CHAPITRE VlII
Suite du règne du Uialyfa abbaande tl-Molamed-b-lllah. — A.bmed tbn-Toaloan fait Goutlrulre la mosquée qui porte sou nom.
— Description de cette mosquée, — Souges merveilleux. — Trésors découverts. — Prise de possession de la Syrie. — Révolte d’Abbas, lils d’Abmed. — Safuile. — Ses succès. ~ Sa défaite. — Supplicedeseseoiuplioes — nouveaux démêlés avec éi-Mouaffeq. — IngraUtude et deleeUon de Loulou. — Projets d'Abmed ébn- Touluua pour la délivrance du khalyfe. — Ce plan échoue. — Assemblée Krieonelle a Damas. — Anathèmes réciproques. — Guane deCUide.
— Siège d’Adanan — Maladie d’Abmed ébn- Toulouii. — Sun retour eu Égypte. — Révolta d'Abmed ben-Abdallab. — lApolr de paciBcation avec él-Mouaffeq, — Mort d’Abmed ébu-Touloun.
Depuis quelque temps , les habitants de Fostatt se plaignaient qne la mosquée dans laquelle les musulmans du quartier d’Asker avaient coutume de se rassembler, Içjour sacré du vendredi, devenait insufi^nte; son étendue ne pouvant plus contenir le nombre toujours croissant de soldats et d'esclaves noirs qui composaient la maison A' Ahmed ébn-Touloun. Il résolut donc de faire droit à leur plainte, et d’élever une nouvelle mosquee sur le mont Yechkar; ce lieu passait pour être sacré, et le peuple croyait que Dieu aimait à s’y voir adresser des prières. Cette croyance portait sur une tradition, généralement répandue, que Moïse y avait jadis reçu la communication de quelques-unes des lois divines.
Ahmed décida que la mosquée qu’il allait y faire construire aurait In plus vaste étendue, et que trois cents colonnes soutiendraient les portiques de son enceinte; mais on lui objecta qu’un aussi grand nombre de colonnes ne pourrait jamais se trouver dans toute
(I) De 16 k ao KHU de Dotre moanaie.
(a) Environ l.ioo.om (ranct, de notre monnaio. * ''
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l'Ei'yple, n moins i|u'il ne les enlevâtdes anciens monuments, et surtout des églises des chrétiens.
Ahmed se trouvait livré n l’indceision, ne sachant comment concilier son désir d’élever le temple le plus magniliquc, avec sa répugnance pour la spoliation injuste des chrétiens et de leurs églises.
L’architecte chrétien, qui avait été emplové à la construction de la fontaine et ne l'aqueduc, dont j’ai parlé ci-dessus, se trouvait alors en prison, par suite de soupçons mal fondés qu’on avait conçus à son' égard.
Aussitôt qu’il apprit l’embarras où se trouvait Ahmed, il se hâta de lui faire parvenir une lettre, contenant la promesse de lui bâtir une mosquée, aussi belle qu’il pouvait le désirer, sans aucune colonne, à l’exception de deux seulement, qui seraient placées declia- (|ue côté de la Keblah , c'est-à-dire de la niche qui , dans toutes les mosquées , indique le côté de la Mekke vers le- (|iiel les musulmans doivent se tourner en faisant leurs prières.
Ahmed lit aussitôt amener devant lui l’architecte et lui demanda l’explication de sa promesse. Celui-ci offrit de tracer le plan du projet qu’il se chargeait d’exécuter ; ce plan tut admiré et approuvé par Ahmed, qui rendit la liberté à l'architecte, le lit revêtir d’un manteau d’honneur, et mit à sa disposition 100,000 pièces d'or(l) pour les premières dépenses. Ahmed ordonna ijue toute la construction fut élevée en «■baux et en briques , sans aucuns autres matériaux combustibles. « Je veux, « disait-il, que si Fostatt périt un jour •> par l’eau ou par le feu , ma mosquée « puisse survivre à cette destruction. »
Quand la construction générale fut terminée, on s’occupa d’achever les détails. Les parois extérieures furent blanchies avec soin ; l’intérieur fut orné de lampes élégantes, en airain, suspendues à la voiUe par de longues chaînes du meme métal (2) ; les frises reçurent , en longues inscriptions, les chapitres du Koran, et le sol fut couvert de magniflques nattes de Samana (3).
(i) Enviruii l.[>uo,uoo francs de notre monn.iie.
{2) Voyez les forrnt.*» diverw^s de iHmpcs de e« Iie espèce ou de luhlres, planche It.
■ 1) Voyez la plaiKlR* u” J.
La tradition porteque, dans la forme delà mosquée et des minarets, l’architecte voulut imiter le temple de la Mekke. Cependant d’autres auteurs peii.sent qu’il prit pour modèle celui de Samarrah. .yÀmcÀI détermina le lieu où la Keblah devait être placée et donna lui-même le dessin du minaret principal.
Ce minaret ne fait pas partie du bâtiment même de la mosquée, il en est séparé par un passage, qui, entourant la mosquee comme d’une espèce de rue, sépare le monument lui-même d'une secoiideenceinte extérieure. Maintenanteii partie ruiné, ce minaret, qui frappe la vue par sa masse imposante, est celui que les historiens arabes racontent avoir été construit sur les dessins mêmes d’.///(meff dbn-Touloun, si toutefois l’on peut appeler dessin la manière bizarre dont ils prétendent que ce prince détermina la forme et les proportions de l’édiGce. Voici l’anecdote que content à ce sujet les auteurs qui ont rapporté les details de l'érection de la n.osquee :
« Ahmed était d’un caractère grave ,
« et sa contenance toujours sérieuse ,
« sans cesse empreinte des occupations « importantes dont surchargeaient son esprit les hauts projets qu^il méditait « et les soins administratifs de son vaste « empire. Jamais on ne le voyait se livrer
• un seul instant à l’oisiveté et à des «amusements futiles; cependant, uii « jour qu’il était entouré des principaux « olliciers de sa cour et des chefs les
• plus remarquables de son armée , il « était assis avec distraction devant une
• petite table, sur laquelle était par « hasard un caliier de papier blanc.
« Pendant que son esprit était ainsi en « proie à une profonde rêverie, ses « doigts actifs, à son insu, jouaient non- « chalamment avec le papier qui était
• devant lui et il semblait s’occuper de « cette espèce de jeu puéril, avec une at- « tention apparente qui frappa de sur- « prise tous ceux qui l'entouraient : it «roulait, déroulait, pliait et repliait « successivement des portions de ce « papier, en coupant de temps en temps «une partie, détruisant souvent l’es- « pèce de construction qu’il venait de «faire, comme nous voyons souvetu
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