I.,es productions de Ouah-EI-Khargeb
sont celles de la petite oasis ; on y trouve, en outre, le palmier thébain et le séné sauvage. grande oasis est cependant moins fertile que la petite. La population est d'environ quatre mille trois cents habitants. La longueur de la plaine centrale, du nord au sud, est de soixantesix milles. Les caravanes du üarfour passent par la grande oasis sur la route de Syout ou de Farschout.
Les auteurs anciens parlent peu des oasis, auxquelles ils donnent quelquefois le nom de wiaot Iles des bien-
heurenx ( Hérodote , III , 26 ). L'année de Cambyse passa, dit-on, par la grande oasis, pour attaqm'r les Ainmoniens; et c'est entre cette oasis et Siwah que les Perses périrent jusqu'au dernier. Nestorius mourut en exil dans la grande oasis , en 435. Condamné comme hérétique par le concile d'Ëphèse , il fut d'abord relégué au monastère d’Antioche, et de là à Pétra.
Le Nil présente entre Manfalout et Osiout plusieurs grandes courbures, qui apportentdes retards à la navigation. A l’extrémité d'une de ces courbures, et à une petite distance du rivage , est situé Manfcabat ou Mtmgabat {p\ace de pots), ville jadis renommée à cause de ses fabriques de poterie.
Osiout ou Syout ( Lycopolis des anciens) est actuellement la capitale de la Haute-Égypte et la résidence d’nn gouverneur. Cette ville se trouve à quelque distance du rivage ; elle est assez considérable, bien construite et se fait remarquer par ses bazars, ses bains et queltques mosquées. Sa pctpulation est d’environ vingt mille habitants, dont mille chrétiens. Le palais do gouverneur est un édifice de belle apparence, sitné au bord d’un canal, et entouré d’un mur. Il a été bâti par Ibrahim-Pacha.
Osiout est le point d’arrivée des caravanes du Darfour, dont le principal commerce consiste en esclaves irmelles.
On trouve dans les anciens tombeaux du voisinage des momies de loups et de chacals, ce qui explique le nom de Lycopolis (ville des loups). La divinité protectrice de cette ville avait une tête de chacal. Plotin et le poète Coluthus étaient de Lycopolis. Aujourd'hui Syout fournit le Caire d’eunuques. Le nombre des victimes va , dit-on , jusqu’à trois
:’Od Dy VjOOglc
KGYPTK MODER.NK.
rentspar aunde. Les hypogées de Syout, biea moins conservés que ceux de Beni-Hassen , viennent d’étre visités par M. Ampère. * J ’ai d'abord visité, dit le savant touriste, la plus grande des grottes funèbres. Ce devait être une magnifique sépulture , à en juger par ses dimensions et par la grâce des orneinenls dont on aperçoit les restes ; aussi appartenait-elle, comme je m'eu suis assuré , a un personnage important qui joignit à plusieurs titres bien connus un titre plus rare, c’est celui de prêtre du NU supérieur. Le Nil supérieur avait donc des prêtres spécialement consacrés à son culte. Ce culte était bien placé à Syout, qui est aujourd'hui la capitale de l'Égypte supérieure. Dans une autre grotte, j’ai trouvé deux fois le nom de la ville écrit en hiéroglyphes, Ci-ou-l. Ce nom fait partie d'une inscription qui contient aussi un cartouciie royal ancien, ce qui prouve que le nom actuel de la ville remonte aux vieux temps pharaoniques. »
L'état de délabrement dans lequel se trouvent les grottes de S^-out les avait fait négliger par ChampolHou et L’Hôte.
I.ai ville voisine en retire tous les Jours des matériaux de construction.
A partir de Syout la chaîne Libyque se dirige vers l’est; dans l'angle qu’elle forme au-dessus de cette ville , on remarque plusieurs cavernes taillées dans le calcaire, lieux de sépulture des habitants de Lycopolis. Dans les premiers temps du christianisme ces lieux étaient habités par de saints ermites, que les empereurs grecs consultaient souvent comme des oracles.
A El-Motmar on trouve les buttes d’une ancienne ville I.’a-
cacia du Nil croit abondamment dans les environs. Au nord de l’angle saillant d’une montagne, derrière Motmar, est la route de Derb-Iinob, qui traverse une partie de la chaîne Libyque orientale, et va rejoindre la vallée du Nil près des hypogées de Gow.
Nboutig est ÏAbulU des Romains et Y Apothyneh des Coptes, qui, suivant Chanipollion , signifie dépôt de grains.
Du temps d’Aboulféda , le.s environs étaient très-fertiles en blé. Sur la rive orientale, un peu au-dessous de Gowel-Kébir, se trouvent plusieurs cavernes dans l’angle saillant de la montagne, qui
s’infléchit à l'e.st. Quelques-unes d’entre elles sont l’ouvrage des Romains. Gow ou Kow-el-Ki bir est W-intæonoUs des anciens. On y voit les ruines du temple d’Antée, sur le bord du fleuve ; e.’estime masse coufuso de pierres, sur l’une des-
uelles on lit les noms hiéroglyphiques
e Plolémée Philopator et de la reine Arsinoé. I.e portique du temple était encore debout en 1737 , époijue où le virent Norden et Pucocke. Ce portique contient une inscription grecque assez mutilée, qui a été rétablie par M. Letronne. C’est dans ie voisinage d’Antæopolisquela mythologie place le combat de Typhon avec llorus; c'est là au.'Si que'llcrcule tua Antee.
En face de Djebel-Chcik-Herideh est ’J'ala/i, remaripiahle par ses monticules, qui |iarai.'sent indiquer l'emplacement alJrsopulis ou JJysopis. Tatah est une ville de quelque importance. Les environs sont fertiles en céréales. Djebel- Cheik-Heridel» est célèbre par l’antiquo tradition d’un serpent auquel on attribuait des guérisons miraculeuses. Peutêtre faut-il rattacher ix cette tradition l’origine du symbole d'Esculape.
U/ou, sur la rive occidentale, occupe remplacement d’ApItrodilopolis. A quelque distance de la , au sud , sont les monastères Rouge et lllanc. üns’y rend par la route de Souliag. Suuhag est un village fellah; il a donné son nom à nu grand canal qui arrose la plaine d'Osiout. Le monastère Blanc est situé à l’angle du désert; il sert de foyer à plusieurs familles chrétiennes, et présente l’aspect d’un village. Dans le voisinage on trouve les ruines d'AlAribis ou 6’rocoditopoUs.
Aknmin{ éViminencopte) occupe, sur la rive orientale , l’emplacement de Panopotis ou Chemmis , qui était autrefois une des cités les plus considérables de la Tliébaïde. C’est aujourd'hui un gros bourg , dont l’intérieur présente un aspect misérable. Il y a une petite église copte, où l’on voit un tableau représentant la Vierge et l’enfant Jésus. On trouve a Akhinin les vestiges du temple de Pan, qui , selon Etienne de Byzance, était représenté sous les formes de Priape (1). Les hypogées fonéraires
|l) /'oyez, sur I’.-indrnDe Cbemmis, Straboa,
fOC
L’UiMVERS.
d'Akhmin se trouvent à une assez grande distance du fleuve. Les restes de peintures en stuc qu'on y rencontre parmi d'innombrables excavations , taillées .'ans symétrie, n’offrent que des sujets égypti'o-grecs d’une époque assez récente et analogues h ceuxd’Antæopolis; comme ces derniers , ils sont sans hiéroglyphes , et la erossièreté de leur exécution tient de la barbarie. L’Ilâte a remarqué dans les parties les moins ilégradées de quelques plafonds des portions de deux zodiaques à douze compartiments, où l’on aperçoit encore les figures du Sagittaire, du Taureau , du Scorpion, au milieu d'autres figures tout à fait méconnaissables; au centre de l’un d'eux il a discerné une tête humaine de forte proportion , ce qui donnait tout à fait à ce monument l’apparence du zodiaque de Palrnyre. C’est là un nouvel e.xemple qui confirtne pleinement les vues de M. I.etronne sur l’époque romaine de toute représentation zodiacale en Égypte. Il est fort à regretter que ce monument n’ait nas été copié à l’époque où il pouvait l'être. Aujourd’hui son enfouissement est complet, et L’Ilote renonça au projet d’en prendre copie.
Quant à l’inscription grecque qui décorait la façade du propylone , elle est aujourd’hui plus fruste que jamais. ( Lettres de L’Hote, p. 87.)
Girgeh est une ville d’origine chrétienne. A l’époque où Pococke et Norden la visitèrent elle était située à un quart de mille du fleure; aujourd’hui elle se trouve exactement sur le rivage, et le courant l’a , dans quelques points, fortement endommagée. Elle doit son nom à Saint-George, patron des chrétiens de l’Égypte.
Pour visiter les ruines d’Abydus on débarque à Girgeh, et on continue sa route par terre jusqu’à quatre lieues environ de la rive occidentale. On traverse une plaine où est située la ville de Bardis, assez célèbre du temps des mamelucks. Les ruines d’//6ÿrf«s, aujourd’hui Jrabat-el Ma^foun, sont fort anciennes; elles consistent en deux édifices principaux qui remontent àl’époquedeRhamsès le Grand. Ces édifices paraissent avoir fait partie du fameux temple d’Osiris.
Ub. XVII, p. U», et Plutarque, De Itide.
(Voir sur Abydus, Strabon, XVII.
p. 559, et Pline, V, 9.)
Satnhoud, sur la rive occidentale, occupe remplacement d’une ville ancienne , appelée en copte Semhooût ou l'senhooût. Un peu plus loin est Farchout, résidence d’un mamour ou chef de district. Cette ville, aujourd’hui à demi ruinée, avait été le quartier générai du nizam ou nouvelle milice du pacha. .Ses habitants, qui descendent de la tribu arabe des Ilowari , étaient jadis gouvernés par un cheik indépendant. Ils étaient réputés pour l’élève des chevaux. Après Farchout vient le village de Bajoura, qui, à l’extrémité méridionale de la courbure du fleuve, avoisine Haou. La courbure que fait ici le Nil est si forte , que son cours se dirige au sudouest. Derrière la bourgade de Haou (en copte Hou ou Ano) se voient les ruines de Diospolis parra.
A Kasr-es-Sijad ( station du chasseur }, sur la rive opposée , sont des monticules de l’ancienne ville de Chenoboscion , {Seneset, en copte), qui devait son nom aux nombreuses oies qu’on y nourrissait. On y voit quelques traces d’inscriptions grecques. Entre Diospolis parva et Tentyris était située l’îlede Tabenna (en copte, Tabunèse), Ce fut là qu’en 356 après J. C. saint Pachôme bâtit un monastère, avec quatorze cents de ses frères.
Les ruines de Tentyris se trouvent à une petite distance du bord , au nord du village moderne de Denderah. Le temple d’Aphrodite ou Athor, sur le portique duquel est le fameux zodiaque de Denderah, paraît remonter au temps de l’empire romain. Ce zodiaque fut l’objet de longues discussions, tant sur son origine , que sur sa signification astronomique. (Quelques-uns l’avaient fait remonter au temps des Pharaons. Visconti , Beizoni etc-, élevèrent les premiers des doutes sur l’antiquité prétendue du temple de Denderah. En t82l, M.Letronne, sur uneinscription grecque qui était jusqu’alors rest^ Inaperçue, montra que l’un des zodiaques de Denderah datait du temps de Tibère, et l’autre (celui qui est aujourd’hui à Paris) du temps de Néron.
Enfin, le 16 novembre 1828, Champollion, deux heures après son arrivée
Kgipte moderjnk.
à Ofiidcr ih , avait lu sur les murs du temple, à la clarté de la iuneet à la lueur d’un falot les noms de Tilière, de Claude et de >éron. C’en été fait : le prestige de la liauteantiquités’évanoiiissait. f,ctem> pie de Denderah appartenait à l’époque romaine, et Cbampollion, dans une lettre qui respire l’enthousiasme le plus vrai pour rareliitecture de Denderah , ii’hesitait pas à dire ; « ^’en déplaise à jwrsonne, les bas-reliefs sont détestables ; » et il ajoutait : • sculpture s’était iléjà corrompue, tandis que l’architecture , moins sujette à varier, puisqu’elle est \xn art chiffré, s’était soutenue diçne des dieux de l’Egypte et de l’admiration de tous les siècles. »
• De propyldne qui précède le grand temple a été , dans ces derniers temps, attaqué jiar les agents du gouvernement qui en ont enlevé une iKmne partie, et qui se disposaient à détruire le reste, quand un ordre du pacha, provoque, par les plaintes de quelques voyageurs , lit suspendre cette œuvre de destruction.
ISIéhemet-Ali. en réparation de, ce désastre, lit en même temps construire un double mur qui, partant de chaque côté du propylon, conduit à l’entrée du grand temple. Ce temple a été déhl.ayé a l’intérieur, et l’on peut aujourd’hui pénétrer de plain-pied presque dans le sdiirtuaire. » J’espérais trouver là, dit L’Hôte, les légeiides des fondateurs du iiionument, maistous lescartouches sont restes vides, dans le, sanctuaire aussi bien que dans les deux pièces qui le précédent. Quant au portiipie , ses légendes nous .sont connues par les lettres de Cbampollion. J’ai tenté de copier dans la salle du zodiaque située à la partie supérieure du temple , la portion du plafond restée en place, et qui se rattachait au zodiaque circulaire aujourd’hui 'déposé à la liihliothèquc royale. Malheureusement cette sculpture, comme celle des autres plafonds au temple , est tellement encroiUee de suie, qu’il est impossible d’en reconnaître les détails; cette suie d’ailleurs est très-dure, et ne pourrait s’enlever qu’apres tin long travail ; je n’ai donc pu copier de ce tableau que les parties reconnaissables , c’est-àdire les barques symboliques et la figure de l’anncc qui les encadre; j’ai dd renoncer aux details hiéroglyphiques.
si essentiels pourtant à l’interprétation du sujet. La nécropole de Tentyris était située dans la partie occidentale de la plaine qui séparait cette plaine de la montagne. Quelques tombeaux musulmans sont disséminés sur cet espace, que le désert a complètement envahi. »
{Lelires, p. 109.)
Les huit colonnes du portique apparaissent intactes, brillantes de couleurs que le temps n'a pas effacées, et surmontées de leurs chapiteaux étranges, formes par des têtes de femmes à oreilles de génisses. Le zodiaque circulaire de Denderah fut découvert par Desaix, qui le signala le premier à l’attention de scs officiers. Il fut acheté fort cher sous la restauration, et devint alors le sujet d’un débat très-vif, auquel se mêlèrent les passions de l’époque.
Derrière le grand temple d’Athor est le petit temple d’Isis, et un peu vers le nord un édifice que Strabon appelle Tlyphonion, et qui devait ce nom aux images d’un dieu difforme dans lequel on a voulu reconnaître le mauvais principe de la mythologie égyptienne. .Suivant (’.hampollion, le Typhonion était consa' Tc a la nialernitc de la déesse Athor, qu’on y voit allaitant son jeune enfant.
LesTcntyriles détestaient les crocodiles, tandis que les habitants voisins d’Onibos les adoraient. C’est ce qui donna souvent lieu à des conflits sanglants (1).
Kn face des ruines de Tentyris est la ville de Keneh, ré.sidence d’un gouverneur. Elle occupe l’emidacement de Cænnpolis. ICeneli est situé au point où le ^llse rapprochele plus delà mer Rouge, à la hauteur de Rosséir; c’est aujourd’hui l’entrepôt du commerce du blé avec la côte d’Arabie. Les convois ainsi que les pèlerins passent de là à Rosséir, où ils sVmbarquent pour Djedda. On voit par là que. Reneh et Rosséir ont remplacé Copias et Hêrénke. Reneh était autrefois célèbre pour ses fabriques de cruches d'eau poreuses ( sî/ir), semblables aux alcarazas des Espagnols.
La terre argileuse avec laquelle ces vases sont préparés* provient du bassin d'une valle.e profonde, au nord de la ville. On mêle la pâte avec les cendres d’une
(I) f oyez Pline, VIII, S5 ; Javénal, Sa/., XV,
izsa Dy 'wOOgle
praniince {Poa cynosuroides). — BaUas, sur la rive occidentale, est également renommé pour ses fabriques de poterie.
C'est à Keneh que commence cette série non interrompue de monuments oui part de Denderah , franchit à Syène les frontières de l'Ëgypte, et se prolongedans la Nubie inférieure jusqu'aux colossales merveilles d'Ipsamboul.
Kobt, à une petite distance du Nil , présente quelques débris de la ville de Coptos , qui fut détruite par ordre de l'empereur Dioclétien. Les vestiges des temples, de quelques édifices et d’un canal attestent l’opulence de cette cité, qui était jadis l’entrepôt du commerce de l’Égypte avec l’Arabie et l’Inde. Les habitants de Coptos avaient consacré à Isis un culte particulier.
Kous (en copte Kos-Birbir) a été bâti sur les ruines A' .4poUinopoli* paroa.
C’est une bourgade où réside un nazir.On y voyait encore il y a peu d’années un pylône avec une inscription grecque en l'honneur de Cléopâtre et de Ptolémée Alc-xandre I. A l'opposite de'Kousrst (Vegadeh, connue pour ses couvents coptes.
Du temps d’AbouIféda (vers le milieu (lu quatorzième siècle ) , on y cultivait la canne à sucre. A quelques milles au sud (le K.OUS, à Schenchour, sur la rive orientale, on voit les monticulcsd'une ancienne cité; M. Prisse y découvrit un temple romain, dédié a Uorus , avec le nom hiéroglyphique de la ville, Sen-hor.
Entre Sclienchour et Thèbes le fleuve se. courbe fortement à l’est; un peu audessus de cette courbure est située Thèbes {Diospolis magna), en copte Tape.
Nous allons donner ici une description (inclquc peu détaillée des magnifiques ruines de Tfiebes, d'après les récits de L'Ilote, de M. Ampère et de M. Wilkinson, qui les ont visitées tout récemment.
i'Iiefies était bâtie .sur les deux rives (fil Nil. En remontant le fleuve on rencontre d'abord, sur la rive orientale, Karnac, qui renferme les plus majesliieu.x ciiiuces de l'ancienne Égypte. De la une avenue de sphinx condui.sait au palais de Louksur. Sur la rive occidentale , presque en face de Karnac , on trouve le palais de Gournah. En conliiiiiant à remonter le fleuve, et en s'éloignant de scs bords, on arrive à un
monument dans lequel on a voulu retrouver le fameux tombeau d’Osy mandias, et que Champollion, qui l’a reconnu pour être l’œuvre de Rhamsès le Grand , a appelé le Rhamatseum. Remontant encore à peu près parallèlement au fleuve, mais en s’en rapprochant un peu, on parvient aux colosses de lUemnon. Enfin, il reste un grand ensemble de monuments qu’on trouve plus loin , toujours en remontant le cours du fleuve; c’est ce qu’on appelle Medinet-Habou. Ainsi, sur la rive droite , deux groupes de monuments : Karnac et I.oulisor ; sur la rive gauche, Gournah, le Rhamasseum, Médinet-Habou. Tels sont lés points qu'il faut graver dans sa mémoire pour muvoir se reconnaître dans la vaste plaine ' où fut Thèbes. La véritable ville d'Ammonou Diospolis occupait la rive dnpte.
La rive gauclie confinait à la nécropole, laquelle était située, comme toujours, au couchant, pareeque la région du couchant était la région des morts. Elle est représentée par une chaîne de collines nues, criblées de grottes funéraires.
Karnac (1). Après avoir traversé un petit buis de palmiers, on rencontre un vaste pylône , large comme la moitié de la faijade des Invarides et haut comme la colonne de la place Vendôme. Il n’a pas été achevé. Par ce pylône on entre dans un vaste péristyle au milieu duquel s'élevaient douze colonnes. Toutes, une seule exceptée , ont été couchées par un tremblement de terre. Les tambours gisent accolés les uns aux autres, coiniiie une pile de dames renversées. En face est un second pylône , placé en avant de la grande et merveilleuse salle à colonnes quon appelle la salle hypostyle de Karnac. Ici , on commence à éprouver le sentiment du gigantesque. Le tremblement a fait crouler un des massifs du second pyiùnc, qui présenté maintenant l’aspect (l'un éboulciuent de montagne.
Une statue colossale et mutilee se tient detiout au seuil de la grande salle; c'est l'image de lUiainscs le Grand , confondu avec Sesostris. • Les Égyptiens, écrivait
(1) I.e chemin qui cmiüuit à Karnac passe par de» clump» wuverls de liaKeh i /'»<* cy noinnyit/r.,) ; tjiciUOt un miwnïlre n ilroUe un lerlru avec ie tnmbeati du ciieik X!K>n-tHnad; un peu plus loin . au sud, auul îles débris (K’ coluiuie!, et d'uu uiicieu mur. ilLiuxui. i
ÉGYPTE MODERNE
Cliainpollion ea présencede ces ruines colossales, concevaient en hommes de cent pieds de haut; l’imagination . qui en Europe s’élance bien au-dessus de nus portiques, s’arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de
la salle de Karnac Je me garderai
bien de rien décrire, car ou mes expressions ne vaudraient que lamillième partie de ce qu’on doit dire en parlant de tels objets, ou bien si j’en traçais une faible esquisse, même très-décolorée , je passerais pour un enthousiaste et peut-être même pour un fou. »
Tous les voyageurs parlent avec enthousiasme des ruines de Karnac. « Le spectacle, s’écrie M. Ampère, que j’ai devant les yeux surpasse tout ce que j’ai
vu sur la terre. » « Imaginez , ajoute-
t-il plus loin , une forêt de tours ; représentez-vous cent trente-quatre colonnes égales en grosseur à la colonne de la place Vendôme, dont les plus hautes ont soixante-dix pieds de hauteur ( c’est presque la hauteur de notre obélisque) et onze pieds de diamètre, couvertes de bas-reliefs et d’hiéroglyphes; les chapiteaux ont soixante-cinq pieds de circonférence ; la salie a trois cent dix-neuf pieds de long , presque autant que Saint- Pierre , et plus de cent cinquante pieds de large. 11 est à peine besoin de dire que ni le temps ni les deux races de conquérants qui ont ravagé l’Égypte, les Pasteurs, peuple barbare, et les. Perses, peuple fanatique, n’ont ébranlé cette impérissab le architectu re. El le est exactemcn t ce qu’elle était il y a trois mille ans, à l'époque florissante de ilhamsès Un
tremblement de terre a renversé les douze colonnes de la c.our, mais les cent trentequatre colonnes de la'grande salle n’ont pas chancelé. Le pylône , en tombant , a eniraînéles trois colonnes les plus voisines de lui ; la quatrième a tenu bon, et résiste encore aujourd'hui à ce poids immense de débris. Cette salle était entièrement couverte; on voit encore une des fenêtres qui l’éclairaient. Ce n'était fioint un temple, mais un vaste lieu de réunion destiné sans doute à ces assemblées solennelles qu’on appelait des panégyries. L’hicroglyplie uont ce mot grec semble être une traduction se compose d’un signe qui veut dire tout et d'un toit supporté par des colonnes. Ce
monument forme donc un immense hiéroglyphe >
La grande salle de Karnac (salle hvpostyie ) a été construite par Àlenephta I (Sethos de M. Lenormant), dont les exploits sont représentés sur les murs de l’édlGce. Ces tableaux en bas-reliefs forment, pour ainsi dire, une épopée homérique. Chaque compartiment est comme un chant distinct. Pour suivre un ordre conforme à la succession des événements il faut se servir des indications données par L'Hôte dans ses lettres sur l’Égypte ( p. 209 et suiv.) Sur le mur septentrional on voit Ménephta, debout sur un cliar, percer de ses flèches ses ennemis, qui tombent en fouie dans mille attitudes désespérées. Le roi , le char, les coursiers, tout est gigantesque par rapport aux ennemis de l’Égypte. Le poitrail des chevaux lancés au galop domine la forteresse et couvre l’armée tout entière de vaincus. Plus loin , le vaillant Piiaraon est aux prises avec un chef ennemi , qu'il tient à la gorge et va percer; son pied écrase un adversaire qu’il vient d’immoler. Ailleurs, on voit Menephta traîner après lui les peuples soumis par ses armes , et emporter plusieurs chefs sous son bras. Puis les vaincus font acte de soumission : ils ahaiteiit les forêts de leur pays, comme pour l’ouvrir devant les |^s du vainqueur. Le roi revient en triomphe dans ses États , où il reçoit les hommages de ses peuples , et où les grands et les prêtres, inclinés devant lui et représentés avec une stature très-inférieure à la sienne, offrent en toute humilité leurs respects au Pharaon victorieux.
Sur le mur méridional de la grande salle de Karnac est représentée le roi égyptien Sésoncli, traînant aux pieds de ses dieux un grand nombre de ligures iiiimaines; toutes portent écrit sur la poitrine le nom des peuples et des pays dont elles sont des personnilications.
Ciiam|iollion a lu trè.s-distinelcmenl, et tout le ifloiide peut lire d’après lui, sur l;i poitrine de l'une de ces flgiires loudh melk, ce qui veut dire en hëhreu, non pas royaume, mais roi de Juda. Le roi Sésonch de Karnac est évidemment le roi égyptien Sésac , qui, d’après le récit de la Bible ( Livre des Rnis ) , a pris Jérusalem et emmené captif le roi Roboam .
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L’UNIVEBS.
D’un autre côté, Manétbon place ici, vers la lin du dixième siècle avant J. C. , un Sésoncliis , qui ne peut être que le même Sesouch. Cette concordance frap* paille entre le Livre des llois, les monuments égyptiens et les listes de Mauetlion , sont un point de repère de la
fil us haute importance pour la chronoogie ancienne.
Au delà de cette merveilleuse salie , on trouve encore à Karoac un certain nombre de monuments, les uns en ruines, les autres assez bien conservés. Pour être moins considérables , ils n’en offrent pas moins d’intérêt. Rien n’est plus beau que les hiéroglyphes qui décorent l’obelisque qu’on aperçoit sur la gauche en sortant de la grande salle de Karnac. L’autre obélisque, placé en regard du premier, n’est plus deliout.
Ces deux obélisques ne furent érigés qu’après la mort de Thoutimiusis ou 'Thouthmès, parla reine Amensé, au nom du régent Aménemhé, son second mari. Kn avant du pylône d’entrée s’élevaient deux autres obélisques de moindre grandeur, et qui fureut érigés par Thouthmès I, dont ils portent les légendes ; l’un de ces obélisques est renversé, l’autre est encore deuoiit.
En pénétrant à travers les débris, on arrive à l’emplacement où furent élevés les plus antiques édifices de Karnac.
I.à était le sanctuaire des premiers Pharaons de la dix-huitième dynastie; là un roi bien plus ancien . Osortasen I , de la douzième, avant l'invasion des pasteurs, avait gravé son nom sur des colonnes qui ont échappé aux ravages de la conquête; ses cartouches se lisent sur les restes d'un sanctuaire en spath calcaire. A l’unglc du palais de Thouthmosis était une petite chambre, fameuse sons le nom de chambre de Karnac.
Elle n’est plus à Thèlics, mais à Paris. M. Prisse est parvenu à emporter les parois de la salle, et en a fait généreusement don à la France. Les murs de cette chambre montrent le roi Thoiftmosis III offrant un hommage religieux à une suite de princes qui l'ont sans doute précédé. L’image de chaque personnage est accompagnée de son nom ; c'est donc une chronologie figurée de l.v plus haute importance pour l’époque antérieure à la dix-huitieme dynastie, c’est-a-dire
pour l’époque la moins riclie en monuments historiques.
Si maintenant on laisse à gauche le palais de Karnac, et qu’on avance vers le sud , on trouve quatre grands pylônes placés à la suite et à une certaine distance les uns des autres. Le troisième est appelé pylône d’iiorus, roi de la dix-huitième dynastie, sous laquelle l’art égyptien atteignit toute sa perfection.
Aussi ce pylône 4 construit au seizième siècle avant l’cre chrétienne, est-il revêtu de bas-reliefs dont on ne saurait se lasser d’admirer la beauté (1). Ces magnifiques pylônes sont actuellement à demi démolis; on fouille pour chercher du salpêtre dans leurs entrailles. L’Hôte est arrivé à temps pour copier dans les matériaux de l’un des deux pylônes qui venaient à la suite du pylône'd'Uorus , les cartouches d'un Pharaon antérieur à la dix-huitième dynastie, ainsi que des fragments de bas-reliefs peints, des dievaux, etc.
Dans le voisinage du même pylône on trouve des colonnes polygonales et des cartouches également fort anciens.
Enfin, les matériaux du pylône de la salle hypostyle, lequel date du seizième siècle avant J. C. , présentent un grand nombre de fragments hiéroglyphiques d’époque très-ancienne, des portions d’architraves de grands édifices, sculptés et peints dans le plus beau style; on trouve là aussi des noms royaux , qui ne peuvent trouver place que dans les dynasties antérieures à la dix-huitième, notamment le cartouche prénom du roi Skhaï.
Près des pylônes est un temple dédié an dieu AVions { Mercure). Ce temple, élevé par les faibles descendants de Rhamsès II , offre les traces d’une usurpation qui a suivi le règne de Rhamsès Il (3). Ce dieu Khons était l’un des personnages de la triade thébaine. Le
(I) L’Hôte .1 trouvé d.ins Ii-s matériaux du pvtone d’Horin les restes d’un éditire contemporain de.s hypofiéesdr Psinaula.La grosseur des pierres, ies proportions gigantesques d« certaines fiaures qu’on y avait sculptées, font voir que l’édlllce auquel elles appartenaient ne le cédait pas aux plus grandes cuiislrucliunt élevées sous les 18* et 10* dyiw-vties.
(î> H. Prisse a découvert dans ce temple douze cbambres ; dans l’une d’elles il a trouvé la llgurv d’UQ dieu a létc de lion.
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ÉGYl'TE MODERNE.
temple est désigné, dans la Description de l’Egypte, sous le nom de grand feniple du s7id. Sur la gauche de ce monument on trouve un petit édifice, consacré à la déesse Atlior, sous le règne de Ptolémée Évergète II et de Cléopâtre; la partie extérieure de ce temple a été décorée sous l’empereur Auguste. La commission d’Égypte l’a nomme le pelil temple du sud.
Telles sont les principales ruines île Kamac. On doit y joindre plusieurs édifices, et surtout trois pylônes gigantesques, s'élevant isolés l’un au sud, l’autre à l’est et un autre au nord, comme pour garder ces ruines, amas de palais, de temples, de portiques, que domine la salle aux cent trente-quatre colonnes, et du milieu desquelles s’élèvent deux élégants obélisques dont la pointe effilée se détarhe sur un ciel parfaitement pur. 11 y a trente ans ces masses étaient muettes ; maintenant elles ont une voix, et elles racontent plus de vingt siècles de l'histoire de l'É^pte.
De l’angle sud-ouest des ruines de Karnac part une allée de sphinx à tête de bélier mii se dirige vers le sud, et allait autrefois rejoindre lepalaisde Louksor. Une autre allée de spninx, presque parallèle à la première, conduisait à une enceinte en briques vers le milieu de laquelle est une pièce d’eau ; cette enceinte renfermait plusieurs monuments et des débris de colonnes. Quel aspect majestueux devait offrir cette double file d'images mystérieuses et sacrées se prolongeant ainsi presque en ligne droite pendant une demi-heue, et réunissant deux masses de palais telles que l'Europe n’en connaît point!
tjiuksor. Louksor est un bourg qui , comme Karnac , a donné son nom obscur à des débris célèbres (I); mais, tandis que les Arabes de Karnac ont eu le lion esprit de bâtir leurs huttes h cûtédes monuments, ceux de Louksor ont eu l’idée funeste de se loger parmi les ruines mêmes , de sorte que pour visiter ces ruines il faut entrer dans une vingtaine d’intérieurs misérables, où de pauvres familles de fellahs dorment, man-
(I) Louksor est U rèsldeoee d’un kaehef, et un des quartiers séoeraux de la cavaterte turque. ’lMuktar est le pluriel de ’lhasr, et sigottie lespalait.
gent, travaillent; les enfants se précipitent sur l’étranger en lui demandant l'aumône, les femmes se voilent, s’enfuient et se détournent en présence des infidèles. Louksor est, comme Karnac, un assemblage de monuments de différents siècles; mais cet assembhge est moins considérable. La partie la plus ancienne de ces monuments est l'œuvre d’Aménophis III, que lesGrecs appellent Memnon, et dont le double colosse s’élève sur la rive opposée. Ce roi, qui était de la famille des Thoutmosis, éleva le palais méridional, le grand sanctuaire, ainsi que les chambres adjacentes, la grande colonnade et le pylôiie qui la précède. Rhainsès II ajouta' plus tard à ces constructions la grande cour, les propylées ou tours pyramidales , les oMlisques et les statues.
Dans le palais d’Aménophis, plusieurs sculptures sont consacrées à représenter l’histoire de la naissance et de l’éducation du roi (t). Ces bâs-reliefs offrent le beauté de l’epoque où l’art égyptien avait atteint sa perfection.
Le palais d’Aménophis avait été détruit par les Perses, et reronstriiit par Alexandre ( le fils d’Alexandre le Grand, Ptolémée étant gouverneur de l’Égypte ). Sa reconstruction est indiquée par une inscription dédicatoire , dans l.vquelle Ale.xandre prend letitrede lilsd’Ainouo, divinité protectrice de Tapé (Thèbes ).
Au nord de ce monument, une galerie de colonnes conduit à un autre édifice, qui a étéconstrui t par R hamsès le Grand. Ici, comme à Karnac, l’architecture majestueuse du Pharaon conquérant, de la dix-neuvième dynastie, domine, par ses proportions, l’architecture plus modeste du Pharaon de la dix-huitième. Le caractère de ces deux époques est empreint dans les deux monuments de Louksor. L’édifice de Rhamsès se compose d’une grande cour entourée par un portique et qui couvre une superficie de deux milles cinq cents mètres.
C’est en avant du pylône qui précède l’entrée de cette grande cour que Rbam-
(I) C'est an côté oriental que se trouvent des lias-relirfs représentant l'accoucheinent de la reine Maut-m -Shol , mère d’Aménophis. Deux enfants , nourris par la divinité du Nil . sont offerts à Amoun , le dieu protecteur de Thèbes. D'antres sulets se rap|iorlvnt ou culte de la triade de Thébca.
I, VjOOglc
L’UMVEKS.
Kcs éleva les deux obélisques dont l’un est encore debout et dont l'autre orne la placede la Concorde à Paris. Uneallée (dromos) parlant de ces obélisques aboutissait au grand palais de Karnac.
Lesquatre faces sontcnargéesd’liiéroglj;pbes d'une, exécution admirable. Cequ il y a de remarquable, c’est que ces faces sont légèrement convexes (l); à la partie inférieure de l’obélisque de Paris, on lit le nom et le prénom deRbamsès II; il existe une légère fente au-dessus de cette iuscription, qui n'apprend autre diose si ce n'est que le Pharaon Khamsès II, fils du soleil, approuve par le soleil, Dieu bienfaisant, maître du monde, vainqueur des peuples, etc., a réjoui Tbebes par des «lifices grands et durables. »
Quatre colosses de trente pieds sont
f)lacés contre le pylône, auprès des obéisques. Ce sont des portraits de Ubamsès le Grand. La tête et le buste des colosses s'élèvent au-dessus du sable dans lequel leur corps est enfoui. Sur les massifs du pylône sont retracées des scènes de bataille analogues à celles qui représentent les victoires de Séthos a Karnac.
En remontant la {daine de Tbèbes du nord au sud , parallèlement au Nil , sur la rive gauche, on rencontre d'abord Goumah. C’est le nom d’un monument de l’âge de Ilbainsès; aucune partie de l’édifice ne date d’une époque antérieure; il n’offre pas le même intérêt que Louksor et Karnac. Vu de face , il rappelle davantage un temple grec. Deux pylônes isolés , que réunissait une avenue de sphinx , élèvent à une certaine distance de l’édifice leurs massifs inclinés. Arrivé au monument lui-même, on est immédiatement en présence d'un portique de cent cinquante pieds, soutenu [inr di.\ colonnes. L’aspect qu’il offre n’a rien de gigantesque. 11 y a bien ici une salle soutenue par des colonnes ; mais, au lieu d’en eomptercent trente-quatre, on en compte six. Cependant le monument de Gournah date des mêmes règnes que la grande salle de Karnac. Les nomureuse» représentations qui couvrent les murs de l’édifice retracent le Pharaon faisant hommage
(I) Celte (lUposilion parait avoir clé prise loiir rinpéciur la priijcctiuii brusque de 'ombre.
aux dieux et recevant d'eux la puissance et l’empire. C’est le roi qui est te prêtre, c’est lui qui offre l’encens ou les pains sacrés. Plus on étudie les monuments égyptiens , plus on est frappé de l'idée que la royauté participait, jusqu'à un certain point, du caractère de ta divinité. C’est ainsi que dans une salle de Gournah on voit Rhainsès V , l’aïeul de Rbainsès-Sésostris , placé derrière Aramon, le grand dieu de Tlièbes, recevoir, sous les emblèmes divins d'Osiris , avec lequel il semble identifié, les bommages religieux de son petit-fils.
M. 'Wilkinson a eu la généreuse idée de faire bâtir une petite maison à micôte de la montagne qui sépare la p'aine deThèbes de la valléedes tombes royales, pour que ceux qui viennent étudier tes ruines puissent habiter ailleurs que dans leurs barques. C’est à peu de distance de cette maison qu’est situé le Wiamesseum {t). Ce monument, qu’on a nommé le Partbénon de Thébes , est remarquable, entre autres, parce qu’il a passe pour le fameux tombeau d’Osymandias , dont Diodore de Sicile a fait une description si merveilleuse. Mais M. Letronne a montré que le tombeau d'Osymandias, tel que Diodore le décrit, différait du Rhamesseum par des traits essentiels, en sorte que le prétendu monument d’Osymandias serait invraisemblable et impossible. Le Rbamesseum parait être un de ces monuineiiLs moitié palais et moitié temple, tels qu’en élevèreutsur les deux rives du Ntl les rois de la dix-huitième et de la dix -neuvième dynastie. On y voyait le Pharaon rendant un hommage religieux aux divinités locales deThèbes. Les exploits de Rliamsès le Grand y éuient sculptés sur l&s murailles , comme à Karnac et à Louksor. Un colosse en granit, de cinquante-trois pieds , le représentait assis sur son trône. Ce colosse est aujourd’hui brisé et gisant. C’est la plus grande ruine de statue qui existe; son pied a plus de deux toises de long.
A peu de distance du Rbamesseuna on trouve un vaste emplacement semé de débris que le limon du Nil a enfouis
(1) M I.cpsius vient de faire relever la ilb* position ardiiUrlurale du Rhamesseum plus compieteraent qu'elle ne Tavail c\é Jusqu'ici
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ÉGYPTE MODERNE
en partie et que recouvrent en partie les hautes herbes. Cés tronçons de colonnes et ces fragments de statues gigantesques sont les restes du palais de Memnon ; c’est le nom donné par les Grecs au Pharaon AménuphislII, de b dir-hui> tième dynastie. Il ne reste plus du Mcm* noniura (Amenophium) que deux colosses encore intacts , assis au milieu de la plaine de Thèbes qu’ils remplissent de majesté. Celui qui est le plus au nord est connu sous le nom ae statue de Memnon, célèbre pour les sons qu'il rendait au lever de l’aurore. Les basreliefs et les hiéroglyphes sculptés sur les trônes des deux colosses sont d'une perfection achevée. Soixante-douze inscriptions latines et grecques, les unes en prose et les autres en vers, couvrent la Jambe énorme de la statue. Pour les lire , on monte .sur le pied , qui a un mètre d’épaisseur. Ces inscriptions sont des souvenirs laissé.s par de nombreux visiteurs, qui tous aflirment avoir entendu la merveilleuse voix. On remarque, au milieu de ces noms obscurs, le nom de l’empereur Adrien et celui de Sabine , son épouse.
M. I..etronne , dans ses recherches sur la statue vocale de Memnon , est arrivé à plusieurs résultats curieux -, ainsi , le son rendu par cette statue, au lever de l’aurore, ira commencé a se faire entendre que vers l’époaue de Néron , peu de temps apres qu’elle eut été en partie brisée par un tremblement de terre , et ii’a plus été entendu depuis que Septime Sévere,dans son zèle dévot pour le paganisme, edt restauré le colosse mutilé.
Il s’attendait qu'après cette restauration le Dieu rendrait de véritables oracles, comme on imaginait qu’il en avait autrefois rendu; mais depuis cette réparation la statue resta muette. M. l.e- Ironne a expliqué ce phénomène vocal par le pas.sage hrusquede latempérature nocturne a la température du jour (i).
(I) Cestà tort, si-lon nous, qii oii a voulu contester la pofisilillitc de ce fait; car 1” il y a des pierres qui. & cause de leur bonoiilé, ont reçu le nom de phanoUihtis ; •l'' on Irnuvode ces pierres dans la plaine même de Thebes ( Wilkinson); a" ces pierrea, en fraude partie arpileuses , sont suaceplibles de se fendiller t>rusquenienl. par le passade du froid au chaud, et de dnmier ain.sl naissance a un ton métallique ; i" tous peux qui ont euteodu le sou vo-
Les Grecs s'imaginèrent qu’au lever de l’aurore Memnon saluait sa mère.
L’ensemble des édlGces de Médinet- Habou se compose de deux groupes de monuments , dont l’un appartient à l'élégante architecture du temps des Thoutmosis et l’autre à l’architecture majestueuse de Pâge des Rhamsès. A côté tr un petit temple de Thoutmosis III se trouve ce qu’on a appelé le pavillon de Rhamsès-Meïainoun , petit palais précédé de bâtiments immenses. Ces deux architectures, au lieu d’étre placées l’une à la suite de l’autre comme à Karnac et à Louksor, sont ici placées côte à côte. Le pavillon de Rliamsès-Meïamoun donne mieux qu’aucun autre en Égypte l’idée de ce qu’etait une résidence royale.
Au dehors , des consoles soutenues par des cariatides lui donnent un air d’elégance inaccoutumé; sur un mur est représenté un tableau d’intérieur, une scène de harem ton voit Meïamoun entouré de jeunes femmes dans des attitudes gracieuses , mais chastes ; le roi joue avec l’une d’elles à une espèce de jeu dont les pièces rappellent les échecs par la flgurc , et le damier par l’uniformité. Des objets semblables à ceux qui sont dessinés ici ont été trouvés dans les tombes : on a trouvé aussi l'échiquier. Est-ce pour avoir 'vu ce jeu en Égypte aue Platon a dit que les ecliecs avaient été inventés par le dieu Tliot ?
En avançant vers le grand palais de Rhamsès llieïamoun, on nasse bientôt des proportions eiéganics d'une maison de plaisance royale à la majesté d’un édiuce de représentation solennelle ; à la demeure intime de l’iiomine succède la résidence publique du Pharaon. Un grand pylône , dont les bas-reliefs rappellent les campagnes du roi et dont les inscriptions rappellent les noms des peuples qu’il a vaincus, conduit dans une première cour bordée ù franche d’une colonnade, ù droite par une galerie que forment des piliers à figure humaine. Après avoir traversé cette première cour, où des cliapiieaux imitant la fleur du lotus semblent .s’épanouir à la surface du sol amoucelé autour de colonnes enfouies à demi ; apres
est lie la statue de Memnon lui altrlbuenl en effet uu timbre métallique.
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L’UMVERS.
avoir franchi un second pylône, on arrive à une seconde cour entourée d'un péristyle soutenu ici par de magnifiques colonnes, là par de puissantes caryatides ; cette cour est une des merveilles de l’Égypte. Nulle part la grandeur des Pharaons n’est représentée par une suite de bas-reliefs aussi remarquables que ceux de la grande cour de Médinet-Haboii. Sur le mur méridional du péristyle le Pharaon triomphe de ses ennemis par les armes , et, assis sur son uliar dans la tranquille majesté du triomphe, il voit entasser devant lui des mains et des membres virils coupés. Sur le mur opposé, la royauté conquérante deRhamses a déployé toute sa magnificence. Ou voit le Pharaon porté en triomphe dans une cliâsse comme une divinité, entouré de sa cour et des chefs de son armée , tour à tour encensé comme Dieu et brûlant lui-méme l’encens sur l’autel d’Horus(l). Les murs extérieurs de la grande cour de Médinet-Habou sont couverts de bns-reliefs comme les murs intérieurs. Sur la paroi du sud est un calendrier sa''ré contenant l’indication des tôles de chaque mois, c’est-à-dire un tableau complet de la vie religieuse des Égyptiens ; mais ce curieux document est en partie enfoui sous le sol amoncelé contre le mur (2).
La nécropole de Thèbes était plus grande que la cité des vivants : elle recevait toujours sans rien rendre et sans rien perdre. Assurer la perpétuité du corps, symbole de l’immortalitéde l’âme, c’était, on le sait, le grand but des £^ptiens. La montagne qui regarde Thèbes, du côté de l’ouest, est criblée de tombeaux dont les hôtes , comme l’indiijuent les inscriptions hiéroglyphiques, appartenaient tous aux classes élevées de la société. Où étaient enfouis ceux d’une condition obscure?
L’asile sépulcral des Pharaons était plus mystérieux, plus séparé du monde des vivants. Pour l’atteindre il faut franchir cette montagne de l'ouest, et ou ne peut le faire qu’avec assez de fatigue. Alors on arrive dans la vallee des
l\) Toyez \ts Lctlra At Champollion et de L'Hôle.
(2) Il serait du plus haut Intérêt pour l'histoire des seienoes de déblayer ce inoDUUient et d'eu prendre une copie exacte.
Rois, gorge d’un aspect sévère, où rien ne rappelle la vie, et qui n’est habitée et habitable que par la mort. Là , dans le sein du roc, dans les profondeurs du sol calcaire, sont creusés des palais souterrains composés d’un grand nombre de chambres et formés quelquefois de plusieurs étages. Ces palais, dont tous les murs sont couverts d’hiéroglyphes et de peintures, et resplendissent aux flambeaux des couleurs les plus brillantes, ce sont les tombeaux des rois.
Pour arriver dans cette vallée funèbre on passe par El-Assasif, lieu remarquable par un groupe de ruines où l’on trouve le nom de Thoutmosis III.
Près d’EI-.\ssasif est un tombeau creusé dans la montagne, et qui a trois érages. Il est plus vaste qu’aucun des tombeaux des rois. Cependant ce n’est pas le tombeau d'un roi, mais seulement celui d’un prêtre nomme Pétemenof. Les sculptures et les hirrogly|)hes qui couvrent les murs des galeries et des chambres sont d’une grande perfection. On n’a pas trouvé dans Thèbes les traces d’une maison , et on y trouve les tombeaux presque intacts. Il y a de ces tombeau.x tant dans la vallée parallèle au Nil que dans une vallée adjacente moins fouillée, et qui semble avoir été le lieu de sépulture des Pharaons de la dix-huilieme dynastie, comme l’autre était destinée à'recevoir ceux de la dix-neuvieme. Ces palais funèbres étaient creusés dans le roc, et avaient pour murs les solides parois de la montagne. Beizoni y lit rnn dos premiers porter l'attention de l’Europe, en découvrant le plus beau de tous, celui du père de Rnamsès le Grand, de Séthos, qui a élevé la salle gigantesque de Karnac. Vingt et un tombeaux ont été retrouvés. Strabon dit que de son temps on en connaissait quarante. Nous en sommes donc seulement à la moitié des decouvertes qu’i!
est permis d’espérer. Il y a, suivant M. Ampère, beaucoup à attendre de la vallée adjacente où étaient les Pharaons de la dix-huitième dynastie, et où l'on n’a encore trouvé que le tombeau d’Amménophis-Meinnon et celui d’un de ces rois qui adoraient le soleil sous l’emhlème d’un disque dont les rayons sont terminés par des mains. Il y a donc
ÉGYPTK MOOKKNr..
encore là de belles trouvailles à faire.
F-tifou {Atbo en copte), sur la rive occidentale du Nil, occupe une partie de remplacement A' ApoUinopolis magna. On y voit les débris de aeus temples, dont le plus grand parait avoir été tonde p.ir Ptolcince Philometor. Sur la rive opposée à Résédieb sont les quartiers généraux des Arabes Ababdeli. Entre Edfou et njebel-Silsileh sont les ruines d’une villefortiflée (iToam ou Thmuis/).
A Djebel-Silsileh (montagne de la chaîne) se trouvent les fameuses carrières qui ont fourni desbiocsde pierreà la plupart des temples égyptiens. Dans cet endroit le Nil est fort étroit, et son pacage, resserré entre des montagnes, était, d'a-
f>rès une tradition arabe, fermé par une ongue chaîne. Sur la rive droite, à l’entrée des carrières, était SiUilis, où le dieu Nil avait un temple vénéré.
Kom Ombo, l’ancien Onibos^ est à environ seize milles de DJebel-Sdsileh.
On y voit les vestiges d’un temple construit par Ptolémée Philometor. Savak , à této de crocodde, était la divinité d’Ombos. Le Nil, après s’être un peu élargi dans le voisinage d’Ombo, se resserre ensuite au sud, et la contrée
ftrend de plus en plus l'aspect de la Nulle. Entre Ombo et Assouan, dans le voisinage de El-Khattara , on voit la jonction du grès calcaire avec le granit.
Souan ou .Assouan ( ouverture), à 24“ i' 30 ' lat. nord , est l’ancienne Syéne. Au rapport de Strabon et d’autres écrivains, cette ville était jadis située sous la ligne tropicale; les rayons du soleil, au .solstice d’cté, à l’heure de midi , y dardaient verticalement au fond d’un puits, c’est-à-dire sans jeter d’ombre. Ce récit, dont on a voulu contester l’exactitude, ne nous parait pas eiitièrementdépoiirvu de vraisemblance. L’obliquité variable de l’écliptique est , en effet , un résultat ac- (piis à la science. Seulement, les changements de cette obliquité ne sont bien sensibles qu’au bout d’un grand nombre d’années. Il .se pourrait donc ()u’à plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne l'antique ville de Syènefùt la limite du tropique du cancer.
Dans le voisinage d’ Assouan sont les célèbres carrières de granit de la Haute- Egypte. Sur l’une des colonnes , qui depuis a disparu , on lisait une inscription
latine, constatant qu'on avait découvert de nouvelles carrières près de Philx, d’où l’on avait extrait des blocs, sous les règnes d’Alexandre Sévère et de Caracalla.
Les habitants d’ Assouan sont la plupart Turcs, c’est-a-dire qu’ils descenaent de la garnison qu’y avait laissée le sultan Sélim, lors de la conquête de l’Égypte. Le .sol environnant est stérile et sablonneux. Il produit les meilleures dattes du pays. En face d’Assouan est l’ile A'Élé- ^Aanftne,^ujourd’hui Pjeziret Assouan (île d’Assouan), où l’on trouve quelques ruines remarquables. Elle est habitée par des Nubiens.
Anas elriVogoud (lie de PItilæ) est à une petite distance au-dessus de la première cataracte du Nil. On y admire les vestiges d’un temple d'Isis, dont la construction, commencée par Ptolémée Philadelphe, fut achevée par les souverains successeurs de ce roi.
En face de Philæ sont plusieurs buttes et les restes d’une stèle et d’un monolithe en granit; la première, portant le nom de Fsammitienus l'', est consacrée à Kneph et Saté.
A partir de là commence le territoire de la Nubie ou Basse-Éthiopie.