‹ L'UniversChapitre 14 sur 121 · AV · texte numérisé non relu

AV

ÊGYnrE MÜUERISE. 73

•< les enfunts se complaire à bâtir des • châteaux de cartes et à en varier la •< forme, successivement élevée et dé- > truite. Ahmed se réveilla tout à coup « de l’espèce de léthargie où sommeil- « laient les facultés de son esprit , et « rougit involontairement, en voyant le •< jeu qui semblait l’occuper et l’étonne- « ment généraf peint sur toutes les ligu< " res. Prenant aussitôtson parti, et vou- « lant assigner une cause raisonnable à « ce qu’il avait fait sans dessein et sans ~ intention, il ajoute rapidement quel- •• que modiEcationà son léger ouvrage : ' Qu on appelle l'architecte, dit-il aus- « sitôt; celui-ci étant arrivé, l'oilà, lui « dit Ahmed , la forme que tu donne- •> ras au minaret de ma mosquée : son- « «e à suivre, dans sa construction, « le modèle que je me suis donné ici •’ la peine de préparer de mes propres « mains. »

Quoi qu’il en soit de la véracité des écrivains qui n’ont pas dédaigné de raconter cette historiette, elle est encore conservée au Kaire dans les traditions populaires : mais la portion inflrieuredu minaret, actuellement existant, semble seule avoir pour date l’époque <ï Ahmed èbn-Touloun. I,a galerie supérieure et le donjon paraissent d’un temps postérieur, et le cheyhh de la mosquée m’a assuré que le ininaretavait, en effet, été réparé et reconstruit partiellement par le sultan él-Mélek-él-Kâmel. Au-dessus de ce minaret , on remarque cette espèce de barque, en forme de croissant, qui surmonte oïdinairement les minarets ou les dômes des mosquées. Suivant le même cheykh, cette espèce de girouette, dont la grandeursurpasse celle des autres mosquées, était la même encore que celle qa'Ahmed èbn-Touluun avait fait placer sur l’ancien minaret.

T-es auteurs arabes, en effet, n’ont pas négligé de nous apprendre qu'Ahmed lit placer un appendice de cette nature nu haut du minaret qu’il Gt construire. Ils ajoutent qu’il tournait, suivant les impulsions du vent, et que le vulgaire s'imaginait que ces révolutions suivaient celles du soleil.

La porte principale de la mosquée est presnu’cn face de ce minaret, sous une arcade transversale, qui fait communiquer ensemble l'enceinte intérieure cl

l’enceinte extérieure : sur la môme face du monument, c'est-à-diK sur la face qui regarde le nord, ou plus exactement le nord-ouest, se trouve une autre porte latérale. Aucune de ces portes n’est placée au milieu de l’édiOce; mais elles sont ouvertes chacune au tiers environ de la distance entre les deux angles , partageant ainsi cette façade en trois parties à peu près égales.

Trente-trois petites fenêtres, aussi hautes que larges, mais dont la partie supérieure se termine en ogive, forment au-dessus des portescomme un attiquele lon^ de chaque façade; leurs trentetrois ouvertures répondent deux à deux à dix-sept arcades ou entrecolonnements dans les galeries intérieures.

Les plafonds de ces galeries sont plats, mais, malgré l’injonction que nous avons vu ci-dessus avoir été faite par Ahmed èbn-Touloun à son architecte, le toit n’en est pas voûté eu pierres et en briques; et la constructiou qui soutient la terrasse extérieure est fordiée de grosses poutres de bois de sycomore , s’appuyant d'un côté sur les murs de soutènement , et de l’autre sur les arcades qui surmontent les piliers dont est entouré le parvis intérieur (1).

Immédiatement au-dessous <]e ce plafond, Ahmed lit placer une frise contenant en caractères kouflques le Koraii tout entier, s'il faut en croire les historiens arabes; ils ajoutent que cette frise, en bois de sycomore, a été formée des planches de l’arche de Noé dont, suivant eux , Ahmed aura retrouvé les dé-

(I) Le long des parois de celte, galerie les dévots masulmaos et les pèlerins qui viennont la visiter se plaisent à tracer des iiiscrlpUons mystiques : J'y ai surtout remarqué le cliiffru du Prophète tracé en caractères gigantesques de près de huit mètres de hauteur et dont jc duiilierai ici l’empreinte.

L’UKIVERS.

bris sur le mont Araral en Arménie, et dont il regarda l’emploi roinme un surcroît de sanctitication ajouté à la mosquée. Cette frise, d'un bois que l'on sait être incorruptible et inattaquable aux vers, existe encore de nos jours (I).

Au milieu de l’enceinte de la mosquée, y//ime£/avaitfaitéleverunpavillon, garni de treillages dorés, soutenu par dix coloimes de marbre et entouré de seize colonnes pareilles. I^e pavé lui-méme était en mosaïque fjasypasâ) d’un travail précieux; au milieu était un bassin d'où s’élançait un jet d’eau ; le plafond était décore d'étoiles.

Au côté méridional de la mosquée était aussi un édifice qu’on appelait la Maison du Gouvernement ; une porte percée dans le mur même de la mosquée la faisait communiquer avec cet edil’ice, par un appartement séparé (2), cntouréde rideaux, et ornéde riches coussins et de tapis magniliqucs, où se tenaient Ahmed et sa famille pendant la prière; il était placé non loin de la niche de la Riblah et de la chaire, ou tribune , où se faisaient tes prédications et les prières publiques (3).

Tous les vendredis. Ahmed sortait de son paijis, sc rendait à la Maison du Gouvernement, où il s’arrêtait quelque temps pour faire les ablutions légales et changer de vêtements; puis il passait dans l’appartement séjtaré pour assister aux prières et aux cérémonies.

I,a construction de In mosquée dura deux ans et s’acheva au mois de Itamadàn de l'an 2G3 (4) de l’hégire (877 de rère chrétienne) : .-//iwcrf annonça qu’on pouvait y faire ses prières; cep'endant, personne' ne se présenta, les fidèles craignant que les fonds qu'avait coûté cette construction n'eusseiit été acquis par des voies illicites; mais Ahmed se justifia de ce soupçon , et affirma, avec serment, qu'il n'avait rien dépensé au delà lies trésors dont il avait fait la decou-

(1) Ji! pnssèile dans mon petit musée deux de CVS plaiiclies scutptccs, qui m'ont clé \eoilues par le clicvkh de la mosquée.

(2) Cet appariement s’appelait Maksnurnh; il s’en trouve de semblables dans toutes les Rrandes masquées. Voyez un de tys apparlcinents, planche lU.

(a) Voyez la forme de quelques unes de ces chaires, planches lO, 12 et 13.

t^elle année a eommenerl le lundi 21 .se|v tembro de l'année S78 de uotre ere

verte : alors aucun scrupule n'arrêta plus les musulmans, et l'inauguration de la mosquée se fit avec magnilicence, le vendredi suivant : pour en consacrer le souvenir, deux maunifiques inscriptions inaugurales furent sculptées sur d’immenses dalles de inurbrc blanc (1).

Il ne sera peut-être, pas désagréable au lecteur de cbnnaitre le style et la contexture de ces inscriptions; j’en joindrai donc ici la traduction littérale, qui m’a semblé devoir d’autant plus intéresser que c’est la première de ca genre qui soit publiée.

« Au nom de Dieu clément et miséri- « cordieux, souverain du droit évident.

« Dieu, il n'y a pus d'autre Dieu que « lui, vivant et existant par lui-même:

« la fatigue et le sommeil ne (>euvent le « surprendre : à lui appartient ce qui « est dans les deux cl ce qui est sur la O terre. Quel est celui qui osera inter- X céder auprès de lui , si ce n’est avec X sa permission ? Il sait ce que les hom- X mes ont entre, les mains et ce qui ser.i X après eux; et eux ne comprendront X rien de sa science si ce n'est ce qu’il X veut qu’ils sachent. Son trône em- X bras.se les deux et la terre : et la garde X du ciel et de la terre ne lui donne au- X cune fatigue ; car il est le Dieu très-hapt, X le Dieu très-grand (2).

« Mohamraea est l'envoyé de Dieu :

X ceux qui sont avec lui sont terribles X contre les infidèles, humains entre « eux : tu les verras se courber, faire des X actes d'adoration : ils implorent de X Dieu sa faveur et sa protection bien- X veillante : les marques de leur zèle X sont imprimées sur leur front, et ils X y portent des traces de la poussière X dans laquelle ils se sont prosternés : X la comparaison de leur piété est dans X le Pentateuque et dans l’Évangile: elle X est comme le grain de la semênee qui X fait naître une tige féconde : elle se X renforce, se gonfle et devient bientôt X égale à la racine même qui la porte ; X elle fera l’admiration de celui qui l'a

(!) .‘iUmed avait fait placer ces dciix inscriptions inmiguralo.s sur les deux pilicrsde l'arc-ade sous laquelle était placce la Kiblah .'J’ai eu ie bonhour de découvrir cesdeux inscripUontqui avaient disparu sous un épais enduit de Pf^trie , k l’époque de la chutu de la dynastie des Touiouidr.s. Voyex-4'n une partie planche 20.

(2) Sourate n, v. 2ao.

y. 0 1 FTO

} or i»-j K

>i*l rult^it] <;] U^Aur-ih la Uibuna de Kh ttr6

EGIPTO

Uetqntia. del Suli&n Kbela.un

E rv 1 P T O KC.Y I T K

Al

ÉGYPTE-MODERI^..

« semée et excitera la fureur des inüdè- « les. Et Dieu a promis sa protection à « ceux qui auront cru et qui auront fait « de bonnes œuvres ; il leur a réservé « le pardon de leurs fautes et une ma- « gnifique récompense (1).

« Vous êtes le peuple le plus excellent « qui soit sorti de la race des hommes : << vous commandez l’équité, vous défen- « dez l’injustice, et vous croyez en Dieu. « Si les peuples qui ont des livres révé- - lés eussent cru de même , certes leur " sort eût été plus heureux (2).

« Certes , il habitera les temples de « Dieu, celui qui croit en Dieu et au « dernier jour : celui qui a élevé sa prière

■ et qui a donné l'aumône; celui qui ne « craindra jamais que Dieu seul. Il est « donc vraisemblable que ceux-là seront « du nombre des élus que Dieu conduit « au bonheur éternel (3).

« Le prince Abou-l-Abbxs,Ahmei>- « bbh-Toulouji , lieutenant et ami du « Prince des fidèles (que Dieu affer-

■ misse pour lui la puissance, l’honneur « et raccomplissement de tous ses dé- « sirs, et qu'il lui accorde l’éternité des ■< fruits qu’il recueillera dans la seconde « rie comme dans la première!), a donné « ordre de bâtir cette mosquée bénie,

« gage de bonheur , pour rendre témoi- « gnage des bénédictions que Dieu a « répandues sur la société des musul- « inans.

« Son but est la faveur de Dieu et le « séjour de l'autre vie, s’attachant de « préférence à tout ce qui peut aug-

• menter la splendeur de la religion et « l’union des fidèles.

«Son désir, en consacrant un édi- X Qce à Dieu pour l’observation de ses « préceptes, la lecture de son saint livre

• et la célébration de son souvenir , a « été de se conformer à ce que dit lui- « même ce Dieu très-saint et très-haut.

« Dieu a permis (|u’on lui rendit des « hommages dans des édifices, et on y

■ invoquera son nom, on lui adressera > des louanges le matin et lu soir. Les « hommes ne seront point détournés

■ par le négoce et les ah'aircs connner- « ciales du souvenir de Dieu ,du devoir

• delà prière et de la répartition de

(I) s. XI.Tin, T. 59.

Cjj .s. III, V. IIM , 40.

(3) S. IX, V. ni.

• l’aumône : ils craindront ce Jourter-

• rible où les cœurs et les yeux seront « frappés de consternation. Or, Dieu « leur donnera une récompense bien au- « dessus de leurs actions et il les

• comblera de ses faveurs. Dieu dis- « pense les bienfaits suivant sa volonté

• et sans aucun compte (1).

« Dans le mois de Ramadân de l'an- « née deux cent soixante-cinq. Louange « au Seigneur ton Dieu, il est le. maître

• de la puissance et bien différent des

• faus.ses idoles qu’adorent les infidèles. « Que le salut soit sur ses envoyés !

• Louange à Dieu maître souverain' des « mondes (2) !

« O Dieu, verse tes faveurs sur !\Io- « hammed et sur la famille de Mohain- « med! Regarde avec miséricorde Mo- « hammed et la famille de Mohammed !

« Bénis .Mohammed et la famille de « Mohammed, autant et plus encore que « tu n’as répandu de faveurs, de misé- « ricorde et de bénédictions sur Ahra- « ham et sur la famille d’Abraham, et X Je proclamerai hautement qu’a toi seul « appartient la louange et l’hommage! « L’historien él-Mahryzy rapporte que, pendant la cérémonie, la mosquée fut entourée de pastilles d’ambre, qui, en brillant, répandaient un nuage parfumé sur les musulmans en prières.

Le premier imâm de cette mosquée fut leqady Dakkar, filsde Koleynah, et le premier khatib, ou prédicateur, liabU, fils de Souleymân, célèbre docteur de la secte chaféite.

O même jour. Mohammed, fils de Habié, ouvrit une école publique, dans la portion du portique qui était le plus proche de l’appartement {Maksourah) où se tenait .4 limedébn-Tonloun, et ce prince, ainsi que ses enfants et toute sa cour, n'en voulurent sortir qu’après que la leçon du profes.seur fut terminée.

Tous les vendredis, Tlabiè enseignait les traditions dans cette école ; les enfanls A'.4hmed\ assistaient avec exactitude, par l’ordre de leur père, et écrivaient les commentaires du maître, sous sa dictée.

Le soir du jour de l’inauguration.

Ahmed revint a la Maison du Gouvernement, y lit une seconde fois ses ablutions légales, changea de vêtements, et

(I) .s. XXIV, v, an, 37. 3«.

Ca) S Xiivil, V. ISU. 181, I$:i,

L’UmVKRS.

rrsia longtemps en prières dans la mos- <juée, rendant grâces à Dieu des bienfaits dont il l'avait comblé, et du succès dont il avait couronné toutes ses entreprises; puis il revêtit l’architecte d’un manteau d’honneur, lui fit donner 10,000 pièces d’or (I), et lui assigna une pension considérable pendant toute sa vie.

ylhtned fit ensuite construire auprès de la mosquée , mais hors de son enceinte, un réservoir et un bassin pour les ablutions légales ; et il y ajouta une pharmacie, dans laquelle, tous les vendredis , se tenait un médecin, par ses ordres, pour donner des secours aux malades et aux inOrmes qui viendraient à la mosouée.

Les nistoriens arabes racontent deux songes iî Ahmed, relativement à ce monument; dans le premier, il vit une lumière divine couvrir toute la ville qui entourait la mosquée, tandis que la mosquée elle-même restait dans robscurité.

L’explicateur des songes, qu’il consulta dans son inquiétude, lui répondit : « Que « ce sonsre sign i Hait la destruction de tout

ce qui lui avait paru éclairé, et que la > mosquée seule serait conservée. » Cette explication fut appuyée de passages du Koran qu’il cita , et dont il fit l'application.

Bientôt un autre songe présenta à .-//tmeef unfeu,descendantdu ciel et consumant la mosquée entière , mais laissant intact tout ce qui l’entourait. L’explication de ce nouveau songe fut > que • ce temple était agréable à Dieu, et qu’il « en donnait la preuve par le feu descen- « dant du ciel qui l’avait consumé : »

l'histoire des sacrifices de Caïn et d’Al)el , rapportée également dans le Koran , servit de témoignage à ce nouveau commentaire, aussi fôvorable que le premier.

Au reste, l'événement sembla vouloir confirmer l’explication de ces songes ; car tout le quartier qui entourait la mosquée fut détruit dans la suite; la Maison du Gouvernement, une partie du minaret placé auprès de la mosquée , et le pavillon magniOquequi était au milieu, furent consumés par l’incendie, mais la mosquée elle -meme fut préservée et subsiste encore de nos jours.

Ui IS, 000, 000 de notre monnaie.

I,a construction entière coûta 1 30,000 dynars (!) ; et Ahmed assigna, pour son entretien , des propriétés et des revenus considérables.

Outre les deux trésors, déjà trouvé.s par Ahmed fbn-Touloun, etqui avaient fourni à ces dépenses étonnantes et à sa munificence, l’historien êl-Makryzy raconte qu’il en découvrit encore un troisième, contenant une quantité immense de pièces monnayées de l’or le plus pur ; ce qui porta Ahmed à améliorer, autant que possible , le titre de ses propres monnaies, qui furent désignées dans la suite par le nom de dynars Ahmedu , et employées de préférence pour les dorures (2).

Pendant la construction de la mosquée, Amagour, gouverneur de la Syrie, était mort, et son fils Aly avait hérité de sa place. Ahmed ébn-Touloun jugea cette occasion d’autant pjus favorable, pour se rendre lui-même maître de la Syrie , que él-Mouaffeq , qui aurait pu y porter obstacle, se trouvait suffisamment occupé par la guerre contre les Zinges. Il annon^ donc publiquement le projet de faire la guerre aux Grecs, et rassembla, pour cette expédition sacrée , une armée considérable , à laquelle le fanatisme religieux fit réunir un grand nombre de volontaires; il écrivit ensuite au fils d’ Amagour pour l’inviter à l'aider dans cette guerre, et à lui prêter serment d’obéissance , prétendant que la Syrie venait d’être jointe par le khalyfe à son gouvernement.

Aly se soumit; et, vers le commencement de l’an 265 de l’h^ire (3) , Ahmed ébn-Touloun quitta l’Egypte, après en avoir laissé le gouvernement entre les mains de son fils aîné Abbas, alors âgé d’environ vingt-trois ans, et lui avoir adjoint pour l’administration , son vizir nommé comme lui Ahmed, mais plus connu sous le snrnom de él-Ouase/y (4).

Son armée se grossit encore dans la Palestine ; il y reçutla soumission de Afohammed, gouverneur de Ramléh, et le

(I) Environ iso.ooo Irana de noirs monnair.

(i) Voyez ci-deasiis une emprehite de oes (lynari(, page GO.

(S) Celte année a commencé te mercredi :i septembre de Pan 878 de notre ère.

' i'S CTeat-à-dire natif ou originaire de la yIIIq de Oiiaset.

ÉGYPTF.

confirmadanssnn gouvernement. ,\rrivé il Damas, il y fut rei^u par Jhj, (jui lit foire pour lui des prières publiques (I), et à qui il laissa ses fonctions ; il en fit de meme à l'egard d’y'ssa, commandant de Hémesse, qui avait également reconnu son autorité; puis il s’empara, de vive force, A'IIamah et A'Jlep, et invita à la soumission SimA-Taouil, gouverneur de cette province, qui occupait . Intioche, avec une troupe nombreuse de soldats turks.

Ses instances réitérées et ses promesses ayant étéinutiles, .ïAmed laissa s'avancer la tête de son armée jusqu'à Skanderoun ( Alexandrette), et tout à coup se jeta sur Antioche. Ses attaques contre la porte de la ville, appelée la Porte de la Mer, furent quelque temps sans effet; il commençait à perdre espérance, lorsque quelques habitants, mécontents de SimA, vinrent l'avertir que la porte opposée, du côté des montagnes, et appelée Porte de la Perse, ét.ait faible et sans défense. Ahmed aussitôt y porta ses troupes, et devint maître du rempart avant l'aurore. SimA, qui était dans sa maison, réveillé par le bruit, voulut en vain combattre; il fut tué dansla mélée; et , pendant une heure, la ville fut livrée au pillage et au massacre.

La tête de SimA fut apportée à AAmed, qui pleura sa mort; car il avait eu autrefois avec lui des liaisons d'ainitié.

L’armée s’empara ensuite de Mopsueste, d'Adanah , de Tarse, et se pre-

f tarait à pousser plus loin ses conquêtes, orsque Ahmed la nouvelle que son fils aîné -/Mmis, à qui il avait confié legouvernement de l'Égypte, avait levé l’étendard de la rébellion , et s’était emparé de ses trésors.

Cependant, Ahmed ne voulut retourner en Égypte qu'après avoir affermi ses affaires en Syrie; il battit Mohammed, gouverneur de Karra, puis Moussa son frère, et ne revint en Égypte qu’à la Gn de l'année 265 de l’hégire (879 de l’ère chrétienne), après avoir laissé des forces considérables à Rakkah, sous les ordres de Loulou, qu’il chargea du commande-

(11 L'Insertion du nom d'un prince dans les

Prières publiques de la Khnthah , ou prédicaioDS solennelles du vendredi, était une tcconnaissance de la suzeraineté.

ment de n>/Ar-Mo(Lir, d'Alep, de Hemesse et de Kinessenjn.

.Jftôas, entraîné dans la révolte par de perQdes conseillers, et redoutant l’arrivée de son père, s’était emparé de son trésor, qui renfermait environ 2,000,000 de dynars (I); il en avait de plus emprunté 300,000 (2) , imputables sur les contributions à percevoir , et s’était retiré, avec ses partisans, à Gyzéh, sur la rive occidentale du Nil : il avait fait arrêter en même temps Ahmed él-Ouasety, l’adjoint que son père lui avait donné pour l’administration des affaires, et il le traînait a sa suite chargé de fers.

Ne se croyant pourtant pas assez en sûreté derrière le Nil , il laissa le gouvernement de la ville à son frère Rabya, et feignant de se rendre à Alexandrie , il se porta sur Barkah.

Ahmed, voulant détourner son fils de sa perte, lui écrivit des lettres pleines de douceur, dont il chargea Bakkar, fils de Koteybah; mais cette ambassade fut sans résultat ; les partisans A'Abbas ne pouvant compter, comme lui , sur l’indulgence paternelle , et redoutant la juste colere d’un maître irrité, l’engagèrent à s’enfoncer davantage dans l’Afrique. Il prit avec eu.x ce parti, l’au 267 de l’hégire (3). Les efforts qu’il lit pour ranger à son parti les chefs des tribus arabes ne réussirent qu'auprès de quelques-uns ; il écrivit aussi en vain à Ibrahym, prince aghiabite , qui régnait alors à AVyrouAn (4), pour l’engagera reconnaître l’autorité qu’il prétendait avoir reçue du khalyfe sur toute l’Afrique.

La citadelle de LepUs (5), qu’il attaqua, lui ouvrit ses portes; ce qui ne l’empêcha pas de lui faire subir les horreurs du pillage, du viol et du massacre. Les habitants, désespérés, s’adressèrent au prince ébadite Elias, fils de Mansour, qui, indigné, leur promit secours et vengeance.

(I) Environ ao.ooo.oüo <le notre monnaie.

(a) Environ 4,500,000 francs de notre monnaie.

(3) Cette année a commencé, le vendredi la août de l'an ssn de notre ère.

(4) L'ancienne Cyrëne, suivant quelques auteurs.

(s) Celte villa, appelée Leptù Majnn par lea Romains , était designée par les Arabes sous le nom du LtUJah oi Leboudah.

L’UNI vi:rs.

Cependant Ibrahym avait envoyé une année à Tripoli, avec ordre d’attaquer ylbbas; le combat fut opiniâtre et dura jusqu'à la nuit.

Abbaa était renommé à la fois comme brave guerrier et comme bon poète; il cumbaltit vaillaininent toute la journée, et les liisturiens arabes nous ont conservé l'ode bcroique qu’il composa pendant la bataille.

Mais le lendemain , Élias arriva avec douze mille Ëbadites, joignit ses troupes à celles d'Jbrahyni, et renouvela te combat avec ,/bbas, qui y perdit ses meilleurs capitaines, ses plus braves ■soldats, ses bagages et presque tous les trésors qu’il avait emportés d’Égypte; il mannua lui-mémed’étre pris, et put à peine fuir jusqu’à Barkab.

Ce désastre d’un Gis, quoique rebelle, affligea £6n-ï’ou/oun. Cependant, vers la lin de l’an 2C7 de l’héglre, c'est-à-dire au printemps de l’an 881 de l’ère chrétienne, il envoya des troupes à Barkab, et quelques mois après, arriva lui-inéme a Alexandrie, avec une armée considérable et qu’on porte à cent mille boniiiies.

Ahmed él-Ouasety, qui s’était échappé des mains d'Abbas, vint l’y trouver, et fut renvoyé par lui . avec des troupes , à Barkab, pour y attaquer les révoltés.

Ils furent battus, presque tous tués, et Abbas lui-même fut pris vivant et conduit à son père, au milieu de l’anuée 268 de l’hégire (1). Quelques jours après.

Ahmed revint à Postait emmenant avec lui Abbas, qu’il garda prisonnier dans son palais.

Troisnioisaprès,rarméearrivaavecles autres prisonniers, et TouhunWs ayant r.asseinblés avec son (ils, lui ordonna de couper lui-méme les pieds et les mains aux principaux de scs complices; Abbas obéit. Alors son père lui lit les reproches les plus sanglants sur une conduite aussi indigne d’un prince, ajoutant qu’il aurait dû plutôt se prosterner aux pieds de son père, pour le supplier de l’envoyer au supplice lui-méme , et de pardonner aux complices de son crime. Knsuite il ordonna, quoique les yeux remplis de larmes, qu’on lui donnât cent coups de bâton; puis le tit reconduire dans l’ap-

(I) Oi'lleamuw a comrapucë le m.ardi I*' août de l'aussi de [lotre ere.

partement qui lui servait de prison. Les autres révoltés curent la tête coupée et leurs corps furent jetés dans le Nil.

Il était temps que cette guerre intestine fût terminée , car l’Égypte était alors menacée d’une guerre étrangère.

L’inimitié entre Ahmed et (l-Mouaffeq, qui, depuis quelque temps, paraissait comme assoupie, sembla se rcveiller et éclater tout a coup. La perte des trésors d' Ahmed ébn-Toutoun l’avait forcé de mettre queluue économie dans ses dépenses et d'imposer des bornes à sa munilicence; cette diminution de ses largesses mécontenta quelques-uns de ses courtisans, et entre autres l.oidou, qu’il avait comblé de tant de bienfaits, et à qui il avait confié le gouvernement de provinces si étendues ; son mécontentement fut encore aigri par Mohammed, fils de Souleymân, qa'Amedébn-Touloun n’aimait point, et que , malgré les injonctions de son iiiaitre , Loulou avait pris comme secrétaire à son service :

aussi Ahmed, par la suite, accusait Mohammed de toutes les fautes que commettait Ijoulou.

Bientôt, en effet, celui-ci se laissa persuader, par son secrétaire, de cesser d’envoyer à Ahmed son tribut annuel , maisde le payer àéf-A/oi/a^eq, en lui proposant de passer dans son parti et de reconnaître son autorité. lil-Mouaffeq accueillit avec joie cette défection; mais ceux, des officiers de Loulou qui étaient restés fidèles à Ahmed, se hâtèrent de le prévenir de celte trahison. Ahmed sentit toutes les conséquences de cette démarche, et tâcha d’abord de rappeler Loulou à son devoir par des lettres pleines de bonté ; maisses invitations furent sans effet.

Ce fut alors que le génie d' Ahmed e6n-7’o«/ounconçutunprojet plus grand, et qui devait non-seulement le mettre à l’abri des tentatives hostiles de él-Mouaj'feq , mais encore concentrer entre ses mains toute l’autorité souveraine sur le vaste empire du khalyfe , en retirant celui-ci de l’état de sujétion et de nullité presque absolue où son frère l’avait réduit. Il écrivit secrètement au khalyfe él- Motamed, qu’il craignait de nouveaux complots contre la sûreté de son souverain; qu’il l’engageait donc à se retirer cil Égypte, où cent mille braves cavaliers

EGYPTE MODERNE. 79

étaient prêts à prendre sa défense, et à déjouer les projets de él-Mouaf/eq, en retirant leur prince de l’état de servage, pour rendre à son trône tout son éclat fégitiine.

La lettre A' Ahmed, portée par un homme sûr, était accompagnée d’un présent de 100,000 dynàrs (1). Ahmed partit lui-même, l’an 2G9 de l’hégire (2). et s’avança jusqu’à Damas, à la tête d’une armée nombreuse, emmenant avec lui son fils Abbas prisonnier, et laissant le gouvernement de l’Égj’pte entre les iiiains de son second fils Khomarouyak.

Il annonçait le double projet de délivrer le klialyfe él-Motamea, et de punir la trahison de Loulou : celui-ci ne l’avait point attendu, et était allé se joindre à êl-Mouaffeq, après avoir pris et pillé plusieurs villes, et les armces des deux chefs réunis pressaient de concert la guerre contre les Zinges.

Cependant, un corps de troupes qu'Ahtned avait envoyé en Cilicie s’était révolté contre Khala qui le commandait, et celui-ci put à peine éviter la mort, en s’enfuyant à Damas. Les hahitants de Tarses profitèrent de cet échec pour méconnaître rautoritéd’£6«- Touloun et cesser les prières publiques pour lui : Ahmed se préparait à aller punir cette révolte, lorsqu’il reçut des lettres de êl-Motamed, qui arrêtèrent son départ.

En effet, lekhalyfe, mécontent de voir sa souveraineté réduite au seul titre de khalyfe, et son autorité méprisée par él-Mouaffeq, entre les mains de qui se trouvaient toute la puissance, les trésors et les forces dukhalyfat, avait reçu avec plaisir la lettre a" Ebti-Toaloun , auquel il avait déjà fait parvenir des plaintes sur la position à laquelle son IrèreTavait réduit. Il se hâta de répondre qu’il allait se jeter dans les bras de son libérateur, et en conséquence Ahmed fit passer son armée à Rakkah pour y attendre le khalyfe.

Ce prince, voulant saisir, pour son évasion, le moment où son frère était le plus occupé par sa guerre contre les Zinges , feignit de partir pour une grande partie de chasse; mais il arriva

(1) l.son.noo francs de notre monnaie.

(2) Cette au née a commence le samedi 21 Juillet de l’aii SS2 de notre ère.

bientôt dans le gouvernement ÿlshak , qui commandait à Moussoul et dans toute la Mésopotamie, et que Sayd, vizir Atél-MouaJJeq, avait déjà informé de la fuite du khalyfe, en lui ordonnant d'employer tous les moyens pour l’arrêter.

Ishak vint donc au-devant du khalyfe, lui Ut sa cour et l’accompagna avec déférence jusqu’aux frontières des provinces soumises à Ahmed ébn-Touloun ; là, il écarta adroitement une partie des gens du khalyfe, excita avec ruse la jalousie des autres contre .-éAwef/, et leur ersuada de venir délibérer avec lui ors de la présence du khalyfe, avant de remettre entre les mains d’./hmed leur sort et celui de leur souverain : il les conduisit donc dans sa tente; mais ils n’y furent pas plutôt entrés, qu’ils furent saisis et chargés de fers.

/••ihak alla ensuite trouver le khalyfe : il vint à bout de persuader à ce prince faible de ne point changer le siege de son empire et de celui de ses pères, et de ne point abandonner son frère dl- Mouafjeq , pour se confier à un étranger. Le khalyfe Se laissa donc ramener par Ishak à Saiiiarrah avec ceux de ses gens qui étaient restés libres.

ÈlrHouaffeq, craignant que son frère ne tentât une nouvelle entreprise, lui donna des gardes et récompensa Ishak en lui donnant tous les gouvernements d’L'bn- Touloun, de manière que son autorité devait s’étendre sur toutes les provinces de l'empire, depuis Baghdad jusqu’à l’extrémité de l’Afrique; en signe de cette investiture, il lui donna deux épées avec le surnom de Zou-Seyfeyn (portant deux épées), indiquant par là son pouvoir sur l’Orient et l’Occident.

Ahmed êbn- Touloun, \tn\.è de voir scs espérances trompées, rassembla à Damas, à la fin de l'an 2G9 de l'hégire (883 de l’ère chrétienne), tous les qadys. les ulémas et les scheryfs de ses provinces; il leur ex posa que êé.l/oiWjf/'eq avait violé la fidélité qu’il devait à son frere, attenté à sa liberté, et que le khalyfe , réduit au sort le plus misérable , passait ses tristes jours en proie au chagrin le plus profond. Il leur fitdéciderque tous les vendredis, après la prière solennelle, le khateb exposerait la situation malheureuse du khalyfe, en priant Dieu pour sa conservation et la perte de son oppresseur.

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Une décision fut aussi rendue par l'as* semblée pour déclarer (l-MomfJ'eq rebelle au klialyfe ét-Molamed, et l’exclure de la succession au trône: en même temps , Ahmed fit proclamer que toute obéissance envers él-Mouaffeq devenait un crime , et qu’une guerre sacrée contre lui était un devoir général.

Quelques personnages de l’assemblée refusèrent cependant de souscrire ces actes, entre autres Bakkar, qui demanda qu'une lettre du khalyfc él- Motamed i-onlirmât les faits allégués par Ébn-Touloun, et révoquât expressément l’acte par lequel il avait établi é/-.Wouq//i?q son successeur.

Ahmed s'emporta, et répondit que él- Motamed n’était pas libre , qu'au reste Bakkar demeurerait en prison, jusqu’à ce qu’on püt recevoir du klialyfe cette lettre qu’attendait sa décision.

L’acte fut souscrit par les autres membres de l’assemblée, qui se gardèrent de jiersister dans leur première détermination , et la proclamation solennelle en eut lieu dans les principales mosquées de 1a ville.

Él-Mouaffeq , furieux, à cette nouvelle, força le faible khalyfe , malgré son amitié pour Ebn-TOuloun, à prononcer contre lui l’anathème et à le faire proclamer danstouteslesmosquéesde/’/raA.

Ahmed, à son tour, fit publier dans ses provinces l’anathème contre él-Mouaffeq, et envoya une armée pour s’emparer de la Mekke. Le gouverneur de cette ville, Haroun, en prévint sur-le-champ , él-Mouaffeq, qui se hâta d'envover des troupes dans Vlrak : leur général, Ojafar, Mttit les Egyptiens, en tua un grand nombre, et fit leur chef prisonnier. Alors l’anathème contre Ahmed ébn-Touloun fut proclamé dans la mosquée de la Mekke.

Cet échec ne fut pas toutefois assez considérable pour détourner Ahmed de ses autres entreprises; il s’avança en Ciliciepour étouffer et punir les séditions qui y avaient éclaté. En passantà Uamas, il fit rétablir et couvrir d’un dôme élevé le tombeau du khalyfe Moaouyait, ^ue les Abbassides avaient détruit; il y ht placer des lampes, et y établit des lecteurs du Koran.

De là, il se rendit à Adanah, pour châtier Bazmaz qui en était gouver-

neur, et qui avait répondu avec dédain aux lettres par lesquelles il l’invitait à reconnaître son autorité. Le gouverneur d'Adanah avait fait arrêter les envoyés d Ebn-Touloun, etcelui-ci, irrité, se ‘hâta d’assiéger la ville avec un nombreux corps d'armée; mais Jiazma» détourna les eaux du fleuve Cydnus, et les eaux ravageant, au milieu de l’hiver, ’ le camp des assiégeants, un grand nombre de soldats périt par ce fléau imprévu, réuni aux rigueurs du froid et aux intempéries de la saison. Ahmed fut donc forcé de lever le siège; et, remettant à une autre époque sa vengeance contre Uazmaz, il courut au secours d’autres provinces que menaçait l’invasion des Grecs : il réunit donc ses troupes et les conduisit sur-le-champ à Mopsueste et à Antioche.

C’est à Antioche que l’attendait le décret fatal de sa destinée; ayant bu une grande quantité de lait de ‘buffle, et sa santé en ayant souffert, il négligea les avis du médecin chrétien Sayd Théophile ui l’accompagnait : ayant refusé de garer une diète sévère ,'il tomba sérieusement malade : alors il laissa Abd-aUah, fils de Fatah, pour commander à Alep, et se bâta de retourner en Égypte. Il voyagea d’abord, norté à bras, dans une litière ; mais sa faiblesse ne lui pennettaut pas de continuer à se servir de cette espece de transport, il s’embarqua, aborua à Faramah et de là remonta le Nil jusqu’à Fostatt, où il parvint vers la fin de l'année.

Ason arrivée, il sentit encore son état empirer; et, apnt appelé auprès de lui les médecins de la ville , il les menaça de la mort, s’ils n’employaient tout leur soin pour le guérir.

Mais les troubles qui s’élevèrent bientôt en Égypte, vinrent détourner Ahmed des soins que réclamait sa santé. Un descendant du khalyfe Aly, Ahmedrébn- Abd-aUah, apprenant la maladie A' Ebn- Touloun, crut la circonstance favorable pour lever l’étendard de la révolte. U ne partie du 5oyd se laissa entraîner par ses insinuations et embrassa son parti ; mais les troupes nombreuses qo'Ahmerl ébn-Touloun se hâta d’envoyerdans celte province, y eurent bientôt étouffé la réliellion, et le chef des révoltés eut la tête tranchée.

ÉGYPTE MODERJJE. 81

Le rétablissement de l'ordre dans l'intérieur fut suivi de l'espoir d’une paix prochaine avec les ennemis extérieurs, qui avaient manifesté contre Jhmed ëbn-Ttndoun une haine si violente, et, en apparence, si irréconciliable.

ÉUMouaffeq x’enait, après une guerre longue et ùtigante, de terminer heureu- 'sement son expédition contre les Zinges. Dégodté des combats et des vicissitudes de la guerre, peut-être aussi .sentant affaiblir par le temps son inimitié envers

hmea ébn-TouUiun, il résolut de chercher à se préserver d’une nouvelle guerre par des négociations. La puissance d'.Y^ med n'avait pas cessé de paraître redoutable a il-Mouaffeq-, mais sa maladie, qui pouvait d’ailleurs n’étre qu’une feinte, paraissait, si elle était réelle, avoir dd cal mer ses sentiments haineux, et I ui faire désirer enfin un repos auquel él-Mouaf- /cq aspirait tant lui-méme : au surplus, la victoire remportée sur les Zinges ôtait h CCS ouvertures pacifiques tout soupçon de crainte et de faiblesse.

f.l-Mouaffeq chargea donc Sayd ben- Afokhalled et quelques autres de ses confidents, d'écrire à Ahmed ébn-Touloun, et, en lui faisant sentir légèrement les torts qu’il avait eus dans cette querelle, de l’amener adroitement à une réconciliation. Les lettres furent écrites dans ce sens; mais, quoiqu’elles fussent censées écrites à l’insu de tl-Mouaffeq et sans son autorisation , Ahmed êbn- Toulotui ne put se laisser tromper par cette précaution diplomatique. Il reconnut que le frère du klialife seul les avait dictées , et , regardant cette démarche comme une satisfaction suffisante , il se montra lui-même porté à accueillir favorablement les ouvertures qui lui étaient faites.

.Ses réponses annoncèrent donc une disposition à l'oubli des torts respectifs, et au rétablissement de la bonne intelligence, si él-Uoua/Jeq déclarait publiquement qu'il renonçait à son ressentiment et à ses attaques. /!l-.tfouaffeq, en lisant cette correspondance, jugea bien qu’ Ahmed ébn-Touloun avait reconnu qu'il était l’auteur des premières lettres : prenant alors le parti de les avouer, il ne mit plus aucune hésitation à écrire lui-même à Ahmed qu’il se repentait de ses anciens procédés envers lui, qu'il

6" LicraUon. (Égypte moukrive.

étouffait dans son ccpnr tout sentiment d’inimitié, et que, désirant trouver dans son ennemi réconcilié une réciprocité de sentiments, il le priait de lui en donner l’assurance par une réfionse authentique à sa déclaration officielle.

Le khalyfe él-Motamed vit avec plaisir la réconciliation des deux rivaux, et écrivit lui-même à Ahmed ébn-Tovdoun une lettre, tracée de sa propre main, pour lui intimer l’ordre de vivre dorénavant en bonne intelligence avec son frère M-hfomffeq,et lui annoncer qu'il levait solennellement l’anathème qui avait été précédemment lancé contre lui.

Ces dernières dépêches furent confiées à Hassan, fils d'ilaf; mais elles n’arrivèrent en Égypte qu'après la mort d' Ahmed ébn- touloun. La santé de ce dernier déclinait de plus en plus; les douleurs d’estomac que lui avait c.ausées l’excès de la boisson de lait de buffle, avaient été accompagnées d’une fièvre violente et d’un affaiblissement général ; une cruelle dyssenterie se joignit bientôt à ces premiers symptômes de destruction, et abattit presque entièrement toutes ses forces vitales.

Voyant approcher le terme de sa vie, il eut" recours aux prières de toutes les religions qui étaient établies dans les États soumis à sa puissance. Par ses ordres , les musulmans avec le Koran , les juifs avec le Pentateuque et les Psaumes, les chrétiens avec l’Evangile, sortirent de la ville et se rendirent sur le mont Mokattam pour y adresser à Dieu leurs supplications. Les maîtres d’école assistaient à ces cérémonies religieuses a la tête des enfants dont l’instruction était confiée à leurs soins; des lectures publiques du Koran avaient lieu sans interruption dans toutes les mosquées; d’abondantes aumônes étaient répandues sur les pauvres, avec la plus grande profusion.

Enfin , ne pouvant plus douter que sa dernière heure allait sonner, « Grand « Dieu! s'écria-t-il, ayez pitié de votre « serviteur; daignez apprécier celui qui « n’a jamais su s’évaluer lui-même, et « jugez-le dans votre clémence! »

Il èépéta alors la formule sacrée • Il « n’y a point d’autre Dieu que Dieu , et ■ Mahomet est l’apôtre de Dieu. » Et aussitôt après il rendit le dernier soupir.

Peu d'irntants avant de mourir, il avait fait sortir de prison le docteur Bakkar ; mais ce malheureux vieillard ne jouit pas longtemps de la liberté qu'il venait de lui rendre; environ un mois après la mort d'£6n-'ro»foun, il mourut lui-même et fut enterré auprès de Fostatt, où son tombeau est encore vénéré.

La mort A' Jhmed ébn-Toutoun eut lieu le dimanche dixième jour du mois de Dou-l-Kadéh, onzième mois des musuhnans. dans l’an 270 (1) de l'hégire (11 mai de l'an 884 de l'ère chrétienne) ; et ce prince fut enterré sur le mont Mokattcin.

Le VAiaXyft él-Motamed apprit sa mort par le retour de Hastan ben-Itqf, et en ressentit une vive afOiction. Les historiens arabes rapportent même une élégie qu'il composa à cette occasion , et qui prouve qmil était plus habile dans l'art de la poésie que dans la science du gouvernement.

jéhmed êbn- Touloun avait ainsi régné environ dix-huit ans, avec des succès divers ; mais sa fortune, soutenue par son génie, n'avait fait que s'accroître par les obstacles mêmes qui semblaient devoir arrêter son agrandissement, et ses dernières années avaient été brillantes de tout l'éclat de la richesse et de la puissance. Son héritage renfermait des trésors immenses, s'élevant à plus de 10,000,000 de dynars(2), des amas considérables d'armes et de provisions militaires, sept mille esclaves armés, vingt-<iuatre mille autres esclaves, et un plus grand nombre de chevaux, de mulets, de chameaux et d'autres bêtes de somme.

S'il fallait en croire quelques historiens arabes, sous son régné, les produits de l’Égvpte se seraient montes à 1 00,000,000 de pièces d’or (3); mais des auteurs, moins exagérés, réduisent cette évaluation à la dixième partie.

C'est lui qui fit bâtir à Jaffa la première citadelle qui ait défendu cette ville, avant lui dépourvue de fortifications; et la ville de Sour, l’ancienne Tyr, lui doit son entière reconstruction.

(I) Cette année a commencé le Jeudi 1 1 Juillet de l’an 883 de notre éce.

(3) 150, 000, onu de notre monnaie.

[3) 1, 500, 000, ooc de notre monnaie.

Quoiqu’il ne filt âgé gue de cinquante ans, il laissait après lui trente-trois enfants, dont dix-septfils et seize filles; il avait fondé son pouvoir d'une manière assez solide pour qu’il dût espérer, en le transmettant à ses descendants , que ceux-ci sauraient le conserver et établir en fgypte et eu Syrie sa dynastie d’une manière inébranlable.

Tout semblait, en effet, présager qu’une puissance, fondée sous ces heureux auspices, après avoir surmonté, contre toute attente , les premiers écueils de son établissement, ne pourrait pendant longtemps que marcher de succès en succès. Tout devait faire croire que, dans la vigueur de son âge politique , elle ne pouvait redouter qu’à une époue, encore bien reculée, les symptômes e cette décadence inévitable à tous les empires, qui avait détruit successivement les plus formidables monarchies pour en faire renaître d’autres de leurs ruines.

Cependant, à peine vingt-deux ans seront-ils écoulés depuis la mort A' Ahmed êbn- Touloun, que sa dynastie, fondée par tant de peine et de persévérance, se verra renversee du faîte de son pouvoir, et que sa nombreuse famille sera entièrement éteinte dans le massacre général de ses descendants.

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