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I-’UMVERS

Autrefois le Caire avait des bayadères publiques, comme l'Inde. Les ülémas se plaignirent, et ce fut longtemps sans succès, parce que le gouvernement tirait un impôt assez considérable de ces femmes organisées en corporation, et dont le plus grand nombre résidait hors de la ville, à Matarée. Enfin, les dévots turcs offrirent de payer l'impôt en question; ce fat alors que l'on esila toutes ces femmes à Esné, dans la llaute-Égypte.

I^e Caire a été longtemps le centre littéraire de l'Orient; l'école du Caire remplaça l'école de Bagdad. Le tils de Tamerlan, dont la race devait faire lleiirir l'astronomie aux bords de l'Oxus, entretenait des relations scientiQques avec les sultans d'f.gypte. Un observatoire s’élevait sur le m'ont Mokatam ; une bibliothèque publique fut fondre. Des professeurs uirent attachés à cette bibliothèque, appeléeMaison de la science. Selon 1c récit, probablement exagéré, des historiens orientaux , la bibliothèque du Caire contenait seize cent mille volumes. Ce qui est certain , c’est qu'elle était tort considérable (I).

Ce que les savants admirent surtout au Caire, ce sont les belles collections d’antiquités égyptiennes de Clot-Bey, (lu docteur Abbot et de M. Rousset.

11 y a aussi au Caire deux sociétés égyptiennes ; chacune possède une bibliot'heque,où l'on trouve les ouvrages les plus utiles au voyageur qui veut étudier l’Egypte.

Presque en face de la demeure de Soliman-Pacha (colonel Selves), au vieux Caire , est IHe de Rhodah. Ce nom veut A\re jardin ; et en effet c’est un jardin charmant. Le bras du Mil semble ici une petite rivière oui coule parmi les kiosques et les plantations d’arbres exotiques (3). Des roseaux touffus bordent la rive , et la tradition indique ce point comme étant celui où la fille de Pharaon trouva le berceau de Moïse. En se tournant vers le sud , on aperçoit à droite le port du vieux Caire , à gauche 1rs bâtiments du Mekyas ou kilomètre, en-

(I) Foyet Qaatitmère, Rtclunhct shtI'Égypte. If, 49S.

Ci) L'ile de Rhodah, grSce aux loina d'Ibrahlin-Pacha , «I devroue le Jardin des piaules du Caire.

tremélés de minarets et de coupoles , qui forment la pointe de l'tle (I).

I.«voisinageaespyr.nmides(3)deGizeh et des tombeaux de Sakkarah ajoute à l'intérêt que présente la ville du Caire.

Nous ne dirons ici que peu de chose de ces merveilles de l'antiquité, dont il a été question ailleurs (3). La grande pyramide avait, dans son intî%rité, quatre cent cinquante et un pieds, selon les mesures prises par les savants de l'ex-

{ (édition d’Egypte; c’est à peu près la lauteur (moins onze pieds) du clocher de Strasbourg. Sauf un petit nombre de chambre.s, deux couloirs et deux étroits soupiraux, la pyramide est entièrement pleine. Les pierres dont elle se compose forment une masse véritablement effrayante. Cette masse, d’environ soixante-quinze millions de pieds cubes , pourrait fournir les matériaux d’un mur haut de six pieds , qui aurait mille lieues, et ferait le tour de la France. On se demande d’abord où l’on a pris ces matériaux. On admet généralement qu'ils ont été tirés des carrières de Toiirali, de l’autre côté du Nil. Cependant la masse de la grande pyramide , selon M. Vays, a été construite avec la pierre même qui lui sert de base. Le revêtement seul, tant extérieur qu’intérieur, a été apporté de l’antre côte du Nil.

Hérodote parle d’une inscription tracée sur la grande pyramide ; des inscriptions en caractères antiques et inconnus existaient encore au moyen âge, selon les auteurs arabes; aujourd’hui, on ne lit rien .sur les murs des pyramides.

Cette contradiction apparente s’explique facilement; il est maintenant établi, grâce aux savantes recherches de M.Letronne, que la grande pyramide était primitivement couverte d'un revêtement en pierre

(I) Le Mekyas est une colonne graduée, qui indique la hauteur des eaux du Nil. Il a èlé élevé par les Aralas, mais II avait été devancé

f>ar les nilométres ésypliens. C'était d'après a hauteur atteinte chaque année par le NU

Îlu'on fixait la cote des impOU. Four que l'année dt bonne II fallait que l'Inondalion alteignit seixe coudées; c'est pour cela que seize peüla enfants louent autour de la slalueduNil qui est au Vatican, et dont un peut voir une copie dans le Jardin des Tuileries.

(3) Le nom de pyramide vient , non pas du grec sOp , feu , mais du copte pirama. hauteur.

(3) Fay. YEyypte aiicieiine, par U. Champqllion-figeac, p. 279 (collection de V Univers pitiurrsgue ).

IV XjOOglc

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ÉGYPTE MODERNE. 181

polie. C'est sur ce revétenirnt, dont une partie fut détruite par Saladin , et dont une partie subsistait encore au commencement du quinzième siècle, que se lisait saus doute l'inscription rapportée par Hérodote (1).

Il y a peu d’observations à faire dans l'intérieur des pyramides. On entre dans la grande pyramide du côté nord, par un corridorqui descend d'abord, puis remonte et conduit à la salle qu’on nomme la chambre du roi, et qui renferme un sarcophage de granit. Le travail de la maçonnerie est merveilleux, et la lumière agitée des torches est réllétée par un mur du plus beau (wli. De cette sallepartentdes conduits étroits qui vont aboutir au dehors. On est d’accord aujourd’hui à n'y voir que des ventilateurs nécessaires aux ouvriers pendant qu’ils travaillaient dans le cœurde la pyramide. Cinq chambres plus basses sont placées au-dessus de la enambre du roi ; ou a reconnu qu’elles n’ont pas d’autre objet que d’alléger par leur vide le poids de la masse énorme de maçonnerie qui la presse. Apres avoir visité'cette chambre, on redescend la pente qu’on a gravie pour y monter ; on retrouve le corridor par leq^uel on est entré , et , en le reprenant ou on l’a quitté, on arrive dans une autre chambre, placée presque au-dessous de la première et dans Taxe central de la pyramide ; cette chambre s’appelle la chambre de la reine. Beaucoup plus bas est une troisième chambre taillée dans le roc , et à laquelle on arrive soit par un puits, soit par un passage incliné qui va rejoindre l’entrée de la pyramide. 'Telle est la disposition de la grande pyramide ; celle des deux autres est analogue , seulement leur maçonnerie n’offre aucun vide, et les chambres qu’elles renferment sont creusées dans le roc.

L’entrée de 1a seconde pyramide fut découverte par Beizoni. Il en devina, pour ainsi dire, la présence à travers les débris amoncelés par le temps. Dans un des tombeaux voisins , on a lu le nom de Chafra, qui paraît être celui

(I) Les hiéroglyphes qu'on voit dans l’intérieur de ia pyramide présentent le nom du roi Chonfou, qui est sans doute le roi Chirups, auquel on attribue la consiruclioii de celle p.vrainide.

du roi Cbéphren, le constructeur de la seconde pyramide.

La plus petite des pyramides, dont la hauteur n’atteint guere que le tiers delà plus grande, n’est pas la moins curieuse. C’était la plus ornée; son revêtement était de granit , comme l’affirme Hérodote, et comme on le voit encore. Mais ce qui donne à cette pyramide un immense intérêt , c’est qu'on y trouve le cercueil en bois du roi Mycérinus , par qui elle fut construite , et le nom de ce roi écrit sur les planches du cercueil (1).

On a longuement discuté sur le but de ces constructions, symboles de la stabilité. Un fait remarquable, c’est que les pyramides sont orientées avec une grande précision. La légère direction qu’on y a signalée diffère à peine, dit M. Biot, de celle que Picard a cru reconnaître dans la méridienne de Tycho- Brahé.

Le sphinx (3) est placé au pied des pyramides, qu’il sembleprder. Le corps de ce colosse a près de quatre-vingtdix pieds de long et environ soixantequatorze pieds de haut, la tête a vingt? six pieds du menton au sommet. • Cette grande figure mutilée , qui se dresse enfouie à demi dans le sable, est d'un effet prodigieux; c’est comme une apparition éternelle. Le fantôme de pierre parait attentif; on dirait qu’il écoute et qu’il regarde. Sa grande oreille semble recueillir les traits du passé; ses yeux, tournés vers l’orient, semblent épier l’avenir; le regarda une profondeur et une fixité qui fascinent le spectateur.

Le sphinx est taillé dans le rocher sur lequel il repose; les assises du rocher

fiartagent sa face en zones borizontaes d’un effet étrange. On a profité, pour la bouche, d’une des lignes de séparation des couches. Sur cette figure, moitié statue, moitié montagne, toute mutilée qu’elle est, on découvre une majesté singulière, une grande sérénité et même une certaine douceur (3). »

(1) Ces plAfiches monumentales se trouveot aufourd'hui au musée de Londres.

(2) La figure du sphinx est, suivant Cham> pollion, un hiéroglyphe qui slgnifle

roi ; ce serait le portrait colossal du roi Thout* mo5is IV.

(3) M. Ampère, Recherches en Egypte et en

"^oc Dy ‘^oogle

L’UJSIVERS.

Quelques voyageurs, entre autres Volney, avaient cru y reconnaître un proCI de Nègre, liette erreur, combattue par M. Lelronne et M. Jotnard, est due à l'effet de la mutilation oui a détruit une partie du nez. D'ailleurs, le visage n’etait pas peint en noir, mais en rouge. On reconnaît encore aujourd'hui des traces évidentes de cette couleur. Abdallatif, qui vit le sphinx au douzième siècle, dit positivement que le visage était rouge.

A une lieue du Caire est l'emplacement d'Héliopolis f ville du soleil ) (1). De la ville célèbre où étudièrent Kudoxo et Platon il ne reste qu'un obélisque, qui est l'atué de l'obélisque de Paris ; car on y lit le nom du roi Oriartsen I , qui vivait plusieurs siècles avant Sésostris (2). L'obélisqued'iléliopoliss'élève au milieu d’un jardin. La même inscription, sauf une légère variante, est gravée sur chacune des faces. La quatrième est entièrementoccu pée par lestravaux de l'abeille maçonne; un seul côté est entièrement libre. Cet obélisque , encore debout et intact, a survécu aux ravages des rois pasteurs et aux destructions de Cam-

^ubie ( Revue des deux mondes ^ année 1846 , p. 6N3).

(I) Les£gyptien8désiKnaientle«o/ei7 par une télé (Tèpervierf et Us rapp<*lafent Har ou Hor, d'ou i’on a fait Horus. C'est a Héliopolinqu'ou rapporte la fahle du phœnix. Ot oisi*au mer- Teilletix de l’Inde, qui revenait au bout d'un certain nombre d’anniVs, était probablement IVpervier, symbole du aoleiL Tacite nous apprend {Annales, VI, 28), que rintervalie qui séparait deux apparitions succ(*ssive5 du phœnix était de quatorze cent soixante et un ans. Or, ce ootnhre est pnwisémeiit celui des années dont se cx)mpose la grande période astronomique, nu bout de laquelle le soleil revient aux mêmes signes du zufJlaquo Cétait une époque solennelle de renouvellement et de félicité; elle fut célébrée a l’avénement d’Antonin : des médailles furent frappée:» pour en garder le souvenir. — Héliopolis est la cité <TOn , dont parle la Genèse (On. en c<»ple,K{gnine ce 7m britie). Pkraha^ o’ou l’on a fait PhtimoUy signiüe aussi eu copte so/er/. CVst le titre liooorFtlque <!ue prennent les rnis d’Égypte dans les légendes hiéroglyphiques, ou lU sont toujours assimilés A Horus.

12) Oriartsen T, qui a sans doute érigé Tobé- Hi^que d’Héliopolis, y est qiialHie de souverain de la Haute et de In Basse-fbgypte. Ce nom est gravé au.«vsi dans le sanctuaire de Karnac et sur tes HKdiers du mont SinM. Les statues qui reprodtnsent Hmage et le titre de ce roi sont d’une grande beauté, et la perfection des hiéroglyphes qui li;s décorent montre quelle était la perfection des arls de l’Egypte a l’époque ou floriv&ait la ville du soleil (Héliopolis)-

byse. Il était placé «n avant du temple du soleil. Comme d’ordinaire, un autre obélisque s’élevait en regard et formait le pendant du premier. Pococke vit encore des débris de la porte du temple.

D'autres obélisques étaient debout au temps de StraboD ; deux d’entre eux avaient été érigés par un fils de Sésostris pour avoir recouvré la vue à la suite d’une expérience assez singulière sur l.a vertu des femmes de son eiiipire ( l'oyrs, Diodore et Hérodote) (t). An moyen âge, Ueliopolis offrait des ruines bien plus considérables. Abilallatif y trouva encore les deux obélisques du temple du soleil, dont un seul est encore debout ; l’autre était dejà tombé. On sait la date précise de sa cliule : elle eut lieu le 4 du ramadan de l'an G.ïO de l'Iiégire. Celui qui était encore debout au temps d’Abdallatif portait à son sommet un pyrainiclion en i uivre.

C’est au souvenir d’Héliopolis que se rattache le récit biblique de Joseph et de l'épouse de Putipliar (2). Il y avait aux portes de cette ville un temple juif,

u’un pontife, du nom d’Onias, avait

levé sous Ptolémée Pbilométor, et qui fut détruit par ordre de Vespasien apres la conquête de la Judée. C’est le seul exemple d’un temple juif bâti à l’étranger. Ce temple devint le centre d’une population juive assez considérable.

L’emplacement de la ville qu'ils habitaient se reconnaît encore à des tertres qu’on appelle tertres des juifs. C’est près d’Héliopolis qu’une pieuse tradition veut retrouver les souvenirs de la fuite de Saint-Joseph en Égypte. Une source coule au pied d’un .sycomore , vénéré des pèlerins. Le sycomore cacha dans son sein Jésus et Marie; l’eau de la source était amère : elle devint douce aussitôt que l’enfant-Dieu l’eut touchée de ses levres.

Dès le temps deStrabon, Héliopolis était déjà bien déchue de son ancienne

(I) Deux des obélisques qui décoraienl aulrefnts Héliopolls sont a Rome : l'un s'élève sur la Piazza det Popoto, l'autre derrière la place Antonine. Le premier est do temps de .Sésostris; le second ne remonte qu’a l'sammélichus. Cest Auguste qui les lit transporter a Rome.

ta) Petiphrah ( Futiphar) signitieqni appartient au toU'it ( prêtre do .soleil ). la: nom honorifique de Psoutophanech, donné à Joseph , signifie qui a conserve la vif.

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