‹ L'UniversChapitre 39 sur 42 · L'UN I V K U S · texte numérisé non relu

L'UN I V K U S

titre Je grand veneur, et l'on se rappelle , à ce sujet, que Polvbe nous apprend que Ptolémée Kpiphane fut un chasseur ardent et habile; il voulut être représenté sur ses monnaies avec l'arme dont il se servait contre les bêtes féroces.

l.c lecteur a pu remarquer , nu sujet des reines femmes des cinq premiers Ptolémées, qu’elles portèrent toutes l’un des trois noms de Bérénice, Arsinoé ou Cléopâtre , outre le nom patronymique de Ptolémée. On sait aussi que , dans les nomenclatures de la géotîraphie ancienne de l’Orient, il se trouve un assez grand nombre de noms de lieux tirés de celui de la famille même ou de. ceux de ces reines; et il est naturel de penser que ces noms ont été donnés à ces villes, fondées ou agrandies , dans l'intention d’honorer les personnages qui les portaient.

Ainsi le lieu nommé Theôn Süterûn Poilus, le port des dieux sauveurs, dans la troglodytique , parait avoir regu ce nont île Ptoloinée Philadelphe pour honorer la mémoire de son père et de sa mère, surnommés les dieux sotères ou sauveurs.

Ptolémaïs , dans la même contrée , fut fondée par l'ordr* du même roi Philadelphe, et surnommée/?!»- Therns, pour la chasse , à cause de la destination de ce lieu qui devait être le centre de la chasse aux éléphants , ordonnée par ce prince.

Il y eut aussi trois autres villes nommées Ptolémaïs, l’une située au sud de Panopolis, sur la rive gauche du Nil, et qui, avant, porta d'abord le nom égyptien de Psùi ; une autre dans la Cyrénaïque , dépendancede l’Egypte; et là troisième en Syrie, célèbre dans l’histoire moderne sous le nom de Saint-Jean d’Acre.

Il y eut aussi quatre villes nommées du nom de Bérénice : celle qui était située sur le détroit par lequel le golfe Arabique communiquait avec la mer Erythrée, et qui fut surnommée Epi- Dc’ra, du nom du promontoire de Itéra , dont la ville était voisine. 1,’autie Bérénice, sur le gollc Arabique, était surnommée Panchrysos, tonie

d'or, à cause des riches mines île ce métal qui existaient danssou voisinage , que les Ptolémées firent exploiter.

La Bérénice de la Thébaïde était un

fiort sur le golfe Arabique, à la même atitudeque Syène; elle fut fondée par Ptolémée Philadelphe, qui lui donna le nom de sa mère; ville importante où aliordaient les marchandises de l'Arabie heureuse et celles de l’Inde , transportées de là à Coptos. C'est aussi dans le voisinage de cette ville qu’existaient les riches mines d'émeraudes exploitées par les rois d'Egypte, et qu’a récemment cherchées, par l'ordre du vice-roi Méhémet-Ali , et heureusement retrouvées M. Cailliaud , qui a vu sur place les outils et les ustensiles employés dans les antiques exploitations. La quatrième ville de Bérénice existait dans la Cyrénaïque.

Une province entière de l’Egypte, le nome du Fayoum , porta le nom de la reine Arsinoé, et fut nommée nome Arsiuoïte; la ville principale porta le nom d'Arsinoé. Une autre ville de ce nom était située au fond du golfe Heroopolite. C'est là que venait aboutir le canal des deux mers que Plolémee Philadelphe lit terminer, et il y fonda cette ville eu l'honneur de l'une des deux reines qui portèrent ce nom.

Plus tard, cette ville, restaurée ou agrandie par la derniere Cléopâtre, porta aussi le nom de Cléopâtris. Une autre Arsinoé était en Cyrénaïque sur la mer ; on donna ce nom à l’ancienne Tuchira; enlin l’Ile de Chypre eut aussi une ville du nom d’Arsinoé: on croit même que ce nom fut commun à plusieurs lieux de la même île , qui fut une des dépendances de l'Égypte , et le sejourhahituel, volontaire ou forcé, de plusieurs princes de la race des Lagides.

Nous avons dd rappeler ici ces souvenirs essentiellement historiques, qui se sont, pour la plupart, conservés sur les lieux jusqu’à nos jours, et qui d'ailleurs trouvent des analogies dans les annalesdes pays voisins de l'Egypte : ces septou huit villes $ Antioche et les Séteucie, non moins nombreuses, prouvent aussi que la famille des Séleucidrs

EGYPTE

n« dédaigna pas ce genre de gloire ou cette suprême satisfaction de la vanité humaine, bien rare dans les temps modernes, excepté, parfois, dans les contrées barbares nouvellement conquises à la civilisation. L’état de l'Orient fut, par ses richesses, plus favorable aux rois nui héritèrent des souverainetés fondées par le courage et le génie de Séleucus et de Ptolémée.

Le cinquième des princes de ce nom qui parvinrent au trône, fut surnommé Épiphane- Euchariste; il laissa en mourant, avec la reine Cléopâtre sa veuve, deux fils et une fille, tous les trois en bas âge. Le premier-né lui succéda , et fut surnommé Philométor, surnom qui prouverait qu’il eut pour sa mère une bien vive tendresse.

Le règne de Philométor, quoique l’un de ceux qui eurent une plus longue durée, n’offre cependant qu’un petit nombre de faits historiques a’une époque certaine. A peine âgé de cinq ans lorsqu'il parvint a la couronne à titre de premier-né des deux fils d’Épiphane , son père et son prédécesseur , comme lui Philométor resta, pendant ses premières années , sous la protection d’une régence qui fut moins orageuse que celle d'Épiphane, parce u’elle ne cessa d'être immédiatement irigée par la sagesse de Cléopâtre, mère du jeune roi d’Égypte.

Cependant Séleucus, qui avait hérité du vif désir d’Antiochus son père de posséder la Syrie, et qui ne se contentait pas de la moitié des revenus qu’il s’était réservée, faisait, pour reconquérir cette province sur les enfants de sa sœur, des préparatifs qui alarmèrent l’Égypte. Ce dut être dans cette circonstance que les ministres du jeune roi réclamèrent la protection de Rome; le sénat ne la refusa point, et il députa , pour cet effet , Marcus Æmilius Lepidus, qui connaissait la cour d’Alexandrie où déjà il avait été envoyé pendant la minorité même d'Épiphane , père de Philométor; et ce fut a cause de cette mission que M. Æmilius lit inscrire sur un denier de sa famille le titre de tuteur du roi (TVTOR REG). Ce Romain était tribun mili-

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taire à la bataille de Magnésie ; Séleucus, qui attaquait Philométor, trouvait ainsi dans Æmilius le vainqueur de son père : cette circonstance put être un des motifs qui contribuèrent à fixer sur M. Æmilius le choix du sénat.

Séleucus fut surpris par la mort au milieu de ses projets : il cessa de vivre la 7* année du règne de Philométor ; Antiochus Epiphane lui succéda et occupa aussitôt une portion de la Célé- Syrie.

Peu de temps après, Cléopâtre, mère de l’enfant roi d'E.gypte, mourut aussi , et ce fut à l’eunuque F.ulaîus et à Leneus que sa tutelle fut confiée.

Les menaces d'Antiocbus contre l’Égypte devenaient chaque jour plus sérieuses, méprisant la jeunesse du roi et l'inertie de ses tuteurs. Néanmoins, le roi de Syrie fit donner au sénat da Rome des’ explications à ce sujet, tandis que les tuteurs de Ptolémée peusaient à reprendre la Célé-Syrie. Selon le rapport de Tite-Live , cela se passait sous le consulat de Publius Licinius Crassus et C. Cassius Longinus , nommés au mois de mai de l’an 171 avant l'ère vulgaire, et en même temps Ptolémée, qui avait atteint sa majorité, était alors couronné. Il fit frapper des monnaies à son nom l’année meme où sa minorité cessa , la 14' de son âge , et la 9" de son règne, qui est en effet marquée sur les monnaies qu'on lui attribue, et qui répond aux premiers mois de l’an 172 avant l’ère eltrétienne.

Les tuteurs du jeune roi ne furent pas doués de la sagesse de sa mère Cléopâtre à laquelle ils succédaient. Ils allèrent attaquer Antiochus dans la Syrie , acceptèrent une bataille qui se livra entre Péluse et le mont Casius, et dont le résultat fut la défaite totale de l'armée égyptienne, défaite qui mit le jeune roi entre les mains d’Antiochus, lui ouvrit les portes de Memphis, de la plupart des villes de l’Égypte, et même de Péluse : son humanité à l’égard des vaincus lui en facilita la conquête.

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Otte catastrophe arriva la 11* année du règne de Philoniétor. Il paraît, d'agrès Porphyre, que les Alexandrins, aussitôt qu’Antiochus fut le maître de Memphis, où il retenait le jeune Phlloinétor âgé de 10 ans seulement, placèrent sur le trône son frère Evergète afin de prévenir les incertitudes d’un interrègne; que cette substitution de roi dura pendant les années 11 à 15 du règne de Philométor ; qu’a cette époque Antiochus, ayant renoncé à l’occupation de l’Égypte , Philométor revint à Alexandrie , et consentit à partager le trône avec sou frère dont la présence avait certainement contribué a le conserver ; qu’ils régnèrent ainsi ■usqti’à la 17* année comptée toujours de 1 époque de Philométor; et que, par l’intervention des Romains, Evergète cessant de partager le trône , il accepta le gouvernement de la Libye , après quoi Philométor régna 18 ans encore, qui portent la totalité de son règne à 35 ans.

Saint Jérôme ajoute qu’Antiochus , maître de Memphis, traita le jeune Ptolémée Philométor avec beaucoup d’égards ; et , sous le prétexte spécieux de le rétablir dans ses droits , mais avec l’intention réelle de s’emparer du trône d’Égypte, il en occupa militairement les villes les plus importantes.

Ayant cependant éprouvé beaucoup de résistance , et même des échecs , il fit un traité avec le jeune roi , repassa en Syrie, et, deux ans après, il revint assiéger les deux fils d'Épiphane, Philométor et Évergète II , dans Alexandrie, jusqu’à ce que les envoyés de Rome qui arrivèrent dans ces conjonctures l’obligèrent à rentrer dans ses Etats.

Tite-I.ive dit aussi qu’Antiochus ayant tenté mais sans succès de prendre Alexandrie, il laissa Philométor à Memphis, lui promettant son assistance pour le replacer sur le trône qu’Èvergètc occupait à Alexandrie. Il espérait sans doute que les deux frères en venant aux mains , il lui serait plus facile de soumettre le vainqueur; il se retira donc en Syrie, laissant néanmoins une .garnison à Péluse. .Mais

l'inlometor se réunit à Évergete; auliochus, que cette réunion aurait dû satisfaire s'il avait sincèrement désiré replacer Philométor sur le trône de ses aïeux , en fut péniblement affecté , et lit contre les deux freres des préparatifs plus formidables que ceux de la précédente guerre. Il envoya une flotte contre Chypre , et , dès les premiers jours du printemps, il se mit lui-même a la tête de son armée , marcha contre l’Egvpte, traversa la Celé-Syrie, arriva à I’eluse par terre et par mer, et se dirigea par les plus courts chemins sur Alexandrie. Parvenu à quatre milles de cette ville il rencontra C. Popilius; et cet envoyé lui montra , en traçant son cercle, comment le sénat de Rome notifiait ses ordres à un puissant monarque qui n’eut à répondre que ce peu de mots : Je ferai ce qui plaît au sénat. Antiochus quitta l’Égypte daus un très-court délai , à compter du jour même de cette conférence.

Il résulte de tous ces témoignages réunis, que ce fut la onzième année de son règne que Philométor fut privé de la couronne par les conquêtes d' Antiochus ; qu'en son absence son frère Evergète fut placé sur le trône par les Alexandrins, et qu'il l’occupa pendant uatre années; qu’il envoya demander es secours à Rome; que, dans cet intervalle, Evergète essaya vainement de traiter avec Antiochus qui refusa de lui reconnaître le droit de faire la paix , et vint l'assiéger dans Alexandrie même; que, rappelé en Syrie par des événements imprévus, il laissa Philométor à Memphis, Evergete dans Alexandrie, espérant que les deux frères se feraieiTt la guerre; que les «leux frères se réunirent, occupèrent ensemble le trône pendant deux années, ctqu’alors, dans la 17* du régné de Philométor, Antiochus venant de nouveau attaquer l'Egypte et assiéger Alexandrie, C. Popilius l'obligea, au nom du sénat, à retourner dans ses propres Etats.

Ce fut donc C. Popilius qui vint délivrer l'Egypte des armées et de la présence d’Antiochus, régla aussi les différends qui s’étaient elevés entre

les deux frères rois , et les jueea selon ce qui était prescrit par les lois du royaume. En conséquence , Philométor resta seul possesseur de la couronne; Évergète reçut le gouvernement de la Libye et de la Cyrénaïque , où les Romains , peu de temps après , l'obligèrent de rester.

A peine Antiochus fut-il de retour dans ses États qu’il y mourut, et la même année de sa malheureuse expédition contre les fils de sa sceur, année qui fut , comme le dit Porphyre , la onzième et la dernière de son règne. Ses ambassadeurs étaient allés à Rome pour déclarer au sénat combien l'arrangement dicté par Popilius lui était agréable : ceux de Ptolémée témoignaient en même temps sa gratitude envers le sénat et le peuple romain , et ils exprimaient sans doute des sentiments plus vrais que ceux que montrait Antiochus.

En attendant, la discorde renaissait entre Évergete et Philométor. Le premier, peu satisfait de la décision qui le faisait descendre du trône pour le rendre à Philométor seul , et lui donnait pour apanage la Cyrénaïque avec la Libye, se rendit à Rome pour demander qu’elle filt réformée par le sénat. Il était à pied ; il fut reconnu en arrivant par Dcmétrius , fils de Sé- Icucus , qui lui offrit les moyens d’entrer à Rome, et d'y vivre d'une manière plus convenable à son rang et à sa naissance.

Évergète réclamait auprès du sénat contre le partage qui avait été fait par C. Popilius entre son frère et lui ; il exposait qu’il ne lui suffisait pas de la Libye et de la Cyrénaïque, et que l’île de Chypre devait être ajoutée à son apanage. Le sénat y consentit; mais Philométor refusa d’exécuter sa décision, et des envoyés de Rome partirent alin de mettre Évergète en possession de Chypre. Le sénat avait voulu que cela sê fit sans employer de soldats , ne prévoyant pas l’opposition de Pliilométor. Dès qu’il la connut, les envoyés de Rome engagèrent Évergète à se rendre en Libye pendant qu'ils iraient demander à Philométor son

assentiment à ce que le sénat venait de régler.

Évergète attendit longtemps en Libye l’issue de rette négociation ; il se disposait à marcher à la tête d’une armée contre l’Égypte, lorsqu’il fut informé que les Cyrénéens venaient de se révolter ; et , ne voulant pas risquer à l’acquisition incertaine de Chypre la possession de Cvrène , il se dirigea sur cette province d’où les habitants, impatients de son gouvernement tyrannique, cherchaient à le repousser par la force des armes. Il venait d'éprouver un échec assez considérable lorsque Cn. Merula lui apprit que Philométor refusait de consentir à la cession de l’lle de Chypre. Évergète envoya de nouveaux ambassadeurs à Rome ; Philométor y fit aussi défendre ses droits, mais le sénat persista dans sa bien veillance pour Évergète. On lui en porta la nouvelle à Cyrène où il était rentré ; et , au moment où il préparait une attaque sérieuse contre Chypre , il faillit d’être la victime de quelques embûches auxquelles il n’écbappa point sans recevoir plusieurs blessures. Il courut de nouveau à Rome , et Philométor y envoya de nouveaux ambassadeurs. Le sénat refusa de les entendre , chargea ses députés de conduire Évergète a Chypre , et demanda aux alliés de la Grèce de seconder cette expédition ; mais Philométor alla luimême défendre cette Ile , livra bataille à son frère , l’enferma dans la ville de Lapethus, où il l’assiégea et le réduisit à la dernière extrémité : toutefois , loin de se prévaloir de ce succès, Philométor lui accorda une bonne capitulation, lui rendit son gouvernement de Cvrène, et lui donna quelques villes de Chypre avec un revenu annuel d’une certaine quantité de blé.

Ainsi se termina cette guerre entre les deux frères rois ; elle dura quatre années , et jusqu'à la 22* du règne de Philométor, laquelle commença au printemps de la 160e année avant Père vulgaire.

Dès que l’accord fut rétabli entre eux, Philométor, tranquille sur son trône , reprit l’occupation ordinaire

des rois d’Egypte qui n’étaient point engagés dans de plus sérieuses entreprises. Il attaqua sourdement le roi de Syrie Démétrius , entretint des intelligences dans la ville de Ptolémaïs occupée par les soldats syriens, encouragea la défection drAntioclie , et favorisa enfin les prétentions au trône de Syrie manifestées par Alexandre, fils d'Antiochus Epipliane, qui fut reçu à Ptolémaïs de Syrie comme roi.

beux années apres, vers l’an 149, Démétrius ayant été vaincu et tué, ce môme Alexandre fut reconnu et proclamé roi de Syrie , la 30* année du règne de Philométor.

Alexandre demanda que Philométor lui accordât sa fille Cléopâtre en mariage ; le roi d’Egypte y consentit , et se rendit à Ptolémaïs où ce mariage fut célébré.

Ce fut vers le même temps que Onias, fils d’un grand prêtre juif de ce nom, retirédepuisquelques années en Egypte, entreprit de demander à Philométor la permission d’affecter au culte des Juifs le temple de Bubaste. Le roi n’hésita pas de la lui accorder , ce qui donne lieu de remarquer la singulière destinée des temples égyptiens qui , survivant au culte même pour lequel ils avaient été élevés , furent successivement consacrés aux cérémonies des religions qui succédèrent en Egypte, à celle des Pharaons. Les Lagides établirent les premiers cet usage que les Romains ne manquèrent pas d’imiter, et ces lieux sacrés, destines d’abord au culte des dieux , le furent ensuite au culte des hommes.

Le règne de Philométor fournit des exemples de la dédicace des temples égyptiens aux dieux de la Grèce : d’abord celui de la ville égyptienne de Kos- Berbir dans la Théïïaïde , ville que les Grecs nommèrent Apollinopolis-Micra (paria), et à laquelle les Arabes ont conservé son nom égyptien en l’appelant Qouss. Ce temple , qui existe encore , offre sur le listel du couronnement de la porte du sud , les traces lisibles de I inscription grecque qui constate que la reine Cléopâtre et le roi Ptolemée, dieux Philométor*, ont

consacré ce temple. Rien n’indique l’époque de cette dédicace; mais le nom de la reine Cléopâtre , qui se lit dans cette inscription , prouve toutefois que la dédicace qu’elle rappelle fut postérieure à la seconde invasion d’Antiochus Epiphane en Egypte, puisque, pendant la première , Cléopâtre resta dans Alexandrie avec Ptolemée Evergète II, tandis que Philométor était comme prisonnier retenu à Memphis , et qu’après la seconde invasion et l’arrangement fait par Popilius , Evergète quittant le trône , Philométor l’occupa seul.

Ce fut alors qu’il s'unit a Cléopâtre sa sœur, et dans la 17* année de son règne, puisque treize ans après et le 30* de ce même règne, il avait une fille qui devint la femme d’Alexandre , roi de Svrie. Aiusi la dédicace du temple égyptien de Qouss ou Apollinopolis-Pàrva fut postérieure à la 17* année du règne de Philométor. 11 est impossible d arriver à une plus grande certitude sur l'époque de l’inscription de Qouss. Il en est de même d’une autre inscription gravée dans le sanctuaire du temple d’Ombos : cjle constate aussi que Ptolémée Philométor et la reine Cléopâtre qui était sa soeur, dédièrent ce sanctuaire à Apollon et aux autres dieux honorés dans ce temple. La même incertitude fait donner la même époque approximative à l’inscription du grand temple d’Antaiopolis , et qui énonce la dédicace que les mêmes souverains firent de son propylée au personnage mythologique Antéc. Enfin on ne peut pas mieux connaître le temps d'une autre inscription trouvée à Citium dans l’tle do Chypre , et qui rappelle que cette ville honora de ce monument l’un de ses citoyens , Hégias , fils de Damothctas , à cause de son dévouement au roi Ptolémée , à la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors, et à leur descendance.

Cette inscription est postérieure aussi à la 17* annee du-régne do Philométor, et de quelques années, puisque leurs enfants y sont mentionnés.

Deux ans après avoir placé sa fille Cléopâtre sur le trône de Syrie , Plii-

êgyptr.

lomélor s'engagea dans une alliance qui avait pour but de le ravir à son mari. Le fils aîné de Démétrius revendiqua des droits qu’il disait tenir de son père dont la mort n’avait pu les détruire: soutenu par les Cretois, il se rendit en Syrie. Ptolémée, dans I intention de secourir Alexandre , arriva dans cette province avec des forces de terre et de mer, et en occupa les villes principales pour les maintenir dans le devoir ; mais , ayant été exposé a devenir la victimed'un complot tramé contre sa vie à Ptolémaïs, convaincu aussi qu’Alexandre en était l’instigateur , il tourna ses armes contre lui es associa à l’entreprise de Démétrius , lui donna en mariage sa fille Cléopâtre qu’il rappela delà courdeSvrie, et fit déclarer pour lui Antiocfie et I armée. Alexandre étant venu l'attaquer auprès de cette dernière ville , sur I Oronte , Ptolémée mit son armée en déroute , secondé par Démétrius qui était devenu son gendre. Peu de jours après, Alexandre qui avait cherché un refuge en Arabie, v trouva la mort, rt sa tète fut apportée à Philométor.

Ces événements, selon Josèplie et le premier livre des Machabées, prirent naissance dans la 165* année des Séleucides , et cette guerre dut se faire des le commencement de la 35” année de Philométor, et se terminer à l’automne de la même année, celle de l’an 147 avant Jésus-Clirist.

La mort de Philométor se rattache a celte même époque; car, ayant été b/esse d’une chute de cheval pendant la bataille qu’il livrait à Alexandre, il en mourut sur les lieux mêmes quelques jours après. Tous les chronologtstes lui donnent 35 ans de règne.

Jæs monuments qui rappellent quelques circonstances du règne de Ptolémée Philométor sont assez nombreux , et ils nous sont fournis à ia fois par les inscriptions grecques et les inscrip- •lons égyptiennes, qui s’accréditent mutuellement par leurautoritéparticuwre. Le premier pylône du petit Kmple du sud à Philæ fut construit Jurant le règne de Philométor. On ncastra alors ce pylône dans un pro-

pylon dédié à Isis par le Pharaon Nectanèbe, et l’existence de ce propvlon prouve qu’avant le grand temple d'isis actuel , il en avait été antérieurement édifié un autre sur le même emplacement; les Perses de Darius-Occhus l’avaient vraisemblablement détruit, et c'est avec ses débris, encore reconnaissables, que certaines parties du pronaos actuel du grand temple furent édifiées. Le second pvlone de ce grand temple est aussi de Ptolémée Philometor, ainsi que le bel édifice de droite qui se voit entre les deux pylônes. La galerie de gauche du grand temple d Edfou, de même que toutes les sculptures des deux massifs du pvlone , remontent aussi au règne de Philométor.

Le grand temple d’Ombos fut élevé par Ptolémée Kpiphane, et continué par Philométor. Ce grand édifice , dont les ruines ont un aspect très-imposant , présente cette singularité qu'il est dédié à deux triades qui se partagent le temple, divisé longitudinalement en deux parties bien distinctes, l’une passant presque toujours dans le massif de la construction. La partie de droite , la plus honorable , était consacrée à Sévck-Ra , la forme primordiale de Saturne, Kronos , à tète de crocodile; à la déesse Athôr et à leur fils Klions- Hâr. La seconde partie du temple était vouée; à une triade moins élevée dans la hiérarchie divine, à Aroëris , à la déesse Tsonénoufré, à leur fils Pnevtho, qui étaient les dieux seigneurs d’Ombos ; et voilà pourquoi les médailles romaines du nome ombite portaient la figure du crocodile, l'animal sacré du dieu principal du nome. Une inscription grecque en l'honneur de Philométor se lit dans le même temple; c'est un hommage des troupes cantonnées dans ce nome : l’inscription s'exprime ainsi : « Pour la conservation du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors , et de leurs enfants, à Aroëris, dieu grand, et aux divinités adorées dans le même temple , les fantassins , les cavaliers, et autres personnes stationnées dans le nome d'Oinbos , ont fait ce sécos à cause de la bienveillance

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de ces divinités envers eux. » Le nome d'Ouibos étant le plus méridional de tous ceux de l'Égvpte; des troupes nombreuses devaient y être établies , chargées de garder ce côté des frontières du pays. A Antæopolis, il existe une seconde inscription grecque du règne de Ptolémée Philoinétor; elle constate, en ces termes, que ce roi ht élever le pronaos du temple de ce lieu , et qu'il le consacra à Antée :

" Le roi Ptolémée , Gis de Ptolémée et de Cléopâtre , dieux Épiphancs et F.ucharistes, et la reine Cléopâtre, sœur du roi , dieux Philométors, ont fait ce pronaos à Antée et aux dieux adorés avec lui dans le même temple. » Il parait que la corniche de ce pronaos éprouva de graves dommages, et elle fut réparée par les soins des empereurs romains, qui ajoutèrent cette seconde inscription à la première qu'ils restituèrent : « Les empereurs Césars Aurèle Antonio et Verus, Augustes, en ont réparé la corniche , l'an 4 des Augustes, le 9 du mois de payni. > Un édiuce de Parcmbolé, en Nubie, porte aussi cette commémoration de Ptolémée Philoinétor, dans une dédicace ainsi conçue : « Pour le salut du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre , sa sœur et sa femme , les dieux Philométors , à Isis et aux dieux adorés dans le même temple. » Dans une autre dépendance territoriale de l'Égypte, Plie de Chypre, qui resta toujours sous l'autorité de Philoinétor, malgré les démarches de son frère Évergete auprès du sénat romain", on a trouvé aussi un souvenir ofliciel de Philométor et de l'attachement que lui conservaient les habitants d une des principales cités de i'ile : on lit sur ce marbre grec: « La ville (de Citium) honore Hégias, de Crète, Gis de Damothète, commandant des gardes du corps et gouverneur de la ville , pour sa vertu et pour son dévouement envers Plolémec, la reine Cléopâtre sa sœur , dieux Philométors , et leurs enfants ; et pour ses bienfaits envers elle-même. »

Du reste , le roi grec Ptolémée Philométor ne se priva d'aucune des formules liuuorilîques et religieuses con-

sacrées parle protocole égyptien. Le grand temple d'ümbos porte aussi une grande dédicace, en écriture hiéroglyphique, au nom de ce même roi; et comme si elle était pour l’illustre Késostris, elle dit: «La vie! le dieu bienfaisant, soleil seigneur du monde, approuvé par Phtha , image vivante d'Amon-Ka, chéri des dieux, aimé d’Aroèris, tuteur de la région..., dieu grand , seigneur suprême , dieu puissant dans... La vie! le dieu gracieux , soleil seigneur des seigneurs , Ptolémée vivant toujours , aime de Phtha , chéri des dieux , et de Sewek , seigneur de la région d'or dans le disque solaire , bienfaiteur, etc. « Le musée royal du Louvre possède des contrats originaux, sur papyrus, en écriture démotique, datés du règne d'Alexandre , (ils d’Alexandre , de la 32" année de Ptolémée Évergète I*r, de la 7' année de Pliilopator, de la 8'' et de la 21° année d'Épiphane ; mais on u'y voit aucune de ces transactions entre particuliers, qui appartienne au règne de Philométor.

Les pièces de ce genre ne sont cependant pas rares , et il en existe aussi de l'époque romaine : comme la religion et le culte , les règles de l'administration publique restèreut les mêmes dans l'Égypte soumise à des souverains d'origines diverses.

Le protocole de ces contrats privés nous en donne la certitude; il nous apprend aussi qu'il existait à Alexandrie un culte public en l'honneur d’Alexandre le Grand , et que les Ptolémées qui succédèrent au grand roi ne Grent faute de s'y faire associer. Ainsi , il y avait à Alexandrie un prêtre d'Alexandre , qui l’était aussi des dieux Soters, des dieux Adelplies , des dieux Évergètes , des dieux Philopators, des dieux Kpiphaues, et ensuite du dieu Philométor, quand ce roi eut quitté la vie; espèce d apothéose religieuse dans laquelle les reines ne furent pas oubliées. On voit , en effet , par le texte de l'inscription d'Adulis, de l'inscription de Rosette, du contrat de Ptolémaïs, et des deux contrats du règne d'Épiphanc que j'ai publiés , qu'une prêtresse de l’ordre des canépliorcs avait été char-

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cée du culte de la reine Arsinoé Philadelphie, une athlophore de celui de Bérénice Évergète I*', et une prétresse, d’Arsinoé Phifopator. D’autres prêtres étaient chargés de desservir les honneurs divins rendus à Ptoléniée Soter, le fondateur de la dynastie , dans la ville de Ptolémaïs d’Égypte.

On voit aussi , par ces protocoles , que l’espèoe d’invocation de l’autorité publique, comine symbole de protection , en tête des actes liasses , pour des intérêts privés, par les officiers publics, remonte à une haute antiquité. Nous pouvons ajouter, qu’à cette même antiquité , l’usage de i’enregislrement de ces actes était établi ; et que cette formalité donnait à ces actes , comme elle le fait aujourd’hui , une date certaine et une sanction légale qui en garantissait l’exécution.

L’antiquité alla encore plus loin : aux noms , prénoms et qualités des parties contractantes, elle ordonna d’ajouter leur signalement : voici, comme preuve, d’une singulière curiosité, d’un tel usage , le texte traduit d’un contrat daté d’un des derniers jours du mois de mai de l’an 105 avant l’ère chrétienne :

« Sous le règne de Cléopâtre et de Ptolémée son fils, surnommé Alexandre, dieux Philométors-Soters, en l’an xii qui est aussi l’an ix (le règne de Cléopâtre ayant commencé 3 ans avant l’association de son fils) , sous le prêtre, ni est à Alexandrie, d’ Alexandre, et es dieux Soters , et des dieux Adelplies , et des dieux Évergètes , et des dieux Philopators , et des dieux Épiphanes, et du dieu Philométor, et du dieu Eupator , et des dieux Évergètrs ( U ) : sous l’athlophore de Bérénice Évergète(Ie’),etsouslacanéphore d’Arsinoé Philadelphe et de la déesse Arsinoé Eupator, qui sont à Alexandrie ; et à Ptolémaïs de la Thébaïde , sous les prêtres (des deux sexes) de Ptolémée Soter, lesquels et lesquelles sont à Ptolémaïs ; le 29 du mois de tybi , sous Apollonius préposé à l’Agoranumie pendant ce mois, pour l'administration des fonds de terre nus, dans le nome Tathyrite , = a vendu

Pamonthis, de couleur noire, beau, long de corps , visage rond , nez droit; ainsi que Enachomneus, de couleur jaune , aussi visage rond , nez droit ; et Semmouthis Persinei , laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez un peu aquilin , bouffie ; et Melyt Persinei , laquelle est de couleur jaune , visage rond , nez droit ; avec leur maître Pamonthis, covendeur; tous quatre de la corporation des Pétùliostes , parmi les ouvriers en cuir meinnoniens ; = un fonds de terre nu , à eux appartenant dans la partie du sud du quartier des Meiunoniens , un espece de cinq mille cinquante coudées d'étendue : les voisins du sud, la rue Royale; du nord et du levant . le fonds de.Pamontliis et de Bokon-Ermios, son Isère, et les terres communales j du couchant , la maison de Tapliis , fils de Chaiomis, passant au milieu... Tels sont les voisins de toutes parts ; = a acheté le champ, Néclioutis, petit, de couleur jaune, agréable, visage long, nez droit, une cicatrice au mi-, lieu du front , six oent une pièces de monnaie de cuivre : les vendeurs étant les courtiers et les garants de ce qui est relatif à cet achat. = A accepté Nechoutis l’acheteur. ( Ici les signatures.) On lit à la marge: En l’an xii qui est aussi l'an ix, le 20... de pharmouthi, Oiocsis? étant préposé aux contributions , Chotsemphis préposé en second ; Héracléide contrôleur de l'achat ; Néchoutis, petit , = un fonds de terre nu , de 6050 coudées , situé dans la partie sud du quartier des Meinnoniens , qu'il a acheté de Pamonthis et aussi d’Enachomneus, lequel a signé avec ses sœurs; pourCOl pièces de cuivre, etc., etc. »

On voit, par le texte de ce contrat, que les formules actuellement prescrites dans les actes des transactions privées, sont aujourd’hui en quelques

Points moins compliquées qu'elles ne étaient il y a près de deux mille ans; le contrat que nous venons de relater remunte à cette antique date ; il est de peu postérieur à l’époque de la mort de Ptolémée Philométor.

Ce roi, en cessant de vivre et de

régner, laissait, avec la reine Cléopâtre sa veuve, deux filles et un fils encore en très-bas âge.

Enhardi par cette circonstance, qui ne devait lui faire craindre que cette inactive opposition propre aux temps où les rois sont en tutelle, et peutêtre aussi par l'exemple récent de Démétrius, frère d’Antiochus le Grand, qui lui avait succédé à l'exclusion de son fils mineur Antiochus Eupator, le frère de Ptolémée Philométor, qui prit le surnom d’Évergète il, apprenant la mort du roi, s’empressa de quitter Cyrène et de venir, les armes à la main, s’emparer de la couronne d'Egypte au détriment du jeune fds de Philométor. Incapable de résister, Cléopâtre lui envoya des députés qui réglèrent avec lui qu’elle deviendrait sa femme, et qu’Évergète prendrait la tutelle du jeune roi. Il entra dans Alexandrie avec ce titre, épousa la reine mère, et, le jour même de son union , il fit égorger le jeune héritier du Irène dont il devint le possesseur par ce crime. Le jeune prince avait été reconnu comme roi ; il porta le surnom d’Eupator, et il est mentionné sous ce nom, et au rang dynastique qui lui est assigné comme successeur légitime de son père, dans le contrat de vente dont le texte est ei-dessus rapporté. Son règne rte dura que quelques mois, et il périt dans l'âge de l'enfance.

Son oncle, Évergète II, préludait ainsi aux atrocités dans lesquelles il sembla toujours se complaire. Bientôt après, arrivé à Memphis pour son inauguration religieuse, la reine y mit au monde un fils, qui, de cette circonstance, reçut le nom de Memphite.

Cette naissance et l'inauguration du roi eurent lieu vers la fin de la première année de son rigne, peut-être même, et comme pour F.piphane, le jour anniversaire de celui où il était parvenu au trône.

Au milieu des fêtes célébrées à l’occasion de la naissance d’un héritier de la couronne royale, le roi fit mettre à mort plusieurs Cvrénécns qui l'avaient accompagné en Égvptc. cl qui se ren-

dirent coupables de quelques plaisanteries sur ses relations avec une femme nommée Irène. Aussi les Egyptiens se souvenaient-ils avec plus de soin et

filus de respect de la bienfaisance et de a modération de Philométor, et cette comparaison qu'ils faisaient des deux princes rendait plus vif encore leur désir de se soustraire à tant de tyrannie. Ptolémée avait pris le surnom A' Évergète ou Bienfaiteur; le peuple le nomma avec plus de raison Kakergète ou Malfaiteur. Rien d'ailleurs dans sa personne ne contribuait à lui concilier la faveur publique : son corps était aussi hideux que son caractère, et Posidonius le Stoïcien , qui accompagnait en Égypte P. Scipion Æmilien , visitant avec Spur. Merula et L. Meinmius les États des rois alliés, et qui vit Évergète , a fait de sa conformation un tableau repoussant , ce qui a fait dire à Justin qu’Évergète II parut autant ridicule aux Romains qu’il était odieux à ses sujets; ils le surnommaient aussi Physcon , le f 'entru.

Les envovés dé Rome arrivèrent en Égypte à l’époque où Évergète fut forcé d’appeler, par des actes publics, des étrangers dans son royaume, tant les supplices ou la crainte d'v être exposé avait diminué la population d’Alexandrie. Il ne renonça pas pour cela à ses funestes pratiqués, et la licence qu’il tolérait dans les troupes mercenaires ne Gt qu’accroître encore le désordre.

Il n’avait pas été moindre dans l'intérieur du palais que dans l’intérieur du royaume; car, épris de la jeune Cléopâtre, fille de son frère et de sa femme, Évergète avait répudié celleci pour épouser l’autre.

Cet état de choses dura quinze ans à compter de la fin du règne de Philométor, comme le rapporte Diodore de Sicile; mais à cette époque, jugeant qu’il avait tout à redouter d’un peuple que d’atroces injustices avaient poussé à l’insurrection, le roi s'échappa d’Alexandrie et alla lever des troupes étrangères pour reconquérir son trône. Ceci se |mssait en l’an 132 avant l'ere vulgaire.

ÉGYPTE

Aussitôt le peuple d'Alexandrie renversa et détruisit les images du roi.

Présumant que Cléopâtre la mère l’excitait à cette action , Évergète en était plus porté à la vengeance, et bientôt après il marcha contre Alexandrie. Il tit aussi mettre à mort son jeune fris et sans autre motif que l’intention d'affliger so mère, l'ayant emmené avec lui, craignant qu’en son absence les Alexandrins pussent le placer sur le trône.

Cléopâtre, secondée par les sujets du roi , se préparait à lui résister; elle avait réuni une armée sous le commandement de Marsyas, qui en vint aux mains avec les troupes d’Évergèle, commandées par Hégélochus. Marsvas fut fait prisonnier et conduit au roi , qui lui pardonna, voulant, par ce premier acte de clémence, faire oublier sa cruauté.

Dans ces conjonctures, Cléopâtre demanda du secours au roi de Syrie Démétrius, qui était l'époux de” sa fille. C’était au temps où il venait de triompher d’Antiochus Sidétès chez les Parthes, et qu’il remontait sur son trône après un interrègne de neuf années, l’an 130.

Démétrius n’hésita pas d'embrasser la cause de Cléopâtre, et d’ordonner l’envoi d’une armée en Égypte; mais Antioche et plusieurs autres villes de la Syrie venaient de se déclarer indépendantes de son autorité. M’espérant plus de secours en Égypte , Cléopâtre la quitta, emportant de grandes richesses, et se retira auprès de Démétrius même. En attendant, Ptolémée, qui favorisait la défection des villes syriennes, suscitait aussi un compétiteur à Démétrius; il soutenait de son crédit et de son année les fourberies d’un jeune Égyptien , qui se prétendit le fris adoptif (l'Antiochus Sidétès, et qui prit le nom d’Alexandre. La haine que Démétrius avait inspirée à ses sujets par son orgueilleuse domination favorisa les prétentions du faux Alexandre. Le roi de Syrie se vit bientôt délaissé par sa femme même et ses fils , qui se retirèrent à Ptolémaïs ; il chercha vainement un asile dans le temple de Tvr, il y fut mis à mort, et Alexan-

dre monta sur le trône de Syrie.

Bientôt il oublia jusqu'à son bienfaiteur, et menaça l’Égypte et son roi Évergète IL Celui-ci , qui ne trouvait aucune garantie düns les intentions du faux Alexandre, se réconcilia d’abord avec Cléopâtre so sœur et sa première femme, donna sa fille Trvphène à Antiochus, surnommé Grypus, l’un des fils de Démétrius Soter, et, lui fournissant en même temps une nombreuse armée, il le plaça sur le trône deSyrie, où le faux Alexandre ne fit qu’apparaître.

L’avénement d'A ntiochus Grypus au trône de Syrie, en l'an 127, ramena la tranquillité dans le royaume. Trvphène , fille d’Évergète II , en était la reine; cette alliance contribua aussi a rendre à l'Égypte le repos dont eUe avait besoin.

Ptolémée Évergète II, n’étant plus distrait par la nécessité de défendre son royaume au dehors, s’adonna aux lettres et aux arts : il prit le soin d’en ranimer l’étude, que les malheurs publics avaient fait négliger. Il appela de nouveau les savants et les artistes à sa cour, protégea efficacement les institutions littéraires qui existaient à Alexandrie, et, disciple d’Aristarque le grammairien , il se plaça lui-même parmi les auteurs de son siècle qui rédigèrent de longs ouvrages. Il écrivit des Commentaires en vingt-quatre livres : la zoologie en fut le sujet spécial, si l’on en juge par les fragments qui nous restent, et qui traitent de quelques animaux ou curieux ou utiles. entre autres des poissons d’une rivière de Libye, du paon, du faisan, etc. Ce goût de Ptolémée pour les recherches savantes lui fit aussi donner le surnom de Philologue, qu’il mérita moins peut-être que celui de Kakergète.

Ce prince approchait par son âge du terme de sa carrière, et la reine voulut prévenir les effets d'une mort inopinée : des deux fils qui restaieut a Ptolémée, elle haïssait profondément le premierné, celui que l’usage appelait à succéder à son père. Elle eut assez d’ascendant sur le roi pour le déterminer à le

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