‹ L'UniversChapitre 10 sur 121 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Suîte df* la dynasllp des Abhassldes. — Los khalyft’S èl-Mo(asspm d)<îllah , él-Ouathcf| bdllidi, ^)*Moiouakkel*«la-allali,{‘l-Mont.tss«r hdlUh «<^i-Mn»taYn-lhinah; i^l-Mola/*l>-Uiah.

— (iouvîTnnirs <i(* rf.^\ plo bons <ts princes.

— Kcndy. *■ fcl-Mozaffcr. — Moussa ben- AlKHi-l-Abl)As. — Moli'k. “ Abbis. — Aly ben- VatiNa. — Yssa Ix’n M.insour. — .Anbah. — Rl*Monlasspr. — Yezyd ben-Abd-allRb. — ('hronigue (h* rRglise Vophle. — Prcmiérfi années de Ahmed ébii-Tonloun. — (^ircon.scfts du meurtre du khalvfe èl-Moblavn-bitiah.

Mohammed-H-Motasaem , troisième fils du khalvfe succéda à son frère aîné Âl•^famouny le 18 du mois (le Re^ebde l’an 218 de l’hépire. Ce khalyfe est le premier qui lit entrer le nom de Dieu dans la composition de son surnom : en montant sur le tnme, il prit le titre d^él-yfotaa&em bdÜaJh, e'cst-à-dire fortiftê par Dieu, et son

EGYPTE MODERSE.

exemple fut suivi par tous ses successeurs.

Él-ilotassem-b-illah, dès la première année de son règne , eut à se défendre contre les attaques de plusieurs prétendants au khalyfat, et de quelques révoltés.

L'an 219de l'hégire (1), Kendij, à qui, en montant sur le trône, il avait laissé le gouvernement de l'Égypte, mourut à Fostatt, et le klialyfe nomma, pour lui succéder, le lils de ce gouverneur, él~ Moza/fer ben-Kendy.

Celui-ci mourut aussi l'année suivante, 220 de l'hégire (2) , et fut remplacé par Moussa, Qls à' Jbou-lr. Ibbas, et surnommé par quelques écrivains,

et ét-Chamy (le Syrien) par quelques autres.

L'an 224 de l'hégire (3), iVoKssa fut rappelé d'Egypte et remplacé dans ce gouvernement par Melek, surnomme par les uns él-Hindy (l’Indien), par les autres ben-él-Kendy, c’est-à-dire fils de Kendy, ancien gouverneur de l'Egypte.

L'an 225 de l'hégire (4), Mclek fut destitué par le khalyfe, qui envoya, pour gouverner l'Égypte en sa place, un de ses affranchis, nommé Àsbas, ou Achnas suivant quelques historiens.

Celui-ci fut le dernier gouverneur nommé par él-Motassem-l>-iltah ; car ce khalife mourut de la Oevre à Samarrah, le 18 du mois de Raby-£l-Aouel de l'an 227 de l'hégire (5).

Lfs historiens orientaux remarquent que le nombre huit semblait affecté à ce prince par une fatalité singulière; entre lui et Ahbas, le chef de sa race, il y avait huit générations ; il était ué dans le mois de Chaabân, le huitième de l’annéerausulinane; il était le huitième khalyfe abbasside ; il monta sur le trône l’an 218, à l’ôge de trente-huit ans et huit mois; il avait régné huit ans, huit mois et huit Jours; il mourut le dix-huitième jour du mois, dans la quarante-huitième année de son âge; il laissa huit fils et

(I) Cette année a commencé le vendredi 16 janvier de l'an 8.14 de notre ère.

(ï) Cette année a commencé le mardi & Janvier de l'an 835 de notre ère.

(3> Cette année a commencé le samedi 33 novembre de i‘an 838 de notre ère.

- (4j Cette année a commencé le mercredi 13 novembre de l'an 830 de notre ère.

(Sucette année a commencé le vendredi 3| octobre de l'an 841 de noire ère.

huit filles ; il s’elait trouvé à huit batailles; enfin on trouva à sa mort dans son trésor particulier, huit millions de dollars (l)etqnatre-vingt mille dirhems(2).

Cette singulière coïncidence lui a fait donner le surnom de Mothammah, c’està-dire rOcténaire (3).

Mais une destinée plus fatale exerça son infiuence sur le khalyfe ; c’est de lui ue date le commencement de la décaence de sa dynastie, et c’est à lui que les premières causes doivent en être rapportées.

En effet, cekhalyfe était sans instruction, sans capacité, et dénué de presque toutes les qualités morales. Il ne savait pas même écrire. Mais, si la nature l’avait mal partagé des dons de l’intelligence,elle lui avait largement départi les avantages corporels. Doué d’une force extraordinaire et de muscles, pour ainsi dire de fer, il pouvait, disent les historiens arabes, soulever un poids de mille rôties (4) et marcher quelques pas sous un fardeau aussi considérable. A cette vigueur étonnante se Joignaient un courage indomptable, le goût de la guerre, des belles armes, des beaux chevaux et des beaux soldats.

Cegoilt le porta, même avant la mort deson père, à créer un corps d’élite; et, pour le former, il lit sou principal choix parmi les plus beaux, les plus forts et les mieux faits des Jeunes esclaves turks pris à la guerre, ou qui étaient envoyés en tribut au khalyfe.

La nation immense appelée tantôt turke, tantôt tartare, comprenant les Turkomans, les kiogols et les Tartares

(I) Environ I3»,ooo,ooo de notre monnaie. h) Environ l,3uo,ooo francs de notre monnaie.

(3) Monnaie d'iI(-/Va(anem.b-i(iaA, de l'an 319 de riiégire, 8S4 de notre ère.

(4) Plus de neuf cent» livre» poids de marc, l-e rollc «lulvaut environ h quatorze onc« et demie, c*est>a-dire pmqn’â cinq bectoqrammraf. poids décimal.

L'UiMVERS.

proprement dits, sVtemlait,«uivant tous les géographes orientaux, sur tous les pays de l’Asie septentrionale, depuis le fleuve Gihüun, ou Oxus, jusqu’au A'athay, c’est-à-dire a la Cliine, et n'avait, au nord, d'autres limites que l'Océan Glacial.

Les Turks, ainsi placés à l’extrémité de l’Asie, la plus éloignée de la péninsule arabique, semblaient par leur position même devoir être garantis pour toujours de tout contact et de toute relation amicale ou hostile avec les peuples de cette dernière contrée, dont les séparaient tant de régions , de montagnes, de fleuves et de déserts.

Mais les Turks étant parvenus à étendre leur empire sur la Tartarie entière d'un côté, tandis que de l'autre les Arabes, sous le gouvernement de leurs premiers khalyfes, avaient porté progressivement leurs conquêt^ Jusqu’au Sfa-ouare-en-Tiahar (la 'fransoxiane des anciens) et sur les frontières du Turkestan, ces deux grandes nations ne tardèrent pas à se rencontrer et à devenir ennemies. La guerre qu’elles se lirentdura longtemps; et, dans les nombreux combats auxquels cette guerre donna lieu, elles se firent l’une à l’autre une grande quantité de prisonniers; les Turks qui tombèrent entre les mains des Arabes furent dispersés dans les différentes provinces de leur empire, où ils devinrent les esclaves des principaux émirs et des khalyfes eux-mêmes.

Ces esclaves, qui se faisaient remarquer à la cour des khalyfes par leurs avantages corporels, plurent à leurs maîtres, et furent bientôt attachés à leur service particulier. Car la méfiance que les khalyfes avaient des émirs de leur cour, dont ils n'avaient su apaiser les prétentions qu’en en faisant de grands feudataires, leur St commettre la faute plus grande encore , de reporter toute leur conüance sur les esclaves étrangers, attachés au service intérieur de leur palais.

Ceux-ci, tout barbares et illettrés qu’ils étaient, vivant au milieu des princes et des grands de l’empire , s’instruisirent bientôt dans le maliométisme, dans les sciences et surtout dans la politique.

Bientôt, ils devinrent capables de remplir les charges les plus éminentes auprès des khalyfes, qui les retirèrent de

l’esclavage pour les employer dans le gouvernement, suivant les talents qu’ils faisaient paraître, ou les intrigues (ju’ils savaient nouer autour du souverain; des affranchis furent nommés non-seulement aux principales places du palais, mais même au gouvernementdes provinces les njus importantes de l’empire; leurainnition et leur esprit d’indépendance, que l’éducation n’avait pas changé, ne répondit que par la plus noire ingratitude à ces faveurs inconsidérées , surtout quand |a création d’une garde turke eut mis à la disposition de ses chefs un corps de compatriotes entièrement soumis à leur influence.

Voulant augmenter de plus en plus la milice à laquelle il confiait sa garde

fiarticulière, et ne trouvant pas suffisant e nombre des esclaves turksque lui fournissaient les tributs annuels , êl-Motassem en fit acheter une grande quantité , pour les élever dans l’exercice des armes et les incorporer dans la garde de son palais , à mesure qu’ils seraient capables du service militaire. Mais ces jeunes gens ne tardèrent pas àabuserde la faveurdu khalyfe; leur insolence était devenue si insupportable aux habitants de Baghdad, que, voyant tous les Jours de nouvelles plaintes s’élever contre sa garde, (t-Mntassem avait pris la résolution de quitter sa capitale et de faire reconstruire l’ancienne villedeAamarraA, pour y transférer de nouveau le siège de l’empire.

Le commandant des gardes du khalyfe il-Motassem était alors un affranchi turk, nommé touloun, que la destinée semblait n’avoir réduit en servitude que pour faire voir comment sesjeui bizarres peuvent faire d’un misérable esclave la souched’unedynastie desouverains, destinée à régner sur l’Égyptcetsurla Syrie.

Touloun faisait partie de la horde de Toghnuz-ghour, Tune des vingt-quatre grandes tribus dont se composait la population du Turkestûn. Sa famille hanitait les environs du lac T.op, dans la petite Bukharie. Touloun avait été fait pri.sonnier dans un combat , et était tombé entre les mains de Nouéli ébn-/issad-êl-Samàmy , qui commandait alors à Bokharà. Ce prince, qui reconnaissait l’autorité du kbalyfe- ff-.Wdmoun, payait à son suzerain un tribut annuel d’escla-

ÉGYPTE MODERNE

yes, de dievaux turks et d'autres objets précieux.

L’an 200 de l’hégire (815 de notre ère), Touioun fiit mis au noml)re des esclaves envoyés par Nouèh en tribut au khalyfe ; il se fit bientôt remarquer de son nouveau maître par son mérite et sa bonne mine, et fut attaché par lui à son service particulier. Bientôt d sut tellement gagner la bienveillance A' Àl-Mamom, que oe monarque l’affranchit, lui donna le commandement de ses gardes, et le nomma émyr-él-sitr ( prince du voile ou du rideau), charge qui indiquait la plus grande confiance , les fonctions de celui qui en est revêtu dans l’Orient étant de veiller à la sûreté personnelle de son souverain, en se tenant continuellement en dehors du rideàu ou de la riche portière qui ferme l’appartement intérieur, et n’y introduisant personne sans uii ordre spécial.

Après avoir passé vingt ans à la cour à'Àl-Mamoun et de son successeur ét- JUoUusem, 7’ou/oimdevint père de plusieurs enfants et entre autres de cet ^hmed ébn-Touloun surnommé depuis jiboii-l-Âbbas, qui devait être le fondateur de la dynastie des Toulonides en Égypte et en Syrie.

/Uimed ebn-Touloun naquit à Baghdad, ou, selon d’autres, à Samarrah, i'aii 220 de l'hégire, troisième année du ré- ^neA’élrMotassem-b-illuh ;\amhre A' Ahmed était une jeune esclave tiirke, nommée Kassimék par quelques historiens, et à laquelle d’autres donnent le nom de Hachiméh. Quelques-uns même prétendent que Ahmed n’était pas réellement le fils de Touioun ; et l’historien Soyoüty, dans un manuscrit que je possède, cite, à l’appui de cette assertion, JUbn-Asaker, qui prétend avoir appris d’un vieillard égyptien, c\u' Ahmed était filsd’un Turk, nommé Mahly, etde A'assiméh, esclave de Touioun ajoutant que ce dernier avait adopté l’enfant, à cause des heureuses dispositions qu’il faisait paraître; mais cette assertion, d’ailleurs peu importante , est dépourvue d’appui , et paraît évidemment contredite par les faits subséquents.

Avant, que Ahmed ébn-Touloun eût atteint l’âge de jouer un rôle politique, deux khalyfes avaient déjà successivement remplacé él-Motassem-b-illeih.

Le premier fut le fils de ce khalvfe, Hâroun-Abou-Djajar, qui prit, en inoiitant sur le trône, le surnom A'il-Ouatheq-b-illah (le confiant en Dieu). Il entra en possession du khalyfat , le jour même de la mort de son père él-Motassem , et, dès la première année de son règne, il déposa la plupart des fonctionnaires nommés par son père , en les forçant de verser entre ses mains de fortes sommes d’argent. Il s’apprêtait à destituer l’affranchi du khalvfe êl-Motassem , Asbar, qui gouvernait l’Égypte, lorsque celui-ci mourut à Fostatt, l’an 228 de l'hégire ( I ). Le khalyfe il-Ouatheq le remplaça par un Arménien, nommé Aly ben-’iahyuél-Armeny ; mais à peine un an s’était écoulé, que le nouveau gouverneur fut, l’an 229 de l’hégire (2), remplacé par Yssa ben-Mansour.

L’an 230 de l’hégire (3) fut signalé par la mort du fils de Taher ben-Housseyn , Abd-allah , entre les mains duquel l’Égypte avait été laissée pendant quelque temps par Al-Mamoun.

L’année suivante vit aussi finir la vie du khalyfe lui-même. Él-Ouatheq-b-illah moiirut le 24 du mois de Doii-I- Hagéh de Tan 231 de l’hégire (4), âgé de trente-quatre ans seulement ; il avait régné cinq ans neuf mois et treize jours.

Les vizirs. Ahmed, fils A'Abou- Daoud, et Mohammed , fils A'Abd-él- Melek, surnommé ét-Zaydt, se concertèrent avec le Turk Ouasuf, premier chambellan, aussitôt après la mort du khalyfe , et voulurent d’abord lui donner M)ur successeur son fils Mohammed, en 'inaugurant sous le nom de H-Mohtadyb-illah ( le bien dirigé par Dieu ). Mais, voyant le bas âge de ce jeune prince, ils renoncèrent à leur premier projet, et appelèrent au khalvfat le secomf fils d'êl- Motassem, Djafar, qui prit le surnom A'él-Motouakkel-ala-AÙah (celui qui prend Dieu pour tuteur ).

l-'l-Ouatheq et el-Motouakhel étaient frères de père, et non de mère. I.e premier était fils d’une esclave grecque ,

(1) Cette année a conmencé le mardi 10 octobre de l'an «42 de notre ère.

(2) Cette année a commencé le dimanche 30 septembre de l'an sla de notre ère

ta) Cette année a comun ncé le Jeudi 18 septembre de l'an 841 de notre ère.

(41 Cette année a commencé le lundi 7 septembre de l'an 845 de notre cre.

L’UMVERS.

nommée Karalhis,el le second d'une esclave turke, appelée Ser(^ah.

L'an 232 de l'hégire (1), le nouveau klialyfe donna le gouvernement de l’Égypte é Aiibahi mais, peu de mois après, il le révoqua et le remplaça , au commencement de l’an 233 de l'Iiégire (2) , par son propre lils él-Montasser ben^l-Alotouakkel.

Deux ansaprès , l’an 235 de l’hégire (3) , le khalyfe désigna ce même fils pour son successeur au trône, substituant après lui son second lils, éé-A/oéaa-ô-i/lah, et après celui-ci, êl-Àfouyed-b-iUah, son troisième lils. Partageant même d’avance son empire en apanages, il donna a êl-Montas$er l’Afrique et tout l’Occident, depuis él-Anjch, irontiérede l’Égypte, jusqu’à l’extrémité la plus occidentale de ses États. Il y ajouta Kenneseryn , la Syrie , la Mésopotamie , le Diarliekir, Moussoul, les contrées arrosées par le Tigre, la Mekke , Mcdine, l’Yemen, lladramout, él-hahrcyn , le Sind, Samarrah, Koufah, et toutes leurs dépendances.

Él-Motaz reçut en partage le Khorassân, le Tabaristân, la Perse, l’Arménie et l’Aderbidjàn ; et lU-Moijed , Damas, llémesse, le bassin du Jourdain et la Palestine.

Ces mesures, par lesquelles le khalyfe espérait satisfaire l’ambition de ses lils, ne purent atteindre le but (|u’il s'était propose. Malgré les concessions immenses qu'il avait obtenues, impatient de régner sur l’empire entier de l'islamismé, él-Atontasser conspirait en secret contre son père, et méditait de lui enlever le trône avec la vie.

Il ne resta en Égypte que jusqu’à l’an 241 de l'hégire (4) ; s’y trouvant trop éloigné du centre des intrigues qu'il vouliiit nouer, il laissa, à Fostatt, pour administrer son gouvernement en son nom Yevjd ben-Abd-aUah, et revint à la cour de son père y encourager les mécontents par sa présence et se concerter avec eux. '

(I) Celle année a rninineiicé le samedi SS août de l'an ste de notre ère.

fJ) Celte année a commencé le mercredi 17 août de l'an 847 de notre ère.

(3) Celle année a commencé le vendredi 28 juillet de. Pan 849 de noie ère.

(4) t'.ette année a commenré le mercredi 22 mai de Pan SW de noire ère.

Bientôt ses complots commencèrent àéclater ; l’on 244 de riiégire(l), excitées surtout par ses agents , les milices turkes se révoltèrent à Damas , sous le

firétextede leur solde arriérée; le khayfc les lit payer, quitta Damas, où il avait voulu, eu l'an 243 de l’hégire (2), établir sa résidence, et se retira à ^marrah.

Enfin , l’an 247 de l’hégire (3) , él-Motouakkel, voyant son lils él-Moniasier ne plus cacher ses complots contre lui, lui en Ut en public de vives réprimandes; quelques jours après , le mercredi 4 du mois de Chaouàl , le khalyfe fht massacré, au milieu de la nuit, dans son propre palais, par Boghà-él-Sogheyr, capitaine des gardes turkes ; et le parricide Montasser fut proclamé aussitôt à sa place.

Él-Motouakkd était alors âgé de quarante et un ans, et il avait régné pendant quatorze ans , dix mois et trois jours (4).

L’événement leplus important de l'histoire d’Égypte, sous ce khalyfe, est l'écroulement du nilomètre de Fostatt.

Il paraît que ce désastre fut l’effet d’un treinbleinent de terre, dont les ravages s’étendirent au loin, tant dans l’Occident que dans l’Orient, etqui se lit seutir, avec violence, dans toute la Syrie, jusque dans llémesse. Tarse et Laodicée. Le klialyfe, instruit de cet éveuement, donna l'ordre de reconstruire cet édiliceà neuf; ses ordres furent exécutés, la même année, et le nilomètre de l’île de Uaoudah (.5) fut alors appelé Meqyds H-Gedyd ( le nçuveau nilomètre).

Les autres événements que vit l’Égypte sous le règne d'él-Motouakkel, stî rattachent à l’histoire ecclésiastique ;

(Il Celle année a commencé le mardi |9 avril de l’an km de luiire ère.

(2) Celte année a commencé le vendredi an avrii de Pan 817 de noire ère.

(3) CclU: année a cominencé le mercredi 17 mars de Pan 881 de notre ere.

(4) Monnaie i\'ét-!\lotQUakkel-ala-.4UaU, do Pan 24a de l’hégire , 869 de noire ère.

(5) Voyez la planche u" 16,

ÉGYl’TK MODKRiNK.

les chroniques cophtes rapportent à l’an 242 de l'hégire (t) la mort du patriarche Yousab, nommé aussi Joseph de Memphis.

Après une vacance de trente jours , le quatorzième Jour du mois de Hatuur, la chaire patriarcale fut remplie par un prêtre du couvent de .Jbou-y oliannd nommé Kluztjl, natif de Semenhoud.

Ce patriarcnen’occupa son siégé qu’un an et cinq mois, et mourut le II du mois deBarmoudeh de l'an 574 de l’ère des Martyrs , correspondant à l’an 244 de l'hé^ire. Il est le seul des patriarches qui ait été enterré au couvent de Saint-Macaire. Après sa mort, la eliaire patriarcale resta encore vacante pendant quatre-vingt-un Jours.

Kosmas, moine du couvent de Saint- Macaire, fut élu patriarche d’Alexandrie par les Jacobites, le 14 dn mois d’.Vbib, de cette môme année : pendant qu'il occupait le patriarcat, les villes de Tennis , de Damiette, d'Alexandrie, de Bourlos , d’Achmonm, de Tynéh , de hosetle, et de îNesterouah , dans le Delta, furent considérablement reparées, et leurs murs d'enceinte furent rétablis.

Kosmas, après avoir siégé pendant sept ans et cinq mois, mourut le 21 du mois de llatour de l’an 582 de l'ere des .Martyrs f2) : il entretenait une correspondance de lettres synodicpies avec le patriarche Yohannâ (Jean) , qui était à la tête de l’Église d’Antioche. A sa mort, le siège d’Alexandrie fut vacant pendant cinquante et un jours.

Monté sur le trône par un parricide, H-Motdasser ne se montra pas meilleur frère qu’il n’avait été bon lils.

Dès le commencement de l’aii 218 de l'hégire (3), il se hôta de dépouiller ses deux frères, el-Molaz-b-illah et éf- Mouyed-b-iliah, des apanages que leur avait assignés son père él-Motoiuihket; et il les mrça en même temps de signer, devant témoins, une renonciation au droit de succe.ssiun après lui qu’ils avaient rei^u soleiineilcineiit de leur pere.

(I) Cette année acommena- le dimanche lo mai de l'an du nnlru ère ; elle correspond a l’an 57'a de l’ère des cophtes.

(a) Cette année correspond a l'an 3h2 de Phé gire et h l’an sec de noire ère.

(3) Cette année a commencé le samedi 7 mars de l'an M2 de notre «re.

Celte dernière mesure lui fut inspirée par le Turk OuastjJ et les autres complices du parricide, qui craignirent une juste punition de leur crime, si les deux frères d'^t-.Vontasser parvenaient un jour au trône.

Opendant, en proie à ses remords déchirants et à des terreurs continuelles, ue l’ivresse même no pouvait calmer, ès les premiers jours de cette même année, Montasser tomba dangereusement mai.adc; et le vingt-cinquième jour du mois de Babv-êl-.\ouel il mourut au milieu des souffrances les plus. cruelles.

S’il faut en croire les écrivains orientaux, la lin de sa vie aurait été liôtée par unévénementextraordinaire.et qui semble moins un effet du hasard qu’un acte merveilleux de la justice divine.

Voici comment l’historien t’I-Makijn raconte cette anecdote dramatique :

n Déjà grièvement malade, bourrelé « de remords, (1- Montasser, cherchant « à se distraire de ses souffrances phy- •I siques et morales, se faisiiit montrer I) toutes les richesses et toutes les raretés « renfermées dans le trésor particulier « de son palais : parmi les curiosités » qu’on exposa à ses yeux , étaient de ri- ■ elles tapisseries a pe’rsounage.s, brodées " en soie de la (ihine et rehaussées d’or, « qui avaient été envoyées en tribut par « la l’erse; l’une d’elles, étant déplovée n devant lui, lui offrit la représentation « d'un jeune liomme à cheval, portant » une couronne royale et entourée d'uu « grand cercle, contenant une légende.

« en caractères persans. Montasser vou- « lut en savoir la signilication ; mai.sXin- « terprète persan , nui fut appelé , chan- « gea de couleur en lisant ces caractères « et répondit d’aiiord qu’ils ne conte- « liaient rien que de futile et d’indigne « de la curiosité du khalyfe.

« Montasser, iiisistaiil avec colère, « força , par ses menaces, rinterprètea « lui donner la lecture de cette légende , « et voici ce qui y était écrit : Je suis » Syi'oés,Jils de Khosroés : fai ôté ta « fie a mon père, mais Je n'ai pas joui « six mois entiers dn fruit de mon « crime.

« A cette fatale leetnre, Montasser •t pâlit , des convulsions violentes le sai- « sirent; la maladie dont il était déjà < attaqué devint dès ce moment mor-

1 bv

L’UNIVLIRS.

« telle; et les écrivains orientaux remar- « quent que son rè^ne ne fut aue de six « mois, moins quelques jours, durée pré- « cisément égale à celle qui, deux siècles « auparavant, avait limité le règne du « parricide Syroès, devenu roi de Perse,

« comme lui,Klialyfe, par le plus exécra- « ble des attentats. »

Dèsq^uej)/o/itosserfut mort, les Turks Ouasyfet les deux frères Doyhâ-tl-Kebijr et Boghà-él-Sogheyr se rtiunirent avec les vizirs et les personnages les plus iulluents de la cour, pour décider à qui le klialyfat serait déféré en cette circonstance : ils déclarèrent qu'ils ne voulaient pour khalyfe aucun des Gis A’êU Molouakkel, dont ils redoutaient les vengeances, et se décidèrent à offrir le klialyfat au neveu de ce prince,y-f/j»ierf- Âbou-h-Abbas , Dis de Mohammed et petit-GIs du khalyfe él-Motassem ; celuici , en recevant d'eux le souverain pouvoir, leur garantit , en échange , l'impunité de leur meurtre et la conservation de leurs places.

I..e nouveau khalyfe prit le nom d'él- Mo.stayn-b-Ulah (celui qui réclame le secours de Dieu): à peine son inauguration fut-elle connue, qu'un autre parti, peut-être excité à dessein, voulut proclamer le nom A'êl-Motaz. Ces faibles adversaires furent facilement dissipés; et leur entreprise servit de prétexte pour jeter dans une prison les deux princes. Gis du khalyfe él-Molouakkel.

C'est à cette époque que commence à paraître sur la scène politique Ahmedébn-Touloun, dont nous avons vu plus haut l'origine ; il n'avait pas encore atteint sa dix-neuvième annee, lorsque sonpère Toulouti mourut, l’an 239 de l’hé- « gire (t).

Le khalyfe qui régnait alors était él- Motouakkel , qui , pendant les huit premières années de son régné, ayant apprécié la fidélité de Touloun, jugea le jeune Ahmed digne de remplacer son père dans la charge importante qu'il lui avait conûée.

Ahmed avait reçu une éducation soignée et instructive; il était doué d’un esprit sain et d'un heureux naturel , bien éloigné de laférocité ctde la barbarie des peuples dont il était originaire.

(O Celle .-innée a commencé le lundi 13 Juin de l'an Sji üe notre ère.

A une âme courageuse et élevée il unissait la politesse, la générosité , l’amour de Injustice et de la religion : il s’était livré surtout à l’étude dés traditions musulmanes , dont la connaissance a tant de prix aux yeux des sectateurs de l'islamisme; aussi, s'était-il acquis la meilleure réputation de probité , de piété et d’instruction ; et il obtint surtout la plus grande conGance parmi les princi-

fiaux ofGciers turks de la garde des khayfes. Cette garde était déjà devenue pour ces princes comme une garde prétorienne, disposant à son gré des affaires et des places, et ne devait pas tarder à décider du sort et de la vie de ses maîtres.

L'un des plus considérables d’entre eux , nommé Barkouk , donna sa Glle en mariage à Ahmed, qui en eut un Gis , nommé Abbas , à la naissance duquel il prit le surnom d’Abou-t- Abbas.

Placé , par la nature même de la charge dont il était revêtu, au milieu des intrigues les plus actives dont la cour était le foyer. Ahmed ne se sentait nullement porté à y prendre part. L'ambition ne s’était pas encore éveillée en lui , ou du moins il dédaignait de la satisfaire par les petits moyens d’astuce et de lâches fourberies dont il voyait les courtisans se faire uneétude. Son étude, à lui, continuait d'être l'instruction snlide,à laquelle il avait jusqu’alors consacré tous les instants de sa vie.

Malgré l'assujettissement auquel le condamnait l’exercice de ses fonctions dans le palais , son désir de cultiver de plus en plus son esprit l'engagea à se permettre de fréquentes absences ; et il se rendait souvent à Tarse , en Cilicie , où les plus grands docteurs avaient alors ouvert leurs écoles. Son goût pour leurs leçons augmenta tellement, qu’il désira bientôt de se Uxer tout à tait auprès d'eux. En conséquence, il sollicita d'Obeyd-AUah, Gis de Yahyâ, premier ministre du khalyfe, la permission de quitter la couri pour aller à Tarse se livrer entièrement à ses études. Cette permission lui fut accordée avec la faveur d’y conserver le titre de sa charge et d’en toucher les émoluments. Mais , après un court séjour en Cilicie, sa mère ne tarda pas à le rappeler auprès d'elle.

Son absence l’avait rendu étranger aux événements qui accompagnèrent le

ÉGYPTE MODERNE

meurtre du kliulyfe êl-Motouakkel et le eourt règne du parricide (l-.'.lontasserb-illah i et il ne revint à Samarrah , alors siège du khalyfat, que la première année du règne A'êl-lUostayn-b-iUah.

.4hmed êbn-Touioun , alors 3gé de vingt-neuf ans, avait trouve en route l'occasion de signaler sa valeur : il avait défendu contre les attaques des Arabes- Bédouins la caravane dont il faisait partie, et leur avait arraché des objets précieux, appartenant au khalyfe, dont ils s’étalent emparés.

Ces événements , connus du khalyfe êl-Mosl.aynrb-iUah, valurent à Ahmed êbn-Touloun une gratification de 1000 dynars (1) et la faveur particulière du prince : le khalvfe le combla de richesses, et lui Qt don diine de ses esclaves favorites , appelée Myasséh , dont Ahmed eut son second Uls, nommé Khomarouyah, l'an gàO de l’hégire (2). Cette date de la naissance du fils, qui fut depuis le premier successeur d'Ahmed dans la souveraineté de l’Égypte, est regardée comme la pkis exacte, quoique quelques historiens aient reculé cette epoque jusqu’à l'an 255 de l'hégire (3).

. Cependant, de nouveaux troubles inenaçaieut l’empire de l'islamisme. Un parti puissant se préparait à renverser él-Mostayn du trône, par une de ces révolutions dont l’histoire de ces temps, si féconds en discordes intestines et en désastres, présente plus d'un exemple.

Les esclaves turks, qui, depuis le khalyfe él-}fotassem , composaient les milices d’élite et la garde particulière des souverains musulmans, avaient tellement augmenté leur influence et leur pouvoir, que , montés par degrés jusqu’aux premières charges de l’État, ils s’étaient emparés peu à peu de toutes les branches du gouvernement et avaient fini par .s’en rendre exclusivement les maitres.

Avant le meurtre A'él-Motouahkel, dixième khalyfe de ladvnastiedes Abbassides, ils s’étaient d’aSord contentés de créer ou de déposséder les vizirs des klialyfes et même d’assassiner impunément ceux dont ils étaient mécontents ; mais

U) Environ I5,ooo francs de noire monnaie.

(’i; Celte année u commencé le dimanche 13 février de l’an do notre ère.

(3] Cette année a commencé te lundi M dé’ cemore de i’aii H(;h de notre ère.

bientôt ils en étaient venus à détrôner et massacrer les khalyfes eux-mêmes, et à en inaugurer de nouveaux, que souvent, ensuite, ils renversaient à leur tour, peu de temps après leur élévation.

C’est ainsi que , pendant l’espace de quatre-vingt-dix années, ils disposèrent du khalyfat , donnant et ôtant cette dinité suprême, suivant ce qui semblait on <à leurs caprices.

Él-Moslayn-b-illah, porté au trône par une faction des principaux officiers de la garde du palais, avait excité le mécontentement d’une autre partie de cette milice turbulente, devenue si dangereuse pour les khalyfes, et entre les malus de laquelle reposait réellement l’autorité souveraine.

lU-Mostayn-b-Ulah fut déposé , l’an 252 de Thégire ( I ) , après un règne de trois ans et huit mois, et les Turks mirent sur le trône , à sa place, son cousin êl-Motaz-b-iUah (celui qui cherche sa force en Dieu ).

Ce prince, fils d’él-Motouakkel et frère à’êl-Montasser, avait été écarté du trône , malgré ses droits d’hérédité , par les complices du khalvfe parricide : il n’était alors âgé que ae dix-huit ans et quelques mois, et gémissait , avec son frère él-Mouyed-b-iUah, dans une prison de Samarrah, où leur cousin êl-Mostayn les retenait encore dans les fers. Le parti des Turks , qui dominait alors, avait été étranger au meurtre’ A'él-Motouakkel ; ils brisèrent les chaînes A'él-Motaz ; et le faisant passer de son cachot au trône, l’inaugurèrent comme khalyfe, le vendredi, quatrième jour du mois de Moharrem de cette année (2).

Aussitôt le khalyfe déposé fut saisi :

on lui fit signer son abdication , et on le transféra , sous bonne garde , dans un château fort , d’où on le fit conduire à Ouaset par Ahmed ibn-Touloun.

Le malheureux él-Mostayn-b-illah fut massacré, dans ce voyage , par le chambellan Sayd. chargé des ordres secrets du nouveau khalyfe ; et plusieurs écrivains n’ont pas craint d’accuser Ahmed d’avoir exécuté lui-même ce meurtre , ou du nioius d’y avoir assisté, et de s’être chargé d’apporter aux pieds du kha-

(1) Cette année a commencé le mardi 22 Jau- Vier de l*an 8^ de noire ère.

(2) janvier df l’an 8üfi de notre ùre.

LUMVKRS.

lyfe él-Mota:^ la tête de son infortune cousin.

Mais les détails suivants, dont l’exactitude est mieux constatée, consignes par des historiens plus dignes de foi et plus à portée de connaître la vérité, rouvent que Ahtned dOn-Tottloun fut ien loin de se rendre coppable d’une aussi monstrueuse ingratitude envers son prince et son bienfaiteur.

Il est bien vrai qu’après avoir déposé le khalyfe ét-ifostoYn-b-i/tah , les Turks lui arrachèrent la signature de son abdication, prétendue volontaire, et ordonnèrent son départ pour Ouaset; mais, ne voulant charger de sa conduite et de sa garde qu’un homme qui pût avoir à la fois leur confiance et celle du malheureux prince, Jhmeit (’bn-Toulotin seul leur parut réunir ces deux avantages.

On remit donc él-Mostayn-b-illah entre les mains A' Ahmed, qui le mena à Ouaset , suivant les ordres qui lui étaient intimés, mais fjiii se conduisit envers le khalyfe détrôné avec le respect et les égards les plus grands.

Cependant les Turks qui étaient devenus les favoris à'fl-yiolaz-b-illah , craignant encore 61- hfostayn , malgré le succès de leur complot , rendirent .suspecte au nouveau khalyfe cette conduite A' Ahmed l'bn-Touloun, qu’ils présentèrent comme la preuve d un attachement secret pour son ancien souverain.

Bientôt ils persuadèrent él-MoIaz que son règne ne pourrait être assuré que par la mort de son prédécesseur.

Kabyhah, mèreA'él-.yfotaz-b-illah, écrivit donc à Ahmed ébn-Touloitn, pour l’engager à tuer Al-Moslaijn, livré à sa garde, lui offrant pour récompense le gouvernement de la province de Ouaset.

Ahmed ébn-Touloun ayant rejeté cette proposition avec indignation, les Turks envoyèrent alors Saydi chambellan du nouveau khalyfe, portant à Ahmed fbn- Toidoun l’orure écrit de remettre son prisonnier entre ses mains et de revenir lui-même à Samarrah ; Ahmed fut contraint d’obéir; mais il ne voulut faire cette remise qu’en présence du qadv assisté de témoins : aussitôt Sayd entraîna dans le désert la victime qui lui

était désignée par ses ordres secrets , et lui coupa la tête sous une tente.

Ahmed âbn-Tuuloun , y étant entré après le départ de Sayd, vit à terre le tronc sanglant du malheureux él SJostayn, dont la tête avait été emportée par Sayd, qui courut déposer aux pieds d'éf- Motaz son horrible trophée.

Ahmed ébn-Touloun Ct laver ces restes mutilés, les enveloppa d’un linceul, et ne retourna à Samarrah qu’après avoir prononcé , sur leur sépulture , les prières solennelles usitées pour les cérémonies funèbres.

On l’entendit depuis répéter souvent , quand il fut parvenu au faîte de la puissance, ces paroles, conservées par un historien contemporain : « Les Turks n m’avaient offert le gouvernement de « Ouaset pour le meurtre A'ât-Moslayn; ■t j’ai refu.sé , n’écoutant que le souveo nir de niés serments et la crainte de « Dieu; et Dieu m’a récompensé par son « éclatante faveur ct par la possession « de l'Égypte et delà Syrie. »

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