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CHAPITRE VI

TOPOOBAPHU.

S’il ne s’agissait quede faire connaître les principales cités de l’Egypte moderne, nous pourrions nous en tenir à la description du Caire et d'Alexandrie. Mais l’Egypte nous intéresse surtout par son passé. C’est pourquoi les moindres localités et les plus misérables villages, qui ailleurs n’attireraient pas les regards du passant , offrent ici souvent le plus haut intérêt historique.

Alexandrie. Cette ville futf comme on sait, fondée par Alexandre le Grand, dont elle porte le nom. Il y a eu beaucoup de villes de ce nom ; mais l’Alexandrie de l’Egypte a toujours occupé le premier rang. Sa fondation remonte à l’année 323 avant J. C. , c’est-à-dire à l’époque du voyage d’Alexandre au temple de Jupiter Ammon. Elle occupe l’emplacement de Rbacotis, port commode, qui avait déjà quelque importance sous les anciens rois d'Egypte. En face de la cdte était située l’tle de Pbaros, séjour deProtée, dont parle Homère (1). Mon Oiodore (3), Alexandre traça lui-méme le plan de sa ville (3) entre le lac Maréotis

(I) On s'est laissé embarrasser de ce passage d'Homère qui place l'ile de Pharos à unejournee de l' Égypte. Les ans ont supposé un immense accroissement da Delta, qui se serait opi're depuis le temps d'Homère Jusqu'au siècle d'Alexandre. Les autres ont pensé que le mot Kgypte ( 'AtTÛnroc ) désignait Ici le Nil , et qu'il s'agissait de la distance de l’ile, non au rivage le plus proche, mais a rembouchuredo fleuve. Ces (leux opinions paraissent également erronées. N'est-il pas plus simple d’admettre que du temps d'Homère, comme à d'autres époques, la côte de l’Egypte était exclusivement comprise entre la brancbe Canopique et la branche rèlusiaque , et que le rivage eu face de l’ile de Pharos , appartehait è la Ubye7 ( Odyu., IV, 35X. )

iV Blbl. HIsL XVII M.

(3; L'arcbilccte d'Alexaodrle s’appelait Di-

au sud-ouest , et la Méditerranée, qui forme au noi^-est un golfe profond, qui a la forme d’un lac(lacMadieh). • Elle avait, dit Diodore, ses rues disposées de manière à donner aecès aux vents étésiens. Les vents soufflant de la haute mer rafraîchissent l’air de la ville et entretiennent, par une douce température , la santé des habitants. Il entoura la ville d’une enceinte remarquable par son étendue et par son assiette forte-, car, placée entre le grand lac et la mer, elle n’est abordable du cdté de la terre

?|ue par deux passages étroits et trèsaciies à défendre. La forme de la ville représente assex bien une chlamyde; elle est traversée presque au milieu par une rue admirable par sa longueur et sa largeur ; car d’une porte a l’autre elle a quarante stades de longueur sur une plèthre de large (1). Cette me était bordée de maisons et de temples magnifiques. Alexandre y fit construire un palais royal, d’une architecture imposante. « Ce palais, situe sur une saillie de la cdte connue actuellement sous le nom de promontoire de Lockias, fut plus tard considérablement embelli ; une partie s’appelait le Mwteum; c’était le siège des sciences et des lettres. Une autre partie de ce palais se nommait Soma (le corps); c’est là qu’étaient les tombeaux des Ptolémées et celui d’Alexandre le Grand. Le quartier où se trouvait le palais portait le nom de Bmchium; on y voyait une multitude de beaux édifices. Il faut en chercher aujourd’hui les traces près de la branche moderne du canal qui se jette dans la mer derrière la porte de Rosette.

L’emplacement du Cæsarium ou temple de César est marqué par deux obélisques ( sigillés de Cléopâtre) ; ils étaient placés, selon Pline, à l’entrée du temple de César.

Une chaussée de sept stades de long ( de là son nom de Heptasladion ) joignit rtle de Pharos au rivage où est située la ville. Cette chaussée, semblable à celle de Tyr, fut, au rapport de Flavius Josèplie, construite par Ptolémée Philadelplie, et non par Cléo-

Docratè ou Dinocharès; Plutarque lui donne la nom de Staslcrate.

( I ) Cinq mille quatre oeuts mètres sur treule de large.

ÉGYPTE MODERNE. 1C7

pâtre, ainsi que le prétend Aniroien Marcellin. Cette chaussée ou môle établissait une ligne de séparation entre le Grand port, aujourd’hui porl Neuf, situé à l'est de la ville, et le port Eunos~ tus, aujourd'hui lieux porl, situé à l'ouest (I). Cependant on y avait pratiqué des ouvertures par lesquelles on pouvait, au moyen de barques, se rendre d'un port à l’autre. Dans le Grand Port était le port .Secret, qui était exclusivement réservé à l’usage des rois; il était en face du palais. En avant du port Secret était l’tlot A' Anürrodug, où se trouvaient quelques édiflces. Le port ou réservoir artificiel appelé Kibotos eominuniquait, par un canal navigable, avec le lac Maréotis. Il est aujourd’hui comblé. Près du port Secret était le théâtre, la bourse et le temple de Neptune ; ce dernier occupait la place du Posidium Marc-Antoine prolongea par une digue Jusqu’au milieu du port Secret; il y bâtit un palais auquel il donna le nom de Timonium, en l'honneur du misanthrope Timon, parce uu’il comptait V passer le reste de sa vie dans la solitude. A côté du Posidium était le Cæsarium , l’Emporium ou le grand Marché, les A|K>stases (Marais) et le chantier qui s’étendait Jusqu'à l’Ueptastadion. Le Bruchium était fortilie et séparé de la ville par un mur d’enceinte; Aurélien le Ut démolir. C’est entre le Grand port et le port Eunostus que se trouvait anciennement le village de Rhacotis. Là était situe, sur une colline, le Sérapium ou ancien temple deSërapis;il fut détruit, en 389, par Théophile , patriarche d'Alexandrie (2). La partie ouest de la ville ren-

(B Avant le régne de Méhémet-Ali. l'entrée de oe port élalt défendue à loua les navire* chrétiens, qui devaient se contenter dn port de l'est , moins profond et moins sOr. Le port EunoiluM (de son reloorl était aliLsi appelé, parce que, tourné vers l'oaast, les vents les plus ordinaires et ht grandeourant qui vient de (Gibraltar y pou-aent nataretltaieol.

(3) t Le Sérapeum s'élevait daft* rAcropole, sur cette éminence, aujourrrhol moliu considérable , d'ou la vue domine encore la ville et la mer. La devait être aussi la citadelle do i'aiiuienne Racplis, anlérleoce A Alexandrie, |K>sl« mllilairé , établi par les Pharaons pour garder la cèle et pour surveiller les nomades de l'ouest C'élall, du reste, un nugnilique «dllice que le Sérapeum d'Alexandrie; on y nionlait parcent degrés, et Ammien Marcellin le eomparc au Capitole. De sou sommet, comme

fermait le Gymnasium , le Dicasterium (tribunal) et le Panium. Derrière ces édifices s’étendait au sud-ouest la Nécropole, espèce de faubourg où se trouvaient les tombeaux et onze maisons destinées aux opérations de l'eiiibaumement ; on y céluirait aussi les jeux quinquennaux. (I) En sortant de ce faubourg, on arrivait sur l’Iiippodrome, et de la à Nicopolis, célèbre par la vic'toire d’Auguste et la prise de Cléopâtre.

En parlant d’Alexandrie, nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot du Phare, une des sept merveilles du monde, et de la ûmeuse bibliothèque. Le Phare fut construit par Ptolémée Philadelphe sur un rocher à l’extrémité nord-est de l’ancienne tie de Pharos, qui fut, comme nous venons de le

de point le pliH élevé de la ville, Cancaila contempla le massacre qu’il avait ordonné. C'est autour du Sérapeum, au coeur de la vieille Alexandrie, que le heurtaient surtout dans un cooflil opiniâtre les deux religions rivales. C'est sur les defués qui conduisaient au temple que se tenait intrépidement Origène, mêle aux préires égyptiens, distribuant comme eux des palmes à ceux qui se ptésenlaieni , et leurdisanl : t ftecevez-les, non pas au nom des idoles , mais au nom du vrai Dieu. » C'e.st la que, sous Julien, les païens traînaient les chrétiens, pour immoler ceux qui rrfusalrnl de sacritter a Serapis; c'est laque, sous Théodose, les chrétiens se préetpitereni en furieux, brisant les portes, renversant les Idoles, et remportant sur les murailles et les chapelles abandonnées cette victoire qu'Luiiape, le Plutarque des philosophes alexandrins, célébra avec une Ironie al amere. Le bérapeum élalt le palladium de la religion égyptienne et de la philosophie grecque. A l'époque de sa destruciioii , il rrpr»cntait l'alliance que loutes deux avaient fini par former contre l’ennemi commun , la religion chrétienne. Dans celte extase prophétique à laquelle aspiraient les philosophes alexandrins, l'un d'eux, Antoninus, fils de la visionnaire Sosipatra, avait prédit la chute du Sérapeum , comme les prophètes de Jérusalem prédisaient la ruine du aaini de* Saints. Un oracle sibyllin disait : O .Serapis, élevé sur Ion rocher, lu feras une grande chute dans la trois fol* minable Egypte. > ( M. Ampère, Heeut da cttux monUti, aniiee IMS, p. «33).

( I ) Les Egyptiens avalent toujours une ville des mort* a coté de la ville des vivants , et toujours elle était située a l'ouesl, comme ici. Celte habitude tenait a leurs croyances. Ils plaçaient dans la région ou le soleil se couche la demeure des Ames, et ils exprimaient par le même hiéroglyphe et par le même mot, ameuti, celle demeuré mystique et la région du couchant. A l'ouest (TAIex.indrie était le faubourg ou SIrabon vil les sépultures el les maisons pour rembaumement des morti.

L’UKIVERS.

dire , jointe plus tard au ronlinent par le moyen d’un môle. Celait une tour carrée en marbre blanc, qui servait de guide aux navires égarés. On y lisait , suivant Strabon (XVll, p. 544 ) l’inscription suivante : « Sostrate de Cnide, (ils de Dexiplianes, aux dieux sauveurs pour ceux qui traversent la mer. » Mais, d’après Lucien , il faudrait substituer au nom de Sostrate , celui du roi Ptolémée. I^a tour du Phare , dont le nom fut par la suite appliqué à toutes les vigies du môme genre, avait, dit-on, coûté 800 talents ( près de quatre millions de francs ).

Quant à la bibliothèque d’Alexandrie, la plus célèbre dont l’histoire fasse mention, elle se composait d'environ 700,000 volumes , dont 400,000 étaient conservés dans le Bruchium, au musée du palais (1), et 300,000 dans le temple de Sérapis. Cette bibliothèque avait été fondée par Philadelphe Soter, et enrichie, à grands frais, parles successeurs de ce roi, qui entretenaient des copistes et faisaient venir les originaux de toutes les parties du inonde. Le dépôt du musée fut incendié pendant la guerre de Jules-César contre les Ale.xantlrins (’J). Quant à la bibliothèque du Sérapium, on en a attribué, à tort selon nous, la destruction au calife Omar.

Cet acte de vandalisme avait été probablement déjà accompli par les chrétiens , antérieurement à l'invasion des Arabes.

Le ^rapium ii’avait-il pas été démoli par ordre du patriarche Théophile.’ Alexandrie était la résidence des Ptolémées, et plus tard le siège des préteurs romains. Cette ville , en raison de sa position géographique et de ses relations commerciales avec la Syrie, l’Arabie, l’Inde, prit en peu de temps un accroissement con.siderable , et atteignit un haut degré de prospérité. Du temps de Diodore (50 ans avant J. C. ) c’était une des premières villes du monde tant par ses richesses que par le nombre de ses habitants. « En effet, dit cet his-

torien , elle l'emporte de beaucoup sur les autres villes par la beauté et la grandeur de ses édihees, ainsi que par ses richesses et l'abondance de tout ce qui tient aux besoins de la vie. Elle est également supérieure aux autres villes par sa population ; car à l’époque où nous avons visité l'Egypte ceux qui tiennent les registres du recensement nous assuraient que la population de la ville se composait de plus de trois cent mille hommes de condition libre, et que les revenus du roi d'Egypte étaient de plus de six mille talents (i). >

La population d'Alexandrie diminua singulièrement dans les siècles subséquents. 'Vers l’annce 1790, elle ne se composait plus que de cinq mille âmes.

Elle s’accrut de nouveau sous le règne actuel de Méhémet-Ali ; car, d’après les documents les plus récents , la moderne Alexandrie compte environ soixante mille habitants , sans y comprendre la garnison et les matelots, (i’est, comme jadis, un mélange de Berbères, d'Egjptiens , de Syriens , de Juifs , de Coptes , d’Arméniens, de Turcs , de Grecs , d’Albanais et d’autres Européens (2).

Parmi les monuments de l’ancienne Alexandrie, il nous reste encore les deux obélisques (aiguilles de Cléopâtre) élevés jadis devant le temple de César, et la colonne de Pompée. Les obélisques furent faits, selon Pline, par ordre de Mesphre, sans doute le roi Mesphra- Thothmosis de la liste de Manéthon, et apportés d’Héliopolis à Alexandrie (3). Ils sont en granit ronge, connu sous le nom de syénile. L'un est encore debout; il a environ soixante-dix pieds de haut, sur une épaisseur d’environ sept pieds a sa base; l’autre est couché tout près de son piédestal en calcaire blanc; il est un peu moins long que l’autre, mais tout aussi épais. Itléhémel-.Vh en a fait présent aux .tiiglais. Mais ceux-ci pensent que ce monument, dans féiat de dégradation où il se trouve, ne vaut pas la peine d'étre transporté dans leur

(I) Le musée était une iuslitation grecque, (l) Ribliolhiquf hMoriijue, XVll ,

comme son nom- Ses chef» furent des litter.i- (2) Gardner vVilkinson , Modrrn Eg’jpt ««J

teurs arecs; leurs travaux eurent pour otijel r/ir6cs, etc. ; txindon. lR-43. vol. I. p liio.

les lettres et la pliiloloaie greeque; sou orRa- (3] On y Ut, suivant M. Ampère, sur la

nlsatlon n'offrit Jamais rien degyptien onde bande du milieu, le nom de Tliuulniosis III, sacerriolal. " illustre pour avoir iialtu les üyk. • (/ieeue

) ieWurn rie , III, a.^ dej deui mondes, aunce ISU», p. 1 II.)

■ ’oc P, VjOOgle

KGyPTE MODKU^E.

pays (I). Un peu a l'est de l’endroit où se trouvent ces obélisques, on voit les restes d’une vieille tour ronde , appelée ioxtr romaine; elle forme l’angle du mur. A en juger par son architecture , elle semble appartenir au temps des Arabes.

La colonne de Pompée est placée sur une colline au sud de l'enceinte actuelle. Elle se compose du chapiteau, du filt, (le la base et du piédestal, qui repose sur lin soubassement de petits blocs réunis pardu mortier, sansdoutedes fragments d’autres monuments plus anciens. Wilkinson a lu, sur l’un de ces blocs, le nom de Psammitichus II. Beaucoup de voyageurs y ont inscrit leurs noms, au grand dommage du monument; l’uii de ces noms, tout à fait obscurs, recouvre de ses lettres gigantesques l’inscription grecque, qui s'y trouve. Wilkinson s'élève ici avec raison contre cette stupide détérioration du petit nombre ue monuments qui nous sont parvenus de l’antiquité (2). Suivant Sait et Wilkinson, qui ont déchiffré l’inscription grecque , cette colonne, qui porte improprement le nom de Pompée, a été érigée en l’honneur de Dioclétien, parPublius , préfet d’Egypte (.3).

La hauteur totale de la colonne e.st de quatre-vingt-dix-huit pieds neuf ponces ( mesure anglaise ); le fût e>t de soixantetreize pieds; la circonférence de vingtneuf pieds huit pouces , et le diamètre an sommet du chapiteau de .seize pieds six pouces. Le fût est élégant et d’un bon style, tandis que le chapiteau et le piédestal semblent être d’une architecture plus récente. M. Wilkinson, i|ui examina la colonne au moyen d’échelles, vit à son sommet un enfoncement circulaire, sans doute destiné à recevoir la hase d’une statue. Il suppose ipie celte colonne fut élevée à Dioclétien a l’oeca-

(H Wilkinson, Moiicrii E'j’jpl, vol. I,

(‘i> ibid.f p. I&Q.

(é) CuUe in»criptii>n eM aliul conçue :

Tb'f TtjiiwTaTov a'jToxçiTopa tôv noXioûxov ;\>.s5avèf.£Îa; .iioxXr.Tiavov rôv à*nxr,Tov IloûC/.io; ènàpxo; è7iàY20(j).

Wilkinson partage le doute de Sait sur iVxac* Ulude du duruii T mut ,

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