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suivant leurs caprices ; ils dépouillaient les uns pour enrichir les autres ; ils s’emparaient souvent , et sans bourse délier, de villages entiers , selon leur convenance. Dans le principe , ils payaient au pacha, suivant l’ancienne coutume, (inc légère rétribution.
Le propriétaire n'était pas sûr de jouir d lin bien qui était convoité par un lioinrae puissant , quoique ses hedjets ( titres de propriété) fussent émanés des buraux du cady.
Tel était l’état des choses, lorsque l’armée fraixpiise parut en Kgypte. Sa présence opéra un changeineiitdans l’ad- , ininistration agricole -, on s'empara des des biens des émigrés , leurs villages furent confisqués au prolitdu trésor; mais le propriétaire inoffensif conserva ses terres en payant le miri telqu'ilét.iitétabli. On abolit les impôts vexatoires, tels la que le ra/a-el-mazalem ( le rachat de tyrannie), le koulfek (réquisition en nature ) et le droit de méalatleh. Les biens de ceux qui mouraient passaient a leurs héritiers, à la charge par eux de payer le droit d’enregistrement de cinq pour cent. L’administration des domaines . chargée de la rédaction des titres de vente et de transmission adoucit la rigidité des mesures en vigueur sous les inaineluks.
Sous le gouvernement de Méliemet- Ali , ri’Cgypte a pris un autre aspect.
Après l’extinction des mameluks , leurs propriétés passèrent entre les mains du prince. Celui-ci accorda des pensions aux inoultezims qui restaient encore , en leur conservant aussi les terrains dits d’oussyeh.
Pendant plusieurs années . l’administration agricole subit des changements nombreux. Aujourd'hui, les terres appartiennent au vice-roi; il les fait cultiver à son gré, et en dispose comme bon lui semble. Les propriétaires cultivateurs ne sont que des tenanciers , car celui qui ne peut payer le miri est exproprié, et ses champs sont distribués à ceux qui ont les moyens de les mettre en valeur. C’est a ces innovations que l’on doit l’introduction des nouveaux produits quicouvrentniaintenant une partie du sol de r^yptc.
La situation du cultivateur sous le rapport de la propriété conduit natu-
rellement à considérer les abus dont il est la victime comme contribuable. Ce n’est pas sans raison qu’on se récrie contre les exactions exercées sur le fellah lors de 1a perception de l'impôt; niais le mal est ancien, il est invétéré; il n’émane pas du vice-roi, qui, ni autour de lui ni dans les provinces, n'a assez d'hommes probes et dévoués à la réforme pour réprimer avec énergie ces déplorables abus.
Au reste, le mal est le même, ou pire encore, dans d’autres Ltatsdo l’Qrient.
On y voit que le peuple paye quatre fois
filus en réalité qu'il ne le (levrait d'après a taxation. Il en était ainsi en Égypte sous les mameluks ; cela est prouvé par l'immense richessedes beys, des kâchefs, des agas, et de leurs maisons. Il n’existait pas là un prince souverain, comme dans les régences et dans l'empire de Maroc ; mais il y en avait vingt-quatre ! Et comment le revenu officiel de l’Égypte aurait-il pu y suflire! Qu’on se rappelle le luxe des palais, le nombre des femmes, celui des domestiques, celui des chevaux, la splendeur des ameublements , la richesse des armes ! Est-ce avec quatre millions de francs, le revenu avoué de l’Égypte, le revenu porté aux registres des Coptes , qn’on aur.iit pu y pourvoir? Celte somme n’était que nominale, et l'effectif n’y ressemblait guère : ce ne serait pas' exagérer que de le porter à dix fois la somme inscrite. Les agents coptes, espèce .servile et hypocrite, s’entendaient avec la plupart des agents turcs pour dissimuler ces détestables fraudes. Ils semblaient se venger sur les pauvres Arabes de ce que la nation copte était seule soumise à la capitation. Est-il ctoimant que la multitude de gens qui vivaient d’abus soient encore aujourd'hui acharnésaprès leur proie? Il est plus diflicile au prince d’exfir|ier du sol ces sangsues, qu'il ne l’a été de faire disparaître de la lisière du déserties Bédouins voleurs, ces hommes insatiables de pillage. Le Coran porte l’impôt légal à un dixième : les princes osmanlis l’ont eleve a huit et plus , ou du moins ils l’ont laissé porter à ce taux exorbitant par les exactions des beys et des mameluks. Une prompte réforme estdevenue bien néces.saire dans cette partie de l’administrai ion.
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EGYPTE MODERNE
Industrie; fabriques. d’un mandat signé du directeur. La
malversation chez les subalternes est pull ne partie des produits du sol de nie du bâton et de la privation de la l’Eïvpte est convertie en objets néces- place, ce qui n’empéche pas que les sursaircs aux indigènes, et propres aux ex- veillants ne fassent des bénéfices il licites, portations des pays limitrophes : telles Un des premiers établissements de sont les toiles de lin et de coton , les soie- fabriques fut introduit au Caire en tSIG, ries . le til d’or, les nattes , les peaux ap- au quartier dit le Khorounfech. Quelprétées , l’eau de rose, l’indigo, etc. Ces ques ouvTiers appelés des fabriques de diverses branches d’industrie occupaient Florence commencèrent à lilcr la soie autrefois une grande partie de l.i popii- pour des velours et des satins légers, lation; chaque famille vivait heureuse de Peu de temps après, les métiers proson travail. iMalntenaiit les artisans exer- près à ce genre de travail furent transcent leurs métiers au proüt du fisc. Plu- portés dans un autre établissement , et sieurs des tisserands, répandus en grand l'on mit à leur place des ülatures et d'aunombre dans les villages de la Haute et très métiersà tisser le coton, delà liasse-Egypte, ont abandonné leur Outre la filature et les métiers à tisser, état , préférant se livrer à la culture des il y a au K.horounfech des ateliers de forchamps plutôt que d'ôtre soumis à la vi- gérons , de limeurs, de tourneurs en fer site d'asciits importuns. et en bois, et des menuisiers pour le
Depuis que toute espèce d'industrie raccommodage des machines et la cone.st exploitée par le vice-roi . les produits fection des pièces, des fabriques sont bien moins estimés ; La fabrique n'était pas encore termiil y a de la négligence dans fapprét et née, quedéja l'on jetait, à fioulâq, les fuitlamaiii-d’cDuvre.Laservitude,quiarem- demeiits d'aune autre fabrique plus spaplacé la propriété, a anéanti l'émulation ; cieuse. La direction en fut conliée à Jui'ouvrier travaille sans s’inquiéter si son mel , qui a ouvert une mine si féconde ouvrage est bien ou mal fait; ce qui lui pour l'Egypte eu développant la culture importe, c’est de recevoir le prix con- du cotonnier arbuste. Ce vaste établissevenii. ment, qui prit dans la suite le nom de
Le gouvernement fournit aux ouvriers Matta , paroe qu’il y avait un grand les matières premières : la soie, le lin, le nombre d’ouvriers maltais, lient aucoton sont livrés au poids. On sait, d’a- jourd'hui çn activité vingt-huit chariots près las épreuves faites antérieiireincnt, et vingt-quatre cardes et drosses , avec ce que doit rendre en étoffé ou eu toile lesassortimentsentérachesetlanternes; une quantité donnée de matière pre- ces machines vont, ainsi que dans la famière; le déchet dans le filage et le. tissu brique de Khorounfech, par le moyen n'est point au préjudice du fisc. .S'il y de quatorze tambours, qui reçoivent en a , il est déduit du salaire de l’ouvrier, leur mouvement d'un manège attelé de que l'on paye à la tâche et non à la jour- huit bœufs. Chaque chariot emploie un née. homme et trois enfants occupés à re-
II y a pour chaque branche d’industrie nouer les Gis que le mouvement delà une administration et un lieu central de machine fait casser, dépôt où sont reçus et vendus les divers 11 existe à Malfa deux cents métiers à objets; on a soin de les revêtir d'une tisser le 01 de coton. On fait, comme marque pour empêcher la fraude. C’est dans les autres fabriques, des baftas, des là que les consommateurs vont s’appro- cambriges, des batistes, des mousselines, visionner, et que les négociants expé- dans les mêmes longueurs et largeurs, ditionnaires au dehors vont faire leurs Le déchet d’un quintal de coton en achats. laine estd’uncinquième lorsqu’il estfilé.
Chaque administration a un directeur Outre les ateliers de l’industrie, il charge de la comptabilité ; ce directeur existe des ouvriers de chaque profession a sous ses ordres un sous-intendant pour réparer et confectionner les maebiropte , chef des employés auxquels est nés et autres objets destinés aux fabriconOée la' tenue des écritures. Un sero/ ques de la Haute et Basse-Égypte, reçoit les versements , et paye en vertu 11 y a encore un atelier de menuiserie,
U’ Livraison. (Egypte sionEiiNE. ) II
où des Frnncs et des Grecs sont occupés .n faire des modèles et d'autres objets d’ëbénisterie.
Ou remarque à la fabrique de Malta deux ateliers de tournerie, run ayant un manège conduit par huit boeufs, 'faisant tourner huit tambours qui mettent en mouvement deux plates-formes, huit tours à canneler les cylindres des chariots, deux tours à percer, deux scies, l’une pour bois, l’autre pour cuivre, un tour à guillocher, vingt-cinq tours simples et deux machines à percer.
L’autre atelier , avec un manège conduit également par huit bœufs, contient une grande meule, deux plates-formes, trente tours , deux machines à percer et cinq à canneler.
' L’appareil qui sert à forger les grandes pièces , composé d’un martinet, est mis en action par quatre bœufs , ainsi que deux soufflets en bois et un en cuir; un autre manège fait mouvoir huit soufflets. Près de cet endroit il y a quatre-vingts forges, uniquement destinées à fabriquer des ancres et beaucoup d’obj'ets pour la construction des bâtiments de guerre. La consommation de fer et de charbon surtout est immense dans ces fabriques.
Dans les environs de Malta il y a deux filatures de coton , dites d’Ibrabim- Aghâ et de Sebâtyéh. On y compte quatre-vingt-dix chariots et soixante cardes et drosses. Les magasins de Malta fournissent à ces deux fabriques les objets nécessaires à l’entretien et aux réparations des machines. Il n’existe d'autre atelier que ceux de la filature. Le prix de la main-d’œuvre est le même que celui des autres fabriques, qui prennent, comme elles, le coton et la laine à l’entrepôt général.
Sur les bords du Nil , entre Boulâq et Choubra, s’élèvent de nouveaux édifices, parmi lesquels on remarque des maisons de campagne et des constructions de bon goût. On a donné è ce lieu le nom de Moubeydah ( Blanchisserie); c’est la, dans un vaste enclos, que l’on soumet les toiles aux différentes opérations du blanchiment.
Un autre genre d’industrie de la fabriquedeMoubeydab sont les mouchoirs imprimés, dont les femmes font un grand usage pour leur coiffure. On em-
ploie pour cet objet quatre cents pièces de mousseline par mois; chaque pièce fournit vingt-six mouchoirs, sur lesquels on applique diverses couleurs.
Ces mouchoirs , imprimés à la planche en bois de Brésil , se vendent 6 et 10 piastres, suivant leur flnesse; on vend IGpiastres ceux qui sontfaitsau pinceau et a la cochenille.
On paye aux ouvriers qui impriment les mouchoirs à la planche 4 piastres et demie par demi-pièce de mousseline et pour les mouchoirs au pinceau 15 piastres.
Au Caire , dans le quartier de Sitty Zeynab, il y a une fabrique de cardes; chaque mois on confectionne trente assortiments. On y emploie des enfants formés à ce genre de travail. fabrique fournit aux filatures les cardes qui leur sont nécessaires. On y répare aussi celles qui sont hors de service.
Dans la même fabrique , il y a trois cents ihétiers à tisser. Cinq cents ouvriers tissent par mois douze cents pièces de toile environ. Dans l’origine , on tissait en Égypte des cotnis, des alajas et autres étones en soie et coton ; mais le vice-roi, voulant donner plusd’extension à ce genre d’industrie, fit venir de Constantinople des ouvriers capables de faire des tissus en soie tels qu’on les travaille dans cette ville et aux Indes. Les premiers essais eurent du succès; la fabrique prit de l’essor, et reçut des encouragements. Les maîtres firent des élèves. Aujourd’liui, il y a deux cents métiers employés à tisser les soies de la Syrie et de l’Egypte, ainsi que le fil d’or. En 1833 on à employé quatre mille okes de soie à faire des tissus en tout genre et de divers prix. L’ouvrier travaille à la tâclie ; son ouvrage est bien confectionné, les tissus sont bien unis, et les dessins d’un goût recherché. En général, les couleurs ont de l’éclat ; mais elles n’ont pas encore atteint la solidité des couleurs de l’Inde.
Au Caire on a établi une corderie, où l’on fait des câbles que l’on envoie à l’arsenal d’Alexandrie.
On fait des tissus en laine peur vêtir les marins, ainsi que des couvertures de lit ;, on destine è cet usage les grosses laines de la Haute-Égypte , qui ne peuvent avoir un autre emploi.
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ÉGYPTE MODERNE
Relations commerciales.
I.es grains et les légumes étaient autrefois l'objet d’un grand commerreavec la France, l’Italie et le midi de l’Espagne. Ou connaît en ^vpte plusieurs (jualités de blé , toutes inferieures à celles de la France. Les blés que produit la province de Baliyreh sont durs, et d’une ecorce mince et rougeâtre ; la farine en est abondante, mais elle n’a pas la même blancheur que celle que rend le blé du Delta, mélé de grains durs et tendres.
Celui-ci, moins productif, est plus exposé à la piqûre des insectes ; il a plus de poids que celui de la Haute- Égypte, qui a la couleur de l’épi : le grain en est mtit et écorné, parce qu'il parvient plus vite à sa maturité ; sou rapport est d'un sixième moindre que le blé dur ; la farine est d’une blancheur éblouissante , et le pain que l’on en fabrique est savoureux ; mais ce blé ne se conserve pas aussi longtemps que les autres qualités.
Les fèves sont généralement plus estimées en Europe que les blés : la chaleur les rend sèches sans les détériorer. Quoique l’exportation de ce légume soit diminuée, il servira toujours de retour pour l’Europe.
On expédie du maïs et quelquefois du doura dans les Iles de la Grèce. Le grain du maïs n’est pas aussi gros que celui d’Europe, mais la qualité en est bonne. La Toscane en fait usage lorsque la récolte des châtaignes est médiocre ; sa population se sert paiement des pois chiches et des lupins. L’orge et les lentilles ne sont demandées que dans des temps de pénurie. C’est alors seulement que ces denrées entrent dans le commerce d’exportation .
Autrefois l^uavires français venaient à l’envi charger à Rosette, et dans la rade de Damiette, du riz, qui avait alors un,e réputation méritée, qu’il a perdue par la m.-inière dont il est £alsiflé et nettoyé. On y mêle beaucoup de sel pour lui donner plus de poids. On ne procède pas avec assez de soin à son blanchiment. Cette altération a donné du discrédit à cet article , dont le Piémont et la Lombardie out su proliter.
Le riz d’Égypte, bien dégagé de ses balles , a une teinte de blnnclieur que n’ont
point ceux de l’Italie ni de la Caroline; a sa cuisson il absorbe peu d’eau, et gonfle beaucoup. Sa fécule est saine et savoureuse.
Ou distingue quatre qualités de sucre , dont les deux dernières entrent dans la série des exportations ; ce sont le khain et le khaouàmi. Le premier est noir, gras et mielleux ; le second , d’une couleur Jaunâtre, estdégagé par l’ébullitinn d’une partie des matières terreuses. On expédie ces deux qualités en Europe pour y être raffinées, etde là passerdansla consommation.
On classe les lins sousdifférentes dénominations, que les nrâociants désignent sous les^ noms des villages et des provinces où on les cultive et les prépare. La qualité des lins est à peu près la même; ils ne diffèrent entre eux que par leur longueur et la manière dont ils sont apprêtés. On distingue particulièrement les lins de Rosette, du Fayoum, de Boulâq etde Boucyr; les deux derniers obtiennent la préférence. La Toscane reçoit des importations de ce genre. Autre'fois on expédiait à Livourne des lins de Rosette, maintenant on recherche ceux de Boulâq, qui conviennent mieux aux consommateurs. Les autres qualités sont demandées pour la Turquie.
Les cotons ont un débouché plus étendu. Les négociants en expédient fréquemment dans les ports de la Méditerranée, et surtout à Marseille. La raode afQuence des cotons du Bengale ans les ports de France leur avait été préjudiciable; mais l’expérience a fait reconnaître que ceux des provinces de Charkyeli et de Mansourah sont plus serrés; que la laine est plus longue et moins cassante. Cet article , mieux soigné, favorisera constamment les retours en Europe. On en cultive une plus grande quantité qu’autrefois; mais les fellahs ne mettent pas assez d’attention à dégager le coton des capsules qu’ils brisent dans l’opération , et dont les parcelles desséchées se mêlent au lainage.
Le safranon.quiétaitrestédans l’oubli, a reparu avec éclat sur les marchés de l’Europe. C’est pour cette raison que le vice-roi destine chaque aimée à la culture du carthame une portion de terres dans les provinces voisines du Caire. Il encourage les fellalis à étendre cette
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c ulture, qui est avantageuse sous plusieurs rapports. Les fleurs poussent ; durant la saison où règne le vent du midi ; souvent son souffle brillant desséche les prémices de la récolte; leur entière conservation dépend du degré de la violence des rafales.
La feuille du tamar-hcnneh n’a point à craindre les mêmes inconvénients. La piqûre des insectes ne [leiit rien sur elle ; on est toujours certain de la récolte. La préparation des feuilles exige peu de frais; elle ne demande aucun soin. On ne fait usage du liennch que dans les pays mahométans. I.es marchands rachètent , et l’e.xpédient en retour des importations, ('.et article sera uniquement consacré à la parure des femmes de l'Orient jusqu'à ce que la chimie lui aura reconnu des ijiialites propres aux teintures.
La soude factice que l’on emploie à Marseille a rendu moins nombreuses les demandes du natron ; on le vend à Alexandrie pour le compte du vice-roi.
Cet article ne se détériore point; il n’exise d’autres frais que ceux de transport ; et rLgypte seule peut fournir à tous les besoins de l’Kurope.
Comme iWéhémet-Ali s’est réservé la faculté de vendre les denrées et les produits de l’Égypte, ainsi que plusieurs articles de transit , on ne peut traflquer des uns que dans le pays , tandis que les autres pas>ent directement des mains du cultivateur dans les magasins du gouvernement.
Parmi les articles de transit , le viceroi fait acheter directement des fellahs la poudre d’or pour les besoins de la monnaie, et les dents d’éléphant, qu’il fait ensuite rentrer dans le commerce avec hénelicc.
Avant que le monopole fît sentir ses effets nuisibles au gouvernement qui l'exerce, et aux particuliers sur lesquels il i>èse, .Suez recevait chaque année de l’Arabie vingt mille quintaux d’encens; à peine l’importation est-elle aujourd’hui de deux mille quintaux.
Beaucoup d’autres objets dont s’occupait le commerce intérieur pour les besoins de la population eutrent aussi dans le domaine du lise; tels sont les fours servant à l’ineuhation des œufs, les
dattes sèches dites soultânys, la chaux, le plâtre , et les pierres 'propres aux constructions.
Les prix des autres produits varient suivant ceux de l’Europe. Leur fixation est telle, qu’elle offre aux négociants des pertes plutôt que des bénéfices.
Les marchands étrangers et indigènes
fieuvent négocier entre eux de toutes es marcliatidisrs d’entrée, sans qu’il soit nécessaire de remplir à cet égard aucune formalité; il n’y a pas de différence entre eux; les mêmes réglements leurs sont communs. Il leur est libre éPen user de même pour les articles qtxi ne sont point dépendants du fisc.
Quant à ceux qui ne sont pas soumis au monopole, dès que le vice-roi a vendu, l’acheteur, quel qu’il soit, a le droit de trafiquer et d’expedier à volonté tout ou partie de son acquisition.
lœs relations commerciales fréquentes que l’Égypte entretient aujourd’hui avec l’Yémen et l'Inde ont donné à la route de Keneh à Kosséir presque la même importance qu’avait dans l'antiquité la route de Bérénice à Coptos.
Ces relations avaient déterminé le viceroi à rendre moins pénible aux voyageurs et aux caravanes , surtout pendant l’été, le voyage de Keneh à Kosséir.
Il envoya d^imx mineurs anglais, MM. Thomas VVedd et William Henkak, avec une escorte suffisante pour reconnaître l’état des puits placés sur les routes de ces deux villes et les rendre propres à donner de l’eau en tout temps ; chose si nécessaire pour un voyage au milieu des sables. Les mineurs ont été occupés de ce travail depuis le 1" novembre 1831 jusqu’au 15 juin 1833.
Voici leur rapport, qui peut intéresser lesgéographes eux-mêmes :
« La distance de Keneh à la Quitta est de trente-ijuatre milles anglais; dans cette station on trouve huit puits; quatre do ces puits sont restés dans leur premier état; nous en avons réparé trois , et le quatrième a été entièrement renouvelé. Le premier puits a huit.pieds anglais de diamètre et neuf à dix de profondeur.
« Auparavant ce puits ne donnait chaque nuit que trois ou quatre outres d’eau; nous l’avons augmenté en creusant huit pieds dans le roc; maintenant
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ÉGYPTE MODERNE
en trouve de sept à huit pieds de bonne eau. Nous avons aussi remis à neuf le bassin qui était en ruine, et nous avons fait des réservoirs pour abreuver les chameaux. Le puits a été revêtu d'un ciment , sur quatre pouces de diamètre , à trente pieds de profondeur. Il est fort estimé aes habitants et des Arabes , parce qu'il contient de l'eau potable.
<■ Le second puits a des escaliers de huit pieds de diamètre; sa profondeur est de neuf à dix pieds ; nou?- l'avons creusé, et avons enlevé huit pieds de sable , pierre et roc. Après cette opération, nous sommes arrivés à un fond de terre argileuse, mais nous n'avons pas creusé plus avant , dans la crainte que l’eau ne vint a manquer. Dans ce puits, il ne venait que cinq à six outres d’eau par nuit; à présent on en trouve huit pieds dans le même espace de temps. Ce puits a été rétabli, ainsi que ses abreuvoirs.
« Le troisième puits est dans un grand état de vétusté; nous avons pourtant réparé son bassin; son eau n’est pas potable, mais elle sert à abreuver les animaux. Le quatrième puits a été creusé et renouvelé entièrement. Son fond contenait six pieds de cailloux; en outre, vingt pieds de profondeur étaient encombrés de pierres et de sable. Nous avons construit une portion de puits, du diamètre de six pieds, sous le roc. 1,’on trouve maintenant six pieds d'une eau douce, mais dont on ne peut se servir avec facilité, parce qu’elle n’arrive pas à la superficie de la terre comme dans les autres puits; nous n’avons pu le creuser davantage, n'ayant pas eu la faculté de faire beaucoup de dépenses.
En quelque temps que ce soit, on pourra continuer le travail avec facilité.
« De la Guitta, nous nous sommes dirigés au nord, vers un endroit appelé El-Hamamat, qui est éloigne de huit milles des puits ci-dessus indiqués.
« Dans cette position nous avons reconnu un puits de forme octogone et de vingt-cinq pieds de dumètre, aveo des escaliers^iour descendre et monter; ces escaliers sont pratiqués en dehors et en dedans, avec deux murs. Nous supposons qu’il a fallu de grandes dépense^ (>our le construire. Il y a des gradins de trois pieds de diamètre; on en compte
ju.squ’à cent quatre; quelques gradins sont placés q.i et là dans le milieu. Nous avons enleve hors deee puits deux pieds de pierres et de cailloux, et nous avons creusé quatre pieds de profondeur; nous l'avons ensuite revêtu d’un ciment, sur cinq pieds de diamètre; malgré cela , ce puits n'a donné que deux à trois outres d'eau pendant douze heures. La profondeur actuelle est de cent six pieds. Son eau est si mauvaise qu'elle ne peut même servir aux animaux, sinon dans un liesoin extrême. Il est vraiment surprenant que dans ce puits, si bien fabriqué et de belle apparence, l'eau ne soit plus potable.
« D’A/ Z/amamof nous sommes arrivés à Bijr-Essad, a dix milles de distance. Dans cet endroit nous avons trouvé un puits de si.x pieds et demi de profondeur; nous l’avons encore creusé de huit pieds ; il a fallu travailler dans la pierre dure, parce qu'il est situé entre deux montagnes, dans un passage étroit.
Son eau est potable.
« De Hyr-Essad nous avons pris la routeau sud jusqu’à I\rraxsafeh, dans la vallée de r Ouàdy-el Casse/i , qui est éloignée de dix à onze milles de Byr-Essad. Là nous avons reconnu trois puits en fort mauvais état.
" Le premier de ces puits a neuf à dix pieds de diamètre ; son eau est passablement bonne à quatorze pieds de profondeur ; nous l’avons re.stauré et nettoyé. Aujourd’hui il y a environ vingt-six pieds d’eau. Le second puits est profond de vingt-quatre pieds, avec quatorze pieds d’eau ; celui-ci a été également restauré : nous y avons fabriqué six nouveaux réservoirs pour abreuver les animaux; actuellement il contient dixhuit pieds d'eau. Le troisième puits est de la même profondeur que le premier; nous l’avons aussi nettoyé et raccommode. De COuâdy-el-Oasseh nous sommes allés sur la route de Kosséir, dans un endroit appelé Sayallei-el-hay-Solyman, ou bien Seyd-So/yman. La noms avons trouvé deux puits, où il y avait peu d’eau. Nous avons creusé le premier à quarante-deux pieds de profondeur, sur un diamètre de neuf pieds, avec quarante-cinq gradins. Dans le fond du puits il y avait trente et un pieds de cailloux et deux pieds de roche
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très-dure ; actuellement il y a cinq pieds d’eau.
« Le second puits a trente-huit pieds de profondeur. Nous n’avons trouvé de l’eau que lorsque nous sommes arrivés au roc ; mais nous ne l'avons pas creusé, parce que le commandant de notre escorte ne voulut pas faire de nouveaux frais sans y être autorisé. L’eau de ces deux puits est excellente. »