‹ L'UniversChapitre 38 sur 42 · L’UN IV K R S · texte numérisé non relu

L’UN IV K R S

solvant, qui appartiennent l’une et l’autre à la 5' année du règne d’Épinhan.e; enfin celle du 12 septembre de l’an 200, qui arriva au milieu delà 6’ année du règne de ce prince, avant le traité de paix conclu avec Antiochus.

Les malheurs de cette guerre et les désordres de la régence n’avaient pas peu contribué à troubler l’intérieur du royaume. Épipbane cependant, ou scs tuteurs , avait cherché à combiner les effets de la clémence avec l’appareil militaire; il avait accordé des amnisties , et placé aussi sur divers points du royaume des forces de terre et de mer qui devaient assurer la tranquillité generale. La ville de Lvcopolis était devenue un foyer de rébellion ouverte; le jeune roi alla en faire le siège; et , comme une crue extraordinaire du Nii pouvait en détruire les ouvrages , il lit fortifier les ouvertures des canaux pour en prévenir les effets; bientôt après il prit la ville de vive force et fit mettre a mort les chefs de la sédition. Cela se passa dans la 8e année de son règne, comme le dit textuellement le decret inscrit sur la pierre de Rosette, dont le texte entier a été déjà rapporté dans cet ouvrage ( supra , page Cl).

Polybe ajoute que lorsque Ptolémée assiégea Lycopolis, les principaux habitants , frappés de terreur, se confièrent d’eux-mêmes à sa clémence, et qu’il n’en usa pas moins sévèrement à leur égard. Polybe ajoute ensuite : « Quelque chose de semblable à ce qui s’était passé dans cette occasion arriva aussi lorsque Polycrate soumit les rebelles. » «Il restait encore des plus considérables, dit-il, Athinis, Pausiris, Chésouphos et Irobaste qui , cédant à la force des choses , vinrent à Sais se mettre d'euxménies entre les mains du roi ; mais Ptolémée, abjurant toute clémence, les Ht attacher nus à des chars , et s’en vengea en les faisant ainsi mourir. »

«Le roi, continue encore Polybe, s’étant rendu de Sais à Naucratis avec son armée , et Aristonicus lui amenant pour le secourir des troupes mercenaires de In Grèce, il descendit par eau à Alexandrie pour les y attendre,

n’ayant rien appris de ce qui est de l’art de la guerre, à cause de l'injuste orgueil de Polycrate, et cependant il était alors âge de 25 ans. »

Ce Polycrate avait reçu de Philopator, père d'Épiphane, le gouvernement de l’ile de Chypre; il avait été assez heureux dans ces temps de discordes pour conserver cette île au jeune roi et (tour y amasser une somme considérable d’argent qu’il lui apporta , et il ne vint à Alexandrie qu'à l’epoque même de la sédition de Seopas, la-

uelle fut l’occasion du couronnement

u jeune roi. Polycrate contribua beaucoup par lui et lés siens à foire devancer la majorité d’Épiphane , ce qui fit qu'il acquit un très-grand crédit auprès du roi après son couronnement.

Cette sédition de Seopas éclata au sein même de la cour du roi toujours mineur. Ce chef insoumis tenait de secrètes conférences auxquelles assistaient ses nombreux amis. Aristomène, régent du royaume, l’accusa de conspiration, de "désobéissance aux ordres du roi , et le fit mettre à mort. Dicæar • que partagea la destinée de Seopas, et les Étoliens furent licenciés. Les écrivains de l'antiquité rapportent que le sort des Étoliens étant réglé , ceux qui dirigeaient les affaires de l’État s’occupèrent du couronnement du roi , non pas qu'il eût atteint l’âge où il devait prendre la couronne, mais parce que l'on espéra que lorsque le roi gouvernerait par lui - même , l'état des choses pourrait s’améliorer et l’administration publique avoir une plus sûre direction; en conséquence on fit les préparatifs nécessaires pour que cette grande cérémonie eût lieu avec toute la magnificence convenable. Le commencement de la 9° année du règne du jeune roi approchait , et le désir de profiter de cet anniversaire dut aussi contribuer à faire hâter l’exécution de ce projet.

Le roi fut couronné en effet le premier jour de la 9' année, lequel répondait au 27 mars de la 197e année avant l’ère chrétienne.

C’est à l’occasion de cette solennité tout à la fois civile et religieuse pour

ÉGYPTE

l’Égypte, que nous devons faire remarquer le nouvel usage introduit par ee prince, imité quelquefois par ses successeurs, de prendre deux surnoms an lieu d’un seul, comme l’avaient fait les rois ses ancêtres. On remarque, dans l’inscription de Rosette, que le mot Èpiphane, surnom de ee Ptolémée , y est toujours et immédiatement suivi de l’adjectif Eucharisle. On a pu croire d'abord que ce dernier mot n'était que l’une des épithètes honorifiques dont les prêtres de l’Égypte, auteurs de cette inscription , y ont environné le nom de ce roi , que renferme cette longue formule bien souvent répétée , le roi Ptolémée, toujours vivant (immortel), le bien- aimé de Phtha, dieu Èpiphane, très - gracieux , et c’est ainsi qu’elle a été traduite par le savant commentateur de cette inscription , qui a donné au mot Eucharisle le sens qu’il a généralement ailleurs. Mais si l’on fait attention que ce mot , dans les six passages du decret où on le trouve , n’est jamais séparé de celui d ’ Èpiphane, surnom du roi, que le reste de la formule au contraire est plus ou moins complet dans ces mêmes passages, que l’ordre des qualifications n’v est pas régulièrement le même, que les titres toujours vivant, le bien aimé de Phtha, s’y trouvent indifféremment après ou avant le nom Ptolémée, ou le titre de roi , on peut conclure de la constante réunion du mot Eucharisle au mot Èpiphane, que, dans f intention des auteurs du décret, le premier a un sens analogue à celui du second , et qu’ils forment ensemble le surnom royal que porta Ptolémée fils de Philopâtor. Cette opinion est fortifiée par cette autre considération , que le mot dieu précède toujours les surnoms Epiphane- Euchariste comme pour les consacrer, et l’inscription de Rosette, ainsi que toutes celles qui nous restent des autres Ptolémées, nous font voir que ce mot dieu n’y est employé que pour caractériser le surnom de ces princes, et de la même manière qu’il i'est ici. Enfin toute sorte de doute a ce sujet doit céder à l’autorité de l'inscription grecque tracée sur

la frise du temple d'Antxopolis, inscription où Ptolémée Philometor, fils de Ptolémée Èpiphane, est désigné comme le fils de Ptolémée et de Cléopâtre, dieux Èpiphanes et Eucharistes. Il est vrai que cette inscription a été restituée du temps des empereurs Antonin ctVerus, qui firent réparer à la même époque l'entrée ou la toiture de ce même temple; mais, en pinçant avant leur nom celui du roi Philométor, les deux empereurs romains ne firent sans doute que respecter ce qui existait avant eux à cet égard. Philoinétor avait consacré le temple égyptien d’Antæopolis au dieu Antée; cette consécration fut constatée selon l'usage 1 par une inscription ; des dégradations survenues dans cette partie du temple furent réparées par les ordres des empereurs Antonin et Verus ; ils voulurent aussi faire constater ces soins religieux, et ils placèrent leur nom a la suite de celui de Philometor : c’est ce que font assez voir la forme et le lieu de l’inscription d’Antæopolis. Elle justifie donc ce qui vient d’être dit sur les mots Èpiphane- Eucharisle , considérés comme les surnoms du roi fils de Philopâtor, de la même manière que l’inscription de Rosette justifie à son tour, sur ce point, l'inscription d’Antæopolis. L’une et l’autre servent à prouver que Ptolémée Èpiphane donna le premier l'exemple de prendre deux surnoms, et qu'il porta ceux de Épiphane-Euchariste. On verra qu'il lut unité par scs successeurs.

Délivré de. sa tutelle par son couronnement, Épiphaue, selon Diodore de Sicile, gouverna d’abord ses sujets de manière à mériter leur reconnaissance ; mais bientôt corrompu par la flatterie et les désordres de la cour , ou lui inspira une telle haine contre Aristomène qu’il avait dans les premiers temps honoré comme un pere, qu'il le condamna à mourir par la ciguë.

Peu après le couronnement il'Épipliane , le temps arriva d'accomplir les conditions du traité fait en son nom avec. Antiochus, et d'épouser sa fille Cléopâtre. Antioc hus la fit venir à Ra-

plùa , pt coudiiire en Égypte où elle s’unit à Ptolémée. Il était alors Hans la 10e année île son fige, vers le mois île janvier 192. Dès la même époque , Ptolémée reprit possession des provinces syriennes qu’Antiochus lui rendait comme dot de sa Olle.

La politique du roi de Syrie demandait que l’Égypte restât neutre dans ses différends avec Rome; mais, dès que la guerre eut été déclarée , Ptolémée , sans égard |>our ses liens de famille avec Antiochus, envoya offrir au sénat romain des secours de tous genres contre le roi de Syrie , et cela se passa sous le consulat ife M. Acilius Glahrio et P. Cornélius Scipio.

Le consul Acilius avait réuni ses troupes à Rrindes pour le 15 du mois de mai suivant; et peu après, dans l'été de la même année , Antiochus fut complètement défait par Acilius aux Tliermopyles , sa flotte prise ou détruite en même teiiqis auprès d’Anilros par Atilius, amiral romain, qui conduisit à Athènes les vaisseaux pris dans ce combat ; et cela arriva l'été de l'an 191 avant l'ère vulgaire.

Après la défaite totale d'Antiochus, qui eut lieu à Magnésie l’année suivante , Épipliane , rassuré contre lui , s’occupa de renouveler les traités qui existaient avec les Athéniens. Bientôt après Antiochus cessa de vivre et laissa la couronne a son fils Séleucus Philopator, dans la 16* année du règne d'Épiphane.

Deux années après ou environ , Cléopâtre mit au monde un fils qu'on croit être relui dont parle l’historien Josephe. A l’occasion de sa naissance, les villes de la Syrie envoyèrent des députes à Alexandrie pour complimenter le roi et lui offrir des présents. Si l'indication que l’on peut tirer du passage de Josephe est exacte, la naissance du fils du roi se rapporterait à la 18* année de son règne.

A cette époque, et d’après le témoignage de l’olyhe, consigné dans un fragment précédemment cité, le royaume ne jouissait pas d'une paix profonde; une mauvaise administration et de tron fréquents ahns de pou-

voir avaient lassé la patience de la nation ; plusieurs provinces avaient cessé d'obéir , et l’on en était venu à ce point indiqué par Diodorc , où le roi , devenant chaque jour plus cruel et plus absolu, avait attire sur lui toute la haine de son peuple et cuuru le risque de perdre la couronne.

C’est ce qu’explique cet autre fragment de Polybe , déjà connu , qui nous apprend que, pour apaiser les insurrections, le roi fut contraint de mettre une armée aux ordres de Polycrate, de se rendre à Sais , ensuite à Naucratis , d’où il revint à Alexandrie pour recevoir les troupes mercenaires qu'amenait de la Grece l'eunuque Aristnuicus qui, élevé à la cour du roi , lui fut toujours très-dévoué. Ces insurrections furent apaisées la 25r année de l'âge du roi , ce qui porte à la 20* de son régné.

Épipliane vécut encore quatre ans, eut un second fils de Cléopâtre , renouvela l’alliance avec les Achéens,etil faisait des préparatifs secrets contre Séleucus, roi de Syrie, lorsque, sa cruauté et ses exactions ne laissant plus de s 11 reté pour personne , il devint la victime de ses propres fureurs et périt par le poison , a peine parvenu à la 29e année de son âge et à la 24" de son règne , à la fin de l’hiver de l'an 181 avant l’ère chrétienne.

C’est saint Jérôme qui nous apprend que ce roi mourut au milieu des préparatifs de guerre qu'il faisait contre Séleucus.

Malgré les effets, si calamiteux pour l'Égypte, des désordres qui caractérisèrent profondément le règne de Ptolémée Epiphane, un nombre remarquable d'édifices publics furent construits ou réparés : ils ont conservé jusqu'à nos jours le nom et les souvenirs officiels d’Épiphane honorant attentivement les dieux , et affligeant en même temps son pays de tous les malheurs qu'engendrent les mauvaises passions des princes.

A Ksneh , la porte , le fond de la cella et le portique du grand temple , métamorphosé aujourd'hui en magasin de colon , en sont la partie la plus ancienne ; elle fut construite par l’ordre

Diqitized by

de Ptolémée Épiphane. A Edfou également , la partie la plus ancienne et la moins incorrecte en même temps parmi les sculptures de décoration du grand temple , est l’ouvrage du même roi. l,c grand temple d’Ombos fut aussi commencé durant le même règne. A Phil.T, les sculptures du grand édifice consacré à Isis furent de même commencées sous Ptolémée Philadelphe, et continuées par l’ordre d'Épiphane; elles portent tous les caractères de ce temps ae décadence de l’art. On voit aussi dans le même lieu , entre les deux pylônes de ce grand temple, et placés à droite et à gauche, deux beaux édifices d’un genre particulier. Celui de gauche est un temple périptère , dédié à la déesse llathôr et à la délivrance d’Isis qui vient d'enfanter Horus; la plus anrienne partie de ce temple est aussi de Ptolémée Épiphane.

Ce fut aussi sous ie règne de ce roi ()ue fut faite la dédicace du petittemple elevé derrière l'Aménophion deTbèbes.

J.e pronaos de cet édifice est formé de deux colonnes et de deux piliers ornés de têtes symboliques de la déesse Hathôr, à laquelle ce temple fut consacré. I^s tableaux qui couvrent ie fût des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme Tliméî , ainsi qu'aux dieux A mon -Ha. Mandou, Tninou (Esculape), et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hatbôr, adorée par le roi Ptolémée Épiphane, nommé dans la dédicace du temple.

Cette dédicace consiste dans une grande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos ; cette formule dédicatoire est eu deux parties affrontées, selon l’usage égyptien , méthode propre à l’écriture, hiéroglyphique et à elle seule , les signes se rangeant indifféremment dans les deux directions opposées. La partie de droite de la dédicacé porte ( P" ligne) : * Le roi dieu Épipliane , que Phtha- Tlioré a éprouvé, image vivante d’Amon-Ra, le chéri des dieux et des deesses mères, le bien-aimé d’Amon- Ra , etc. , pour être vivifié à toujours.

(2' ligne): la divine sœur de Ptole-

mée toujours virant, dieu aimé de Plitha, chéri d’Aiuon - Ka , l'ami du bien... » (le reste est détruiL)

On lit sur la partie de gauche ( I r* ligne) : « Le fils du soleil Ptolémée toujours vivant , dieu aimé de Plitha , chéri des dieux et des déesses mères , bien-aimé d’Uathôr, a fait exécuter cet édifice en l’honneur de sa mère la tutrice de l’Occident, pour être vivifié à toujours. (2' ligne ) : La royale épouse Cléopâtre, bien-aiméedeTInliéï, tutrice de l'Occident, a fait exécuter cet édifice... » (le reste manque.)

las bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade du temple formaul le fond de ce même pronaos , appartiennent tous au règne d'Épiphane, et tous se rapportent aux deesses Hatiiôr et Thméï, ainsi qu'aux grandes divinités de Thèbes et d’Hermonthis. On voit aussi dans ce sanctuaire deux tableaux sculptés où figure l'image de Ptolémée Épiphane. Sou nom se retrouve aussi à Karnac, à Dendérn ; à Pliiiæ il est qualifié de roi semblable au soleil , chéri des dieux , aimé d’imouth , fils de Phtha , et approuvé par Phtha. Le monument de Philæ porte aussi une inscription grecque au nom du roi et de la reine , annonçant la consécration du temple à Esculape. Une autre inscription grecque , relative à PtoléméeÉpiphane , nous fait connaître d’autres particularités de son histoire ; elle est gravée sur une plinthe de basalte vert, et elle porte ce qui suit : «La communauté des Lyciens honore par ce monument (un cippe ou une statue) Ptolémée, commandant des gardes du corps, rand veneur, fils de Ptolémée, un es premiers amis et grand veneur , a cause de sa vertu et du dévouement qu’il manifeste sans cesse envers le roi Ptolémée , la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Épiphanes et Eucharistes, 1 1 leurs enfants , et envers la communauté des Lyciens.» On voit par là quu la Lycie reçut de grands services de la part du roi d'Égypte, dont elle honore, par un monument public, un des principaux officiers. Cet officier porte le

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