‹ L'UniversChapitre 11 sur 121 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suite clé la dynastie des Abba.s.sides. — Les kiialjfes ei-Molaz-l>-illali , el-Mohlady-b-itl.ih, <'l-Mol.imed-ala-\llali. — tl-Mouaffeg Crere du khalvfe >I07..ihem Alimc-d-ben- Muzalien cl Bakb.ik , couverneure de l’Egypte-, Ahmed ebn-Toutoun, vice-gouverneur. — ' Ebn-t'J-Müdalit)er,;elniinislraleurdes Unan- CP5. — Arrivée d’AliiiieU a ^■|«lalt. — Sra premiers actes. — Kondaiiem de la nouvelle ville d’èl-Qatavab. — liilrigues conlre. Ahmed. — 'l'résora découverts. —Guerre des /.luges.— InimlUe d’èl-Monaffeq. — Déclaralion de guerre conlre l'Egypte. — Padlieation.

Éloianée du grand iliéôtre de ces catastrophes politiques, l’Égypte , à cette époque, suivait sans hésitation l’impulsion que les événements donnaient aux provinces de l’empire. Le seul événement qui ait quelque importance pour ce pays, rapporté par les chroniiiues cophtes de cette époque, c’est l’élévation au siège d’Alexandrie du patriarche Sanulious, moine du couvent de Saint-Macairc, le treizième jour du mois de Toubéh de l’an 575 de Père des Martyrs, correspondant à l’an 245 de l’hégire. (I).

Ce patriarche, connu aussi sous le nom

(I) Celle année a commence le samedi 9 avril de l'an Sâa de notre ere.

C lOtyqlc^

KGYPTE MODERNE.

de.V^norftos (1), mourut, après avoir occupé le sié^e patriarcal pendant onze ans et trois mois. Son patriarcat est remarquable, en ce que c’est à lui que les chrétiens d’ fcg)'pte attribuent la construction des aqueducs souterrainsqui portent au.x citernes de la ville les eau.\ douces du canal d'Alexandrie.

Le vice-gouverneur que fl-Montasscr avait laissé en Égypte, Yezyd ben- Abdallah, était devenu gouverneur lui-inénic, lorsque ce prince prit possession du khalyfat; il s'etait maintenu dans son gouvernement pendant tout le règne, du iaWAeél-Mostatjn-b-iUah ; maisè/-.l/o/aab-itlah, à .son avènement, l’avait destitué Pt avait clvnisi, pour le remplacer, Mazahem tjen-Ahaqdn, l’un des principaux Turks.auxquels il devait son élévation au trône.

Mozahem ben-Khaqân mourut l’an 2.'')4 de l'hégire (2), et fut d’abord remplacé par son lils . Ihmed ben-Mozahem ; mais, dans cette meme année, celui-ci fut rappelé, et Halibak, l’un des chefs des milices turkes, fut nommé gouverneur de l'Égypte par le khalyfe dl-Molaz-b-illah, ou plutôt par cette garde turke elle-même qui régnait sous le nom du khalyfe.

A cette époque d’intrigues et de conspirations permanentes, il était rare que les personnages influents, nommés au gouvernement des provinces, sedétermina.ssent à quitter la cour du khalyfe |K)ur aller résider dans leurs gouvernénients ; mais ils les faisaient administrer, en leurs noms, par des agents alTidés et des lieutenants. L’administration de l’Égypte était ainsi partagée entre divers vicegouverneurs et administrateurs, les uns commandant à Fostatt,d'autresa Alexandrie, d'autres encore dans la haute Egypte : le pouvoir n’v était pas meme concentré dans les mômes mains; dans chacun de ces arrondissements, l’armée .avait un chef particulier, tandis qu'un autre fonctionnaire était chargé de l’adniinistration civile et du prélèvement des impôts.

I.a réputation générale et méritée dont jouissait. //iwprféôn-ï'owtowi, détermina

(I) O nom est écrit Chrnmida par li-s ccrlvaiii.s cophle.v.

ta) OUe aiiiiêe arommencé le jeudi I" jan- V ief de l'an H6S de mitre ère.

Bakbak à le choisir pour son lieutenant militaire à Fostatt, et l’administration financière fut confiée à Ahmed ébn-el- Modabber (I), nommé inspecteur des tributs.

Celui-ci, homme avide et dur, créa de * nouveaux impôts , et tourmenta surtout les chrétiens par des exactions intolérables.

Jusqu'alors, outre l'impôt personnel, payé par les chrétiens seuls, les habitants de l’Égypte n’avaient été soumis qu'à un seul subside, nommé Kltaradjy ; ce subside, établi sur le revenu qui était tiré des terres cultivées et ensemencées , produisant des grains, des légumes ou des dattes, était p.ayé annuellement. c//im’d ébn-dl- Modabber établit une nouvelle contribution, nommée //c/«/ÿ , et qui devait être acquittée chaque mois.

D’autres impôts iniques et vexatoires furent également crées et multiplies par l'inspecteur des tributs de l’Égypte, que les historiens chrétienset musulmans s’accordent à représenter comme le plus rusé des hommes et comme doué dmne malice infernale.

Il mit en monopole la vente du natroun, qui avait été jusqu’alors une marchandise libre; il établit un impôt nommé êl-Miray sur les pâturages v.agues, où l'on fait paitre les bestiaux; un autre impôt, nommé éi-Masayd, sur les poissons qu’on pêche dans le fleuve. « Au- '

« paravant, disaient les Égyptiens, la " pêche était libre, et les pêcheurs ne te- « naient leur droit que de Dieu. »

La conduite de. l’auteur de ces exactions lui avait attiré la haine universelle; des murmures on était passé quelquefois à des résistances hostiles. Pour se défendre des attaques qu’il pouvait avoir à craindre de la population indignée, il avait réuni cent esclaves indiens, remarquables par leur vigueur et leur courage, dont il se faisait partout accompagner.

Lorsque Ahmed éhii-Touhun lit son entréeà Fostatt poury prendre possession de son commandement, Ahined-ébn-él- Modabber vint à sa rencontre entouré de son escorte ordinaire; et, sentant le besoin de se concilier l’amitié du nouveau commandant militaire , il lui offrit un pré-

(1) Quelques écrivains le nomment Ahmfd- Ehn-Mahammfd, prétcndiint qu’il cUiitpeÜI-tUs U'èl-.Mo<labber cl non son lit*.

sent de 10,000 dynars (I). ^Uxsjthmed êbn-Touloun refusa l’or, et demanda, en éclianse', les cent esclaves qui suivaient Jhmed-ûbn-él-ilùdubber. Celui-ci, quoique soupçonnant le but de cette demande • imprévue, n’osa cependant s’y refuser ; et,' des ce moment, tout le pouvoir passa des mains de l’administrateur général des Unances dans celles A' Ahmed ébn-Touloun, avec la troupe d'esclaves armés qui en était l’appui.

Bientôt Ahmed ëbn-Touloun devint assez puissant en Égypte pour y égaler en autorité le gouverneur, dont il n'etait que le lieutenant, et soumettre par la force de ses armes, soit les ennemis qui voulaient s’opposer à l’agrandissement de sa puissance, soit d’autres vice-gouverneurs, qui prétendaient conserver, dans les divers arrondissements de l’Égypte, leur indé|)endance envers lui.

Ahmed ben-Thabathaba , de la race du klialyfe Aly, fut le premier contre lequel il prit les armes. Un autre ennemi plus redoutable fut lloghà-d-Asghar, frère puîné de Iioghà-él-Sogheyr,meuTtrierdu kbalyfeéé.l/o/oMaAAef; avant vu son frère mis à mort par l’ordre du khalyfe él-Motaz, vengeur de son père, il s’était retiré entre Barkah et Alexandrie et s’y était établi avecses partisans ; il s’était ensuite avancé dans le Sayd ; mais il y fut attaqué par Tenym que Ahmed êbn- Tütuoun avait envoyé à sa poursuite.

Abandonné de ses troupes dans le com- ; bat, il tomba percé de coups; et sa tête, |K)rtée à l-'ostatt, fut exposeesur la principale |K>rte de la ville.

Presque aussitôt après. Ahmed êbn- Touloun eut à combattre un autre ennemi , Ibrahum ben il-Souffy : maître d’Esnéh , il s était emparé de tout l'arrondissement, et y massacrait tous ceux qui osaient lui résister : il avait dtija, dans une rencontre, battu les,trou[)es que Ahmed êôn-7’o(//oun avait expédiées contre lui; mais, défait à son tour auprès iVAkhmym, par une nouvelle armée «[u’Alimed s’était hâté d’envoyer, il avait été forcé de cbercberun asile dans la grande Oasis, avec les restes de ses troupes échappées au combat.

Sur ces entrefaites. Ahmed reçut des dépécbesimporlantcsdeSamarrab, alors

(I) Environ I50.UOO francs de notre muiimiie.

capitale de l’islamisme. Bakbak, dont il était le lieutenant, avait fait confirmer en sa faveur par le klialyfe le titre de vicegouverneur : en même temps ce prince lui adressait l’ordre de se préparer à attaquer Jè-sa ben-êl-Ckeykh, qui s’était révolté en Syrie contre l'autorité souveraine , profitant, pour se rendre redoutable , aes troubles et des séditions qui agitaient la capitale de l’empire.

En effet, lesinilicesturkes, conspirant avec le chambellan Saléh, fils du tiirk Oua.iyf, l’un des complices du meurtre du klialyfe êl-Motouakkel, avaient forcé él-Motaz , âgé alors de vingt-quatre ans seulement, d’abdiquer le klialyfat, après un règne de quatre ans et six mois, 1e 26 du mois de Kegeb de l’an 356 de l’bégire.

Abreuvé des plus cruels outrages, ce malheureux prince avait été renfermé dans un cachot, sans aucune espèce de nourriture ; et, six jours après , le 2 du moisdeCbaabân,il y était mort de faim.

Un cousin d'él-Motaz, êl-Mohl-adyb-illah, fils du klialyfe Ouatheq, et alors âgé de trente-sept ans, élevé au trône par les Turks, n'y était pas resté un an entier , et avait bientôt éprouvé le même sort que son infortuné prédécesseur.

Il avait été massacré à Sainarrah , l’an 256 de l’hégire (I), et les Turks avaient donné le klialyfat à êl-Motamed-ala- Allah, âgé alors de vingt-cinq ans. Ce khalyfe fut le troisième des fils de él- Motouakkel, parvenus au trône ; mais il sut s’y maintenir plus longtemps que ses frères et ses cousins qui l'y avaient précédés.

C'est dans ces circonstances que Yssa ben-êl-Cheykh avait refusé au nouveau khalyfe le serment de fidélité et l’insertion de son nom dans les prières publiques ; il avait rejeté avec dédain et obstination l’offre qui lui avait été faite par él-Motamed-ala- Allah du gouvernement de l’Arménie , s’il voulait Te reconnaître et quitter la Syrie; marchandant sa soumission , il déclarait vouloir joindre le gouvernement de l’Arménie à celui de la Syrie, et annonçait en même temps des prétentions sur celui de l’Égypte.

Il s’était déjà emparé d’une somme de

(l) Otteannun n commencé le samedi 10 décembre de l'an du notre cre.

ÉGYPTE MODERNE

750,000 dynars(l), provenant des tributs de rf^jpte, que Ahmed êbn-i’l-Modabber avait adressés au trésor du klialvfe à Samarrah : les ordres dVA.Wdto»ief^a/a- Allah enjoignaient à Ahmed (bn-Toulovn de prendre les armes , et à Ahmed ébn-él- Modabber, de lui fournir tout l’argent nécessaire pour que rien n’arrêtât Te succès de cette guerre.

Akmed êbn-Toutoun n’avait pas besoin d'être excité contre Ewa ben-él- Cheÿkh; les prétentions annoncées par ceiatKi, sur le gouvernement de l’Egypte, en avaient fait pour lui un ennemi particulier et un rival personnel , à la perte duquel il devait s’acharner.

Aussi, Ahmed ébn-TouIoume hàta-t* il de mettre son armée en état; pour la renforcer, il acheta un grand nombre d’esclaves noirs, abyssins et grecs; puis, il partit lui-même de Fostatt, à la tête de ses troupes nombreuses, laissant, en son absence, le commandement de l'Égypte à son frère Moussa ébn-Touloun.

A son arrivée sur les frontières de la Syrie, Ahmed ébn-Touloun envoya d’abord à Yssa benrél-Cheykh une sommation de reconnaître l'autorité du khalyfe él- Èiotamed-ala- Allah , et de restituer l’argent du tribut de l’Égypte dont il s'était en^ré par violeneê. Yssa ben-él- Chegkh refusa d’obéir à cette double injonction, et Ahmed ébn-Touloun continua a s’avaneer vers le cœur de la Syrie.

Mais, près de joindre son adversaire, il apprit que le klialyre venait de destituer Yua ben-él- Cheykh, et de nommer, en sa place, augouvemementde la Syrie, Anutgour, l’on des principaux chefs des milices turkes. Dès lors. Ahmed ébn- T'ou/oun. jugeant la querelle suffisamment étanlie entre les deux antagonistes, et croyant inutile d'intervenir dans la lutte qu’ils allaient se livrer, se détermina a rentrer en Égypte avec ses troupes, après une campagne de deux mois.

En effet, après plusieurs succès divers, Amagour battit Tes troupes d’EMO benêl-Cheyk]^ , et le contraignit d’évacuer la Syrie; mqjscelui-éi se relira en Arménie avec ses partisans ; et, s’étant emparé du gouvernement de cette province , s'y maintint pendant treize ans, c’est-à-dire jus(]u’à sa mort.

(I) Environ 1 1 ,noo,ooo de notre monnnio-

De retouren Égypte, Ahmed ébn-Toutoun ne s'occupa que de s’y fortifier, et de s’y établir sur un pied de défensive assez redoutable, pour n’avoir à craindreaucune attaque ni à l’intérieur ni au dehors.

Il habitait alors le palais qui avait été le séjour de ceux qui l'avaient précédé dans son commandement. Ce palais n’était pas situé dans l’intérieur des murailles de Fostatt, mais dans un quartier ou faubourg appelé él-Asker , c’est-àdire t Armée , nom que ce quartier avait reçu parce qu’il était particulièrement habité par les troupes et par leurs officiers; semblable à une petite ville, il renfermait des rues , des marchés et de belles maisons : situé au nord de Fostatt, il était borné au nord-est par le mont Yechkar, où depuis Ahmed ébn- Touloun éleva la mosquée qui porte sou nom, etqu’onyvoitencore(l). Il finissait, à l’occident, au pont appelé depuis Qanlarat-él-Sebâ {\e pont des Lions), sur le canal qui traverse maintenant la ville du Kaire, non encore constmite à cette époque : ensuite il s’étendait au midi jusqu’à la ville de Fostatr elle-même.

Ce palais avait été construit, environ cent ans auparavant, par Salèh ben-Aly, que nous avons vu gouverneur de l'Egypte,.sous le premier des khalyfes abbassides; il avait sufil à l’habitation des commandants militaires et des gouverneurs qui avaient précédé Ahmed ébnrTouloun; mais son enceinte ne put longtemps contenir les magasins que nécessitaient les immenses préparatifs de guerre, le nombre toujours croissan tde ses chevaux et de ses esclaves , et les richesses uonsidérablesqu’ilavaita massées .

Ahmed ébn-Touloun chercha donc un nouvel emplacement , qui pfit réunir l’avantage de la position avec la proximité de Fostatt et de son faubourg A’ él-Asker. Il choisit, en conséquence, cette plaine élevée, qui forme le plateau des hauteurs abruptes appelées le mont Yechkar, et qui s’étencf à l’orient de Fostatt et du quartier A'él-Asker jusqu’au pied du mont Mokatlam. Celte place était remplie de tombeaux de chrétiens et de juifs; Ahmedébn^Tottloun lesiitdémolir, ety fit construire une citadelle et un manège :

(I) VoYP» la planche n® S.

L’UMVERS.

il distribua alors, à titre de fiefs, les portions du terrain environnant, aux ehofs de son année et à ses prineipaux partisans, en leur ordonnant d’y bâtir des maisons et de venir les habiter.

Bientôt tout fut couvert de constructions, qui en firent une nouvelle ville, ayant mille pas de longueur et autant de largeur; son fondateur lui donna le nom ii'él-Qatayah, ce mot signifiant en arabe ; « des fonds de terre, concédés « par les propriétaires et les suzerains à « leurs vassaux ou partisans, sous certai- « nés conditions et redevances, » comme les fiefs, créés par nos anciens gouvernements d’Europe, dans le moyen âge.

Cette nouvelle ville était bornée au nord-est par le roc élevé sur lequel, dans la suite, Sa/ali-éd-dyri ébn-Atjoub (Saladin) fit construire une nouvelle citadelle, celle qui existe encore de nos jours : elle s'étendait, du côté opposé, jusqu’à l’ancien quartier appelé él-Aslier; ainsi, à l’orient elle était bornée par les mamelons du mont Mokattam; elle touchait vers le midi à Fustatt, dont la réunion, ainsi que celle du quartier é/- Asker vers l’occident, n’en faisait, pour ainsi dire, qu’une seule ville : mais on oublia peu à peu le nom A'Asker, et l’on ne conserva que ceux de Fostatl et de Qatayah.

Cette dernière cité parvint bientôt à la plus grande splendeur : des Jardins agréables, de riches palais, des mosquées magnili(]ues, des bains , un grand nombre de maisons particulières embellissaient ses rues; on y voyait aussi des marchés et des ateliers de tous les métiers.

Le palais qu'Jhmed (’bii-Touloiin s’y fit construire, surpa.ssait tous les autres édifices par son étendue et la magnificence de sa construction; on y entrait par plusieurs portes, et l’une d’elles était surmontée d’un belvéder élevé, d'où la vue s’étendait sur la perspective la plus agréable, sur Foslalt et ses environs, sur le cours du iSil, sur la verdoyante îlede Haotulah, et sur l’autre rive du lleuve, jusqu'aux niajestueu.ses pyramides.

C’est là qu’.//i;«crfaimaitàse reposer :

la nuit, surtout la veille des fêtes, il se plaisait à voir de là le mouvement que ses gens et les habitants se donnaient pour les préparer; et, lorsqu’il s’aperce-

vait que quelque chose leur manquait, ses dons généreux suppléaient à leurs besoins. Ce palais était oordé parla place du manège, dont j’ai déjà parlé, appelée par les Arabes hieydàn, et dont il prit lui-méme le nom.

Cette ancienne ville de Ahmed ébn- TouIouh, son palais , sa forteresse , ont subi l’effet inévitable du temps et des catastrophes que tant de révolutions diverses ont amenées depuis cette époque en Égypte. La ville du Kaire, bâtie uepuis par lès khalvfes fatiinites, a envahi et renfermé dans sa vaste enceinte la ville moins étendue qui l’avait précédée ; mais les traces s’en reconnaissent encore, et des ruines remarquables viennent, indépendamment de la belle mosquée qui subsiste encore de nos jours, attester sa force et son ancienne splendeur.

Au milieu de l’extrémité méridionale du Kaire, et à peu près à moitié de la distance qui .s'étend depuis la citadelle jusqu’au K/utlyg, on trouve un quartier, connu maintenant encore sous le nom de Uart’Toulomi (quartier de Touloun).

Ce quartier, qui renferme une population assez considérable, mais presque entièrement composée de gens de la basse classe, paraît , à la première inspection, être beaucoup plus ancien que le reste de la villedu Kaire.et avoir, avant qu’elle fdt construite, formé une forteresse, dont la vaste enceinte se reconnaît, même de nos jours, à des débris de remparts ruinés , iiiaisoù quelques portions restent encore debout.

Jusqu’à notre arrivée en Égypte, cette portion de la ville n’avait été ni décrite, ni peut-être même visitée par aucun voyageur européen. On n’en avait, pour ainsi dire, fait qu’apercevoir l’extrémité septentrionale en longeant la grande rue qui conduit à la citadelle.

Les négociants européens établis au Kaire, et désignés cominunément sous le nom de Francs, craignaient même de sü hasarder à pénétrer dans ce quartier, lorsque leurs affaires les y appelaient, redoutant le fanatisme outré des habitants, qui, fiers d’avoir da us leur mosquée une copie Je celle de laMekke, manifestaient une intolérance plus marquée que dans le reste du Kaire.

Ce fanatisme, presque féroce , des habitants de ce quartier avait pour causes

Digiiizeo oy Vjuuÿlf

his :npciM- J*- U M‘ ZvMUia de Tuluîi -mi Kuiio»- aijiM^'i-

ÉGYPTE MODERiNE.

soit son isolement des antres quartiers de la ville , soit peut-être la deseendauce (le sa population, formée originairement par les soldats des milices turkes et circassiennes, qv! Àhntedêbn-Touloun y avait autrefois établies.

Ce quartier s'étend au nord , le long de la grande rue , appelée Sekket-élifoitscuUh, qui partait du pont, nommé Qantarat-él-Sebâ , passe à la droite de Birket-él-Fyl , et conduit à la grande place, dite fioumelt/éh, devani la porte de la citadelle, appelée liAb-el-Aiab.

Au midi, ce quartier, qui s'étendait autrefois beaucoup plus loin, a maintenant les mêmes Imrnes que celles de la ville elle-même, dont la porte, située de ce cêté, a conservé aussi le nom de Bdb- Touloun.

En sortant de cette porte et tournant à l'ouest pour gagner le Vieux-Kaire (l'ancienne Fostatt), on trouve aussi un étang, nommé Birket-Touhun , et plus loin encore, directement au midi, en passant devant le fort, construit depuis par les Frant^is et appelé par eux le fort Muireur, un monceau de décombres, oui a conservé le nom de Kymàn- Tbulow Ile monceau de Touloun). Les traditions font de cet amas de ruines les débris du palais A’Âh}ned ébn-Touloun, et de l'étang les restes de ses magniliqiips jardins.

Tout ce quartier est placé sur une élévation considérable de terrain, dont une partie est maintenant formée de dcmmhres accumulés successivement; mais, en beaucoup d’endroits, on remarque encore facilement le roc du sol priinitif,,sur lequel l'ancienneforteresseétait fondée, et dont la situation prédominante sur les terrains environnants l’avait fait choisir pour cette construction.

Cette élévation, qui s'abaisse un peu proCTessivement, si l'on s'avance vers le côte extérieurde la ville actuelle, s'élève, au contraire, de plus en plus, en tendant vers l'intérieur; elle est coupée brusquement, et, en plusieurs endroits perpendiculairement , par la grande rue dont je viens de parler.

Le long de cette rue les parois du rocher, qui ne sont pas masquées par des maisons particulières, sont revêtues d'une forte muraille, d’ancienne maçonnerie. On y remarque surtout uno es- 6' lÀcrnison. (Égvpte moderne

pècede b.istion, llanqué détruis grosses tours, à moitié engagées dans le rempart lui-même, et dont la hauteur, assezconsidérable du côté de la rue, est presque de niveau avec le terrain du côté de l’intérieur.

Une des tours de ce bastion a reçu des habitants du Kaire le nom de Mastabet-Fcraoun , c'est-à-dire , le Trône de Pharaon, suivant leur habitude de rapporter au monarque, qu'ils désignent par ce nom, toutes les anciennes constructions dont ils ignorent l'é.poque précise.

On désigne aussi ce bastion par le nom de Qalat él-Kabch (ch.lteau au Bélier), parce (lue l’on donne dans l’Orient au chef d^une famille le nom de Bélier, chef du troupeau, et qu’on a voulu indiquer par là que le chef de la maison desToulonides y avait établi sa demeure et y avait élevé un palais.

C'est au centre de ce quartier, dont je viens de décrire les limites, qu’existe encore maintenant,aprèsdix siècles presque révolus, la plus grande mostiuee du Kaire, et la plus ancienne, puisqu'elle existait dès longtemps avant que cette ville elle-même fut fondée par Giauhar, généraldes armées dukhalyfe fatymite Motik-dyn-lUah. Cette mosquee (I) porte encore, de nos jours, le nom de Gamé- Toulouni, Mosquée de Touloun ), ou plus correctement Gatné-êbn- Touloun (Mosquée du Gis de Touloun) ainsi qu’on le ht dans les belles inscriptions kouGques que j'y ai découvertes et interprétées (2).

Ahmed ébn-Touloun voyait chaque jour augmenter sa puissance , ses richesses, le nombre de ses esclaves et l’alTIuence de ses partisans. Mais la renommée porta bientôt jusqu'à la cour du khalyte les éloges de la nouvelle ville et de son fondateur. Amagour, qui venait d'obtenir le gouvernement de la Syrie, en conçut de la jalousie, et peutêtre même quelque crainte. Aussi, se hâta-t-il de presser le khalyfe él-.Volamed d'ôter à Ahmed son commandement militaire; il écrivait à ce prince : « Que « les forces A' Ahmed ébn - Touloun « étaient plus grandes que celles de cet • /;6«-(;/-rAcÿÀA, qui, naguère, s’était

(I) Voyez la planche ii* 2.

(U) Voyez la planche n* Jü.

« révolté en Syrie; et q\ï Ahmed était « plus redoutable, puisqu’il l’emportait • sur celui-ci , plus encore par l’activité « et la profondeur de son génie que par « ses richesses. »

Ahmed ébn-él-Modabber, intendant général des Gnances de l'^vpte, et devenu de plus en plus l’ennemi de Ahmed êbn- Tou/oun, écrivit dans le même sens à la cour du khalyfe, et entra dans cette intrigue avec Chakir, son secrétaire.

Ahmed ébn-Touloun reçut du khalvfc l’ordre de quitter immédiatement l'Egypte, et de se rendre à Samarrah, en laissant son commandemeat entre les mains d'un délégué de son clioix ; mais les espions qu'il avait à la cour lui firent connaître le but de cet ordre, et il envoya à sa place à Samarrah , Ahmed-él- Oüasely, son secrétaire et son ami, avec de grands présents en chevaux, en argent et en objets précieux pour le vizir.

Cel ui-ci , devenu aussitôt partisan d’v//<med ébn-TouU)Wi, non-seulement fit annuller par le khalyfe l’ordre de rappel, mais lui obtint encore la prolongation de son commandement et la permission de faire venir auprès de lui en Egypte sa femme et ses enfants, qu'il avait laissés à Samarrah.

Pour signaler sa reconnaissance envers Uieu, qui avait déjoué les pièges de se.s ennemis. Ahmed ébn-Touioun répandit sur les pauvres de magnifiques largesses; son bonheur ne s’arrêta pas là. Bakbak, qui était gouverneur titulaire de l’É^vpte, et qui lui avait donné le commandement mflitaire de Fostatt , encourut à cette époque la disgrâce du khalyfe éhMotamed-ala-AUah , et fut condamné à perdre la tête. Ije khalyfe nomma au gouvernement de l’Égypte le beau-père <i’ Ahmed ébn-ToiUoun, Barkouk, qui se fit représenter par son gendre, non-seulement à Fostatt, mais encore dans les autres provinces de l’Égypte, etniêmeà Alexandrie, où jusqu’alors i'xsa ben-Oynar avait rempli les fonctions de vice-gouverneur.

C’est ainsi qu' Ahmed ibn-Totdoun se vit maître de l’administration du toute l'Égypte, l’an 257 de l'hégire (1).

L'année suivante, Barkouk mourut, et

n)Otle onnilela commencé le mercredi 38 Dovenibre de l’an «70 de notre ère.

son gendre obtint du khalyfe le titré de gouverneur en sa place (I).

Ahmed ibn-Touloun avait connu les intrigues d'Ebn-él-Modabber et de C/iakir; il avait même reçu du vizir, qu'il s’était rendu si favorable par ses présenU, les originaux des lettres qu’ils avaient écrites contre lui. Après une explication violente à ce sujet, Chakir était mort de frayeur; Ahmed obtint du khalyfe le renvoi d'Ebn-él-Moilabber, qu’il'fit aussitôt arrêter; mais, ayant appris qu’un frère de celui-ci étaittrésorier du palais impérial, il lui rendit bientôt la liberté et son emploi.

Ebn-él-Modabber était alors las de lutter avec Ahmed ébn- Touloun, qu’il redoutait de plus eu plus : il pria donc son frère de lui faire donner l’administration financière de la Svrie, résolu de quitter l’Égypte le plus tôt possible.

Cependant, avant son départ, toute relation hostile cessant entre lui et Ahmed Ébn-Touioun., il fit sa paix avec lui, et, comme gage de cette amitié nouvelle, il donna sa fille en mariage à Ehomarouyah, l’un des fils de sou ancien adversaire; ce mariage, contracté entre deux enfants encore en bas âge , apporta dans la famille dî Ahmed ibn-Toutoun tous les domaines et toutes les richesses que possédait en Égypte Ebn-él-Modabber.

L’intendant général des finances ne fut pas remplacé, et Ahmed Ébn-Touloun se trouva investi de tous les pouvoirs civils et militaires et de toute l’administration politique et financière. Son premier soin fut d’abolir les nouveaux impôts et les vexations sordides qui avaient attiré sur Ebn-él-Modabber la haine du peuple; il écrivit pour faire supprimer et les impôts et les procédés violents dont

(I) Moauaied’il-.Volamed-ala-Allah, frappée en Egypte, l'an 2W de l’hégire (870 de notre ere), et portant le nom de Ahmed-ttm-Touloun.

ÉGYPTE MODERNE

leur perception était accompagnée, dans toutes les provinces ijui venaient d’étre soumises a son gouvernement. Olte diminution monta, dès la première année, à une somme d’environ 100,000 dynars (1).

Avant de prendre cette décision libérale qui lui attira les bénédictions générales de l’Égypte, il avait consulté allah ben-Dac/tamah, l’un de ses conseillers et secrétaire du nouveau trésorier Abou-Àyoub, qu’il venait de charger d’une portion des fonctions A’Ebn-él- Modabber. Ce secrétaire était un homme dépourvu de piété et d’humanité, et connu par sa cupidité, son avarice et sa ruse.

Le discours adroit qu'il adressa à Âhmed ébn-Touloun, pour le détourner de cette suppression , ne put changer la résolution généreuse de celui ci. Les historiens arabes prétendent même

Ahmed ébn-Touloun y fut confirmé par un songe , dans lequel il crut voir un de ses pieux amis qu’il avait laissé à Tarse, et qui lui dit : « Lorsqu’un « prince abandonne de ses droits, pour » le bonheur de ses peuples. Dieu luici même se charge de sa récompense. »

Ces mêmes historiens ajoutent que Ahmed, parti le surlendemain pour la liaute Égypte, traversait le désert, lorsqu’un trou, qui se forma dans le sable .sous un des pieds du cheval de l’un de ses esclaves . le fit abattre et se renverser auprès de lui. Ahmed, étonné, examina l’ouverture qui venait de se faire par un éboulement subit, et y trouva un trésor considérable , qu’on évalua à un million de dynars (2).

Le bruit de cette découverte merveilleuse se répandit dans tout l’Orient, et Ahmed, y voyant la récompense que son songe lui avait promise, écrivit au Uhalyfe ü-Motamea-ala-Allah, pour lui demander l’autorisation de le garder en entier, et de l’employer en de bonnes œuvres. Cette permission lui fut accordée, et il dépensa une partie de ce trésor à faire construire un aqueduc, un abreuvoir, une fontaine un hôpital et des

'I) Enviruti francs de notre mun*

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