorsque Philadelphe était parvenu à la vingt-quatrième de son âge, qu’il fut appelé au trône d’Égvpte par I abdication volontaire de Soter, au mois de novembre de l'an 28â.

Dès qu’il fut informé que son frère Céraunus avait quitté la cour de Lysiinaque, il envoya demander en mariage, à ce roi, sa fille Arsinoé.

Aussitôt après la mort de Ptolémée Soter, Philadelphe, qui n’avait point oubliéque Démétrius de Phalère , consulté par son roi sur le choix d’un successeur, n’avait pas hésité d'unir sa voix à ce que prescrivait l’usage, qui appelait à la couronne Ptolémée Céraunus, exila ce sage conseiller dans une province, où il traîna quelque temps encore une vie languissante.

Dans la même année, la 282* avant l’ère vulgaire, Arsinoé, fille de Lysimaque, se rendit en Égypte et devint l’épouse de Philadelphe.

Alors Sostrate de Gnide termina la construction de la tour du phare près d’Alexandrie, qu’il avait commencée par l’ordre de Soter. Sa construction dura douze années entières, et ce magnifique édifice fut célébré dans les hymnes des poètes. On raconte que le roi ne voulant pas permettre que Sostrate mit son nom sur l’édifice, l’ar-

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chitecte, bien avisé, l’y grava profondément , et couvrit ensuite l’inscription d’un stuc qui le cachait, espérant que, lorsque le temps aurait détruit le stuc, son nom serait connu de la postérité.

Des poètes contemporains honorèrent cependant publiquement Sostrate et son ouvrage.

Deux années plus tard, Céraunus, maître du trône de Lysimaque par l’assassinat de Séleucus," tenta de s’en assurer la possession en captant les faveurs populaires, et dans le dessein d’obtenir la bienveillance de Philadeiphe, son frère, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lui faire connaître que , par respect pour la memoi re de leur père, il oubliait l'offense qui lui avait été faite en le privant de la couronne. Mais il n’eut vraisemblablement pas le temps de connaître les réponses de Philadeiphe, car neuf mois apres il jierdit la vie dans un combat contre les Gaulois, ainsi que nous venons de le dire.

Céraunus, en prenant la couronne de Macédoine, avait simulé un grand attachement pour Arsinoé, veuve de Lysimaque, et pour ses deux fils; mais il les avait fait égorger en célébrant son hymen avec Arsinoé, et celle-ci s’était retirée dans l’ile de Samotlirace. Après la mort de Céraunus, Ptolémée Philadeiphe s'empressa d’appeler auprès de lui Arsinoé, sa sœur.

Toutefois, ce prince, Philadeiphe 0 qui aime ses frères), ne justifia pas ce surnom par un heureux accord avec ceux de ses frères qui vivaient encore alors. Le plus jeune de tous, Argæus, né comme lui de Bérénice, accuse de conspiration contre le roi , fut mis à mort par son ordre; Méléagre, qui était à Chypre, éprouva le meme sort pour avoir poussé à l’insurrection les habitants de cette île. Philadeiphe ne traita guère mieux sa femme Arsinoé, fille de I.vsiinaque, soit qu’elle edt conspiré contre lui, excitée par la jalousie que lui inspirait la présence de l’autre Arsinoé, veuve de Lysimaque son père, et sœur de Philadeiphe, soit que, vaincu par les charmes de sa sœur. Philadeiphe ne conservât pour

elle aucune affection ; il la répudia et l’exila à Coptos , dans la Thébaïde , en ayant déjà trois enfants, deux fils et une fille, et il épousa Arsinoé, sa sœur de père et de mère, ce qui était contraire aux lois des Macédoniens.

C’est à cette même époque du règne de Philadeiphe que se place ce que l'on a dit de la traduction grecque des livres des Hébreux, si longtemps attribuéeà ce roi. Le grand nombre de Juifs amenés successivement en Egypte, ou qui y furent attirés par la douceur du gouvernement de Soter , leur mélange avec les Macédoniens , dont il leur devint nécessaire de connaître la langue, qui était aussi celledu gouvernement,dtirent rendre indispensable la version de ces livres hébreux en langue grecque. Si l’on s’en rapporte à la lettre attribuée à Aris.

téas , ce fut Ptolémée Philadeiphe nui, d’après l’avis de Démétrius de Phalère et sur les pressantes sollicitations d’Aristéas, ordonna d’en faire une traduction complète. Josèphe , l’historien des Juifs, n’a élevé aucun doute sur l’authenticité de cette lettre; Philon, outre Juif, raconte à ce sujet des choses analogues; mais la chronique samaritaine d ' Aboul-Phatach attribue aux Samaritains tout ce que la lettre d’Aristéas dit des Juifs, et ajoute que la traduction à laquelle concoururent les Samaritains fut faite dans la dixième année du règne de Philadeiphe.

On peut remarquer sur ce sujet que puisque, au rapport de Plutarque, Démétrius de Phalère engagea Ptolémée Soter à recueillir les livres de législation connus chez divers peuples et dans diverses contrées, ceux des Juifs ne purent pas être oubliés.

11 faut remarquer aussi que dès la 3” année de son règne , Philadeiphe avait exilé le philosophe Démétrius de sa cour , où il ne pouvait plus se trouver sept années plus tard.

Philadeiphe ne donna pas moins d’attention à se faire de bonnes relations au dehors, à contracter de puissantes alliances, et il rechercha celle des Romains : leur réputation militaire, leurs guerres avec divers peuples de la grande Grèce, et surtout celle qu ils

venaient de soutenir avec succès contre Pyrrhus, roi d’Epire, que le père de Philadelphe avait replacé peu d'années avant sur son trône, contribuèrent à l'y déterminer; il envoya des ambassadeurs à Rome; le sénat romain envoya aussi à Philadelphe quatre députés, et l’alliance fut conclue.

Elle fut la première relation directe entre le gouvernement d’Alexandrie et celui de Rome : il eût mieux valu pour l'Egypte qu’elle eût toujours été ignorée "des Romains, car elle devait redouter les effets de ces alliances.

Dans l'année suivante, la treizième du règne de Philadelphe , Timocharis s’occupait à Alexandrie des deux observations de Vénus, qui furent faites les 13 et 16 octobre de l'an 272.

Deux années après sa défaite en Italie, Pyrrhus perdit la vie devant Argos.

Après la mort de Pyrrhus, Antigone menaçait la Grèce entière de sa toute-puissance. Athènes et Lacédémone se liguèrent contre lui et demandèrent du secours à Ptolémée Philadelphe, qui envoya une flotte sous le commandement de Patrocle, laquelle, si l’on en croit Pausanias, ne fut pas fort utile aux Athéniens; néanmoins ils donnèrent à une de leurs tribus le nom de ce Ptolémée.

Bientôt après, l’un des enfants que Bérénice avait eus avant qu'elle fût la femme de Soter, Magas , frère de mère avec Philadelphe , et depuis plusieurs années gouverneur de Cyrène , y avait pris un tel empire sur les habitants , qu'il les poussa à la révolte envers leur roi Philadelphe , et les conduisit contre l’Égypte. Pniladelphe leur opposa des forces suffisantes , parmi lesquelles se trouvaient quatre mille Gaulois : Magas fut bientôt ramené à Cyrène par l’insurrection de quelques peuplades de la Libye, et Philadelphe dut renoncer à le poursuivre parce qu’il fut informé que les troupes étrangères qu’il avait à sa solde conspiraient contre lui. Il les lit enfermer dans une fie du Nil où elles périrent toutes.

Magas parvint ensuite à entraîner son beau-pere Antiocbus. roi de Syrie,

dans son entreprise contre l’Egypte; mais Ptolémée la rendit encore" sans succès en jetant ses propres trou|ies dans les provinces d'Antiochus les moins bien défendues. Cefieiidant Magas fit proposer la paix à Philadelphe, et voulut la cimenter par une alliance de famille. L’union de Bérénice, fille unique de Magas, avec le Gis unique de Philadelphe, fut convenue, et la Cyrénaïque se trouva par cette union de plus en plus attachée h l'Egypte.

Magas étant mort, Apamé, sa veuve,

3u i n'avait pas consenti à ce projet 'union , tâcha de la rompre en appelant de la Macédoine Démétrius, frère du roi Antigone; mais ce prince déplut tant et sitôt par son orgueil à la famille de Magas , au peuple et à l’armée, qu’il fut la victime des embûches qu'on lui tendit, et Bérénice devint la femme du jeune Ptolémée qui régna ensuite sous le nom d’Évergete.

Les soins que Philadelphe donnait au gouvernement ne laissèrent pas une année de sa durée sans qu’elle ne vît naître quelque institution utile, fonder quelque établissement public , élever un monument aux arts , encourager ceux qui les cultivaient. Mais, quoique le souvenir en soit conservé , l’époque en est toujours ignorée, et c’est ici qu’il est permis de renouveler le regret qu'excite si vivement le silence des médaillés, quoique cependant leurs dates marquent les années du règne de Philadelphe selon une ère qui remonte à la première année de Soter comptée depuis la mort d’Alexandre, ère qui , si elle eût été conservée , aurait fourni un guide certain pour le temps des Lagiues.

Mais son usage ne fut pas immuable ; il s’opéra à cet égard un changement qu'il entre dans notre plan d'indiquer d’abord , afin de l'expliquer s’il est possible.

Soter, en prenant la couronne d’Egypte, avait fait marquer sur ses monnaies les .innées de son règne, dont la première remontait à celle de la mort d'Alexandre. Philadelphe lui succéda de son vivant même , et il continua de marquer ses monnaies selon

ÉGYPTE. 4IS

l'ère qui remontait à la première année du rè^ne de son père. Ainsi , on a des médailles de Ptolémée Soter avec le nombre 36 : celles qui portaient les nombres 37, 36 et 39, ne sont pas connues. La première, frappée pour Philodeiphe , dut porter le nombre 40 ; elle manque aussi : mais celle qui fut frappée l’année suivante , la 41' de l’ère de Soter, qui était la 2* du règne de Philadelphe, nous est parvenue. Elle présente d’un côté la tête jeune et diadémée du deuxième Ptolémée, et au revers son nom avec un aigle debout sur un foudre; dans le champ de la médaille la date de l’an 41. Cette manière de dater ses monnaies fut continuée par Philadelphe jusqu’à l’année 54 de Père, et même jusqu’à l’année 56. Après , viennent les monnaies de Philadelphe avec des dates qui se rapportent a une autre ère , et dont le premier nombre connu est 19. Ce ciiangeinent dans la manière d’inscrire les années de son règne sur ses monnaies, introduit dès lors par Philadelphe, a été expliqué avec toute raison par la volonté du roi de se faire une ère d’après l’époque même où il était parvenu à la couronne , de la compter du commencement de son règne , et non plus de celui de Soter. Cette explication n’est pas nouvelle; elle a été admise par tous ceux qui ont voulu rendre raison de ce changement dans la manière selon laquelle les années de Philadelphe sont comptées sur ses monnaies.

Quelle fut l’occasion d’un tel changement?

C’est l'établissement de l’ère dionysienne , ainsi appelée du nom de son auteur , Denys l’astronome.

Cette ère était purement astronomique et composée d’années solaires Oxes , chacune de douze mois , portant les noms des douze signes du zodiaque.

Il est généralement connu que l’époque radicale de cette ère était l’avènement de Philadelphe à la couronne d’Égypte; et les huit observations astrouomiques datées selon l’ère de Denys , conservées dans l’Almageste , étant , au moyeu de leurs dates égyptiennes cor-

respondantes , transportées sur le calendrier Julien , montrent en effet que 1ère de Denys commence au solstice d’été qui précéda immédiatement l’avénement de Philadelphe , et il y a entre le solstice et l’avénement (du 24 juin au 2 novembre) un intervalle de 130 jours environ. Si l’on suppose que Denys ayant composé son ere a voulu lui donner une époque radicale historique, la première année du règne d’un prince qui faisait tout pour encourager les recherches savantes , pour les astronomes surtout , se présentait naturellement à son esprit. De plus , on ne peut pas croire que Denys ait établi son ère avant le régné de Philadelphe, puisqu’il eût fallu en prédire le commencement.

Peu d’années après , la 24e du régné de Philadelphe, Antiochus Théos succéda à son père Antiochus Soter. Sa sœur Apamé , veuve de Magas , obtint sur lui plus d’ascendant que sur son père Soter qu’elle avait en vain sollicité de renouveler la guerre contre Philadelphe. Antiochus Théos l’entreprit avec des forces immenses , et le résultat fut pour lui l’obligation de répudier sa femme Ioodice, d’épouser Bérénice, fille de Philadelphe, et d’assurer aux enfants qui en naîtraient ia couronne de Syrie.

Mais les soins de la guerre n’empêchaient pas Philadelphe de protéger les arts de la paix. Il augmenta de beaucoup la bibliothèque déjà très-considérable que Soter avait fondée à Alexandrie , et qui offrait les plus sûrs et les plus vastes moyens d’étude au grand nombre de savants que les Lagides y avaient attirés par la plus libérale protection. Elle fit d’Alexandrie, pendant plusieurs siècles, le centre commun de toutes les connaissances et le foyer unique des lumières que répandirent pour toujours sur le monde l’étude des sciences , la culture des lettres et celle des arts. Avant cette époque , Philadelphe avait déjà donné un témoignage public de son vif attachement pour Arsinoé sa sœur, qui était aussi sa femme, en permettant qu’il fût frappé Jes monnaies d’or, d’argent et

de bronze , qui portaient le nom et l'image üe la reine; et cela fut fait dans la 33" année du règne de Philadelphe. inscrite sur une de ces monnaies.

Plusieurs autres établissements utiles fondés par Pbiladelphe recommandent son nom à la mémoire et à la reconnaissance des savants.

Philadclphe régna 38 ans , et mourut vers la tin de l’été de l’an 247 avant l’ére vulgaire.

L’éclat du règne de Ptolémée Philadelphe répondit à sa longue durée, et fut digne de son illustre origine. Il forme une des époques les plus mémorables dans l'histoire de la philosophie. Alexandrie, a-t-on dit, grande, riche et puissante, deviut la cité des Grecs de toutes les régions , le centre du commerce des trois mondes, l'asile commun des lettres et des arts. Le poète Théocrite , l’un des ornements de la littérature grecque, composa un hymne en l’honneur de Ptolemée Phiiadelphe. Il y célèbre à la fois la gloire de son pere Ptolémée Soter, les g r Aces et la beauté de sa mère Bérénice, enfin les suprêmes mérites de son héros Ptolémée Phiiadelphe , qu’il égale aux dieux. Le poète s’exprime dans le style le plus noble ; il proclame Phiiadelphe illustre à la fois dans la paix et dans la guerre , par sa magnificence envers les dieux auxquels il élève des temples ornés de statues d’or et d’ivoire; par sa générosité envers les poètes et les artistes qu’il attira auprès de lui ; enfin par sa piété envers son père et sa mère, auxquels il consacra des temples , des autels et des prêtres. Les prospérités iuouies de l’Égypte sont décrites dans ce poème avec un poétique enthousiasme; le nombre des villes qui la couvrent y est porté à 33,339 : enfin , indépendamment de l'Égypte, la Libye, l'Éthiopie, la Syrie, "la Phénicie, Chypre, et les Cyclades , la Lycie , la Carie et la Pamphylie , sont rangées sous le sceptre de Phiiadelphe. Ce roi étudia l'histoire naturelle et la botanique. Il fit amener à Alexandrie les animaux rares des pays étrangers ; il les y envoyait cher-

cher à grands frais, et il en ornait ou ses jardins ou ses musées. Il vit que le goût de la poésie dramatique s'affaiblissait , et il institua les Jeux d'Apollon pour le ranimer. Enfin l’école d’Alexandrie prit son essor par l’association , dans un but de progrès, sous la protection royale, des savants les plus distingués qui étaient allés se fixer dans cette nouvelle capitale de l’empire égyptien ; c’est sur le sol égyptien que se formèrent les nouveaux disciples de Platon , d’Aristote , de Zenon et de Pvthagore : les écoles des géomètres, dès astronomes et des géographes y luttaient d'une hwtrwMfl rivalité avec celles des philosophes.

Les preuves de la munificence de Ptolémée Phiiadelphe subsistent encore sur les monuments de l’Égypte.

Ce roi fit construire le grand temple d'Isis à Philæ , et en commença à faire exécuter les sculptures. C'est’là qu’on a trouvé les preuves d’une coutume égyptienne , qui consistait à donner au dieu du temple les traits de la ligure du roi qui le faisait bâtir. Sur celui de Philæ , la déesse Isis est le portrait de la reine Arsinoé , femme de Philadelplie. Le même prince fonda le petit temple du sud , dans la même île , consacré à la déesse Atliôr, et en lit construire le sanctuaire et les salles adjacentes. Le nom de la reine Arsinoé est associé à celui du roi dans les nombreuses inscriptions de ces édifices.

On les voit aussi inscrits sur l’édifice d’Edfou, où ils ne sont qu’une pieuse commémoration par leur troisième successeur Épiphane. Parmi les autres monuments contemporains du règne de Phiiadelphe , il faut citer une belle statue colossale de ce roi , eu granit rose , qui se voit au musée du Capitole , dans le cortile dei Conservatori, oùChampollion le jeune l’a, le premier, indiquée. Une autre statue se voit à la / ilia Albanl, et les inscriptions contiennent le prénom royal et le nom propre du roi. Du reste," les noms de Ptolémée Phiiadelphe, des deux Arsinoé ses deux femmes , ne sont pas trèsrares sur les monuments égyptiens:

une inscription du musée du Louvre

Kf. Y PTE.

mentionne une des reines; et quant aux monuments d'origine grecque , outre les belles médailles en or de ees princesses, qu'il est facile de discerner l'une de l’autre par les traits de leur visage, on peut rappeler que Stralooice, fille de Démétrius, roi de Macédoine , consacra une statue à la reine Arsinoé, fille de Soter et de Bérénice , sieur et femme de Phiiadelphe ; une inscription du musée de Naples nous apprend cette curieuse particularité historique; mais on ignore quel motif porta Stratonice à eet hommage envers Arsinoé. Les médailles de Ptolémée Phiiadelphe et des deux Arsinoé , particulièrement celles qui sont frappées en or, sont remarquables par bur style et leur belle exécution : on n'y a observé jusqu'ici aucune trace des symboles religieux particuliers nu culte égyptien.

C’est au règne de Phiiadelphe qu’appai tient un des événements mémorables de l’histoire des contrées méridionales voisines de l'Égypte. Diodore de Sicile rapporte, parmi les singulières coutumes des Éthiopiens, cclie-ci : le collège des prêtres, séant à Méroé, envoyait, quand il le jugeait à propos, au roi régnant l'ordre de quitter le trône et de se donner la mort. Cet ordre émanait des dieux , et nul mortel n’avait le droit de s’y soustraire.

Du temps de Ptolémée Phiiadelphe , l'Éthiopie ne dépendait plus de l’Égypte: nous avons avance qu’elle s’en était séparée très -vraisemblablement dès l’avénement des Perses ; et il parait que l’Éthiopie avait repris son ancienne forme de gouvernement tout théocratique. I.e roi contemporain de Phiiadelphe se nommait Ergamène : il se ressouvint peut-être de l’exemple donné en Égypte par Ménès ; et , au heu d’obéir a l’ordre des prêtres qui lui demandaient le trône et la vie , il se mit à la tête de ses troupes , marcha contre le Temple (Cor, situé sur une hauteur presque inaccessible , s’en empara , fit mettre à mort tous les prêtres , et établit par sou triomphe le gouvernement civil qui dura quelque temps après lui en Éthiopie.

27" Livraison. (Égyptk. )

Des monuments encore subsistants imrtent le nom de ce roi courageux , et prouvent en même temps qu’en réduisant l’ordre sacerdotal au service des temples et du culte public , il n’oublia pas ses devoirs envers les. dieux du pays. On voit encore à Dakkrli, en Nubie , les restes d’un temple dont la partie la plus anriennea été construite et sculptée par Ergamène. De pareilles notions sur re prince existent aussi sur le temple de Dèboud : dans les inscriptions de ccs monuments éthiopiens, on retrouve le système d’écriture hiéroglyphique égyptienne sans aucune variation; le nom d’Ergamènc est accompagné des titres de toujours vivant, chéri d'Isis, d’approuvé parle soleil ; nouvelle confirmation des rapports de l’antiquité classique sur l’uniformité des principales institutions publiques , du culte et de l’écriture, en Égvpte et en Ethiopie. Le temple de Dakkèh fut dédié au dieu Tliôth par le roi d’Éthiopie.

A Dèboud , autre lieu de la Nubie , un autre roi éthiopien , nommé Atharraminon , éleva un temple à d’autres dieux de l’Égypte, à Amon-Ra , seigneur de Dèboud , à la déesse Athôr , et aussi b Osiris et 3 Isis : prince d’ailleurs inconnu dans l’histoire , qui fut peut-être un des prédécesseurs d'Ergamène , ou son successeur immédiat et durant peu d'années, puisque l’toléniée Évergète réunit de nouveau l'Éthiopie b l'Égypte, l’ayant conquise par les armes.

Ce Ptolémée Évergète , qui portais premier ce surnom dont le sens exprime l’idée de la bienfaisance , était le fils uniqucdePtolémecPhiladelplieetd'Arsinoé sa première femme , la fille du roi Lysimaque. Quand Phiiadelphe eut pris sa sœur Arsinoé pour sa seconde femme , celle-ci adopta Ptolémée Évergète , fils de son mari : ce fut donc sans obstacle que le nouveau roi succéda a son père.

Le règne d’Évergète 1" fut trèsglorieux pour l’Egypte, et assura au pays de nouveaux avantages. De grandes expéditions militaires portèrent au cœur de l'Asie sa renommée

L’UMVF.RS.

et les armes égyptiennes : Évergète renouvela les entreprises de Sésostris , et avec un égal succès. Les événements de son règne furent nombreux et éclatants; l'antiquité classique nous un a transmis quelques détails : ils sont consignés dans les ouvrages des écrivains du premier rang , ainsi que sur des monuments également utiles à consulter par l’art et par l'histoire.

Évergète fut appelé en Svrie , à la tête d'une armée considérabfe , par un intérêt de famille qu’un prince puissant ne pouvait point négliger sans quelque honte.

On sait que le roi de Syrie, Antioclius Théos , avait- épousé en secondes noces Bérénice, fille de Ptolémée Philadclphc , et sœur d’F.vergète I*r. Après la mort d’Antiochus, sa première femme Laodice voulut se venger de Bérénice qui , restée à Antioche de Syrie, s’y renferma en vain dans Daphné. Ce ne fut point pour elle un asile inviolable; elle y fut assassinée avec le jeune enfant qu’elle avait eu d'Antiochus.

Le roi Ptolémée Évergète était accouru de l'Égypte au secours de sa sœur : fl arriva’ trop tard ; mais il vengea sa mort en portant la guerre dans les États de Séleucus , s'emparant successivement des provinces de l’empire d’Asie situées sur la rive droite de l’Euphrate ; et passant ensuite ce fleuve, il parcourut en conquérant la Babylonie, la Susione, la Perse, et poussa même jusqu’à la Bactriane, soumettant les peuples et leurs chefs , leur imposant des tributs , et reprenan t en Perse un grand nombre d’images des dieux que Cambyse avait enlevées à l’Égypte. Rappelé dans son royaume par dés dissensions domestiques , il rapporta de sou expédition un immense butin , et ramena son armée en Égypte. Il laissa de bonnes garnisons dans la Syrie, à Séleucie même qui était encore occupée par les troupes égyptiennes lorsque plus tard Antiorhus le Grand fît la guerre à Ptolémée Philopator. Tripolis de Syrie resta aussi sous ses ordres , comme le prouvent les monnaicsd’Évergètequi furent

frappées dans cette ville selon l’opinion des uumismatistes , et qui portent la date cie la 7r année de son règne: à cette époque, son expédition eii Asie était terminée.

Ce fut vraisemblablement à son retour de cette expédition , qu’Évergète passant à Jérusalem y fît des sacrifices dans le temple des Juifs, si l'on en croit leur historien. Peu de temps après il s’était déclaré le chef de la ligue achéenne, à la tête de laquelle était alors Aralusdc Sicyone. Aratus avait pris Corinthe et Me’gare que gardaient les troupes du roi de Macédoine (Antigone Gonatas). T résine avait eu le même sort que Mégare , et de là Aratus s’était rendu en Attique, et avait obtenu l’aHiancc d'Évergéte qui fut , en effet , déclaré le chef de la ligue sur terre et sur mer.

Pendant ce temps, Séleucus avait voulu punir les villes de l’Asie qui s'étaient déclarées contre lui , cédant à l’horreur que leur avait inspirée l’assassinat de Bérénice et de son fils. Il avait armé contre elles une (lotte nombreuse, qui fut dispersée par la tempête. Les villes d’Asie rentrèrent a’elles-mémes sous son obéissance , et il alla porter la guerre sur les possessions mêmes de Ptolémée Évergète.

Vaincu , il chercha un refuge dans Antioche , d’où il appela son frère Antiochus Hiérax à son secours. Pour n’avoir pas deux ennemis à repousser à la fois , Ptolémée conclut avec Séleucus une trêve de dix années. Mais Hiérax , croyant l’occasion favorable pour s'emparer du trône de Syrie, combattit son frère avec des Gaulois qu'il, avait à sa solde; Séleucus fut vaincu , et les Gaulois tournèrent leurs armes contre le vainqueur même, qui les ramena à leur devoir à force d’argent , et qui eut aussitôt après à se défendre contre Kumène, roi de Pcrgame , ambitieux aussi de régner sur l’Asie. Il vainquit Antiochus Hiérax à Sardes , et mourut bientôt après , presqu’en même temps qu'Antigone de Macédoine.

Pendant que les deux fils d'Antiochus Théos se disputaient par les armes

ÉGYPTE

la possession de la couronne de Syrie ; q«r Antiochus llicrax , vaincu a sou tour par Sélcucus , se livrait île lui* même à Ptolémée Évergète , celui-ci , tranquille sur sou troue, s'occupait de l'administration intérieure de ses États , ou plutôt des jouissances que son rang lui rendait plus faciles. Il donna beaucoup de soins à lu chasse des éléphauts, qu’il élevait ensuite pour la guerre, soins tout à fait paisibles, et qui ne prouvent point la réalité des grandes conquêtes que l’on a supposé avoir été failespar ce roi bien loin au midi de l'Égypte et dans des régions presque inconnues. D’ailleurs cette opinion n'a pour fondement que le texte d’une inscription étrangère à Évergète , et qui , quoique trouvée dans le nietne lieu , est aujourd’hui reconnue pour n’avoir jamais fait partie de celle d’Adulis dont nous avons donné le texte {tupra, page 67).

En Grèce, Aratns, chef de la ligue aehéenne, avait été défait par Cléonicne. Le vaincu entraîna dans son paru Antigone, régent de la Macé- ■loine , qui se bâta de se rendre dans le Péloponèse. Après avoir passé l'hiver à Argos, il en sortit au commencement du printemps et marcha sur les frontières de l’Argoiide, vers lesquelles Cléoinène se dirigeait. Parvenues à Sellasia, les deux armées se rencontrèrent , en vinrent aux mains ; celle de Ciéomène fut complètement battue , et le roi lui-même , s’étant retiré d’abord à Sparte qui était derrière lui , s'embarqua dès le lendemain à Gythimn , et se rendit en Égypte auprès de Ptolémée Évergète.

l.e roi d’Égypte le traita avec beaucoup d’égards ; par là il eut occasion de connaître et a’auprécier les qualités éminentes qui le distinguaient ; il lui promit de le replacer sur le trône de Lacédémone ; mais la mort ayant sur-

Îiris Évergète déjà vieux, sa bienveilance pour Ciéomène fut pour ce roi sans aucun résultat. Antigone , en effet, après avoir assisté aux jeux Néméens, rentra en Macédoine, et y mourut: en même temps Antiochus succéda à Seleucus , son frere , au troue

de Syrie. Trois rois cessèrent de vivre dans la c.xxxix1' olympiade t l’an 323 avant l’ère chrétienne.

De toutes les actions remarquables du règne de Ptolémée Évergète , aucune ne fut plus agréable aux Égyptiens que l'attention religieuse que ce roi apporta à reprendre ru Perse , et à renvoyer triomphalement en Égypte , les images des divinités égyptiennes que Cambvse avait enlevées ; ce serait même de là , selon quelques auteurs , qu’aurait été tiré le surnom que porta le troisième des Ptolémées : opinion peu fondée, si le surnom officiel était donné aux rois d’Égypte à l’époque même de leur sacre à Memphis.

Évergète réunit de nouveau à l’Égypte une portion de l’Éthiopie jusqu’à ibriin ; et il laissa dans cette contrée conquise des marques de sa pieuse uuiuificcnce, en y faisant construire ou terminer des édifices religieux. C’est ainsi qu’il fit continuer le temple d« Dakkè'h , commencé par les rois éthiopiens Ergamène et Atharrammon. En Egypte , les ruines du temple situé au nord d’F.snèh offrent eneore plusieurs bas-reliefs dont quelques-uns portent les noms de Ptolémée Évergete et de la reine Bérénice. Le nom de la reine se lit aussi sur quelques portions des édifices de Philæ : les inscriptions proclament « le seigneur du monde , les dieux frères, le fort par Ammon, l’approuvé du soleil , le gardien de la vie , le seigneur des dominateurs , Pto- ^ limée toujours vivant , chéri de Phtiia , et la dame du monde , Bérénice , femme etsceurdu fils du soleil Ptolémée. » On trouve aussi , dans les monuments de Thèbes , le souvenir écrit de ces deux souverains.

Cette Bérénice est une des reines les plus célèbres parmi celles de l’Égypte:

la poésie l’a célébrée et noos a transmis son nom environné de gloire. Ce fdt cette Bérénice qui voua sa belle chevelure pour l’heureux retour du roi son époux , oui faisait la guerre en Asie, et pour l'entière conquête de cette vaste contrée. Cette chevelure fut déposée dans le temple de Vénus Zépbyrite ■ elle en fut enlevée , et le Renia

L’UNI V K RS

de la poésie proclama , sur la foi de l’astronome Conon de Samos , qu’elle avait été ravie, au firmament pour y briller parmi les étoiles , où elle forme encore , auprès de la constellation du Lion , celle qu’on nomme plus communément la Gerbe , et aussi de son véritable nom de chevelure de Bérénice. Callitnaque, poète grec de Cyrêne , avait chanté cette fiction ; il ne nous reste de son ouvrage que l’imitation latine de Catulle.

On sait aussi, par une inscription gravée sur une plaque d’or, mince, flexible et luisante , trouvée dans les ruines de Canope , que « le roi Ptolé- « niée , fils de Ptoiémée et d’Arsinoé , • dieux Adelphes, et la reine Béré- « nice , sa sœur et sa femme , élevèrent « un temple à Osiris » dans cette même ville de Canope. Nous verrons bientôt que cette même reine Bérénice recevait , dans les temples de l’Égypte, un culte particulier , et que des prêtresses spéciales étaient chargées de Ce culte sous le titre d’Athlophores ; titre qui, désignant les insignes de la victoire , a fait rappeler que Bérénice aimait à faire élever des chevaux pour concourir dans les jeux Olympiques de la Grèce.

Les solennités de la Grèce n’étaient plus étrangères à l'Égypte, à Alexandrie surtout, ville toute grecque par ses établissements littéraires , dont la prospérité avait été portée au plus haut point sous le règne de Philadelphe, et qu’Évergète s'efforça de maintenir à la même perfection. Ce prince éclairé et libéral lit chercher les livres avec passion , et les lit acheter à tout prix. Callimaque, Lvcophron , Apollonius lui restaient des poètes du règne précédent , et avec eux Conon , Aristarque et Aristophane de Byzance , distingués comme savants. Ce dernier avait succédé à Zénodote dans les fonctions de bibliothécaire à Alexandrie; il eut C&imême Ératosthène pour successeur ou pour collègue: Aristide, Conon, Timocharis, cultivaient en même temps et avançaient l’étude et la science des astres : ‘Aristarque donna pour cette étude des méthodes dignes du suffrage

des plus habiles. Il soutenait le mouvement de la (erre, opinion qui l’exposa à une accusation d’irréligion.

Apollonius de Perge faisait, en même temps , presque oublier ses prédécesseurs dans fa culture des mathématiques : tant de progrès à la fois flattaient le goût et les intentions de Ptoléuiée Evergète , qui les honorait et les encourageait. Il mourut au milieu de tant de prospérités littéraires, apres un régne de 2.‘> ans.

Ptoiémée Philopator (qui aime son père), fils unique de Ptoléuiée Évergète Ier, en montant sur le trône, avait auprès de lui sa mère Bérénice, sa sœur Arsinoéet Magasson frère. La voix publique accusa Philopator d’avoir empoisonné son père , et la cruauté de son caractère put servir , plus tard , à confirmer ce soupçon infamant, ll’après les conseils de Sosilie, l’un de ses ministres les plus affidés, il fit d’abord mourir Magas, dont il craignait l’influence sur les troupes mercenaires. Bientôt après, Bérénice, sa mère, perdit aussi la vie par ses ordres. Cléomène enfin , à qui Ptoiémée Évergète avait accordé une honorable hospitalité, ne devait pas échapper à ses atroces volontés. Autant Evergète témoignait d'intérêt au roi de Sparte fugitif et lui avait accordé d'égards, autant il en recevait peu de Philopator livré à toute la fougue des passions les plus criminelles. Cléomène le pressa néanmoins d'accomplir les promesses d’Évergète, qui devait le replacer sur son trône : il devint suspect et fut mis sous la garde de quelques affidés. Pendant que Philopator assistait aux grandes cérémonies du culte de Sérapis à Canope , Cléomène tenta de s’évader et de soulever les Alexandrins contre leur roi; ce projet ne réussit pas , et Cléomène avec ses partisans ne trouvèrent d’autre refuge que la mort. Elle n’assouvit pas tout a fait la vengeance que Philopator voulut tirer de cette coupable tentative; il lit mettre en croix le cadavre de Cléomène, et égorger à ses pieds la femme, la mère et les enfants de ce roi malheureux. Ceci se passait seize ans après que Cléomène était parvenu

ÉGÏPTE

a la couronne, In seconde année du règne de Ptolémée Philopntor, la 219* avant l’ère vulgaire.

Dès l’année suivante , ce surnom se lisait sur ses monnaies ; mais on n’en était pas plus convaincu de sa tendresse pour son père , et le peuple lui donnait, avec plus de raison peut-être, le surnom de Tryphon. Ses monnaies portèrent toujours celui de Philopator.

Pendant que cela se passait en Égypte, Antiochus, qui fut surnomméleGrand, s’occupait à reprendre la Syrie sur Ptolémée. Antiochus était parvenu au trône presque en même temps que le roi de l’Égvpte. Il passa la première année de son règne à régler les affaires des diverses provinces du royaume; et, quoique les gouverneurs de la .Médie et de la Perse , Molon et Alexandre , se fussent déclarés indépendants, Antiochus, suivant les conseils d’Ilermias, se résolut à attaquer Ptolémée, dont la mollesse et les dérèglements promettaient à son entreprise un succès presque certain. Antiochus se rendit à Seleuciesur l’Euphrate, où arriva bientôt, avec Diognètes et la flotte, la fille de Mithridate , qui lui était promise en mariage et qu'il épousa. Il passa quelque temps dans cette ville, donna la régence de ses États à la reine , et se dirigea ensuite sur Antioche. Il y apprit les succès de Molon, qui avait passé le Tigre et marchait, vers Séleucie. Antiochus pensait à abandonner l’entreprise contre la Syrie et à courir sur Molon ; mais Hcrmias l’en dissuada et l’engagea de continuer sa marche sur la ïneme rive de l’Oronte. Le roi se rendit à A pâmée, ensuite à Laodicée (Cabiosa); et, parvenu à l’entrée delà gorge du Liban , il y trouva Théodote , général de Ptolémée , qui lui en fermait le passage en tenant G erra, place qif Antiochus ne jugea pas devoir tenter de prendre d’assaut. Instruit alors des nouveaux succès de Molon, qui était venu jusqu’en Mésopotamie, il renonça à sou projet contre la Syrie , retourna* sur l’Euphrate, marcha au nord-est jusqu'à Antioche de Mygdonie, s’arrêta dans cette contrée qua-

rante jours environ, et arriva à Apollonia,où il défit entièrement l’armee de Molon , qui se tua. En même temps qu’il obtenait ces grands succès, Antiochus reçut aussi la nouvelle de la naissance d'un fils dont la reine était accouchée. Restait Artabazanc dont les intentions étaient très -suspectes, et le roi voulant s’assurer de lui , conduisit son armée contre la province qu’Artabazane gouvernait. Celui - ci traita aux conditions dictées par le roi, qui consentit ensuite à se défaire d’Herinias par un assassinat, rentra aussitôt après à Séleucie sur l’Euphrate, et envoya ses tronpesen quartiers d’hiver.

Au commencement du printemps suivant, Antiochus réunit scs forces dans Apamée, et l’attaaue de Séleucie (sur la mer) y fut résolue. Depuis les premières années de Ptolémee Évergete, cette ville maritime était occupée pai une garnison égyptienne. Antiochus s’y rendit, et y entra bientôt après par la trahison* de quelques officiers subalternes; un autre traître, Théodote , général au service de Ptolémée , lui fil aussi la proposition secrète de livrer la Syrie. Antiochus cependant , suivant la même route qu’il avait déjà faite dans sa première campagne , remonta la rive gauche de l’Oronte et

Parvint aux gorges du Liban et de Anti-Liban , dont les soldats de Ptolemée tentèrent en vain de lui fermer le passage. Les avant franchies, il alla aussitôt occuper Tvr et Ptolémaïs , ou il s'empara des vaisseaux et des approvisionnements qui s'y trouvaient réunis.

En attendant , Ptolémée , qui avait enfin quitté Memphis , s'était rendu à Péluse avec son armée , avait fait ouvrir les canaux et inondé les environs de cette place de guerre. Informé de ce moyen de défense, Antiochus renonça’au projet d’attaquer Péluse , se contenta de ravager les pays environnants et d’amener sous son obéissance , par la force ou par l'adresse , les villes de la Syrie qu’il lui restait à occuper. Ptolémée ne pouvait pas les secourir; son imprévoyance, ou plutôt celle d’ A gathocleet dcSosibe qui gouvernaient

Dioi

LU Kl VERS.

réellement le royaume et le roi, lie leur laissa d’autre ressource que de proposer une trêve à Antioelius; et celui-ci, obligé de renoncer au siège de Doura, voyant que l'hiver s’approchait, fit faire aussi de son côté des uropositions à Ptolémée , consentit à quitter la Syrie , à se retirer à Séleucie (sur la mer) , et il s'y rendit en effet, laissant des garnisons dans quelques - unes des places de cette province qu'il avait déjà prises. Les négociations pour une paix définitive ayant été sans résultat, dès le printemps suivant Antioelius réunit de nouveau ses troupes , et Ptolémée renforça celles de Nicolaos, qui commandait pour lui dans les environs de Gaza. Celui-ci s’avança de quelques marches, pendant qu’Antioclius, côtoyant la mer, quittait Séleucie, descen doit à Berytus, prenant ou brûlant les villes qu’il' trouvait sur sa route, et venait enfin en présence de l’armée égyptienne. La bataille s’engagea , et Nicolaos vaincu dut chercher un refuge dans Sidon. Antioelius ne songea point à une attaque sérieuse contre cette place, s’occupa des villes voisines de l’Arabie, qu’il soumit l’une après l’autre , et enfin de Ptolémaïs , où il établit ses quartiers d’hiver.

Vers le même temps arriva une éclipse de lune mentionnée par l'historien Polybe : ce fut celle du 12 septembre 218 ; et bientôt après, au commencement du printemps , la campagne s'ouvrit.

Ptolémée avait profité de Ta trêve conclue avec Antioelius , et de l’éloignement de celui-ci, qui avait passé près d’une année à la conquête de l’Arabie, pour se préparer à soutenir la guerre avec succès. Il partit d’Alexandrie à la tête de soixante et dix mille hommes soutenus par cinq mille cavaliers et soixante, et treize éléphants. Antioelius l'attaquait avec soixante - deux mille fantassins , six mille cavaliers et cent deux éléphants. Ptolémée se rendit d’abord à Péluse , distribua des provisions à son armée, la fit avancer par le 'mont Casius et les Baratra , et cinq jours après jusqu’à cinquante stades de Raphia au nord-est de Rhinocorura. Antioelius dépassa Raphia, campa

d’abord à dix stades , ensuite à cinq seulement de Ptolémée , perdit la batailleet s’enfuit à Antioche, d’où il envoya demander la paix au roi d'Égypte ( l’an 217). Ptolémée la lui accorda pour une année , et chargea Sosibe d’eu régler ies conditions. Satisfait de reprendre la Syrie et ia Phénicie, Ptoléniée passa trois mois dans ces provinces pour en régler l’administration ,

Erna à Jérusalem dont il fut cmde profaner le temple, et rentra it après à Alexandrie avec sa sœur Arsinoé qui ne l'avait pas quitte , même sur le champ de bataille.

Polybe a décrit dans tous leurs details tous ces événements des premières années d’Antiochus, lesquelles furent aussi les premières de Ptolémée Pliilopator.

Après que celui-ci fut rentréà Alexandrie , il reçut les envoyés des Rbodiens qui demandaient les' secours du roi pour réparer les ravages occasionnés par uu grand tremblement de terre ; Philopator leur accorda une forte somme d’argent , des ouvriers de toutes les professions, des bois, des cordaes, et une tres-grandc quantité de lé (l'an 216).

Peu de temps après arrivèrent des ambassadeurs de Rome , offrant à Ptoléniéc des secours contre Antioelius.

La fin de la guerre dispensa Philopator de les accepter. C’est pendant son régne que quelques auteurs disent que Marcus Attilius et Marcius Acilius furent envoyés par le sénat romain jpotir renou vefer l'alliance avec le roi d’Égypte ; mais Tite-Live, qui rapporte ce" fait, donne à la femme du roi d’Égypte le nom de Cléopâtre ; celle de Plulopator était sa sœur Arsinoé, et Cléopâtre , fille du roi de Syrie , fut celle de Ptolémée Épipbane, fils et successeur de Philopator. Ce ne fut donc que durant le régne suivant que se fit le renouvellement des traités avec les Romains.

Tranquille dans sa capitale. Pliilopator s’y livrait à tous ses goûts pour les plus honteuses dissolutions. Ce roi , soumis aux volontés d’Agatbocle et de Sosibe, ne savait rien faire par luimême qu’assouvir ses brutales pas-

EGYPTE

sions ; il ne s'apercevait pas même du malheureux état et des murmures de ses sujets.

Cependant Arsinoé , jusque-là stérile, mit enGn un fils au monde. Justin dit qu’il naquit cinq ans ou la 5* année avant la mort du roi ; selon d'autres auteurs , le jeune prince u'aurait été âgé que de 4 ans lorsque Philopator cessa de régner et de vivre. Mais le canon des rois, placé en tête de l'Almageste, Polybe et l’inscription de Rosette , fournissent à ces doutes une explication qui donnera une date précise à la naissance du (ils de Pliilopator, et dont il nous sera permis d'exposer ici les éléments , comme une nouvelle preuve de l’importance chronologique des monuments exactement expliqués.

Dans le canon des rois ce fils , qui régna sous le nom d’Épiphane , est inscrit à compter du 1" thotli de l’an 544 del'ère deciabonassar, annéequi commença le 1 3 octobre de l’an 205 avant l'ère chrétienne : il faut en conclure nécessairement que Ptolémée Philopator mourut avant ce jour, puisque Kpiphane, qui lui succéda, régnait déjà alors.

L'inscription de Rosette dit qu’à l’époque ou le décret qu’elle conserve fut porté, l’usage s’était déjà établi dans toute l’Egypte d’appeler du nom d’F.piphane (ou jour éponyme) le 30 du mois de mésori , qui était celui de la naissance du roi Épiphanc. La même inscription dit encore que le 18 du mois égyptien méchir était le jour où Epiphane avait reçu la couronne de son père.

Le décret que cette inscription conserve est daté du même jour 18 méchir, et a été rendu à l’occasion du couronnement d’Épiphane à Memphis , la 9* année de son règne.

Polybe , enfin , nous apprend qu’à égard de Ptolémée Epiphanc il fut dérogé à l’usage qui , en Egypte , fixait la majorité des jeunes rois à 14 ans, et qui ne permettait de les couronner qu’à cet âge ; que cette exception pour Ptolémée Epipnane fut motivée par l’état fâcheux des affaires du royaume ; que

la prolongation de la tutelle du prince ne faisant que l'aggraver, il fut couronné à Memphis, quoiqu'il n’eût pas encore atteint cet âge de sa majorité.

Pour satisfaire au rapport formel de Polybe, en se servant des dates précises que donne l’inscription de Rosette, la naissance d’Epiphane doit être indiquée au 30 mésori d’une année qui , comptée jusqu’au !8 méchir de celle de son couronnement, laquelle était la 9" de son règne , donne cependant à ce prince moins de 14 ans à cette époque.

Il suffit pour cela , 1° de remonter, depuis la date de l’inscription , de huit années entières à compter du 18 méchir, qui est le premier jour de la 9e année du règne de Ptolémée ; 2* de cinq années entières à compter de ce dernier jour, et de là jusqu'au 30 mésori le plus prochainement antérieur, qui sera nécessairement celui de sa naissance.

Or, le canon des rois en comptant la 544* année de Nabonaesar à Epiphane, enseigne que Philopator était mort dans fannee précédente 543 ; l’inscription de Rosette en donne le jour, qui est celui de l'avénement d’Épiphane; Pliilopator mourut donc le 18 méchir de la 543* année égyptienne de >'abonassar.

En remontant de cinq années , on arrive au 18 méchir 538 , et le 30 mésori le plus prochainement antérieur est celui de la 537* année de la même ère : c’est donc à ce jour même que doit être fixée la naissance de Ptolémée Épi-

Khane ; car cette date remplit toutes 's conditions qu’exigent les rapports de Justin , de Polybe, et les dates de l’inscription de Rosette.

On trouve en effet :

Du 3o mésori 537, joor I* naissance d'Htnjibaue , au 18 méchir 543, jour de la mort de Phi-

lopatnr 5 ans 5 mois i3 jours.

Plu», 8 Années entières depuis ce 18 méchir juwpi'à celui qui fut le premier jour de le 9* année du règne d'Épipbane, et qui est la date du décret . . 8 » »

Total i J an* 5 mots i3 jours.

Et ce résultat satisfait à cc (jue Po- Ivbe fait cntentlre que Ptolemee Epiphane n’avait pas encore 14 ans lorsqu'il fut couronné a Memphis , et à ce que dit Justin, que, lorsque Philopator mourut , il laissa son fils âgé seulement de 5 ans. On ne saurait mettre plus heureusement en rapport des éléments aussi précis que les termes de Polybe et de Justin , aussi absolus que les dates données par l’inscription de Rosette et appliquées à la recherche des certitudes historiques.

Épiphane vint donc au monde le 30 mésori de l’an 537 de Père de Nabonassar, et ce jour répond au 9 octobre de l'an 212 avant Père vulgaire.

T.a naissance de cc fils si désiré n’attacha pas davantage Philopator à sa femme Arsinoé ; s’abandonnant même de plus en plus aux excès que lui inspirait une passion désordonnée pour Agathoclée , il fit mettre à mort Arsinoe, et se livra entièrement aux directions que lui donnèrent le frère de cette courtisane , et Sosibe , qui avait toujours sur l’esprit et les volontés du rot l’empire le plus absolu.

Si l’on en croit Appien , on pensa un instant â cimenter la paix entre Antiochus de Syrie et Philopator , par le mariage de Cléopâtre,, fille du roi de Syrie , avec ce roi d'Egypte ; mais ce projet ne s’accomplit pas , et bien peu d’années après l'assassinat d’Arsinoc , Ptolémée Philopator mourut , peu regretté, le 18* jour du mois de méchir de la 543" année égyptienne de Nabonassar, comme le prouvent les dates précitées de l’inscription de Rosette; et ce jour, selon le calendrier (“gyplien , correspond au 29 mars de l’an 205 avant 1 ère vulgaire , cc qui donne au règne de Philopator dix-sept années presque complètes.

La mort de cc prince fut tenue quelques jours secrète par les compagnons de scs dérèglements , qui en profitèrent pour piller le trésor royal et se diviser le gouvernement du royaume; mais la nouvelle étant parvenue enfin à laconnaissance du pcupled’ Alexandrie, il se vengea birntôt des maux qu’il avait soufferts , mai* sans s’assurer un ineil-

leur avenir; car, à la faiblesse et aux desordres de la régence, s’unissaient encore les certitudes d’une guerre étrangère : Antiochus , enhardi par l’incurie de Philopalor, avait conçu le projet de reprendre la Syrie.

Les guerres presque continuelles que Ptolémée Philopator eut à soutenir durant son règne, les désordres intérieurs du palais, qui Viraient leur première origine de la fougue invincible des mauvaises passions du roi, mirent fin pour l'Égypte à la succession des règnes glorieux dans la famille des Ptolémées. Les turbulences de la cour s'introduisirent dans la nation, privée de paix à l’extérieur, d'ordre et de bonne administration à l'intérieur. Les sources de la prospérité publique s'affaiblirent, et dès lors se formèrent, pour croître et grandir, ces germes de décadence qui mirent l'Égypte à la discrétion de l’ambition romaine.

Ptolémée Philopator attacha cependant son nom à quelques édifices publies : les plus méchants princes ne sont pas ceux qui s'abstiennent le plus des démonstrations de la piété envers les dieux. Philopator fit construire a Akhmin (l’ancienne Panopotis) un temple dédié h Aminon générateur, assimilé au dieu Pan dans les mythes secondaires. Philopator fit continuer aussi le temple de Dakkch , en Nubie, commencé par le roi Ergamène, et dédié à Tlidtli , l’Hemiès deux fois grand. Sous le rapport mythologique , ce monument offre un intérêt particulier par scs bas-reliets où sont représentées les diverses transfigurations de ce dieu , qui s y voit en intime liaison avec sa propre ‘forme primordiale, le dieu Har-ilat , le grand Hermès trismégistc, ou trois fois trèsgrand , et qui était la personnification de la sagesse divine, l'esprit même de Dieu. Thôth, le second Thôth, ou l’Hermèsdeux fois grand, est lui-même la pensee ou la raison.

A Edfou , lieu où s’élève un des plus licaux édifices subsistant encore en Égvpte, on voit aussi les preuves de ce que put faire pour les dieux le roi Philopator. La partie la plus ancienne

EGYPTE

de» décorations du grand temple d’Edfou , l’intérieur du naos et le côté droit extérieur, sont du règne de ce roi ; le reste du temple est à ses successeurs. Philopntor ne négligea pas non plus les édifices pharaoniques. Le Rhamesséum de I.ouqsor conserve les traces de quelques réparations qu’il y fit faire. Il y lit remplacer trois pierres d’une architrave et le chapiteau de la reinière colonne gauche au péristyle.

Jne inscription en caractères hiéroglyphiques rappelle et constate ces travaux en ces termes : « Restauration de l’édifice , faite par le roi Ptolémée toujours vivant, chéri d’Isis et de Phtha , et par la dominatrice du monde, Arsinoé, dieux Philopators aimés par Amon-Ra, roi des dieux. »

Dans le petit temple, d'une conservation parfaite, qui se voit aujourd’hui derrière l’Aménophium de Thèbes, et qui est précédé d’un petit pronylon en grès , les souvenirs de Ptofemée Philopator ne sont point effacés. l e naos de oe temple est divisé en trois salles contiguës , qui forment trois véritables sanctuaires. Celui du milieu , ou le principal , entièrement sculpté , contient des tableaux d’offrandes à tous les dieux adorés dans le temple , aux deux triades, celle de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Chons, et celle d'Herinonthis , ville voisine, Mandou, Ritlio son épouse , et leur fils Harphré, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï , qui paraissent dans presque toutes les scènes. Ces deux divinités sont seules nommées dans la dédicace du sanctuaire; et cesdédicaces, inscrites sur la frise de droite et sur celle de gauche , ne portent que le nom de Ptoléinée Philopator : on y lit, pour ce roi grec, toutes les parties du vieux protocole des Pharaons : « L’Horus , soutien de l'Égypte, celui qui a emlielli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des Panégyries comme Phtha, le chef semblable au soleil , le germe des dieux fondateurs, leprouvé de Phtha , etc. ; le fils du soleil , Ptolémée toujours vivant , bien aimé d’Isis, l’ami ue son père ( Philopator), a fait cette construction en

l'honneur de sa mère Hathôr, la tutrice de l’Occident. »

Presque toutes les sculptures de ce premier sanctuaire remontent au règne de ce même roi qui s'y trouve figuré, accompagné de la reine Arsinoé, adorant les aeux déesses : c’est à la déesse Hathôr qu’est plus particulièrement consacré le sanctuairede droite, et cette puissante divinité y est représentée, sous des formes variées , recevant les hommages de Ptolémée Philopator.

Tels sont les témoignages de sa piété .. envers ces deux grandes divinités , liatbôr et Thméï, à cause du rôle que celle-ci jouait dans l’Amcnthi ou enfer égyptien ; la scène du jugement de Famé devait se trouver dans son temple , comme elle y est en effet dans le sanctuaire de gauche : et c’est celle représentation qui avait, mal à propos, fait considérer ce temple comme un tombeau.

On trouve aussi la mention de Ptolémée Philopator sur un édifice au nord d’Esnèn , et sur une porte d'enceinte de l’édifice à gauche du grand temple de Karnac.

Le nom de la reine Arsinoé sr lit aussi sur les monuments de Dalvkèh en Nubie, et d’Antéopolis en Égypte.

Les monuments nousontencorèconservéun autre fait remarquable, relatif à Ptolémée Philopator; ils nous induisent, en effet, à penser nue ce prince porta aussi le surnom de F.vpator. Ce surnom , dans le contrat de Ptolémaïs, dont le protocole est tout à fait analogue à celui du décret de Rosette , est donné à une reine Arsinoé, que son rang désigne comme la femme de Philopator. Il en résulterait qu’une inscription grecque de Paphos se rapporterait à ce même roi.

La pierre sur laquelle cette inscription est gravée faisait partie de la base d’une statue , ou bien était placée au-dessous d’un bas-relief; le texte complet de l’inscription porte: " La ville de Paphos honore par ce monument le roi Ptoicmée, dieu F.upator, et le consacre à Vénus. » On voit, par cette interprétation que j’emprunte au savant ouvrage où M. Letronne a consigné tant de

précieuses notions pour servir à l’histoire de l'Égypte pendant la domination des Orées et des Romains , que c’est la ville même de Paphos qui honora Ptolémée , qui le consacra à Vénus; et c’était un usage, bien connu de l’antiquité , de déposer dans un temple et de dédier à la divinité la statue de celui qu’on voulait honorer.

Ainsi ce roi grec d’Égypte , Ptolémée , fidèle à la t’ois à la religion de sa patrie originelle et à celle du pays qu’il gouvernait, agréait la protection des dieux de la Grèce, pendant qu’il élevait sur les bords du Nil des temples aux dieux de l’Égypte, dont il invoquait aussi la bienveillance. La religion était profondément mêlée aux idees , aux institutions égyptiennes, et à un degré tel qu’il fut peut-être sans exemple et sans imitation dans les autres États de l’ancien monde. En Égypte , les gouvernements étrangers que la conquête y transporta turent dans l'obligation ou de pratiquer publiquement le culte national, comme le tirent les Lagides , d’après les conseils et l’exemple d’Alexandre, ou de détruire les temples et la caste sacerdotale comme les Perses tentèrent de le faire d'abord , se courbant ensuite sous la loi commune à tous les rois étrangers à l’Égypte, nomme le prouvent les monuments déjà cités , ou Darius et Xerxès sacrifient à Anunon et aux autres dieux du pays.

Ptolémée Lpip/ia/ie , fils unique de Ptolémée Philopator, âgé seulement de cinq ans et demi , fut appelé au trône d’Égypte par l’ordre de succession en usage dans ce rovaume. En faisant connaître la mort de Philopator, Agathocle annonça en même temps qu’il avait été nommé par lui tuteur du jeune roi ; à la faveur de cette supposition , et cherchant à sc rendre l’armée favorable par le rétablissement de sa solde, il se livra de nouveau à toute la fougue de ses passions : son orgueil , scs exactions allaient croissant chaque jour, et le mécontentement général cherchait sur qui reposer ses vieux et ses espérances.

Pourquoi, ditPolybc. le roi Philopa-

tor ne porta-t-il pas l'attention jusqu’à prévoir çes malheurs ? Heureusement pour l’Égypte que l’ambition d'un nomme la délivra en partie du mal qui résultait de l’imprévoyance du roi.

Tlépolème , jaloux de la fortune d’ Agathocle, excita, favorisa le soulèvement du peuple; et , après trois jours des plus grands désordres , le jeune Épiplianc, qu’Agathocle avait enfermé avec lui dans l’arsenal du palais , fut livré à la populace d’Alexandrie : elle le plaça sur un tribunal et lui fit prononcer la condamnation à mort d'Agathocle et de ses affidés. Sa soeur et sa mère devinrent aussi les victimes des fureurs populaires.

Tlépolème fut le successeur d’Agathoclc dans la tutelle du jeune roi ; il était propre aux choses de la guerre , mais le plus inepte des hommes pour l'administration civile. Sosibe n'avait pas cessé d’être chargé des sceaux de l’État ou de l’anneau du roi : son fils, de retour d’une mission auprès de Philippe, roi de Macédoine, tâcha d’exciter l’opinion contre Tlépolème. Mais celui-ci triompha de ses insinuations , et obtint en même temps que Sosibe lui remit l’anneau royal , ce qui plaça tout le gouvernement dans ses mains.

Tlépolème n’était pas né pour de si importants devoirs; et bientôt, dit encore Polybe, non-seulement il se perdit lui-même, mais encore il mit en péril l’existence de la monarchie.

On lui substitua pour tuteur du jeune roi ou régent du royaume, Aristo- Uiene , Acarnanien de naissance , l’un des anciens amis d’Agathocle, et qui vécut jusqu’après l'époque où cessa la minorité du roi , Épiplianc lui ayant accordé longtemps encore beaucoup de confiance et beaucoup d’attachement , le respectant presqu'à l’cgal d’un père. Aristomène régent fit mourir Scopas immédiatement avant le couronnement d’Épiphane.

Ainsi la minorité du jeune roi , qui dura huit années depuis la mort de Philopator jusqu’à l’époque de son couronnement, fut gouvernée par trois régents qui se succédèrent : Agatliocle d'abord , ensuite Tlépolème , enfin

Egypte.

Aristomcne qui , plus heureux que scs deux prédécesseurs , ne perdit pas la \ie eu cessant ses fonctions.

Pendant ce temps , Antiochus , roi de Syrie, fit, contre l’Égypte , de nouvelles entreprises.

Philopator ayant cessé de vivre , dit Justin, Antiochus, enhardi parla minoritédu jeune roi d’Égypte , entreprit line nouvelle expédition contre ce royaume, et s'empara des villes de la Phénicie et de celles de la Syrie qui étaient soumises aux Égyptiens.

Il parait qu’ils n’avaient opposé qu’une inutile résistance aux troupes d’Antiochus jusqu’au moment où Scopas , mécontent de ce que les Étoliens ne lui avaient pas continué la préture, arriva à Alexandrie , fit agréer ses services et repartit pour aller faire une levée de troupes chez les Étoliens mêmes. Agathocle ramena en Égypte, l'an 302, dans l'année suivante, six mille hommes qu’il avait levés dans l’Étolie.

Presqu’en même temps arriva la députation de Rome, où se trouvait M. Æinilius l,epidus, annonçant la défaite d’Annibal et ayant aussi pour but de s’assurer des dispositions de la cour d'Alexandrie à l'égard des entreprises que. Rome méditait contre Philippe de Macédoine ; car on ne remerciait le jeune roi des services qu’il n’avait pas rendus , que pour s’assurer tous ceux que l'on pouvait en attendre.

L’été et l’automne de la même année 202 furent donnés aux dispositions nécessaires à la grande campagne qui était préparée contre Antiochus, et ce fut pendant l’hiver que Scopas se mit en marche. Scopas , eu effet , prit aussitôt un grand nombre de villes de la Palestine et de la Célé-Syrie.

Mais Antiochus, pour réparer les pertes qu’il venait d’éprouver sur ce point , se hâta de renoncer à son entreprise contre Attalus, et au printemps suivant il reprit l’offensive envers Scopas , le rencontra bientôt sur les bords du Jourdaiu, lui livra bataille auprès de la ville de Pania , et le battit complètement. Antiochus passa

ce même hiver en Asie, attaqua ensuite les |K)ssessions d’Attalus , y renonça bientôt sur l’invitation du sénat romain, et d’autant plus volontiers qu’il venait d’apprendre que Scopas avait profité de ce temps pour repren dre la Célé-Syrie.

Scopas se jeta dans Sidon avec dix mille hommes, et Antiochus vint l’y attaquer. Trois généraux et des troupes accoururent vainement d’Égypte pour le secourir : il capitula , à la seule condition de la vie sauve.

Antiochus, poursuivant ses succès, soumit les principales villes de la Syrie; enfin, Samarie et Jétusalem. Si le témoignage de Josèphe est fidèle, Antiochus, maître de cette dernière ville, y publia un édit qui accordait quelques privilèges à ceux qui y faisaient leur résidence ou qui viendraient l’y fixer avant la lin de l’année.

Syrie fut réoccupée par Antiochus vers l’été de l’année 200, et dès l'automne de cette même année, Antiochus avait repris toutes les villes de la Célé-Syrie et de la Palestine.

Ce roi , engagé dans d’autres entreprises contre Philippe et Rome , consentit à traiter avec les tuteurs du roi d'Égypte. Il promit sa fille Cléopâtre pour femme au jeune Ptolémée, et pour dot lui assigna les provinces même qui avaient été le sujet de la guerre terminée par ce traité. Saint Jérôme assure que ce mariage fut conclu dans la 7' année du régne d’Épipliane, c’est-à-dire dans l’année 100 avant l’ère chrétienne.

L’etat malheureux de l’Égypte , attaquée au dedans pur les vices d’unt administration dévastatrice , et an dehors par un roi puissant, n’avait cependant pas entièrement détourné de leurs études et de leurs travaux les philosophes que l’école d’Alexandrie y avait rassemblés. Hipparque y continuait ses immortelles recherches sur les lois de l’univers , et inscrivait dans ses tablettes les faits astronomiques sur lesquels il devait établir ses théories. Il observait l’éclipse de lune qui arriva le 22 septembre de l’ail 201 avant l’èrc vulgaire; celle du 19 mars

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