CHAPITRE IX
Khomaroavah aoocèdê k .Vhmrd ébo-Tooloon.
—Mort (f Ahbas.— Ville d’£l Qatayah. — Le patriarebe Mikbayl. — Palais de Kbomaroiiyab. — Trahison d’Abou-Abd-Allah. — Nouvelle iiuerreavi-c ÊI-Mouaff«j — Mort du khalyfe P.l-Motamed. — Êl-Motadded loi succède'— Ambassade. — Traité. — Mariage de la fille de Klioniarou) ah avec lekhalyTe. — Assassinai de Kliomaniuyah. — Son fila Ueych lui succède. — Révoltes. — Meurtre de Ceych. — Haroun, frère de Geych, lui succède.— Désordres dans les provinces. — Leur cession au klialvfe. — Invasion des Karmates. — Le khalyfe £l-Moktafy altaque l’Êgypte. — Meurtre de Haroun. — Sinan. — ExUncUon de la dynastie des Toulonides. — Les khalyfes él- Moqlader, êl-0»ber, él-Réddy, él-Molaqy, él- Mostakfy, él-Mothy.— Gouverneurs de.rEoypte, Tssa, Mohamnied ébn-Aly. Mekny, Abou- 1-Hassan, Teehin , Mohammed, Abou-Beker, Ahmed.— Khalyfes fatimiles. — Êl-Mahady , Qayem he-ème-filah. — DynasUedes £kbcbydites. — Mohammed él-Êkbcfayd, Abou-Hour, Aly, Abou-I-Ukssan, Kafour, Ahmed. — Fia de la dynasUe des Ekhctaydltes.
Khomarouyah, fils tT Ahmed etm-Tou-
ÊGYPTK MODERNE.
ioun, succéda à la puissance de son père, tniire pour eux , et qui avait reçu de aussitôt après sa mort, dans le mois de lui le nom A'él-Çatayah.
Uou-I-Qacléb de l'an 270 de l'hégire (8R4 Un des premiers ordres qu'il donna , de l'ère chrétienne). 11 était âgé de en s'occupant du gouvernement de l'Evinet aiiset avaitprislesurnomd’.^ôou-/- gypte , fut la réparation d'une injustice , Geych ( Père de Geych) à la naissance commise par son père, ou par les agents de Geych, son premier (ils. Je remar- 4e son administration, querai , en passant , que, par un heureux L'élise d’Alexandrie était gouvernée, Jeudemot,cesnrnom8ignifiait,en même depuis l’an 2G8 de l'hégire , par le patemps. Père de l’Armit, surnom qui ne triarche Mikhàyl : il avait destitué un pouvait manquer d'être agréable aux évêq^ue, nommé .Va Aa, pour sa mauvaise troupes, sur lesquelles s’appuyait sa puis- conduite et ses infractions à la discisance, et auxquelles son règne lit con- plineecctésiÿstique; celui-ci ne retirant cevoir les plus hautes espérances. que la vengeance, était accouru à Fostatt
Il avait été appelé au trône, non-seii- réclamer l’autorité à'Amed ébn-Toulement par les aerniers ordres de son loun, et avait accusé le patriarche de père mourant, mais encore par les suf- posséder secrètement des richesses imfrages unanimes de l'armée, dont il était iiienses. Ahmed préparait alors son exl'idole, et à laquelle son frère atné pédition de Syrie, et son trésor était Abbat n'inspirait aucun intérêt : Ab- épuisé : il fit venir le patriarche , et préêiax, d’ailleurs, étaitencoredanslaprison tendant que les moines chrétiens ne deoù son père l’avait fait renfermer après vaient posséder que l'habit et la nourrisa révolte; et le souvenir de cette cri- ture, il lui enjoignit de verser, dans les ininelle entreprise lui attirait encore une coffres de ses unances, les trésors consihaine générale. dérables dont il était détenteur. Ce fut
Aussi, à peine Khomarowjah fut-il en vain que le patriarche attesta la fausinstallé, que plusieurs de ses conseillers, seté de cette assertion , présentée par et en\xedM\ivnAb<M-Abdr Allah, agirent Saka ; il fut jeté, avec un de sesdiacres, avec tant de force auprès du nouveau nommé £6n-é/-A/ontf(r, dans une étroite souverain , qu’ils lui arrachèrent l’ordre prison, où il fut resserré pendant un an. de la mort de son frère. Yohanna et Ibrahym, fils de .Wouisa, qui
Cependant, suivant quelques histo- étaient secrétaires à' Ahmed ébn-Touriens arabes Ahmed ébn-Touiom, foun, obtinrenteependant, sur leur cauavantde mourir, avait fait sortir tion, que le patriarche serait remis en delaprison ouille retenait, luiavaitpar- liberté, sous la condition d'une somme donné sa rébellion et l’avait revêtu a’un considérable, qu’il devait faire payer par manteau d’honneur; on ajoute même les chrétiens qui étaient sous sajuriqu'en déclarant AAomorouÿaA son héri- diction. Le patriarche souscrivit donc tter au trône d'Égypte , il avait accordé une obligation de 20,000 dynars ( 1 ) il Abbat le gouvernement général de la qu’il s’engagea àyerser en deux époques. Syrie et des provinces circonvoisines. Le premier paiement ne put se faire rümme un fief relevant de son frère qu’avec peine et au moyen d’emprunts /^homarouyah , envers lequel il l’ex- et de ventes de terres appartenant aux horta à toujours conserver une fidèle églises ; car les redevances eJ la contriobéissance. Quoiqu’ilensoitdecesdeux Imtion par tête , que le patriarche étaversions, il parait toujours certain blit à cette occasion sur les chrétiens , HVi Abbat ne jouit jamais de cette faveur, étaient loin d'avoir fourni les sommes né-
etperditia vie en Égypte , par les ordres cessaires. Le parti que prit le patriarche, qui furent extorqués à son frère. d'après les conseils qu4l reçut , de con-
Excepté cet acte de faiblesse barbare , férer, moyennant des sommes fixées , les tout annonu dans Xhomarouyah , dix épiscopats qui étaient alors vacants ,
Su'Ahmed éôn-Toafoun aurait en lui un neputavoir sonexécutionetfut regardé igné successeur ; il refusa d'établir le comme une simonie blâmable. Hors siège de son empire à Fostatt, et le fixa d’etat de satisfaire à ses engagemeuts , au milieu même de ses soldats', dans la
nouvelle villequVémcd avait fait cons- (p Environ soo.oue francs.
le patriarche, qui s’était retiré an couveiit deS.Tinte-Marie, près Kasr-êt-chama, dans les environs deFostatl, fut reconduit en prison ; et il y gémissait encore, lorsque la mort “A'^^kmed 6bn- Toutoun arriva. Khomarouyah pensa qu’il était juste de lui rendre la liberté et de le décharger du reste de son obligation, qui fut annulée.
Ne voulant rien innover dans le gouvernement que son père avait établi, A' AomarouyaA conGrina cliacun dans son grade et dans son emploi, laissa le commandement des armées de Syrie à j4bou- Abd- Allah , et celui des autres années à Saad-él-Aysar. En même temps, et afin de mieux s’assurer des provinces de la Syrie, il y envoya des vaisseaux de guerre pour croiser sur les côtes.
Tranquille à l’extérieur, il s’occupa de l’intérieur de l’Égypte, et employa une partie des trésors qu'il avait hérités de son père à des constructions nouvelles et à des embellissements de son palais, dont la description, telle que nous l’ont transmise les écrivains arabes , surpasse absolument toute croyance.
J En effet , s'il faut les en croire , outre un grand nombre de bâtiments élevés par ses ordres dans la ville, Khomarouyah avait fait construire le palais le plus inagnitique, entouré de vastes jardins, plus admirables encore, où se trouvait réuni tout ce qui pouvait flatter la mollesse des princes orientaux. Ou y était entièrement à l’abri des chaleurs, si insupportables en Égypte ; les fleurs des parterres présentaient, dans la disposition de leurs compartiments, desdessins agréables ou des passages du Koran. Le tronc des arbres était revêtu d’une enveloppede cuivre doré . recèlent des tuyaux qui formaient au dehors plusieurs fontaines autour de l’arbre. Ici une immense tour de bois , peuplée de toutes sortes d'oiseaux ; là des salons , resplendissants d’or et d’azur, étaient ornés de statues portantdescouronnesd'or, des pendants d’oreilles de même métal, couvertes de pierreries et habillées des étoffes les plus riches. Ces statues étaient les portraits du prince et de ses femmes ( 1 ).
Un belvédère élégant procurait la vue
(1) Cette parUcuIarité est remarquable, car les représentaUons de figures humaines sont sévéremeat proscrites par la religion muialmane.
entière do palais, des jardins, de la ville, du Nil , de la campagne et du désert. Une ménagerie, dont cbamie loge avait son bassin en marbre, renfermait toutes les espèces des animaux féroces , que le prince aimait à faire combattre les uns contre les autres, en présence de sa cour.
Enfin, on voyait, au milieu d’une colonnade de marbre, dont les chapiteaux étaient en argent, un vaste bassin de cinquante coiidées (Ij de dimension, rempli de vif argent. La lumière du soleil, de la lune et des étoiles produisait un effet merveilleux , en se réfléchissant dans ce lac extraordinaire. Des anneau.x d’argent et des cordons de soie servaient à amener à sa surface un immense coussin , rempli d’air , sur lequel le prince sensuel était bercé avec délices.
Cependant, un orage grondait au loin et était prêt à fondre sur sa tête. Abou- Abd- Allah, qui avait pris possession de son gouvernement de Syrie, ne fut pas longtemps sans craindre que Khomarouyah ne se repentît de l’action cruelle à laquelle il avait été entraîné, et qu'il ne voulût un jour exercer , à son tour , une vengeance sur le principal conseiller du meurtre de son frere.
Quelque brillant que fût le poste qu’Abou-Abd-Aüah avait conservé, il considéra que ce poste même, Téloignant de la cour et de la faveur du prince, le laissait en butte aux attaques des ennemis qui pouvaient vouloir profiter de son absence : il crut que son intérêt lui commandait de chercher un nouvel appui dans él-MouaJfeq , dont il supposait l’ancienne inimitié plutôt assoupie qu’éteinte.
Il écrivit donc à ce prince ; et , en parlant avec mépris du jeune Khomtbrouyah, qu’il représentait comme un efféminé, uniquement occupé de ses plaisirs, il réussit, par des suggestions perfides, à réveiller, dans le cœur de é/-4/ouo/- ' feq, le désir de tenter une nouvelle attaque.
Les hostilités recommencèrent donc; et, l’an 271 de l'hégire (2), il y eut une grande bataille entre Ahmed, fils de él- Mouaffeq, et Khomarouyah , fils A' Ah-
1) Environ quinze (oisea (20 mètres.)
2) Celte aniiee a commencé le lundi 20 Juin de Tan as4 de notre ere.
jiTizou [:v v-.v()u
ÉGYPTE MODERNE. 85
wted ibn-Touloun, semblant hériter l’un et l'autre de la haine nue leurs pères s’étalent portée. Ce Gis de êl-MouaJfeq devint par la suite khalyfe, sous le nom
il- Moladded-b- illah .
Ce combat'des deux princes ennemis eut lieu entre Damas et Ramiéh (i); le succès en fut vraiment extraordinaire ; en effet, pendant le combat, Khomarouyak, croyant ses adversaires vainqueurs et tout espoir perdu pour lui, prit la fuite avec le corps qui raccompagnait, et ne se crut en sûreté que lorsqu'il arriva aux frontières d'Égypte. Cependant, le reste de l’armée, ignorant la terreur panique et la fuite de son général , tint ferme et battit les ennemis, jihmed, Ris à'él-Mouaffeq , ignorant également la retraite de Khomarouyah , prit luiméme la fuite.
Ces singulières circonstances ont porté quelques historiens arabes à attribuer la victoire de cette journée aux troupes A'il-Mouaffeq. Ce combat est appelé parles Orientaux Ouaqat-él-Taouanyn, combat des meules, ou donné dans un lieu où il y avait des meules.
Ahmed, Gis A'il-Mouaffeq, revint avec quelques troupes à Damas et dès lors donna ordre à son secrétaire, Khateb-Ahmed, Gis de Mohammed-il-Ouatety, de lui faire connaître et d’arrêter ceux qui s’étaient déclarés d’un parti opposé au sien. On amena donc devant lui Yezyd, Gis A'Abd-il-Samad, et Abou- Zarah-il-Demechqy.W leurGtdeviolents reproches d’avoir participé à l’anathème et à la déposition qui avaient été proclamés, dans la nios^ée, contre son père il-Muxaffeq , par les ordres A' Ahmed ébn-J'ouloun ; ensuite il les Qt charger de fers et conduire en prison.
Cette guerre entre Khomarouyah et il-Mouajfeq n’eut pas d'autres suites :
bientôt même la bonne intelligence se rétablit tellement entre ces deux princes qu'on trouve des monnaies de cette époque portantà la fois les noms du khalife él-Molamed , de son frère il-Mouaffeq et de Khomarouyah (2).
Le khalyfat étant devenu vacant par
M) Boargade iUuéeprèsde Damas, et qu’il ne faut pas confoodre avec uue ville du meme nom placée sur les IrouUères de la Palestine et fie l’Egypte.
(2| Hounaie de l’au 8~s de l'Mgire (ma de l'èra
la mort SilrMotamed-ala-Allak^ arrivée dans la quarante-troisième annee de son règne, l’an 279 de l’hégire (1), Ahmed, Gis A'il-Mouaffeq, mort l’année précédente, monta sur le trône , sous le nom de it-Motadded b-Ulah. Khomarouyah crut utile aux intérêts de sa politique de consolider sa paix avec le nouveau khalyfe; et, la même année, il envoya en ambassade d’Égypte à Baghdad, Hosseyn, 61s ifAbdr Allah, plus connu par le surnom A'Ebn-Gassar. Cet envoyé apporta au khalvfe de grands présents de ta part de son maître; il était chargé, en outre, de promettre que l’É^ypte paierait au khalyfe un tribut annuel de 200,000 dynars (2j, et d’en payer 300,000 (3) pour les années imtérieures.
Le khalyfe, en retour, accorda à Khomarouyah l'investiture, pour trente ans, de toutes les provinces qui avaient été dans sa possession , ou dans celle de son père. Il lui envoya aussi le sabre, les vêtements d’honneur et les autres insignes qui étaient la marque de l’autorité qu’il lui cooGait. Ce droit d’investiture était le seul qui restât alors aux khalyfes de leur ancienne autorité souveraïue.
Voyant toutes leurs provinces, occupées par des chefs audacieux, souvent même inconnus, qui se révoltaient contre leur puissance, ils croyaient la rétablir en leur accordant l’inféodation des pays dont ceux-ci s’étaient rendus les maîtres.
Les tributs qu’ils imposaient en même temps anx princes en faveur desquels ils sedessaisissaient ainsi de leurs droits, n’étaient que des stipulations de pure forme et leur étaient rarement payés autrement que par quelques présents'.
Le premier paiement de Khomarouyah fut exact; les autres le furent
vulgaire), portant le nom des trois princes.
(I) Cette année a commencé le lundi s avril de Pan sn de l'ére vulgaire.
(S) Euvlron 3,000,000 de francs.
{») 4,000,000 irancs.
LLiMVtKS.
iDoinii et s’arriérèrent de plus rn plus.
Cependant Khomarouyah, désirant s'assurer qu'à l'avenir rien ne pourrait interronwre la bonne intelligence entre le khalyfe et lui, avait confie à son ambassadeur une autre mission, celle de proposer le mariage de sa Olle Qolr-énneaâ (goutte de rosée), avec le fils d’efyfotatided.
Le khalife accepta la proposition pour iui-méme : les noces se célébrèrent avec un luxe extraordinaire, et dont les historiens arabes font un récit merveilleux.
Ayant ainsi cimenté ses relations amicales avec le khalyfe, Khomarouyah pensa à s’agrandir du côté de l’empire des Grecs, et à employer contre eux les troupes que la paix dont il jouissait rendait inutdes. Par ses ordres, Takcuÿ ben-Djouf, nommé aussi par quelques écrivains Taghat^j, qu’il avait établi gouverneur de Damas, s'avança, avec uu corps d’armée, de Tarses, ‘sur les terres des Grecs, battit les troupes qu’il rencontra sur son passage, s'empara de plusieurs places , et revint chargé de dépouilles considérables.
La On de l’année 282 de l’hégire (>),
ui avait vu célébrer les heureuses noces
U khalyfe et de Qotr-én-nedd , fut marquée par la mort fatale de son père K/iomarouyah, assassiné à Damas; il avait appris que les femmes de son harem entretenaient des intrigues amoureuses avec quelques-uns des principaux domestiques de son palais, et les admettaient même à partager leur lit. Il annonça donc la résolution de vériCer les faits et de punir sévèrement les coupables; ceux-ci, effrayés de cette détermination, et voulant éviter les suites qu’ils en redoutaient, ne trouvèrent d’autre parti à prendre que celui de conspirer, avec les femmes leurs complices, contre la vie de leur souverain. Ce malheureux prince fut donc égorgé dans son lit, pendant une des nuits du mois de Doulliagéh.
Telle est la manière dont les historiens racontent la mort de Khonuirouyah, mais les annales des Arabes chrétiens assignent à cet assassinat des causes bien différentes.
Un grand nombre de domestiques
(1) CetUi aDm^ a commeDCfi (limaoche 2 taars de Tan H9a de l'ere chréiicuue.
du palais fut soupçonné de complicité dans cet assassinat; plus de vingt, qui furent trouvés les plus coupables et à qui la torture arracha l’aveu de leur crime, furent condamnés à perdre la tête. Le corps de Khomarouyah fut transporté en Egypte, et inhumé sur le mont Mokattam, auprès du tombeau de son |icre Ahmed ébn-Touloun; son règne avait été de douze ans et dix-huit jours.
Aussitôt après la mort de Khomarouyah, les principaux de l’armée prêtèrent serment à Geych son fils, surnommé Abou-l-asaher, c’est-à-dire, père des soldats, jeune enfant qui n’avait pas encore atteint l’âge de la puberté; son règne ne fut pas long et ne dura que neuf mois.
L’an 283 de l’hégire (1), Takatÿ ben- Djouf , qui avait conservé le gouvernement de Damas, refusa de reconnaître l'autorité de Geych dans celte province ; bientôt après , les soldats d’Égypte se révoltèrent à leur tour contre ce malheureux prince, mécontents de voir le trône à' Ahmed êbn-7'ou/oun occupé par un enfant ; et ils le rendaient responsable des fautes que commirent les imprudents conseillers qui s’étalent empares de son jeune esprit et gouvernaient en son nom : on lui reprochait surtout d’avoir privé de leurs fonctions et de leurs dignités les officiers qui avaient eu la confiance ÿ Ahmed et que son père Khopuirouyah avait conservés, et de les avoir remplacés par des Immmes vils et méprisables, dont il s’était entouré, et qui seuls avaient le droit de l’approcher.
Geych fut roassacrédans cette émeute; son palais fut dévasté et la ville pillée et incendiée.
Les chefs de la révolte proclamèrent cependant Haroun, fils de Khomarouyah et frère de Geuch, comme successeur du prince qu'ils venaient d’immoler.
L’historien êl-Mar,ay nous apprend que le khalyfe éi-Motadded confirma à Haroun l'investiture de l'Égvpte et des autresprovinces, moyennant la promesse d’un tribut annuel' de 1,000,000 de dynars (2j.
(1) Oltc année a cnmmeocé le Jeudi latévriejr de l’an »»6 de l’êrc viilRaire.
(2) ll>,ouo,iKa) de francik
ÉGYPTE MODERNE
En cette année, le (lerGde IjouIou, gui, par sa trahison, avait été le principal instigateur de la haine A'él-Mouaffeq contre Ahmed ébn-Touloun, et de la cruelle guerre qui en avait été la suite, osa reparaître en Égypte, où il mourut bientôt après; il était alors réduit à la plus proronde misère, et avait été dé-
fiouillé de tous ses biens par él-Momjfeq ui-méme.
Il avait, comme nous l'avons vu ci-des< sus, réuni ses troupes à celles Sêl-Moiu^-
a, et cette réunion n’avait pas peu aidé ui-ci à terminer heureusement sa guerre contre les Zinges; le célèbre Kemairéd-dÿn assure même que le chef de ces peuples fut tué par la main même de Loulou.
Ahmed ébn-Touloun, à son arrivée en Syrie, n’avait pu réussir à s'emparer de Loulou; mais celui-ci, dans son évasion, avait laissé à Damas son harem et une grande partie de ses richesses. Ahmed s'en était emparé, et, à son retour en Élgypte, avait fait vendre comme esclaves , au bazar de Fostatt , les enfants , les femmes et les concubines du traître
au'il n’avait pu saisir. Celui-ci , pleurant e chagrin et de rage en apprenant cette nouvelle, était allé trouver él-Afouat/eq, et lui avait demandé la permission a’emmener avec lui ses troupes, jurant de soumettre l’Égypte et de tirer ÿ Ahmed ébn-TXndoun une cruelle vengeance.
Mais les négociations étaient déjà enta mées entre ebUouaffeq et ébn-Touloun; attendant leur issue et la réponse d’Ebn- TOuloun , él-Mouaffeq se contenta d’accueillir Loulou, de le revêtir d’un manteau d’honneur, mais ne lui fit que des promesses vaines et illusoires. Un prince aussi habile que él-MouaJfeq devait, en effet, bien se garder de mettre des forces à la disposition d’un traître, dont la perfidie lui avait été profitable, mais pour lequel il ne pouvait s’empêcher de sentir le plus profond mépris et la défiance la plus fondée; il avait même l’intention de le livrer à Ahmed ébn-Toulouncomme le gage d’une réconciliation sincère.
Après la mort A' Ahmed ébn-Touloun, él-Mouaffeq garda encore ImuIou pendant trois ans à son service; mais ensuite il le mit entièrement dans sa disgrâce, le fit charger de fers, et le dépouilla de tous ses biens. Loulou fit de vaines remon-
trances, attestant que ses richesses étaient son seul crime. Il vécut, pendant quelque temps , dans un entier dénù> ment, et vint enfin en Ë^ypte montrer le spectacle de la punition qui est immanquablement réservée à l’ingratitude et à fa perfidie.
//arown n'avait pas encore régné plus d'un an, lorsqu'en l'an 284(1) la fortune commença à lui être contraire. Les généraux et les autres chefs dé ses troupes et de son administration perdaient peu à peu de leur soumission et de leur obéissance; cessant enfin de respecter les ordres émanés du trône , ils troublaient le gouvernement au gré de leur caprice et de l’autorité arbitraire qu’ils s’arrogeaient. Cette insubordination et cet esprit de révolte avaient pour principal moteur et pour chef Takadj, fils de lijouf, qui s’était depuis si longtemps maintenu dans le gouvernement de Damas.
L’an 285 de l’hégire (2), les désordres qui déchiraient les provinces dont se composait la souveraineté de Haroun, ne purent rester inconnus au kbalyfe él- Motadded; il conçut dès lors le projet de profiter de ces'drconstances, pour faire rentrer sous son autorité immédiate cette portion de l'ancien domaine des khalvfes, que d’autres circonstances en avaient séparée : il s’avança donc vers la ville A'Amidah, l’an 285,* s’en empara, et reçut le serment de fidélité du gouverneur Mohammed ébn- Ahmed ébn- Yssof ébn-Cheykh, qui s’y était rendu indépendant; de là, il se porta sur Kinesscryn et s’en allait également rendre le maître.
Haroun, effrayéde ces démonstrations hostiles, et redoutant plus encore les ennemis intérieurs, dont les rébellions partielles le menaçaient continuellement de lui enlever quelque nouvelle province, prit le prti de s’adresser au khalyfe él-Motaaded\ui-métne-, il le supplia donc de vouloir bien recevoir en possession et de retenir, sous la puissance du khalyfat, ces provinces qui, chaque jour, échappaient de plus en plus à sa faible autorité.
(1) Otte année a commencé le isaril 8 lévrier de ran 897 de noire etc.
(2) Cette année a commencé le aamadi 28 Janvier de l'an 898 de notre ère.
L'UKIVKRS.
Cette demande était accompagnée des ordres dellaroun, pour les gouverneurs qui commandaient en son nom à Kinesseryn et dans tout r-/o«a,ï»e/i (I), leur enjoignant de remettre l'es places entre les mains du klialyfe. Celni-ei, acceptant cette transmission de droits, se hâta de prendre possession des remises qui lui étaient faites, et de s'y faire prêter serment de lidélité.
L’an 289 de l’hégire (2) ajouta encore aux embarras qui assiégeaient //aroun.
Dépouillé d’une portion de ses États qu’il avait été obligé de céder lui-inéme, peu sûr de la portion qui lui restait lidélet en apparence, il y vit encore fondre les hordes des Karmates qui se répandirent, comme de nombreux eksaims, sur la plus grande partie de la SjTie (3).
Takadj, lilsde Ojo'iif, gouverneur de Damas, s’efforça de les repousser et ne put les contenir qu’avec peine.
L’an 290 de l’hégire (4) vit s’augmenter la force de ces sectaires rebelles, qui battirent les troupes de Takadj , et osèrent assiéger la ville de Damas elle-même. A cette nouvelle les armées de la Syrie se rassemblèrent, et, attaquant les Karmates , elles vinrent à bout de les mettre en déroute , après avoir tué leur chef Yakya , qu’ils nommaient leur cheykh.
L'année 292 de l’hégire (5) fut marquée par les événements qui , mettant lin à ta dynastie des Touionides, firent rentrer entre les mains des khalyft's le reste de la Syrie et l’Égypte entière.
Le klialyfe' qui était alors sur le t rône , était él-Moklafy-b iUah qui, depuis un an, avait succédé à él-,Uoladded ; il voulut signaler le commencement de son règne par la prompte exécution des desseins formés sur l’Égypte et la Syrie par son prédécesseur. L'armée du kha-
(I) ^ouasJten signiflf plarrs fronlihvx.
(*i) GcUe annee a cominiüic^ le mercredi 16 décembre de l’an de Tère chrélienne.
[3) C’init du nom de cm peuples que plusieurs orlenlaliBtM ont cru devoir dériver celui d'uue modification introduite a celte é()oque dans l'ancieti carietere kuutique, qui fut alors tracé avec plus d'élégance cl surcliar;:é de trails d’ornement. Vt»ye/. un spéoiineii de ce genre d’écriture dans l'mscription de la planche 23.
(4) Cette minet* a mmineiir»^ le dimanche 5 décembre de l’an W'2 de l’erc rhndlenne.
^ (>*le annee a commencé le mardi 13 no-
vembre de l'an de notre eru.
Ivfe s'avança en Syrie sous le commandement de Mohammed, fils de Souteymdu; ce général, devenu bientôt maître de Damas , ne tarda pas à attaquer l’Égypte elle-même et a pénétrer jusque sous les murs de la capihile
Haroun se présenta pour la défendre , et livra plusieurs combats ; mais les partisans de Haroun étaient en |>etit nombre, et chaque jour les voyaitencore diminuer, par la défection qui , après chaque combat, faisait passer de ses rang-t dans ceux du klialyfe une multitude de gens faibles et |ieu afl'ectionnés, que la crainte des événements ultérieurs entraînait facilement à la désertion et à la perfidie.
Plus malheureusement encore , le camp peu considérable qui resta réuni autour de sesdrapeaux, devint le théâtre de la dissension et de la discorde ; les haines qui s’y déclarèrent firent naître des querelles 'continuelles et l'ensanglautèreiilchaquejour par des meurtres, liarotin monta à cheval pour réprimer ces désordres; mais, au milieu de ces scènes tuiiiultueiises, il fut percé par la lance d’un mogr/d'ééim, etilperdit la vie le 18' jour de safar, deuxième mois de l’an 292 de l’hégire (I).
Le régné do Haroun avait duré neuf années, toutes marquées par le malheur et par le désastre. S'il faut en croire él- Maray et quelques autres historiens, son oncle paternel ne fut pas étranger au meurtre de ce malheureux prince; cet onde était Abou-l-Magaz-Sinàn que quelques historien.s nomment Chaybàn ; il étiit frère de Khomarouyah et un des flis nombreux qu^avait laissés Ahmed ébn-Touloun.
Aussitôt après la mort de Haroun, St^ ndn le remplaça pour, tenir les rênes du gouvernement; mais elles lui échappèrent presqueaussitôt. Son autorité futgénéralenient méconnue, et les généraux de ses troupes traitèrent chacun en particulier avec Mohammed 6bn-Souteymiht , pour leur propre s d reté. Apres un règne de quelques jours seulement, voyant toutes les troupes se débander, et "perdant tout espoir de faire une défense utile, Sinàii, à son tour, s’empressa de se soumettre à Mohammed; et celui-ci
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EGYPTE MODERNE
lui accorda la vie et le pardon en recevant son serment.
Cependant , Sinàn, ne se croyant pas en .silrelé , tant qu’il resterait entre les mains de sou vainqueur, s'échappa de son camp pendant la nuit, et ne put être découvert dans sa fuite, maigre les recherches qui eu furent faites.
Au reste, ces derniers événements sont racontés avec quelques variantes par différents historiens; et, sui vanté/- jVaray, Sinân, qu'il accuse de ne s’être placé sur le trône que par le meurtre de son neveu , aurait été puni de son crime par un autre assassinat., dont il aurait été la victime lui-même, dix jours seulement apres le premier.
Ainsi se termina, en ce dernier prince, la dynastie brillante, mais éphémère, des Toûlonides, qui avait duré eu tout trentesept ans et quelques mois.
Mohammed Con-Souleijmân se rendit maître, en peu de temps, de l’Egypte entière, et il fit arrêter tout le reste des descendants A'-dhoied ébn-Toulonn; il les dépouilla de tous leurs biens; et, lorsqu'il écrivit au khalyfe él-Moktafyb-illah, à Baghdad, pour lui faire part de ces heureux succès en Egypte, il lui envoya, en même temps, chargés de fers, dix des principaux de cette malheureuse famille. Tous ces événements furent terminés avant la fin de safar, second mois de cette année.
Pendant cette conquête de l’Egypte, les Karmates, profitant de l’éloignement des troupes envoyées à cette expédition, recommencèrent a se remuer en .Syrie. A cette nouvelle. Mohammed <’bn-Souteymân partit pour Baghdad en laissant la garde de l’Egypte à l’armée du khalyfe ; mais les esprits n’étaient pas encore assez soumis au nouvel ordre de choses, et le pays ne pouvait pas être regardé, comme entièrement pacifié.
Un rebelle, nomme él-Kalandjy, y excita beaucoup de troubles. Cette révolte fut étouffée par Ahmed ébn-fiyg/ay, gouverneur de la .Syrie, qui, pour y mettre ordre , partit de Damas , avec toutes les troupes du khalyfe qui étaient sous sou commandement. I.es Karmates profitèrent encore de son absence pour attaquer Damas et s’avancer jusqu’à Tabartjéh (Tybériade), qu’ils saccagèrent; mais , craignant de s’approcher trop de
l’Égypte et d’y trouver des forces redoutables prêtes à les attaquer, ils revinrent sur leurs pas, et tournèrent leurs ravages du côté de Koufah. I.a guerre des Karmates se portant alors sur un théâtre éloigné de la Syrie et de l’Égypte, devint étrangère h ces deux provinces.
dh-Mokta/y-b-Ulah, redevenu maître de l’Égvpte, lui donna pour gouverneur y ssa-^ï- Nouchary . Trois ans après , ce khalyfe mourut le lundi 1 3 du mois de Dou-I-Qadéh (I), del’an 295 de l’hégire(2), âgé de trenteet un ans et trois mois, après avoir régné six ans, sept mois et vingtdeux jours.
Le frère A'ül-Moktafy, âgé de treize ans seulement, fut proclamé comme khalyfe le jour même de la mortde son frère, sous le nom A'él-Moqtader-b-iltah.
Ce jeune prince ne fit d’abord aucun changement dans l’administration des provinces. Yssa-ét-:\ouc/iarg conserva donc pendant la première année du nouveau règne le gouvernement de l’Egypte, que lui avajt donné le khalyfe él-Moktafy. Cependant, quelque temps après il fut obligé de céder la place a Mohammed, fils A'Aly-élr Khalydjy; rétabli peu de mois après, il administra de nouveau l’Égypte, pendant environ trois ans, et dans le mois de Chaabân de l'an 297 de l’hégire (3), le khalyfe le remplaça par Mekny, affranchi du khalyfe Él-Motadded b-illah et surnommé, par cette raison, él-Motaddedy; mais au bout de cinq ans, il le déposa, l'an 302 de l’hégire(4), et nomma, pour lui succéder au gouvernement de l’Égypte, Aboul-Hassan-Zeky, qui avait le double surnom A'él-Aouar, parce qu’il était borgne (5), e\.A'él-Roumy, parce qu’il était Grec d’origine.
Celui-ci adrainistraégalenient l’Egypte
jl) 12 septembre Q08 de notre ère.
(2) Otte année a ruminence le lundi 12 octo» bre de Tan iH.7 de notre ère.
(3) Celle année a commf*nci* h* mercredi 20 septembre de l’an iH)3 de noire ère.
{*) Celle aimée a commence le mercredi 27 )uiilet de Tan BI4 de notre ère.
(5) Les Orientaux n’ont aucune répugnance Il recevoir leurs surnoms de qiiel(|iie tion corporelle. Le vizir d Al-Marooun était sur> nommé Ahount (le louche); le niédedii de ce khalyfe Kotus^dj (rimbertie). Plusieurs vizirs de l’empire otloraaii n’ont été connus que 80US le surnom de Toptti (boiteuz ) et le nom du fameux Tamerlait est lui-mème formé do son nom propre Tymour et de son bumom JLenk qui siguiüe boiteux eu pcr»aa.
pendant cinq ans; mais il mourut dans lemois de Raby éUAouel de l'an 307 (1), et son prédécesseur Mekny fut rappelé une seconde fois au gouvernement de l’Égypte.
Ce gouverneur ne jouit de ce rappel que peu de temps; bientôt il fut dépossédé de ces hautes fonctions par Teg/iin, qui mourut quelque temps après. En mourant Teghin laissait un fils, nommé MtÀammea, qui, profitant des troubles dont l’empire était agité, s'empara du gouvernement sans en avoir reçu l'autorisation du khalvfe.
Êl-Moqtader-o-iUah venait d’être tué à Bagbdad , pendant la prière du soir , le mercredi 28 du mois de Chaoual de l’an 320 de l’hégire (2). Il était âgé de trentehuit ans environ et avait régné vingtquatre ans, onze mois et seize jours (3). Il avait eu pour successeur son frère êl- Çaher-b-Ulah, troisième fils du khalyfe él-Motadded-b-iliah.
I/e nouveau khalyfe voulut punir l’usurpation de Mohammedrébn-Teghin, et donna le gouvernement de l’Egypte à JboU‘Beker- Mohammed- ebn-Takad^ ,
a ni, par la suite, y devint le fondateur 'une nouvelle dynastie, qui a régné sur l’Égvpte et sur la Svrie.
Abou-Beher- Mohammed était fils de Takadj, alors gouverneur de Danus, et était ne a Baghdad l’an 268 de l’hégire (4); son père, originaire de /'erpa>taA, et dont la famille faisait partie d’une des tribus turkes, avaitétél’undbsprincipauxémirs des princes toulonides et, après la des-
(I) Cette année a commencé le Jeudi 3 juin de Tau si» de l'ére chrétienne.
(îj Cette année a commencé le vendredi 13 janvier de l’an »3l de l'ére chréUenuc.
(3) Monnaie du klulyfe Sl-Moqtarler-b-iltah, de l'an 3is de l’hégire (so7 de Père chrétienne).
truction de leur dynastie, il était resté en Égypte, où il occujiait unecharge dans le gouvernement : quelques intrigues l'avaient forcé de se retirer en Syrie , où il rassembla tous ceux qui lui étaient restés attachés.
Il avait pris d’abord du service dans les armées du khalyfe, et l’avait rendu maître de la ville de Rainléli. Ce fut alors qu’il avait obtenu pour récompense le gouvernement de Damas.
I^n fils Abou-Beker-Mohammed n’alla point eu Égypte prendre possession du gouvernement dont il venait d’être revêtu, et n’en posséda même le titre que pendant un mois. Le khalyfe nomma en sa place Ahmed fils de Kyglag , l'an 321 de l’hégire ( 1 ). Mais de grands troubles agitèrent l’empire à cette époque, et se firent sentir jusqu’en Égj’pte. Après un règne d’un an, six mois et six Jours seulement, él-Qaher-b-illah fut déposé du khalyfat , le mercredi 5 du mois de Gemady-êl- Aouel, de l’an 322 de l’hégire (2); et le lendemain, son neveu Baaay-b-iÙah , fils d'él-Moqlader, fut proclamé khalyfe.
Le nouveau souverain déposa le gouverueur que son oncle avait nommé , et rétablit, l’an 323 de l’hégire (3), Mohammed-ébtir Takadj, qui, celte fois, se rendit dans son gouvernement. Ahmed-ébn- Kyglag refusa de le laisser entrer en possession , et la querelle entre les deux compétiteurs fut décidée par la force des armes. Battu en plusieurs rencontres , Ahmed-ébn- Kyglag fut forcé de se retirer avec ceux de son parti à Barkah, en Afrique , d’où il passa ensuite à Qayrouân (4).
Cette ville de la Cyrénaïque , et les côtes de la Mauritanie qui en dépendent , étaient alors sous la domination d’une
dynastie indépendante des kbalyfes abbâssides de Baghdad, et qui |>orlait le nom de Bat y mite. Les Fatymites fai
(I) Cette année, a commencé le mardi 1*' Jan \ vler de Tan 033 de rêne chn tieooe. il (3) Cette année a commencé le dimaoche ^ l'décembre de l*an 9.13 de l’ére cliréUenne.
/ (3) Cette année a commencé le Jeudi 1 1 décembre de Pan 934 de noire ère.
14) Remplaçant Parcienne Cyrène^ mais oons- IruUe à quelaue distance des ruines de oKle première ville, sur l'emplacement même de Pancienne Aph^iliàm„ Pan 40 de Phéglre ( 966 de notre eré.s sous le khalyfe Moaoajrah qui avait conquis et détruit l'ancienne Cyrène.
^4) Celte année a commencé le mardi I'' août de Pan 881 de Père chrétienne.
y Goo^k
EGYPTE MODERNE
saient partie de la tribu de Koramah , sortie aes montagnes qui avoisinent la ville de Fez, à l’extrémité occidentale de l’Afrique; prétendant descendre en droite ligne A'ismayl, sixième imdm de la race A'Aly , et par conséquent du Prophète par Fatyme, sa lille, dont ils avaient pris leur surnom (1), leurs chefs avaient, dès l'an 269 de l’hégire (2), commencé à étendre leur puissance, dans les parties occidentales de l’Afrique, sur les débris des dynasties des .Aglanites et des Édrissites , qui , avant eux, avaient secoué le joug de Tobéissance, tant envers les khaivfes abbassides de Baghdad qu’envers lès Ominyades d’Espagne.
Poussant leurs conquêtes de plus eu plus vers l’orient , des l’an 280 (3) de l’hégire, tie chef des Fatyraites , .'fbou- Monammed-.-ibd-.4Uah (4), s’était rendu maître de Qayrouân ; dès lors, se jugeant assez fort pour faire éclater ses hautes prétentions, l’an 296 (5) fde l’hégire, il s’était déclaré khalyfe, sous le nom d’Obeyd-Aüah, prenant en même temps le surnom A’él-JUahady, qui avait été celui du dernier des imims alides dont il prétendait descendre, et appuyait, par les souvenirs de ce surnom, ses prétentions d’être le seul khalyfe légitime.
Ainsi, l’empire de l’islamisme se voyait partagé entre trois dynasties de khalyfes, régnant à la fois et s’attribuant chacun les droits exclusifs de la légitimité ; les khalyfes Onimyades d’Espagne, les Abhassides de Baghdad, et les Fatymites de uân.
lors, convoitant la possession de l’Éigypte, le nouveau khalyfe fatymite avait formé le dessein d’arracher cette belle province h la suzeraineté de scs antagonistes les khalyfes abbassides de Baghdad.
Trois ans après son avènement , l’an 300 de l’hégire (6j, il fit marcher contre
1 1) On les a aussi nommés IumnHicns, ObeijdUntt Alides.
(2) Celle année a commencé le samedi 21 Juillet de l'an S82 de noire ère.
(a) Celle année a commencé le vendredi 23 mars de l’an svsde notre ère.
(i) Abd-atlah sipllle, comme on sait, serviteur de Dieu : il clian|;ea depuis oe nom en celui A’Obeyd-altah (petit serviteur de Dieu ).
(6> Cette année a commencé le vendredi .10 septembre de l’an taiS de i’ére clirélienoe.
(s) Cette année a conunencé le mardi is aoù t de l'an 912 de notre ère.
l’Égypte quarante mille hommes, formant trois armées différentes. Cette réunion de forces lui donnait l’esperance de voir bientôt cette riche contrée réunie à ses précédentes conquêtes.
Mats le khalyfe tl-MoqUider-b-iUah avait prévu les desseins A'él-Mahady ; des troupes avaient été réunies en assez grand nombre ponr mettre l’Égypte à l’abri de cette formidable attaque : les trois armées d’invasion éprouvèrent trois défaites , et furent repoussées non-seulement des environs du Kaire , où une de ces divisions s’était portée , mais encore hors du territoireégyptien. Cependant, si les troupes abbassides garantirent l’intérieur UC l’Égypte de l’invasion des Fatvmites, elles ne purent empêcher ceux-ci de s’emparer d’Alexandrie,qui resta quel-
?|ue temps entre leurs mains, mais qu’ils urent bientôt contraints d’évacuer.
Ce triple échec força Obetjd-Allah-él- Mahady à ajourner ses projets sur l’Égypte; mais, ne trouvant pas le siège de sa puissance convenablement placé à Qayrouân, il fonda une nouvelle villequ’il appela de son nom, Mahadyéh: il fit de cette nouvelle ville la capitale provisoire de sa dynastie, qui nedevait pourtant pas tarder à réaliser ses projets, de ne prendre pour capitale que la capitale de l’Égypte elle-même.
Ces projets ne purent avoir leur accomplissement ni parles mains d’Oô^rf- Allah, ni par celles de ses deux premiers successeurs.
Néanmoins , une seconde expédition , qu’il entreprit contre l’Egypte, fut plus heureuse et lui valut la possession déGnitive d’Alexandrie et du Fayoum.
A près un règne de vingt-six ans, Obeyd- Allah-él- Mahady , .'Igc de soixantetrois ans, était mort à Roukadah, l’an 332 de l’hégire ( 934 de l’ère chrétienne ).
Son üls Abou-l-Qas.'iem- Mohammed, qui prit le surnom A’ét-Qayem-be-amrlllah, c’est-à-dire, établi par l’ordre de Dieu, lui succéxla dans ses grands des seins comme dans sa puissance.
Non-seulement le nouveau khalyfe fatymite avait conservé les conquêtes de son père , mais il les avait encore étendues , et semblait brûler du désir de les pousser plus loin encore.
Ce fut auprès de ce prince que Ahmed ébn-K igtag, chassé de r Égypte par Abou-
L'U-MVKRS.
Beker-Mohammed-fbn-Takadj , vint chercher un asile ; avide de vengeance, il pressa él-Qayem-be-amr-lllak de marcher sur rftçypte et de s'en emparer; celui-ci, trouvant cette proposition conforme à ses des^eins d'agrandissement, s’apprêtait à la mettre à exécution, lorstie Mohammed- fbn-Takadj , informé e ces préparatifs d’invasion , y mit obstacle par l’envoi de corps de troupes nombreuses sur toute la frontière occidentale. Cependant, il ne put empêcher les Fatymites de conserver Alexandrie, d’envoyer leurs partis jusqu’aux portes de Fo'statt , et d’oceuper une assez grande partie du Sayd.
h!l-Çaijem-be-amr-ll!ah , ne se sentant pas encore assez fort pour attaquer l'Égypte, fut obligé d’ajourner ses projets dé destruction sur l’empire des khalyfes ahhassides.
I.ês provinces de cet empire étaient, à cette époque, devenues la proie d’un grand nombre de petits princes mii avaient prolitéde la faiblesse du khalv fat pour se déclarer souverains indépendants : 1a Syrie, une partie de l’Arabie et les arrondissements voisins étaient ravagés par les Karmates; le Khorass.ln et le iMâouerâ ên nahar (l’ancienne Transoxiane) avaient été enlevés par les princes Samanides, l’Fspagne par les Ommyades, l’Afrique par les Fatymites, la Mésopotamie et le l)iar-bekir par les Hamadanites, la Perse par les Houides; il ne restait donc plus aux khalyfes abbassides que Baglujad, quelques provinces voisines et l’Égypte.
Celle-ci ne tarda pas a leur échapper.
I.e gouverneur d’Égvpte, .-/6oK-/tcAec- Mo)^ammfd-(‘hn- Takailj, vovant la dissolution presque entière de l'empire de l’islamisme , voulut en tirer sa part à son tour; il se déclara indépendant; et, l’an 324 de l’hcgire (1), le trop faible khalyfe fut obligé de le confirmer dans son usurpation , lui abandonnant en .•■.léme temps la Syrie entière uu’il n’était plus en état de lui reprendre.
.-Ibuu/leker- Mohammed ébu-TakadJ prit alors le surnom iïel-Êkhchyd, qui était le titre des rois de Ferghanah , dont il prétendait descendre , et qui signifie , dans la langue de cette contrée,
(I) Celle année a conitnencë te lundi 30 dovembre de l’an oas de notre ère
roi des rois. C’est de ce surnom que la dynastie dont .ibou-Beker- Mohammed' fbn- TakadJ fut le fondateur, a été appelée dyiia.itie des h'khchyddes.
yiualre ans après, l’an 328 de l’hégire(l). le khalyfcê/-/tof/i/w-6-i’//aA ayant donne la charge d'A,'«iyr-ê/-C>wirrt (prince des princes) à Mohammed ébn-Hayq , cet officier, non content de la Palestine qui dépendait de son gouvernement , passa avec des troupes en Syrie, et en chassa Badra, lieutenant ae Mohammed él- hlkhchyd. Celui-ci partit aussitôt de l’Égypte, où il laissa le gouvernement entre les mains de son frère ft-Uassan, et vint camper ,i Faramati, dont les troupes de Mohammed fbn- Bayq s’étaient diijà approchées.
Ce|iendant, par l’eutremise de quelques émirs . un accommodement pacifique eut lien entre eux ; et Mohammedibl'.khchyd reprit le chemin de Fostatt; mais il y était à peine arrivé, qu'il apprit ue Mohammed fbn-Hayq était sorti e nouveau de Hamas, et se disposait à marcher vers l’Égypte avec sou armée.
Cette rupture oliligea Mohammed-él- .^A7ic7/ÿdilerevenirpromptemeutenSyrie; il rencontra l’avant-garde ennemie à élArych, et lui livra combat aussitôt: son aile droite fut mise en déroute; mais le centre, qu’il commandait, tint ferme, et Mohammed-él-Hayq prit la fuite vers Damas, lais.sant cinq cents pri>onnicrs entre les mains de Mohammed-él-Fk/i~ chyd, qui prit possession de Ramiéh.
Housséyn , second frère A'61-tlkhchyd, avait perdu la vie dans le combat. Malgré l’etat hostile qui subsistait entre les deux armées. Mohammed ébn-Kayq envoya à Mohammed-él- /Ikhchyd son propre fils, chargé de compliments de condoléance sur la perte qu’il venait de faire, et porleur de propositions de paix.
Mohammed-él-Ékhchyd accueillit le fils de sou ennemi avec distinction, et le fit revêtir d’un manteau d’honneur ; il consentit ensuite à faire la cession de Damas, moyennant un tribut annuel de 140,000 pièces d’or (2) et la remise entre ses mains de toute la partie de la Palestine qui s’étendait depuis Ramleh jusqu’aux frontières de l’Égypte.
(t) Celle année a commencé le vemlrnli is octobre «le l'an 939 de notre ère.
(3) Environ 3,100,000 fr. de notre monnaie.
ÉGYPTE MODERNE
Après avoir terminé tous les arrangements relatifs à ce traité , Mohammedil-Ekhchyd rentra en Égypte, l’an 329 de l'hégire (1).
klialifeé/-Rarf y-b-iUah mourut le 6 du mois de Raby-él-Aouel de cette même année ; il n'était flgé que de trente ans , et avait r^né six ans, dix mois et dix jours(2); il eut pour successeur son frère Abou-Ishaq-lbrahym , qui, en montant sur le trône, prit le surnom A'él-Motlaqy-b-iUah.
MoUammed-él-Éhhchyd se Ot reconnaître, l’an 330 de l’hégire (3), comme Priuced’Egyplepar le nouveau khalyfe.
Quelque temps après, il apprit que son ancien adversaire Mohammed ^bn-Rayq venait d'être tué par les Hamadanites; profitant de cette occasion pour recouvrer les provinces dont il lui avait fait cession par son traité, il se hâta d’entrer en Syrie et nerevihten Egypte qu’après avoir repris Damas, les places qui en dépendaient, et tous les arrondissements dont il avait fait l'abandon.
Voyant alors sa puissance suffisamment'affermie, l’an 331 de l’héaire ( 4), il fit reconnaître, par ses émirs et par toute la milice , son fils Abou-l-Qassem Mahmoud, surnommé ^6ou-//our, pour son successeur.
L’année suivante , 332 de l’hégire (6), vit éclater de grands troubles à Baghdad : la charge d’£wÿr-éf-Omrd, donnée, suivant le caprice des milices turkes, aux principaux d’entre eux, était devenue un pouvoir supérieur à celui des khalyfes. Un Turk, nommé Tou-
(I) Otle année a comnn-ncé le mardi 6 octobre de Pan MO de mitre ère.
il) Monnaie du khalyle Bl-Raddu-b-illah, de Pan 32» de Pbégire (833 de notre ère).
(3> Cette i*uii« a commencé le dimanche 8*
leptetnbre do i'aii Ml de notre ère.
(tt Cette année a commencé le jendi IS septembre de l'an S4Î de noire ère.
Celte année a commencé le litodi 4 septembre de Pan 913 de notre ère.
zoun, qui en était alors revêtu , avait tellement opprimé le khalyfe (l-MoUaqy , que celui-ci s’était vu obligé de quitter sa capitale et de sc retirer a Mous.soul : de là il implora le secours de Naster-ed- Doulah et de Seyf-éd-Doulah , princes delà maison A' Uamadân (t). Ceux-ci rassemblèrent leurs forces et marchèrent, avec le khalyfe , contre Bagbdad ; mais ils furent battus par Touzoun et contraints de se retirer à Moussoul. Le khalyfe témoigna sa reconnaissance aux princes hamadanites , en les revêtantd’un manteau d'honneur; c’étaient, depuis longtemps, les seuls présents que ces souverainsde l'islamisme pouvaient faire.
De là il passa à Rnkkah, où il reçut de Touzoun l’invitation de revenir a Baghdad. Le khalyfe, voyant les Hamadanites, ses défenseurs, découragés, résolut d’accepter les offres de VÈmyr-él-Omrd; mais, à cette qoiivelle, Mohammed-i’t Ékhchyd se Iwit.i de se rendre à Rakkah, et offrit à êt-Mnüaqy l’Égypte pour retraite. T.e khalyferefiisa ces offres ; seulement Mohammed-HÉkhehyd obtint de lui , en lui promettant de lui fournir tout l’argent qui lui serait nécessaire, qu’il n’irait point à Bagbdad se livrer entre les mains de Touzoun. Alors celui-ci, craignant que le khalyfe ne trouvât des défenseurs puissants, vint se jeter à ses pieds , lui rendit tous les respects dus au souverain de l’islamisme et le remmena à Baglidad; mais, a peine y fut-il arrivé, qu'il dé;>osa le malheureux khalyfe , le 20 du mois de Safar de l’an 333 de rhégire (2), après un règne de quatre ans et onze mois.
Touzoun remplaça (l-Mottaqy par le fils de ce khalyfe , Abou-t-Çassem-.dhd- Allah, qui prit, en montant sur le trône, le surnom de él-.Mostakfy-b-iUah, c’est-àdire, celui qui trouve en Dieu sa suffisance. Ce jeune prince ne tarda pas à être déposé à son tour le 22 de Gemady-êl- Tâny de l’an 334 de l’hègire (3) , aiirès avoir régné seulement seize mois et deux jours.
Il fut remplacé par son oncle Abou-l-
(1} Le nom du premier de cea princes signilie le ùfjemeur' de l'Empire; celui du second, FÉpée de FEmpire.
(2) Celle année a commencé le samedi 24 août de l'an M4 de notre ere.
(3) Cette année a commencé le mercredi 13 août d« l'an 848 de notre ère.
Wbbas-él-Fdihlel, troisième fils du kbalyfe él-Hoqiader. Le nouveau klialyfe prit, en montant sur le trône, le titre a'it-Mottyb-illah , et réussit à se maintenir sur ce trône pendant près de trente années (1) ; mais il fut le dernier des khalyfes abbussides dont l’Egypte reconnut la suzeraineté.
Après le départ de él-Mottaqy pbur Baghdad, malgré ses instances auprès de ce prince faible, Mohammed-êl- Êkhchyd avait séjourné quelque temps à Damas, et avait ensuite repris le rbemin de l’Egypte; aussitôt Seyf-éd-Doulah marcha sur lialeb (Alep), où commandait, au nom de Mohammed-6l- ÉRhghjd, Yattes-él-Mounnefij ; il prit cette ville, poursuivit ensuite Ibrahymél-Oukayiy , général des troupes égyptiennes, et le battit entre Sarmyn et JUaarrah : il s’empara eusuitede Damas, qui appartenait aussi à Mohammedêl-Ékhchyd; mais ses vexations et ses violences indignèrent les babitants, qui sollicitèrent vivement Mohammed-él- Ékhchyd de venir à leur secours.
Aussitôt ce prince fit partir pour la Syrie Kafonr, celui de ses affranchis dans lequel il avait le plus de confiance , et mit sous ses ordres un corps de troupes nombreuses. Seyf-éd-Douiah marcha audevant de lui , et les deux armées se rencontrèrenten présence l'une del'autréun vendredi. Comme ce jour est la fête hebdomadaire des musulmans, les troupes hamadanites, prétextant qu’il n'était pas permis decombattre, abandonnèrent leur camp et se dispersèrent dans les campagnes environnantes : Kafour, moins scrupuleux , les surprit , les mit en déroute et leur enleva tous leurs bagages. Seyf-éd- Dotdah s’enfuit à la hâte à Hemesse; mais, s’y voyant poursuivi, il décampa et arriva
(I) Monnaie da khalyfe Êl-Motty-b-itlah, de l'ao 3S3 de l'bégiie (vas de ootn ère).
par Hamah à Rostou : Kafour l’y rejoi gm\.\xa^\sSeyf-édrI}otdah, attendant son ennemi de pied ferme , l’obligea à repasser le pont de Rostou, dans un tel désordre, que la plus grande partie des soldats égyptiens y fut noyée dans la rivière &dssy : quatre mille prisonniers et tous les bagages restèrent entre les mains des llamadanites, et Kafour s’enfuit à Hemesse et de là à Damas.
Informéde ces désastres. Mohammed- ÉirEkhchyd quitta l’Égypte, et vint, avec une forte armée, à Maarrah. Seyf-éd- Doulah, déterminé à décider cette guerre par un coup de désespoir, mit d’abord en sûreté ses trésors, ses bagages, ses esclaves et son harem , en les renvoyant derrière lui en MésoMtamie; puis il marchadroit à é/-^A'Ac%i,qui avait pris positiou à Kinesseryn. Mohammea-él- Ekhchyd&e tint prêt à repousser cette attaque : il partagea ses troupes en deux corps , mit à l’avant-garde tous ceux qui avaient des lances, et se tint lui-méme à i’arrière-garde avec un corps de dix mille hommes d’élite. Seyf-éd-Doulah attaqua le premier corps et le mit en déroute; mais l’arrière-garde tint ferme; et sa résistance empêcha Mohammed él-Ekhchyd d’être entièrement battu.
.Seyf-éd-Doulah ne remporta d’autre avantage que la prise des bagages de son ennemi.
Les deux armées se séparèrent après un combat aussi peu décisif ; et Seyf-éd- Dotdah alla à Maubedj , en rompit le pont, et, entrant dans la Mésopotamie, il se porta sur Rakkah,; mais Mohammed-il-Ekhchyd y étai t déjà en position, et les deux armées, n'étant séparées que par l'Euphrate , restèrent ainsi plusieurs jours en présence.
Quelques négociations s’entamèrent , et elles furent suivies de la conclusion de la paix. Les conditions de cet accommodement furent que Alep , Hemesse et la Mésopotamie appartienaraient à Seyféd-Doulah , et que tout le p^s, depuis Hemesse iusqu’aux frontière (U l’Arabie, resterait a Mohammed-él-Ékhchyd. Un fossé fut creusé entre Djouenna et Lebouah, pour déterminer la séparation des deux États , aux endroiu ou la disposition du sol ne présentait pas de limites naturelles.
Pour cimenter cette paix, solennelle-
ÉGYPTE MODERNE
ment jurée, Seyf-éd-Doulah épousa la fille de Mohammed-Ü-Ekhchyd, et les deux princes s’en retournèrent chacun dans leurs États. Cependant, cette paix fut presque aussitôt rompue par les Ilamadanites, et el-Êhkchyd, revenant sur ses pas, les battit en plusieurs rencontres, et leur reprit la ville d’Alcp.
Ainsi, l’an 334 de l’hégire avait été fécond en événements importants et fut encore signalé par la mort de Mohammed-il-Ekhchyd.pt prince mourut à Damas, dans le mois de Dou-I-Hagéh , dernier mois de cette année. Il était âgé de soixante ans, et avait régné onze ans, trois mois et deux jours. Il fut enterré à .Jérusalem. Mohammed~él-Ékhchyd se fit remarquer par de grandes qualités , surtout par ses talents militaires. Brave sans témérité, calculant ses chances avec perspicacité , il savait en profiter avec une nabileté admirable ; d’un autre côté, il était si défiant et si timide, dans l’intérieur de son palais, qu'il y avait réuni un corps de huit mille esclaves armés, dont mille montaient la garde chaque jour. Il ne passait jamais une nuit entière dans le même appartement ni dans la même tente, et Von ignorait tomours l’endroit où il dormait.
Ce prince pouvait mettre, dit-on, sur pied quatre cent mille hommes. Quoique les historiens ne nous fassent pas connaître précisément les limites de sou empire et qu’elles aient été variables à diverses époques, ou peut, cependant, juger que son royaume, comme celui des Toulonides, ses prédécesseurs, s’étendait sur l’Égypte, la Palestine, la Syrie, la MésopoUmie, jusqu’à l’Euphrate, et comprenait même une grande portion de l’Arabie (1). I*
Les chrétiens orientaux l’accusent de n’avoir subvenu aux dépenses de ces ar-
(I) Monnaie de 'Itohammed-il-Kihchyd de l'an 333 de Tbéglte (>43 de notre ère).
méessi nombreuses, qu’en les persécutant et exigeant d’eux de grandes sommes, pour le payement desquelles ils furent obligés de vendre beaucoup de biens appartenant à leurs églises.
Mais, si nous en devons croire un historien, d’autant plus digne de foi qu’il était contemporain, ces dépenses furent couvertes par les trésors dont Mokammed-ét-Ékhchyd fit la découverte.
En effet, f'I- Massoudy , mort au Kaire l’an de l’hégire 34C (1), rapporte que Mohammed-él-Êkhchyd s’occupait avec ardeur de la fouille des souterrains qui renfermaient les tombeaux des anciens rois égyptiens, afin d’en tirer les trésors. « Ce prince, ajoute-t-il, fit « creuser profondément; et on parvint • dans un endroit de ces tombeaux qui ■ offrait de vastes salles, magnifique- « ment décorées ; on y trouva des ugu- « res de vieillards, de jeunes gens, de > femmes et d’enfants, dont le travail « était merveilleux; leurs yeux étaient < des pierres précieuses; leurs visages, « aux uns étaient d’or, aux autres d^ar- « gent, etc. »
Ce fait , attesté par un témoin contemporain, parait admissible, eu faisant toutefois justice de l’exagération orientale.
Il eut pour successeur son fils Àbou-l- Çassem-Mohammed , surnommé Abou- Hour (2). Ce prince n’était qu’un enfant, et Kafour, ministre favori de son père, fut onligé de prendre la régence.
Æa/ourétmtun esclave noir, que Mohammed-él-Ékhchyd avait acheté pour la somme modique de dix-huit pièces d’or (3). Kafour avait de l’intelligence, du zèle et du dévouement; il sut bientôt se faire distinguer de son maître, dont il gagna les bonnes grâces. La noblesse de race n’est connue dans l’Orient que pour la famille du Prophète; le mérite, qui peut se rencontrer dans le sujet comme dans le prince, porte souvent aux premières places de l’État, et même sur le trône, celui qui est né dans la plus vile condition. Tel fut l’apanage de Kefour.
(0 Cette année a comiaenoé le saroedl 4 avril de l'an <M7 de notre ère.
( S) Ce saroom est. dans on des dialeelM otientanx de la langue turke, la tradaetion du nom de Mohafflined et signifie louatte.
(3) Environ deux cent aoixante et dix (ranci de notre monnaie.
Dlijitiz hy GiK 'qlc
Il avait l’ânie grande, aima les sciences et protégea les savants; il combla de bienfaits les poètes, <|ui le louèrent outre mesure, tant que durèrent ses largesses, mais qui écrivirent contre lui de violentes satires, dès que sa inunilicence se ralentit.
Dé|)osi taire de l’autorité suprême, Kafour se conduisit envers le jeune prince, son pupille, avec un dévouement et une fidelité véritablement dignes d’éloges. Le premier de ses actes fut de destituer ,-lbou- Heker- Mohammed, receveur des tributs de l’Egypte, contre lequel les administrés avaient fait entendre de justes plaintes; et il nomma en sa place un autre administrateur, natif de Marédin, nommé aussi .Mohammed, mais dont il connaissait l'humanité et l’intégrité; il conduisit ensuite le jeune
firinceen Egypte, où ils arrivèrent dans e mois de Safar de l’an 335 de l'hégire (I).
Ce pendant, .Vcv/’-(îrf-Oott/nA, ayant appris la mort de Hohnmmeihèl-likhchyd et le départ d’y/fto«-//o«r, crut l’occasion favorable de dépouiller son beau-frère : il marcha donc sur Damas et s’en rendit maître; mais le fidèle Kafour accourut promptement avec une puissante année; il haXl\iSeyf-(d-Doulah, qui s’était avancé jusques à Kamièh, le poursuivit jusqu’à Rakkah, et reprit Damas, avant que son ennemi edt eu le temps de s'y affermir.
Le reste du règne d’./6on-//o«rfut tranquille, grâces à la vigilance et à la bonne administration de Kafour. L’an 345 de l’hégire (2), le roi de Nubie fit une irruption dans les contrées qui appartenaient à l’Égypte; il s’avança jusqu’à AssouAn ( l’ancienne Sy^ne )", qu’il ravagea et livra au pillage. A'q/’oMrcxpédia aussitôt ses troupes par terre et par des bâtiments sur le Nil ; en môme temps un corps, qu’il fit embarquer sur la mer de Qolzoum (la mer Ronge), devait de.scendre sur la côte méridionale, prendre l’ennemi à revers et lui couper toute retraite ; les Nubiens, ain.si pris en tête et en queue, furent liattus et forcés de se. retirer, en laissant entre les mains des Égyp-
(I) Celte anniV* a mmmencc le dimanche 2 août de l'an 910 de notre un*.
(‘i) Ottfü anniNt a cnmmencû to mardi avril de l'an de notre ere.
tiens leur forteresse de Rym (maintenant Ibrim), située à cinquante lieues au-dessus A' .4 ssouàn.
Aucun autre événement ne signala le règne d’Abou-Hour, qui, après avoir occupé le trône pendant quatorze ans et dix jours, mourut dans le mois de Dou-I- Qadéh de l’an 34!) de l’hégire (t), laissant pour successeur son frère Alij, surnommé .4bou-l- Hassan.
Le règne d'.4bou-l- Hassan- Aly, deuxième fils de kIohammed-él-Ékhchyd, dura cinq ans , deux mois et deux jours. Son nom, comme celui d' Abou-Hour, son frère et son prédécesseur, est peu connu dans l’histoire, qui n'en fait mention qu'en disant qu’ils ont régné.
Kafour conserva sous ce prince la régence comme sous Abou-Hour. Les deux seuls événements de quelque importance qui se rattachent à son règne , sont les suivants.
L'an 352 de l’hégire (2), l’Egypte éprouva une famine, cruelle. Le Nil, qui, l’année précédente, n’était monté qu’a quinze coudées, ne s’éleva, cette annee, que de quatre doigts au-dessus de cette crue insuffisante, et baissa subitement, sans arroser les terres. La disette fit souffrir rEgypte,ainsi que les provinces qui en dépendent, pendant neuf années consécutives Pendantee désastre, le pays lui-même était en proie aux agitations et aux craintes d'un funeste avenir, la désunion se déclarant entre le prince régnant .4bou-l-Hassan-Aly et le régent Kafour.
A ces maux intérieurs vint encore se joindre la guerre étrangère. L’an 354 de l’hégire (3), les Grecs de Constantinople, où régnait alors l’empereur Micéphore Phocas, entrèrent, sous la conduite de ce prince, en Syrie, avec des forces considérables. Ils se rendirent maîtres d’Alep, qui appartenait alors aux Ilamadanites , et battirent Seijf-^d-Doulah, qui s’était jeté à leur rencontre.
Dalyin-él-Oukaz/y, gouverneur de Damas, au nom des Ekhehydites, accourut, aveedix mille hommes, au secours des Hamadanites;et Nicéphore, informé de l’ar-
(1) Cette année a commencé le samedi 3 mars de l'an nso de notre ère.
(2) Celte année a commencé le vendredi 3o janvier de l'an DOS de noire ère.
(3) Cette nnnée a commencé le samedi 7 j.invicr de l'an ses de notre ère.
EGYPTE MODER^E
rivée de ce renfort, prit le parti de se retirer.
Jbou-l-lIassan-Àhj mourut dans le mois de Moharrem de l’an 355 de l'hé- Kire (1). Le régent Kafour lui succéda sur le trône, et prit le surnom d’Aekhchydij : reconnaissant l'autorité suzeraine du khalyfe Abbasside él-Mottyb-lUak, il se flt coiiGrmer, par ce prince, dans la souveraineté du royaume d’Egypte.
.Pendant son règne , qui ne dura que deux ans et quatre mois, il se vit enlever la majeure partie du Savd par les Fatymites, déjà maîtres du Eayoum et d'Alexandrie; et ces nouveaux conquérants étaient sur le point d'envaliir entièrement l’Égypte, lorsque Kafour mourut dans le mois de Gemady-êl-Aouel de Tan 857 de l’hégire (2).
Ahmed, surnommé Abou-l-Faouaris, ü\sd' Abou-l-Uassan-Aly, et petit-Qls de Mohammed-él-Ékhchya, succédai Kafour. Ce jeune prince n’était âgé que de onze ans , et son bas âge le rendait incapable d’affermir son autorité sur l'Égypte, la Syrie et les autres provinces. Abusantdesa faiblesse, un deses parents, Housséyn , s’était déjà rendu maître de la Syrie; mais, chassé à son tour par les Rarmates, l’usurpateur revint en Égypte, dont il voulut déposséder Ahmed.
Ces divisions dans la famille régnante achevèrent de briser les liens qui retenaient unies les provinces du royaume d’Égypte. Pour mettre fln à ces désordres, les émirs se déterminèrent à recourir aux Fatymites. Ceux-ci, impatients de se saisir de la belle proie que depuis longtemps ils convoitaient , répondirent à l’appel. Housséyn fut force de repasser en Syrie, où il s>mpara de la ville de Damas; et le malheureux Ahmed, fils d'Abou-l-Hassan-Aly, fut dépossédé dir royaume d’Égypte.
En lui s’éteignit la dy nasâedes Ékhekydites, qui, plus éphémère encore que celle des Toulonides , n’avait r^né que trentequatre ans et vingt-quatre jours.