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CHAPITRE V

aOBICULTDBB. COHUEBCB. INDCS- TBIB.

Dans tous les pays du monde , pour fertiliser le sol il faut de l’eau et de l’entais. Les j^ptiens se sont toujours passé d’engrais, parce qu’ils ont les eaux du Nil qui, lors de l’inondation renferment des matières salines et organiques éminemment propres à l’amendement des teries. L’Égypte manque de pluies. Le sort des habitants, qui tirent leur subsistance de l’agriculture , dépend donc exclusivement de l’aménagement des eaux du Nil. Cela est si vrai, que si Albuquerque avait pu détourner le cours de ce Qeuve dans la mer Rouge, les Égyptiens seraient morts de famine.

Tandis que dans d'autres pays il faut s’ingénier de mille manières pour amender le sol, l’agriculture a toujours été en Égypte un art facile. Tous les auteurs ou voyageurs, tant anciens que modernes , sont d’accord sur ce sujet.

■ Comme le courant du fleuve est trèslent , dit Diodore, ils le détournent aisément au moyen de petites digues, et font répandre les eaux dans les c&mps quand ils le jugent à propos. Tout cela rend la culture du sol si facile et si profitable qu’après sa dessiccation les laboureurs n'ont qu’à y jeter la semence et à y conduire les bestiaux , qui la foulent sous leurs pieds ; et au Imut de quatre ou cinq mois ils reviennent pour la moisson.

D’autres , après avoir passé une charrue légère sur les champs qui ont été ainsi arrosés, recueillent des monceaux de fruits sans beaucoup de dépense et de peine. Le terrain vignoble , cultivé de la même manière , rapporte aux indigènes abondance de vin. Les terrains qu’on laisse incultes, après l’inondation , produisent des pâturages si riches que les troupeaux de brebis qu’on y nourrit donnent une double portée et une double tonte (I). <•

Hérodote nous apprend à peu près la même chose. Seulement il ajoute qu’onse servait plus particulièrement des pourceaux pour fouler le sol et enterrer les se-

(I) Diod. Sldl., tome I, p. «l ( traduclioo de Uoeff.r); Paris, 1846.

L’ONIVEUS.

inences (I). Dans les peintures des tombeaux de Giseh et de Kouni-el-Haniar, ou voit des chèvres employées a ce travail ; dans celle de Beni-llassan, et au milieu d'autres représentations des travaux agricoles , on remarque trois hommes , armés du corbasch, qui frappent un troul>eau de béliers et de moutons en les poussant devant eux. De l'autre côté de ce même tableau , trois hommes frappent également des moutons, et les poussent dans une direelion opposée (2).

Mais nous n'avons pas ici à parler de l’état de l'agriculture chez les anciens Égyptiens ; cette partie a été traitée ailleurs mieux que nous ne le ferions ici (3).

D’agriculture méritait de lixer l'attention du régénérateur de l'figypte moderne. Mchémet-Ali entreprit des améliorations qui n’avaient pas encore été tentées avant lui. Le barrage et la canalisation du ^'il fixèrent d'abord toute son attention.

Si toute l’Égypte pouvait être suffisamment arrosée, elle serait la contrée la plus riche de la terre. C'est ce qu’avaient parfaitement compris les Français, lorsque, maîtres de l’Égypte, ils avaient songé àconstruire des digues aux deux embouchures du Mil, afin de faire refiuer les eaux dans toute la vallee, et d’en arroser à volonté toute la superficie (4). Ce plan gigantesque a été repris par le vice-roi; il en a confié l’exécution a .M. Linant-bey. Il y a là, il ne faut pas se le dissimuler, de grands obstacles à vaincre : il faut préalablement bien étudier le cours et les alluvious du Nil. Ce fleuve est difficile a maîtriser : tantôt il se gonfle et roulç un volume d'eau dont la rapidité est effrayante , tantôt ce n’est plus qu'un large ruisseau que le fellah passe à gué. Les préparatifs du barrage ont fait naître l’idée Je construire un chemin de fer , conduisant des carrières du Mokathan au bord du Nil ; l'intervalle est d’environ une lieue.

Pour augmenter les moyens d'irriga-

diHérod., Ib 14.

W Voye* YÉgyptf ancimtie, par H. Cham.

ponioo-FIgrac, p, 1S9 (collection de rctm'nri pittumquê).

(SJ f'oyez l’ouvrage cité de M, Champollinn , et J. Gardner Wilklnaon, Mannrn ani ciulomt af thê anemnt Egyptians, vol. I et 11.

I4j Le plan de ce travail ht* trouve résumé daiu le granit mivragc de rexpêdilion d’tgy|iie.

tion et favoriser les différentes cultures, il fallait creuser des canaux , réparer ou nettoyer ceux qui exl.staieiit aéjà , rétablir les digues et en faire de nouvelles. Méhémet-Ali y a songé; mais son ouvrageest encore inachevé. Dans le Delta, on a creusé, à Tantah, un canal qui a son embouchure dans celui de Chibyn , au sud et à peu de distance de DJ.afaryeb. Il se joint au canal de Rafr-el-Chcik, à l’ouest de Deflyeh ; sa longueur est d’environ cinquante kilomètres, sur une largeur de quinze mètres. Dans sa longueur il y a quatre écluses à vannes pour régler la' défense des eaux.

Le canal de Bouseijeh a sa prise d’eau dans la branche de Damiette , au nord de Dacadous : il se dirige au nordouest jusqu’à Sembellayoun , et de là il coule à l'est jusqu’à fa rencontre du canal de Moueys , auquel il se joint , au sud de Kafr-ebDaôud ; sa longueur est d’environ cinquante-cinq kilométrés sur quinze de large. Dans sa largeur, il y a quatre ponts avec écluses à vannes. Le canal de Bakyreh a son embouchure au nord d.; Beni-Salam , sur la branche de Rosette; il longe les bords du Nil jusqu'à la rencontre du canal de Bahmanieh. Il a plus de quatre-vingts kilomètres, sur environ dix-huit de large. Il y a cinq ponts avec écluses à vannes. Le canal de Mahmoudieh, qui a coûté tant d'bommes et d'argent, n'est plus navigable que pendant l'inondation. Il est à sec pendant huit mois , depuis son emboucimre jusqu'à Birket-el-Gbeytâs.

Tel est l’état de canalisation de la Basse-'^ypte. Quant à l’irrigation de la Haute- Egy pte , elle est dans un état moins satisfaisant. Les grands canaux conserventpeu d'eauapresrinondation; les canaux de dérivation ne suffisent

fias au besoin des terres. Chaque année es eaux rompent les di^ies qui n’ont point de solidité, ce qui fait écouler les eaux , avant qu'elles aient pu déposer sur le sol leur limon fécondant.

Des ailtures du coton, de F indigo, de f opium , du mûrier , etc.

On distingue particulièrement deux especes de cotonnier le gossypium lierbaceum (cotonnier, herbacé), et le gossypium arborettni (cotonnier en .arbre). Ce dernier ne croît que dans les

KOYPTE MODERNE KGII'TO MoDEJ;NO

Egypte moderne.

régions tropicales, et peut vi\Te de nombreuses années. Qnantaii premier, il est annuel, comme dans l’île de Malte; et cependant sa tige devient facilement vivace dans des climats plus chauds. Suivant Pline, <i la partie de la Haute-Egypte qui conQne à l'Arabie produit un petit arbrisseau que les uns appellent gossypion, et les autres ; son fruit, qui ressemble à celui d'une aveline, entouré de son enveloppe barbue , contient un duvet que l'on file : on en fabrique des étoffes qui ne le cèdent à aucune autre ni en mollesse ni en bLincbeur, et les prêtres égyptiens en portent des vêtements au.vquels ils attachent un grand prix (1). »

Il est très-vraisemblable que Pline désigne dans ce passage le coton herbace, qui serait ainsi originaire de l'Egypte.

La culture du cotounier resta longtemps dans l'oubli. Otte malvacée embellissait seulement quelques jardins du Caire, où elle ne servait qu’à donner de l'umbre. l.e vice-roi s’assura , par des essais, de l'importance de cette culture. Il fit ensemencer deux mille feddans (2), qui sont devenus la base de plantations plus étendues.

On sème le coton de preféreuce dans des terrains gras, forls et conservant

(1) On .1 prélcmUl qu'il n'y a p.-is île tégui ètabliM^e avic ri>rtilu<le guo le cutod existait en l%^ypte avant le temps de tMinp. Mais alors le pa.vsn^e cité ne s'appljgurrail qu’.i rintroduction en Kfiypie d’une culture toute nouvelle du temps de Pline. Cette supposition est absurde; et il faut bien admettre que Pline p<<rle d'une plante ( évidemment le coton nier) cultivée avant lui, sans préciser l'époque de son introduction en Kgypte.

On a beaucxiirp discuté poursvivoir si te hys^ SOS d’Hérodote ( ooutz des Hébreux ) désigne le linon le colon. Otte question , peu iroporlante en elle-même, a été resolue par l'examen microscopique des tissus qui enveloppent les momies î il a été ainsi constaté que ces tissus sont tantôt en lin, tantôt en coton. Combien d’allienrs y a-t-il aujourd'hui de savants assez habiles pour distinguer, à la simple vue, certaines toiles de colon d'une toile de lin ? N’estii donc pas naturel de croire que le» écrivains anciens ont appliqué le nom de byssus indifféremment a toutes toiles, soit de lin , soit de coton? C'est ainsi que pendant des milliers de siècles on a confondu entre elles la chaux, la baryte, la strontiane, la magnésie, en appliquant a toutes ces substances la dénomination générique de ntix. La distinction des substances e.vl le fruit de l'analyse, et celle-ci résulte des progrès de la science.

(3) Le feddan équivaut à 5329 métrés carrés.

10' Urrahtm. (Egvi’tr modfrn

riuimidité ; on recherche aussi la pro.ximitéduNil, oour arroser plus aisément et à moins de frais. Ces terrains doivent être à l’ahri des débordements du fleuve , car le séjour des eaux ferait périr les plants. Les fellahs ont grand soin de iliguer le voisinage des terres qui seraient sujettes à être inondées aans le moment de la haute crue. Cependant les cotonniers reçoivent des arrosements périodiques, sans lesquels ils ne pourraient se développer. En hiver, on les arrose tous les quinze jours; au printemps, tous les douze jours, et en été, tous les huit jours. I.es machines hydrauliques dont se servent les fellahs pour les arrosements sont les puits a roues et les (ktoû ou chàdoMj. La machine qu’on nomme c/idrfo«/se compose d'un balancier suspendu à une traverse que soutiennent deux montants; un contre-poids, attaché à l'arrière du balancier, facilite l’asc.ension d’un panier attaché à l'extrémité antérieure du balancier. Le travailleur fait descendre ce panier dans le Kil, le remplit, le remonte et le deverse dans la rigole destinée a l’irrigation.

Aussitôt après l’ensemencement on arrose, et cet arrosage continue tant que produit le cotonnier.

Dans la Basse-Egypte on donne un seul labour a la terre où l’on veut semer le coton; dans le .Saïd on laboure deux fois, si le sol est friable et léger; ensuite on trace des sillons à la distance d’environ un mètre. En général, dans toutes les provinces, on laboure la terre à trente-six centimètres de profondeur; si elle est trop fort#, le labour est moins profond. Les fellahs se servent de la charrue pour labourer; quelquefois, ils emploient la houe, lorsque le terrain n’a pas beaucoup d’étendue. Le boeuf, le buffle et l’âne .sont les animaux destinés à cet usage. Après le labour, on brise les mottes avec la houe , et ou achève avec le même instrument de niveler la terre , qui ne subit aucune autre préparation. On fait des trous de trois à quatre pouces de diamètre, sur autant de profondeur. On y dépose de deux à uatre grains, à deux et trois jjouces e profondeur, après avoir laisse trem- |ier ces grains dans l’eau pendant vingtquatre hriirrs pour les amollir et hâier F.) 10

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la germination. On sème toujours en mars et avril. On laisse un mètre environ et souvent moins de distance entre les pieds de cotonnier. Dans les plantations rapprochées des villes, les fellahs mettent ce terrain à profit en^ semant des légumes et autres productions.

A l'époque de l’inondation, on sarcle à la main les herbes parasites qui croissent autour et dans les intervalles des cotonniers; les fellahs qui ont de grandes plantations y font passer la charrue au commencement de l'hiver, pour économiser le temps, ce qui endommage souvent les cotonniers; ceux qui n’ont que de petites plantations se servent de la houe. On commence à sarcler dès que la plante est arrivée environ à un décimètre de hauteur. Les sarclages se font à la main, avec la houe ou avec la charrue. Les fellahs sarclent dans toute l’étendue de leurs plantations, autant pour amender la terre que pour détruire les herbes qui nuisent à la croissance des plantes.

Dans la seconde année , on ne remue la terre que pour enlever, par le moyen de 1a charrue ou de la boue, les bernes parasites que les irrigations font croître en abot)dance; ce sarclage a lieu une seule fois.

Le cotonnier s’élève d’environ un mètre et demi la première année; sa croissance est moindre dans la seconde et la troisième. Ou taille les cotonniers avec une espèce de serpette; on l'émonde tellement qu’on ne laisse que le tronc. Toutes les branches sont enlevées; on s’eu sert comme combustible. Les fellahs qui n'ont pas l'instrument tranchant se contentent de casser les branches, méthode vicieuse employée surtout dans la Haute-Égypte. La taille des cotonniers a lieu la première année, et se renouvelle dans la seconde et la troisième, à l'exception que la première dunée on laisse les branches un peu longues , et que dans les deux autres on les taille plus courtes. Cette opération est salutaire à l’arbuste : elle lui donne plus de force et le garantit du froid qui ferait périr les branches.

La récolte du coton commence pour la première année en juillet, et finit en janvier , quand il ne fait plus froid ; mais si la saison devient un peu rigou-

reuse la récolte finit en décembre. Un ouvrier ramasse ordinairement dans une journée quinze à dix-huit livres de coton.

Le rapport d’un cotonnier est d’une livre à une livre un quart brut, pour la première année ; il donne , dans la seconde, d'une livre un quart à deux livres; la quantité est la même pour la troisième année. A partir de cette époque, la plante dégénère, elle produit ^u , son feuillage s’épaissit, et il convient de l’arracher, ifii homme cultive jusqu’à quatre feddans de terre, qui contiennent chacune environ mille cotonniers.

Pour égrener les capsules, on se sert d'une machine semblable à un rouet; elle est surmontée de deux cylindres d'environ neuf pouces de diamètre, placés l’un sur l'autre , et fixés à deux montants. Un homme, avec son pied, imprime le mouvement au rouet et fait tourner les deux cylindres entre lesquels on met le duvet : celui-ci passe d’un côté, tandis que les graines s’arrêtent et passent de l’autre. Un ouvrier égrène ordinairement douze à quinze livres de coton net pendant sa journée. Si le fellah cultive peu de cotonniers, il travaille lui-même à l'égrenage du coton dans sa demeure; si, au contraire, sa plantation est considérable, il prend des ouvriers auxquels il donne un salaire de cinq francs par quintal de cent vingt livres.

Après l'égrenage on ne donne aucune autre préparation au coton ; les fellahs le mettent en balles dans l’état poudreux où il se trouve; le peu de soin que la plupart apportent à l'égrenage le rend sale et comme poivré. Pour le mettre en balles, les fellahs se contentent de presser le coton avec leurs pieds. .Mais , depuis quelques années, le vice-roi a fait venir une presse usitée en Amérique, et ordonné la confection de plusieurs presses sur le même modèle.

Il y a aujourd’hui une douzaine de presses en activité. Chacune d’elles, servie par trois ouvriers, presse de dix-huit a vingt balles par jour. La balle pressée avec les pieds porte un mètre et demi de hauteur sur un mètre de diamètre environ ; la balle pressée suivant les procédés qu'emploient les Américains n’a

qu’un mètre de liautriir sur un demimètre de diamètre.

Le vice-roi ne fait aucune avance au fellah qui cultive le coton; seulement il n’exige de lui l’impôt foncier qu’après la récolte. Le fellah ne peut distraire une livre de coton à son prolit; il est obligé de tenir toute sa récolte a la disposition du gouvernement, qui la fait acheter par ses agents. Ceux-ci payent le coton au cultivateur, de 112 à lôO piastres le quintal de cent vinut livres , suivant la qualité, et à la condition que celui-ci le transporte aux dépôts établis dans les chefs-lieux de canton; on lui donne un récépissé de la valeur de sa marcliandise ; la somme est déduite de ses impositions, s’il ne les a pas encore payées ; ou bien il la touche par à-compte, et a la volonté du directeur du dépôt, chargé de cette comptabilité.

Le prix de la main-d'œuvre n’est pas üxe; il varie suivant les lieux. Dans le Saïd, il est de 20 à 30 p.iras pur jour, pour le salaire d’un homme employé aux travaux de la campagne. Dans la liasse-Égypte , on paye de 30 à 40 paras. La nourriture d'un homme employé aux travaux de la campagne est évaluée aux deux tiers du prix de la journée. Ainsi, dans le .Saïd un homme vit avec 20 paras par jour, et dans la Basse-Égypte il en dépense 25 à 30.

D’après les ordres du vice-roi, les chefs de canton assignent à diaque village la quantité de feddans qmil doit ensemencer. La division a lieu d’après l'examen des localités et la nature des terrains. Le cheik-el-beled fait alors lui-méme la répartition entre les fellahs, qui savent combien chacun d’eux doit ensemencer de feddans. La récolte tout entière est livrée au vice-roi , aux prix et conditions qui viennent d’être indiqués. Dans le principe, les fellah.s se livraient avec peine à cette culture , parce qu’ils étaient incertains si elle réussirait; mais la seconde et la troisième année, lorsqu'ils ont vu que les cotonniers produisaient beaucoup, et que le gouvernement leur payait jusqu’à 175 piastres le quintal de coton de première qualité; que d’ailleurs cette culture ne tournait pas au détriment des denrées de première nécessité, ils s’y sont livrés avec d’autant plus de zèle

que le vice-roi a fait établir dans b s villages des puits à roues. Aujourd’hui la baisse des prix a un peu refroidi leur zèle. Ils soignent moins bien la culture; aussi les récoltés ont-elles diminué.

La culture du coton ne nuit point, ainsi qu’on l’avait avancé, a celle des céréales. Les parties inférieures do la vallée, arrosées par l'inondation du Nil, sont impropresà faire prospérer les cotonniers. Au contraire, les terrains où l’on sème le blé, les fèves, l’orge, etc., doivent, au préalable, avoir été inondés; c.ar ce n’est qu’au mois de novembre , après la retraite des eaux, que l’on confie les semences à la terre. Le maïs seul a pu souffrir de. l’extension du cotonnier, parce que la même nature de terrain convient à l'un et à l’autre.

Ce ne sont pas les terres qui manquent à l’Égypte , mais bien les bras pour les cultiver. Depuis Assouan jusqu’à la Méditerranée, il y a plus a’un million de feddans incultes.

Indigo. L'amélioration de la culture de V indigo devait suivre de près celle du coton, l’un fournissant la matière pour teindre le tissu de l’autre, ün distingue particulièrement trois espèces d’indigotiers : /ndipo/era tinrioria, indigo/era argentea , et Indigo fera dnil. Ce dernier est indigène de l’Amérique équatoriale. Les deux premiers seuls appartiennent à l’ancien monde , surtout à l'Inde et à l’Égypte.

Pour perfectionner la culture de l’indigo, Méhémet-Ali fit choix des terres les plus limonneuses, de celles qui, pouvant être arrosées toute l’année, sont mieux appropriées à la nature de ce végétal. On vit bientôt dans plusieurs provinces une plus grande quantité de champs consacrés à ce produit.

On a remarqué que la terre où l’on avait semé auparavant du trèfle ou toute autre légumineuse est éminemment propre à la culture de l’indigo, qui, comme l’on sait, est également une légumineuse. A la fin de mars on donne deux ou trois labours croisés , et l’on y fait passer le rouleau pour rendre la surface plus unie; la terre est ensuite divisée par carrés. Après ravoir ainsi préparée, le fellah fait des trous où il dépose des grains , qu'il recouvre avec la main. Dès que les

semailli's sont terminées, on arrose continuellement si les terres sont éloignées du Nil; mais si elles en sont rapprochées elles conservent asspzd’huinidité, et n'ont pas besoin d’eau. La première coupe a lieu vers la fin de juin. On en fait deux autres, à trenteJoursd'intervalle.I..a troisième est plus belle que les autres , parce que la plante, imbibée de l’eau du fleuve débordé, s’est élevée davantage.

On cultive le meme plant d’indigo pendant trois ans; mais la première année est plus productive que les autres. La graine dégénère tellement qu’on ne peut l’employer pour les semis ; on en l’ait venir de nouvelles de la Syrie. A mesure qu’on coupe les tiges, on les transporte à dos de chameau presdu village où l’indigoteric est établie. Celle-ci consiste en de grands mortiers de pierre disposés les uns près des autres; on y mêle de l'eau bouillante à un si.xlème d’eau froide , ensuite on y Jette les tiges, que l’on a soin de couvrir jusqu’à ce que l’eau soit colorée. Cette eau est reçue dans des jarres qui sont trouées à une certaine élévation. Dès que la fécule est déposée, on ouvre ces trous pour faire écouler l’eau. On mêle avec la fécule un tiers de terre glaise ; cette pâte est divisée en petits pains ronds que l’on met sécher au soleil.

Cet indigo , fabriqué contre les règles de l’art, et mélé d’impuretés, était repoussé lie presque tous les marchés d’Europe. Frappe de ce grave inconvénient, le vice-roi lit venir du Bengale des ouvriers qui enseignèrent aux Arabes les procèdes suivis dans l’Inde pour cette manipulation. Ce futM.Bozari, frère du médecin du vice-roi, qui les amena en Egypte.

L'indigotier aime les terres qui ne sont pas trop grasses, et qui surtout sont susceptibles d’être irriguées. 11 contient d’autant plus de matière colorante que l’année a éié plus chauile. Ce végétai dure dix ans et plus ; mais comme les feuilles des jeunes plantes contiennent plus de maticre colorante que celles des plantes plus âgées, on renouvelle les plantes tous les ans dans les Indes orientales. Il ne faudrait pas agir de la même manière dans des climats moins chauds, cardans ce cas la matière colo-

rante ne se développe pas complélemerit dans l’espace d’une année.

La matière qui produit l’indigo est uniquement renfermée dans le parenchyme des feuilles, et en plus grande quantité au commencement de la maturité; plus tard l’indigo est plus beau, niai.s sa proportion est moindre; après cela on en obtient moins encore, et de mauvaise qualité.

Aux Indes orientales, sur la côte de Coromandel , la culture de l’indigo se fait dans des sols sablonneux non irrigués , et sur lesquels la végétation n’est possible malgré la température extrême du cl imat que durant la saison des pluies. Le rendement est toujours faible , en raison de la sécheresse; la plante est peu fournie, et n’atteintjamais soixantecinq centimètres de hauteur. La coupe se fait après la floraison , à environ un décimètre au-dessus du sol. On fait sécher la récolte au soleil , puis on bat la plante avec des gaules.

Les feuilles, détachées par le battage, sont de nouveau exposées au soleil pour en assurer la complète dessiccation ; ensuite , on les concasse grossièrement.

C’est toujours des feuilles sèches qu’on extrait l’indigo sur la côte de Coromandel. On fait infuser pendant deux ou trois heures les feuilles concassées, dans trois fois leur volume d’eau froide; on passe la dissolution à travers un tissu peu serré; on bat la liqueur filtrée, et on y ajoute, après le battage, environ 48lilres d’eau dechaux pour lOOkil.

de feuilles sèches; on agite pendant quelques minutes ; enfin on laisse déposer. Quand le dépôt est formé , on décante, on lave avec un peu d’eau bouillante, et l’on met à égoutter sur une toile le dépôt lavé. On soumet alors l’indigo à l’action d’une presse, puis on coupe la pâte en morceaux cubiques, qu’on dessèche à l’air. Ces derniers, lorsqu'ils sont secs, pèsent environ ao grammes.

L’indigo existe évidemment à l’état incolore dans les feuilles soumises :i l’opération qu’on vient de décrire. Du moins, ne tarde-t-il point à se décolorer, au moment où la fermentation s'établit. Tout porte donc à croire que l’indigo bleu commence par se convertir

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