IV
sion de la prise d’.Alexamhie, en 29G apres J. C., qui s’était révoltée contre cet empereur. Dioclétien avait d’ailleurs des titres particuliers à la gratilud.a des habitants d’Alexandrie : dans un moment de disette il leur avait alloué deux millions de médimnes de blé.
Quelques parties de la Nécropole ou des catacombes se voient encore aujourd’hui. On y remarque surtout l’architecture élégante et la svmétrie de l’une des chambres; rentabfature est dans le meilleur style dorique. Le voyageur qui veut visiter ces cataconilies doit se munir d une corde et d’une echelle. Leur distance du quartier franc est de prés de trois milles; on peut s’y rendre par eau et par terre. Chemin faisant, il rencontrera plusieurs tombeaux à fleur d’eau; d’autres sont même au-dessous (lu niveau de la mer; et c’est à tort qu’on leur a donné le nom de bains de Cléopâtre. De deux choses l’une :
ou la cù\e s’est abaissée depuis des siècles, ou la mer s’est élevée au-dessus de son niveau ancien. Malgré les progrès de la science, il est diflicile de décider cette question, en apparence si simple. On admet généralement que telles côtes se sont abaissées, tandis que d’autres ont été exhaussiies. Ou cite à l’appui du dernier cas llavenne et Arles, qui, jadis villes maritimes, se trouvent aujourd’hui dans l’intérieur des terres.
Au nord-est du couvent grec, derrière lejardin de M. Gibarra, riche Italien, a Alexandrie, se voient des débris de plusieurs grandes colonnes en granit, ui jadis paraissent avoir fait partie e quelques beaux édifices. On en voit d’autres plus petites derrière la maison de M. Co.sta, au bout du quartier franc. M. Wilkinson suiipi;onne que ces colonnes ont appartenu à l’ancien temple d’Arsinoé, .situé près du nu’ile.
Pline place dans ce temple la statue de la sœur (Arsinoé) de Ptolémée Pbiladelphe; cette statue en fer était, dit-on, suspendue à la voûte du temple p.ir d’énormes aimants. Il y avait aussi un obélisque qui fut envoyé à Rome, et élevé sur le forum.
La ville actuelle d’Alexandrie n’occupe qu’une petite étendue de la côte : elle n’occupe que la huiticnio partie environ
L’UKIVERS.
(le l’eni placement ancien (I). L’enceinte ainsi que les portes et les maisons sont de construction moderne. Les rues sont étroites, et la plupart non pavées. Parmi les édifices punlics, on remarque l’église de Sainte-Catherine, appartenant aux Grecs ; l’église de Saint-Marc , qui appartient aux Coptes, et la belle église de Saint-Atbanase , qui a été convertie en une mosquée. Il y a un petit théâtre ; les acteurs, tous amateurs , sont européens.
Au coin du quartier franc ou trouve un cabinet de lecture et une librairie. On y remarque aussi le palais du paclia , l’arsenal et quelques bazars.
Diodore, Strabon, Ammien Marcellin, Quinte-Curce et Celse ont vanté la salubrité du climat d’Alexandrie. Strabon l’attribue, non sans raison, à ce qu'on faisait dériver l’eau du Nil dans le lac Maréotis qui n'avait pas ainsi le temps de se convertir en un marais pestilentiel pendant la saison de l'été. Vers la fin du siècle dernier la communication avec le Nil ayant été interrompue, le lac Maréotis s'êtait presque desséché. Mais à l’époque de l’occupation française les Anglais y firent passer la mer, pour empêcher les assiégés de s’approvisionner d’eau douce par la voie du Caire. Maintenant il redevient lac. Le Maréotis était autrefois asse'z profond pour servir à la navigation intérieure. Selon Strabon , il avait un peu moins de trois cents stades de longueur sur cent de large, et contenait nuit lies; sur ses bords se pressait une population industrieuse, et on y cultivait un vin d'excellente qualité (2). A deux milles environ au delà des catacombes, on voit les ves- ’tiges d’un ancien canal qui faisait com-
(1) « Suivant la judidfUM comparaison de M. Rohillard. la vUle d^Alexandrie, avec son port hérissé de mâts de navires^ ressemble de loin à uo paquet d'alguilies plantées sur une petite pelote Jaune. Des moulins à veut couvrent (es hauteurs vobine^t de la ville; les Français ont Cün.struiUi‘8 deux premiers» les autres sont Tceuvre du pacha. La côte est trop plate pour que la ville puisse se présenter avec avantage. Venise>seule, bien que héUe à ras des flots, est d’UQ effet admirable; elle le doit à scs clochers et à ses dômes. Alexandrie ne nous frappe point par son aspect, elle ne nous attire (me par son num et ses souvenirs. >• ( M. Ampère, Recherches en ÊgypU et en Piubie, Revue des (leux mondes, ih46, p. 4oc.)
(2) Slrat>on, XVll, p. bao; UoraU, Od., üh. l, 37; Vir;;., Ceorg.^ II, »l.
muniquer le lac Maréotis avec le Vieux port.
A l’histoire d’Alexandrie se rattachent les plus grands noms de l'histoire :
* Qu’on nous montre, dit M. Ampère, une autre ville fondée par Alexandre , défendue par César et prise par Napoléon. »
La première ville qu'on trouvait au nord-est d’Alexandrie était Canoptu; elle était située sur les bords du canal, et dans le voisinage de la branche Canopique (Naucratique ou Uéracléotique) du Nil. Canopus était célèbre par son temple de Sérapis. Ses habitants passaient pour très-débauchés.
Aboukir est un village connu par une célèbre bataille navale. Il y a un fort qui sert de prison d’Etat. A deux lieues à l’est d’Aboukir est une ouverture , appelée Madieh, par laquelle le lac Ktko communique avec la mer ; on croit que c'était l’emboucbure de la branche la lus occidentale du Nil, c'est-à-dire la tanche Canopique. C’est l'angle ouest de la base du Delta.
Schedla était à cent vingt stades d’Alexandrie (environ quatorze milles anglais); son nom était dû à la barrière qui fermait l’entrée du fleuve. M. Sait a découvert , en 1830 , quelques vestiges de cette ville sur les bords du canal Mahmoudieli.
Ce canal, qui relie Alexandrie au Nil, fut commencé en 1819, par l’ordre de Méliémet-Ali. Celui-ci lui donna le nom de Malimoud , alors sultan de Constantinople. Plus de deux cent cinquante mille ouvriers étaient, dit-on, occupés pendant plus d’un an au creusement (le ce canal ,
?ui, suivant Mengin, a coûté 7,500,000 rancs. Près de vingt mille ouvriers y perdirent la vie, par suite de maladies ou d’accidents. Pendant les travaux de déblayement, on trouva une inscription dédicatoire de Ptolémée Évergète , gravée sur une mince lame de cuivre (1).
Méhémet-Ali Gt remettre cette antique à sir Sydney Smith , par l’interniédiaire
(I) Cette Inscription est ainsi conçue : Bxoïlxù; llToXepaîoc IlToXs|iaiou xat Apoivoiic Bcùv iScXçüv xal petoiXttraa lUpavixi) <1 diStXsè *«* Tvvn aÙTOÛ và tbusvoc ’Ooipti : Le rot Ptolémée, llls de Ptolémée et d'Arsinoé, de dieux frères, et la reine Bérénice . sa soeur et sa femme, ont dédié ce temple à Oslris.
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ÉGYPTE
de M. Suit, alors consul général de l'Angleterre à Alexandrie.
Les bords du canal de Mahmoudieh sont garnis, de distance en distance, de télégraphes, qui établissent une communication immédiate entre Alexandrie et la citadelle du Caire. On y trouve quelques fermes et maisons de campagne appartenant à des Européens établis a Alexandrie. Dans une partie de son parcours , le canal Mahmoudieh suit la direction de l'ancienne branche Canopique et le vieux canal de Fouab. On rencontre çà et là des débris d’antiques cités, telles que Schedia, Cbereu près de Karioun, Anthylla et Archandra. entre les bords du Ma'hmoudieh et le lac Etko, Hermopolit parva de Strabon , etc.
Entre Atfeh et le Caire il existe depuis quelques années un service de bateaux à vapeur. Tout en face d’Atfeh se trouve la ville de Fouah, l'ancienne Metelis, jadis célèbre par des dattes et la culture de la garance. Belon la décrit, au seizième siMie , comme étant la seconde ville de l'Égypte après le Cail-e.
A Rhamanieh était le commencement de l'ancien canal qui aboutissait à Alexandrie; elle occupe , selon quelques savants, l’emplacement de l'ancienne Naucratis, célèbre partout ce qui tenait aux élégances et aux corruptions de la vie hellénique, par ses coupes, ses vases et ses courtisanes. Le séjour de toutes ces brillantes fragilités n’a laissé aucun débris. Pendant ('expédition française Rhamanieh était une place fortifiée; elle tomba en mai 1801 au pouvoir des Anglais.
Sur la rive droite du Nil , au nord du village de Sa-el-Hagar , on voit les ruines de l'ancienne (5xades Égyptiens), célèbre par les mystères d'Usiris (I).
Cécrops , chef de la colonie qui s'établit en Grèce , était originaire de Sais. Il y eut dans cette ville les tombeaux d’Apriès et d'Amasis (2). Sais fut la résidence de la dernière dynastie nationale, avant la conquête des 'Perses. On y voit encore une vaste enceinte en briques et quelques ruines. Du reste, ces ruines, visitées parCbampollion, L'Hôte et \Yil-
{■) Foÿ. dan* Wilktnaon, Modem Egypt, la dvacripUoo de ce* ruines, p. 183.
lU) l'oy. , aur la ville de Sais , Ucrodote , II, 02, I7U, 171, I7&-I78.
kinson, offrent, d’après ce qu’ils en disent, un médiocre intérêt. C'est à Sais ue Platon place l'entretien de Solon et es prêtres sur l'Atlantide.
A deux ou trois milles environ à l’ouest de Kom-Sherik , on trouve les monticules d'une ancienne cité; un peu plus loin,
J très de Tarih, on en trouve d'autres dans a direction de l'ancien Lyeia canalis ; près de Bouragat , sur la route des lacs Natron, on voit, selon M. Wilkinson, les buttes de l’ancienne Momemphis.
Teraneh est l’ancienne Terenuthis, Ses habitants sont principalement occupés au transport du natron , dont les lacs sont à douze heures de là. L’exploitation de ce sel a été affermée à M. Gibarra (1).
(Il La route ordloatre qui conduit de* rives du NU aux laça de Natron ou WadI Natrouo , passe par Teraoeh. Il y a eovirou douze heure* de marche depuis cet endroit Jusqu'au village de Zakik ou zakouk, qui est le point habile, le plus septentrional , de la vallée de Nairun. En quittant Teraneh on traverse les ruines d’une ancienne cité, où l’on recueille du nitre. Cet ruines sont d'une grande étendue, et paraissent appartenir à l'époque romaine. M. \V ilkinson pense que ce sont les débris d'un villai'e ou ville dont les habilants étaient exclusivement occupés au transport du natron. Momemphn et Menelal Vrbt se trouvaient aussi dans le voisinage de Teraneh. C’est a Zakik que commence la desceole dans la vallée de Natron. t>lle vallée est plus basse que celle du Nil. Suivant l’eslimalion , d’ailleurs peu précise, de M. Wilkinson, la rive du Nil à 'Teraneh est h environ 68 pieds au-dessus du villaee de itakik , ou à 86 au-dessus de la surface des lacs de Natron.
Le village de Zakik se compose d’une soixantaine de hulli's, et renferme environ deux cents habilants, la plupart d’origine européenne,
3ul se livrent i Textraclion et au dessèchement U natron. On y voit les vestiges d’une verrerie romaine. Le natron est recueilli dans la plaine et dans les lacs salés, dont les princi-
Saux s’appellent El-Counfedieh et El-Hamra.
n en reUre aussi, mais en moindre quantité, de deux autres, nommés El-K.hurtal et Mellahat-el-Ujoun. Il y a bull lacs qui contiennent de Teau toute Tannée; et le plus grand, situé au midi, s’appelle Hellshat«m-Kisheh, et ne donne que du chlorure de sodium. Deux étangs, le Birketel-Schoukayfeh et le Birkel^;l-Rumaed, se desséchent en été ; quelques autres étangs salés sont de peu d'importance. Le sous-carbonate de soude ( natron ) et le chlorure de sodium cristallisent séparément dans les eaux ou Ils se trouvent; le dernier forme la couche supérieure, d’environ 18 pouces d'épaisseur, et le premier la couche inferieure, dont le minimum d’épaisseur est de 27 pouces, et varie suivant la profondeur du lit. On n'y trouve pas de sutfale de soude. I.e niveau de Teau, dans ces lacs, varie suivant les saisons; il commence a s'élever vers la On de décembre, et coiiliuuo
7ÇO t
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l/UMVKRS.
Près de Rhnias (Lekhmas) on croit avoir trouvé les ruines de la ville de Ménélaüs, frère du premier Ptolétnée.
Un peu au-dessus de Ahou-Ghaleb ou commence à apercevoir, dis bords du neuve, les pyramides, qu‘on ne perd plus ensuite de vue jusqu\m Caire. Deux milles plus loin , ou nonUouest d'Oin*. i* Dinar, est l’endroit où Ton a commencé le barrage du rsil. Le but de cette gi.uan-
ninst Jusqu'à la tin de mare, où il commence à (It^ruilre au point qu'il ne reste plus qu'uue couche de natron cribtallué.
Le natron est de deux sortes ; le blanc et le aollauieh. Le dernier est détaché du lit des laça a mesure que l'eau se retire, tandis que le premier provient des bas-fonds qui entourent les lacs, vt qui ne sont pas couverts d'eau. Le natron soltanleh est la meilleure espèce ; oo le purifie en le dissolvant dans l'eau, et le faisant cristalli.ser.
Le Wadt-ISatroun n*est pas le seul district ou l'oo trouve le natron. Il yen a aussi dans la vallée d'El-Kab ( d'autrefois) , ou U
cristallise sur les bords dequelquesp^'tltsétangs, à l'est de l'ancienne cité. Suivant CloLHey , on rencoutre encore du natron sur les rives du lac .M<rri8 , dans le voisinage d'Alexandrie, près du lac Maréotis et de l'iitthnie de Suer, i.es caravanes en apportent du Darfour. Les Fellahs le mâchent en guise de lahnc.
I..a vallée de >atron offre plusieurs srmrrrs d’eau douce , dont les plus pures sont au sud, dans le voisinage des monastères. La s^nircc de Dayr-Bararnous est U^érement saline; l'eju qui en sort repose sur une couche d'ar;'ile. semblable à celle qui lorme la baM* des cohinrs environnantes. L'eau, sans donle, liitre à travers les montagnes qui sépamit Wadi-Nalroun du Nil; arrivée à la Itase argileuse de la chaîne libyque, eetleeau se frave une issue dans les basses vallées; elle forme de* sources d'iîau douce dans Ire endroits ou le sol est exempt de nmtiére saline, et des étangs ou lacs de natron la ou elle traverse des couches imprégturs de sels. Il faut que l'eau , ainsi inl'ritrée, lusse bien des détoure ou qu'elle chemine bien lenlemeut |H>nr que lii crue des lacs salés ne se fasse sentir que près de trois mois après celle du Nil.
La population du NVadl Natrnun ne se compose, suivant M. WilkhiMm, que de 277 l•.a!^ltanls, dont 2m) appartiennent . rumnie nuu.s l'avons dit, au village de ZakiK , et 77 aux monasterre ( :{» a4o fHuir lecomml de I)ayr-?>nrjdni, 22 pour te couvent Sninl-Macaire, lâ puiiro»*lni de Aniba-bichol, et 7 pour Davr-Barmiious i. Tous (es mona:,teres sont occii|)és parties Contes; ils sont imiiiis important* que mu «Je î^amt-Anlolne rl tie Saint-Paul . dans te désert de l'est. Chaque communauté rel g«Mjveriu*e par un supérieur; (es nioim^prC’tnrs ont leiitviMle peres les aritres mhiI tie siinplre
irercs. I.eur mstnicllon. parait tft*s bornee. Le* hibtinitieques de cre mon.'isl«>rPH renb'rnn-nl, tiit-un.des manuscrits grecs très-pré- «•HMix. Il serait digne d'un gouvenicmentédairé tic confier a quelque savant la mission lionorallie «l'exposer au grand jour Ire richesses eiifn«n«K dans C4*s blbiiolhé<iUcs mon.islhpn's de l‘f.g\ pt«*.
tesque entreprise est de suppléer aux machines d'irrigation, si dispendieuses, après que les eatix du Nil en sont retirées. Ijne digue doit être jetée à travers la branche de lloselte , une autre à travers la branche de Damiette ; l'eau ainsi emprisonnée doit se rendre dans un large canal coupant le centre du Delta; retenue à l'aide d'écluses, elle est ensuite distribuée régulièrement selon les circonstances et les be.soins. Cet ouvrage, digne de Méliémet-Ali, a été commencé par itl. Linant ; mais il a été souvent interrompu,et Userait à regretter qu'il fût abandonné.
A quelque distance du village d’Omel-Dinar est l'angle méridional ou le sommet du Delta. C'est là que le Nil se divise eil deux branches : celle de Rosette et celle de Damiette. Jadis la pointe du Delta était bien plus au sud que maintenant. Cercasora , dans le nôme Latopolitique, juste au-dessus de la pointe du Delta, était, suivant Strabon, presque en face d'Hcliopolis , tout près de l'observatoire d'Kiidnxiis. Du temps d'Hérodote, le NU avait un canal jusqu’à Cercasora, mais au-dessous de cette ville il se divisait en trois branches qui prenaient différentes directions ; l’une (la brandie Pélusiaque) allait a l’est; une autre (la branche Canopique) allait à l’uuest,etlatroi.sième(lal)rancheS'-iiennytiquejcontinuaitàsuivre en ligne droite son cours primitif jusqu’à la pointe du Delta, où elle se partageait endeux brandies (Saïtique et Mendésiemie) avant de se jeter dans la mer.
Après cette excursion depuis Alexandrie jusqu'aux portes du Caire, reveiious a la base du Delta.
I.a première ville importantequi se présente à l'angle occiilental du Delta est Rosette.
Rosette, ou Raschid en copte, passe pour la plus jolie ville de l'É^ypte moderne. Celte ville est située prc> de l’emboudiiired’iiiiedes principale.s lir.indies du Nil (raiicieniie tir.iucbe lînltiiline), qui remplace l'ancienne branche Canopique (I). Klle est entourée de beaux
(I) [.a liranrtie Canopique dit Mf, partant de l.a pttinte du Delta , se bifurqiinit tin peu auiles-mis de Khnmanieli : l une de» branches ou ennaiix (branche Holltilfnel .allait direcleineitl au nord ; l'aiUre. qui t^m^ervait le nom de
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ÉGYPTK MOÜt.r;M:.
jardins; c’est le siÿour favori des habitants du Caire et d'Alexandrie. Sa population est depuis quelque temps diininiiée. L’architecture des maisons, qui sont d'assez belle apparence , différé de celle des autres villes d'Égypte (I). Ilo- .‘-ette est entourée d'une enceinte assez forte pour résister aux attaques des Béilouius; il y a plusieurs mosquées et bazars. porte du nord est garnie de deux tours, d'une forme peu commune en Égypte. C’est entre cette porte et la plaine que se trouvent les [dus beaux jardins. Onn'y voitpointde monuments antiques; seulement sur quelques blocs de pierre qui servent de seuil aux portes des mosquées et des édilices prives , on remarque des inscriptions liiéro- «lyphiques. M. Wilkinson dit y avoir lu le nom de Psammiticus I. Ces blocs sont d'un schiste siliceux compacte, semblable à celui qu’on trouve sur la montagne Rouge , derrière le Caire.
Rosette est célèbre par l’inscription trilingue gravée sur une pierre que les Français découvrirent en creusant les fondations du fort Saint-Julien. A l’ouest de la ville sont des collines de sable qui menacent d’envahir les plantations de palmiers ; à l’angle sud-ouest, l’enceinte se termine par un petit fort, monté d'une demi-douzaine de petites pièces d’artillerie. Le.« eaux du Kil sont douces et potables ; elles ne deviennent légèrement salines que par un vent du nord constant.
A un mille et demi au sud de Rosette est une colline appelée Abou-Mandour , surmontée d'un télégraphe ; on la considère comme une partie de l’emplacement de l’ancienne Bolbitirie.
Damiette est plus considérable que Rosette. Fdle a donné son nom à la principale branche orientale du Nil, l'ancien canal Phatmitique, qui sortait de la branche Sébennytique, derrière l’ile d’Any-
nopiqae, se déviait a i'eat, en se rapprochant des montaRnes Ubygurs. Celle derniere lirunche est aujourd'hui en p.irlie coniblée , et en partie occupée par le canal moderne de Maliiiioudieh.
(I! C'est sans doute par inadvertance que M. XVillunsou a dit ( iVodrrn Egypl, voh I, p. 194 ) que Rosette comptait il y a viiiRt ans trente-six mille maisons. Sa population aurait étéde trois cent soixante mille, en comptant seulement dix tiabilanis par cliaque maison.
.sis. Da miette est l’ancienne Tamiat/iis, dont on sait fort peu de chose. Cette ville compte aujourd'hui environ 28,000 habitants. Elle est connne dans l’histoire des croisades comme le boulevart de l’É^ypte. Au rapport d’Aboulfeda, elle était autrefois située sur le bord de la mer, à l'embouchure même du neuve ; mais, comme elle était ainsi exposée aux attaques des Francs, les califes d’Égypte la démolirent , et fondèrent la ville actuelle de Damiette, à cinq milles eu amont du fleuve. Ce changement eut lieu vers l’an 12ôl après .1. C.
Damiette était jadis l’entrepôt du cominerceavec laGrèee et la Syrie ; mais son impartance commerciale a diminué en raison de la prospérité d’Alexandrie.
Damiette ét-ait célèbre par ses manufactures de cuirs; ses bahitants vivent aujourd'iiui principalement delà culture du riz et de la pèche.
Un peu plus haut , sur le même côté oriental de la branche de Damiette, est située Maiisoiirali (à3l° 4' 30" de latitude nord), une des villes les plus considérables du Delta. Elle fut, suivant Abouiféda, fondée en 1221 par Mélek-el-Kamel, à l’époque où les chrétiens assiégeaient Damiette. Elle reçut le nom de Mansourah {ta victorieuse) , en souvenir d’une victoire que les musulmans avaient remportée en cet endroit sur les croisés. C'est près de cette ville que saint Louis fut fait prisonnier, en 1230. Mansourah possède plusieurs manufactures de toile et de coton fort renommées. Au nord de cette ville est l'entrée du canal de Menzaleli ou Aschmoun, qu'on appelle aussi Toura-et-Soghireh , petit canal. Il renferme de l’eau pendant toute l’année.; mais après le mois d’avril il n'est navigable que jusqu’à Tel-el-Nassara. M. Wilkinson y a trouvé une espèce de cyperus {dihs des Arabes) qui ne parait pas encore avoir été décrite. Selon ce même auteur, le cyperus papyrus ne se trouve plus aujourd’hui en Égypte, pas même autour du lac de Menzaleli.
La pointe de terre à l’opposite de Mansourah , là où le canal se joint au Nil , est mémorable pour avoir servi de camp aux croisés en 1221 et en 1250.
Menzaleh (31° 11' 33" lat. nord ) est située sur le canal du même nom, qui se
xigic
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jette, à douze milles plus loin, dans le lac. C'était il v a une trentaine d’années un simple village de pécheurs; aujourd’hui il présente l’aspect d’une cite. On suppose qu’il occupe l’emplacement de l’ancienne Panephyxit. Sur la pointe de terre qui se projette au nord dans le lac de Menzalen, quelques savants ont placé Papremis, l’ancienne ville de Mars. En automne il y règne quelques lièvres; mais en hiver le séjour à Menzaleh est plus sain qu’à Damiette. Les habitants se livrent au commerce du riz et des poissons.
Le lac Menzaieh {lacus Tanilicus des anciens) est parsemé de nombreuses lies; ses bords sont garnis de plusieurs villages de pécheurs, au nombre desquels on remarque Matarieh et el-Ghuzneb. On y voit de nombreuses espèces d’oiseaux aquatiques.
La principale lie du lac est Tennis, l’ancien Tenntsus, situé jadis sur la branche Tanitique du Nil. On y voit des ruines de l’époque romaine; elles consistent en bains, tombeaux, et débris de poterie qui couvrent toute la surface de i’tle. Il n’y a pas de traces d’inscriptions hiéroglyphiques. Les tombeaux sont voûtés et pour la plupart peints sur un fond rouge et blanc. Une partie de ces matériaux ont été employés à barrer la branche Mendésiennepour empêcher l’invasiondes Grecs. Au sud-ouest de Tennis se trouve un autre ilôt, appelé Tüuiia ou Cheik Abd-Allah; on ^trouve aussi quelques ruines en granit rouge.
TVneA ( Pelusiutn des anciens ) est à vingt-trois milles environ au sud-est de nie Tennis, et à onze mille des bords du lac. C’est un village qui n’est important que par ses ruines. On a fait venir le nom de Pélusium de irâxo;, boue; il serait plus rationnel de le faire dériver du copte peremoun, d’où le nom de Farama, que les Arabes donnent encore à Tineh. Albouféda en parle comme d’une cité déjà ruinée, sur les bords de la mer; selon Èbn-HaukaI ; on y voyait le tombeau de Galien. Péluse était jadis une des villes les plus célèbres de l’Égypte; elle est mentionnée dans la Bible, sous le nom de Sin. Pompée, vaincu à la bataille de Pharsale, y trouva la mort ( en 48 avant J. C. ) par ordre du roi E*tolé- ■née, qui voulut faire sa cour à César.
Pline place le tombeau de Pompée à l’est de Péluse, dans la direction du mont Casius. Les ruines de Péluse sont d'un accès difficile ; en hiver, après la retraite des eaux, le sol est extrêmement boueux , il ne se desséche qu'en été; en aulomine , l’air y est malsain , et on y gagne facilement des fièvres.
Péluse a donné son nom à la branche Pélusiaquedii Nil. Cette branche suivait la direction du canal moderne de Schibbin ; elle passait un peu à l’ouest d’Onias; plu» loin elle formait une lie, où était située la ville de Bubastus. De la, elle se dirigeait au nord-est vers Pbacusa , aujourd’hui Fakkous, pour se jeter dans la mer, un peu à l’ouest de Péluse. Les principales villes situées sur la branche Pélusiaque étaient , à partir de la pointe du Delta , Onion, Bubattii, Daphné, Magdalsene. Onion fut fondée par le Qls du grand prêtre Onias, sousie règne de Ptolémée Pnilométor (1). Dans le même district se trouvaient sans doute les cinq cités juives qui, selon le prophète Isaïe , parlaient la lan^e de Canaan. Les Juifs les occupèrent jusqu’à l’époque de Vespasien.
A trente et un milles au nord-est d’Onion, ou à un mille au sud de Zakazeek, est situé Tel Botta, dont les ruines marquent la|josition de Bubastis, Pibeseth de l’Écriture (2) ; et à quatorze milles plus au nord est situé Betbays qui a succédé à Bubastis agria. Tout près de là passait l’ancien canal (Qeuve de Ptolémee) qui aboutissait à Arsinoé (Suez) sur la mer Rouge(3;. Les ruines
(I) Fag. Plav. Joaeph, AntiipiiU, XIII, 4.
(S) Pi est rarUcle egypUen ; b*ulk est pour Btttta,
i3) Payez plus haul, p. S7, et Wilkinson, , p. SIU. L'ancien caiiafde Suez, aujourd'hui enaanU, commence a six mlllea environ a l’oueal de Tel-ei-Wadi , ville toute moderne, fondée par Méhcmet-AII, et à quinze milles nord-csl deBelliays.De Belbaysil vadlreclemeiiL dans un trajet de trenteclnq milles, a l'ost. Jusqu'à Schatkh-Hanaydik: là 11 se coortve brus-.
auement pour se rendre dans les lacs amers.puis e la dans la mer Rouge. Entre Tel-el-Wadiet Sclialkh-Uanaydik on reconnaît encore, çà et la, des vestigrâ de cet ancien canal ; on en voit aussi du côté de Suez, dans la direction des lacs amers. Su nord de oette ville sont des débris d'ancienne marannerie, peul-étre des resiM d'écluses. Parmi les lieux situés sur les bords de ce canal , le plus considérable est Aboukescheyd, qu'on suppose être l'ancienoe lierM>pa{Zs.i,eDomd'kboukescheyd, Indiqué dans le grand ouvrage de l'expédilion française eu
EGYPTE MODERNE. 175
de Tel Resta {tel signifie niine8)ocGopent une vaste étendue ; elles consistent principalement en tuiles non cuites et en monceaux de tessons de poterie. Sur les Indications si précises d’Hérodote ( I ), on y reconnaît les vestiges de la rue qui conduisait du temple de Bubastis , la Diane des Grecs , au temple de Mercure. M. Wilkinson, qui a mesuré cette me , l’a trouvée de deux mille deux cent cinquante pieds de long. Les temples étaient constmits en granit rouge, comme l’attestent les débris. On n’y trouve que peu d’inscriptions hiéroglyphiques, sur lesquelles on lit seulement les noms de Rnamsès le Grand , d’Osorkon et d’Amyrtæus. M. Wilkinson y trouva des sculptures représentant Khem et d’autres divinités ; l’une des culonnes, d’environ vingt-deux pieds de long sur deux pieds huit pouces de diamètre, parait avoir occupe le portique inférieur du temple.
Ces ruines, ainsi que tou tes celles qu’on rencontre dans le Delta, ont une physionomie particulière, qui les distingue de celles de l’Égypte supérieure. Ici les enceintes des temples sont en pierre de grès, les colonnes se composent de différentes pièces, et le granit a été exclusivement réservé aux obélisques , aux statues, et aux pyldnes de quelque monument important, tandis que dans le Delta les temples eux-mémes sont en grande partie bdtis en granit ; les pylônes et vestibules ont des colonnes formées d'un seul bloc.
A environ douze milles au nord de Bubastis est situé Harbayt, Pharbæthos des anciens. On y trouve, parmi les ruines, des chapiteaux de colonnes ro-
Egypte , c!.t, solvant U. Wilkinson . Inconnu aux Arabes, qui appellent cet endroit Èl-Saghia ( roue d’eau ). On y trouve quelques traces de tombeaux , et des blocs de granit de l’époque de Rhamsès II (Sésoslris). Ces blocs représentent trois tigures assises, Rhé, Atmou et Rham^ II. Rhe et Atmou étaient des divinités vénérées dans le Delta, il existe encore beaucoup d'incertitude sur la situaUon de HeroopotU : les uns le placent sur ies borda mêmes de la mer Rouge; les autres à quelque distance de Cette mer. Dans le premier cas, ce pourrait bien être le Phi-Hahirnlh des Israélites, campés sur les bords de la mer Rouge. Ce qui Tiendrait encore à l'appui de ortie opinion, c’est le nom de «nus HtroopoliUt donné à cette parue du golfe.
(I) Herod., Il, tas.
maines. Tel Defenneh , situé en ligne droiteentreSalahihet l’ancienne Péluse, offre les ruines de la ville de Daphné, dont parle Hérodote, lib. II, 30. C’est le Tahpanhes de l’Écriture (1). Les Pharaons y tenaient une garm'son pour tenir en respect les Syriens et les Perses.
Au nord-ouest de Daphné étaitia ville de Tanis, aujourd’hui Zoan At l’Écriture (à 31“ O'IO'lat. nord). Les ruine.s qu’on y voit sont d’une grande étendue.
Les champs de Zoan dont parle Ézéchiel (XXX, 14} sont maintenant déserts; c’est une vaste plaine, remplie de décombres, et où l’on ne trouve que quelques rares habitations. M. Wilkinsou a donné une description détaillée des ruines de la ville de Tanis , qui était située sur la rive droite de la branche Tanitique du Nil (2).
Immédiatementau-dessousde la branche Tanitiqueétait la branche Mendésienne, ^i devait son nom à la villede Mondes. De cette ville, qu’AbouIféda appelle Oschmoun{Ostlum1),\\ neresteplusque de faibles ruines. On a souvent confondu Mondes avec Thmuis, qui étaitsitué plus au sud. Les ruines de cette dernière ville se voient aujourd’hui à Tel-elmoï.
Au-dessus de Thmuis était Leontopotix, qui se retrouve encore dans le village de Tel-Tanboul, situé au sud-ouest de'feletmoï. La branche Mendésienne, aujourd’hui ensablée , prenait naissance presque en face de la branche Sébennytique; elle passait près de la ville moderne de Menzaieh ; elle se confond aujourd’hui avec la branche de Damiette.
Sebennytus, aujourd’hui Semenhtmd, était sans doute situé sur la branche ou bouche Sébennytique , bien que la ville moderne se trouve sur la branche de Damiette. La branche Sébenuytique paraltavoirétédiviséeen plusieurscanaux, dont l’un passait près de Butas, ville qui a donné son nom au tacus Buticus, aujourd’hui lac Bourlos.
Semenhoud à (aO° 58'4.V' latitude nonl) est encore aujourd’hui une ville de quelqueimportance. Elles’appelle Gemnouti en copte, qui signifie \e'Dieu Gem ( Hercule égyptien). On y trouve quelques fragments ae colonnes avec des inscriptions
(DIérêm. Il, 16; XLIII,7elS; Exéch XXX, 7. (a) Modem Egypi , vol. 1, p. 4W>.
L’UMVKUS.
l\i(iroglj’pliiques. Ilfircule ct;iil une des pliisatieienncs divinités du pays, et vénérée à l'égal de l’HereuIe ilc Tyr(l).
Hebayl-el-Haggar , Jxeiim des anciens , est à six milles envirun au-dessous de Seinenhoud. On y trouve de fort belles ruines, parmi lesquelles on remarque des blocs de nranrt sculptés, où l'on jirétend avoir lu le nom d’Isis, divinité vénérée dans cet endroit. Les Égyptiens rapi>elaient IlebaU, lieu d'assiûn- Idée, d'où le nom moderne de Bebayt, auquel on a ajouté El-Hatjgar, qui signilie pierres. Le temple d’Isis était entouré d'un enceinte carree en briques (rifit»-.;). d'environ quinze cents pieds, et plantée d'arbres. Le temple lui-méme avait quatre cents pieds de long sur deux cents de large; il était bâti en gi'anit rouge et gris , d’une très-belle qualité, et couvert de sculptures en rel ief. Ba fondation remonte au règne de Ptoléniée Pliiladelphe (2).
Quelques savants croient avoir retrouvé dans Meiiouf, sur le canal appelé t'araouneh, reuiplacemeiit de Miciuin ou de Prosopis^ entre Pile de Katho et le canal Canopique. Plus bas à l'ouest, était Byblus , aujourd'hui Jiabtl, et plus au nord Aois, dans une île où sc trouvait un nilomètre.
En sortant du lielta pour remonter le Nil on rencontre lu capitale actuelle de l'Égypte-
Le vieux ('.aire ( Miisr cl-Alilieh ) fut fondé par Gohar, général de iMoez , en iiiis de J. C. 11 portait au moyen âge le nom de Poilat (Tente). Le sultan Saladin , ciief de la dynastie des Eyoubites , lit entourer cette ville de murailles, et construisit la citadelle, pour résister efficacement aux attaques des croisés, qui en 1171 avaient brillé une partie de la ville. L’époque de sa plus grande splendeur a etc sous le règne des sultans iiiaiiieluks. Sa décadence date du régne du sultan Sélim , qui en lit lacoiiqiiéie en Iôl7. Son commerce J commence a décliner dés l’époque de la decouverte du c:ip de lionne- Espérance par les Portugais.
Le Caire ressemble aux autres villes de l’Orient, par l’architecture de ses
(O nérod.. II. 4.x. 44.
(îi Puy. la ili'dcri pilon de ces ruines dans •Wllkinion , Modem ti'jtjptj vol, I, p. 435
édifices et par l'étroitesse ainsi que par l’irrégularité de scs rues. Non-seulement les bazars et les mosquées, mais encore l’interieur des maisons présente le type pur de rarcliitccture arabe.
L’aspect du Caire est très-pittoresque.
Dans les rues, où l'on touche presque du coude les deux murailles, des ânes galoppent, des spabiseuurcntdevantuncheval au trot eu distribuant des coups de courbache, des chameaux s’avancent à la file, charges de moellons ou portant des poutres placées en travers, de manière a broyer ou à percer les passants. Tous les voyageurs ont parlé de cette cohue tumüliueuse,de ce pêle-mêle étourdissant que présentent les tues da Caire, qui sous ce rapport ne le céderaient pas aux quartiers les plus bruyants de Paris ou de Londres.
Un grand nombre de maisons sont bâties en pierre au lieu de l'être en bois. A chaque coin de rue on trouve une.
porte dans le goât arabe, une élégante fontaine, un minaret, en un mot, l'original d’une jolie vignette. ( Poir l’ouvrage de M. I-ane, les /ù/ÿyjb’CTi.x »iodcrnes ). Ce qui produit surtout un effet charmant, ce sont les inoucharabiéh, es|icee de balcons garnis d'un tredlagede bois travaillé, dont l'elégance et la coquetterie attirent les regards.
Eu parcourant les rues de cette ville 011 croit, dit M. Ampère, relire les Mille et une nuila(l).
On y trouve environ quatre cents mosquées; mais la plupart tombent eu ruines. 11 eu est de trcs-anciennes et d'une belle architecture, telles sont celle d'Amrou , bâtie en 620 de J. C; d’el llakem-el-Obéidy , en 1007, sous la dynastie dos Falimites; du sultan Hassan, construite parce prince en 1354 (2). On remarque encore la mosquée de Teyloun; celle d’el-Moyed, bâtie en 1415, par le sultan Abou-el-Nasr-el-Moayed :
on y voit son tombeau , ainsi que ceux de
(1) Suivant H. Lane, les coules des Mille et
une nuits, qu’on récitait encore II y a quelques années dans les rues du Caire, furent transportés au sein des mœurs et de la vie ara> be, et r^igês au Gain*, dans la forme qu'ils ont a vers le coinmcnci’meDl du
quinzième siècle.
(2) On Iravîiilla pendant trois «ns n relt< mosquop, el Mocriri assure que chaque joui on tieprnsait lO(K> nulhkals d'or.
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f.GYPTK
sa femme et de ses enfants , Achinet et Ibrahim.
La mosquée d’Amrou est le plus ancien monument religieux de l'islamisme.
C’est l'architecture musulmane à son état primitif. On pejjt y étudier le type original de cette architecture, type reproduit dans les autres mosquées du Caire, et de plus en plus modifié en Espagne et en Sicile. La mosquée d’Amrou présente l'aspect d’un grand cloître dont les côtés ont plusieurs rangées de colonnes, et entoure un espace découvert ; au milieu est une fontaine pour les ablutions. Du reste , un temple sans toit convient parfaitement à un pays où le ciel est presque toujours serein. L’ancienne religion des Perses ordonnait que les temples élevés en l’honneur de la divinité eussent le ciel pour voûte.
La mosquée dn sultan Kalôoun-Sef-el- Dyn fut bâtie en 1282. I.e sultan Kalâbun passait pour savant en médecine.
On conserve dans cette musquée plusieurs de ses caftans , et une grande ceinture en cuir qu’il portait, et sur laquelle il y avait autrefois des lames d'or incrustées. On attribue à ces dépouilles une vertu talismanique. Les malades , hommes et femmes, s'y rendent en grande dévotion , et, moyennant une légère rétribution au gardien, ils se couvrent d'un caftan vermoulu , et passent la ceinture autour de leurs reins. Sur le seuil de la porte d’entrée on voit une plaque de marbre rouge contre laquelle on frotte une pierre mystérieuse, que l’on tient renfermée dans une armoire. L’effet du frottement donne à queii|ues gouttes d'eau que l’on y répand une teinte rougeâtre. Les phthisiques se servent de cette eau pour colorer la langue. 11 y a dans l'intérieur deux colonnes de marbre .sur l'une , on y passe la langue pour guérir la jaunisse; sur l'autre, les femmes stériles y pressent un citron et en sucent le jus pour se rendre fécondes.
I..a mosquée du sultan Barqoitq a été bâtie en M3I ; celle de l’émir Yaqoub , en I65.'i; celle du sultan el-Ghouri , en 1.132; celle de tjâit-bey,en 1463; celle d’cl-Seyd-el-Zeynab, en 910. Ces temples, destinés aux prières, deviennent aussi des lieux de repos. I.es musulmans v \iennent manger et dormir. .Souvent
\T Urrnisoii f Egypte moderne, j
des marchands s’y introduisent pour y trafiquer. Les oisifs y vont passer le temps à conter des histoires.
La mosquée el-Azhar, fondée en 968, ressemble a une grande hôtellerie.'Outre les lieux destinés aux prières , il v a plusieurs endroits où les ulémas donnent leurs leçons sur les lois et commentent le koran. 'On trouve dans l'intérieur de cet édifice des quartiers , appelés rouâgs , où peuvent loger les étrangers. On y remarque ceux des Syriens, des Persans, des Kurdes, des Nubiens, drsTurcs, des Indiens, des Maghrébins, des habitants de l'Hedjaz, de Bagdad, de Gobartli et de Dakarneh ; ceux du Saîd, des provinces de Bahyreh, Gbarbyeh, Charkieh, et du Fayoum. Il y q aussi des logements destinés aux aveugles. On n’y vieut que pour s’instruire. Ceux qui sont admis dans ces rouâgs suivent les cours d’etudes, et ne s’occupent que de lecture. C’est à cette condition que l’entrée leur en est ouverte. Us sont entretenus aux frais de la mosquée. Chaque rouâg a son nagher, dépendant du directeur principal ; il est chargé de la surveillance. On distribue tous lesjours trente-huit quintaux de pain , ainsi que de l’huile pour l’éclairage. A la fin de chaque mois on pourvoit aux besoins de ces étudiants par une légère rétribution en numéraire. L’entretien de cette mosquée et de ses dépendances se monte a douze cents soixante bourses par année. Une partie de cette somme est payée par le gouvernement sur le produit des rizaqs ; l’autre provient du revenu des immeubles appartenant à la mosquée; ce sont des magasins, des maisons, des boutiques légués par leurs propriétaires. Chaque mosquée possède plus ou moins de ces legs , connus sous le nom de oùoq/'s ( legs religieux ). -La foule ne diminue pas dans cet utile établissement, autour duquel ou a pratiqué un grand nombre d’issues, pour faciliier la sonie et l’entree de la multitude (1).
Les toinlieaux des califes occupaient remplacemeiitdecequ'on appelle aujourd’hui le bazar de Khan Khalid; mais ils
(1) Il n'est p.xs (lillicile pour iin Eurnj>éen de visiter ces mosciuéi-s. li suflU de se foire accompasner par un cawass et de s'habiller a la turque. (> enstiiinc proléRC les chrClletia cunlre le» iiisuttes des inusuluians.
üont tous détruits, à l’exception de celui d'Es-Saleh (Saladin) Eyoub. (> raonar- (^ue était le septième calife de la dynastie des Evoubites; il mourut en 1250 ou 617 de l'hégire, comme l’indique l’inscription cuflque placée au-dessus de la porte. Ce fut pendant le règne de ce calife que saint Louis, roi de France, tenta, en 1249, d'e s’emparer du Caire; tentative qui eut pour issue la défaite des croises , la mort du comte d’Artois et la capture du roi. Quant aux tombeaux situés en dehors des murs, à l’est de la ville , et que les Européens désignent aussi par le nom de • tombes des califes, « ils sont d'une date beaucoup plus récente ; ils renferment les dépouilles des rois mameluks qui rcnerent depuis 1382 jusqu’à l’invasion U sultan Sclim, en 1517. Au sud de la ville se trouvent les tombeaux de la famille de Méhémet-Ali et de ses nombreux enfants.
Le vice-roi habite la citadelle qui dofiiiiie le Caire. Là fut ce château de la montagne dont parlent les chroniqueurs arabes et dans les murs duquel se sont accomplies tant de tragédies sanglantes; là, de nos jours, les mameluks ont été massacrés. Méhémet-Ali a bâti récemment dans l’intérieur de la citadelle une mosouée en albâtre. Champollion a lu sur des pierres qui ont servi à la construction de la citadelle, œuvre de Saladdin, le nom dePsammétichusII. Sur la plate-forme on jouit d’un coup d’œil magnifique sur toute la ville et une grande partie de la vallée du Nil : la vue s’étend jusqu’aux pyramides et à la pointe du Delta.
Toute la population s’agglomère dans les bazars. C’est là que se rencontre la foule des étrangers de tous les pays , et que les fellahs des provinces voisines viennent journellement vendre leurs denrées. Cette foule habituelle donne un surcroît de plus de vingt mille individus. Dans le reste de la ville la population est clair-semée : on voit des rues désertes et des maisons en ruines.
Les malheurs que la guerre a causés ont affaibli la population. Le Caire avait il y a vingt^inq ans plus de deux cent cinouante mille âmes; à peine
Len a-t-il amourd'hui deux cent mille, es Arabes forment la majorité des ha-
bitants ; les coptes en représentent environ un vingtième, et les juifs un cinquantième. On y compte deux cent quarante rues principales, vingt-cinq mille maisons habitei-s, quarante-six carrefours et trente-huit culs-dc-sac.
r..es bazars occupent une partie de la ville. On remarque celui de Ghouryeh, où sevendent les châlesde Cachemire, les mousselines et les toileries étrangères; El-Achrafyeh , où se tiennent h s marchands de papier; le Khan-el-Khalyly, occupé par les joaillers , les quincailliers, les marchands de cuivre et de tapis; le Nahhassyn, par les orfèvres; le Bondoukanyeh , par les droguistes et les merciers; le Hamzaouy , par les drapiers; le Serougyeh, par 'les selliers et les brodeurs; le Soiig-el-Selah , par les armuriers. A Gémalyeh se trouvent les marchands de café et de tabac de Syrie. La grande rue de Margouh est destinée à la vente en détail des toileries du pays. L’ukel des Gellabs sert au trafic des esclaves qui arrivent de 'l’intérieur de l’Afrique. Ces bazars, où la foule se rassemble chaque matin , ne sont que des rues couvertes dans plusieurs endroits, pour être à l’abri de la chaleur, et garnies, de chaque côté, de boutiques ouvertes pendant tout le jour aux besoins des consommateurs. Le marchand quitte sa maison le matin, et n’y rentre que le soir. Il mange et dort à midi dans sa boutique ou son magasin , seuls lieux où il s’occupe de ses affaires.
Le Caire renferme dans son enceinte onze cent soixante-dix cafés; dans plusieurs il y a des jets d’eau pour rafraîchir l’air pendant la saison des chaleurs. Les habitants s’y rassemblent le matin , et surtout à l’heure de l’ossr, pour entendre les conteurs d’histoires : chacun est accroupi , la pipe à la main, soit dans l’intérieur, soit au dehors sur des bancs de pierre, appelés mastabbhs. Souvent l’agha de la police y tient des espions déguisés pour voir ce ^i se.passe.
Il existe dans les diitérents quartiers du Caire trois cent citernes publiques, que l’on remplit chaque année à l’époque où les eaux s’écoulent dans le canal qui traverse la ville. On fait la distribution vers le mois de juin et de juillet, dès que le Nil commence à croître; car les habitants prétendent que les premières
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faux qui se mêlent à eellcs que le fleuve conserve stagnantes dans les endroits où il se forme des lacs ont une teinte verdâtre , et portent avec elles des germes de corruption nuisibles à la santé.
Alors on distribue chaque jour, gratis, au peuple, l’eau des citernes; les gens aisés la pavent dix paras l’outre. Cet argent supplée à celui qui a été dépensé pour remplir ces réservoirs.
Les bains publics sont au nombre de soixante-cinq. On connaît la propreté de ces bains, dont les Égyptiens font un grand usage. C'est pour eux un remède efficace et un puissant palliatif dans les maladies chroniques. Il est vrai que rien ne provoque et ne rétablit aussi bien la transpiration, si nécessaire à la santé; lorsqu’une personne est alitée, au lieu de s'informer comment elle se porte, on lui demande comment elle sue. Si le corps n'est pas en moiteur, on éprouve un malaise. C’est pour éviter cela que les habitants se couvrent de pelisses pendant l’hiver. Les bains sont pour, les femmes des lieux de réunions et d'amusements. Il y a des jours où ils ne sont ouverts que pour elles. I.>a plupart s'y rendent accompagnées de leurs ballàneh et de leurs esclaves. Les ballàneh sont des baigneuses, qui lavent les femmes avec du ( filaments dedattier ) trempé dans de l'eau de savon. On se sert, pour cette opération , d'une pâte composée de chaux, de cendre et o’orpiment, que l’on applique sur la partie velue. Dés que les picotements commencent à se faire sentir, la ballàneh enlève l’appareil. Un rideau , tiré devant In porte, indique que le bain est occupé par des femmes; aucun homme ne peut en approcher.
On fuit souvent des parties de plaisir dans les bains. Alors les femmes transforment les appartements intérieurs en sall>'s de musique et de festin. On v conduit des chanteuses, on y porte des pâtisseries, des sorbets; l'a’loès et le benjoin y exhalent leurs parfums. T-a fête dure pendant tout le jour. C’est surtout (|uand une fille se marie que ces réunions ont lieu. L’arant-veille du mariage on accompagne la future au bain, en grande cérémonie ; on lui tresse les cheveux et on l'épile , afin qu’elle soit digne du lit nuptial. Scs riches v€te-
inents sont parfumés , des bijoux couvrent sa tête. Toutes les parentes et les amies viennent prendre part à cette fête, non moins marquante que celle du surlendemain. Une femme se souvient du jour de bain de ses noces comme d’un des plus beaux de sa vie. < C’était lu jour du bain de mon mariage, dit clle , que telle chose est arrivée, que j’ai eu tel songe, etc. » Il semble que c’est |K>ur elle une époque mémorable.
Les différentes indu>tries sont distribuées, au Caire, dans îles quartiers spéciaux , comme elles l’étalent au moyeit âge dans les villes de la France ou de l’Allemagne. On compte douze cent soixante-cinq okels, situés dansles quartiers où l'on se livre au commerce et à l’industrie. Ces okels sont de grands bâtiments de forme carrée, ayant une cour au milieu, et des nnagasins au rezde-chaussée pour recevoir les marchandises. L’étage supérieur, divisé par chambres séparées, sert d'habitation aux étrangers; une galerie circulaire qui règne autour facilite la communication.
Dans le milieu de la cour il y a un oratoire avec une fontaine dont l’eau est destinée aux ablutions ; les marchands y font leurs prières aux heures indiquées, pour ne pas se déranger de leurs magasins. Un portier, placé dans le vestibule de chaque okel , est chargé de veiller à la sûreté du lieu, de louer les magasins et les appartements, et '''en toucher les termes, dont il rend compte au propriétaire. *
Cent quarante écol s. réparties dans toute la ville, sont ouvertes à l'instruction des enfants. On leur apprend des prières, la lecture et l’écriture. Dans chaque école un f.igy est chargé de l’enseignement; les pères de famille lui donnent chaque semaine un modique salaire.
Le séjour au Caire est généralenient sain , et convient aux personnes qui ont la poitrine délicate. La température y est plus élevée que celle de la plupart des lieux situés sous la même latitude. La température moyenne est de vingt-deux degrés. On assure que les plantations dontMébémet-Ali et son fils Ibrahim ont embelli les abords de la ville ont déjà modifié le climat , en augmentant sensiblement la quantité de pluie qui tombe annuellement.